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Le jour. D'après fred sabourin

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De quoi « l’ultra trail » est-il le nom ?

25 Octobre 2015 , Rédigé par F.S Publié dans #quelle époque !

De quoi « l’ultra trail » est-il le nom ?

C’est devenu une mode, pour une élite sur-entrainée et bénéficiant d’heures de loisirs pratiquement à volonté. Ne dites plus « course à pied » ou encore moins « jogging », pas plus que « footing ». Ces termes appartiennent à un passé révolu, où les tenues fluo disputaient aux ravitaillements exclusivement faits de bananes et de raisins secs. Le marathon – distance autrefois mythique (42,195 km sur l’asphalte) – ne les fait plus rêver. Il en faut plus, beaucoup plus. Enormément plus. « Pantagrueliquement » plus oserait-on dire. A s’en rendre malade même. Un truc de fou, et d’ailleurs une des épreuves les plus dures et les plus sélectives de la catégorie s’appelle comme ça : la « Diagonale des fous » (1). Qui sont ces forçats des temps modernes, ces prisonniers d’un goulag vers lequel ils se précipitent non pas en marchant, mais en courant (presque tout le temps) ? Qui sont ces masochistes qui disent pourtant y prendre énormément de plaisir au point de ne plus pouvoir s’arrêter ? Ce sont les ultra trailers. Des coureurs de fond, mais en plus long. Beaucoup, beaucoup plus long.

Terrain de jeu. Terrain de "je"

Sont-ils des repris de justice ? Des gens à qui on a annoncé qu’il ne leur restait que quelques mois à vivre et se lancent un défi de fou pour sentir une dernière fois leur vivacité corporelle ? Des évadés d’un bagne guyanais qui ne devaient leur salut qu’à la course effrénée sans se retourner ? Des inconscients à la recherche de sensations toujours plus fortes (essentiellement, dans le cas présent, de la souffrance et de la douleur assommante) ? Non, rien de tout cela. Des gens – des hommes, majoritairement – qui ressemblent à vous et moi. Ou presque. Ce sont plutôt dans les CSP + que se recrutent, se cooptent devrait-on dire ces « bêtes humaines ». En temps normal – mais qu’est-ce désormais la normalité pour eux ? – ils s’entrainent des heures entières en semaine, et le week-end aussi. Des heures qui se comptent en dizaines, vingtaines, trentaines ! De jours, de nuit, tôt le matin ou tard le soir, par tous les temps : tout le temps. Dès que les servitudes du travail leur en laisse le loisir – on y trouve beaucoup de consultants, de free-lance, de cadres de toutes petites entreprises de conseils ou de coaching – ils partent courir. Laissant la plupart du temps femmes et enfants, s’ils ont eu la patience d’attendre jusqu’ici, derrière eux. Alors ils s’enfoncent dans les bois, forêts, chemins creux, terres labourées, plates ou en pentes ; à la conquête de cols montagneux ; autour des lacs, bref : tout ce que la nature peut mettre à leur disposition comme terrain de jeu.

Terrain de jeu, et aussi terrain de « je » tant l’omniprésence sur les réseaux sociaux est indissociable des exploits aventureux de ces forçats des chemins de remembrement. On les voit dans toutes les tenues possibles, avant, pendant et après l’effort, généralement souriant tant qu’à faire même si on devine la crispation pour faire bonne figure (au bout de 100 bornes sans avoir dormi plus de 20 mn on le serait à moins !). Des ultra-selfies pour ultra-trailers satisfaits de compter des amis Facebook suffisamment nombreux et connectés pour les encourager à se « dépasser », à aller « toujours plus loin ». Mais, au fait, jusqu’où ?

Corps vivant / Corps mort

La ligne d’arrivée, généralement franchie au bout d’une quarantaine d’heures pour les plus chanceux, c’est-à-dire ceux (ou celles, ne négligeons pas les 20 ou 30 % de femmes qui s’adonnent à cette torture contemporaine et technologique, certes beaucoup plus discrètement côté selfies…) qui tiennent encore debout sans être trop blessés ou qui ne sont pas tombés ivres morts de fatigue au bord du chemin, cette ligne d’arrivée tant convoitée on s’en doute n’est pas la vraie limite qu’ils se fixent. Elle est ailleurs. Elle est plus loin, beaucoup plus loin. Au-delà des bornes et des limites qu’il faut franchir. Plus loin que la souffrance. Plus loin que la douleur (« qui ne dure qu’un temps, alors que l’abandon c’est pour toujours » peut-on lire dans les nombreux commentaires de la communauté globe-trotteuse facebookienne). Plus loin que tout, plus loin que la vie. C’est peut-être la mort que ces vivants essaient de rattraper, cette finitude humaine « qu’il nous faut regarder en face un peu tout les jours, histoire de ne pas la perdre de vue », dit je ne sais plus quel chanteur à la mode mais c’est plutôt bien tourné comme formule. 

 

La mort ? Vous n’exagérez pas un peu, quand même par hasard ? Non, je ne crois pas, et si je peux me le permettre c’est que tout en ne faisant pas partie de cette petite caste des épuisés et ravis des courses en chemin 48 heures durant, je me suis quand même arrêté à la fameuse distance reliant Athènes à Marathon… Et je trouve déjà ça fort épuisant pour ne pas dire traumatisant, malgré le goût que j'y ai pris. Je n’en fais pas partie, mais je l’observe de près, de très près même. J’en compte parmi mes amis – pas tous Facebook mais beaucoup y sont – et j’en ai même interrogé certains pour les besoin d’une enquête sur les « courses natures ». C’est peut-être bien la mort et sa mystique qu’ils cherchent à défier, à rattraper, pour la dépasser ? La terrasser ? La repousser ? La hâter, que sais-je ? Eux seuls répondront, peut-être un jour, si ce n’est avec des mots, ou avec ce qui leur restera de corps.

Douleur et gémissements : de la "bobologie" ? 

Autrefois, il y avait des guerres atroces et fratricides – on disait des « boucheries » ça dit tout – pour envoyer toute une génération de jeunes hommes en chier leur race à pied, en courant parfois, dans la boue et la poussière, exténués de fatigues, sur les petits chemins de terre et même en dessous, dans des tranchées. Le dépassement de soi y était possible, l’héroïsme aussi évidemment, l’entraide et la camaraderie également. Qualités qu’on retrouvent chez les traileurs, sorte de mineurs de fond des grandes surfaces naturelles et aérées.

Désormais, il y a les ultra-trails, où l’on repousse sans cesse ses limites, sans dormir ou presque (certains évoquent des hallucinations au bout d’un moment), en mangeant sur le pouce des glucides froids et ensuite mal digérés. Il faut avoir vu les vomissements, diarrhées et autres petits « tracas » des malchanceux, des mal préparés ou tout simplement des plus fragiles sur le bord du chemin pour constater à quel point quand le corps parle, tout le monde ne semble pas prêt à l’écouter de la même manière. 

Il faut voir et entendre les gémissements de douleur lorsque, une fois la ligne d’arrivée franchie (la vraie, pas l’autre, la virtuelle), ils s’écroulent sur l’herbe d’un stade quasiment incapables de se relever seuls (un marché potentiel pour les marchands de matériel médical, fauteuils roulants, béquilles, déambulateurs etc.).

De la « bobologie » ? On peut le minimiser de cette manière en effet. Ou le nier, c’est selon.

Difficile cependant de voir les suites réelles de ces travaux d’Hercule, les selfies se raréfiant une fois « l’exploit » accomplit (ou l’abandon subit…). On imagine aisément que ce ne serait pas très vendeur…

Jusqu'où ? 

Demeure selon nous une lancinante question que posent ces ultra-traileurs, véritables zek à la recherche d’un goulag ultra moderne à ciel ouvert : jusqu’où peuvent-ils aller ? Si la plupart de ces ultras courses tournent autour de 100 à 150 km, certaines courses atteignent 200 km, voire plus ! Dans des lieux inhospitaliers parfois. Sans compter les aléas météorologiques qui peuvent transformer ces sorties en véritables antichambre de l’enfer. On attend avec gourmandise le premier qui franchira, sans s’arrêter, les 1000 bornes d'affilées ; et si possible avec du dénivelé pour corser un peu l’affaire. Jusqu’où la "capacité de résistance et d’adaptation du corps humain" - ce sont leurs médecins qui le disent - ira-t-elle ?

Jusqu’à la mort, peut-être ? On ne le souhaite pas, mais elle seule pourra dire le mot : « fin ». Ou le dépasser, qui sait…

 

  1. Traversée de l’île de la Réunion, 166 km et 9.000 mètres de dénivelés positifs.

 

F.S 

 

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L’embarrassant passé des empires coloniaux

23 Octobre 2015 , Rédigé par F.S Publié dans #Presse book

Le passé colonial vous embarrasse ? Parlons-en...

Le passé colonial vous embarrasse ? Parlons-en...

 

Que faire du passé des Empires coloniaux ? Une question universelle aux accents traumatiques très franco-français…

 

« Il y a 23 musées du sabot en France, tous aussi beaux les uns que les autres, où l’on vous explique le passé nostalgique d’une France agricole, l’exode rurale etc. Et combien de musées d’histoire coloniale ? Zéro… On n’est même pas capables de raconter quatre siècles et demi d’histoire coloniale en France ! »

Pascal Blanchard, historien, documentariste, chercheur associé au CNRS, chercheur au Laboratoire de communication et de politique, ne mâche pas ses mots. Mais il a l’habitude de prêcher pour sa paroisse. Il exagère ? Pas tant que ça, il part surtout d’une réalité qui dérange : « Il y a une vraie pauvreté de l’université française sur l’histoire coloniale. On paie une carence en recherche depuis 20 ans. Peu de chercheurs ont été recrutés par l’université sur ce sujet, et aujourd’hui, un jeune chercheur brillant va aller plus facilement en Suisse ou à New-York pour étudier l’histoire de France coloniale ! »

Repentance, idéologie, et politique

Rien que pour la guerre d’Algérie – un gros morceau – les premières études ont été faites par les militaires, des témoins directs, des journalistes : dès les années 70. « Pendant très longtemps on a considéré que c’était une question mineure », ajoute-t-il avec la volubilité qu’on lui connaît. Le chercheur ne fait d’ailleurs pas toujours l’unanimité dans le très strict académisme de certains historiens, qui voient parfois d’un drôle d’œil cet étrange chercheur qu’on voit autant sur les plateaux de télévision qu’à l’université ou dans les studios de radio. Son agence de « communication historique » nommée « Les bâtisseurs de mémoire » en fait à la fois un pur produit historien mais aussi marketing. Il organise des expositions – dont la très remarquable et remarquée Exhibition. L’invention du sauvage avec Lilian Thuram au musée du Quai Branly en 2012 – participe en tant qu’expert à des émissions dans les médias télé ou radio, débat face à Eric Zemmour ou Alain Finkielkraut, réalise des documentaires sur le thème de l’histoire coloniale.

« Aborder l’histoire coloniale, c’est dénigrer l’histoire de France, on nous accuse même récemment de vouloir déconstruire la France ! » ajoute-t-il. Avant de préciser, très justement : « Assez vite on vous parle de repentance, d’idéologie, c’est très politisé. Le problème, c’est que ce n’est pas de la politique ni de la polémique ! C’est de l’histoire de France ! »

"En 1959, l'affaire est pliée"

A ses côtés lors de la table ronde, l’écrivain franco-congolais Alain Mabanckou, qui a étudié en France et professeur de littérature francophone en Californie (et auteur du Sanglot de l’homme noir, chez Fayard en 2012). « Quand on parle d’histoire coloniale, on en parle comme d’une maladie. On dit : névrose collective ; mémoire traumatique ; blessure narcissique. La France est-elle malade de son passé à ce point ? » interroge-t-il. « Les Allemands ont regardé leur passé en face, ce qui leur a permis de le dépasser, et d’en arriver où ils sont aujourd’hui. »

Pour Pascal Blanchard, « le savoir n’est déjà pas partagé par tous. Regardez la date de la fin de la guerre d’Algérie : les militaires ont une date ; les harkis aussi mais différente ; les pieds noirs encore une autre. » Dès lors faut-il être dans la mémoire pour être dans le savoir ? « On a fait ce travail avec Vichy et la Shoah. Je ne dis pas que ça s’est fait en 5 minutes, mais on l’a fait et le point d’orgue c’est J. Chirac en 1995 qui reconnaît publiquement que Vichy, ça n’était pas la France. Mais avec l’histoire coloniale, on n’a pas encore commencé » regrette-t-il.

L’historien Gilles Manceron (spécialiste de l’Algérie) pense pour sa part « qu’un certain nombre de forces politiques ont baigné dans cette histoire ; une partie de la République est dans cette histoire coloniale. En 1959, l’affaire est pliée : la situation politique est ingérable, les investissements quittent les colonies, l’avenir, c’est l’Europe. Mais l’opinion publique était très en retard sur l’idée que les colonies c’était fini. Le grand mythe construit depuis 1830, enseigné dans les manuels d’histoire des écoliers, toute cette propagande c’est fini ! Quand De Gaulle arrive au pouvoir tout s’effondre en un rien de temps.»

Bras de fer idéologique

Mais alors pourquoi tout est toujours renvoyé au politique, interroge l’écrivain et historien Farid Abdelouahab, animateur du débat ? « Tous les peuples ont des périodes plus ou moins glorieuses dans leur passé. La vraie réparation, c’est la vérité historique. Les replis identitaires sont de mauvaises réponses » répond Gilles Manceron. « Nous sommes la première génération à avoir la chance de prendre de la distance vis-à-vis de l’imaginaire colonial », ajoute Pascal Banchard. « En même temps on est conscient de la peur que cela suscite ». Avant de conclure : « Il n’y a aucun lieu pour emmener des élèves pour parler de l’histoire coloniale. Quant aux programmes scolaires, c’est le bras de fer idéologique, trop politique. »

Si un jour, quelque part en France, un musée consacrée à l’histoire coloniale ouvrait ses portes, il ne serait guère étonnant de ne pas voir Pascal Blanchard à la manœuvre…

F.S

(table ronde aux 18e Rendez-vous de l'histoire de Blois)

Les programmes d'histoire font (aussi) débat

 

Inévitablement, le débat au sujet de la refonte des programmes d'histoire s'est invité aux Rendez-vous du même nom. D'ailleurs ils étaient au programme... les programmes. "A-t-on vraiment besoin de programmes d'histoire ?" était en effet le sujet d'une table ronde animée par Emmanuel Laurentin (la Fabrique de l'histoire sur France Culture) avec Romain Bertrand (directeur de recherche au Ceri et à Sciences Po Paris), Patrick Boucheron (Paris 1 Panthéon-Sorbonne et Collège de France), Raphaëlle Branche (Université de Rouen), Michel Lussault (géographe, professeur à l'ENS Lyon et président du Conseil supérieur des programmes - le CSP).

"Parfois les programmes devancent la recherche", s'est-il étonné. "C'est quand même un peu troublant..." Patrick Boucheron s'interroge aussi : "les programmes changent régulièrement, quant aux programmes d'histoire, ils sont très passionnels, comme si l'histoire était la seule à former à la citoyenneté". Et il ajoute : "Une ligne de programme, c'est une heure de cours, en infusion immédiate dans la société : c'est absurde !"

Trop de sources, trop de connaissances

Tous les participants de la table ronde s'accordent pour dire que les programmes étaient trop lourds, et qu'il fallait les alléger. "Dans la première mouture, qui a été tant contestée avant l'été, il y a avait une liberté pédagogique. Mais on nous a dit : votre vision est trop idéologique. On a laissé seul le CSP alors qu'on a médiatiquement écouté ceux qui n'avaient aucune légitimité pour s'exprimer. Qu'est-ce qui est arrivé pour que personne ne réponde ?" se lamente Michel Lussault. "Et qu'est-ce qui est arrivé au pouvoir politique pour qu'il dise : on a entendu, et réponde au critique ? Selon moi, il y a une disproportion. Le CSP se trouve au croisement de toutes les lignes de forces. Le moindre évènement prend des proportions considérables", ajoute-t-il, constatant qu'il n'y a pas de lecture collective et qu'on n'a pas fait de toutes ces rumeurs des objets de débats.

Finalement, le bon sens général est venu par Raphaëlle Branche de l'université de Rouen : "Il y a trop de place pour l'histoire contemporaine dans les programmes, il y a trop de sources, trop de connaissances. Vouloir à tout prix courir après est-ce une solution ? Comment on fait quand on change de thème toutes les cinq séances avec des jeunes de 10 à 15 ans qui n'ont aucune mémoire historique ?"

That is the question...

Les programmes ? Au programme !

Les programmes ? Au programme !

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Humeur du jour...

14 Octobre 2015 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #littérature

La Trebbia

 

L'aube d'un jour sinistre a blanchi les hauteurs.
Le camp s'éveille. En bas roule et gronde le fleuve
Où l'escadron léger des Numides s'abreuve.
Partout sonne l'appel clair des buccinateurs.

Car malgré Scipion, les augures menteurs,
La Trebbia débordée, et qu'il vente et qu'il pleuve,
Sempronius Consul, fier de sa gloire neuve,
A fait lever la hache et marcher les licteurs.

Rougissant le ciel noir de flamboîments lugubres,
A l'horizon, brûlaient les villages Insubres ;
On entendait au loin barrir un éléphant.

Et là-bas, sous le pont, adossé contre une arche,
Hannibal écoutait, pensif et triomphant,
Le piétinement sourd des légions en marche.

 

José-Maria de Heredia

Humeur du jour...
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Franchir la frontière, pour la liberté

12 Septembre 2015 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #Presse book

Attente à la frontière du Perthus, janvier 1939. Coll. Museo de La Jonquera

Attente à la frontière du Perthus, janvier 1939. Coll. Museo de La Jonquera

 

Pendant que 24.000 personnes migrantes vont être accueillies, bon gré, malgré, en France dans les jours – semaines qui viennent, beaucoup poussent des cris d’orfraie en se demandant ce qu’on va bien pouvoir en faire, où les caser etc.

 

La cécité historique est un mal bien français, hélas, et il conviendrait de se souvenir que nous avons déjà vécu cela en bien pire, si j’ose dire, en 1939, notamment. Entre le 28 janvier et le 13 février, entre 450.000 et 500.000 exilés Républicains espagnols, fuyant le Franquisme suite à la chute de Barcelone quelques semaines plus tôt, ont franchi la frontière et sont entrés dans le département des Pyrénées-Orientales. Il comptait à cette époque-là 230.000 habitants ! On se représente mal le raz-de-marée que cela a représenté. La plupart ont franchi la frontière par le fameux Col du Perthus, entre la Jonquera et Perpignan. Mais d’autres cols et passages leur servirent de refuges, de portes vers la liberté, et surtout la vie, n’ayant d’autre choix que celui de la valise, ou la mort. Ce fut le cas notamment au col d’Ares (1600 m.) pour ensuite atteindre le village de Prats-de-Mollo.

 

31 janvier 1939 : au Perthus, la situation devient dantesque. De notre envoyé spécial : « Une immense cour des miracles… Au Perthus, la situation s’aggrave d’heure en heure. Il faudrait le Dante pour dépeindre cette affreuse et immense cohue. Cette foule disparate qui piétine, campe, attend sous la pluie battante et glacée qui n’a cessé depuis le milieu de la nuit passée ; ces femmes qui trainent des marmots dépenaillés tout en essayant de protéger à l’aide d’un vieux châle le dernier-né endormi sur leur épaule ; ces enfants qui coltinent d’invraisemblables hardes, ces valises en fibre ou en carton que la pluie a fait éclater de toutes parts et qui vomissent la pauvre lingerie, les derniers effets de la famille ; ces blessés, au visage exsangue à peine visible sous le « topaboca » qui les abrite et qui ne peuvent maintenir au sec, sous ces averses continuelles les pansements, les gouttières qui contiennent leurs membres brisés. » Ainsi les reporters de l'Indépendant décrivaient-ils l’arrivée massive de réfugiés espagnols au col du Perthus.

 

 

Col du Perthus. Coll. Musée de la Résistance et de la Déportation, Toulouse

Col du Perthus. Coll. Musée de la Résistance et de la Déportation, Toulouse

Les conditions d’hygiène sont déplorables, et le ministre de l’intérieur de l’époque, Albert Sarraut, accompagné par le ministre de la santé publique Marc Rucart, décidera d’employer les grands moyens pour subvenir aux besoins les plus pressants, lors de leur visite sur place le 31 janvier 1939. Le ministre Albert Sarraut déclara lors de sa visite : « Il fallait maintenir l’ordre et assurer la sauvegarde sanitaire du pays ; c’est fait. Les femmes et les enfants, on les recevra ; les blessés et les malades, on les soignera ; les hommes valides, on les refoulera sans exception, sans considération de leur situation personnelle ou de leur état de fortune. Voilà qui est net. (…) »

Nettes aussi les observations faites par les réfugiés eux-mêmes, comme le témoignage de cette petite fille de cinq ans à l’époque : « Il y avait beaucoup de monde. Tellement qu’à mesure que j’avançais, tenue de la main de ma mère, je ne pouvais rien voir. Ce n’étaient que jambes et pieds. J’éprouvais une sensation d’immense oppression. Je me rappelle que les gens pleuraient. (…) Ma mère ne voulait pas avancer parce qu’elle continuait à chercher mon père désespérément. Elle savait que si on séparait les familles, on ne pourrait jamais les retrouver, si toutefois il était encore en vie. »

 

 

Coll. Musée de la Résistance et de la Déportation, Toulouse

Coll. Musée de la Résistance et de la Déportation, Toulouse

Le 8 février, la frontière sera fermée. Commence alors la lente marche vers les camps d’internement, Saint-Cyprien, Argelès-sur-Mer, Barcarès, Collioure, le Vernet-d’Ariège, Bram…

 

 

Prats-de-Mollo, février 1939. Coll. Musée de la Résistance et de la Déportation, Toulouse

Prats-de-Mollo, février 1939. Coll. Musée de la Résistance et de la Déportation, Toulouse

La suite, c’est à lire dans ce livre, paru en avril 2011, Franchir les Pyrénées sur les chemins de la liberté (Editions Ouest-France) que j’ai eu l’honneur d’écrire, avec mes mains mais aussi avec les pieds puisqu’il propose aux amateurs de marche et d’histoire de parcourir les chemins empruntés par ces foules immenses d’exilés Républicains ; puis les évadés de France pendant l’occupation.

 

F.S. 12 septembre 2015.

Y à plus qu'à...

Y à plus qu'à...

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A propos du "Défi 41"

11 Septembre 2015 , Rédigé par Fred Sabourin

Ça se lit sur le blog Médiapart d'un certain Éric LABBE, visiblement originaire du Vendômois (Loir-et-Cher), et je ne résiste pas à l'envie de partager ce petit morceau de bravoure...

 

 

Défi 41 : un record exceptionnel et inutile... quoi que... !

 

"Une initiative personnelle orchestrée par une association au service exclusif de l'intéressé, sans doute destinée à assouvir un besoin d'amour et de reconnaissance éternelle, telle pourrait être la raison principale d'un défi qualifié de fou.

Pas si fou que ça puisque ce défi préparé minutieusement aura eu le mérite de servir également la soupe à un monde politique qui s'est empressé de récompenser cette initiative personnelle par une contribution financière de 15 000€.

Pour les ceusses qui auraient loupé l'événement, rappelons que le Défi 41 consistait pour un sportif local à effectuer 41 triathlons en 41 jours, soit 3,8 kms de natation, 180 kms de vélo et un marathon de 42 kms à effectuer quotidiennement.

Défi commencé le 1er juillet 2015 et terminé en apothéose le 10 août 2015, sous les ovations d'un public en pleine jouissance : quel bordel !.

Bien sûr, le Loir et Cher a rayonné mondialement ce qui s'avère bénéfique pour le tourisme, pour la croissance, pour l'emploi, pour la relance des ventes de pompes à vélos, des rustines, des maillots cyclistes publicitaires, des casquettes, des maillots de bain, des cuissards, des chaussures de course, des boissons énergisantes naturelles, des journaux locaux, départementaux, nationaux, mondiaux..... pour les anti-transpirants, les sparadraps anti-ampoules aux pieds, les capotes anti-érections pour sportifs... et caetera... et caetera...

Bref, pendant 41 jours, c'était le nirvana à Vendôme et aux alentours ; rendez-vous compte que sans cet événement, « on » aurait loupé la venue des sommités locales toutes excitées par le simple fait de récupérer politiquement une initiative personnelle à l'aura médiatique indéniable.

Succès populaire qui démontre au monde entier que tout est possible dans le Loir et Cher puisque l'un des leurs a inscrit son nom dans le Livre des Records.

Les autres communes et départements sont fous de rage. Comment une terre de « bouseux » -dont je suis un fier natif- peut-elle réussir à faire la nique à d'autres lieux prestigieux ?

En tout cas, l'ardoise est là : 15 000€ ! Payée par les contribuables.... car très utile à la commune et au département tout entier.

On voit là une notion bien particulière des dépenses publiques "dans l'intérêt général" et donc de la compétence des élus en matière de gestion des finances publiques.

Pendant que de nombreuses associations locales, départementales, nationales se battent quotidiennement dans l'intérêt général pendant 365 jours et doivent remplir un tas de paperasses pour récolter 1 000 ou 2 000 euros annuellement de subventions, un individu lambda s'étant amusé seulement 41 jours pour assouvir des desseins personnels a réussi un second exploit : soutirer 15 000€ à la collectivité !

Si ma grand-mère, native du charmant village de Rahart, était encore de ce monde, elle aurait pu dire, avec son langage bien particulier : « Quand j'vois ça, j'me dis qu'y a où foute le camp d'sa ch'mise ! ».

Et ma grand-mère a réussi des exploits tout aussi prestigieux mais elle était modeste et surtout utile..... ma grand-mère !

Elle nageait, elle vélotait et elle courait.... à son rythme et sans subventions!"

 

Éric LABBE

http://blogs.mediapart.fr/blog/eric-labbe/080915/defi-41-un-record-exceptionnel-et-inutile-quoi-que 

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Noyé de chagrin

3 Septembre 2015 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #cadrage débordement, #Lettres à ...

A ma fille,

Putain c’est pas vrai, le lendemain de la rentrée scolaire – la deuxième pour toi chez les « moyens » que tu attendais depuis… le début des vacances d’été – on nous balance sous le nez cette photo d’Aylan, 3 ou 4 ans, mort noyé sur une plage de Turquie en voulant fuir son pays. Tout le monde (ou presque) est sous le choc. Drame ignoble. Photo qui pourrait, lit-on ici ou là, « faire ouvrir les yeux », etc. etc. Les grands prêtres de la morale sont nombreux à lancer des « y a qu’à » et des « faut qu’on ».

 

Quand j’ai vu cette photo, évidemment, j’ai pensé à toi. Tu as le même âge que lui, pour un peu tu pourrais même être habillée pareil, car tu n’es pas toujours en rose princesse cul-cul comme on pourrait le croire et souvent, on te met des fringues de garçon. J’ai pensé à toi, et j’ai revu immédiatement des scènes de plage – même si on n’y va pas beaucoup parce qu’on préfère la montagne – j’ai revu aussi cette piscine où le week-end dernier avec tes brassards décorés de poissons clowns tu riais aux éclats en pataugeant et en nageant « comme un petit chien ». J’ai revu ta joie d’être en vie, d’être aimée, de n’être pas noyée.

Evidemment j’ai pensé à toi car je me suis dit que s’il t’arrivait un truc comme ça, je serais terrassé de douleur et de chagrin, je crois que je me pèterais les cordes vocales en gueulant ou un truc dans le genre.

Evidemment j’ai pensé à toi parce que l’émotion c’est  quelque chose de normal face à ce genre de photo, mais plus encore face à ce drame, ces drames. Un jour viendra où tu ouvriras un livre d’histoire, au collège ou au lycée, et à la page concernant l’exode des migrants cherchant refuge en Union européenne, il y a fort à parier qu’on verra cette photo, comme on a vu longtemps cette petite fille nue criant de douleur après un bombardement de napalm pendant la guerre du Vietnam. Un jour viendra où tu me demanderas, comme j’ai pu le demander à mes grands parents ou mes parents à l’époque où j’ai découvert certaines des atrocités de l’histoire de notre monde, « mais pourquoi vous n’avez rien fait ? » Et je te ferai la même réponse évasive à la con : « tu sais, c’est un peu plus compliqué que ça »

 

Ma chère enfant je te le dis et c’est écrit comme ça tu pourras me le lancer à la gueule plus tard : je ne sais pas quoi faire face à ça. Je serais tenté de dire « qu’on  déjà tout essayé » mais je ne le dis pas parce que c’est sûrement faux et c’est tellement faux-cul ! C’est réservé à ceux qui sont censés nous gouverner et prendre des décisions mais qui en réalité sont souvent plus préoccupés par leur évasion fiscale (un exemple parmi beaucoup d’autres) que de la vraie misère dans laquelle certains s’enfoncent jours après jours. 

 

Ma fille je ne vais pas m’appesantir d’avantage. J’ai vu cette photo, comme beaucoup d’autres ce jour-là ; je ne te la montrerai pas ce soir en rentrant. Non pour te protéger de quoi que ce soit – après tout, le monde dans lequel tu es entré n’est pas le pays des merveilles il faudra que tu le saches ! J’ai juste peur de ne pas savoir répondre à deux questions que tu aurais le droit de me poser, tes grands yeux bleus plongés dans les miens : pourquoi ? Et : qu’est-ce qu’on fait maintenant ?

 

Je n’ai pas la réponse, sans doute parce que je suis un peu, moi aussi, noyé de chagrin. Et je t’en demande pardon.  

 

F.S 3 septembre 2015

(c) AFP et agence Dogan (Nilüfer Demir)

(c) AFP et agence Dogan (Nilüfer Demir)

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"L'usage du monde"

8 Août 2015 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #montagne

"Finalement, ce qui constitue l'ossature de l'existence, ce n'est ni la famille ni la carrière, ni ce que d'autres diront ou penseront de vous, mais quelques instants de cette nature, soulevés par une lévitation plus sereine encore que celle de l'amour, et que la vie nous distribue avec une parcimonie à la mesure de notre faible coeur." 

 

Nicolas Bouvier, L'usage du monde. (1963)

 

 

 

- Ebréché -

- Ebréché -

"A l'est d'Erzerum, la piste est très solitaire. De grandes distances séparent les villages. Pour une raison ou pour une autre, il peut arriver qu'on arrête la voiture et qu'on passe la fin de la nuit dehors. Au chaud dans une grosse veste de feutre, un bonnet de fourrure tiré sur les oreilles, on écoute l'eau bouillir sur le primus à l'abri d'une roue. Adossé contre une colline, on regarde les étoiles, les mouvements vagues de la terre qui s'en va vers le Caucase, les yeux phosphorescents des renards. Le temps passe en thés brûlants, en propos rares, en cigarettes, puis l'aube se lève, s'étend, les cailles et les perdrix s'en mêlent... et on s'empresse de couler cet instant souverain comme un corps mort au fond de sa mémoire, où on ira le rechercher, un jour. On s'étire, on fait quelques pas, pesant moins d'un kilo, et le mot "bonheur" paraît bien maigre et particulier pour décrire ce qui vous arrive."

(Nicolas Bouvier, op. cit.)

 

- Alone, almost alone -

- Alone, almost alone -

- Plissé -

- Plissé -

- Cañon d'Ordessa : pas d'Apaches en vue -

- Cañon d'Ordessa : pas d'Apaches en vue -

- Un petit pas pour l'homme -

- Un petit pas pour l'homme -

- L'antre des dieux -

- L'antre des dieux -

- De glace et de roche -

- De glace et de roche -

- Sur des prés d'herbe fraîche -

- Sur des prés d'herbe fraîche -

- On a marché sur la lune -

- On a marché sur la lune -

- Accouchement -

- Accouchement -

Mont Perdu, Gavarnie-Ordessa (Hautes-Pyrénées, Aragon). 2 & 3 août 2015.

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"Ce toit tranquille où marchent les colombes"

25 Juillet 2015 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #montagne

"Ce toit tranquille où marchent les colombes"

Trois mille quatre cent quatre mètres. Pour les rabat-joies qui ne jurent que par les Alpes – il y en a hélas – ce plus haut sommet des Pyrénées ne les fait point fantasmer. Ils ont tort, mais peut-être pas complètement : seraient-ils en effet capables d’en atteindre le sommet du crâne ? Pas si sûr…

Nous avons laissé la voiture en contrebas d’un lieu au nom comme une promesse : les Hospices de France. Un des plus vieux lieu de passage de la France vers l’Espagne, et inversement. Une auberge, un abri, un lieu de soin et de réconfort à l’époque où traverser la frontière signifiait encore quelque chose de terrifiant, une famille d’épicier du nord de la France n’ayant pas encore créé une célèbre marque d'équipement de sport à prix défiant toute concurrence...

Luchon d’un côté, Benasque de l’autre. Entre les deux, une vingtaine de kilomètres mais  surtout un gros millier de mètres de dénivelé. Il faut en effet franchir le « Port de Venasque » à 2.445 mètres, entaille creusée de toute pièce dans la roche pour permettre un passage plus aisé qu’au col de la Glère (quel horrible nom !) quelques hectomètres plus à l’ouest. Pas de quoi nous effrayer, d’autant plus que le village de Benasque n’est point notre but final. Notre but, c’est l’Aneto, le plus haut sommet de la chaîne pyrénéenne, à 3.404 mètres. Il nous salue autant qu’il nous défie sitôt embouqué le Port de Venasque.

 

"Ce toit tranquille où marchent les colombes"

Quelques arpents plus bas (500 m de dénivelé quand même), une courte remontée permet de poser son sac et sa paillasse près du refuge de la Renclusa, sorte d’auberge espagnole bourrée d’Espagnols, justement. Son nom me fait toujours penser à « réclusion », allez savoir pourquoi… Le repos du guerrier y est cependant nécessaire, les choses sérieuses commenceront demain dès le lever du soleil. Nous nous couchons enveloppés dans une couverture d’étoiles, rien que le moelleux d’un sac de couchage entre elles et nous…

 

"Ce toit tranquille où marchent les colombes"

Le jour levé, et nous avec, il faut partir en suivant la caravane de marcheurs vers la Mecque du Pyrénéisme, la Jérusalem de roche et de glace, quasi céleste. S’embarquer dans des pierriers, sauter les blocs, atteindre, enfin, une brèche nommée « Portillon supérieur ». De là, le sommet apparaît plus précisément, mais on devine qu’il n’est pas encore sous nos semelles. Ces dernières seront rapidement revêtues de crampons, la neige est là, la glace aussi, en pente douce d’abord – alternant avec les rochers – puis plus nettement en tirant est/sud-est le long des flancs du sommet désormais tout proche. C’est là que le camarade décide d’effectuer un peu de maintenance sur ses crampons, ces derniers ayant lâchement décidé de lâcher prise dans la première partie. Il faut toujours vérifier son matériel avant de partir, pour éviter la trop grande confiance qui peut s’avérer néfaste une fois dans le merdier.

 

"Ce toit tranquille où marchent les colombes"
"Ce toit tranquille où marchent les colombes"
"Ce toit tranquille où marchent les colombes"

Sitôt la neige abandonnée, « il ne reste plus qu’à » suivre une crête sommitale et franchir l’ultime difficulté, à 25 mètres à peine du sommet : le « pas de Mahomet », que bon nombre de croyants comme d’athées ne franchiront jamais, vertige oblige. Dommage, même assis ça passe, et le prophète de la soumission ouvre sur un autre qui a mal terminé sa vie puisque c’est une croix métallique qui nous accueille, pour la seconde fois en 7 ans, au sommet de ces 3.404 mètres d’altitude et de bonheur absolu. La vue, totalement dégagée, porte aussi loin que nos petits yeux veulent bien aller. Pas un bruit, pas un souffle d’air ou c’est tout comme. Aucun emmerdement à l'horizon.

 

"Ce toit tranquille où marchent les colombes"
"Ce toit tranquille où marchent les colombes"

Là sont les dieux et leurs sièges royaux. Pauvres mortels nous n’y sommes que brièvement tolérés, avant de redescendre par le même chemin (et donc aussi le même pas de Mahomet). Mais nous sommes chargés de souvenirs - ce qui doit peut-être nous différencier des dieux de cet Olympe pyrénéen - aussi et même surtout chargés de l’envie irrépressible de revenir là, un jour, sans tarder.

 

"Ce toit tranquille où marchent les colombes"
"Ce toit tranquille où marchent les colombes"
"Ce toit tranquille où marchent les colombes"
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Le Défi 41 est-il " propre " ?

24 Juillet 2015 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #Presse book

- "Ludo le fou" et son docteur, Alain Aumaréchal -

- "Ludo le fou" et son docteur, Alain Aumaréchal -

Depuis le 1er juillet, Ludovic Chorgnon, alias Ludo le fou, enchaîne quotidiennement les triathlons catégorie Ironman. Objectif : en faire 41 jusqu'au 10 août. En buvant uniquement de l'eau de Vichy et en mangeant des pâtes ?

 

Le record officiel est battu depuis samedi 11 juillet. Ludovic Chorgnon, que tout le monde appelle " Ludo le fou " (1) a enchaîné 11 triathlons catégorie Ironman (2) en 11 jours, battant le record officiel qui était de 10. Il aurait pu s'arrêter là, Ludo. D'autant plus qu'il a du courir après ce record un peu (beaucoup ?) dingue sous la chaleur caniculaire du début du mois de juillet. Les températures dans le Vendômois ont même dépassé les 40° à l'ombre… Or Ludo pédale et court pratiquement tout le temps au soleil. Mais non, il continue, Ludo le fou. L'objectif qu'il s'est fixé est bien d'en faire 41. Comme le Loir-et-Cher. Aussi un peu pour battre le record officieux de 33 triathlons Ironman, détenu par Didier Woloszyn, un Français qui aurait réalisé cette " performance " à Laval au Québec, en juin-juillet 2013. Ce record est non homologué, et suscite bien des questions.

Alors forcément, des questions, il s'en pose aussi beaucoup. Au-delà de l'engouement et de la fascination quasi mystique d'un cercle à géométrie variable de bénévoles Vendômois, de ses amis proches et de sa famille, la performance de Ludovic Chorgnon et du Défi 41 a de quoi interroger. Peu de médias s'y intéressent pourtant, en tout cas aucun nationaux, et si la fédération de Triathlon suit ça de près pour homologuer le record, la fédération d'Athlétisme regarde le défi avec circonspection. Nous l'avions vu littéralement cuit le 6 juillet dernier (lire la Renaissance du 10/07), jour où, en plus d'être " très déshydraté " (sic) Ludo le fou souffrait d'un ongle incarné, dont la seule évocation du nom empêche de marcher n'importe qui de normalement constitué. Alors courir des marathons – plus le reste – avec ça, pensez donc !

À l'heure où beaucoup de gens s'interrogent – c'est la saison – sur la nature réelle des performances réalisées par environ 180 coureurs sur les routes du Tour de France et notamment celles d'un certain Chris Froome, l'enchaînement des triathlons par Ludovic Chorgnon interpelle. Et suscite naturellement la suspicion du dopage. Comment pourrait-on éviter cette question ? Est-il vraiment possible de faire ça uniquement en buvant des boissons énergisantes et de récupération ? En mangeant des salades de pâtes chargée en calories (il en dépense 9.000 par jour !) et des barres de céréales ? En se trempant les membres inférieurs dans de l'eau à 9° chaque soir après l'effort pour accélérer la récupération ? Et en passant sur la table du kiné pendant une heure et demie - deux heures, avant d'aller dormir environ 3-4 heures et remettre ça le lendemain ? Vraiment ?
 

"Si je lui dis stop, il arrêtera"

 

Nous avons posé la question très franchement à son médecin particulier, qui le suit depuis longtemps, le docteur vendômois Alain Aumaréchal. Le Défi 41 peut-il et est-il " propre ", c'est-à-dire sans aucun soupçon de dopage ? " Il s'est énormément préparé avant le Défi, son alimentation est très suivie, il a deux heures de soins kiné par jour après la course. Et il y a son mental. Il faut savoir qu'il a lui-même sollicité l'Agence française de lutte contre le dopage (AFLD) pour qu'elle vienne faire des contrôles pendant le Défi. Pour l'instant personne n'est encore venu. Moi-même je vais faire pratiquer des analyses d'urine. " Deux prises de sang par semaine permettent de surveiller son bilan biologique, mais ne permettraient pas la détection d'un produit dopant ou alors par le plus grand des hasards, et Ludovic Chorgnon lui laisse peu de place. " Mais les questions sont légitimes ", ajoute le docteur Aumaréchal. " Il faut mettre vraiment de côté les six premiers jours, où la chaleur était très forte, et contrairement à ce qu'il croyait lui, il n'était pas déshydraté, mais trop hydraté justement ! Il mangeait et buvait trop salé, il avait donc un taux de sodium très et trop élevé. On a adapté son alimentation et son hydratation. Après, l'organisme s'habitue et s'adapte à l'effort. Lui aussi adapte son rythme. Jusqu'ici il a effectué des courses autrement plus difficiles dans des conditions climatiques autrement plus extrêmes, et il en ressortait pire que ça. "

Certes, il y a la course, les jours qui défilent sur le Défi 41. Mais après, docteur, ça peut laisser des traces, non ? " On avance jour après jour. On ne sait pas ce qui peut se passer le lendemain. Ce qui me paraît évident c'est que si il va au bout, il va falloir ensuite qu'il observe une longue période de repos total, ce qui me semble difficile vu le personnage… Il y aura forcément des dégâts articulaires, il faudra lever le pied, vraiment. Et son alimentation devra aussi continuer d'être suivie de très près. " D'autres confrères médecins s'intéressent-ils à ce phénomène ? " J'avais demandé à des confrères de m'aider car pour moi, être sur le pont 41 jours de suite c'est difficile. Mais pas grand monde ne s'est manifesté, c'est la période qui veut ça aussi… " Il le jure, et c'est un contrat très clair entre lui et Ludovic Chorgnon : si le docteur Alain Aumaréchal lui demande d'arrêter, Ludo le fou arrêtera. " Sans poser de question. Si je lui dis stop, il arrêtera. Evidemment si c'est la veille du 41e, la négociation serait difficile. Mais ce que je crains le plus pour lui, c'est une chute à vélo. Ça, ça l'arrêterait vraiment. "

 

À l'heure où vous lirez cet article donc, vendredi 24 juillet, selon toute vraisemblance Ludo le fou en sera à son 24e triathlon Ironman en 24 jours, avec une moyenne de 13h30 à 14 heures d'efforts quotidiens. Et tout ça propre et naturel. Jusqu'à preuve du contraire.

 

(1) Lire la Renaissance du Loir-et-Cher du 17 avril dernier, et du 10 juillet.

(2) Enchaîner 3,8 km de natation, 180 km de vélo et un marathon (42,195 km)

 

Enquête parue dans la Renaissance du Loir-et-Cher du 24/07/2015

Ludo, à chaud

 

Vendôme, près de la piscine des Grands-Prés, lundi 20 juillet. Ludovic Chorgnon vient d'en finir avec son 20e Ironman en 20 jours. Une petite centaine de personnes danse au rythme d'une musique techno lorsqu'il franchit la ligne d'arrivée, en compagnie d'autres coureurs dont son fils Antoine qui réalisait son premier marathon. Rapide interview sur le podium (sujet du jour : "les courses de montagnes les plus belles que tu as faites, Ludo"). Il évoque la Diagonale des fous (traversée de l'Ile de la Réunion, près de 10.000 mètres de dénivelés positifs et 169 km, qu'il "fera en octobre pour récupérer" - sic). On le voit discrètement avaler quelques gelulles de compléments alimentaires prescrites par son diététicien. Puis direction le tivoli des soins. Il y retrouve le docteur Alain Aumaréchal, qui lui ôte ses grandes chaussettes de contention afin d'examiner son orteil souffrant d'un ongle incarné. On hésite à prendre une photo de l'orteil en question, et puis... non. Ludo le fou grimpe ensuite l'échelle qui le conduit dans le bain à 9°, la fameuse cryothérapie, pour ses membres inférieurs endoloris.

Vous en êtes à la moitié, comment allez-vous ? "Bien, ça va, j'ai le moral." Et l'orteil, ça ne va pas mieux ? "Si, depuis qu'on m'a percé le pue, j'ai mal mais beaucoup moins qu'avant." Et les douleurs aux quadriceps dus à la mauvaise position de course ? "Ça va en s'améliorant." Vous dormez combien de temps par nuit ? "Environ 3 ou 4 heures, les soins kiné prennent du temps, je mange et ensuite je m'occupe un peu de mon entreprise, je bosse..." Vous bossez ? "Oui, mon principe c'est être bien dans son corps, et bien dans sa tête. Comment je pourrais faire si j'étais préoccupé par les affaires de mon entreprise sans m'en occuper moi-même ? Ma fille s'en occupe un peu dans la journée, mais il faut que je fasse aussi des choses." Toujours pas de médias nationaux ? "Si, Tout le sport est venu, il y aura l'Equipe web aussi, France 2." (pas encore diffusé). Et... l'AFLD (Agence française de luttre contre le dopage) ? Toujours pas ? "Non, et j'aimerai bien qu'ils se décident à venir. Sans ça... Mais je peux difficilement faire plus que ce qu'on a fait, on a même demandé au vice-président qui habite la région. Mais c'est le ministère de la Jeunesse et des Sports qui décide."  

 

Le Défi 41 est-il " propre " ?

" Oui, c'est possible sans dopage "

 

Julia Muller est kinésithérapeute à Blois. Elle répond à deux questions : est-ce possible d'accomplir un tel effort surhumain répété pendant 41 jours sans rien prendre ? Et qu'est-ce que cela peut laisser comme traces dans le corps humain, une fois terminé ?

 

" Oui, c'est possible. Il existe un système d'endurance qu'on peut travailler, et avec un entrainement spécifique on peut y arriver. Si on vous demande de soulever 300 kg en une fois vous n'y arriverez pas. Mais si vous vous entrainez d'abord à 100 kg, puis 200, vous pourrez peut-être monter jusqu'à 300. Les fibres musculaires sont de deux types : force et endurance. Cet athlète a du entrainer ces dernières. On peut tout optimiser. Le but c'est de repousser les limites, et médicalement on en a les moyens. Il faut aussi noter l'adaptation du matériel de sport : vélo, chaussures etc. Et, je le répète, être bien suivi médicalement. Pour moi, trois choses sont importantes : les capacités initiales, et il semble en avoir beaucoup. Un entrainement spécifique et adapté. Et n'oublions pas le mental, qui rentre en ligne de compte pour au moins 20 à 30 %, et c'est prouvé par des études scientifiques récentes. Ce mental aide à dépasser encore plus les limites, et pour battre un record le mental a un rôle vraiment important. Alors oui, on est encore capable de faire des choses sans dopage. Encore faut-il aussi se soumettre quand même à un contrôle…"

" Concernant l'après : on n'a pas assez de recul au sujet de ces efforts longs, intensifs, c'est trop récent sur l'échelle temps pour savoir ce que cela produira sur l'organisme. "

 

" Difficile, mais faisable "

 

Fabien D. est médecin du sport, pour lui, " c'est tout à fait possible sans se doper c'est-à-dire sans rien prendre pour aider à minima la récupération, mais ça paraît difficile quand-même. Surtout avec l'énorme chaleur qu'il a du subir dans les premiers jours de son effort, il a certainement sérieusement entamé sa préparation et sa capacité à récupérer. Mais c'est faisable. Le corps humain s'adapte comme peu de gens l'imaginent, et la force mentale y est pour beaucoup. Mais ne faisons pas non plus d'angélisme béat : la plupart des produits classés sur une liste noire des produits dopants interdits cachent mal la forêt de ceux qu'on ne dépistent pas encore, ou très mal, ou très longtemps après. Ces athlètes courent des épreuves sur toute la planète, dans des lieux très différents. Ils rencontrent beaucoup de sportifs comme eux, les échanges peuvent être nombreux avec des trucs qu'on ne connaît pas encore très bien chez nous… On sait que ces courses d'endurance extrême rassemblent des coureurs du monde entier qui ne font pas que se parler de conditions météo, de marques de chaussures ou d'ampoules aux pieds… Cela peut aussi devenir un grand supermarché mondial de substances pouvant améliorer la récupération."

Sur le fait que " Ludo le fou " n'ait pas encore subit de contrôle, Fabien est catégorique : " Il le faut, car même s'il est très probable qu'on ne décèle rien – et son record n'en sera que plus beau évidemment – il doit accepter les questions que cela pose, et si il n'y a jamais aucun contrôle, même si une fédération sportive reconnaît son record, le doute planera toujours, et entachera malheureusement pour lui son record. "

 

Le Facebook du Défi41 s'agace de la question

 

Dans la soirée de vendredi 17 juillet, le Facebook du Défi41 bruissait déjà de rumeurs sur les questions - légitimes selon nous - du dopage de leur champion préféré. On pouvait y lire ceci :

"Dopage !! Etant donné les nombreuses suspicions de dopage de la part de personnes qui ne connaissent rien au sport, à l'effort et à la préparation d'un athlète, mais surtout dont tout ce qui n'est pas de leur (petit) niveau est suspect plutôt que de se poser des questions sur ce qu'elles devraient faire pour y arriver, l'équipe médicale fera une recherche de produits dopants d'ici à la fin du Défi41. Les résultats vous seront bien évidemment communiqués.

L'idéal serait que l'AFLD (Agence Française de Lutte contre le Dopage) déclenche elle-même ce contrôle, malheureusement nous n'avons aucun pouvoir pour le faire, il n'y a que le Ministère des Sports qui décide. Aussi nous invitons toutes les mauvaises langues à se défouler auprès de cet organisme pour que celui-ci déclenche un contrôle.

Enfin pour clore le bec à celles et ceux dont le goût de l'effort est un goût inconnu, sachez que Ludo se prêtera volontiers à n'importe quel contrôle que ceux-ci voudront bien payer (un contrôle anti-dopage coûte 600 €) auprès du laboratoire de leur choix et qu'il remboursera celui-ci si d'aventure il était positif. Un grand merci à tous les sceptiques de se cotiser ...

Euh si quand même, il est un peu beaucoup dopé par l'engouement et les encouragements des Loir-et-Chériens qui nagent, roulent, courent et chantent à ses côtés et par tous ceux qui à distance vivent le défi avec lui."

Un ton plutôt accusateur qui tranche avec les valeurs que souhaite pourtant véhiculer "Ludo le fou" et son défi, ainsi que toute l'équipe qui l'accompagne. Ce message Facebook a ensuite été abondamment commenté et partagé. Sans toutefois briller par le sens de la mesure ou le fair-play de certains commentateurs. Il faut parfois aussi savoir supporter ses supporter...  

 

L'antidopage aurait besoin d'un stimulant

 

C'est sous l'impulsion notamment du célèbre alpiniste Maurice Herzog, alors haut commissaire à la jeunesse et aux sports que se tient en 1963 en Isère un colloque européen sur le doping. Médecins, toxicologues, sportifs, journalistes s'y retrouvent. Deux ans plus tard le 1er juin 1965 est votée une loi, première disposition ministérielle contre le dopage. Le décret d'application paraîtra un an plus tard le 10 juin 1966 et entre en vigueur lors du Tour de France qui débute quelques jours plus tard. L'application de la loi prohibe les stimulants, très en vogue à ce moment-là. Ils occasionnent des malaises et surtout des décès chez les sportifs en compétition, notamment des coureurs cyclistes en plein effort. On se souvient de l'Anglais Simpson en juillet 1967 sur les pentes du Mont Ventoux, devant les caméras de télévision du monde entier… Les premiers contrôles urinaires positifs décèlent des traces d'amphétamines ; mais encore fallait-il prouver qu'ils avaient été pris sciemment… Cet argument va perdurer longtemps, et on se souvient du désormais fameux " à l'insu de mon plein gré " de Richard Virenque, coureur de l'équipe Festina en 1998. En outre, pendant des années, les hormones étaient associées aux vitamines. C'est notamment sur ce flou que les sportifs vont s'appuyer.

Les années passent et globalement les contrôles positifs sont en diminution. Allait-on crier victoire trop tôt ? On annonçait la fin du dopage, des Tours de France " naturels " et " propres ", des compétitions sportives exemptes de tout dopage. Erreur : ce dernier était entré dans la clandestinité. On allait déchanter. La plupart des substances interdites par le Comité international olympique (CIO) et inscrites sur leur liste noire disposent en effet d'un délai de carence entre le moment où elles sont interdites et la capacité des laboratoires à les dépister. Par exemple, les corticoïdes sont interdits en 1978, et ne sont décelables qu'en 1999. Les stéroïdes anabolisants sont interdits en 1976, certains sont toujours indétectables. L'EPO est interdite en 1990, mais décelable en 2000. L'hormone de croissance est interdite en 1989, décelable depuis peu. On ne fait pas mieux avec la liste française des produits interdits : 300 noms y sont inscrits, mais combien de substances sont encore indécelables ?

C'est à la suite de l'affaire Festina lors du Tour de France 1998 (1) que sera créée l'AMA, l'Agence mondiale antidopage, sous l'impulsion des politiques français et du Conseil européen. En 2000, c'est le Conseil de prévention et de lutte contre le dopage qui sort de terre (CPLD), devenant en 2006 la fameuse AFLD, Agence française de lutte contre le dopage. Marie-Georges Buffet, alors ministre des Sports, montre les crocs et durcit le ton. La France montrait l'exemple, mais qu'elle était sa réelle influence contre les mastodontes du sport mondial – notamment le CIO - et ses fameux enjeux financiers, médiatiques, politiques etc. ?

S'en suivent dix ans de politique hybride faite de compromis, de pressions, de coups médiatiques, de conflits d'intérêts, de baisse d'autorité sur le territoire et surtout… de budgets ridicules face à l'ampleur de la tâche. En 2015, l'AFLD dispose de 8 millions d'euros pour effectuer ses missions dans les compétitions sportives, entrainant notamment la baisse des échantillons prélevés sur les sportifs (11.040 en 2013. 6.200 en 2015). L'AMA n'est pas beaucoup mieux lotie : avec 25 millions d'euros annuels pour le contrôle antidopage de la planète entière, c'est en comparaison le même budget que celui de l'équipe cycliste Sky de Chris Froome… Et ce n'est pas l'AMA qui permit de mettre au jour le scandale Lance Amstrong (entre autres), ce qui laisse songeur. En 2014, l'AFLD a décelé 46 sportifs en France convaincus de dopage.

 

(1) Toute une équipe renvoyée du Tour le 18 juillet par J-M. Leblanc son directeur pour "manquement à l'éthique" à la suite de l'arrestation du soigneur de l'équipe Willy Voet avec des sacs isothermiques dans sa voiture contenant 400 flacons de produits dopants et stupéfiants.

 

Source : enquête de Pierre Ballester dans Le Monde.

L'AFLD muette comme une carpe (ou presque)

 

Nous avons tenté de joindre l'Agence française de lutte antidopage, en lui demandant comment elle procédait lors des contrôles antidopage des épreuves sportives (quelles qu'elles soient) et si la performance surhumaines du Défi 41 n'était pas de nature à soulever de légitimes questions. Par le biais d'un échange mail avec le secrétariat général, la réponse est sans appel : "Même lorsque nous avons des doutes, ce qui peut nous arriver, nous ne les exprimons pas pour ne pas jeter l'opprobre sur le sportif ou la sportive et ne pas donner le sentiment que nous avons pré-jugé d'une affaire sur laquelle nous pourrions être appelés à statuer. En conséquence, la seule expression de l'Agence passe par le contrôle antidopage et l'examen scientifique du prélèvement réalisé." Sur les demandes formulées par Ludo le fou et son entourage à venir procéder à un contrôle urinaire, pas mieux : "Seul le directeur du département des contrôles ou ses représentants ont connaissance des contrôles programmés, ce qui garantit leur indépendance."

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"Ludo le fou" a soif

21 Juillet 2015 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #Presse book

"Ludo le fou" a soif

Ludovic Chorgnon, depuis le 1er juillet, enchaîne les triathlons catégorie Ironman quotidiennement. Comme d'autres vont à l'usine, mais le sourire aux lèvres. Ou presque. (article paru dans La Renaissance du Loir-et-Cher du 10 juillet)

 

Quand vous lirez cet article, il devrait normalement égaler le record du monde de triathlon catégorie Ironman d'affilés (1), soit 10 en 10 jours. Si vous lisez ce journal samedi 11 juillet au soir, peut-être ce record sera-t-il battu… Et dimanche 12 juillet ? Nul le sait, sauf lui. Le jour où nous sommes allés cueillir "Ludo le fou " sur la ligne d'arrivée, lundi 6 juillet dernier, le mercure frôlait les 33°, à l'ombre évidemment. Presque " frais " comparé aux 40° des premiers jours ! Et pourtant, c'est bien de la chaleur et du vent dont cet extra terrestre souffrait le plus. Plus dur que le marathon des sables (2) ? " Ça c'est rien, c'est de la blague ", dit-il dans un demi sourire crispé (quand même) quelques minutes après l'arrivée de ses 13h24 mn d'effort. " Vraiment c'est le pire, ça me dessèche beaucoup ", souffle-t-il en retirant à grand peine ses sockets poussiéreuses, trempées de sueurs. " Mais mon équipe médicale est super. Bon, les temps de massage ont tendance à s'allonger – 1h30 au lieu de 1h au début – mais c'est super. La chaleur, ça va bien finir par s'arrêter. J'espère seulement que ça s'arrêtera avant moi ! " Juste après ces mots, et un soin par une pédicure – car il souffre d'un ongle incarné – il " plonge " ses membres inférieurs endoloris, raides comme deux morceaux de bois dans une piscine d'eau refroidie à 9°. On appelle ça la cryothérapie, et c'est sensé accélérer la récupération. Et de la récupération, Ludo en a bien besoin.
 

En boucler 41, ou rien

 

Auparavant, sous le tivoli installé près de la piscine des Grands-Prés à Vendôme, alors qu'il lui restait encore deux boucles de 6 km chacune pour achever son marathon quotidien, une bassine d'eau glacée où flotte un mélange de glaçons, de serviettes microfibres et de torchons, attendait Ludovic, alias " Ludo le fou ", pour un rafraîchissement bienvenu après ces heures et ces heures d'effort. De quoi s'alimenter aussi, barres énergétiques, sachet contenant une salade de pâtes à 500 calories pour 100 grammes, mais aussi – plus surprenant – des viennoiseries. Des boissons énergisantes, de l'eau bien sûr, et l'incontournable coca. Ludovic l'a avoué sur le podium lors de la traditionnelle courte interview qu'il livre sitôt la ligne d'arrivée franchie, à l'adresse des supporters et bénévoles en petites grappes venus l'applaudir : " Je suis déshydraté. Très déshydraté même. " On le serait à moins, en effet. Mais, l'assure-t-il, " c'est sous contrôle médical. " On s'interroge, tout de même, sur ce ou ces fameux médecins, kiné etc. qui donnent l'autorisation à l'athlète de continuer cet effort surhumain - n'ayons pas peur du mot - sous cette chaleur écrasante, et pas seulement dans l'optique de battre le record du monde homologué de 10 triathlons Ironman consécutifs. Mais plus encore – car c'est bien l'objectif qu'il s'est fixé – d'en boucler… 41, comme le Loir-et-Cher, et on se prend à regretter pour lui qu'il n'habite pas l'Aude ou l'Aveyron…
 

Les médias nationaux absents

 

À côté de lui, lors du dernier ravitaillement mais aussi juste après avoir franchi la ligne, une discrète femme brune en débardeur orange et aux lunettes de soleil a le regard fixé, sur cet homme, en nage, au bout de lui-même. Cet homme c'est le sien, Delphine est sa femme. Craint-elle pour la santé de son mari ? " Pourvu que ça tienne ", nous confit-elle presque en chuchotant, comme pour conjurer le sort. Comment se passe les relations avec son triathlète de mari le soir après ce " boulot " ? " On parle peu. Il rentre à 21h45 environ, on mange, moi j'ai souvent mangé avant lui. Après il va se coucher. On peut parler ensemble un peu, mais de tout sauf du Défi 41. Je lui parle de sa société… " dit-elle avec comme une pointe de résignation. Comment pourrait-il en être autrement, tant les questions sont très nombreuses autour de ce " défi " qu'il s'est lancé. Qu'ils se sont lancés, car c'est une affaire de famille. Antoine et Anaïs, ses enfants et la petite Elsa (4 ans) sont aussi embarqués dans l'organisation. Anaïs veille d'ailleurs aux médias, dont les nationaux tardent un peu à se manifester, au regret du speaker sur le podium. Ludo est confiant – c'est une seconde nature chez lui – " ça va venir… "

Demeure la lancinante question vue de l'extérieur : qu'adviendrait-il si le staff médical lui disait, un soir, " stop, arrête là, ta santé est en jeu " ? Ludo le fou est si déterminé, si sûr de son objectif dont il ne démord jamais, écoutera-t-il ? Ingrid, membre de " Vendôme triathlon " et qui vient de boucler le dernier tour à ses côtés l'affirme : " Il écoutera bien sûr. Il n'est pas si fou que ça ". Pourtant, dans la piscine à 9° où on le quitte en train de faire barboter ses pauvres jambes lourdes comme du béton, Ludovic Chorgnon ne veut pas entendre parler du samedi 11 juillet, jour où il pourrait battre le record officiel. Il ne voit qu'un chiffre : 41. " J'ai réservé l'hôtel jusqu'au 10 août, alors… " lance-t-il dans une ultime boutade, sans se départir de son (presque) éternel sourire.

 

(1) enchaîner dans la même journée 3,8 km de natation, 180 km de vélo et un marathon soit 42,195 km.

(2) Une semaine dans un désert à courir un marathon par jour dans les dunes et en autonomie presque complète.

 

Lire aussi sur ce blog le portrait de "Ludovic : l'homme de "faire" en fer (17 avril 2015)

Prochain article : Le Défi 41 est-il "propre" ? (enquête)

- La solitude du coureur de fond -

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