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Le jour. D'après fred sabourin

le bonheur est dans le pré

22 Avril 2007 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #l'évènement

                                 Vive la reine !

     Ce matin à 11h, dans le bureau de vote de la mairie du XVIIè arrondissement de Paris, une femme déclare, voyant la file d'attente pour voter : "ah non ! je ne fais pas la queue pour voter ! je reviendrai ce soir". Vous avez raison, madame, d'être si peu persistante. J'en connais d'autres, en des contrées moins démocratiques, qui tueraient père et mère pour accomplir ce "luxe" de faire la queue afin de voter. Est-elle revenue ? Ne sais pas. Du XVIIè arrondissement, nous sommes passés au XVIIIè siècle, et le bonheur était dans le pré de la Marie-Antoinette...

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ce n'est qu'un combat, continuons le début

20 Avril 2007 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #édito

                                                            Il pleut sur Nantes

        Dernier meeting pour Arlette Laguiller, hier soir, à Nantes, devant une poignée de militants trotskystes révolutionnaires. Internationale et poings levés. Ovation du public : « le cri du peuple » en quelque sorte. Depuis trente-trois ans, six campagnes électorales pour cette infatigable (mais fatiguée) porte-voix de ceux qui n’en ont plus. Ils sont presque aphones. Elle qui se rendait au « Crédit Lyonnais », son lieu de travail, en mobylette : le métro des p'tits patelins... Nicolas, Ségolène, François ou Jean-Marie savent-ils démarrer une mobylette par les froids matins d’hiver pour se rendre au boulot ? L’un d’entre eux, c’est sûr, sait conduire un tracteur. Le borgne connaît le maniement des armes. Le petit teigneux fait du jogging et du vélo avec Drucker. La dernière rame dans les barques du marais poitevin.
Mais Arlette… Emue, elle accepte de monter sur l’estrade pour ce chant d’adieu, ce chant du cygne. Du signe ? La révolution du prolétariat contre les patrons bourgeois. Mouais.
Vêtue d’un tailleur noir et d’un polo jaune, elle trouve en face d’elle une grande table recouverte d’une nappe noire elle aussi, et un tissus rouge, évidemment. Le sens de la mise en scène, quand même. Il ne manquait plus qu’un piano. Elle qu’on a tellement brocardée, conspuée, imitée avec son appel aux « travailleurs, travailleuses, chers amis ». Elle reste vent debout, quelque chose dans sa voix sonne juste. Elle les connaît, peut-être ? Ou elle les aime, sûrement.
A Nantes, où il pleut toujours au « vingt-cinq rue de la Grange aux loups », une autre femme pleure de tant de combats vécus dans la sincérité d’une idée qui a sans doute évoluée avec le temps (moins de révolution, plus d’action), sans doute moins par résignation que par maturité, ou sagesse, qui sait ? Car de tous les candidats de cette campagne, elle est sans doute celle qui a le plus marié les deux valeurs humaines dont beaucoup se réclament, mais bien peut font preuve. Il est heureux, je crois, que ce soit une femme de soixante-cinq ans qui les ait incarnés : fidélité, et courage.
Merci, Arlette. Hasta siempre !



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où il est question de combat, pas si ordinaire que ça...

19 Avril 2007 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #voyage - voyage...

                                                           drame conjugal

      Paris – Le Havre, Corail « intercités », 19h30. Le train des gens qui bossent à Paris, et rentrent dans un pavillon de province normande. La fatigue est palpable, les chemises collent à la peau. Journée chaude « pour la saison ». Les trains en direction de la Normandie possèdent ce charme désuet qui n’appartient qu’à eux : certains wagons sont compartimentés. Deux rangées de quatre, à l’ancienne. Comme la moutarde, qui monte au nez des usagers, excédés par l’archaïsme et les retards de cette ligne très fréquentée.
Dans la diligence où je trouve place se tient un couple, jeunes trentenaires aux alliances brillantes. Des néophytes. Ils sortent de leurs sacs deux objets électroniques et technoïdes que le marketing ultra moderne nomme « PSP » : une console de jeu portative, de la taille d’une grosse télécommande télé. Ce que j’ignorais (pourtant je me renseigne !), c’est que les deux petites boîtes à jeux pouvaient… communiquer. L’homme et la femme, écouteurs dans les oreilles « pour ne pas gêner les voisins » (je cite), pianotent nerveusement sur la machine infernale. Ils ne se parlent pas. Ils jouent. Absorbés, ils ne se rendent pas compte que je les observe du coin de l’œil, et j’aperçois le jeu en question. Sur l’écran, deux personnages se matraquent de coups, de toute sorte : coups de poings, pieds, coups de boule ou de genoux, un véritable concentré de boxe thaï et de savate à l’ancienne, jusqu’à épuisement d’un des deux combattants, précisé, au cas où on ne s’en serait pas rendu compte, par un « KO » magistral imprimé en rouge sur l’écran. La fille sourit : elle vient de « latter » son mari, qui, comprenant que je suivais la scène, me regarde, penaud. Ils ne se parlent pas, ils jouent, ils se battent.

       "Un couple moderne", me dis-je. Au lieu de provoquer des drames conjugaux en se tapant dessus à coups d’assiettes offertes le jour du mariage, ils jouent à se battre dans le train qui les ramène chez eux. J’hésite à me réjouir. Mais si cette petite boîte ludique peut éviter que l’homme cogne sur sa femme ou l’inverse, comme il est hélas de mauvais goût de le faire, alors je dis : oui à la boxe conjugale sur « PSP » !

 

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la comédie humaine, un "combat ordinaire"

17 Avril 2007 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #l'évènement

                                                           le front aux vitres

       

         « A nous de vous faire préférer le train ». Comme prévu, le contrôleur du dernier TGV pour Poitiers dimanche soir, sur le coup de minuit, a scellé à l’heure du crime l’alliance de la goujaterie, de l’humiliation et de la comédie humaine dans toute sa splendeur. Le « bricolage » du billet ANPE par la guichetière SNCF de la gare de Rouen  s’est révélé perdant. Je n’avais pas la précieuse réservation, pour un train qui était soit disant « complet » et dont la voiture 5 où j’avais pris place comportait en tout et pour tout une vingtaine de voyageurs endormis… J’avise le seul maître à bord, après Dieu (couché tôt le dimanche soir donc aux abonnés absents), flanqué de sa splendide casquette qui, comme les képis, rétrécit les cerveaux reptiliens. Je passe sur les considérations physiques, le casting des contrôleurs SNCF échappant à tous critères de beauté discriminants, et c’est heureux pour certains. Devant son étonnement (« comment a-t-on pu vous délivrer un tel billet ? »), je lui demande un peu de compréhension et de souplesse, eut égard à la situation délicate de celui « qui cherche un job » et parcourt 442 km (avec le retour 884) pour essayer d’en trouver un, peut-être. Là, réponse du chef, à peine croyable mais historiquement historique, fut : « on n’est pas l’Armée du Salut ici ! Si il n’y a plus de place en TGV, prenez un Corail ! ». Comme je n'ai aucunement l'intention de descendre en marche, je fais remarquer le wagon à moitié plein, et donc à moitié vide… Si j’avais parlé à partir de ce moment là un vieux dialecte tibétain ou cantonais de la fin du dixième siècle, je n’aurais pas été plus mal compris. L’agent « TR 454 » (j’ai décidé de cafter moi aussi) me flanque donc une contredanse de niveau "première classe", alors que j’étais assis en seconde. Je lui fait remarquer le défaut de procédure, que je refuse de signer, il refait le PV, le visage fermé. Toujours vérifier deux fois.
Bien sûr j’aurais pu, à ce niveau de la compétition, créer un « incident voyageur » et lui flanquer ma main à travers la figure, ce qu'il aurait mérité d'une part, mais aurait fait les choux gras de l’insécurité dans les transports en commun d'autre part. Choux gras que la campagne électorale se serait empressée de reprendre à son compte. Imaginez les journaux et radios lundi matin : « un contrôleur agressé par un demandeur d’emploi dans un train de nuit entre Paris et Poitiers, grève surprise pour protester sur le champs » etc, etc. Les candidats auraient rebondi sur l’affaire, et j’aurais fait le lit de certains « démocrates » réactionnaires situés à l’extrême droite de Dieu. Comme je suis bien urbain, et avant tout soucieux du bien être de mes concitoyens, en un seul mot, j’ai baissé les yeux sans broncher, vaincu par la vindicte de « TR 454 ».
Ironie de l’histoire, si je puis dire, le lendemain, sur le chemin du retour, le même « TR 454 » a contrôlé le billet cette fois-ci en bon et due forme. Je lui ai demandé, sans rire, quelles étaient les conditions pour intégrer « l’Armée du Salut », mais il a feint de ne pas comprendre. Cerveau reptilien, et mémoire courte donc.
La plus belle ironie de cette histoire, finalement, fut donnée quelques instants plus tard : la poésie des petites choses de la vie a repris son cours, et elle m’est tombée dans l’œil, prouvant au passage que si on pourra, jusqu’à la fonte des neiges, inviter les cons à des dîners spécialement préparés pour eux, ils seront toujours moins délicieux que la beauté et la grâce du spectacle de l’humanité naissante, dans ce qu’elle a de plus régénérant. Et gratuit.
Ceux qui ne font pas partie du « club des joies simples » peuvent s’en tenir là. Pour les autres, dégustez ceci comme j’ai pu le faire moi même. 



          La petite fille au regard bleu et aux cheveux blonds regarde par la fenêtre du TGV. Dehors, alors que l’acier caréné fend l’air à 300 km/h entre Vendôme et Paris, se succèdent les champs de colza (jaune cocu), le blé en herbe (vert dur), le ciel (bleu azur). La petite fille au regard bleu et aux cheveux blonds a des tresses, comme Heidi, la « petite fille de la montagne ». Elle colle maintenant son front et son nez à la vitre. Je repense au poème de Paul Eluard tiré du recueil « l’amour, la poésie » : « le front aux vitres comme le font les veilleurs de chagrin ; ciel dont j’ai dépassé la nuit ; plaine toutes petites dans mes mains ouvertes ; dans leur double horizon inerte indifférent… ». Elle regarde. Semble soucieuse. Concentrée. Rêveuse. Consciencieuse. Elle met sa main sous son menton, avec un doigt qui remonte verticalement le long de sa bouche, une posture que je trouve très adulte. En regardant les objets posés sur la tablette devant elle, j’essaie de déterminer son âge : dix ou onze ans maximum. Une petite boîte rose avec des étoiles contient les trésors d’une petite fille de son âge : des stylos à paillettes, des crayons de couleur, une gomme fluo. A côté, signe du temps, une BD « manga » dont la couverture ne laisse aucun doute sur le contenu : une histoire de prince charmant et de princesse toute aussi charmante, version nippone. Elle porte un tee-shirt rose avec des arabesques imprimées dessus. Elle plisse les yeux : le soleil qui entre à plein rayons fait mal aux regards clairs. Le jaune du colza se mélange au bleu azur du ciel et soudain le vert de la Beauce envahit la voiture 17, place 55. A quoi pense-t-elle donc ? D’où vient-elle ? Hendaye, Dax, Bordeaux, Angoulême ? La petite fille au regard bleu et aux cheveux or semble si seule, accompagnée seulement par le sifflement de la grande vitesse. Peut-être contemple-t-elle son reflet que l’on distingue sans peine dans la vitre ?
Je regarde son voisin d’en face : il lit une biographie de Jacques C. par Pierre Péan. Et soudain je sors de ma rêverie : c’est plus fort que moi, je pense à dimanche prochain, à l’avenir de cette petite fille au regard bleu et aux cheveux blonds que je, vous, nous, tiendrons dans notre main lorsque je, vous, nous mettrons un bulletin dans l’enveloppe puis dans l’urne. Je me demande, c’est plus fort que moi, combien de personnes dans ce wagon seront tentés de voter pour le vieillard réac ou son alter ego légèrement édulcoré, « génétiquement » programmé pour conquérir le pouvoir, dans une sorte d’érection que d’aucuns qualifient d’inévitable. Je pense, et je repense à notre avenir, mais aussi au tien, petite fille au regard bleu et aux cheveux blonds qui regarde maintenant, comme dans un songe, les éoliennes aux grandes ailes plantées dans les champs de blé beaucerons. Je regarde ta moue rêveuse qui semble loin, très loin d’ici.  Peut-être as-tu vu, chère petite, que depuis cette ligne de TGV, à cet endroit précis, on distingue clairement les flèches de la cathédrale de Chartres, distante de… 25 km. Peut-être, et même sûrement, penses-tu aux copines que tu ne reverras pas avant la rentrée des classes du mois de mai, aux cousins et cousines que tu vas retrouver à Paris dans quelques minutes, et avec lesquels tu passeras des vacances merveilleuses. Peut-être rêves-tu de la tour Effeil ? Ta maman, à côté de toi, passe sa main dans tes cheveux, d’un geste maternel et tendre que tout le monde connaît.
Je regarde à nouveau la couverture du livre de Pierre Péan consacré à un locataire de l’Elysée en train de faire ses cartons. Je regarde le paysage défiler à tout berzingue, le sifflement de la très grande vitesse, ton regard océan dans le reflet de la vitre, la casquette du « monsieur TR 454 » et l’Armée du Salut. Je vois une carte d’électeur. Un isoloir. 44 millions d’adultes majeurs et vaccinés inscrits sur des listes. Et douze candidats, douze apôtres porteurs d’avenir (mais non pas tous) et de promesses plus que d’évangile…
A ce moment précis, je le jure, Paul Eluard vient achever cet instant onirique et pourtant si réel : « le front aux vitres comme le font les veilleurs de chagrins, je te cherche par delà l’attente, par delà moi même. Et je ne sais plus tant je t’aime lequel de nous deux est absent ».

            Dimanche prochain, nous votons, vous votez, ils votent. Je penserai à toi, « petite fille au regard bleu et aux cheveux blonds », le front collé à la vitre de ce train à grande vitesse.
Toi qui liras ces lignes, fais de même.





 

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à eux de nous faire préférer le train-train quotidien

13 Avril 2007 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #cadrage débordement

                    lettre à Jean-Louis Borloo et Anne-Marie Idrac

     Soit un demandeur d’emploi habitant Rouen convoqué à un entretien d’embauche à Poitiers. Pour s’y rendre, il choisit de « préférer le train », selon l’élégante formule de la SNCF. Il se rend donc d’abord à l’ANPE où il est inscrit, pour une prise en charge partielle ou complète de son billet de train (142 € aller – retour Rouen Poitiers, NDLR). Là, les ennuis commencent.
Il est muni du précieux sésame, la « convocation pour l’entretien », délivrée par le potentiel futur employeur, 24 heures plus tôt. Mais ce dernier a oublié, péché mortel, de préciser la durée possible du futur contrat de travail (pour l’ANPE de la place Cauchoise : minimum de deux mois en CDD. Autant dire qu’on « encourage » les chômeurs à se déplacer pour chercher du travail). Devant le refus obstiné de l’agent d’accueil d’entendre quoique ce soit, par exemple, un peu d’indulgence vu le peu de délais restant, le demandeur d’emploi pose la question cruciale : « vous êtes là pour m’aider ou m’enfoncer ? Vous savez que je ne vais pas à Poitiers lundi pour jouer à la belote dans un bistro, j’y vais parce que je suis convoqué pour un entretien d’embauche ». Réponse de la jolie dame aux yeux noisettes : « sans la mention sur votre convocation d’un CDD minimum de deux mois, je ne peux rien faire ».
Constat d’impuissance. Les bras lui en tombe, et c’est heureux. Ils auraient pu servir à autre chose.
Après avoir appelé l’entreprise qui le convoque (au passage, son interlocutrice habituelle ne sera pas là « avant lundi, pour cause de RTT », pardon pour ce détail), il reçoit quand même par fax en urgence la précieuse convocation dûment à jour. C’est bon, se dit-il, je vais l’avoir mon billet pour Poitiers.
Ne jamais se réjouir trop vite lorsqu’on a affaire à des services publics en France. Voilà que la gentille dame qui délivre le bon de transport précise : « faites attention, il y a des quottas par train, et en fonction des périodes du calendrier ». Mais devant sa bonhomie et la confiance qui règne désormais dans le bureau, on se dit que non, ça n’arrivera pas.
Dix minutes plus tard, au guichet SNCF : tous les quottas ANPE sont atteint… Plus de places pour les exonérés de la boîte à Borloo. Question du demandeur d’emploi : « et comment je fais, alors ? Je ne me rends pas à l’entretien ? ». Réponse : « si, mais  vous devrez payer plein tarif, monsieur ». Sans rire elle dit ça, la guichetière. Je demande à un chef qui se tient derrière elle (il porte une cravate et une chemisette blanche, c’est donc un plus chef qu’elle) : « qui détermine ces fameux quottas ? La direction commerciale », me répond-il. « Les quottas pour les chômeurs sont branchés sur les quottas des cartes commerciales » (ex : cartes Escapades, Grands Voyageurs, 12-25 ans etc). Question du demandeur d’emploi (fatigué d’avoir à négocier pour rien, si ça se trouve) : « alors, la SNCF préfère abaisser les quottas des chômeurs, qui ne lui rapportent presque rien, plutôt que les cartes commerciales, qui lui rapportent beaucoup ? Pas mal, pour une entreprise nationale de service public ». Réponse du chef (imparable) : « oui, mais la SNCF a aussi des prétentions commerciales. D’ailleurs c’est l’ANPE qui nous rembourse ». Mais oui bien sûr, où avais-je la tête ! L’Etat non commercial paie pour l’Etat commercial.
C’est l’estocade. Derrière lui, il entend la foule crier : « olé ! ». César baisse le pouce. Le gladiateur va mourir. Rideau.
Le demandeur d’emploi repart quand même avec un aller – retour bricolé à l’ancienne, avec une moitié de réservation pour un TGV, pour laquelle il a doit… payer (8,40 €). Et la certitude de devoir s’abaisser devant un contrôleur qui ne manquera pas de vouloir lui faire payer son absence de réservation dans les autres trains.  En lui proposant une amende, par exemple.

          Moralité : quand  tu es au chômage et que tu cherches un job, il vaut mieux être très courageux et tenace, ne rien lâcher et si possible ne pas trop bouger. On ne sait jamais, on pourrait dépasser les quottas. On comprend aussi pourquoi certaines personnes se démobilisent, et préfèrent les combines au black près de chez soi qu’un vrai travail plus loin.
Mais, à n’en pas douter, quel que soit l’heureux gagnant de ces jours prochains, le 7 mai, tout ira mieux.
C’est sûr. Promis juré. C’est une question pour un CDD de cinq ans, avec les quottas commerciaux à la clé.

PS : nous passerons sur le fameux « bon de transport » ANPE, dont la politique de mise en œuvre dépend des régions, appelées « bassins d’emplois ». Certaines régions demandent un justificatif d’entretien après coup, d’autres préfèrent anticiper. Pourtant il s’agit bien de l’agence « nationale » pour l’emploi. La décentralisation a parfois des effets pervers. Il faudra en avertir Monsieur Raffarin.


Promis, la prochaine fois on revient sur ce blog avec un peu de poésie. Gratuite.


 

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naître ou ne pas être

10 Avril 2007 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #cadrage débordement

                                                  tueur né

       J’avais presque promis, sans rire, qu’on ne parlerait pas politique sur ce blog. Au risque de rompre avec la poésie habituelle qui règne sur ces pages (et dont nous sommes friands), je ne résiste pas à réagir à un propos récent d’un candidat à l’investiture suprême. Lequel a, selon les sondages et les commentaires, de grandes chances de l’emporter.
Ce petit homme aux grandes ambitions a dit, sans rire, qu’il « inclinait à penser que la pédophilie pouvait avoir des racines génétiques ». Comme si cela ne suffisait pas, il a ajouté, à propos des suicides de jeunes adolescents, qu’ils pouvaient aussi avoir des racines génétiques. « Inné », selon ses propos.
En clair : on « naîtrait » pédophile ou suicidaire. Aucune chance d’en échapper. C’est ton destin. Aucune prévention possible, aucune rencontre décisive pour faire basculer ce funeste avenir ? A n’en pas douter, comme dans « la guerre des étoiles », ce candidat a basculé du côté obscure de la force. On se souvient, il y a quelques années, du film Tueurs nés, qui posait à peu de choses près la même question : y a-t-il des tueurs « génétiques », innés ? Avec ce genre de propos, nous ne sommes plus très loin de la tentation de l’eugénisme, et nous succombons déjà à ce péché mortel pour l’humanité.

Georges Brassens avait sans doute raison, déjà, lorsqu’il écrivait : « le temps ne fait rien à l’affaire, quand on est con, on est con ».
Peut-être aujourd’hui écrirait-il : « quand on naît con, on est con » ?

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bou-qui-niste !

7 Avril 2007 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #étonnement

                                                             des livres, des mots


        Une personne, dont je tairai le nom mais ce n’est pas trop difficile car elle s’est abritée derrière l’anonymat, m’écrivait récemment dans un mail ses impressions partagées quant à la contemplation des « petites choses de la vie », cette « mode actuelle de s’attendrir sur le quotidien des gens de peu, de sorte qu’il faudrait que tous ces écrivains et chansonniers  s’associent dans une sorte de club des joies simples ». Je cite.
Répondant à cet inconnu masqué par un pseudo et une adresse mail fantoche (dois-je encore préciser qu’il peut s’agir d’un féminin ?), « que j’étais bien d’accord avec lui (elle), mais que je n’obligeais personne à venir lire ces textes sur mon blog », il (ou elle donc) me répondait de nouveau que c’était « la simple curiosité qui le (la) poussait à venir le visiter ». Dont acte.
La curiosité : c’est au nom de cette même maladie que je m’autorise à décrire, par le biais d’histoires simples, ces bouts de phrases saisies au vol, ces images, véritables  passagères clandestines et sans papiers tombant dans l’œil du piéton « lambda » ou du cycliste urbain. Ces instantanées ou ces tranches de vie qui ne me laissent pas indifférent, au nom même de cette curiosité maladive et au sens de la mise en scène de ce qui reste, d’ordinaire, invisible. Le spectacle du monde, pour être emphatique. Ou, reprenant les mots de l’écrivain argentin Jorge Luis Borges : « je suis le seul spectateur de cette rue. Si je cessais de la voir elle mourrait ».
C’est ce qui m’amène à vous faire le récit suivant, dont je n’ai, pour une fois, que très peu enjolivé la réalité. Elle m’était livrée toute entière sous sa forme brut, il n’y avait qu’à écouter, voir, et ressentir la comédie humaine. Je dirai même mieux : la contempler. 

      

           J’ai dû freiner sec pour stopper mon vélo dans cette rue en pente. Une rue répondant au nom évocateur de « Beauvoisine ». Une délicieuse association de mots, un décalage verbal sans accrocher l’oreille autrement que par le claquement du masculin « beau », et du féminin « voisine ». Les repères brouillés.
J’ai freiné sec, car une échoppe m’a forcée à le faire. Avant de voir ce qui se tenait à  l’intérieur de la vitrine, c’est d’abord un cri qui m’a fait tourné la tête : le propriétaire d’un chien tirait sur la laisse du cabot en criant « non ! non ! NON ! », car le meilleur ami de l’homme était en train de se soulager sur des cartons contenant des livres, disposés sur le trottoir selon une anarchie organisée par le libraire lui même. Et puis j’ai vu la vitrine. Et surtout, aperçu l’intérieur. La caverne d’Ali Baba existe, je l’ai rencontrée. La bicyclette sur sa béquille, je m’approche de l’entrée, exiguë, et découvre l’antre de la littérature d’occasion rouennaise : le bouquiniste Joseph Trotta. On dit parfois, de certaines caves à vin de la région de St Emilion, qu’on peut y faire un « signe de croix » en rentrant à l’intérieur. Je l’ai entendu également de la bouche de quelques viticulteurs cognaçais, parlant même du « paradis » pour nommer les chais de vieillissement de leurs précieuses eaux de vie (autre expression délicieuse, vous en conviendrez…). Si tenté qu’une librairie d’occasion puisse être un temple, ou une église, ou une chapelle, on pourrait faire la même chose au 148, rue Beauvoisine à Rouen. Inimaginable. Le cou peut souffrir d’un torticolis en découvrant l’ordonnancement de la boutique : des livres par centaines, par milliers, dans un amoncellement, un fatras, un empilement serré, jusqu’au plafond lui même, couvert d’affiches. Dans une pièce que vous et moi considéreriez comme un salon ou une salle à manger, des tonnes de livres, par colonnes de quatre mètres de hauteur. Le bureau de Gaston Lagaffe, mais sans le courrier en retard, juste des livres. Des murs entiers. Des livres de poches, des livres brochés, des partitions musicales, des revues, des manuels de savoir vivre du XIXè siècle (dont un excellent : « manuel de savoir vivre des adolescents » que j’avais envie d’envoyer à quelque candidat à l’élection présidentielle…), des livres d’art, des romans, des essais, des livres d’histoire, bref, tout, dans le désordre, et parfois dans un agencement que seul probablement son propriétaire doit maîtriser. J’étais sans voix, paradoxe dans ce qui ressemblait à la "Jérusalem" des livres, la « Mecque » des mots. 


          Mais ce n’est pas tout… Dans le couloir d’entrée, qui servait aussi de pièce principale, je ne pouvais avancer plus à fond dans ce lieu : un homme, claudiquant avec sa béquille, voulait sortir au moment où j’entrais. A moins de déplacer deux ou trois piles d’une centaine de livres, impossible de se retourner ou de passer à deux de front. Comme l’homme avait des difficultés pour se déplacer, et que moi je n’en ai pas, j’ai reculé (impossible de faire demi-tour) dehors, et j’ai attendu qu’il sorte. Je dis bien attendu, car il a mis le temps, son handicap le gênait vraiment.
Là, sur le trottoir, s’engage un dialogue aussi savoureux qu’inattendu, car en plus de difficultés à marcher, l’homme, d’une bonne quarantaine d’année (mais il faisait plus que son âge), avait des problèmes d’élocution.
- « excusez-moi, monsieur, de vous avoir fait attendre, mais ces chaussures orthopédiques ne me vont pas, et j’ai encore du mal à me déplacer », dit-il, en se tordant la bouche pour s’exprimer. Je lui réponds qu’il n’y a aucun problème, je ne suis pas aux pièces, et que de toute façon, vu la taille du couloir, on n’a pas le choix ! Et là, l’homme se met à me raconter son accident cérébral, trente-cinq mois plus tôt, qui le laissait hémiplégique, et surtout sans parole pendant trente jours.
- « vous vous rendez compte ? Un mois sans pouvoir parler, et sans savoir si je reparlerai un jour ! Mais je n’étais pas sourd, j’entendais les médecins qui se demandaient si je retrouverais la parole… Et je ne pouvais rien dire ».
J’opinais du bonnet, ne sachant pas comment réagir autrement que par un « hum, hum » un peu gêné, que dire dans ces cas là ? Il ne me laissa pas longtemps dans l’embarras :
« alors depuis que j’ai retrouvé la parole, j’en profite d’une autre manière, j’ai envie de parler. J’ai envie des mots ! C’est pour ça que je viens ici, car ils sont là, les mots… »
Ca tombe sous le sens. Ou sous le charme, c’est selon. Des milliards de mots silencieux retirés entre les milliards de pages agglutinées dans cette librairie, il fallait que quelqu’un les disent, à voix haute. Quoi de mieux qu’un ancien muet sur le chemin de la rémission pour les faire entendre ? Un ancien muet cabossé et claudiquant sur ses trois jambes. Il fallait encore que quelqu’un entende ça…
Après les remerciements polis d’usage chez les hommes de parole, nous nous sommes quittés sur ce trottoir, en bons voisins (je n’habite pas le quartier), et je me suis enfoncé dans le fameux couloir sombre aux odeurs de livres moisis, de poussières de reliures pleine peau, à l’encre surannée. Dans un recoin, un homme fredonnait une partition de Litz : il était assis sur une pile de livres, pas moyen d’y loger une chaise, ou même un tabouret. Au fond, un rideau crasseux semblait cacher l’entrée d’un infra-monde. J’étais intrigué : la boutique continuait-elle encore derrière ? Une caverne secrète rejoignait-elle le pays des livres et des mots ? Un mausolée à la gloire des auteurs ? Y avait-il une salle de lecture, où quelques aficionados triés sur le volet avaient leur carte de membre du club ?
Rien de tout cela : ma curiosité fut satisfaite, lorsque j’ai vu sortir de là un homme barbu, chevelu, coiffé d’une sorte de béret à l’envers et vêtu d’une chemise d’un bleu douteux : le libraire en personne, ogre des contes pour enfants, cow-boy des bouquins, alchimiste des pages jaunies, flibustier des revues écornées. Il me regarda, saisit mon étonnement, y devina probablement une question, et dit :
- « samedi prochain, il y a une vente spéciale : je vends des livres à dix euros le mètre. J’ai vingt-sept caisses à écouler, alors vous pouvez y aller hein ! »

        Des livres au mètre… Je connaissais la bière au mètre (ou le pastis, vers Toulouse), le tissu au mètre, mais les livres au mètre, on ne m’avait jamais fait le coup.
Le poids des mots a désormais son unité de mesure : le mètre. Il tapisse les murs et le plafond de cette antre de la culture, duquel j’ai fini par m’arracher, l’expression est encore faible. « Amen », est le seul mot qui me soit venu alors.




(pour Martine I., la plus occitane des libraires d'Angoulême. Si tu ne ranges pas ta boutique, tu finiras comme lui !)

 

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"en allant à l'école, nous avons rencontré..."

4 Avril 2007 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #étonnement

                               Un héros en pull-over

           

         « En avril, ne te découvre pas d’un fil », qui n’a pas déjà reçu ce conseil avisé de nos grand-mères ? Les petits matins d’avril à Rouen sont très bleus et inondés de soleil, mais aussi très frais : le vent du nord fait de la résistance. Le petit garçon qui attendait que sa maman ouvre la porte de la « Twingo » portait un sac d’école sur le dos. Il devait avoir neuf ans, pas plus. Il était dehors, peu avant huit heures, vêtu d’un simple pull-over rouge à grosses côtes. Sa mère, quadragénaire pressée et préoccupée, lui dit en constatant qu’il n’avait rien d’autre sur lui : « tu ne mets pas de manteau ? Il fait frais pourtant, chéri ». Le gamin répond, moitié assuré, moitié inquiet : «ben  non, je n’ai pas froid », comme si il craignait que l’autorité maternelle ne l’oblige à retourner à la maison chercher de quoi se couvrir. La porte de la « Twingo » s’ouvre et l’enfant monte avec son cartable, et le pull.


      Il part à l’école en pull… Non madame, bien sûr que non il n’a pas froid ! Même si il ressent un peu la fraîcheur que son audace doit lui fait assumer (il ne faisait vraiment pas chaud), votre petit garçon ne veut pas du manteau qui pourtant ne serait pas superflu. Il n’en veut pas, car il veut aller à l’école en pull, c’est tout. D’abord parce qu’on est mercredi et que le mercredi il n’y a qu’une demi journée, alors si il a froid vers midi ce n’est pas grave, il rentrera de toute façon à la maison se réchauffer devant les dessins animés de l’après midi, avec une bonne tartine de chocolat. Et puis surtout, le petit garçon part à l’école en pull-over parce que c’est pour lui le début d’une aventure ! Une liberté qui se conquiert peu à peu, comme si il enfreignait la loi maternelle et hivernale, le diktat de la météo qui nous fait enfiler ces grosses doudounes ou blousons en draps de laine, dans lesquels, c’est bien connu, on est boudinés et mal à l’aise. Le petit garçon part en pull car c’est un petit homme et il veut que ça se sache ! Il sait aussi que ses copains feront pareil, ils l’ont dit hier à cinq heures en quittant la cour : « eh ! machin ! demain, tu viens en pull, hein ?On vient tous en pull, il fait beau ! ». Lui était rentré un peu inquiet, il se demandait si il aurait l’autorisation de le faire, si ça mère n’allait pas lui dire : « ça ne va pas non ? Tu as vu la température ? Tu veux être malade avant les vacances ? ».
Arriver en pull à l’école au début du printemps, c’est l’assurance de commencer tout de suite une partie de foot ou de contrebandiers sans avoir à porter son manteau dans la classe, où il perdrait du temps et où, peut-être, l’instituteur lui demanderait : « tiens Clément bonjour, tu tombes bien, n’enlèves pas ton manteau, va plutôt me chercher des craies chez Mme Dufour pour la classe de tout à l’heure, car il n’y en a plus et j’ai oublié d’en prendre », ce qui le ferait passer pour un fayot aux yeux de ses copains et surtout il raterait la composition des équipes.
Arriver en pull à l’école au début du printemps, même si en effet le temps est frisquet, c’est l’assurance de faire « comme si j’habitais en ville », privilège de ceux qui n’ont que quelques centaines de mètres à faire pour retourner chez eux, si par hasard le temps venait à changer, le privilège honteux des externes qui rentrent manger chez maman et ajustent en toutes circonstances leur tenue aux caprices de la météo : il pleut le matin, manteau ; il fait beau l’après midi, je viens en pull… Le demi pensionnaire doit quant à lui assumer les choix fait depuis la veille en regardant la météo après le journal télévisé et ce jusqu’au lendemain soir, avec le risque d’avoir trop chaud, ou trop froid. Rendez-vous compte le temps que cela représente pour l’enfant de neuf ans : prévoir à 24 heures… ! Un monde.
Aller à l’école en pull au début du printemps même si il fait encore frisquet, c’est surtout l’occasion pour le petit garçon de passer pour un héros : « ça assure », le coup du type qui n’a pas peur d’avoir froid ou de se mouiller, ça épate les copains (ceux qui n’ont pas osé) et surtout les filles, encore emmitouflées dans des duffle-coat Cyrillus, Tex ou Soft Grey, avec un chèche multicolore trop grand enroulé trois ou quatre fois autour de leur cou fragile. Pfff… les poules mouillées.


       Quand on est un petit garçon de neuf ans dans la cour de l’école, en pull-over au début d’un beau printemps mais frisquet, on préfère cacher sa chair de poule en tirant maladroitement sur ses manches plutôt que de montrer qu’on est pas une graine de héros. « Tu ne mets pas de manteau ? Il fait frais pourtant, chéri », disait la maman de ce petit garçon en montant dans la voiture. Non, madame, il ne le met pas car votre fils a changé : en manteau c’est votre petit garçon. En pull-over c’est un homme.

Et en cravates, c'est pas mal non plus... Ces héros-là viennent de Bangalore (Inde), de l'orphelinat Don Bosco. Les demoiselles n'ont qu'à bien se tenir !

 

 

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2 Avril 2007 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #émerveillement

                    Grain de sable et goutte d’écume

          Il était une fois un grain de sable, sur une plage au printemps. Il se lamentait tout le jour de n’être qu’un grain de sable. « Je suis si petit au milieu de tous les autres, personne ne me remarque, nous sommes tellement nombreux ! On me foule du pied, le vent m’arrache du sol où je suis né, les animaux me souillent, et les hommes se plaignent que je leur colle à la peau en envahissant  leurs chaussures… ». Le seul moment où il attirait l’attention, c’était quand il bloquait les rouages d’une mécanique humaine d’ordinaire bien huilée. Le grain de sable qui bloque tout, le petit frère du cailloux dans la godasse. Une serrure, une machine, un cœur, un corps, un roulement à billes : un seul grain de sable et tout s’arrête. Il pensait à ses camarades emprisonnés dans un flacon emporté par des vacanciers, pour caler une bougie sur la table basse d’un appartement triste dans une banlieue quelconque. Il avait encore la chance d’être en liberté.


Au bout de la terre sèche, il y avait une goutte d’écume de mer. Tantôt bleue, grise ou verte, elle était souvent blanche. Recouvrant le varech et les corps bronzés, aux senteurs de monoï. Elle se croyait inutile, et mouillait de ses larmes la plage où rien ne lui faisait envie. « Je ne suis qu’une goutte d’eau dans la mer », disait-elle, « si seulement je voyais une bouteille contenant un message, je pourrais au moins me distraire avec un peu de lecture ! Et me rendre utile en l’acheminant vers son destinataire ». A peine avait-elle finit de penser qu'une nouvelle vague la projetait avec force sur le sable. Flux et reflux sans cesse. Jours. Nuits. Lunes. Soleil. Tempête. Calme. Pétrole aussi, parfois, de nuits noires et gluantes qui durent toute une saison.
Un jour, un rouleau de vagues féroces l’emporta plus loin que la grève, et elle se trouva nez à nez avec le grain de sable qui bloquait la circulation. Elle trouva la situation cocasse, amusante, et pour tout dire, attendrissante. Enfin un peu de changement ! « Qu’est-ce que vous faites là ? Vous ne voyez pas que vous bloquez le passage ? », dit la blanche goutte d’écume. « Je ne m’amuse pas, qu’est-ce que vous croyez ?! Je me fais remarquer mais tout le monde râle encore contre moi ! », lui répondit le grain de sable. « Je peine à trouver ma place au soleil au milieu de tous ces gogos qui viennent s’étendre sur moi en se plaignant que je me glisse partout : sous leurs pieds, dans leurs maillots, dans les pages de leurs livres, dans le numérique de leurs appareils photos ou de leurs téléphones portables». La goutte d’écume lui dit alors : « je peux peut-être vous aider ? Je ne sers pas à grand chose habituellement, hormis participer à l’éternel recommencement des marées. Les grandes et les petites. Voulez-vous que j’essuie  vos larmes de ma blanche mousse ? Vous me sécherez les cheveux, ensuite…», dit-elle en rougissant, un peu. Le grain de sable rosit, beaucoup. Il ne savait plus où se mettre. On ne lui avait jamais parlé comme ça… Trop d’égard d’un seul coup, sans prévenir, il y a de quoi avoir un peu peur. Il regarda la blanche goutte d’écume au fond des yeux. Ils étaient bleus, et cela le surpris. Il compris que c’était la mer elle même, des mers, qui lui envoyaient cette compagnie humide mais douce, aux parfums iodés, pour le soigner, peut-être. « Une thalasso thérapie ? Pourquoi lui faire confiance, à elle plus qu’à une autre » pensa-t-il en lui même. « Et pourquoi pas ? » lui dit-elle de ses yeux…

 


Il la laissa s’approcher, le prendre par la main. Fermant les yeux, aspirant l’air du large, ils n’entendirent plus que le murmure d’une brise légère, le son mécanique des activités humaines leur paraissant de plus en plus lointain. « Je crois que je pourrais vous aimer », dit le grain de sable à la goutte d’écume, qui ne répondit rien. Elle regarda vers le large et vit ses copines les étoiles de mer lui faire des clins d’œil. Dans le ciel, la lune s’était levée, attirant les vagues vers le reflux de la marée. « Moi aussi », murmura-t-elle.
Et alors, tout devint de nouveau possible...  

 



 

 

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