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Le jour. D'après fred sabourin

Articles récents

l'été, l'était rosé sur la plage

28 Juillet 2009 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #concept


Rose de confusion





Penser à demander s'il existe

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Charognards

21 Juillet 2009 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #montagne



A quelques pas de marche de la cabane du Lac d’Er, après la rencontre du berger, il faut passer un petit col sans nom et sans chemin précis, puis obliquer sur sa droite au nord-ouest pour le Pic d’Aule (2392m). Avant cela, la grande gueule noire de « Jean-Pierre », nom familier de l’Ossau, se découvre à nous, forçant à retirer le béret en signe de respect. Un curieux mage a saupoudré ses flancs de sucre glace, signe qu’il y a quelques heures, au même endroit, l’enfer précédait le paradis.






Du Pic d’Aule, après quelques substances réparatrices, il faut descendre vers le lac du même nom, par le col des Héous, toujours sans chemin précis. C’est une boucle peu empruntée en tout cas l’été, l’hiver les skieurs connaissent probablement mieux ce chemin.

C’est à partir de là que nous les avons vus. D’abord un par un, puis deux par deux, ils semblaient avoir rendez-vous derrière une barre rocheuse vers laquelle nous nous approchions aussi. Leurs ombres marquaient les pentes de noir, défilant au rythme des courants ascendants qui les portent. Un voile de deuil soudain et aussitôt envolé. Parfois, lorsqu’ils passaient près de nous, dans le silence de l’après midi naissant dans la chaleur montante, on percevait le sifflement léger de leurs ailes. Pour que les vautours rappliquent en si grand nombre, ce n’est pas pour participer à un meeting aérien, mais plus sûrement pour becter quelque charogne tombée là peu de temps auparavant. Sans en être certains, nous avions un doute, et ce fut le plus sûr moyen de nous faire dévier de notre ballade initiale, pour « aller voir ».









L’approche doit se faire sur le mode « ruse ». Même affamé et flairant un bon coup, le vautour fauve reste craintif et ne se laisse pas approcher comme une demoiselle naïve. Sans téléobjectif ni appareil photo performant, il nous faut gagner du terrain sans trop se faire voir, ni entendre. Pas si simple, nous sommes à découvert la plupart du temps ! En redescendant un brin, nous les prenons par le dessous d’une petite falaise protégée par un rebond de prairie, permettant à un camarade d’approcher au plus près sans se faire voir. Alors commence un étrange ballet dans le ciel bleu de gloire : une centaine de vautours planent au dessus de nous avant d’aller se poser, pour certains, près d’un endroit précis qui représente un creux dans lequel nous imaginons la présence de la charogne. La tête de l’un d’entre eux est rouge de sang : la bête n’est pas vieille, tout au plus quelques jours. Certains se battent dans d’étranges joutes pour la survie et les meilleurs morceaux.







Nous finissons d’approcher, haletants, déclenchant les derniers envols, jusqu’à découvrir la carcasse d’un cheval mort au fond d’un petit ravin. L’odeur est tenable : il n’est pas mort depuis longtemps. Mais les charognards ont pratiquement terminé le déjeuner.



Les gypaètes  finiront les os et la peau se desséchera bien vite. Le spectacle est saisissant : à peine sommes-nous descendus de quelques mètres que les fauves se posent à nouveau près des restes. L’heure du dîner approche.





Le nôtre est encore loin, et là bas, à l’horizon, « Jean-Pierre » guette avec distance le spectacle habituel d’une nature plus que vive. Le soleil fait fondre le sucre glace, léchant ses flancs escarpés et cisaillés. Le lac d’Aule nous accueille dans son onde tranquille.

Nous reparlerons longtemps de ce ballet noir et fauve des vautours affamés.

Un après-midi parmi d’autres dans les Pyrénées…


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les petites rivières vont vers la mer

16 Juillet 2009 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #poésie



« J’aime l’amour des marins qui embrassent et s’en vont, ils laissent une promesse et jamais ne reviennent. Dans chaque port attend une femme ; les marins embrassent, et s’en vont. Et puis, une nuit, ils se couchent avec la mort, dans le lit de la mer ».

Pablo Neruda, « Farewell »

 

 


 


les bords de "La Sure", près des Vans (Ardèche)
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Fou - foot ! (deuxième mi-temps)

2 Juillet 2009 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #coup de gueule

Ah ! Nous vivons des heures tellement incroyables, avec cette chaleur nous pourrions presque passer à côté d’infos rafraîchissantes…


Karim Benzema, jeune footballeur prodige de l’Olympique Lyonnais, sera transféré (il faut lire vendu) au Real Madrid pour la modique somme de 35 à 45 millions d’€. Ce qui, au regard de Ronaldo (93 millions ici) et le brésilien Kaka (65 millions) peut paraître comme un rabais digne des soldes. D’ailleurs ce sont les soldes en ce moment, c’est peut-être pour ça !

Prenons notre calculette… voyons voir, 93+65+40 (juste milieu entre « 35 » & « 45 »), ce qui nous fait… 198 millions d’€. Ce qui en anciens francs donne à la louche – à ce niveau-là on peut se permettre – environ un milliard deux cents millions d’euros…

Tout ça pour du foot, rappelons-le, et en Espagne, pays touché par une crise économique jetant comme  partout en Europe des gens au chômage, pour certains dans la rue etc. Bref.


Ouvrons la fenêtre… C’est déjà fait… Ah ? non, toujours pas de manifestation pour dénoncer l’ordure de cette insulte financière à la gueule de l’humanité. Tiens juste en passant, depuis que j’ai commencé à écrire cette chronique, soit environ cinq minutes, dix enfants sont morts de faim dans le monde, puisqu’il en trépasse un toutes les trente secondes.


Ne nous fâchons pas ! Tout ceci est pour le plus grand plaisir des supporters, et du sport en général, à n’en pas douter. Mais si, puisqu’on vous le dit, tenez : « un accord a été trouvé entre les deux clubs pour un montant net  minimum de 35 millions d’€, auxquels pourront s’ajouter différents  bonus liés aux performances sportives, permettant d’atteindre un maximum de transfert de 41 millions d’€ ».


C’est ça : il s’agit bien de performances sportives.

 


Aaaaarrrrgggghhhh      (cri d’étranglement étouffé)






(sur les pentes de la colline aux canuts...)
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A bout de souffle

22 Juin 2009 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #montagne



Pas à pas, le col du Couard se conquiert. Quel affreux nom pour un col ! Hier, c’était le col de « l’Allimas », point de départ d’une fameuse boucle en Vercors. Aujourd’hui c’est le Couard. Si l’on furète dans les Pyrénées, on peut s’arrêter au refuge du Lac de la Glère. Pourquoi de tels noms dans des lieux aussi beaux ?
Quoiqu’il en soit, le vent du nord nous brise les côtes, désormais à l’ombre d’une paroi bien froide. J’en ai le souffle coupé. La caillasse roule sous les pieds et il semble que chaque pas en avant est tiré vers l’arrière de quelques centimètres. A bout de souffle – ou presque – le regard fait un tour d’horizon : nulle habitation, nulle trace humaine (excepté cette grange abandonnée, en contrebas), nulle présence animalière. Que du rocher, des cailloux, du froid. Le souffle coupé certes, mais pas éteint : le col se vaincra avec les dents, comme d’habitude. D’ailleurs, à la fin, il y a un câble pour assurer le grimpeur. Nous le dédaignons et préférons trouver de bonnes prises, et il y en a ! Le bruit du torrent soudain s’estompe, au détour d’un rocher plus épais, comme si un esprit malicieux éteignait le robinet : d’un seul coup, le silence se fait.
Quant enfin les 2234 mètres sont vaincus, c’est un spectacle inattendu qui donne la récompense et coupe à nouveau le souffle : de la jeune neige étincelante est tombée durant la nuit, recouvrant d’un voile poudreux les roches noires et menaçantes des Grandes Rousses. Ca valait la peine de se forcer un peu.
Et la journée n’était pas terminée.







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l'eau de là

12 Juin 2009 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #émerveillement




L’immense et la poussière, le silence et la mer
Du feu, du vent, de l’eau, de l’air, de l’or et de l’éther
L’immense et la poussière,
Le silence et la mer
Et toi, toi
Dans l’univers

Sur ta peau, dans tes bras,
Je goûte l’eau de l’au-delà
Je bois
De l’au-delà

Des corps où l’on se coule
La mort où tout s’enroule
Des vies qui vont, qui viennent et roulent
Ballottées par la houle
Des corps où l’on se coulent
La mort où tout s’enroule
Et toi, toi
Où je me saoule

Sur ta peau, dans tes bras,
Je goûte l’eau de l’au-delà
Je bois
De l’au-delà

David Sire, album Bidule et l’horizon  

(David en ce moment c'est là : http://blog.davidsire.com/ Mais c'est aussi là : http://www.davidsire.com/ )


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Fou - foot !

11 Juin 2009 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #coup de gueule

L’information est tombée aujourd’hui, et ne fait pas de bruit : Christiano Ronlado, attaquant portugais de Manchester, sera transféré au Real Madrid pour la somme de… 93 millions d’euros. La dépêche indique « environ » 93 millions d’euros. Soyons précis dans l’énormité.
Quatre-vingt treize millions d’euros (écrivons-le en toutes lettres pour dissiper les doutes). Ne résistons pas, pour une fois, à la conversion en anciens francs (ceux d’avant 2002) : 610 millions de francs. Six cent dix millions. Ca donne le vertige, non ? Le précédent « record » était détenu par notre Zizou national, 75 millions en 2001, déjà par le Real qui avait aligné les billets sur le tapis de la Juventus de Turin.
Chiffre astronomique, indécent, immoral, outrageant, révoltant… les mots nous manquent pour dire notre stupéfaction, à l’heure actuelle, dans le monde en crise, lequel veut se moraliser, refonder le capitalisme financier, nettoyer les poubelles de la planète. Le même monde qui court à plat ventre devant Obama, nouveau messie, le monde qui verse une larme à la vue d’un film d’un photographe aérien.
Et pas une manifestation spontanée, pas d’appel de syndicat – même un seul – aucune alarme dans les rues de nos villes et nos campagnes devant cette insulte à la gueule du monde entier. Le monde dort-il, en attendant de se presser devant son téléviseur pour éructer, le ventre rempli de bière bon marché et de pizzas surgelées livrées par des sans-papiers, en regardant la prochaine coupe d’Europe de la Ligue ?
Non, rien. J’ai beau tendre l’oreille par la fenêtre ouverte, je n’entends rien, juste le chant des oiseaux et le souffle du vent dans le cèdre.

Il y a pire que le chômage, la pauvreté, la maladie rampante, les épidémies, les fermetures d’usines, le bling-bling et autres mensonges d’Etat. C’est l’humiliation des hommes traités avec mépris. Ces derniers n’ont alors plus rien à perdre, puisque la vie ne vaut plus rien. Sauf pour l’un d’entre eux : 93 millions d’euros. Pour jouer au foot. Evidemment, il y a le fameux panem et circenses, vieux comme le monde.
Attention à l’humiliation et au mépris. L’Histoire nous a déjà appris où ils conduisent.


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Vercors, encore...

5 Juin 2009 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #montagne




Sans doute existe-t-il sur terre des lieux plus magnétiques que d’autres, des lieux magiques où la sérénité et l’énergie des paysages se mêlent jusqu’à plus soif. Tout est ici harmonie, et pourtant le Vercors ne fait pas oublier que des hommes, jeunes pour la plupart, ont combattu jusqu’à la mort pour que le mot « liberté » signifie encore quelque chose aujourd’hui. Dans la grotte où les marcheurs prirent place, afin de goûter quelques courts instants de repos avant le petit déjeuner, ils furent vingt-cinq, en juillet 1944 à résister, comme on dit pudiquement. Du paysage admiré aujourd’hui, rien n’a bougé, et le Mont Aiguille n’a pas perdu un centimètre en soixante-cinq ans. Il pointe toujours sa verticalité vertigineuse vers le ciel, comme un poing rageur levé, un signe pour rappeler qu’il y a deux types d’hommes, comme disait Péguy : « ceux qui se couchent, et ceux qui résistent ». La quiétude du lieu tranche avec l’historicité des combats, et il faut un effort d’imagination pour entendre les balles ennemies siffler et ricocher sur la roche. Les cris et l’agonie.

La nuit, l’orage a grondé, et il a plu fort. Signe que, de là haut, la résistance continue…












(Maquis de Trièves)
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Qui est-elle ?

2 Juin 2009 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #l'évènement




La nouvelle est tombée comme un avion s’écrase en mer. Un Airbus A330, vol AF 447 Rio – Paris ne répondait plus. Deux cent vingt-huit passagers à bord. Les radios et télévisions, premières à pouvoir réagir, ont apporté leur lot d’incertitudes : on ne savait rien, mais ils en faisaient des « éditions spéciales », alternant images d’archives d’A330 en vol, témoignages d’anciens pilotes, experts météo, ministres et même le Président. Hier soir à 20h, personne ne pouvait encore expliquer ce qui avait pu se passer. La seul certitude, c’est qu’il s’agissait d’une catastrophe.

Puis vint la nuit.

La longue nuit des rotatives, la presse papier (qu’on disait « morte ») prenant le relais des images et sons qui avaient saturé le paysage médiatique le jour précédent. Ce matin, au réveil, les « unes » des journaux nationaux et régionaux étaient sans partage : la catastrophe s’étalait, en grand. Bon nombre d’entre eux choisirent la photo d’une femme, sous des angles différents, dans la même posture : la main sur la bouche, ravalant un cri, des larmes, une peine et un chagrin que l’on devine énorme.
En préparant la « revue des titres » ce matin à la radio, je me suis d’abord penché sur eux. C’est de la radio, je dois dire des mots, et à la une des journaux, ils sont gros et gras. Et puis peu à peu, la frêle silhouette de cette femme est apparue sur les feuilles qui sortaient de l’imprimante. Toujours la même, dans la même posture de peine indéfinissable, comme une piéta. Si le mystère de la disparition du vol AF 447 est grande, le mystère de cette femme m’est apparu aussi grand. Le choix de cette photo par les rédactions n’est d’ailleurs pas anodin : il s’agit pour le lecteur de s’identifier au drame, cela pourrait être lui, il se sent alors concerné. La simple photo archive d’un Airbus en vol ne suffit pas à l’impliquer, à lui tirer une émotion. Il faut des pleurs, des regards inquiets, des gestes désordonnés.

C’est cette femme.

Qui est-elle ? Pourquoi elle ? Sans doute est-elle désormais veuve, a-t-elle  perdu un ami cher, un frère, une sœur, un enfant qu’elle était venu attendre à Roissy, au Terminal 2 E, en ce lundi de Pentecôte. On devine la dernière conversation, par téléphone ou peut-être par mail : «je viendrai te chercher à l’aéroport, ne t’inquiète pas ». On imagine qu’elle est parti bien avant l’heure, pour être certaine d’être là quand la porte s’ouvrirait. Peut-être attendait-elle quelqu’un qu’elle n’avait pas vu depuis une éternité ? Elle a pris l’autoroute A1 avec sa voiture, il faisait beau, un lundi chômé plein de promesses et de retrouvailles.
Il y a malgré tout quelque chose d’indécent dans la vision de cette femme. En la regardant, en faisant défiler devant moi ces « unes » de presse, j’ai le sentiment de violer sa peine, un chagrin immense, un cri déchirant de douleur et d’inquiétude, qui reste prisonnier de cette main qu’elle aurait sûrement agitée dans la foule tout à l’heure pour faire signe à celui qui…
En déshabillant sa peine, à travers ce visage crispé de larmes ravalées offert à la vue de la France entière, nous revêtons le costume sombre du voyeur malgré lui. Et nous n’y pouvons rien.

Le vol AF 447 a d’abord été annoncé « retardé », puis n’arrivera jamais.
Et cette femme-là emporte avec elle le mystère de cette main qui couvre le cri et les sanglots.


Le monde du silence…






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Citation furtive (où il est question de hasard et de coïncidence)

25 Mai 2009 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #poésie


« La poésie ne propose pas de consoler l’homme de la mort, mais de lui faire entrevoir que la vie et la mort sont inséparables : qu’elles sont la totalité »

Octavio Paz (1914 – 1998)





Au détour d’un livre ouvert, ou d’une carte entrevue sur son présentoir, sans le vouloir ces petites citations isolées nous submergent quotidiennement. Souvent nous n’y faisons pas attention, mais rarement nous ne cherchons pas à les lire, à en découvrir la substantifique moelle et en rapporter quelque chose pour son extérieur jour, ou intérieur nuit. Elles nous tombent dans l’œil, comme une poussière de platane, et s’y fichant, elles restent quelques fois avec insistance. Les coïncidences veulent qu’elles sont de temps en temps pertinentes avec les sentiments, les états d’âme passagers, même clandestins.
On voudrait les chasser mais rien n’y fait : elles s’incrustent, malgré le hors contexte qui les balade à tous les vents, malgré l’ignorance furtive de l’origine de l’auteur. « Mais si, tu sais, c’est le type qui a écrit… ah zut… comment c’est déjà ce bouquin ? A moins que ce ne soit… ». Au final, peut importe, nous irons vérifier dans un dictionnaire qui est l’auteur de cette orpheline phrase poétique, de cet aphorisme ou maxime qui nous servira de béquille, le jour venu. D’ailleurs les plus consciencieux – et les collectionneurs qui sont souvent les mêmes – les notent dans des cahiers à spirales, ou des répertoires, se jurant de s’en resservir, « au cas où ».
Hasard malicieux celle-ci, 25 mai de l’an Neuf, tombait à pic. Et le plaisir du gourmet consiste, comme le poète, à ne pas s’en justifier. Comme la rose, elle est sans pourquoi. Elle fleurit parce qu’elle fleurit.
Et c’est tout.









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