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Le jour. D'après fred sabourin

Articles récents

Lave ton linge sale en famille

11 Avril 2009 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #regarde-la ma ville

Et montre à tout le monde combien le rouge te monte aux joues.
Ah ! les beaux jours où le linge pend aux fenêtres, signe que ça sèche mieux dehors. Pendant ce temps-là, on peut s’en jeter un derrière la cravate. En attendant le déluge. Jamais sûr, mais toujours  à craindre… 






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Toit mon toi

9 Avril 2009 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #regarde-la ma ville



Difficile d’imaginer la scène, mais il me plaît de croire qu’un géant s’encorna le coin du toit dans cette rue de Villeurbanne. Mécontent, le triple mètre redressa son chapeau, et fit l’état des lieux. A l’évidence, il était soit trop grand, soit trop près du toit. Il roula sa bosse jusqu’au service municipaux de la voierie, afin d’obtenir gain de cause. La plaidoirie fonctionna, et le panneau pris place à l’angle mortel pour ceux qui toisent trop haut.
On dira ce qu’on veut du service public, mais celui-ci a été conciliant avec le blessé.
Voilà ce qui peut arriver à force de marcher le nez en l’air…



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Aux Champs Elysées, pada dada dam

7 Avril 2009 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #quelle époque !

La phrase du jour, nous la devons à ce jeune pré adolescent entendu hier soir sur la parvis de la gare Part Dieu de Lyon, entre sa petite sœur et un homme qui pourrait être son jeune grand-père venu les chercher à la sortie du train : « alors, tu as vu les Champs Elysées ? » demande le jeune senior. « Oui ! J’y ai vu la concession Peugeot, et aussi Mercedes et Citroën ! » répond fièrement le gone. « Ah ben alors ! » ajoute, songeur, l’adulte qui peut-être bossait dans l’automobile avant de s’en faire virer.
Quelle époque épique, aurait ajoutée une journaliste de radio il y a quelques années, à moins que Jacques Martin, se tournant vers le public du théâtre de l’Empire dans « L’Ecole des Fan » entonne son « les enfants sont formidables ! ». Ceci dit, nous ne pouvons raisonnablement en vouloir à cet enfant d’être passé à côté de l’essentiel, la plus belle avenue du monde étant transformée en gigantesque foire à l’accessoire…
Il faut avoir le triomphe modeste, les Arcs ne font plus rêver, pas plus que les obélisques égyptiens. Le soldat inconnu se retourne dans sa tombe, mais ce n’est ni la première ni la dernière fois.
« N’importe qui et ce fut toi, et je t’ai dit n’importe quoi, il suffisait de te parler pour t’apprivoiser… »





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Jonquilles

2 Avril 2009 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #émerveillement



Toute petite, Doina avait rêvée être marchande de fleurs. Elle imaginait les clients qui entraient et choisissaient les plus belles. Les amoureux, hésitant entre le rouge, ou le blanc des lys pour la pureté. Les veuves, chérissant les pierres tombales de leurs maris défunts, venaient chercher des plantations, quelque chose qui tiendrait au vent, à la pluie, aux rigueurs de l’hiver et à la brûlure des étés chauds. Doina distillait les conseils, dans le grand magasin de fleurs qui aurait pignon sur rue, à Bucarest ou à Craiova. Aujourd’hui encore, lorsque le sommeil finissait par l’emporter, dans la cabane en tôles et en bois plantée sous la ligne RER de la banlieue parisienne, dans l’odeur de feu de bois humide, entre les ronflements du père et les gémissements du petit frère, Doina rêvait encore à cette vie de marchande de fleurs. Sédentaire ce n’était pas possible, sa vie était migrante comme celle de la tribu. Il avait fallu quitter le pays, après le changement de régime, fuir le nouveau avant qu’il ne tourne trop à l’avantage des anciens apparatchiks qui transformaient leur misère en fortune comme par miracle.
Elle habitait là, dans ce taudis miséreux. Au bout d’un chemin boueux et glissant, entre les ronces et les herbes folles. Difficile d’imaginer un village en arrivant par la station du train. Il fallait marcher un bon moment, sortir de la ville, traverser les cités des populations moyennes, passer les parkings de la zone commerciale, puis la friche industrielle, pour enfin arriver là. S’enfoncer dans un sorte de no man’s land. En réalité, ce vague terrain était un « man’s land » : ici vivent des hommes et des femmes. Le système D est la langue officielle, et inutile de préciser qu’il n’y a ni eau ni électricité. La régularité des situations administratives est opaque. Pour autant, ce microcosme respire la vie, à défaut du bonheur.

Doina, avec son sourire malicieux, vivait là, et ajournait ses rêves de fleuriste en composant des bouquets de simples jonquilles. La fleur du printemps sur l’hiver de l’humanité. L’étincelle jaune d’un morceau de soleil dans la boue grise et informe du bidonville. Pouvait-on se douter de l’origine de ce bouquet lorsque, sur le marché aux provisions des riches citadins, Doina et ses sœurs, et les autres membres de la tribu tentaient de vendre trois euros le bouquet aux passants pressés de rejoindre leur maigre possession : un pavillon de banlieue, un appartement aux dimensions minuscules. Sa casemate était petite, mais sa liberté occupait tout le reste de ce qu’elle ne possédait pas. Logé avec du vent, les bagages sont vite faits, et finalement ne reste que l’essentiel. Le don de sa joie et la malice de son regard finissait d’achever tout désir d’humanitaire mal orienté. Cela semblait si simple, et pourtant le commerce de ces fleurs se faisait dans la difficulté. Fuir les contrôles, rapporter de l’argent coûte que coûte. Essuyer les regards complaisants, pire que pas de regards du tout.

Doina rêvait-elle toujours d’une autre vie ? Etait-elle comme les occidentaux pressés d’en finir avec une vie pourtant à peine commencée, déjà ailleurs à peine arrivés ? Ce serait mal connaître les Roms, qui vivent de cette instabilité et ont fait de leur précarité géographique un art de vivre. Même si le désir d’installation se fait plus fort dès l’instant que ces quatre planches et un toit sont sommairement montés. L’hiver est si rude pour les migrants, par chez nous.

Si vous cherchez la fleuriste, c’est très simple : elle se trouve au bout du chemin. Prenez garde à ne pas glisser…






merci à Marc P. pour ces photos... Tu m'as dit "qu'elles leur feraient honneur".
Je le crois.
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Les mots à la con (suite)

28 Mars 2009 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #quelle époque !

Le métier de journaliste radio apporte aussi son lot de mots ou expressions à la con, dont voici un petit florilège non exhaustif. J’invite d’ailleurs mes confrères (en un seul mot, c’est comme ça qu’on dit dans le jargon) à laisser leurs commentaires si d’aventure ils en avaient d’autres dans le palais.

Je vous prend tout de suite en cabine : comprendre : « je transfert l’appel dans la cabine d’enregistrement pour l’interview ». Très sexuel pour ceux et celles qui ont l’esprit mal placé, à savoir une majorité d’entre nous. Pour les nones et les culs gelés, le sens premier est le bon. Variante (toute aussi drôle) : « je vous bascule sur la table de mixage ». Sans doute une variante sado-masochiste d’ailleurs, vu la présence – nombreuse – de boutons et d’objets piquants sur la dite table de mixage. Y en a qu’ont essayé, ils ont eu des problèmes… (enfin je pense).

Nous retrouvons… l’émission, l’invité(e), etc. Verbe à la con très utilisé en radio, et en télé. On a beau se mordre les joues pour ne pas qu’il vienne, il réapparaît toujours dès que le journaliste baisse la garde. En réalité, on ne retrouve rien en radio, pas plus qu’en télé, tout bonnement parce que l’auditeur n’a… rien perdu ! Il vaut mieux dire : « nous avons rendez-vous avec ; nous écoutons ; nous rejoint sur ce plateau ; nous nous dirigeons vers » etc.

Cap sur… Synonyme de « nous retrouvons », idée géniale au départ, mais trop utilisée depuis. La métaphore maritime peut s’employer en radio, à condition de ne pas en abuser, au risque de passer pour un boy scout avec sa boussole, ou un adepte des courses d’orientation. Vu récemment : une affiche pour un grand magasin de bricolage au nom d’enchanteur qui disait : « cap sur la salle de bain ». Sans doute pour les gens qui ont de très grandes maisons, et s’y perdent.

Vous êtes sur (RCF, par exemple…) : expression à la con qui fonctionne à tous les coups. En réalité on est « sur » son lit, « sur un coup », « sur terre », « sur son vélo », mais pas « sur la radio ». A moins d’aimer s’asseoir dans des positions inconfortables, par exemple si on est adepte de certains jeux sexuels cités plus haut.
Mieux vaut dire : « vous écoutez » (la radio) ; « vous regardez » (la télé), « vous avez choisi » (d’être avec nous).

Merci de nous rejoindre… Formule à la con d’introduction d’émission, passe partout et non réfléchie. Imaginez que les auditeurs décident de rappliquer dans le studio, on manquera rapidement de place. En réalité, c’est l’auditeur qui accueille l’émission chez lui, dans sa voiture, dans son baladeur etc. Et puis autant il y a des auditrices qu’on aimerait voir, autant d’autres…

(à suivre…)

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Crise d'ado

25 Mars 2009 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #littérature



        E
n rentrant du collège je me suis aperçu que j’avais oublié mon livre de maths dans mon casier. La prof allait sûrement encore gueuler que je n’aurai pas fait mes exercices. Je m’en fous, ce soir, je chat avec Capucine et Amélie. Capu, comme on l’appelle, n’aime pas trop son prénom. Elle dit que « ça fait bourge », comme ses vieux. Faut dire que chez elle, c’est plutôt un musée style Versailles.
Versailles, je connais, avec la classe on y est allé l’année dernière en voyage de fin d’année, avec la prof de Français et le prof d’Histoire. Il est gentil, mais quand il a une idée dans la tête, il ne nous lâche plus. A croire qu’il aurait aimé y vivre, au château ! Moi je me souviens très bien de cette sortie de classe : il y avait Aurélien, et je le kiffait grave, jusqu’à ce que je le vois sortir avec Manon, une fille tarte qui s’habille en pouf en montrant ses seins à tout le monde. Aurélien a dû les voir. Je l’ai perdu. Et puis l’autre souvenir, c’est que la prof de Français, Mme Bachelet, chiante à souhait, m’avait confisqué mon i-pod, soi-disant que je n’écoutais pas le guide. C’était même pas vrai, j’écoutais le guide, il n’était pas branché. Mais elle ne sais pas qu’on peut avoir les écouteurs dans les oreilles sans le brancher. Je crois que les profs et la technologie, ça fait deux. Sauf monsieur Rachin, « Jean-Paul » (tout le monde l’appelle comme ça), un prof de sciences et vie de la terre qui est super cool, le matin il arrive en vélo en écoutant de la musique. Tout le monde l’adore, il est même ami sur « Facebook » avec toute la classe.
Je suis rentré à la maison, j’ai crié « c’est mooiii !!! », mais personne n’a répondu. Mes parents rentrent après 18h30 du boulot, mon père parfois vers 20h. Je n’aime pas quand il arrive, il a l’air fatigué, il sent mauvais, il fait semblant de s’intéresser à nous mais en fait je crois qu’il s’en fout. Il se vautre dans un fauteuil et attend que ça se passe. Ma mère et lui, ça n’a pas l’air d’être la top ambiance, ce n’est pas qu’ils s’engueulent mais on sent que ce n’est pas l’amour fou non plus. Parfois je les surprend en pleine discussion et ils s’arrêtent net quand j’arrive. Je trouve ça étrange et ça ne me dit rien pour me rassurer. Capu et Amélie, elles me disent qu’ils vont peut-être divorcer, qu’ils se négocient, ou un truc comme ça. Amélie elle en sait quelque chose, ses parents sont divorcés et elle a un beau-père et une belle-mère, plus d’autres demi frères et sœurs. Au début, elle trouvait ça lourd, mais maintenant elle s’y est faite, elle dit que c’est bien parce qu’on a le double de cadeaux, et que souvent les voyages sont bien parce que chaque parent met le paquet par rapport à l’autre. Amélie, elle n’est pas dupe, elle s’en rend bien compte et trouve que parfois ça fait un peu « je t’achète ». Une fois elle a parlé du temps d’avant quand ses parents étaient ensemble. C’était bizarre, elle a raconté des trucs de la vie un peu banal, et puis il y a eu un grand silence et elle avait les yeux mouillés. Je crois qu’au fond elle aurait préféré avoir une famille normale.
Je suis montée dans ma chambre. En passant devant celle de mon frère, j’ai vu qu’il pionçait sur son lit, une petite boîte transparente à côté de lui. Dedans, il y avait une dent. Il dormait comme si il avait fait des kilomètres à pied. Sa bouche faisait des bulles. Il devait rêver. Il m’agace, mais je l’aime bien. On se tabasse un peu de temps en temps, mais finalement il est gentil. Je crois qu’il aimerait comprendre le monde dans lequel nous sommes. Je ne lui parle pas de mes doutes sur les parents. Il est dans son monde, avec ses jouets, ses cabanes, ses aventures de Tom Sawyer.
Je suis rentré dans ma chambre, et je n’ai pas fait exprès, mais j’ai claqué la porte. Je crois bien que ça l’a réveillé.

( suite de l'épisode commencé ici ; à suivre...)










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la dent de lait

19 Mars 2009 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #littérature



J’ai perdu une dent ! C’est arrivé ce soir, en mangeant un morceau de pain. Je rentrais de l’école, et je m’apprêtais à dévorer un morceau de pain avec du chocolat, que maman m’avait laissé sur la table de la cuisine. Ma dent bougeait depuis plusieurs jours, et aujourd’hui je la poussais avec ma langue pour essayer d’être le roi de la dent perdue à l’école, devant les copains. Mais non, elle n’était pas tombée.
Et c’est arrivé à la maison, comme ça, à la deuxième bouchée. D’un coup, ça m’a fait bizarre. J’ai senti la mie du pain sur ma gencive, et le chocolat a donné un goût de sucre mélangé à un peu de sang. C’était un peu amer. J’ai tout recraché de peur d’avaler mon trophée, comme la première fois où c’était arrivé pendant la nuit. Je m’étais réveillé le matin, hop ! plus de dent ! J’étais déçu, je l’avais avalé en dormant. Maman avait dû me rassurer, je voyais déjà ma dent transpercer mon estomac, et on aurait dû appeler le docteur pour m’emmener à l’hôpital en urgence. Mais moi je ne voulais pas y aller aux urgences, des journalistes à la télé racontaient qu’on attendait des heures et même si on avait le bras arraché, on ne passait pas en priorité à cause du monde qu’il y avait. Pas comme à la cantine, quand nous allons voir Connaissance du monde et que le pion a reçu des ordres de la maîtresse pour que notre classe passe devant tout le monde. D’ailleurs ça fait des jaloux, des types et des filles qui crient que c’est injuste et tout. Et ils nous regardent de travers. Moi je suis pas d’accord, d’abord les injustices, je suis contre, et puis les autres ils y vont aussi au cinéma parfois, et alors ce sont eux qui nous passent devant. Et nous on leur crie dessus que c’est injuste.
Mais cette fois, j’ai attrapé ma dent. J’étais content ! Je l’ai nettoyée dans l’évier, en bouchant avec le caoutchouc qui tient avec une petite chaîne. Mais chez nous, elle est cassée, pas grave, le bouchon marche quand même.
J’ai mis la dent dans une petite boîte transparente que j’avais récupéré exprès, et j’ai attendu que maman rentre. C’est drôle, mais je ne savais plus quoi faire, depuis que ma dent était tombée. Je suis allé me voir dans la salle de bain, dans le grand miroir : j’ai écarté les lèvres et j’ai regardé l’effet que ça faisait. Horrible, on aurait dit un vrai pirate. Dessous la dent qui n’était plus là, je voyais du blanc de la future dent qui commençait à pousser. Je me demandais combien de temps elle allait prendre pour sortir complètement. Et si elle allait prendre la même place que l’ancienne. Dans ma classe, j’ai une copine qui s’appelle Candice, elle a une dent qui n’a pas repoussée exactement comme l’autre. Elle est toute de travers et des garçons méchants se moquaient d’elle en l’appelant « bouche de traviole ». Candice, elle n’était pas contente, elle n’osait plus trop sourire. C’est dommage, parce que moi, je la trouve jolie quand elle sourit. Elle a des nattes blondes de chaque côté de sa figure, et des taches de rousseurs mais pas trop. Et puis elle a de grands yeux bleus, « les yeux des amoureux » m’a dit maman un jour. J’ai rougis, parce que moi, je l’aime bien Candice. Je ne le dis pas trop, mais je crois qu’elle s’en est rendu compte, puisque j’étais le seul à ne pas me moquer de sa dent de travers. Même si, moi aussi, j’avais bien remarqué que sa dent avait poussé tout de guingois. Candice, elle, elle disait qu’elle aurait un appareil pour redresser ses dents, mais que le dentiste voulait attendre qu’elle en perde d’autres pour monter l’appareil. Moi, je ne disais rien, mais le coup de l’appareil, je ne trouvais pas ça terrible. Il y a plein de filles et de garçons au collège de ma soeur qui en ont, des grands qui sont en 6è et même plus. On dirait qu’ils ont une caisse à outils dans la bouche, ou une chaîne de vélo sans graisse. Ma sœur Salomée, elle est en 4è, elle n’a pas d’appareil, mais elle voudrait un « piercing ». Papa a dit « certainement pas, moi vivant tu n’auras pas de piercing ». J’ai vu son regard qui foudroyait papa. Ca été la crise encore. Avec ma sœur cette année c’est souvent la crise. Je ne sais pas ce qu’elle a, elle fatigue tout le monde, elle change sans arrêt de fringues, ses cheveux on ne les reconnaît jamais, elle crie tout le temps, le monde est contre elle, et personne ne m’aime dans cette baraque, et les portes claquent, et les claques volent. Mais elle a déjà eu une victoire, comme elle dit : elle est sur « Facebook », alors que moi je n’y ai pas encore droit. Quand je rentrerai en 6è, peut-être.

J’étais assis sur mon lit, et je me demandais si maman et papa me feraient le coup de la souris. C’est vrai, j’étais grand maintenant, et le coup de la souris, je connaissais. On met la dent sous son oreiller le soir, et le matin, hop ! Une pièce de deux euros à la place de la dent ! C’est la souris ! Je me demandais quand même ce qu’elle pouvait bien faire de toutes ces dents de lait, les souris, surtout qu’elles préfèrent le fromage normalement. Et puis un autre truc aussi : comment faisaient-elles pour transporter toutes ces pièces de deux euros ? Où les achetaient-elles ? A la boulangerie ? A un moment, je me disait qu’elles avaient signé un pacte avec le dentiste : il récupérait les dents usagées des enfants, pour faire des colliers ou des appareils dentaires. Ou alors des sculptures en dent de lait. La Tour Effeil en dents de lait : il en fallait sûrement beaucoup !
Je m’étais couché sur mon lit, comme ça, tout habillé, avec ma dent dans la boîte sur mon pull-over. Je n’ai pas entendu maman rentrer. La souris non plus. Je crois bien que je m’étais endormi.

(à suivre... )




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Y a un malaise...

18 Mars 2009 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #religion

Le Vatican et le monde chrétien est actuellement secoué, ébranlé par un tremblement de terre qu’il n’avait pas connu depuis longue date. Le terme « crise » à lui seul ne suffit plus : une crise concerne un point précis qui pourrait voir sa solution avec des moyens précis. Ce qui se passe actuellement dépasse le cadre d’une crise : il y a un malaise. Au Vatican. Dans l’Eglise.
La levée de l’excommunication des quatre évêques lefebvristes, les propos négationnistes de Mgr Williamson, le refus de ce dernier de revenir clairement sur cette prise de position, l’entêtement des partisans de « l’Eglise de toujours » à reconnaître le concile Vatican II, l’acharnement des communautés à entrer en croisade contre la modernité, tout cela concourre aux troubles actuels. Les énormes défauts de communication, la sous-estimation par Benoît XVI de la portée du problème ajoutent encore au malaise. Récemment, l’excommunication d’une brésilienne mère d’une fillette de neuf ans qui a avorté de deux jumeaux après les viols répétés de son beau-père donnent une touche supplémentaire à un tableau qui ressemble plus à Guernica, qu’à une belle page d’évangile.
Les réactions, depuis le 21 janvier, sont nombreuses. Pétitions, indignations, commentaires sur les blogs et sites internet, prises de position des évêques européens qui – petit miracle – sortent pour une fois de leur très sainte réserve ; mais aussi propos véhéments voire haineux des uns vis à vis des autres ne font qu’envenimer, au final, la situation.
Le malaise est grand, et le bateau Eglise voit passer, dans la tempête, un certain nombre de ses matelots par dessus bord. De l’accastillage aussi. Des bouts, des voiles, des écoutes, des morceaux de safran, la quille elle même semble avoir percuté un « ofni », objet flottant non identifié. Pour le moment, la barre est encore là, mais la question reste entière : y a-t-il un capitaine à bord ? M’entendez-vous quelqu’un ?
Les vaticanistes, espèce rare mais néanmoins répandue dans la cité romaine, commentent allègrement les déboires de la Curie vaticane. Les défauts de communications, les errements de la salle de presse (souvent plusieurs cartouches de retards), et l’isolement du Saint Père, reclus tel un moine dans ses appartements, consultant peu, lisant beaucoup, pianotant Mozart sur son piano. Sait-il qu’il risque de canarder si pas malheur le clapet se rabattait violemment sur les touches ?
Pendant ce temps, « sur le terrain », les petites mains du christianisme s’activent toujours – bénévolement le plus souvent -  pour accueillir, fleurir, jouer de la musique comme si de rien était, administrer des sacrements souvent façon « service public », panser les plaies à vif des divorcés remariés rejetés, voir ses effectifs de ministres fondre comme neige au soleil d’Austerlitz, et la liste est longue de la litanie du « c’est la fin d’un monde, mais pas du monde ».

Y a un malaise au Vatican. Ce n’est pas le premier, diront les sages. Peut-être le dernier, avertiront les Cassandre. Entre les deux, une foule de gens, pas forcément du sérail d’ailleurs, qui regardent l’horizon de plus en plus bouché. Il se teinte par endroit de robes noires surmontées de cols blancs, dont les idéaux sont souvent portés vers le brun de chemises qu’on croyait remisées au musée des horreurs de la pensée et de l’action.
Ils en oublieraient presque, les braves, la parole apocalyptique : « Alors celui qui siégeait sur le Trône déclara : voici que je fais  toutes choses nouvelles ».

(Ce texte a été écrit le 13 mars dernier. Depuis, Benoît Seize est au Cameroun, et déclenche une nouvelle fois la polémique dans l’avion même qui le conduisait sur le continent africain.
Il doit ensuite se rendre en Angola, puis, en mai, en Israël et en Palestine.
Ce qui laisse craindre le pire question déclarations et petites phrases qui font mouche. On se demande d'ailleurs laquelle a bien pu le piquer dernièrement... )

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Bashung est mort

15 Mars 2009 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #l'évènement



Ce matin, dès le réveil, la radio annonce : « Bashung est mort ».
Merde, putain, c’est pas vrai : Bashung est mort. Le thème de ce 11è Printemps des Poètes c’était : « le rire ». On ri moins à la mort du poète. Lui doit être mort de rire. « Je t’ai manqué : pourquoi, tu me visais ? ». Il y a quinze jours, trois victoires de la musique couronnaient cette carrière exceptionnelle, du rock au cinéma, côtoyant les plus grands, de Gainsbourg à Boris Bergman, Jean Fauque, Gaëtan Roussel. « La nuit, je ment, je prends des trains à travers la plaine. La nuit je ment, je m’en lave les mains ».
Bien sûr, on peut gloser une fois les géants disparus. Acheter tous leurs disques. Faire style genre « j’ai tous ses titres sur la play list de mon I pode. Entre Lamartine et Gainsbourg, il y a eu beaucoup de monde, dont Bashung.
Entre nous, il y aura toujours « Madame rêve », « Vertige de l’amour », « Osez Joséphine ». Et plus que tout :
« Bijou, Bijou, te réveille pas surtout, j’vais pas faire de bruit juste un café et c’est tout. J’peux plus rester ici j’dormirai j’sais pas où et c’est tout »

Merde, putain, tu fais chier Alain.
Pourquoi t’es parti ?




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les yeux dans le vague

8 Mars 2009 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #poésie

Elle avait les yeux dans le vague. A l’âme des bleus des coups portés longtemps auparavant. Dans le cœur, des marques de fer rougit aux larmes du désir inassouvie. Ou trop tôt disparu. Ou pas encore revenu.
Elle avait les yeux dans le vague et regardait le soleil apparaître entre deux pentes neigeuses qui défilaient tel un rideau à travers la vitre. Dans la diligence, le sommeil des voyageurs était encore lourd et formait comme un brouillard épais à l’horizon. Chacun était enveloppé de ce coton tentant de l’aménager au mieux. Musique dans les oreilles, lectures matinales. Sieste réparatrice et annonciatrice d’une longue journée.
Elle avait les yeux dans le vague et l’écume du jour se levait lentement.
J’aurais voulu être marin pour lever l’encre de ces yeux qui semblaient déjà si loin, rêvant à des paradis terrestres, des îles, des plages, des montagnes de sucre et des volcans de souffre. Un albatros passait au dessus d’elle : l’âme d’un poète, se dit-elle.
Elle avait les yeux dans le vague et je me sentais au bord du vide.
Il fallait franchir le Rubicon, ce que personne ne fit.

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