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Le jour. D'après fred sabourin

Articles avec #emerveillement tag

La cathédrale d’Angoulême se visite aussi pour son trésor

14 Décembre 2016 , Rédigé par F.S Publié dans #émerveillement

Le trésor de la cathédrale Saint-Pierre d’Angoulême, 147 objets d’art sacré à la scénographie signée Jean-Michel Othoniel, est ouvert depuis cet automne. Cette cathédrale romane du XIIe siècle était déjà un trésor en soi. Elle en abrite désormais un vrai. Visite guidée, rien que pour vos yeux.

La salle de l'Émerveillement.

La salle de l'Émerveillement.

147 objets d’art sacré de la seconde moitié du XIXe siècle – calices, patènes, ostensoirs, encensoirs, statues, vêtements et accessoires liturgiques – composant le « trésor de la cathédrale d’Angoulême » sont désormais visibles au public, sur réservation en visites menées par les guides conférenciers de Via Patrimoine. La scénographie est signée Jean-Michel Othoniel, célèbre artiste plasticien contemporain, déjà connu pour avoir habillé la station de métro Palais-Royal à Paris de sculptures de boules de verre de Murano. Et, plus récemment, trois sculptures fontaines « Les Belles danses » dans les jardins du château de Versailles.

Il faut remonter à 2008 et le début des travaux de restauration de l’intérieur de la cathédrale d’Angoulême (lire ci-dessous) pour trouver trace du commencement de cet important travail de l’artiste. C’est la première fois, de son propre aveu, qu’une commande publique du ministère de la Culture et de la Communication confie l’intégralité d’un tel travail à un même artiste ; d’ordinaire on ne commande qu’une œuvre, qui s’intègre dans un ensemble plus vaste et composite. Jean-Michel Othoniel va notamment s’inspirer d’un motif visible sur des vitraux réalisés par Paul Abadie au XIXe siècle, qu’on peut notamment voir au dessus de la porte d’entrée versant sud de la cathédrale : des motifs à entrelacs, motifs géométriques faits de nœuds infinis sur fond bleu.

Vierge à l'enfant (1634), restauration Amélie Chedeville (Tours).

Vierge à l'enfant (1634), restauration Amélie Chedeville (Tours).

Situé à la base de l’ancien clocher sud tombé sous les coups de canons de l’amiral Coligny lors du conflit catholiques protestants au XVIe siècle (1568), le trésor de la cathédrale d’Angoulême est composé de trois pièces, et d’une montée crescendo dans l’émerveillement et la beauté étincelante de l’ensemble. La première salle est un musée lapidaire, où l’on peut notamment voir des pièces exceptionnelles rarement vues, notamment des motifs romans ôtés de la façade de la cathédrale par Paul Abadie lors de sa restauration et jusqu’ici conservés à la Société archéologique et historique de la Charente. A l’étage, la salle de l’engagement, vouée à la figure du prêtre et des objets liturgiques et d’art sacré lui servant à l’usage de son sacerdoce. Chasuble, calices, encensoir, crosse et mitre de l’évêque, l’anneau épiscopal de Mgr Sebaux (dont le tombeau est quelques mètres en dessous), un missel romain richement enluminé… Et une rare et exceptionnelle « valise chapelle » ayant servie à un prêtre prisonnier des camps nazis durant la seconde Guerre Mondiale. Elle fut réalisée par le propre père de Jacques Loire (des ateliers Loire de Chartres), qui a réalisé le grand vitrail donnant sur le transept sud de la cathédrale…

La cathédrale d’Angoulême se visite aussi pour son trésor

Mais la troisième salle est probablement la plus exceptionnelle dans sa singularité et son éclat. Elle se nomme justement « l’Émerveillement », la lumière est difractée par les milliers de cabochons de verre bleu et de cives or et ambre. Une merveille… Calices, patène, ostensoirs, encensoirs, couronnes de la Vierge, et, clou du spectacle, un reliquaire pour les reliques de Saint-Pierre Aumaître, prêtre charentais originaire d’Ayzec (près de Ruffec) mort en martyr en 1866, décapité sur une plage en Corée (canonisé en 1984 par Jean-Paul II). Le sol de cette troisième salle est en ciment peint d’entrelacs, les murs en vélin gaufré décoré de pastilles d’or… peintes à la main (entreprise Offard, de Tours).

Huit ans de travail pour l’artiste, un résultat époustouflant, un dialogue entre l’art contemporain et le patrimoine, entre le verre, l’aluminium, l’or et l’ambre avec les objets du rituel sacré. Financé par l’État et la fondation Engie (ex GDF-Suez), cette opération dont le travail fut long et semé d’embûches a coûté 500.000 €.

Salle de l'Émerveillement.

Salle de l'Émerveillement.

Osera-t-on exprimer un seul regret ? Que ce « trésor » soit un peu comme beaucoup de trésors charentais, difficile d’accès pour les visiteurs… L’accouchement de la convention de partenariat entre le ministère de la culture, les Centre des Monuments nationaux, Via Patrimoine, le diocèse et la Ville d’Angoulême a été si long et difficile, que les visites se font au compte-goutte et pour une portion congrue de personnes : trois jours par semaine (mercredis, vendredis et dimanches), deux horaires possibles (14h30 et 16h) et pas plus de 12 personnes à la fois. Un chiffre certes biblique, mais la merveille de ce trésor de JM Othoniel mériterait sans aucun doute plus d’admirateurs… La Drac explique que : « La médiation sera faite par des guides conférenciers de Via patrimoine afin d'expliquer au mieux le travail de l'artiste, la notion de trésor et l'utilisation de ces objets. Par conséquent et en raison de la configuration spatiale des lieux, les visites, d'une durée de soixante-quinze minutes, se feront uniquement sur rendez-vous ». Amen. Il n’est pas interdit, en sortant de la visite, de mettre un cierge dans la cathédrale pour espérer qu’il en soit un jour autrement.

Reliquaire de saint Pierre Aumaître, prêtre charentais martyr en Corée (1866).

Reliquaire de saint Pierre Aumaître, prêtre charentais martyr en Corée (1866).

Les restaurations de la cathédrale d’Angoulême, 2008-2012

De 2008 à 2012, la Drac a mené une importante restauration de la cathédrale Saint-Pierre d’Angoulême, monument historique depuis 1840, et rare cathédrale romane sur le territoire français. Construite au début du XIIe siècle par l’évêque Girard II, sa forme est originale pour l’époque et servira de modèle à de nombreuses églises de style roman-saintongeais, jusqu’en Poitou et dans toute l’Aquitaine. Une nef à coupoles, parfois nommée « romano-byzantine » et coiffée d’une charpente et de tuiles romaines lui confèrent en effet un style singulier qu’on retrouve notamment à Saint-Front (Cahors) ou l’abbatiale de Fontevraud (Maine-et-Loire). Au XIXe siècle déjà, une importante campagne de restauration fut menée par l’architecte Paul Abadie fils, qui participa à la restauration de Notre-Dame de Paris avec Viollet-Leduc et qui établit les plans du Sacré-Cœur de Montmartre. Jean-Michel Othoniel va longuement étudier cette histoire de la restauration du XIXe siècle – longtemps décriée par les historiens et érudits locaux – qui redonna pourtant son unité à un édifice qui avait subit les affres du temps, des guerres de religion (et les bombardements de l’amiral Coligny en 1568) et des multiples ajouts de chapelles et même de maisons sur ses flancs. La restauration du XXIe siècle a permis d’assainir les murs, attaqués par les remontées d’humidité et de sel, nettoyer la pierre et retracer les joints tels que l’avait fait à l’époque Paul Abadie, pour mettre en valeur les pierre de taille. L’intérieur de la cathédrale a ainsi retrouvé sa blancheur et son éclat.

Via patrimoine 05.45.68.45.16 / 06.37.83.29.72. viapatrimoine@gmail.com

Neuf nuances de bleu (et non pas 50 nuances de gris...).

Neuf nuances de bleu (et non pas 50 nuances de gris...).

La cathédrale d’Angoulême se visite aussi pour son trésor
La cathédrale d’Angoulême se visite aussi pour son trésor
La cathédrale d’Angoulême se visite aussi pour son trésor
Dans la salle dite de l'engagement.

Dans la salle dite de l'engagement.

La cathédrale d’Angoulême se visite aussi pour son trésor
La cathédrale d’Angoulême se visite aussi pour son trésor
Rare "valise chapelle" d'un prêtre prisionnier des camps (2de Guerre Mondiale).

Rare "valise chapelle" d'un prêtre prisionnier des camps (2de Guerre Mondiale).

Rare ciboire en tôle, d'un prêtre réfractaire (époque révolutionnaire)

Rare ciboire en tôle, d'un prêtre réfractaire (époque révolutionnaire)

La cathédrale d’Angoulême se visite aussi pour son trésor
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A la renverse

1 Novembre 2016 , Rédigé par F.S Publié dans #émerveillement

A la renverse
A la renverse
A la renverse
A la renverse
A la renverse

(c) Fred Sabourin. Octobre 2016. Réalisé sans trucage, sauf un : la "tête à l'envers".

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Jeux de miroir

31 Octobre 2016 , Rédigé par F.S Publié dans #émerveillement

Jeux de miroir
Jeux de miroir
Jeux de miroir
Jeux de miroir
Jeux de miroir

(c) Fred Sabourin. Octobre 2016. A suivre bientôt : le même jeux, mais la tête à l'envers... (teasing de ouf !).

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La banquette rouge

17 Octobre 2016 , Rédigé par F.S Publié dans #émerveillement

"Ô récompense, après une pensée, qu'un long regard sur le calme des Dieux !"

(Paul Valéry, Le Cimetière marin). 

La banquette rouge
La banquette rouge
La banquette rouge
La banquette rouge
La banquette rouge
La banquette rouge
La banquette rouge
La banquette rouge
La banquette rouge
La banquette rouge

(c) F.S. Charente, octobre 2016.

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Le château du Rivau est sans rival

29 Août 2016 , Rédigé par F.S Publié dans #émerveillement

(c) F.S

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"J'aime le jeu, l'amour, les livres, la musique, la ville et la campagne, enfin tout. Il n'est rien qui ne me soit souverain bien. Jusqu'au sombre plaisir d'un coeur mélancolique".

(La Fontaine). 

 

Le château du Rivau (Indre-et-Loire) à quelques kilomètres au sud de Chinon, sur la commune de Léméré. Splendide découverte de ce bâtiment XVe siècle, aux jardins "de conte de fées" et expositions d'art contemporain. Construit par Pierre de Beauvau à partir de 1440, Jeanne d'Arc vint y chercher des chevaux avant de monter à Orléans et Jargeau via Blois et Meung/Loire. Propriété et restauration depuis 1991 par la famille Laigneau, Patricia et Caroline. Hors des sentiers battus et des châteaux archi connus, un lieu à découvrir absolument...

(c) F.S

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- Arbre à souhaits - (c) F.S

- Arbre à souhaits - (c) F.S

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- Salle des trophées - (c) F.S

- Salle des trophées - (c) F.S

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- Tapisserie représentant la reine Zénobie - (c) F.S

- Tapisserie représentant la reine Zénobie - (c) F.S

- salle dite de Jeanne d'Arc - (c) F.S

- salle dite de Jeanne d'Arc - (c) F.S

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- Oeuvre de Lilian Bourgeat - (c) F.S

- Oeuvre de Lilian Bourgeat - (c) F.S

(c) F.S

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Jardins du siècle à venir

4 Mai 2016 , Rédigé par F.S Publié dans #Presse book, #émerveillement

Portfolio du 25e Festival international des Jardins du Domaine de Chaumont-sur-Loire, jusqu'au 2 novembre. Sur le thème : "Jardins du siècle à venir".

- "120 châteaux lui font une suite courtoise" -

- "120 châteaux lui font une suite courtoise" -

Jardins du siècle à venir
- Nous irons tous au jardin -

- Nous irons tous au jardin -

Jardins du siècle à venir
Jardins du siècle à venir
Jardins du siècle à venir
Jardins du siècle à venir
Jardins du siècle à venir
Jardins du siècle à venir
Jardins du siècle à venir
- Néo Noé -

- Néo Noé -

Jardins du siècle à venir

Ça peut paraître paradoxal, mais il y avait presque "trop" de soleil... (les photographes me comprendront).

(c) F.S

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Une journée sans arbre est une journée de perdue

24 Avril 2016 , Rédigé par F.S Publié dans #émerveillement

Celle-ci ne le sera donc pas, dans le parc du château de Cheverny, avant que la pluie n'arrive... A leurs pieds, on se sent tout petit, mais vivants. Comme aspiré par eux vers la canopée. Touchons du bois, avant d'être couché dedans.

 

- Looking for Tintin & Haddock captain -

- Looking for Tintin & Haddock captain -

Une journée sans arbre est une journée de perdue
- Une allée de 800 mètres de cèdres, âgés de 169 ans -

- Une allée de 800 mètres de cèdres, âgés de 169 ans -

Une journée sans arbre est une journée de perdue
- Les pieds d'éléphants aiment les milieux humides, et viennent du bayou de Louisiane -

- Les pieds d'éléphants aiment les milieux humides, et viennent du bayou de Louisiane -

- Beaucarnéa, ou "pied d'éléphant" -

- Beaucarnéa, ou "pied d'éléphant" -

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Chenonceau : une femme nommée désir

24 Janvier 2016 , Rédigé par F.S Publié dans #émerveillement

- "Son calme n'a rien d'ennuyeux et sa mélancolie n'a pas d'amertume" (Flaubert) -

- "Son calme n'a rien d'ennuyeux et sa mélancolie n'a pas d'amertume" (Flaubert) -

Le soleil, en majesté tout le jour, vint doucement caresser cette femme allongée sur le Cher, lascive, pensive, à la recherche de ses amants royaux, nobles et moins nobles souvenirs d'une vie où le paraître valait bien plus que la sincérité des sentiments. 

- Esprit de Diane, Catherine, Louise : es-tu là ? -

- Esprit de Diane, Catherine, Louise : es-tu là ? -

- Chambre de Diane -

- Chambre de Diane -

Séjournant à Chenonceau, Flaubert, visitant la chambre de Diane de Poitiers, aurait imaginé "les délices singulières de se retourner sur un matelas qui avait été celui de la maîtresse d'un roi"

- Chambre de Louise de Lorraine, veuve inconsolable -

- Chambre de Louise de Lorraine, veuve inconsolable -

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Villandry, c'est joli

30 Juin 2015 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #émerveillement

Villandry, c'est joli

Châteaux de la Loire

 

Le long du coteau courbe et des nobles vallées
Les châteaux sont semés comme des reposoirs,
Et dans la majesté des matins et des soirs
La Loire et ses vassaux s'en vont par ces allées.

 

Cent vingt châteaux lui font une suite courtoise,
Plus nombreux, plus nerveux, plus fins que des palais.
Ils ont nom Valençay, Saint-Aignan et Langeais,
Chenonceau et Chambord, Azay, le Lude, Amboise.

Villandry, c'est joli


Et moi j'en connais un dans les châteaux de Loire
Qui s'élève plus haut que le château de Blois,
Plus haut que la terrasse où les derniers Valois
Regardaient le soleil se coucher dans sa gloire.

 

La moulure est plus fine et l'arceau plus léger.
La dentelle de pierre est plus dure et plus grave.
La décence et l'honneur et la mort qui s'y grave
Ont inscrit leur histoire au coeur de ce verger.

 

Villandry, c'est joli

 

Et c'est le souvenir qu'a laissé sur ces bords
Une enfant qui menait son cheval vers le fleuve.
Son âme était récente et sa cotte était neuve.
Innocente elle allait vers le plus grand des sorts.

 

Car celle qui venait du pays tourangeau,
C'était la même enfant qui quelques jours plus tard,
Gouvernant d'un seul mot le rustre et le soudard,
Descendait devers Meung ou montait vers Jargeau.

 

Charles Péguy

Villandry, c'est joli
Villandry, c'est joli

 

 

(c) Fred Sabourin. 27 juin 2015.

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Mort de rire

31 Octobre 2014 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #émerveillement

 

 

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                                                            - R.I.P -  

 

 

Il y a quatorze ans, par une nuit de Toussaint plus noire que noire, vers 7 heures du soir, un homme descendait d’un train express régional, dans une petite gare d’une ville moyenne, très moyenne, marchant sans le savoir vers un destin funeste. Quelques heures plus tard, son père décédait ayant lui-même mis en scène le lieu, l’heure, et les acteurs de sa propre mort. Il a raconté ça ici, en 2010, dans un texte intitulé « Dix ans déjà ».

 

Quatorze ans plus tard, me voici planté là, devant cette pierre tombale de granit gris, sous un beau soleil d’automne à faire rougir l’été pourri dont tout le monde se souvient. Ce cimetière poitevin parsemé de chrysanthèmes tous aussi étincelants les uns les autres, et pourtant d’une banalité à en crever, donne à ces lieux de souvenir une teinte qu’étonnement j’aime retrouver chaque année, pour une raison que je préfère continuer d’ignorer. Ce cimetière est à un jet de pierre de la Vienne, où mon père m’emmenait pêcher. En traversant le pont qui enjambe la rivière après la sortie de l’autoroute, je me suis dit ce jour-là qu’il devait y faire bon, assis au bord de l’eau, à contempler un bouchon vivre sa vie au bout de son fil, lui-même au fil de l’eau.

 

Debout devant cette pierre tombale sur laquelle est écrit mon propre nom de famille, je n’y étais cependant cette année pas seul. Une petite main dans ma grosse pogne m’accompagnait, une brioche dans sa main libre, car c’était l’heure du goûter. Drôle d’endroit pour goûter, dirons les rabat-joie qui ne manquent pas sur cette terre. Et pourquoi pas ? Après tout, il n’y a pas de raison que seuls les vers se régalent en de tels lieux.

 

Je lui avait partiellement expliqué, à la petite tête blonde au bout du bras où il y a cette petite main, ce que nous allions faire, avec ce « chrysanthème » acheté le matin même une poignée d’euros dans un supermarché d’une banlieue modeste d’une autre ville moyenne. Ça faisait d’ailleurs plusieurs semaines qu’elle en parlait elle-même, du « papa de papa », ou « papy, il est où ? » et tout ce que les mômes peuvent sortir de leurs minuscules bouches pourtant capables de sortir des énormités – dans le bon sens du terme. « Ton papa il est mort ? » avait-elle dit du haut de ces trois ans et des brouettes. « Oui, il est mort, il y a longtemps, tu n’étais pas née. » Et loin de l’être l’année où ça s’est passé, ai-je pensé aussi.

 

Parler de la mort avec un enfant de trois ans, c’est un peu comme de décrire la banquise à un habitant du Sahara ou expliquer le dogme de l’Immaculée conception à un indien d’Amazonie qui sortirait tout juste de sa jungle, une lance en main et un slip en feuille de bananier entre les jambes. C’est inimaginable, car jamais imaginé. Impensable, car impensé. Ça n’a juste aucune consistance, car ça n’a jamais été éprouvé sur autre chose qu’une araignée ou une mouche. C’est pourtant ce que j’avais entrepris de faire, sachant que j’allais venir avec elle déposer ce chrysanthème sur la tombe de mon vieux paternel qui avait décidé, lui, d’éprouver le merdier avant l’heure et d’en faire subir les infâmes conséquences sur ceux qui restent.

 

Je lui ai donc dit que nous allions voir là où était « le papa de papa », mais j’avoue que comme avocat de la cause, on a dû connaître plus convainquant. Alors nous avons pénétré dans l’allée centrale du cimetière nord de Châtellerault, par une douce et lumineuse après-midi d’octobre, qui contrastait méchamment avec le climat qu’il faisait le jour où nous l’avions mis en terre, « le papa de papa ». Elle a tout de suite dit « qu’il y avait beaucoup de fleurs là, hein ? » Oui, il y a beaucoup de fleurs mon petit, c’est la saison où il y en a le plus ici. Et puis nous avons tourné une fois à droite et une fois à gauche, dans l’allée où repose « le papa de papa ». Je me suis arrêté automatiquement devant l’endroit, sans réfléchir. Et j’ai dit : « voilà, c’est là ». Il y a eu un instant de silence, qui m’a paru long. Elle m’a regardé avec ses grands yeux bleus transperçants et a dit : « Mais il est où ton papa ? » Alors j’ai dit le truc le plus con que je connaisse, sans réfléchir, le truc que je déteste le plus qu’on dise aux gosses dans ces cas là. J’ai dit : « Il est là mais en fait il est aussi dans le ciel ». Et le pire est arrivé : elle a regardé le ciel, et n’a rien vu, naturellement. J’ai rougi de honte. Mais nom de dieu de bon dieu pourquoi ai-je dit une connerie pareil, moi qui ai tant lutté contre ça ?

 

J'ai repris mes esprits, ce qui, vu l'endroit, n'est pas très compliqué. Accroupi auprès d’elle, je lui ai expliqué que quand les gens qu’on aime étaient morts, on les mettait dans la terre, sous cette grande pierre, que de temps en temps on pouvait venir mettre des fleurs sur la pierre. Et qu’on pouvait continuer à les aimer, comme eux peuvent peut-être continuer à le faire, mais d’une autre façon. Elle m’a regardé, et a mordu un bout de sa brioche. Pragmatique, la môme. Avec son pied, elle a commencé à racler le sol sablonneux du cimetière, pendant que je creusais de mes doigts un petit trou pour y enfoncer le chrysanthème. Une fois que le pot fut callé, j’ai regardé la pierre comme un idiot, et des larmes sont venues. Pas suffisamment cela dit pour qu’elle les voit, toute occupée à faire des sillons avec ses pieds dans le sable. Nous sommes restés là à peine cinq minutes et puis on est repartis.

 

En sortant je me suis dit que finalement c’était peut-être ça : la vie c’est comme un jeu sur du sable. Des sillons. Et la mort, juste un truc incroyable. Inaudible. Impensable.

 

C’est exactement ça : impensable.

 

 

 

 

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