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Le jour. D'après fred sabourin
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Rural road trip (saison 1)

29 Novembre 2019 , Rédigé par F.S Publié dans #concept, #quelle époque !, #rural road trip

Rural road trip (saison 1)

À la faveur d’une nouvelle activité depuis six mois, je suis amené à sillonner un pays rural, en opposition avec mon mode de vie et un habitat très urbain. Après avoir observé et rendu compte de la micro-société campagnarde dans quelques reportages de journaliste depuis plus d’une décennie, me voici embarqué, embedded comme on dit, dans un milieu socio-économiquement difficile, au cœur de « territoires » - comme on dit aussi – isolés, oubliés, quasi désertés par endroit. Des territoires ruraux où l’emploi se fait rare, les habitants se blotissant dans des hameaux où s’agrègent de plus en plus de recalés, déclassés, les oubliés de la mondialisation et de l’urbanisation des villes moyennes des départements moyens. Au pays des gilets jaunes en somme, où l’on croise encore des Peugeot 205 hors d’âge ; des Renault 19 qui furent il n’y a pas si longtemps customisées mettant la fièvre aux samedis soirs ; des Citroën C15 aussi nombreux que des 4x4 SUV dans les rues des métropoles un soir de match de Ligue 1 ; des scooters et même des mobylettes Motobécane.

Rural road trip (saison 1)

C’est dans cette France-la, couvrant un territoire de 37.000 habitants réunis en deux communautés de communes – Cœur et Val de Charente – que se concentre désormais mon job : apporter de l’aide alimentaire aux plus démunis. Avec notre camion, en itinérance dans cinq communes, nous allons à leur rencontre - les bénévoles et moi - une semaine sur deux, installant pour une heure notre épicerie solidaire. Tel un petit cirque ambulant, nous venons, installons nos tables et tréteaux, caisses et balances, pour un supermarché aussi diversifié qu’éphémère. Une fois les « courses » accomplies, on plie bagage et on rentre au dépôt à Mouton, 200 âmes en comptant peut-être les poules et quelques cabots grognant au passage des rares piétons.

J’en ai désormais la conviction : c’est une chance que de se laisser gagner par la richesse des pauvres. Car – c’est peut-être une révélation pour beaucoup – les pauvres sont riches. Riches de résilience. Riches de générosité de cœur. Riches de dons d’eux-mêmes et de leur temps, qui peut s’étirer très en longueur dans cette campagne où le moindre déplacement peut s’apparenter à une expédition.

Rural road trip (saison 1)

Pour apporter cette aide alimentaire à ceux qui, selon un Président de la République, coûtent un « pognon de dingue » (mais n’ont en poche qu’entre trois et cinq euros par jour pour vivre, étrange paradoxe…), nous sillonnons les routes de campagne. Les départementales à 80km/h, les chemins communaux à 70. Les routes blanches sur la carte Michelin, parfois jaunes. Etroits rubans de bitumes aux accotements plus ou moins « stabilisés », ces routes sont grignotées par la boue dès les premières pluies venues, et combien davantage ces jours-ci que le ciel nous tombe sur la tête. De part et d’autre, les ruisseaux, rivières et même le fleuve se signalent par leurs débordements dans les champs et les prés, enserrent les routes, roulent dans les fossés et sous les ponts alors qu’ils tiraient une langue desséchée par un été de feu sans fin, il y a deux mois à peine. Au détour de virages, au bout des lignes droites bordées d’arbres parfois séculaires, surgissent ces bourgs, hameaux, lieux-dits et même habitats isolés, au bout d’un chemin de terre d’eau et de boue, où meurent des niches à chiens bâtards et n’en finissent plus de pourrir des cadavres de fourgonnettes des années 70, ou d’époque fin René Coty, début Charles de Gaulle.

Rural road trip (saison 1)

Dans ces hameaux que l’on croit sans vie, si l’on prend le temps de s’y arrêter cinq minutes, c’est tout le contraire qui se produit. On entend l’aboiement des chiens, le chant du coq, le bruit strident et lointain d’une machine – scie, tronçonneuse, engins agricoles divers – et il ne se trouve personne pour s’en plaindre. Ici, dans ce nord Charente ni très beau ni trop laid, les bobos néo-ruraux n’ont pas planté leurs piquets : tout est « éloigné sans être pour autant trop loin », mais un peu quand même ; rien n’est « central » ; le téléphone mobile marche par intermittence ; la wi-fi est un vague souvenir qui fonctionne sur courant alternatif. Ici, on est « en bout de ligne », les gares fantômes sont désertes et seule la LGV saigne en deux le paysage de son vrombissement sourd, dans un air humide et frais agité par les pales des dizaines et dizaines d’éoliennes visibles partout à 360°. La nuit, elles clignotent comme des sapins de noël pour que l’on ne se perde pas, peut-être.

Rural road trip (saison 1)

Au hasard de ces bourgs, hameaux, lieux-dits, des pancartes insolites, des maisons cossues surprenantes jusque dans leurs couleurs, des cabines téléphoniques transformées en boîtes à livres, des bancs publics désespérément inoccupés, près de boîtes aux lettres démesurées rapport au courrier qu’elles doivent contenir. Leur jaune cocu résume leur situation de fin de vie. Et des pancartes « à vendre ». Énormément de pancartes « à vendre ».

C’est de là que surgissent les gens, à pied, en voiture, à bicyclette ou en tracteur, et quand ils ne surgissent pas on les devine derrière les rideaux et les carreaux observant le passant qui prend des photos. Qui est-il ? Que veut-il ? D’où vient-il et où se rend-il ?

Après six mois d’observation et de notes éparses glanées dans mes carnets qui ne me quittent jamais ; après l’accumulation d’images rapportées lors de ces tournées ou trajets en utilitaire, j’ai décidé de commencer à raconter ça. Idéalement j’aurais aimé qu’une Florence Aubenas accompagnée d’un Raymond Depardon fassent le boulot. Ils le feraient d’ailleurs bien mieux que moi. Mais je n’ai pas leurs numéros, alors j’ai décidé de m’y coltiner.

Avec grand appétit.

F.S.

Rural road trip (saison 1)
Rural road trip (saison 1)
- Ô sombres héros de la mer -

- Ô sombres héros de la mer -

- bien avant le wi-fi -

- bien avant le wi-fi -

- à tout faire -

- à tout faire -

- cent pour sang -

- cent pour sang -

Rural road trip (saison 1)
Rural road trip (saison 1)
Rural road trip (saison 1)
- aquaponey -

- aquaponey -

Rural road trip (saison 1)
- CQFD -

- CQFD -

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Chambre froide

25 Novembre 2019 , Rédigé par F.S Publié dans #montagne

Chambre froide

C'est un coin de l'Ariège - vers Aston, départ de la marche à la centrale électrique de Laparan, barrage de Riète - tel que dans nos souvenirs... Très humide, froid, au sol détrempé comme une éponge et au réveil-matin à l'image des journées : rustique et froid. 4° à l'intérieur de la cabane de Quioulès à 7h30 du matin : dormir dans une chambre froide ça raffermit les chairs... Mais pour qui aime l'aventure et la sobriété, c'est l'endroit idéal. Nous n'avions pas convoqué Sylvain Tesson et sa Panthère des neiges, mais la nature sauvage à l'état brut était tout de même omniprésente... Mis à part un skieur égaré, personne ; pas l'ombre d'un animal identifiable à part quelques choucas. Mais les animaux en question ne nous ont-ils pas vu, eux ? Les prévisions météorologiques avaient annoncé un temps épouvantable, raison de plus pour aller vérifier.

- Quioulès -

- Quioulès -

Chambre froide
Chambre froide
Chambre froide
- Bela -

- Bela -

Chambre froide
- l'angélus -

- l'angélus -

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Odeur des pluies de mon enfance

10 Novembre 2019 , Rédigé par F.S Publié dans #émerveillement

Odeur des pluies de mon enfance

Automne

Odeur des pluies de mon enfance,
Derniers soleils de la saison !
À sept ans, comme il faisait bon,
Après d'ennuyeuses vacances
Se retrouver dans sa maison !


La vieille classe de mon père,
Pleine de guêpes écrasées
Sentait l'encre, le bois, la craie
Et ces merveilleuses poussières
Amassées par tout un été.


Ô temps charmants des brumes douces,
Des gibiers, des longs vols d'oiseaux,
Le vent souffle sous le préau,
Mais je tiens entre paume et pouce
Une rouge pomme à couteau.

René Guy Cadou (recueil "Les amis d'enfance").

Odeur des pluies de mon enfance
Odeur des pluies de mon enfance
Odeur des pluies de mon enfance
Odeur des pluies de mon enfance
Odeur des pluies de mon enfance

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Achtung ! Sie verlassen jetz West-Berlin

9 Novembre 2019 , Rédigé par F.S Publié dans #voyage - voyage..., #l'évènement

(c) Fred Sabourin. Berlin mai 2008.

(traduction du titre : "Attention, vous quittez maintenant Berlin Ouest")

Achtung ! Sie verlassen jetz West-Berlin
Achtung ! Sie verlassen jetz West-Berlin
Achtung ! Sie verlassen jetz West-Berlin
Achtung ! Sie verlassen jetz West-Berlin
Achtung ! Sie verlassen jetz West-Berlin
Achtung ! Sie verlassen jetz West-Berlin
Achtung ! Sie verlassen jetz West-Berlin
Achtung ! Sie verlassen jetz West-Berlin
Achtung ! Sie verlassen jetz West-Berlin
Achtung ! Sie verlassen jetz West-Berlin
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Achtung ! Sie verlassen jetz West-Berlin
Achtung ! Sie verlassen jetz West-Berlin
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Automne en Ossau

22 Octobre 2019 , Rédigé par F.S Publié dans #montagne

- Pic de la Ténèbre -

- Pic de la Ténèbre -

Automne, saison dorée en vallée d'Ossau autour de Laruns ("Laruntz", en Béarnais). Remontée de l'Arriutort (le "ruisseau tordu") jusqu'à la cabane du même nom (1000 mètres en 2 heures). Puis débouché au col de Taillandière sous le Montagnon d'Iseye et son lac en forme de heart. La pluie et le vent ne douche pas complètement nos ardeurs et nous descendons - sous le soleil retrouvé accompagné d'un bel arc-en-ciel - jusqu'à la cabane de Laiterine (1680m) qui nous accueillera pour la nuit, ventée et pluvieuse par intermittence.

Le lendemain matin c'est à la verticale de la cabane de la Cujalat (300 mètres en contrebas) que nous grimpons en sous-bois puis sur une pente herbeuse qui fait bien transpirer, poussés par un méchant petit vent de sud - sud-est agrémenté de quelques pluies. Le débouché sur le Cirque de Besse se nomme le Pène d'Hourque, et la vue est bien belle. Abrité du vent et de la pluie par ce flanc de montagne ossaloise, la descente s'effectue dans le cirque vers le col d'Abet puis celui de Lusque, serpentant en sous-bois jusqu'au Plateau de Lusque avant d'entamer la dernière descente vers Goust, ensoleillé quand nous y arrivâmes. L'ancienne route balisée rouge et jaune (grand tour de l'Ossau) conduit ensuite aux Eaux-Chaudes où nous mettons sac à terre, trempant nos lèvres dans un café chaud bienvenu.

Un crapahute à l'ancienne, à pieds quasiment de bout en bout, virée virile de franche camaraderie, de pâté à l'ail de chez Coudouy et de fromage de brebis Pujalet...

- (c) Marc L. -

- (c) Marc L. -

- Arriutort -

- Arriutort -

Automne en Ossau
Automne en Ossau
Automne en Ossau
Automne en Ossau
- Laiterine, chambre avec vue -

- Laiterine, chambre avec vue -

- Cirque de Besse -

- Cirque de Besse -

Automne en Ossau
- Les Eaux-Chaudes -

- Les Eaux-Chaudes -

- Les Eaux-Chaudes -

- Les Eaux-Chaudes -

- Lou Nouste Henric -

- Lou Nouste Henric -

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Papicha lève le voile sur la liberté chèrement disputée

15 Octobre 2019 , Rédigé par F.S Publié dans #chronique cinéma

Papicha lève le voile sur la liberté chèrement disputée

Le premier long métrage de Mounia Meddour met en scène, sur fond d’Algérie au début de sa plongée dans la décennie noire, l’histoire d’une jeune étudiante de français qui se rêve styliste. Pendant que les murs s’élèvent autour de la liberté de ces Algériennes, elle invente avec insolence, énergie farouche et une bonne dose d’inconscience, une vie où les étoffes habilleraient les « papichas », les jolies jeunes filles algéroises.

- Lyna Khoudri -

- Lyna Khoudri -

« Couvre-toi avant qu’un linceul ne le fasse ! » intime l’ordre des milices islamistes sur des affiches collées sur les murs d’Alger. Nedjma, étudiante habitant la cité universitaire, rêve de devenir styliste, autant dire que ça n’est guère dans le vent du climat ambiant plus enclin à élever des murs et voiler les femmes. À la nuit tombée, Nedjma et son amie Wassila se faufilent à travers le grillage de la cité et rejoignent leurs meilleures copines dans les boîtes de nuit où elle vend ses créations aux autres papichas. La situation politique et sociale de ce début des années 90 ne cesse de se dégrader, la guerre civile va ravager le pays pendant près de dix ans. Avec une énergie frénétique, Nedjma refuse cette fatalité allant même jusqu’à imaginer un défilé de mode dans l’enceinte de la cité-U, au mépris du danger.
 

Pas un plan sans l’actrice autour de duquel tourne Papicha, Lyna Khoudri, héroïne enragée qui voit ses rêves brisés par les apôtres de la haine qui cherchent à couvrir de voiles les femmes qui ne souhaitent que vivre libres et vêtues d’étoffes à leur goût. Avec une mise en scène au parti pris audacieux autant que systématique de plans très courts et très serrés – au risque de donner le tournis au spectateur et l’étouffer un brin – Mounia Meddour atteint son objectif : montrer la perte progressive de liberté de ces Algéroises pourtant si vivantes. Autour d’elles, les murs de leurs chambres de la cité-U autant que ceux que les nouveaux propagateurs d’un ordre moral et religieux fanatique montent et se rapprochent progressivement. Mais sans parvenir à étouffer totalement l’acharnement, la rage et le panache de Nedjma et ses copines, qui, grâce à ce défilé de mode qui aura bien lieu, ouvre une brèche salutaire dans l’enfermement dans lequel on veut les confiner.

Papicha lève le voile sur la liberté chèrement disputée

L'ironie affleure aussi parfois, malgré la densité et la gravité du film, notamment grâce au détournement du haïk – pièce d’étoffe de cinq mètres de long, vêtement traditionnel des femmes algériennes – en objet de mode grâce à d’ingénieuses retouches et pliures. Tout le contraire du hidjab que veulent leur imposer les émiratis de la péninsule arabique…
Papicha, récompensé au Festival du Film Francophone d’Angoulême pour son scénario, son actrice et par le prix du public, qui ne s’y est pas trompé, trouve sa cible et claque dans la figure comme un film manifeste. Cela n’est probablement pas du goût des autorités algériennes qui l’ont interdit de projection lors d’un avant-première qui devait avoir lieu le 21 septembre dernier – sans explication – mais ne l’empêche pas malgré tout d’être sélectionné pour l’Oscar du meilleur film en langue étrangère. Difficile pourtant d’ignorer le contenu du film, tourné à Alger avec toutes les autorisations du ministère de la Culture.

 

Quoiqu’il en soit Papicha demeure probablement un des meilleurs films sur les écrans en cet automne 2019, dans lequel Mounia Meddour, qui a fuit l’Algérie au début des années 90, oppose aux violences misogynes la résistance par la couture et magnifie par les étoffes les corps de femmes que les islamistes s’efforcent d’anéantir.

F.S.

Papicha, de Mounia Meddour. Avec : Lyna Khoudri, Shirine Boutella, Amira Hilda Douaouda. 1h45. Sortie le 9 octobre.

 

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Alice et le maire, ou l’évanescence de la pensée en politique

9 Octobre 2019 , Rédigé par F.S Publié dans #chronique cinéma

Le second film de Nicolas Pariser (1) met en scène Paul Théraneau, maire de Lyon, aux prises avec l’évanouissement progressif de ce qui a fait de lui un conquérant du pouvoir, un édile innovateur et bourré d’idées. Rincé par trente ans de vie politique à serrer des mains, signer des parapheurs et prononcer des discours aux inaugurations de chrysanthèmes, il est à court d’idées. Il engage une jeune normalienne philosophe et finement lettrée pour tenter de lui redonner l’envie de penser, ce qu’il n’a plus le temps de faire, dévoré par le tourbillon de l’action permanente et la vacuité de la novlangue de ses conseillers. Las, la désillusion, de part et d’autre de ces deux touchants personnages, auront raison de l’action, au profit – c’est heureux et si rare – de la pensée qui normalement la précède.

- Fabrice Luchini et Anaïs Demoustier -

- Fabrice Luchini et Anaïs Demoustier -

Le film s’ouvre sur une scène étonnante où la collaboratrice de cabinet Mélinda (Nora Hamzawi) explique à Alice Heimann qui vient d’être engagée (Anaïs Demoustier) son travail auprès du maire de Lyon (Fabrice Luchini) : « Ton boulot, c’est de prendre du recul ». « Ce n’est pas un travail, ça » répond surprise Alice qui n’y connait rien à la politique et se demande pourquoi on l’a fait venir dans cette « lyonnaiserie ». Mais sa force c’est de savoir cerner et penser les enjeux contemporains. Elle fait ce que la quasi-totalité des politiques ne savent plus faire : penser avant d’agir, quitte à être un brin théorique, et c’est un risque à prendre.
 

D’abord peu à l’aise au sein d’un cabinet bien campé par des seconds rôles efficaces – une directrice de cabinet aussi raide que dévouée à la cause du gourou (Léonie Simaga), des chargés de com’ sanglés dans leurs costards bleu marine code couleur de gauche comme de droite – Alice se fond peu à peu dans le rôle qu’on attend d’elle : penser, et faire penser le maire. Sa première note rédigée, ironiquement a pour thème la modestie (un régal). Elle épouse l’agenda de dingue de Paul Théraneau/Fabrice Luchini, commence une conversation entre deux portes, la poursuit dans les déplacements en voiture et la clôt le soir tard dans son bureau.

- Anaïs Demoustier -

- Anaïs Demoustier -

Tout oppose ces deux personnages, si ce n’est la solitude et l’impression d’être à un tournant de leur vie. Paul Théraneau en vieux lion lessivé qui aimerait bien quand même tenter un dernier coup (devenir premier secrétaire du PS et briguer la présidence de la République) ; Alice Heimann en jeune femme d’une génération tiraillée par l’inquiétude, sans véritable envie ni projet, qui a prolongé au maximum ses études autant par scepticisme envers le monde adulte autant que pour ne pas avoir à penser la suite de sa vie justement.

- Fabrice Luchini -

- Fabrice Luchini -

Et ça n’est pas le moindre intérêt d’Alice et le maire de Nicolas Pariser : grâce à la rencontre platonique de ces deux roseaux pensants perdus dans leurs univers respectifs, le film donne à penser sur l’articulation entre réflexion et action, entre théorie et pratique du réel, et crise actuelle de la démocratie.
Une hauteur de vue, un recul et une réflexion au quotidien qui manquent cruellement aux hommes et femmes politiques de nos jours, justement, dont la vacuité des discours et l’inefficacité  de leur action se noient dans l’évanescence et le scepticisme ambiant.


« Je préfère recourir à la tradition philosophique plutôt qu’à un coach » dira Paul Théraneau/Fabrice Luchini avec ce qui lui reste de lucidité lors de leur premier rendez-vous. Avec une certaine légèreté, la précision des dialogues finement ciselés et de la fluidité dans le récit, Alice et le maire offre aux spectateurs une réflexion charmante et pas du tout ennuyeuse de la vie politique contemporaine, aux antipodes de celle-ci dans le réel, justement.
F.S.

(1)    Le Grand jeu en 2015, sur l’affaire de Tarnac.

D'autres chroniques cinéma à lire ici : Au nom de la terre (Édouard Bergeron) / Ceux qui travaillent (Antoine Russbach) / Deux moi (Cédric Klapisch) / Once upon a time in Hollywood (Quentin Tarantino) / Une fille facile (Rebecca Zlotowski).

 

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Chirac : « Ah tiens ! Il y a même des jeunes »

26 Septembre 2019 , Rédigé par F.S Publié dans #l'évènement

- Mangez des pommes ! (campagne présidentielle 1995) -

- Mangez des pommes ! (campagne présidentielle 1995) -

Le souvenir remonte au printemps 1995, à Poitiers. C’était pendant la campagne pour l’élection présidentielle, Jacques Chirac commençait tout juste à remonter la pente face à Edouard Balladur (qu’il appelait Ballamou) qui avait dans un premier temps cartonné dans les sondages, au point que beaucoup le voyaient déjà à l’Élysée. J’étais étudiant en licence d’histoire à la fac de Poitiers, je rêvais de Sciences-Po, avec quelques copains nous « faisions de la politique », en trainant dans les meetings ou en collant des autocollants pour un syndicat étudiant bien à droite… J’avais poussé le vice jusqu’à m’inscrire aux « RPR-Jeunes », comme on disait à l’époque. Dans les amphis de la très gauchisante fac d’histoire, autant dire que je détonnais sévère, en veste Barbour sur chemises vichy, avec ma carte du RPR dans la poche et arborant parfois une croix de Lorraine au revers du col… Un étudiant en droit qui se serait égaré dans les sciences-humaines. J’assume, comme dirait l’autre.
 

Chirac était annoncé en meeting à côté de Poitiers, à St-Benoît il me semble, mais peu importe. C’était à quelques encablures du centre-ville de Poitiers, ça c’est certain, et nous étions quelques-uns à chercher une bagnole pour nous y rendre. Au culot, j’ai poussé la porte du siège du RPR local, demandant si, par hasard, il n’y aurait pas quelqu’un qui… Et on m’a dit : « oui, il y a quelqu’un qui ». Il restait une place libre dans une voiture où serait aussi Yves Guéna, ancien résistant, ancien ministre sous de Gaulle puis Pompidou et à l’époque encore maire de Périgueux. Que faisait-il à Poitiers à ce moment-là, je ne me souviens plus, mais enfin je pouvais aller à ce meeting dans une bagnole du cortège officiel, je n’allais pas dire non.

Chirac : « Ah tiens ! Il y a même des jeunes »

Le jour J à l’heure dite, je me pointe au lieu de rendez-vous, et nous voilà partis à l’aéroport de Poitiers Biard, où l’on fait le pied de grue en attendant « Chirac ». Il y a là beaucoup d’hommes en costards et des cheveux gris, peu de femmes, ça clope de partout et ça rigole, il règne une ambiance un peu bizarre d’excitation d’avant match, tout le monde semble se connaître comme à une réunion de famille. Là encore, je détonnais un peu dans le paysage, mais personne ne prête véritablement attention à l’intrus. Je suis le seul « jeune », les autres sont sur le lieu du meeting pour chauffer la salle. Il y a quand même un type de cinq ou six ans de plus que moi pour faire la jonction entre les quinquas et sexas, et moi, à peine 22 ans.
 

Enfin arrive l’avion, je ne me souviens plus quel modèle d’ailleurs mais probablement genre Falcon ou Jet. Chirac arrive, à grandes enjambées évidemment, serrant des mains par-ci, claquant des bises par-là, de bourrades dans le dos, à grands coups de « Bonjour ! Tiens, comment ça va ? ». Je suis un peu en arrière de la mêlée, j’essaie de m’approcher le plus possible, ça s’agite beaucoup autour de lui. Je suis surtout un peu penaud de me trouver là, je ne sais pas trop comment faire ni où me placer, j’ai le sentiment mélangé de ne pas être à ma place et pourtant très excité à l’idée d’assister à un moment unique. Naturellement, à l’époque, pas d’appareil photo ni de smartphone pour immortaliser l’évènement. On profite des choses avec ses yeux et son cerveau, point. Alors qu’il s’apprête à passer aux toilettes suivi par une collaboratrice de cabinet qui tient une chemise propre pliée sous le bras, il m’avise de son œil d’aigle et fend une partie de l’aréopage qui l’entoure pour venir vers moi, juste avant d’entrer. Il me tend la main, plante ses yeux dans les miens et dit, à la cantonade pour que tout le monde entende : « Ah ! Tiens ! Il y a même des jeunes ! Ça va ? » me dit-il. Je bredouille confusément : « Euh… Oui, oui… ça va très bien puisque je vous vois » ou un truc complètement raté dans ce genre-là. Il me claque l’épaule comme à un vieux copain puis tourne les talons et s’engouffre dans les toilettes dont il ressort à peine cinq minutes plus tard, une nouvelle chemise sur le dos, la veste à la main ; et tout le monde s’agite de nouveau pour monter dans les bagnoles du cortège officiel, vite, vite. Celui-ci va filer à toutes blindes escorté par les motards en direction du lieu du meeting, où deux copains m’attendent (comment sont-ils venus, eux ? Mystère). Des copains un peu félon sur les bords d’ailleurs puisque quelques semaines auparavant, ils soutenaient encore Balladur. Mais passons, nous n’en étions plus aux règlements de comptes.

- Avec son premier Ministre J.P. Raffarin -

- Avec son premier Ministre J.P. Raffarin -

Arrivés sur place, les portières claques dans tous les sens, j’ai à peine le temps de saluer et remercier mon chauffeur et les autres passagers du véhicule (dont Guéna qui me remarque à peine), puis dans une cohue indescriptible nous rentrons par la porte de derrière sur le lieu du meeting. J’atteins la salle à l’ambiance surchauffée qui scande : « Chi-rac Président ! Chi-rac Président ! Chi-rac Président ! ». Ça n’est pas mon premier meeting, non, mais c’est un des meilleurs, je ne touche plus le sol, nous sommes électrisés par cette ambiance de grand’messe en beaucoup plus fun. Mes deux copains sont surexcités et tentent de l’approcher à la fin quand il serre des mains à tour de bras, en se planquant derrière des plantes vertes et font glisser les pots sur le sol pour essayer de s’approcher « discrètement ». On se retrouve dehors sans comprendre comment, avec les pots de plantes d’ailleurs…
 

Je n’entrerai ensuite jamais Sciences-Po, j’abandonnerai toutes velléités d’action politique, ne reprendrai timidement une carte qu’en mai 2007 après l’élection de Sarko (chez le Béarnais résistant…), mais j’ai toujours gardé en mémoire le souvenir de cette folle soirée, où, un peu comme un gamin, j’étais content d’avoir serré la main de « Chirac », qui m’avait parlé.

F.S. 26/09/2019

- Le 16 mai 2007, passassion de pouvoir entre J. Chirac et N. Sarkozy -

- Le 16 mai 2007, passassion de pouvoir entre J. Chirac et N. Sarkozy -

- En octobre 1996, le coup de sang contre le service de sécurité israélien -

- En octobre 1996, le coup de sang contre le service de sécurité israélien -

- Il fut le premier Président étranger à survoller Ground zero -

- Il fut le premier Président étranger à survoller Ground zero -

Chirac : « Ah tiens ! Il y a même des jeunes »
Chirac : « Ah tiens ! Il y a même des jeunes »
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Il nous disait toujours d’où venait le vent...

23 Septembre 2019 , Rédigé par F.S Publié dans #Lettres à ...

- Le Vent - (Félix Vallotton)

- Le Vent - (Félix Vallotton)

Ma chère fille,
Aujourd’hui sous les voûtes d’une cathédrale romane dont je connais par cœur chaque cm², nous avons célébré – hasard du calendrier le jour de ton anniversaire - les obsèques du père d'un ami de trente-cinq ans, un chirurgien mort d'un cancer à septante et un ans. Il avait quatre enfants, dont ce vieux copain, et quatre petits enfants. Pléthore d’amis et de connaissances. C'était émouvant, naturellement. Au début de la messe, sa fille aînée - professeur de lettres - a lu un très bel éloge écrit de sa main. Évoquant notamment les souvenirs dans la maison familiale de vacances sur l'île d'Oléron, « son île » où il se ressourçait ; son affection pour l'océan, les embruns, les baignades, les grandes marées du mois d'octobre, les huitres… Elle a dit évoquant les points cardinaux : "Il nous disait toujours d'où venait le vent". Dès la troisième minute de la messe, cette petite phrase a fait l’effet d’un KO debout. On pouvait rentrer aux vestiaires, l’essentiel était dit.

 

"Il nous disait toujours d'où venait le vent". Et nous étions en apnée. Me sont venues en mémoire toutes ces choses de la vie en apparence futiles mais si importantes pour peu qu’on se laisse transporter par elles, dans une sorte de transmission intemporelle que le souvenir n’efface jamais. Des choses et des moments que nous essayons de partager ensuite avec nos propres enfants : le sens du vent ; l’odeur de la pluie ; les marrons brillants quand revient l'automne et qu’on fourre dans nos poches ; les traits biscornus rouges et jaunes, les taches blanches et vertes des forêts et des champs d’une carte routière ; l'odeur âcre d’un feu de bois accrochée à un vieux pull ; où et comment poussent les champignons ; les couchers de soleil qui se reflètent sur les lacs de montagne en plein été, ou dans le flux et le reflux des marées de l’Atlantique ; la texture grasse et visqueuse d'une ablette sortie toute fraîche d’une rivière ; la chaleur d’un poulet du dimanche rapporté de la rôtisserie du marché ; le sable sous les pieds en rentrant de la plage, et le sel sur les lèvres grillées de soleil ; les lumières d’une autoroute la nuit ; le fumet des crêpes et de la confiture de mirabelles une fin de dimanche d’hiver en rentrant de promenade ; le craquement sec d’une noix écrasée dans ses mains...
 

"Il nous disait toujours d'où venait le vent". C'est très poétique comme expression, très "français", dans cette langue de Molière à qui il ne manque que la musique d'un Lully pour transcender nos vies faites de plaies et de bosses, des vies entre gris clair et gris foncé.
 

Alors que nous célébrions ces obsèques, moment pas très joyeux on l’aura compris, à 11h23 j’ai senti mon portable vibrer dans ma poche. L’agenda… 11h23, il y a 8 ans, c'était ton premier souffle sur cette terre, ton premier cri de délivrance, et ton parrain n'est autre que ce fils-là dont le père est entré dans le Royaume ce jour-même. Drôle de hasard. Étrange moment. Où passe le temps ?
 

Un jour si ça tombe (mais le plus tard possible quand même) nos fils, nos filles, diront peut-être avec cette part de tristesse et de joie mêlées à propos de leurs pères : "Il nous disait toujours d'où venait le vent"... Ça ne sert à rien, en apparence. Cela semble futile. Le vent peut bien souffler où il veut, pourquoi s’encombrer la tête avec des choses pareil ? C’est du vent, c’est tout. Mais comme lui, justement, nous n'aurons fait que passer...
 

F.S. 23 et 24/09/2019

- Effet de vent (1891) - Claude Monet -

- Effet de vent (1891) - Claude Monet -

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Une Fille facile : un conte cruel de fin d’été, sur la plage abandonnée…

28 Août 2019 , Rédigé par F.S Publié dans #chronique cinéma

De Rebecca Zlotowski. Avec : Mina Farid, Zahia Dehar, Benoît Magimel… 1h32.

- Zahia Dehar et Mina Farid (C) Julien Torres  Les Films Velvet -

- Zahia Dehar et Mina Farid (C) Julien Torres Les Films Velvet -

Pour son quatrième long-métrage, Rebecca Zlotowski signe avec Une Fille facile un film sensuel, suave dans lequel deux jeunes femmes de 16 et 22 ans croquent la pomme du désir, de la séduction et de la convoitise à Cannes le temps d’un été. Avec l’ex escort-girl Zahia au physique proche de ce que fut Brigitte Bardot en son temps, et la candeur tout autant que le sérieux de la jeune première Mina Farid. Troublant, et envoûtant.
 

Dès le début d’Une Fille facile, Rebecca Zlotowski (1) plonge le spectateur dans l’univers d’un conte cruel où l’on sent que l’illusion va servir de trame à une lutte interne toute autant qu’une lutte extérieure pour posséder ce qui est beau, et les signes extérieurs de richesse accompagnent cette beauté illusoire. L’emballage est on ne peut plus séduisant : la côte cannoise et sa lumière crue ; le physique de l’actrice principale Zahia Dehar…

- Lakdhar Dridi et Mina Farid (C) Julien Torres  Les Films Velvet -

- Lakdhar Dridi et Mina Farid (C) Julien Torres Les Films Velvet -

Le film commence fin juin, à la fin des cours. La jeune Naïma (Mina Farid) fête ses 16 ans avec ses potes du lycée, dont le (ou la ?) très énigmatique « Dodo » (Lakdhar Dridi). Sa cousine Sofia (Zahia Dehar) débarque chez elle quasiment sans prévenir, gonflée du désir de vivre, de sexualité libérée et du regard des hommes. Elle va promener sa chute de reins vertigineuse avec sa jeune cousine sur la Croisette dans des tenues époustouflantes, de plages en plages et de boîtes de nuit en boîtes de nuit. À force d’écumer le bord de mer en tortillant des fesses, elles rencontrent Andres (Nuno Lopes) et Philippe (Benoît Magimel), un collectionneur d’art et son entremetteur qui ne tardent pas à les faire monter sur leur yacht. Sofia détourne peu à peu l’adolescente de sa réalité quotidienne, lui ouvrant un monde où le luxe, l’opulence, la haute couture et les objets de luxe se monnaient contre du sexe. Cette monnaie d’échange attire Naïma autant qu’elle la redoute, pas encore suffisamment prête à emboîter le pas de sa cousine, dont les courbes insolentes et le verbe indolent font irrémédiablement penser à Brigitte Bardot dans Et Dieu créa la femme de Roger Vadim et davantage encore Le Mépris de J-L. Godard ("et mes cuisses, tu les aimes mes cuisses ?"). 

- Benoît Magimel, Mina Farid, Nuno Lopes, Zahia Dehar (C) Julien Torres  Les Films Velvet -

- Benoît Magimel, Mina Farid, Nuno Lopes, Zahia Dehar (C) Julien Torres Les Films Velvet -

Il semble loin, le temps où Zahia Dehar était la risée de la presse people pour ses frasques d’escort-girl dans le milieu du foot ! En lui offrant le rôle principal d’Une Fille facile, Rebecca Zlotowski prend un audacieux pari : faire de ce mannequin une actrice au jeu, à la fantaisie et la sensualité proche de ce que fut Bardot à ses débuts. Mais en modernisant le personnage : elle possède les codes et tous les attributs contemporains tout en conservant ce qui fit le succès déroutant de « Brigitte » dans les années 50. La sophistication et le naturel mêlé, qui faisaient tourner le regard des hommes en jouant de leur désir, pour mieux les posséder, eux qui croient en leur capacité de possession. Conte cruel d’une adolescence qui ne passe pas et d’un début d’âge adulte où la liberté s’acquiert chèrement, Une Fille facile est un film à étages, comme les plans imaginés par sa réalisatrice, que l’on monte ou descend selon qu’on est riche ou pauvre, parvenue ou éblouie par le luxe et la vie facile, un monde fait exclusivement d’apparences. « Ça te plairait pas d’être une chatte ? » demande Sofia à sa cousine en train de cuire du riz le plus naturellement du monde. Drôle de question en vérité, mais  Sofia fait néanmoins preuve d’une certaine « sagesse » quand elle déclare à sa jeune cousine que « Moi l’amour ne m’intéresse pas – Tout le monde s’intéresse à l’amour ! (Neïma). Pas moi. Moi ce que j’aime, c’est les sensations, l’aventure. Pour moi les sentiments ça ne compte pas du tout, Tu veux que je te donne un conseil ? On doit jamais rien attendre, on doit tout provoquer par nous mêmes, tu comprends ? ».

« Est beau ce qu’on n’a pas envie de posséder, mais d’admirer », dira Benoît Magimel qui joue Philippe, un homme mélancolique tout à la solde du richissime Andres, collectionneur d’œuvres d’art autant que de femmes. C’est sur ce fil tendu entre le désir des hommes et ce que les femmes peuvent leur offrir que jouent Zahia Dehar et Mina Farid. Jusqu’à la rupture. « Elle était partie comme elle était arrivée, sans s’annoncer. Comme une fin de saison. On sait que ça va arriver mais on ne s’en rend compte que le jour d’après » (Mina Farid, alias Neïma). Sofia – la sirène ? - disparaît et le conte se referme, la réalité reprend le pas sur l’illusion. Si celle-ci fait passer au spectateur un bien agréable moment grâce à une belle mise en scène et une lumière méditerranéenne à crever les yeux, elle n’a rien de comique. Elle accentue la cruauté d’un monde qui n’a rien d’imaginaire : beaucoup de jeunes femmes contemporaines des actrices du film en rêvent, et sont prêtes à tout pour y parvenir…
 

F. S.
 (1) Belle épine en 2011 sélectionné pour la Semaine de la Critique à Cannes et César du Meilleur espoir féminin pour Léa Seydoux. Grand Central en 2013 sélectionné pour Un Certain regard à Cannes également. Planétarium en 2015.

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