Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Le jour. D'après fred sabourin

Articles récents

Hier encore…

5 Octobre 2018 , Rédigé par F.S Publié dans #l'évènement

Hier encore…

« Lorsque l’on tient, entre ses mains, cette richesse, d’avoir 20 ans, des lendemains pleins de promesse ; il faut boire, jusqu’à l’ivresse, sa jeunesse. À 18 ans, j’ai quitté ma province, bien décidé, à empoigner la vie, le cœur léger, et le bagage mince, j’étais certain de conquérir Paris. Je vous parle d’un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître, Montmartre en ce temps-là, accrochait ses lilas jusque sous nos fenêtres. Par la peur de te perdre et de ne plus te voir, par ce monde insensé qui grouille dans ma tête, par ces nuits sans sommeil où la folie me guette, quand le doute m'effleure et tend mon cœur de noir, j'en déduis que je t'aime, j'en déduis que je t'aime… Nous nous sommes aimés, nos joies se sont offertes : dans le petit bois de Trousse-Chemise, la mer était grise, on l’était un peu, dans le petit bois de Trousse-Chemise, on fait des bêtises, souviens-toi nous deux… Laisse-moi guider tes pas dans l’existence, laisse-moi la chance de me faire aimer, viens comme une enfant au creux de mon épaule, laisse moi le rôle de te faire oublier… Nous nous sommes mariés par un jour de printemps, sans prêtre sans mairie sans amis ni parents, nous n’avions tout au plus elle et moi que 20 ans, mais un désir d’adulte brûlait nos cœurs d’enfants. J’ai mis mon complet neuf, mes souliers qui me serrent, et je suis prêt déjà depuis pas mal de temps, ce soir est important car c’est l’anniversaire, du jour où le bonheur t’avait vêtue de blanc, mais... viens, découvrons toi et moi les plaisirs démodés. Je sais qu’un jour viendra, car la vie le commande, ce jour que j’appréhende où tu nous quitteras ; je sais qu’un jour viendra où triste et solitaire en soutenant ta mère et en traînant mes pas, je rentrerai chez nous, dans un chez nous désert, je rentrerai chez nous où tu ne seras pas.
 

Un beau matin, je sais que je m’éveillerai, différemment de tous les autres jours, et mon cœur délivré enfin de notre amour, et pourtant, et pourtant… C’est drôle, c’que t’es drôle à r’garder, t’es là, t’attends tu fais la tête, et moi j’ai envie d’rigoler, c’est l’alcool qui monte dans ma tête, tout l'alcool que j'ai pris ce soir afin d'y puiser le courage de t'avouer que j'en ai marre de toi et de tes commérages, de ton corps qui me laisse sage et qui m'enlève tout espoir. Dieu que t'as changé en cinq ans, tu t'laisses aller, tu t'laisses aller.
 

Il faut savoir quitter la table lorsque l’amour est desservi, sans s’accrocher l’air pitoyable, mais partir sans faire de bruit. Que c’est triste Venise, au temps des amours mortes, que c’est triste Venise, quand on ne s’aime plus… Je n’aurais jamais cru qu’on se rencontrerait, le hasard est curieux, il provoque les choses, et le destin pressé un instant prend la pause ; non, je n’ai rien oublié... Je souris malgré moi, rien qu'à te regarder ; si les mois, les années marquent souvent les êtres toi, tu n'as pas changé, la coiffure peut-être… Non je n'ai rien oublié. J'habite seul avec maman, dans un très vieil appartement, rue Sarasate, j'ai pour me tenir compagnie, une tortue deux canaris, et une chatte...

Hier encore, j’avais 20 ans je caressais le temps et jouais de la vie  comme on joue de l’amour et je vivais la nuit  sans compter sur mes jours qui fuyaient dans le temps. Par l'idée que la fin pourrait être un début par mes joies éventrées par ton indifférence ; par tous les mots d'amour qui restent en souffrance, puisque de te les dire est pour moi défendu. J'en déduis que je t'aime, j'en déduis mon amour… »

Charles Aznavour

 

F.S. 5 octobre 2018

Lire la suite

Un Peuple et son roi : l’histoire d’un peuple qui marche de la lumière vers l’ombre

2 Octobre 2018 , Rédigé par F.S Publié dans #chronique cinéma

La scène est à Versailles, le jeudi saint d’avril 1789. Louis XVI s’agenouille devant des enfants pauvres de Paris, et refait le geste du Christ : il leur lave les pieds, les essuie avec un linge noué autour de sa taille et les embrasse. Par ce geste, il montre plus la nature divine de sa monarchie que la générosité des Bourbon qu’il incarne… Le film se termine par l’exposition au peuple rassemblé place de la Révolution, aujourd’hui de la Concorde, de la tête coupée du roi. Le « bon peuple » de Paris danse la carmagnole. Le cinéaste peut crier : « coupez ! », à bon escient.

(c) Jérôme Presbois

(c) Jérôme Presbois

Un Peuple et son roi, nouveau film de Pierre Schoeller (auteur de L’Exercice de l’État en 2011) nous invite à la mort d’un monde et la naissance d’un autre, avec toutes les hésitations et maladresses que cela suppose. Avec toutes les énergies aussi, à commencer par celle, surprenante, de la lumière d’un soleil qui réchauffe, enfin. Quand les tours de la Bastille sont s’effondrent pierre par pierre – occasionnant la perplexité de l’Oncle (Olivier Gourmet) souffleur de verre dans le quartier de l’Arsenal – le soleil entre à plein poumon dans la rue où s’entasse « le peuple ». « J’ai vu le soleil, il m’a touché la main », admire Françoise (Adèle Haenel) à laquelle répond Basile (Gaspar Ulliel), vagabond proscrit : « J’ai vu le roi, il m’a touché la tête ». Ce roi, aussi gras que les côtes du peuple affamé son saillantes, gauche et lâche fuyant vers Varennes mais rattrapé et traîné illico dans Paris, contraint d’assister aux débats d’une assemblée nationale où à la tribune voltigent Robespierre (Louis Garrel), Marat survolté (Denis Lavant, formidable), Saint-Just, Barnave, Danton, et d’autres figures plus méconnues de la Révolution française qui débattent elles autour du four du maître verrier.

(c) Jérôme Presbois

(c) Jérôme Presbois

L’on sait gré à Pierre Schoeller d’éviter une évocation supplémentaire de la Révolution tout droit sortie des images d’Épinal. Mais réussit-il son pari à 16 millions d’euros, lequel sera probablement suivi d’un tome 2 sur les balbutiements de ce peuple « libéré du tyran » en projetant son sang à la vue de tous ? Peut-être, pas si sûr, enfin il faut voir. Cette réponse le cul entre deux chaises (à porteur) ne peut être tranchée aussi facilement qu’avec un coup de lame de Monsieur Guillotin. Pierre Schoeller a beaucoup lu, visiblement, s’entourant d’historiens spécialistes de la période, de toutes les chapelles. Sur le fond, Un Peuple et son roi oscille donc entre une lecture intentionnaliste à la François Furet, cherchant le compromis entre une culture totalitaire appuyée par l’avènement de la Terreur, favorisant l’émergence d’un moment libéral ; et une historiographie sociale d’inspiration marxiste qui sera notamment développée par Albert Soboul, thèses d’une prise de pouvoir de la bourgeoisie qui ouvrira la voie au capitalisme.

- Adèle Haenel, Gaspar Ulliel. (c) Jérôme Presbois -

- Adèle Haenel, Gaspar Ulliel. (c) Jérôme Presbois -

Sur la forme, à l’écran, cela se traduit par une galerie de portraits où chacun, à son niveau, tente d’apporter du grain à moudre à cette révolution naissante et dont personne ne sait au début où cela va réellement mener, dans des débats qui peuvent aussi bien se dérouler à l’Assemblée nationale que dans des clubs où participent aussi des femmes, qu’elles soient lavandières ou nourrices. Ça n’est d’ailleurs pas la moindre des qualités du film de Pierre Schoeller que de leur rendre cet hommage historique mérité et souvent trop oublié, les figures de la Révolution française se cantonnant généralement dans les deux extrêmes que sont Marie-Antoinette et Charlotte Corday… On regarde cette Révolution du point de vue de ceux qui l’ont faite, en faisant attention aux détails, à l’enchaînement des circonstances, en prenant grand soin des discours des députés et des chansons populaires des révolutionnaires.

- Robespierre (Louis Garrel) (c) Jérôme Presbois -

- Robespierre (Louis Garrel) (c) Jérôme Presbois -

De tout cela, Pierre Schoeller, avec un casting ébouriffant, mène Un Peuple et son roi en le faisant passer de la lumière aux ombres plus subtiles et inquiétantes de l’insurrection qui vient, qui est venue, et qui viendra encore, accouchant d’une Terreur qui n’est autre que le fruit de ce surgissement auquel on assiste depuis juillet 1789. Cette ombre au tableau prend deux formes : celle d’un cheval noir aperçu une première fois, indomptable, au manège royal qui sera transformé en siège de l’Assemblée nationale. La seconde vision furtive du sombre équidé est aux Tuileries, après un affrontement contre les gardes suisses, où on le voit hébété et perdu au milieu des cadavres. À ce cheval noir qui d’abord se cabre puis se laisse caresser le museau après le massacre répond le silence glacial d’un matin de janvier 1793, place de la Révolution, où le roi Louis s’avance vers son terrifiant destin dans lequel – il ne le sait pas encore – son peuple va le suivre… Aveuglé et sourd, comme l’Oncle qui perd la vue les yeux brûlés par la poudre, et Basile plongé dans le silence après un coup de fusil trop près des tympans.

F.S.

- Laurent Laffite (c) Jérôme Presbois -

- Laurent Laffite (c) Jérôme Presbois -

- Marat, Saint-Just (c) Jérôme Presbois -

- Marat, Saint-Just (c) Jérôme Presbois -

Lire la suite

I Feel good : Jean Dujardin, frère Jacques en abbé Pierre

27 Septembre 2018 , Rédigé par F.S Publié dans #chronique cinéma

Benoît Delépine et Gustave Kervern sortent le 26 septembre I Feel good, avec Jean Dujardin et Yolande Moreau. L’histoire d’un crétin loser qui souhaite devenir immensément riche en développant une idée géniale que son cerveau ne pondra jamais. Satire grinçante, poétique et tendre pour ce film tourné dans le plus grand Emmaüs de France. Et ça marche…

I Feel good : Jean Dujardin, frère Jacques en abbé Pierre

Jacques marche en peignoir, chaussé de mules, le long de l’autoroute A64 près de Pau. Déterminé, il va vers la grande communauté Emmaüs de Lescar, aux pieds des Pyrénées. Là, il est accueilli par sa sœur Monique, la gérante de la communauté, qu’il n’a pas vue depuis un moment et qui l’accueille sans trop lui poser de questions. Éternel loser, crétin fini, Jacques a un grand projet pour devenir immensément riche : il veut rendre les petites gens beaux. Et sans trop se fatiguer, si possible.
 

- Gustave Kervern, Yolande Moreau, Jean Dujardin, Benoît Delépine au FFA en août 2018 -

- Gustave Kervern, Yolande Moreau, Jean Dujardin, Benoît Delépine au FFA en août 2018 -

Prix du public au Festival du film francophone d’Angoulême, où il a rempli les 11 salles du complexe cinéma CGR le soir de son avant-première le 26 août avec 2.400 spectateurs, I Feel good de Benoît Delépine et Gustave Kervern est dans la veine des huit longs-métrages précédents, Louise-Michel en 2008, Mammuth en 2010, Le Grand soir (2011) ou Saint Amour (2016). Satirique, poétique et tendre, le duo Delépine-Kervern font entrer dans leur univers une galerie de portrait savoureuse, au premier rang de laquelle l’inattendu couple Jean Dujardin-Yolande Moreau. En dénonçant le mythe de la réussite individuelle absolue et mettant en valeur la beauté intérieure, Dujardin/Jacques Moreau/Monique touchent la corde sensible et réussissent à entrainer le spectateur au cœur de ce village Emmaüs, le plus grand de France, à Lescar-Pau. Aux antipodes l’un de l’autre – Monique a gardé la foi communiste de ses parents, dont elle conserve les cendres dans la boîte à gants de sa vieille Simca 1100 ; Jacques ne songe qu’à devenir très riche mais ressemble à un vendeur de presse-purée traversé par le doute – ils font basculer le film dans l’absurde où plus rien ne compte vraiment, que des pauvres aillent se faire lifter dans une clinique de chirurgie esthétique low cost en Bulgarie n’a plus vraiment d’importance, l’essentiel est que Jacques fasse apparaître l’invisible (comme ce téléphone imaginaire à l’oreille). Ou des petites perles de dialogues comme ce : « Tu sais que tu as un gros potentiel de séduction toi ? Ça te dirait de sortir de ta chrysalide ? » lancé à un compagnon d’Emmaüs éberlué.
 

Le bric-à-brac foutraque du lieu a aussi inspiré B. Delépine et « Gus » Kervern : ils rendent attachants et beaux des hangars remplis de machines à laver ou des étagères pleines de matériel mis au rebus par une société de consommation qu’ils dénoncent à longueur de films. Tout cela grâce à une mise en scène et une photo valorisant ce qui ne semble ne plus servir à rien, ce qui est usé, ce qui se recycle. Mais il y a mieux : en faisant jouer des vrais compagnons d’Emmaüs aux gueules de cinéma plus vraies que nature, Delépine et Kervern donnent à ce I Feel good tout son sens, qui n’aurait pu être que pathétique s’ils n’avaient pas traité tout ce petit monde de cabossés, comme disait l’abbé Pierre, avec un infini respect et affection. Et grâce à cela, on peut dire aussi, en sortant de la salle : I Feel good.

FS

I Feel good : Jean Dujardin, frère Jacques en abbé Pierre
- "Si t'as pas un peignoir et des mules à 50 ans, t'as raté ta vie" -

- "Si t'as pas un peignoir et des mules à 50 ans, t'as raté ta vie" -

I Feel good : Jean Dujardin, frère Jacques en abbé Pierre
Lire la suite

Sept ans de réflexion

25 Septembre 2018 , Rédigé par F.S Publié dans #Lettres à ...

- Il y eut un matin -

- Il y eut un matin -

7 ans d’étonnements. 7 ans d’émerveillements. 7 ans d’inquiétudes. 7 ans de quiétude. 7 ans d’attente. 7 ans d’impatience. 7 ans de questions. 7 ans d’interrogations. 7 ans de cris. 7 ans de silences. 7 ans de c’est quoi ce bruit. 7 ans de paroles. 7 ans de mots. 7 ans de maux. 7 ans de musique. 7 ans de cailloux, de marrons, de bouts de bois, de trucs ramassés n’importe où et fourrés dans tes poches. 7 ans de regards bleus. 7 ans de mots bleus. 7 ans de tes yeux bleus. 7 ans d’imagination. 7 ans d’histoires. 7 ans de géographie. 7 ans de Pyrénées. 7 ans de chansons. 7 ans de poésies. 7 ans de rires. 7 ans de larmes. 7 ans de pourquoi. 7 ans de oui. 7 ans de non. 7 ans de peut-être. 7 ans de comme tu veux. 7 ans de pipi. 7 ans de caca. 7 ans de jeux. 7 ans de cache-cache. 7 ans de balançoire. 7 ans de tape-cul. 7 ans de toboggans. 7 ans de memory. 7 ans de vite, un train. 7 ans de dimanches en forêt. 7 ans d’être. 7 ans d’avoir. 7 ans de permissions. 7 ans de missions. 7 ans de dîners. 7 ans de petits déjeuners. 7 ans de pâtes au jambon-gruyère. 7 ans de petits-pois-carottes. 7 ans de compotes de pommes. 7 ans de chocolat. 7 ans de fraises. 7 ans de bretzels. 7 ans de fromage de brebis. 7 ans de petites voitures. 7 ans de voiture. 7 ans de quand est-ce qu’on arrive. 7 ans de chaussures. 7 ans d’insomnies. 7 ans d’essais. 7 ans de recommencer. 7 ans de fierté. 7 ans de attends. 7 ans de pas tout de suite. 7 ans de dépêche-toi on va être en retard. 7 ans de on verra. 7 ans de j’ai pas envie. 7 ans de maisons. 7 ans d’opinions. 7 ans de raison. 7 ans de papa. 7 ans de maman. 7 ans de s’il-te-plaît merci. 7 ans de vie. 7 ans de vie de château. 7 ans de chance. 7 ans d’amour. 7 ans de toujours. 7 ans de que serais-je sans toi.

7 ans.

Bon anniversaire, ma fille.

23.09.2018

- Amboise. Prêt ? Paré !

- Amboise. Prêt ? Paré !

Lire la suite

Première année : capitale de la douleur…

14 Septembre 2018 , Rédigé par F.S Publié dans #chronique cinéma

Avec Première année, Thomas Lilti, déjà auteur d’Hippocrate en 2014, montre le quotidien de deux étudiants en PACES, la fameuse première année commune aux études de santé. Et il vaut mieux, en effet, être en bonne « santé » pour la réussir…

William Lebghil et Vincent Lacoste au Festival du film francophone d'Angoulême, en août dernier (c) F.S.

William Lebghil et Vincent Lacoste au Festival du film francophone d'Angoulême, en août dernier (c) F.S.

« Trois heures pour répondre à 72 questions avec 5 réponses au choix, ça fait environ 2 minutes par question ; donc à ce rythme-là c’est impossible de réfléchir, soit on répond par réflexe reptilien, soit au hasard. Je pense que les meilleurs, enfin ceux qui deviendront médecins, se rapprochent plus du reptile que de l’être humain ». Benjamin (William Lebghil) résume à lui seul l’absurdité d’un mode de sélection très décrié mais toujours en vigueur : le concours de première année de médecine, la « PACES », première année commune aux études de médecines. Plusieurs dizaines de milliers de candidats chaque année s’épuisent afin d’atteindre le Graal : être parmi le numerus clausus, le nombre d’étudiants qui auront le droit, la chance, l’opportunité (rayez les mentions inutiles) d’entrer en médecine.
 

Première année : capitale de la douleur…

Thomas Lilti fut l’un d’eux. Ses débuts de cinéastes se sont déroulés alors qu’il était encore médecin. En 2014 pour son deuxième long métrage, il avait raconté dans Hippocrate (avec Vincent Lacoste et Reda Kateb) le quotidien d’un hôpital et des médecins, puis, moins de deux ans plus tard, celui d’un médecin de campagne, avec François Cluzet (Médecin de campagne). Avec Première année, il repart des origines, en montrant de manière très réaliste ce qui attend les candidats(tes) de ce concours très sélectif autant qu’absurde, sorte de « diagonale des fous » des futures blouses blanches. Une sorte de rite initiatique douloureux, à en devenir – le comble ! – malade.
 

Grâce au jeu subtil de Vincent Lacoste et William Lebghil, Thomas Lilti rend crédible ce Première année, lequel coïncide avec l’annonce de la fin du numerus clausus, à condition que les mandarins et autre conseil de l’ordre ne fasse pas pression à la manière d’un lobby qu’ils sont parfois (souvent ?). Benjamin (William Lebghil), lycéen pas très sûr de son orientation, fils de chirurgien, s’engage avec décontraction dans la préparation de cet effrayant concours, sans se laisser perturber par le regard des autres qui n’attendent qu’une chose : la chute, pour gagner une place. Tout en étant un triplant avec dérogation, Antoine, la vocation chevillée à un corps qui montrera ses fragilités jusqu’à s’en rendre malade, pourtant bardé de certitudes montre une vulnérabilité que Vincent Lacoste interprète avec justesse.
 

Présenté en avant-première au Festival du film francophone d’Angoulême, là où Hippocrate avait reçu le Valois de diamant du meilleur film en 2014, Première année a rencontré un beau succès auprès du public, et il serait étonnant qu’au regard des têtes d’affiche – le très en vogue Vincent Lacoste l’atteste – il ne fasse pas une jolie petite carrière à partir du 12 septembre sur les écrans. À prescrire sur ordonnance pour tous les étudiants qui préparent ce concours…

F.S.

Première année : capitale de la douleur…
Lire la suite

Allez zou, à Beauval !

6 Septembre 2018 , Rédigé par F.S Publié dans #étonnement, #émerveillement

Allez zou, à Beauval !

Implanté à Saint-Aignan (41), dans le top 10 des plus beaux zoos du monde, Beauval est le zoo de tous les superlatifs. La famille Delord, aux commandes depuis le début de l’aventure, met tout en œuvre pour la préservation des espèces, tout en dopant la fréquentation. Point d’orgue en 2017 : la naissance d’un bébé panda, trésor national en Chine.

(article paru dans un magazine touristique en mai 2018)

Allez zou, à Beauval !
Allez zou, à Beauval !
Allez zou, à Beauval !

10.000 animaux sur 40 hectares ; 600 espèces différentes ; 5,6 tonnes de nourriture par jour ; 4 vétérinaires menant une clinique unique en France ; 79 soigneurs et 1,450 millions de visiteurs l’année dernière (+ 7,4 % par rapport à 2016) : le zoo de Beauval n’en finit plus d’époustoufler et de séduire par ses mensurations hors norme. Et ça n’est pas fini ! Un troisième hôtel – les Hauts de Beauval – ouvrira ses portes cette année dans une ambiance africaine. Un « biodôme » tropical en forme de bulle demi-sphérique est en construction sur 1,5 hectare, soit à peu près l’équivalent de deux terrains de football. Il permettra de doper la fréquentation en basse saison, mais surtout, aux dires de Rodolphe Delord, de poursuivre une haute qualité de préservation des espèces, la priorité des priorités de Beauval depuis le début de l’aventure, dans les années 80 avec Françoise Delord, qui vint installer ses volières et collections d’oiseaux dans ce petit vallon à quelques kilomètres du Cher.

Allez zou, à Beauval !
Allez zou, à Beauval !
Allez zou, à Beauval !
Allez zou, à Beauval !
Allez zou, à Beauval !

La conservation de la faune en milieu naturel est depuis le début une préoccupation majeure à Beauval : depuis plus de trente ans, le zoo finance et aide sur place des chercheurs, vétérinaires, des associations qui œuvrent concrètement pour sauver les espèces menacées. Un exemple parmi d’autres, mais unique au monde : saviez-vous qu’à Beauval, la première banque mondiale de semence d’éléphants joue un rôle primordial dans la conservation d’une espèce extrêmement menacée, permettant des inséminations artificielles tout en favorisant la diversité génétique. Stockée à Beauval par -180°, la semence d’une quinzaine de mâles a été prélevée pour être ensuite redistribuée à des parcs zoologiques internationaux. De même, la clinique vétérinaire, ouverte en 2017, est un véritable centre de recherche permettant de faire évoluer la science vétérinaire, grâce à la collecte et l’analyse des données des espèces présentes dans le parc.
 

Allez zou, à Beauval !
Allez zou, à Beauval !
Allez zou, à Beauval !
Allez zou, à Beauval !

Le zoo est aussi la plus grande maternité zoologique de France : 750 naissances en 2017 (sans compter les poissons…), dont « mini Yuan zi » baptisé par la suite de son vrai nom Yuan Meng, le bébé panda le plus célèbre du monde, né le 4 août 2017. Si chaque naissance représente un évènement, celui-ci fut indépassable. Plus qu’attendu : ardemment désiré depuis l’arrivée de Huan Huan et Yuan zi en 2012, cette naissance fut compliqué à faire venir du fait de la très courte période de fertilité de la femelle (environ 48h par an) et de la libido du mâle, peu prononcée. Âgé aujourd’hui de presque un an, Yuan Meng court, aime jouer et se rouler sur le sol, se nourrit de bambou (30 tonnes par an pour ses deux parents jusqu’alors) et joue beaucoup avec sa mère. De plus en plus autonome, il pèse environ 30 kg.

Depuis le printemps, le zooparc de Beauval accueille une espèce emblématique : les loups arctiques. Ils ont pris possession d’un vaste territoire de 3.700 m², où au milieu coule une rivière… Les visiteurs, guidés sur une passerelle en bois peuvent également apercevoir les ours bruns sur un territoire de 4.500 m². Les guépards, athlétiques félins, se sont vu offrir 6.000 m². Depuis une plateforme les visiteurs peuvent admirer cet animal captivant mais malheureusement menacé, classé « espèce vulnérable » par l’Union internationale pour la conservation de la nature.

Allez zou, à Beauval !

J’ai testé pour vous : la Terre des lions

Ne le dite pas à vos adolescents, ça pourrait les inspirer : le lion est un des animaux qui dort le plus, avec environ 14 heures de sommeil par jour ! Cependant, quand ils sont en éveil, quelle beauté, dans le nouvel espace de 5.300 m² pour les lions d’Afrique, inauguré en 2017. Les majestueux félins trônent désormais dans leur nouveau territoire, non loin des célèbres hippopotames. On y arrive par un long tunnel et l’on se retrouve presque face à face mais n’ayez crainte : ils sont tenus à distance par une sorte de douve remplie d’eau, car si le lion dort beaucoup, il n’en demeure pas moins un redoutable félin ! Un bassin alimenté par une splendide chute d’eau, des rochers et des fossés rendent l’ambiance africaine encore plus réaliste. Plusieurs fois par jour des animations sont proposées à proximité par les animateurs du zoo, parfaits connaisseurs des lions, afin de mieux connaître ce « roi des animaux ».

Allez zou, à Beauval !
Allez zou, à Beauval !
Allez zou, à Beauval !
Allez zou, à Beauval !
Lire la suite

Démission de Nicolas Hulot : et pendant ce temps-là...

29 Août 2018 , Rédigé par F.S Publié dans #montagne, #édito

Le ministre de la Transition écologique et solidaire Nicolas Hulot a démissionné mardi 28 août, au cours d'une émission matinale sur France Inter, sans préméditation semble-t-il (sauf pour lui et encore !). Dénonçant la forte présence des lobbys au plus haut niveau de l'État, Nicolas Hulot estime même de ce fait la démocratie en danger. Illustration des inepties écologiques avec l'agrandissement du refuge des Sarradets, sous la Brèche de Roland, à Gavarnie dans les Hautes-Pyrénées.

- le refuge des Sarradets, en août 2018 -

- le refuge des Sarradets, en août 2018 -

Les randonneurs et férus des Pyrénées ne peuvent pas le manquer : au nord ouest sous la brèche de Roland, à 2587 mètres d'altitude, le refuge des Sarradets, en travaux depuis 2016, fait peau neuve. Inauguré en 1956 par Maurice Herzog, d'une capacité de 57 places, ce refuge emblématique se voit doté d'une extension qui portera sa capacité à 70 couchages. L'ancien refuge, en pierres et en béton, ne sera pas détruit. Il est actuellement rénové. Les travaux ont pris du retard : il était prévu de le rouvrir pour l'été 2018, il le sera plus probablement pour celui de 2019. De grandes terrasses y sont aménagées, le point de vue sera aussi exceptionnel que le panorama qu'on peut y admirer. Cependant, on s'interroge sur l'opportunité, il y a 70 ans, d'avoir choisi d'implanter à cet endroit-là ce refuge, défigurant à jamais l'un des sites pyrénéens les plus exceptionnels. Un randonneur qui se rendait au Taillon (3144 m) le 1er août, que je crois avoir reconnu comme étant très probablement de Patrice de Bellefon, auteur pyrénéiste fameux, disait à ses deux compagnons de cordée du jour : "c'est quand même étonnant d'avoir choisi, à l'époque, d'implanter là ce refuge... Il aurait été plus logique de le placer en amont du col de Sarradets, près de la cascade". Et il s'étonnait aussi des travaux pharaoniques d'agrandissement de ce refuge, par "le très écologique CAF" (Club alpin français, Ndlr). Le coût global des travaux avoisine les 3,1 millions d’euros financés par le FEDER (fonds européens), le FNADT (aménagement et développement du territoire), la Région Occitanie, le Département des Hautes-Pyrénées, l’ADEME (Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie), l’Agence de l’Eau, le Parc National des Pyrénées et la FFCAM (Fédération française des clubs alpins et de montagne).

- Le cirque de Gavarnie et le refuge des Sarradets en août 2016 - (photo M. Lucas)

- Le cirque de Gavarnie et le refuge des Sarradets en août 2016 - (photo M. Lucas)

Bien entendu, la construction de l'extension du refuge de Sarradets respecte scrupuleusement un cahier des charges draconiens en matière de "protection de l'environnement", dans l’utilisation des matériaux, de recyclage, de basse consommation etc., tout l'arsenal habituel désormais connu. Y travaillent des entreprises locales, ce sont des "emplois non délocalisables" comme le dit la formule consacrée, réjouissons-nous.

Cependant on s'interroge sur l'opportunité, dans le contexte que nous connaissons actuellement (réchauffement climatique, surfréquentation touristique des grands sites protégés, fonte du permafrost entrainant des éboulements dans les Alpes, fonte des glaciers dans les Pyrénées et pas plus loin que celui d'Ossoue, au Vignemale voisin, etc.), d'une telle construction. Il en a été de même il y a quelques années chez nos voisins espagnols, au refuge de Goritz sous le Mont Perdu, dans le canyon d'Ordesa (72 couchages). À quelle logique et quels lobbys obéissent cette construction ? Peut-on se plaindre d'un côté de la destruction progressive et accélérée de la biodiversité, du réchauffement climatique qui transforme petit à petit la terre en étuve, des conséquences des gaz à effet de serre, bref, de tout ce qui vient de pousser Nicolas Hulot, dans un sanglot réprimé de justesse à l'antenne, à la démission, et continuer comme si de rien n'était de coloniser les sites dits protégés en y favorisant le tourisme de masse ?
Même si ici il y a un « trou dans le mur », on ne va plus « droit au mur ». On est dedans.

 

F.S.

- la brèche de Roland, août 2013 -

- la brèche de Roland, août 2013 -

- refuge des Sarradets, août 2016 - (photo M. Lucas)

- refuge des Sarradets, août 2016 - (photo M. Lucas)

- Cirque de Gavarnie et refuge des Sarradets, août 2016 - (photo M. Lucas)

- Cirque de Gavarnie et refuge des Sarradets, août 2016 - (photo M. Lucas)

Lire la suite

T’as vu la vierge ? Oui, j’ai même dormi à ses pieds…

5 Août 2018 , Rédigé par F.S Publié dans #montagne

- Il y eut un soir -

- Il y eut un soir -

Elle ne doit pas aimer le cirque, Marie : elle lui tourne le dos. Elle ne voit pas le fabuleux spectacle de l’amphithéâtre de Troumouse et ses 11 kilomètres de circonférence. Ceinturée de bleu, un voile lui couvrant les cheveux, les mains croisées sur sa poitrine comme pour fendre le vent du nord qui doit la gifler 300 jours par an : elle trône, sur son piédestal de pierre, fixant la vallée et là bas au loin, sa sœur jumelle bien à l’abri dans sa grotte au bord du gave, à Lourdes. La vierge de Troumouse a les pieds froids dans le petit matin frais des étés chauds mais semble se moquer comme d’une guigne des éléments et des grimpeurs qui caressent les flancs de la Munia, 1.200 mètres au dessus de sa tête, culminant à 3.155 m au dessus du niveau de l’océan. Pour être sûrs de ne rien rater du spectacle du couchant et du levant, c’est à ses pieds justement que nous avons déplié le duvet, lui tournant le dos en espérant qu’elle ne nous en tienne pas rigueur. Puisqu’elle semble vénérer l’humanité là bas tout en bas, nous vénèrerons le mur de son appartement, là bas tout au sud…

- Il y eut un matin -

- Il y eut un matin -

Dormir à ses pieds, drapé comme elle dans les étoiles ; s'éveiller dans l’haleine froide et humide des roches et des névés, cette « sueur froide » du cirque, sensation olfactive à nul autre pareil… Dormir à ses pieds, enveloppé dans ce cirque majestueux, le mur du fond d’une chambre à coucher pas comme les autres. La tête bien calée sur l’oreiller gonflable, le dos à l’aise autant qu’il est possible sur le tapis de sol adéquat pour ce genre de nuit sobre et spartiate à la fois ; pas besoin d’éteindre la lumière : le variateur naturel fait le job. Petit à petit, les cinquante nuances de gris des parois quasiment verticales du cirque de Troumouse se teintent d’oranger, puis de rose, puis de gris foncé puis de noir. Une première étoile apparaît. C’est la nuit. Il faut dormir, demain, dès l’aube, à l’heure où ne blanchira pas la campagne (et c’est heureux car nous dormons dehors), il faudra ouvrir les yeux de bonne heure pour profiter du spectacle inverse. Cette nuit n’est pas une nuit : c’est un drive-in grandeur nature. Un time lapse comme on dit aujourd’hui (un « accéléré »), mais sans le filtre d’un écran de smartphone et surtout : en temps réel, sans autre connexion que celle du corps avec le sol. Hormis le bruit des cloches d’un troupeau de vache qui imperturbablement ruminent quelle que soit l’heure, et hormis la statue de la vierge deux mètres au dessus de nous, nous sommes absolument seuls dans le cirque. Nuit sauvage. Sylvain Tesson le dit dans une récente interview au Monde : « Éteignez tout et le monde s’allume ».

T’as vu la vierge ? Oui, j’ai même dormi à ses pieds…

Comme souvent ces nuits-là, on ne dort pas très bien. Pas seulement à cause de l’inconfort relatif lié à la situation du « sommier », cette couche sédimentaire de plusieurs millions d’années que l’on a pourtant tenté par tous les moyens de rendre la moins dure possible. Non, en réalité on ne dort pas bien car, manquant d’habitude, le moindre bruit maintien en éveil, le moindre souffle fait ouvrir l’œil, tout devient suspect malgré le désert du lieu. On ne se sent pas « seul », ce coin de terre et de cailloux semble habité par des centaines de petits farfadets, d’animaux sauvages qu’on devine au loin (isards, marmottes, bien que celles-ci doivent dormir à poings fermés selon leur réputation…), insectes persistants à cette altitude et se gavant des restes de pique-niques des promeneurs diurnes, bétail placide indifférent à la nuit. Mais il y a mieux : ce cirque semble habité par l’esprit, l’esprit du lieu, l’esprit de Pyrène, l’esprit de ce massif de Gavarnie-Mont Perdu-Ordessa, et de ses 35 millions d’années qui semblent vouloir à tout prix nous écraser. Un avantage de taille cependant : à 2.100 mètres, les moustiques volent bas, beaucoup plus bas même, et l’absence de cette dérangeante compagnie ne nous manquera pas un instant.

T’as vu la vierge ? Oui, j’ai même dormi à ses pieds…

La vraie raison pour laquelle on dort « mal », c’est qu’à chaque fois qu’on entrouvre les paupières, le plafond nous happe, littéralement. Il est à chaque heure différent, couvert de constellations qui font leur cinéma permanent côté cour et côté jardin ; le spectacle de la voie lactée est saisissant. Comme le disait l’autre jour un camarade de jeu de ces randonnées et souvent lui aussi voisin de chambre à coucher sous tente, d’abris sous roche ou sous la voûte étoilée : « la montagne est grande, et tu es bien petit ». C’est sur cette banale philosophie que je sommeille à moitié, « mangé » par l’immensité de l’univers, le cirque à mes pieds. En tendant les orteils, je pourrais le toucher… 

T’as vu la vierge ? Oui, j’ai même dormi à ses pieds…

« Rien ne s’oppose à la nuit » chantait Baschung, sauf quand elle accouche du jour. Impossible de le manquer, ce point où tout bascule : le froid se fait plus vif, d’abord insidieusement, puis de manière plus franche. Il faut remonter le duvet par-dessus les épaules, puis clore complètement la fermeture éclaire. Il est cinq heures, Paris s’éveille mais la ville et son grouillement frénétique sont si loin. À six heures certaines étoiles disparaissent, la voie lactée n’est plus qu’un fantôme évanouie. C’est le moment qu’il ne faut pas rater, cet entre loup et chien où il est impossible de savoir avec exactitude si c’est le jour qui vient où la nuit qui revient… Là bas, au loin et pourtant toute proche, la paroi commence à sortir du noir. Des nuances de gris réapparaissent. On se lève péniblement, mais mue quand même par le désir de jouir du spectacle qui s’offre désormais à nous. À l’ouest, les crêtes les plus éloignées du levant se teintent de rose, puis d’oranger : c’est le mouvement inverse de la nuit commencée quelques heures plus tôt seulement. Seul le souffle gazéifié du réchaud fend le silence et le café brûlant est le bienvenu. Il faut boire le matin, et partir. Quelques minutes plus tard, « équipés-bottés » nous attaquerons l’ascension de la Munia par son couloir nord, la dalle Passet, le « pas du chat » et la crête qui n’en finit plus.
 

Pour cela, nous quittons la compagnie de la vierge – qui l’était toujours après la nuit, notez bien – et c’est désormais aux « deux sœurs » qu’il faut orienter notre boussole, ces deux canines inversées à mi pente qui signalent le couloir caché au nord, prenant directement vers le sud-ouest en épingle à cheveux, où il est hautement probable que la neige nous attend…

- Couloir - (au fond : "les deux soeurs")

- Couloir - (au fond : "les deux soeurs")

- Autoportrait de l'auteur en béret -

- Autoportrait de l'auteur en béret -

- Perspective -

- Perspective -

- Le battement d'aile d'un papillon -

- Le battement d'aile d'un papillon -

T’as vu la vierge ? Oui, j’ai même dormi à ses pieds…
T’as vu la vierge ? Oui, j’ai même dormi à ses pieds…
T’as vu la vierge ? Oui, j’ai même dormi à ses pieds…

(c) FS 6 août 2018. Nikon D300. 10-24 mm.

Lire la suite

« Ben quand même, on a gagné la coupe du monde ! »

15 Juillet 2018 , Rédigé par F.S Publié dans #Lettres à ...

« Ben quand même, on a gagné la coupe du monde ! »

Ma chère enfant,
 

Ce soir nous avons regardé et fêté la victoire de l’équipe de France de football lors de la finale de la coupe du monde, en Russie. Nous avons, durant tout ce mois foot de fou, fait un peu de géographie. Tu as découvert où se situaient sur le globe terrestre offert pour tes 5 ans la Russie, Moscou, Saint-Pétersbourg, l’Argentine, l’Uruguay, la Belgique, et la Croatie. L’Angleterre aussi, mais ça tu sais déjà où ça se situe sur une carte, depuis longtemps ; depuis qu’un certain Edouard III petit fils de Philippe IV le Bel revendiqua la couronne de France, et que chaque printemps on rejoue sur un terrain de rugby cette guerre de Cent ans. Bref, la coupe du monde, c’est avant tout une géographie.
 

Mais la coupe du monde, c’est aussi une histoire. Celle de ton père démarre au début des années 80, par un coup franc brossé d’un certain Michel Platini qui, le soir du 18 novembre 1981 face aux Pays-Bas nous propulsa en Espagne en juin suivant.  Mes connaissances historiques du football débutent à ce moment précis, héritières pourtant d’une culture de la défaite héroïque distillée par mon paternel, notamment celle de Glasgow en mai 1976 en finale de coupe d’Europe qui vit le Bayern de Munich l’emporter sur l’AS Saint-Étienne lors d’un match épique où les poteaux ne sont toujours pas sortis du purgatoire avec leurs têtes au carré.
 

Quelques mois après ce coup franc brossé magnifique de « Platoche », l’homérique demi-finale France-RFA perdue le 8 juillet 1982 au stade Ramon Sanchez Pizjuan me fit verser des rivières de larmes – à en faire déborder le Rhin et la Garonne réunis. Puis, quatre ans plus tard, c’était de nouveau l’Allemagne qui crucifiait les espoirs d’atteindre une finale de la coupe du monde, pourtant après un autre match homérique contre le Brésil le 21 juin au terme d’une séance de tirs au but à faire péter tous les pacemakers du pays. Entre ces deux défaites germaniques, alimentées par celle de Glasgow elle aussi d’outre-Rhin, il y eu l’éclaircie de juin 1984 contre l’Espagne en championnat d’Europe. Mais que représentait cette victoire face aux terribles défaites de matchs « qu’on ne devait pas perdre » ?
 

Ce soir, nous avons regardé ce match ensemble, sur le petit écran de l’ordinateur dans la pénombre de l’appartement aux volets presque clos pour nous protéger de la chaleur. La première mi-temps nous a crispés. La seconde j’ai commencé à chercher où je pouvais bien avoir rangé le défibrillateur, au cas où… Avec ton petit drapeau tricolore, tu as regardé avec intensité ce match et les buts qui s’égrenaient, les retournements de situation ajoutant encore un peu de suspens à l’après-midi. Quelques minutes auparavant tu sortais trois perches et un gardon de l’étang où nous sommes allés tué le temps en attendant le coup d’envoi. Trois plus un ça fait quatre, comme les buts de ce jour. Au coup de sifflet final, toute à ta joie tu as dit ce mot que je n’aurais jamais au grand jamais pu prononcer à ton âge : « on a gagné notre 2e coupe du monde ! ». Je n’imaginais pas d’ailleurs que je pourrais voir ça une deuxième fois dans ma vie…
 

Après le "sacre" sous une pluie battante (comme si F. Hollande s’était malicieusement glissé parmi la foule…), c’est au soleil rasant d’Austerlitz que nous sommes allés voir un peu l’ambiance « en ville ». Concert de klaxon et euphorie euphorisante, voitures aux drapeaux tournant dans les rues puis, sur une place du centre, la fête. Nous avons regardé ça du haut du rempart près du château, prudemment, puis nous sommes rentrés tenaillés par la faim et la soif. C’est là que tu as eu cette « philosophique » pensée : « ben quand même, on a gagné la coupe du monde ! ». Je t’ai regardé marchant dans la rue agitant ton drapeau au passage des voitures qui faisaient de même. Je me suis dit que j’avais de la chance de vivre ça – malgré tout ce qu’on peut dire par ailleurs sur le sport-fric-système – et qu’il est hautement probable que j’eusse aimé le vivre aussi il y a plus de trente ans, avec mon propre père, à l’époque où nous célébrions plutôt des héros perdants magnifiques. En grignotant la pizza sortie du four, nous avons écouté « DD » Deschamps parler avec modestie de la victoire « qui n’appartenait qu’aux joueurs ». Tu m’as posé des questions sur cet homme qui il y a 20 ans avait lui aussi gagné la coupe du monde, la première pour la France.
 

Ce fut l’occasion de t’expliquer ce que le mot « humilité » veut dire. Et j’ai trouvé qu’avec la géographie, ça commençait à être finalement pas si mal pour un petit jeu de ballon…

« Ben quand même, on a gagné la coupe du monde ! »

FS 15/07/2018

Lire la suite

Volontaire

7 Juin 2018 , Rédigé par F.S Publié dans #chronique cinéma

Volontaire

Le film initiatique d’Hélène Fillières Volontaire offre une plongée dans l’univers des fusiliers marins et de l’École navale. Si les écoutilles de la marine lui ont été grandement ouvertes, il est cependant  regrettable que la réalisatrice soit passée à côté de sa jeune actrice Diane Rouxel, au regard bleu marine à faire traverser à la nage la rade de Brest. Inquiétant, ce regard se mariait bien avec la mâchoire serrée de Lambert Wilson, en commandant de marine crédible.

- Diane Rouxel -

- Diane Rouxel -

Russophone, hypokhâgne, khâgne, sciences-po et institut de traduction. Que demander de mieux pour Laure Baer (Diane Rouxel), fille d’actrice à la conscience de gauche chevillée aux planches (Josiane Balasko, improbable) ? Et bien ce n’est pas encore assez, et « la miss » - comme elle sera surnommée dans l’univers salé aux 50 nuances bleues-grises de la base des fusiliers marins de Lorient - s’engage sans trop savoir où elle met ses charmants petits pieds. Cornaquée à son arrivée par le lieutenant Dumont (Corentin Fila, vu dans Quand on a 17 ans d’André Téchiné), elle est affectée en tant qu’officier tradition auprès du directeur des études, le commandant Rivière (Lambert Wilson). Ce dernier, mur de silence, de glace, aux mâchoires qui ne se décollent que pour grignoter les clémentines qui trônent sur son bureau (sa seule concession au désordre), commande cette jeune recrue qui la fixe d’un regard à cheval entre volonté farouche, et défiance. « La miss » ne veut pas se contenter d’être un gratte-papier, seulement chargée de faire les comptes rendus agrémentés de photos des activités de la base navale. Elle se met en tête de réussir une habilitation commando des fusiliers marins, pour être coiffée du fameux béret vert. Le premier maître Albertini (Alex Descas) sera chargé de ce stage où l’aspirant Baer se « sort les doigts » comme on dit dans l’armée, mais pas dans la marine car on est poli. À force d’opiniâtreté, elle finit par sauter le mur du parcours du combattant, faute de mieux…
 

- Lambert Wilson -

- Lambert Wilson -

Il faut reconnaître à Hélène Fillières un mérite : celui d’avoir pris soin de s’entourer de spécialistes de la chose militaire, et particulièrement navale. Car on ne plaisante pas avec le protocole chez les cols bleus, et on ne badine pas avec la devise Valeur et discipline. Sur la forme, Volontaire est crédible : tout ce qui bouge, on le salut ; tout ce qui ne bouge pas, on le repeint. La réalisatrice a eu portes ouvertes, et les écoutilles aussi si on en juge par les lieux de tournage eux-mêmes : l’École Navale de Brest et la base des fusiliers marins de Lorient, d’ordinaire peu enclin à ouvrir ses portes…
 

L’aspirant Baer aspire à la carrière d’officier, mais pas seulement. La façon dont elle plante le tranchant vif de son regard bleu outre-mer dans celui du commandant le trouble, et pas seulement lui. Cherche-t-elle un père ? Un amant plus âgé qu’elle, par goût du risque, de l’aventure ou de l’exotisme ? Au début, on hésite, mais pas longtemps. Flanquée de l’ambigu lieutenant Dumont (Corentin Fila, qui joue là encore un rôle de garçon qui aime les garçons), « la miss » aurait mérité meilleur traitement de la part de sa réalisatrice. On se prend à songer au même film piloté par André Téchiné, maître en matière de valses hésitations des sentiments post-adolescents, jeunes adultes… Il en eut été tout autrement, à n’en pas douter.
 

N’atteignant pas non plus les sommets d’un film de Schoendoerffer (on songe souvent, devant le mutisme de Lambert Wilson, à celui de Jean Rochefort et ses douloureux secrets dans Le Crabe Tambour), Volontaire demeure un film tendu comme un arc, mais trop prévisible quant à son issue. Un peu comme le conseil que finit par lâcher entre ses dents le commandant Rivière/Lambert Wilson à l’aspirant Baer qui s’échine à essayer de franchir le mur du parcours du combattant : « sans élan, sinon rien ». Bien pris ?
 

F.S.

Volontaire
Volontaire
Lire la suite
<< < 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 20 30 40 50 60 70 > >>