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Le jour. D'après fred sabourin

Articles récents

Villandry, c'est joli

30 Juin 2015 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #émerveillement

Villandry, c'est joli

Châteaux de la Loire

 

Le long du coteau courbe et des nobles vallées
Les châteaux sont semés comme des reposoirs,
Et dans la majesté des matins et des soirs
La Loire et ses vassaux s'en vont par ces allées.

 

Cent vingt châteaux lui font une suite courtoise,
Plus nombreux, plus nerveux, plus fins que des palais.
Ils ont nom Valençay, Saint-Aignan et Langeais,
Chenonceau et Chambord, Azay, le Lude, Amboise.

Villandry, c'est joli


Et moi j'en connais un dans les châteaux de Loire
Qui s'élève plus haut que le château de Blois,
Plus haut que la terrasse où les derniers Valois
Regardaient le soleil se coucher dans sa gloire.

 

La moulure est plus fine et l'arceau plus léger.
La dentelle de pierre est plus dure et plus grave.
La décence et l'honneur et la mort qui s'y grave
Ont inscrit leur histoire au coeur de ce verger.

 

Villandry, c'est joli

 

Et c'est le souvenir qu'a laissé sur ces bords
Une enfant qui menait son cheval vers le fleuve.
Son âme était récente et sa cotte était neuve.
Innocente elle allait vers le plus grand des sorts.

 

Car celle qui venait du pays tourangeau,
C'était la même enfant qui quelques jours plus tard,
Gouvernant d'un seul mot le rustre et le soudard,
Descendait devers Meung ou montait vers Jargeau.

 

Charles Péguy

Villandry, c'est joli
Villandry, c'est joli

 

 

(c) Fred Sabourin. 27 juin 2015.

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Fête de la musique, faites du bruit

22 Juin 2015 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #cadrage débordement

 

Chère fête de la musique. J’avoue, au début de ta vie, je t’ai beaucoup aimée. Jusqu’au bout de la nuit – la plus longue de l’année – parfois j’ai couru tes nombreux concerts improvisés, tes reprises plus ou moins réussies de Stairway to heaven ou de La Bombe humaine. J’ai parfois vibré d’émotion en entendant des concerts classiques qui n’avaient rien à envier à un orchestre philarmonique. J’ai dansé aussi, avec de parfaites inconnues – qui ne le sont pas toujours restées longtemps – sur des rocks endiablés gueulés par des papis répétant dans leur garage le restant de l’année, et visiblement heureux de prendre l’air. Mais aujourd’hui, après plus de 30 ans d’existence, je dois te l’avouer : je divorce.

 

Ça faisait quelques années que je ne te fréquentais plus que du bout des oreilles et des orteils, le solstice d’été revenu. Parfois la météo m’a bien aidé à rester chez moi, le 21 juin prenant souvent hélas des allures de 21 novembre. Cette année, j’étais bien décidé à retenter le coup, pour voir si, par hasard, tu avais un peu changé, pour le moins évolué. Je n’ai pas été déçu, mais en pire. Chère fête de la musique, dans un centre ville de ville moyenne, lascive bourgeoise endormie sur les bords d’un fleuve réputé sauvage, tu n’es que cacophonie criarde et gueularde, chevauchement de cris et de riffs saturés. De fausses notes à peine assumées, d’œuvres magistrales d’artistes légendaires massacrées par des apprentis musiciens qui sont sortis trop tôt du garage, ou qui ont du manquer quelques répétitions. Mais cela, encore, je peux le pardonner : on ne devient pas musicien en claquant des doigts, alors qu’on peut apprécier le rythme simplement en tapant du pied. J’ai plus de mal à comprendre les « groupes » qui s’installent si près les uns des autres, et dont le gloubi-boulga écrase celui du voisin juste parce que son ampli est réglé plus fort. Et je ne parle pas des « balances » qui permettent de n’entendre que les batteries et quelques lignes de basse, donnant un spectacle assez croquignole de chanteurs sur scène aphones, malgré leurs efforts visibles d’hurler I can get no satisfaction.

 

Mais le pire, chère fête de la musique, est au-delà du bruit : c’est ton odeur qui me met le plus mal à l’aise. Je dois bien te l’avouer même si la politesse élémentaire et la bonne éducation devraient plutôt me laisser silencieux : tu sens l’alcool des bières tièdes et collantes, et la pisse froide le long des murs (conséquence des précédentes). Passe encore sur la transpiration de mes contemporains qui n’ont pas du voir un morceau de savon depuis Pentecôte, mais ton haleine fétide de bière et tes traces d’urine dans les caniveaux de la ville, j’avoue, j’ai du mal. Et comme un malheur ne vient jamais seul, cette soirée là, la plus longue de l’année, est une des trois où le tapage nocturne n’est pas considéré comme un délit (avec le 14 Juillet et la Saint-Sylvestre), aussi les ivrognes de tout le pays peuvent s’en donner à cœur joie jusqu’aux premières lueurs de l’aube, et pisser sans vergogne sur tous les réverbères de la ville. Là, à la bière tiède et l’urine froide, peuvent s’ajouter les effluves de vomit, que ceux qui rendent au travail tôt le matin en parcourant les rues encore fumantes des bacchanales de la veille, doivent éviter, slalomant tel des skieurs urbains, reconnaissant ici un reste de pizza aux quatre fromages mal digérée, là une carbonara trop lourde à porter, plus loin un kébab défraîchi avec ses frites molles et sa sauce barbecue.

 

Je ne nie pas qu’il puisse exister, dans certains recoins de la cité (conservatoire, cour du Château royal, préfecture) des havres de paix où l’on joue « de la musique » en essayant de respecter ceux qui l’ont écrit - et qui bien souvent sont fertilisent les chrysanthèmes depuis fort longtemps - mais aussi ceux qui l’écoutent. Ces bulles d’air presque pur sont si rares, et il faut traverser tant de champs de mines auditifs et olfactifs pour les atteindre qu’on se demande si cela vaut la peine. Rien que pour encourager le bel ouvrage et finir sur une note (de musique) positive, répondons : oui !

Mais pour le reste, chère fête de la musique, je te le dis, ma reprise préférée qu’il me plairait d’ouïr est une chanson bien connue du groupe Téléphone : Je rêvais d’un autre monde

Je t’embrasse, à l’année prochaine, peut-être. Pas sûr. On verra s’il fait beau.

 

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En MMA, Julien Piednoir assure

9 Juin 2015 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #Presse book

Julien Piednoir, alias "The Machine"

Julien Piednoir, alias "The Machine"

 

Le champion blésois originaire de Vierzon ouvre à Blois une salle de Mixed martial arts, la Top Team Academy. Brutes épaisses, passez votre chemin.

 

Si pour vous " MMA " n'est que l'acronyme d'un géant mutualiste avec " zéro traca ni blabla ", alors vous avez un train de retard. Le MMA, Mixed martial arts, est un sport de combat et de contact venu des États-Unis, dans les années 80-90. On appelait ça le freefight et vous avez peut-être vu Fight club, film de David Fincher avec Brad Pitt, en 1999. Les combats, organisés par son principal promoteur américain UFC (Ultimate Fighting Championship) étaient très spectaculaires et surtout… sans règles ni limites. Tout, mais alors vraiment tout était permis : coups de pieds, coups de tête, coups de poings, frappes au sol, et – châtaignes sur le gâteau si on ose le dire ainsi – des " penaltys à la tête ", comprendre des coups de pieds dans la tête quand l'un des combattants est au sol. Dis de la sorte, ça ne fait pas forcément envie…

Mais ça, c'est terminé, le MMA est passé par là. Depuis le début des années 2000, il s'est grandement règlementé, à défaut de s'être adouci. Julien Piednoir, champion de cette discipline, originaire de Vierzon mais vivant à Blois depuis 3 ans avec sa femme et leur petit garçon de 20 mois, ouvre la " Top Team Academy ", rue Jean-Moulin.


Des entraînements très variés

 

Ce solide gaillard de 27 ans et 87 kg tout en muscles – il descend à 77 kg avant un combat – est un ancien rugbyman, parti à 19 ans pour Montpellier. Là bas, il découvre les sports de combat, dont le MMA. Il s'entraîne dur, très dur, et gravit les catégories : D, C, B, puis A, la catégorie reine, celle des compétitions internationales, avec juste une paire de gants, une coquille protège parties génitales et un protège dents. Depuis qu'il est passé professionnel, Julien compte six victoires et une défaite. Son prochain combat est le 20 juin au Portugal, à Porto. Mais alors pourquoi ouvrir une salle de MMA à Blois, quand on connaît la réputation sulfureuse de ce sport dont les combats officiels sont interdits en France ? (lire par ailleurs) " J'ai envie d'apporter mon expérience à d'autres. J'ai 27 ans, il est temps pour moi de déjà penser à la reconversion. Et puis j'aime bien apprendre. Le MMA marche bien en France car c'est un sport très complet, ludique, il intéresse tout le monde. Les gens y cherchent une forme de challenge, malgré la dureté des entraînements ", dit-il franchement. C'est sans doute pour cette raison-là qu'il éloigne le public qu'on croirait pourtant friand de " baston " et de " coups dans la gueule ". Vous imaginiez les jeunes de banlieues à grandes gueules venir suer sur les tapis du MMA ? Erreur : beaucoup trop dur, beaucoup trop fort, la discipline y est féroce, une hygiène de vie saine est hautement recommandée. Et surtout, plus que tout : le MMA est bardé de règles, pour éviter d'y faire n'importe quoi, et sortir de cette réputation de combats de gladiateurs. " Une centaine ", ajoute Julien. " Les arbitres sont présents et très pros. C'est très encadré, il ne faut pas croire qu'on peut tout se permettre. " Toujours utile de le dire, car les vidéos qui traînent sur Internet montrent une réalité – ancienne visiblement – bien différente. " Les entraînements sont très variés, il n'y en a jamais deux pareil. Il y a une recherche d'adrénaline. Oui, c'est vrai, c'est un sport dur. Mais je souhaite encadrer les choses. Ici, on sera ponctuel, on range ses affaires, je ne veux pas voir de trucs qui traînent, les vestiaires doivent être propres et rangés. " On est prévenu : ce n'est pas l'armée, mais si on veut que tout le monde s'y retrouve dans une bonne ambiance, il faut mettre tous les adhérents au diapason. " L'équipement des combattants sera intégral : plastron, protège-tibias, protège-dents, casque, gants épais, coquille. " C'est lui, avec son œil d'expert (1), qui déterminera qui accèdera à des combats plus ou moins difficiles.
 

Faire émerger des talents

 

Le MMA, un sport de bourrins agressifs ? " Pas du tout, contrairement à ce qu'on croit ", ajoute encore Julien Piednoir. " Ça ne sert strictement à rien. Il faut avoir envie plus que de l'agressivité. Tout se joue dans les enchaînements. Il faut être lucide, cool, souple, et précis. Il y a aussi un grand respect de l'adversaire, comme en boxe par exemple. L'animosité est dans la cage, ou sur le ring. Avant un combat, c'est vrai on ne se parle pas, on ne sourit pas. Ça fait partie du jeu. Mais après, perdant ou gagnant, on est amis. " La cage ? Sans doute ce qui rebute le plus les spectateurs non avertis de ce sport de combat pas vraiment comme les autres. On a l'impression d'y voir des gladiateurs modernes. Elle a pourtant son utilité cette cage : " Elle sert surtout à éviter que les combattants soient projetés en dehors du ring comme cela arrive parfois dans des combats de boxe d'ailleurs ! "

Julien Piednoir ouvre les portes de sa Top Team Academy tout le mois de juin – sauf du 18 au 24 où il sera à Porto – et ne souhaite qu'une chose : faire émerger des talents, ici, dans le Blaisois.

 

(1) Et son BMF, Brevet de moniteur fédéral.

 

F.S

Le MMA se porte comme un charme

 

Le succès planétaire du MMA fait des envieux : en France, la Fédération de Judo a déclaré, dans un communiqué datant de novembre 2014, que "tout judoka classé dans le ranking list (classement mondial des judokas sur le même modèle que l'ATP) n'est pas autorisé à s'engager dans une compétition internationale autre que le judo". Fermez le ban. Il faut savoir que les relations entre le judo et le MMA sont plus que tendues, depuis longtemps. Depuis l'arrivée du MMA en France en fait. Face au succès de ce sport de combat spectaculaire - et pourtant très encadré presque autant aujourd'hui que le judo - la Fédération de judo souhaite se prémunir contre l’hémorragie de ses adhérents vers le MMA, ou que des judokas s'engagent dans plusieurs disciplines.

Jusqu'ici, seuls trois pays au monde et l’État de New York interdisaient sur leur sol les compétitions de MMA : la France, la Norvège et la Thaïlande. Cette dernière vient de plier, estimant que la concurrence avec une discipline locale, le muay-thaï, n'empêchait pas l'organisation de compétitions sur son sol. Aux États-Unis, les combats de MMA atteignent des records d'audience et de spectateurs, mais l’État de New York ne souhaite pas une concurrence aux combats de boxe organisés au Madison Square Garden. Mais dans le reste du pays, le MMA cartonne.

Cent vingt-neuf pays retransmettent les combats à la télévision, touchant environ 880 millions de téléspectateurs. L'UFC (Ultimate Fighting Championship, qui regroupe plus de 500 combattants professionnels de par le monde) empocherait grâce à ces retransmissions environ 2,5 milliards de dollars.

En France, difficile d'estimer très précisément le nombre d'adhérents faute de statistiques officielles. Cependant, Dragon bleu (leader de la vente d'équipements pour le MMA, crée en 2004 et qui génère la coquette somme de 15 M d'€ de CA et 45 salariés) estime à 700 clubs pour environ 30.000 membres dans l'Hexagone. Et les adeptes se comptent en milliers supplémentaires chaque année. À titre de comparaison, la Fédération française de Judo affichait en 2014 593.427 licenciés, en baisse par rapport aux années fastes du début des années 2000, avec 635.000 licenciés. 80 % des judokas ont moins de 12 ans, ce qui fait dire à certains observateurs qu'il sert surtout de garderie (on peut commencer le judo à 4 ans). Mais une chose est sûre : année après année, le MMA grignote des adhérents à d'autres sports de combat - dont le judo - qui cherchent la parade. Le combat risque d'être long et dur. Et là, tous les coups semblent permis.

 

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La Loi du marché

21 Mai 2015 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #chronique cinéma, #Presse book

Vincent Lindon : un acteur physique

Vincent Lindon : un acteur physique

Le nouveau film de Stéphane Brizé est une expérience radicale de réalité sociale : la vie d’un chômeur et la jungle dans laquelle il doit se débattre pour s’en sortir. Avec un acteur professionnel, et une pléiade de non professionnels.

 

Stéphane Brizé (1) l’a avoué au micro de Caroline Broué dans La Grande table : La Loi du marché aurait pu se traduire, pour l’international, Dogs eat dogs. Les chiens mangent les chiens. À elle seule, cette indication en dit long sur la réalité sociale de l’œuvre tournée avec très peu de moyens, en très peu de temps, et mettant sur un même pied d’égalité un acteur professionnel – Vincent Lindon – avec des non professionnels jouant leur propre rôle.

 

Thierry (Vincent Lindon), 51 ans, a été licencié économique de son entreprise. Il vit dans un pavillon de banlieue avec sa femme et son grand fils handicapé mental. Dans une scène d’ouverture sans préavis ni générique, on le voit confronté à l’abrutissant entretien avec son conseiller Pôle emploi, impuissant et dépassé par la situation. Le décor est campé, brutal, chirurgical oserait-on dire : Thierry est un chômeur de longue durée, et il va en chier pour retrouver du boulot. S’en suivent plusieurs séquences toutes aussi réalistes les unes que les autres, aux frontières de l’absurde. On y voit successivement Thierry confronté à la recherche d’un travail, à la litanie des discours pseudo-managériaux lénifiants qui le marginalisent de plus en plus, le dévalorisent, le déshumanisent. Un entretien d’embauche via Skype où on lui signifie qu’il n’a finalement que très peu de chance ; un rendez-vous avec sa banquière qui d’une main cherche à l’aider mais de l’autre lui enfonce la tête sous l’eau ; un stage de requalification où les autres chômeurs ne sont pas tendres avec lui, etc.

Dans une seconde partie du film, Thierry est dans son nouveau travail : agent de sécurité dans un hypermarché. Une autre réalité sociale s’ouvre alors. Grâce à la vidéosurveillance (80 caméras dans tout le magasin), non seulement les clients potentiellement voleurs sont filmés, suspectés au moindre comportement bizarre, mais aussi les caissières. Le directeur du magasin cherche en effet à licencier du personnel pour augmenter ses bénéfices. Thierry assiste, malgré lui, à des scènes où certaines d'entre elles sont prises la main dans le sac, en train de dérober des bons de réduction ou de passer leur propre carte de fidélité lorsqu’un client n’en possède pas. Cette partie-là du film n’en est pas moins violente que la longue et fastidieuse recherche d’emploi. « Vous n’allez pas faire remonter ça pour des points de fidélité », dit l’une d’elles en toute fin de film. Et bien si. On y voit l’absurdité d’un système non choisit par les protagonistes, dont certains volent car ils n’ont même plus de quoi se payer un steak.

 

La Loi du marché est un film social, ce qui généralement n’est pas un compliment pour un film français. On pense spontanément au cinéma des frères Dardenne, à ceci près qu’ici, Stéphane Brizé ne se sert pas tant de la fiction que de la réalité sociale : nous sommes dans l’action, jusque dans la façon de filmer Thierry. Souvent au plus près, de dos ou légèrement de trois-quarts, « nous » sommes Thierry, nous voyons ce qu’il voit, ressentons ce qu’il peut ressentir. A ce jeu-là, Vincent Lindon, qui a déjà tourné deux fois avec Brizé (Mademoiselle Chambon et Quelques heures de printemps) offre son jeu naturel, explosif, physique et au caractère affirmé. Cependant, l’expérience dans laquelle le réalisateur le plonge ne manque pas d’intérêt : confronté à des acteurs non professionnels assumant leur propre rôle – à leur sujet Vincent Lindon dit "des acteurs qui tournaient pour la première fois" – les dialogues et les situations prennent une densité, une âpreté et une véracité rarement vue auparavant. Il est possible que cela perturbe un peu certains spectateurs. Mais cela demeure une expérience de cinéma très forte, à la mesure de l’absurdité et la violence du déclassement ressenties par toute personne qui un jour a pu vivre ce type de situation.

 

A la fin, on voit Thierry quitter la scène brutalement, comme sur un coup de tête trop longtemps contenu. Sur le parking de l’hyper, alors que sa voiture disparaît, on aperçoit une enseigne lumineuse : "la Grande récré". Et La Loi du marché s’impose…

 

(1) Réalisateur en 2009 de Mademoiselle Chambon et Quelques heures de printemps.

F.S 

 

Vincent Lindon : Prix d'Interprétation masculine au 68e Festival de Cannes 2015.

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Le Fils perdu de la République

12 Mai 2015 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #littérature, #Presse book

 

Le journaliste et écrivain Michel Taubmann signe un ouvrage richement doté de témoignages de proches et collaborateurs de Philippe Séguin, au parcours singulier dans la Ve République.

 

Philippe Séguin est mort soudainement dans sa 67e année le 7 janvier au matin. Aussitôt, les hommages ont fleuri de partout, de tous bords politiques confondus. Un paradoxe de plus pour un homme d’une singularité rare dans le paysage politique français. Personnage entier mais hérissé de pics et de pointes malgré sa physionomie toute en rondeur. Rarement un homme politique aura autant divisé que suscité l’adhésion de beaucoup de ceux qui ont eu à parcourir un bout de chemin avec lui. « Le problème de Séguin, c’est qu’il est séguiniste », dira de lui un jour un certain Jacques Chirac, qui ne l’aura pas ménagé non plus, et réciproquement. La formule lui sied à la perfection, tant Philippe Séguin aura fait ce que de nombreuses figures politiques ne parviennent jamais à être et encore moins à demeurer : rester lui-même, partout, en toutes circonstances, quels que soient les vents électoraux, les alliances et petites manigances de la popote politique des arrière-cuisines, honnies par le général de Gaulle, son modèle absolu.

Petit chose, ou Rastignac ?

On ne peut rien comprendre à Philippe Séguin si on ne remonte pas aux origines, et c’est le grand mérite du livre du journaliste de télévision Michel Taubmann, Le Fils perdu de la République, paru en avril 2015 aux éditions du Moment. Les origines de ce boulimique de travail autant que de pizzas, de cigarettes, de whisky et de femmes sont en Tunisie, où il nait en 1943. Élevé par sa mère dans le culte d’un père mort en combattant de la France libre dans le Doubs un an plus tard, Philippe Séguin est aussi le fils d’une union illégitime entre sa mère institutrice, Denise, et un juif tunisien qui travaille dans le même magasin de confection féminine qu’elle. Ce lourd secret ne lui sera révélé que bien plus tard, et il s’ajoutera à une autre lourdeur, encore plus écrasante, qu’il portera comme un fardeau toute sa vie : les deux médailles (Croix de guerre et Médaille militaire) remises à titre posthume à Robert Séguin, son père « adoptif » qu’il n’aura donc quasiment jamais connu, mais dont il vivra dans l’adoration permanente. Il a 6 ans en 1949 quand un général lui épingle ce tableau d’honneur sur le poitrail, occasionnant une colère face à sa mère qui une fois rentré à la maison voulait les lui enlever. « Elles sont à moi ! Elles sont à moi ! ». Le décor est planté. Consciemment et inconsciemment à la fois, ces deux héritages expliqueront pour une grande part la personnalité tourmentée de l’ancien député-maire d’Epinal, président de la Cour des Comptes à la fin de sa vie, après avoir été ministre de l’Emploi et des Affaires sociales, président d’un RPR en fin de vie, président de l’Assemblée nationale. Lui qui se décrivait souvent comme « Petit chose » a quand même un côté « Rastignac » en décrochant la 7e place de l’ENA (il y était rentré dans les derniers), promotion Robespierre, choisissant délibérément en connaissance de cause la Cour de Comptes, détestant la caste des bien-lotis de l’Inspection des finances. « C’est pour les bourgeois », disait-il.

Fou de foot

On le dit souvent hautement colérique, capable d’envoyer valser un cendrier à travers son bureau. Certains le décrivent surtout comme sensible, attachant, charmant et charmeur, mélancolique, aigri, râleur, ironique, doté d’un humour noir très british, et drôle. Il faut aussi, pour comprendre le personnage, connaître sa passion pour le foot, au point d’en être une drogue, et d’avoir souvent caressé le rêve de se voir proposer la présidence de la Fédération française de football, ce qui ne lui échu jamais, à son grand regret.

Philippe Séguin n’a pas ménagé son entourage, ni sa propre personne. Marié deux fois, il eut quatre enfants dont trois de son premier mariage. Boulimique de travail, il ne leur consacrera que peu de temps, mais toujours de grande attention et de grande qualité, à les écouter témoigner sur ce père pas comme les autres. Mais il aura aussi cette incroyable autant qu’absurde capacité à s’auto-détruire physiquement, fumant Gitane sur Gitane, engloutissant d’énormes pizzas dégoulinantes de fromage en regardant les matchs de foot, et sirotant des whiskys jusqu’à plus soif. Sur la balance, Séguin fait du yoyo, plutôt vers le haut.

Double abandon

Séguin aura surtout payé cher sa farouche indépendance, son franc parler, sa détestation des postures politiques sans projet, les néo-gaullistes sans doctrine plus préoccupés de leurs réélections que de la nation France et de sa souveraineté. Celle-ci il l’aime plus que tout, la défendra bec et ongles comme un forcené pendant toute sa vie, lui qui était pupille de la nation et disait à son sujet : « la nation m’appartient. » On se souvient de son engagement contre le traité de Maastricht en 1992. Un homme politique entier, au physique de colosse des Vosges où il réussira son parachutage en 1977 (élu maire où il restera jusqu’en 1997) et député l’année suivante, au terme d’élections législatives qui étaient loin d’être aisées pour la droite divisée entre giscardiens et chiraquiens. Chirac : ce mentor à qui il se dévouera autant qu’il détestera ses manières de roublard calculateur, manipulateur et flingueur. Chirac qui fera de lui un roi (nommé ministre en 1986) mais le laissera tomber en 2001 aux élections municipales de Paris où, refusant de trancher entre lui et le « chanoine » Tibéri, il fit perdre les deux et ce fut le début de la fin pour ce colosse aux pieds d’argile.

Très enrichi par les témoignages de ses proches, le livre de Michel Taubmann se lit comme un roman – national cela va sans dire – le roman d’une Ve République et d’une vie bouleversante autant que bouleversée. Mais c’est encore sa fille Catherine qui parle le mieux de se père au regard doux et aux éclats de rire tonitruants : « C’était un homme très pudique, très sensible. Beaucoup de nos échanges passaient par le regard, des bribes de phrases, et parfois de longs silences. » Un autre journaliste, Pierre Servent, qui a signé avec lui un livre d’entretien en 1990 (1), fait la synthèse d’un homme qui a traversé la Ve République en rêvant d’atteindre son sommet sans jamais y parvenir : « Il a toujours souffert d’un double abandon, celui du père mort en 1944, et celui de la mère-patrie tunisienne, quittée en 1956. » Tout est dit.

F.S

 

(1) La Force de convaincre. Ed. Payot.

Le Fils perdu de la République
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Allumer le feu

5 Mai 2015 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #Lettres à ...

 

 « Pour l’enfant amoureux de cartes et d’estampes, l’univers est égal à son vaste appétit. Ah ! que le monde est grand à la clarté des lampes ! Aux yeux du souvenir que le monde est petit ! » (Charles Baudelaire).

 

Avec toi ma fille nous avons « allumé le feu ». Et nous l’avons même chanté, avant que sa flamme ne le fasse elle-même, du bois dont on se chauffe. « Ma cheminée est un théâtre, où l’on ne joue qu’un seul spectacle : le feu » (Nougaro). Allumer un feu réclame un petit cérémonial, dont je ne me lasse jamais. Nous avons d’abord froissé du papier journal (mais pas avec mes articles), ce qui t’a bien amusé naturellement. Puis nous avons coupé du « petit bois » et du « moyen bois », que nous avons disposé sur les boules de papier. Tes petites mains qui déploient de plus en plus de force ont brisé net dans un craquement sec ces brindilles rapportées du tas de fagots sous le pigeonnier. Et puis les bûches, soulevées dans tes petits bras musclés. « Moi, je suis costaud ! » dis-tu en cramponnant l’une d’elle pour me l’apporter.

 

Le petit tas de papier, brindilles et « bois moyen » étant fin prêt, il fallut procéder à la mise à feu. J’ai craqué une allumette que tu as prise délicatement entre tes doigts. A partir de ce moment-là le temps est compté, j’ai donc guidé ta main vers les bouts de papier qui dépassaient volontairement du tas de bois, où la flamme a immédiatement jailli. « Monte flamme légère, feu de camp si chaud, si bon ; dans la plaine ou la clairière, monte encore et monte donc ». Comment ne pas revoir ces scènes de camps scouts où j’appris moi-même autrefois à faire ce feu, dans des conditions souvent bien moins confortables d’ailleurs. Comment ne pas ressentir, grâce à la fumée âcre qui se dégage au début, l’inexorable beauté du temps qui passe et me dépasse, où pourtant surnagent ces souvenirs dont la nostalgie sucrée comme du miel vient colorer joyeusement la moindre de mes mélancolies ? Apprendre à faire du feu est aussi utile que de savoir parler une langue étrangère ou aiguiser un couteau de poche, je l’ai souvent constaté, même si la combinaison des trois permet la survie dans à peu près tous les coins du globe. Aussi incroyable que ça puisse paraître, avec toi, j’apprends.

 

Que feras-tu de cet apprentissage de la flamme qui brûle autant qu’elle réchauffe, qui détruit autant qu’elle élève, toi l’enfant qui s’émerveille devant le crépitement de l’âtre dans cette maison pluriséculaire aux murs épais comme un donjon d’un coin du Béarn, près du gave d’Ossau qui roule et tonne ses hectolitres de flotte descendue à gros bouillons de la montagne ? Alors que le vent souffle dehors à perdre haleine et menace de t’envoler ?

Aussi longtemps qu’un souffle d’air me traversera le cœur, je tiendrai ta main pour que la flamme jaillisse, jusqu’au jour où, je l’espère et je l’attends, c’est toi qui devra craquer seule l’allumette. Et mettre le feu sur la terre en soufflant sur les braises de l’amour que tu auras reçu…

 

Feu !

Feu !

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Les 4 saisons de la bourlingue

24 Avril 2015 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #montagne

Le temps passe, irrémédiablement. Mais ces paysages demeurent. Un peu comme nous, ils changent juste d'habits.

Au revoir, gens de la plaine. La source du bonheur est ailleurs... 

Avril

Avril

Juillet

Juillet

Novembre

Novembre

Février

Février

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Les mystères du Loir-et-Cher dévoilés

24 Avril 2015 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #littérature, #Presse book

Le nouveau livre du journaliste Pascal Audoux lève le voile sur des éléments de l'histoire du département et des destinées insolites, extraordinaires et méconnues. Mais qui gagnent à l'être.

 

La séquestrée de Poitiers, Blanche Monnier ? Elle a fini ses jours à l'hôpital psychiatrique de Blois. Connaissez-vous vraiment le chanoine Tournesac fondateur du journal que vous avez en main, ecclésiastique haut en couleur malgré sa soutane noire et son col romain blanc ? Champigny-en-Beauce vous fait penser à un nom de village d'une aventure de Spirou et Fantasio ? Elle abrita une cité agricole, comme on dirait une cité de banlieue aujourd'hui. Et l'affaire du presbytère de la discorde à Chaumont-sur-Loire ? Saviez-vous aussi que les Américains avaient débarqué à Gièvres entre 1917 et 1919 ? Et ce préfet enterré dans l'église Saint-Nicolas, Albert de Lezay-Marnésia ? Pensez-vous tout savoir sur le père Brottier ? Connaissez-vous les diaboliques de Vendôme ? A-t-on tout dit sur Auguste Poulain, ou reste-t-il quelque chose à croquer ? Etc. Etc. Impossible de citer là tous les vingt-sept chapitres des quatre parties (1) qui composent Les Mystères du Loir-et-Cher de Pascal Audoux.

Mystérieux mystères

Le journaliste, historien et écrivain Pascal Audoux mériterait d'ailleurs à lui seul un chapitre sur ses propres mystères dans ce livre paru le 10 avril aux éditions De Borée. Passionné par son métier de localier – au sens noble du terme - et surtout par ce que certains nomment souvent avec la condescendance des petits sectaires de province la " petite histoire ", il signe avec ce nouvel opus une œuvre qui fera date dans les productions littéraires du département. L'homme n'a pas ménagé sa peine, ni son temps libre. À la manière d'un Rouletabille, il a su pousser les portes, s'interroger, contacter une foultitude de personnes, en ressusciter d'autres, fouiller les archives parfois poussiéreuses et souvent oubliées pour dénouer les énigmes de ces mystères. Et remettre cent fois ses certitudes sur le grill du doute ; pas celui dont on fait des prétendues fondations. Non, celui qui élève et instruit. Car, au sens littéral du terme, un mystère est quelque chose dont le sens est caché, et ne se révèle qu'aux initiés. Pascal Audoux ne se contente pas de s'en instruire lui-même et de s'en nourrir à la manière d'un érudit du haut Moyen Âge : il nous ouvre les portes en nous prêtant les clés de ce savoir encyclopédique.

Mystérieux évènements, mystérieuses personnalités aux destins peu communs, mystérieux toponymes d'une géographie et sociologie départementales qui sont, à elles seules, un mystère. Pas seulement parce qu'un chanteur célèbre (qui passa souvent ses vacances à Dhuizon chez ses grands-parents) en a magnifié la boue qui colle aux semelles - salissant au passage pour longtemps l'orgueil un brin mal placé des habitants du cru, leur injectant le poison d'un complexe d'infériorité tenace. Un département pourtant digne d'intérêt par ses coins et recoins, par son histoire, la petite et la grande, comme le dédale des 426 pièces et 77 escaliers du château de Chambord, fleuron et fierté locale qui permet au Loir-et-Cher de rayonner un peu plus loin que les limites des trois autoroutes qui le bordent.

Rigueur de l'historien, enthousiasme du journaliste

Dans sa préface, l'ancien préfet du département Gilles Lagarde, s'interroge à juste titre sur ce " département que l'on disait sans histoire [qui]  a souvent fait l'histoire (…) Par quelles mystérieuses prédispositions ce cœur de France (…) se trouva-t-il au cœur de l'histoire ? " C'est tout l'objet du livre de Pascal Audoux, qui l'avoue lui-même : "Je pars du principe, quand on est historien de formation comme je le suis, qu'on doit s'intéresser à l'histoire d'un département quand on y arrive. C'est ce que j'ai fait dès mon arrivée en Loir-et-Cher il y a 3 ans. Faire ce livre était aussi un challenge : le précédent, sur le Périgord (2), je l'avais fait avec un autre auteur. Je me suis lancé le défi d'en faire un seul. J'ai mis dans ce livre toute la rigueur de l'historien, et l’enthousiasme du journaliste."

Ces histoires insolites, étranges, criminelles et extraordinaires - sous-titre de l'ouvrage - passionneront plus d'un Loir-et-Chérien croyant bien connaître son département, en s'étonnant, cela va de soi. Un étonnement historique qui débouchera certainement sur un étonnement philosophique. Travail titanesque s'il en est pour un homme discret, boulimique de lectures et d'archives historiques autant que fan des répliques du cinéma de Michel Audiard et Henri Verneuil, de films comiques de série B et de leurs seconds rôles dont personne – sauf lui – ne se souvient du nom.

Et ça, ce n'est pas le moindre des étonnants mystères…

 

F.S

(1) 1ère partie : Histoires insolites. 2e partie : Histoires extraordinaires. 3e partie : Destins à part. 4e partie : Affaires criminelles.

(2) Les Mystères du Périgord, chez le même éditeur.

Pascal Audoux dédicacera Les Mystères du Loir-et-Cher samedi 25 avril de 15 h à 18 h chez Labbé, libraire, rue Porte-Chartraine à Blois.

 

article paru dans La Renaissance du L & C le 24 avril.

Pascal Audoux et les Mystères du Loir-et-Cher

Pascal Audoux et les Mystères du Loir-et-Cher

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Ludovic : l’homme de « faire » en fer

8 Avril 2015 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #Presse book

 

Le Vendômois se lance un défi hors norme : enchaîner 41 triathlons catégorie « ironman » d’affilés, en juillet et août prochains, pour faire connaître le Loir-et-Cher. Et surtout par goût du dépassement de soi. Rencontre avec un (extra) terrestre.

 

Ne dites jamais à Ludovic Chorgnon,  triathlète de 43 ans, marié et père de 3 enfants : « Ça ne marchera jamais », et surtout pas « C’est impossible. » Car c’est exactement le genre de chose capable de déclencher chez lui une irrépressible envie d’en découdre, et de vous prouver le contraire. Par bravade ? Par inconscience ? Par goût du risque ? Par folie douce ? Rien de tout cela. Ludovic Chorgnon n’aime rien tant que d’essayer de changer le cours des choses, tout simplement. « Je ne supporte pas cette fatalité qui consiste à dire : ah ben c’est comme ça, on n’y peut rien ! » dit-il en plissant les yeux dans un regard malicieux, un sourire franc et une bonne humeur super-communicative. L’homme que l’on surnomme parfois « Ludo le fou » est tout sauf ça, justement.

 

Entre le 1er juillet et le 10 août prochains, ce Vendômois chef d’une entreprise de consulting en ressources humaines (Sérénité consulting) va tenter de battre le record du monde de triathlons « ironman ». Pour ceux qui ne le sauraient pas, un triathlon « ironman » c’est enchaîner – excusez du peu – 3,8 km de natation, 180 km de vélo, et 42,195 km de courses à pied (un marathon complet). L’épreuve à elle seule donne mal aux jambes rien qu’à la décrire… Ludovic Chorgnon, lui, va enchaîner 41 jours de suite cette épreuve sportive parmi les plus réputées et les plus dures au monde, créée en 1977 à Hawaï. Pourquoi 41 ? D’abord parce que le record du monde officiel est de 10, et officieusement de 33 (mais non homologué). Et surtout parce que 41 est le numéro du département de Loir-et-Cher, pas assez connu à son goût. « Je viens de la région Rhône-Alpes. Quand nous sommes arrivés ici pour raisons professionnelles, avec ma femme et mes enfants, on connaissait à peine, on s’est demandé comment on allait tenir si loin des montagnes. Je me suis dit : on reste trois ans et on  retourne là-bas. Quand j’ai vu le film ‘Bienvenue chez les Ch’tis’, je me suis dit : c’est exactement moi il y a quelques années. Ça fait 20 ans que nous sommes là », dit-il, un brin amusé. Dans sa vie professionnelle, parcourant les quatre coins de la France, il est souvent confronté aux questions bien connues des Loir-et-Chériens qui se déplacent : « C’est où ce département ? Il y a quelle grande ville connue ? » Et il ajoute : « En ressources humaines, quand vous donnez à choisir entre venir habiter à Tours ou Vendôme, les gens mettent une demi-seconde à choisir Tours. » Une fatalité ? Non, pas pour lui, et c’est justement ça qui le met en mouvement.

 

Dormir sur commande

 

Du mouvement, Ludovic en fait depuis toujours. Non pas qu’il ait la danse de saint Guy, mais par réel goût du sport. Son père, boulanger-pâtissier, était aussi maître-nageur. « J’ai su nager avant de marcher », dit-il le plus naturellement du monde. À la maison, enfant puis adolescent, le sport fait partie de la vie de tous les jours. Du sport bien-être, pour être en forme, pas forcément pour la compétition. Lors de son premier marathon, à 28 ans, la veille ses potes lui font une surprise. Il se couche très tard, et ne bois pas que de l’eau... Il se lève peu après s’être couché, et prend quand même le départ. N’importe qui à sa place ne dépasserait sans doute pas le 10e kilomètre. Pas lui : il termine la course en 3h15, pour une première participation. Il se dit : « je dois avoir un potentiel. » C’est peu de le dire, au regard des courses qu’il a enchaîné ensuite ! (lire ci-dessous). Il se prend au jeu, obtient de très bons résultats aux triathlons. Il enchaîne les courses longues, parmi les plus difficiles du globe. Son mètre 80 pour seulement 69 kg lui « facilitent » la tâche. Mais plus que tout, Ludovic est une sorte d’extra-terrestre qui récupère très vite, et surtout très bien. Beaucoup mieux que le commun des mortels en tout cas. « Je peux m’endormir à n’importe quel moment, n’importe où, en quelques secondes, et me réveiller sur commande. » Vous pensez qu’il plaisante ? Non, et c’est même très sérieux : « Je m’entraine pour ça, je développe ça. J’utilise l’auto-hypnose, je l’ai apprise seul, sans m’en rendre compte vraiment », ajoute celui qui dit être parfaitement bien reposé après une nuit de 5 ou 6 heures, et même moins ! Vous vous dites : ce gars est complètement fou. Sur le papier, ça y ressemble. Et pourtant c’est un homme normal que nous avons rencontré, chez lui, dans son salon décoré comme chez tout le monde, avec un bouquet de jonquilles printanières posé sur la table, un écran de télévision près d’une cheminée, et un panier pour le chien Jackpot. Seul, dans un coin, un vélo d’appartement futuriste équipé d’un petit ordinateur vient nous rappeler que nous sommes chez un sportif qui prend soin de ses performances.

 

Sport, boulot, famille : tout est lié

 

Notre athlète – 2h46 au marathon – va s’attaquer en quelque sorte à l’Everest, mais plusieurs fois ! 156 km de natation. 7.380 km de vélo. 1.730 km de course à pied. « Ça va commencer tous les matins à 6h30 par la piscine, 1h30. Puis à 8 heures, le vélo, pour environ 7 heures afin de parcourir les 180 km. Vers 15 heures, j’attaquerai les 42,192 km du marathon, en 4h30. » Cette journée de « boulot » s’achèvera donc vers 19h30. Ensuite, il fera 10 mn de cryothérapie (1) et une heure de massage. Ludovic a avec lui une équipe composée de deux médecins, un kiné, un diététicien et même un radiologue qui s’intéresse au défi. Il aura aussi un protocole alimentaire à respecter : « Des protéines dans la demi-heure qui suit l’arrêt de l’effort, pour reconstituer les muscles. Ensuite un repas normal chargé en glucides tout de même. » Il espère être au lit à 22 heures environ, jusqu’à 5 heures du matin, et rebelote du 1er juillet au 10 août. Quand on lui dit : « vous allez vous faire mal », il ne contredit pas et ignore lui-même s’il pourra tenir le choc, mais là encore, Ludovic fait du Chorgnon : « Plus que le physique, c’est le psychologique qui entre en ligne de compte. Quand on aime ce qu’on fait, on ne souffre pas. Pour moi, c’est Noël tous les jours : je fais du sport, j’aime mon boulot, j’aime ma famille. Tout est lié, toutes mes activités sont très bien organisées, et il faut bien gérer son temps », ajoute celui qui est aussi organisateur de la course Sur les traces du loup, course vendômoise qui aura lieu cette année samedi 27 juin. Une association qui regroupe 11 membres et… 250 bénévoles.

 

Des pâtes, du boudin, et du foie

 

Evidemment, on se pose la question des blessures, et du dopage. Ludovic a déjà subit des blessures, et des graves ! « J’ai la capacité à découper une partie de mon corps, à l’isoler mentalement, grâce à l’auto-hypnose. Je gère ça mieux que d’autres sans doute », précise-t-il, dur au mal. Quant au dopage, il est formel : « Je veux prouver qu’on peut faire du sport sans se doper. Il y a une règle, il faut la respecter. En France, c’est la même pour tout le monde : pas de dopage. » Avant d’ajouter : « Il y a plus grave que le dopage des athlètes : c’est le dopage général. Prendre une substance magique pour un leurre personnel. Les gens prennent des trucs avant d’avoir mal, de la vitamine C ou du paracétamol par exemple. C’est un manque de préparation ou une mauvaise préparation. »

Celui qui avoue – même pas sous la torture - avoir dans son bar une douzaine de bons whiskys anticipe énormément sur l’alimentation que son corps réclame. Le fer, principalement, car la course à pied en est très gourmande. Le sucre ? « Pas trop, je n’aime pas ça et ça crée une hyperglycémie pour ensuite redescendre en hypoglycémie. Je mange surtout des aliments qui me protègent, je peux manger de tout mais je fais un peu autrement », dit celui qui peut avaler 500 grammes de pâtes à lui tout seul, du boudin ou du foie de veau (riches en fer).

La CGPME est partenaire principal de l’évènement, chaque jour une entreprise sera mise en avant, pour un budget total de 154.000 €. Une dizaine de partenaires sont encore à trouver pour boucler le Défi41. Un truc de dingue que va entreprendre cet (extra) terrestre qui ne l’est pas. Juste un athlète pas si fou que ça, avec une tête, et des jambes.

 

F.S

 

  1. (1) Exposition du corps ou de parties du corps à des températures extrêmement froides pour des temps courts afin de provoquer sur le sujet des effets hormonaux et biochimiques qui améliorent considérablement ses prédispositions à l’analgésie – en clair, au soulagement des douleurs corporelles – en agissant comme un puissant stimulateur psychique. Une séance permet d’éliminer la sensation de fatigue, d’assouplir des muscles tendus ainsi que d’intensifier le passage sanguin dans les téguments et les organes internes.

 

www.defi41.com

Photo Denis Bomer

Photo Denis Bomer

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Photo F.S

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Photo Denis Bomer

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Le palmarès de Ludovic Chorgnon

 

  • Plus de 50 marathons.
  • Badwater (217 km non-stop dans la Vallée de la Mort)
  • Spartathlon (245 km non-stop en Grèce)
  • Ultr’Ardèche (216k m non-stop en Ardèche)
  • 4 Diagonales des fous (166km non-stop à travers l’Ile de la Réunion)
  • Grand Raid des Pyrénées (164km – 10.000m +)
  • 2 Marathons des Sables
  • Everest Sky Race (250 km au tour et sur l’Everest)
  • AMT au Mustang (250 km au Mustang – Népal)
  • Himal Race (900 km en très haute altitude au Népal)

 

  • Grand Raid Sahara en Mauritanie (250km dans le désert)
  • Comrades en Afrique du Sud
  • Desert Oman Raid (220 km au Sultanat d’Oman)
  • Ultra Trail du Mont-Blanc (UTMB)
  • 24 heures de Grenoble
  • Traversée de la Corse en 7 jours
  • Ascension du Kilimandjaro (5 895 m) en courant
  • Ironman de Bolton, Zurich, Gravelines, Embrun, des Angles, Vitoria Gasteiz
  • Double Ironman du Pays de Galles (7,8km de natation, 384km à vélo et 84,4km à pied)

 

Le Défi41 en chiffres

 

  • 156 km de natation, à la piscine municipale des Grands Prés à Vendôme.
  • 7.380 km de vélo (8 boucles de 22,5 km entre Vendôme et Renay).
  • 1.730 km de course à pied (7 boucles de 6 km traversant notamment Vendôme).
  • Total : 9.265,765 km.
  • Guiness book des records et Fédération française de Triathlon pour l’homologation.

 

Article à paraître dans la Renaissance du Loir-et-Cher du 17 avril 2015

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C'est pas "mâle" parti

3 Avril 2015 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #Presse book

 

Quinze femmes sont entrées au Conseil départemental nouvelle génération. Pour y faire de la figuration ? Peut-être pas…

 

Parité : n.f (du latin par, paris, égal). Égalité parfaite ; conformité. La définition d’un dictionnaire suffit d’elle-même. Les femmes sont désormais égale proportion des hommes dans la salle Kléber-Loustau du Conseil départemental de Loir-et-Cher. Les mâles sont prévenus : il va leur falloir composer avec, et pas seulement pour faire de la figuration ou pour apporter une touche de féminité à la mode vestimentaire du veston sombre-cravate claire.

 

"C'est un bon début"

 

Ça valait le déplacement, jeudi 2 avril dernier, lors de l’installation de cette nouvelle assemblée fraîchement élue. La moitié sont des femmes, et avec elles leurs qualités ad hoc. Leurs compétences aussi. Certaines semblaient un peu intimidées, mais cela ne saurait durer. L’erreur serait de minimiser la portée de ce changement radical, certes accouché au forceps – il a fallu une loi pour l’imposer – mais qui préfigure un bouleversement de la vie politique locale. Cette dernière – et particulièrement les cantons -  véritable pépinière d’élus, est souvent le tremplin vers d’autres carrières politiques : beaucoup ont débuté par ces ancrages locaux, propices aux carrières longues, vers d’autres assemblées, voire la présidence de la République pour certains. On pourra regretter que seulement neuf femmes ont accédé à la présidence d’un département, mais en Loir-et-Cher elles sont quatre sur neuf à être vice-présidentes : Monique Gibotteau (délégation solidarités), Christina Brown (délégation aux personnes âgées), Catherine Lhéritier (Personnel et transports) et Isabelle Gasselin (délégation Vie associative, culture, jeunesse et sport). Deux sur 5 vont aussi présider des commissions : Florence Doucet aux solidarités et Claire Foucher-Maupetit à la Culture, jeunesse et sport. Au total, douze nouvelles femmes sont conseillères départementales sur les vingt nouveaux arrivants dans cette assemblée. Une assemblée rajeunie également : quatre conseillers ont 40 ans ou moins.

 

« C’est un bon début », déclarait Monique Gibotteau à l’issue de la séance officielle d’installation, à qui nous demandions ce qu’elle en pensait. Elle se sentira moins seule : dans la précédente mandature, elle était en effet la seule femme à siéger en tant que vice-présidente. « Tout ne sera pas réglé pour autant et il faudra encore du temps pour se faire accepter par tous ces mâles », nous avait dit avec un petit sourire en coin et avant le premier tour des élections Geneviève Baraban, qui prend la tête de l’opposition de gauche au nouveau Conseil départemental. Elle succède à Gilles Clément qui passe la main. Sa finesse d’esprit et ses interventions ciselées devaient trancher avec le côté brouillon de son prédécesseur, souvent sèchement renvoyé dans les cordes par le président Leroy qui n’aime rien tant que remporter ces joutes oratoires. Surtout quand le répondant n’est pas au rendez-vous.

 

Des élus coupés du peuple

 

Mais ne nous y trompons pas : l’entrée massive des femmes dans les Conseils départementaux ne résoudra pas tout. Parmi les chantiers d’une démocratie représentative en miettes, il y a d’abord l’abstention : Maurice Leroy a beau jeu de dire « les Loirs-et-Chériens ont remis les pendules à l’heure ». Il devrait plutôt dire « des Loir-et-Chériens », car tous les inscrits sur les listes électorales ne se sont pas rendus aux urnes, loin s’en faut : au total, en tenant compte de cette abstention, à peine un Loir-et-Chérien sur trois a voté pour ses représentants départementaux (1). Ensuite, un tiers de ces électeurs n’ont aujourd’hui aucun représentant dans l’assemblée départementale. On peut regretter l’existence du Front national, ses prises de positions aux limites du supportable et ses projets inconscients, mais c’est un fait : au premier tour plus de 34.000 personnes ont apporté leurs suffrages à ce parti (soit plus que l’Union de la droite de Maurice Leroy), au second plus de 27.500 (soit moins de 2.000 voix qu'elle). À l’arrivée : aucun siège. Les élus de droite et de gauche ont tout intérêt à conserver ces règles du jeu électoral, leur permettant de conserver leurs places et de s’assurer une domination confortable. Mais cela ne fait qu’aggraver la défiance des Français qui reprochent justement à leurs élus d’être coupés des réalités de la population en étant peu représentatifs des électeurs, et aussi une certaine endogamie électorale mortelle à la longue.

 

Peut-on attendre des femmes nouvellement élues de faire sortir du déni et d’apporter une réflexion sur ce point comme sur beaucoup d’autres ? C’est à souhaiter. Elles peuvent faire entendre leurs voix et briser - peut-être - le plafond de verre qui les empêche d'aller plus haut. En tout cas, les hommes le savent mieux que quiconque et depuis longtemps : on peut avoir le dernier mot avec une femme, à condition que ça soit « oui ». 

 

(1) Le Loir-et-Cher compte 342.224 habitants (Insee 2012).

 

Quelques grammes de douceur dans ce monde de mâles

Quelques grammes de douceur dans ce monde de mâles

y a pas que "l'opposition de gauche" qui avait remarqué son absentésisme... Certains journalistes aussi, qui l'ont d'ailleurs payé cher...

y a pas que "l'opposition de gauche" qui avait remarqué son absentésisme... Certains journalistes aussi, qui l'ont d'ailleurs payé cher...

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