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Le jour. D'après fred sabourin

Articles récents

Le Président Macron : un gothique flamboyant pas très catholique…

17 Avril 2019 , Rédigé par F.S Publié dans #édito

Cinq ans. Faire vite, reconstruire à l'identique, vite, vite, vite on vous dit, allez hop et qu'ça saute ! Effacer rapidement les traces du drame qui a stupéfait Paris et une partie des Français au soir du 15 avril, les yeux levés vers l'hallucinant spectacle. À l'heure de la toute puissance des nouvelles technologies, ça n'est quand même pas l'incendie de poutres en chêne quasiment millénaires qui va perturber le fonctionnement d'un quinquennat ? Il pourrait même faire renaître de ses cendres un quinquennat moyenâgeux sur l'air de la "Renaissance"... 

(c) 5/11/2006

(c) 5/11/2006

Paris brûle-t-il ?
 

Notre-Dame de Paris a brûlé ; la charpente séculaire en partie du XIIIe siècle et du XIXe est réduite en cendres et l'image de la flèche de Viollet-le-Duc s'écroulant en flammes sur elle-même hantera longtemps l'imaginaire français, comme le furent les tours jumelles de New York en septembre 2001 ou le Bataclan en novembre 2015.
 

L'émotion considérable, à peine les cendres refroidies, a fait affluer un "pognon de dingue" comme arrosé par un canadair, pour aider à sa reconstruction, que tout le monde souhaite, mais certains visiblement plus rapidement que d'autres. Des centaines de millions sont déjà promis, mais gageons que les grandes fortunes qui les proposent se feront fort d'honorer ces promesses de dons. La défiscalisation qui en découle attise les appétits, la manne touristique liée à la présence de grands monuments à Paris est probablement une autre raison de sortir le carnet de chèques (plus de 13 millions de visiteurs par an à Notre-Dame, malheur à ceux qui différaient depuis longtemps leur visite !).
 

Coup de chaud sur l’île de la Cité
 

Nous n'en sommes pourtant qu'au début ! Si les premiers constats montrent que globalement la structure de Notre-Dame a résisté, il faudra attendre et probablement plusieurs mois pour que soient terminées les opérations de nettoyage et que soient enlevés les gravats, débris, restes calcinés de cette charpente et que les milliers de litres d'eau déversés sur les voûtes sèchent pour savoir comment cette structure a réellement résisté, dans le temps. On apprend déjà - au deuxième jour - que le pignon côté nord est très fragilisé du fait de la disparition de la charpente, et menacerait de s'effondrer entraînant avec lui la rosace se trouvant juste en dessous. On ne sait pas non plus dans quel état se trouve l'orgue, qui a dû prendre un coup de chaud, la poussière, la fumée et probablement aussi de l'eau...

- 26 janvier 2007, obsèques de l'Abbé Pierre -

- 26 janvier 2007, obsèques de l'Abbé Pierre -

Plus vite, plus haut, plus fort
 

Viendra ensuite le temps de la réflexion : reconstruit-on à l'identique - c'est-à-dire avec une charpente en chêne dont on sait déjà qu'il sera difficile, malgré les grandes déclarations d'intentions et propositions de dons d'arbres qui arrivent ici ou là, d'en trouver un nombre suffisant - ou fait-on appel non seulement au savoir-faire du XXIe siècle mais plus encore aux idées nouvelles en matière d'architecture. On se prend à imaginer une toiture en verre et aluminium, à l'image de la grande pyramide du Louvre. Ou un projet à la Hidalgo : une toiture végétalisée avec accès au public parisien, qui aurait au moins le mérite de s'accorder aux exigences écologiques actuelles... Soyons dingo !
 

Le Président de la République Emmanuel Macron s'est enflammé, tout brûlant d'impatience mardi 16 avril vers 20h en annonçant une reconstruction "rapide, dans 5 ans". Je le veux, je l'exige. Qu'il en soit ainsi, fiat ! Naturellement il n'aura échappé à personne que ce laps de temps correspond à l'année d'ouverture des JO de Paris 2024. Plus vite, plus haut, plus fort semble dire le Président, paraphrasant le baron de Coubertin. On sent que secrètement, il espère en être... Dommage que le septennat n'existe plus, il aurait gagné deux ans. 

Gothique flamboyant
 

Il n'est peut-être pas inutile de relire G. Duby, qui dans Le Temps des Cathédrales nous instruisait sur le fait qu'à l'époque de la construction des grandes cathédrales, aux XIIe-XIIIe siècles, le modèle dominant de spiritualité est plutôt l'abbaye – même déjà déclinante - où se concentrent non seulement les prouesses architecturales et savoir-faire de l'époque mais davantage encore le pouvoir et la richesse qui l'accompagnent. Les villes s'étendait de plus en plus et avec elle le pouvoir des épiscopes ; les cathédrales deviendront peu à peu par leur grandeur et magnificence le symbole d'une puissance urbaine voulant rivaliser de plus en plus avec la puissance du monachisme.
 

Au Moyen-Age, ça n'est pas une découverte, on prenait le temps. Dans les abbayes, les scriptorium, dans les palais jusque dans les chaumières : le temps avait son importance, on le respectait. Certains me diront qu’on n’avait guère le choix. Mais quand même, quel luxe ! Du temps pour penser, du temps pour imaginer les plans, du temps pour tailler les pierres, du temps pour préparer les poutres taillés d’une seule pièce dans les chênes centenaires, du temps pour les maîtres verriers, du temps pour les sculpteurs... Un compagnon qui assistait au début de la construction savait qu'il n'en verrait pas l'achèvement… Imagine-t-on le jeune Emmanuel Macron mourir avant l’achèvement des travaux de la cathédrale de Paris ? Politiquement pourtant, le risque existe…
 

Cette course contre la montre déclenchée par ce Président jupitérien pourtant pas dénué de culture classique, historique et philosophique, est un désir fou. Vouloir reconstruite à l'identique une cathédrale dont il a fallu 60 ans aux bâtisseurs pour en voir l’achèvement, et davantage encore si on se souvient que la première pierre fut posée par Charlemagne, et la dernière par Philippe Auguste, dans les cinq ans qui viennent est une gageure autant qu’une inconscience. Un piétinement de l’histoire.
 

Ce Président est décidément un flamboyant gothique, pas très catholique.

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Blanche comme neige : Laâge du conte

11 Avril 2019 , Rédigé par F.S Publié dans #chronique cinéma

Au bout du conte, l’envers du conte, le nouveau film d'Anne Fontaine. Avec Lou de Laâge, Isabelle Huppert, Charles Berling, Damien Bonnard, Jonathan Cohen, Richard Fréchette, Vincent Macaigne, Benoît Poelvoorde...

- Lou de Laâge, Isabelle Huppert. (c) Emmanuelle Jacobson-Roques -

- Lou de Laâge, Isabelle Huppert. (c) Emmanuelle Jacobson-Roques -

Cette Blanche Neige se prénomme Claire (Lou de Laâge), et c’est une jeune femme d’une grande beauté, diaphane et pâle comme son nom l’indique. Orpheline, elle suscite l’irrépressible jalousie de sa belle-mère Maud (Isabelle Huppert), qui va jusqu’à préméditer son meurtre. Sauvée in extremis par un homme mystérieux qui la recueille dans sa ferme perchée dans l’Isère près du sanctuaire Notre-Dame de la Salette, Claire, sensuelle et spontanée, décide de rester dans ce village et va éveiller l’émoi de ses habitants... Sept hommes vont tomber sous son charme, dont quatre vont la croquer comme une belle pomme. Début d’une émancipation radicale pour Claire ; et derniers feux du désir en fin de vie pour sa marâtre qui a tout pour finir brûlée dans les feux de l’enfer.
 

Légère et court vêtue, Blanche comme neige s’en va courir un jogging dans les rues de Lyon, se fait enlever, et se réveille dans une forêt maléfique à faire trembler les enfants à qui on lit des contes de Grimm. Sauf qu’il faudra rapidement censurer l’histoire aux chastes oreilles : Claire – c’est son prénom – assouvit ses désirs – longtemps réfrénés – avec de parfaits inconnus quelques heures auparavant. Tour à tour dépressif, benêt, taiseux ou timide, les quatre « nains » (sur sept) qui cèdent à l’appel de la chair et du vice avec Claire sont autant de faire valoir d’un détournement de conte par Anne Fontaine, dont on se demande bien ce qu’elle a voulu nous montrer, au fond.
 

De beaux paysages de Drôme et d’Isère filmés avec un drone : probablement. Une jolie femme de 28 ans dans la vraie vie, vue dans des séries jusqu’alors, (1788 et demi notamment, et au théâtre dans  Il était une fois... le Petit Poucet, de Gérard Gelas en 2013) : sûrement. Des portraits d’hommes rapidement brossés entre dépression, bêtise et timidité : assurément. On regrette juste un peu que la réalisatrice des Innocentes (avec Lou de Laâge), Gemma Bovery et Marvin ou la belle éducation nous laisse aussi froid que la sensualité de Claire nous réchauffe, entre deux foulées de jogging en bordure des Alpes. Le suspens hitchcockien suggéré par les routes sinueuses perdues dans le brouillard ne se dissipe finalement jamais. Pas sûr que Blanche comme neige trouve son public venu croquer une si belle pomme, pourtant…

- Jonathan Cohen, Lou de Laâge. (c) Emmanuelle Jacobson-Roques -

- Jonathan Cohen, Lou de Laâge. (c) Emmanuelle Jacobson-Roques -

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La Rochette : un village, un château, une église

7 Avril 2019 , Rédigé par F.S Publié dans #émerveillement

La Rochette : un village, un château, une église

Petit logis rectangulaire cantonné de tourelles en encorbellement, construit vers 1580. Propriété des de Paris au XVIIe siècle, puis des Guytard de Riberolle, puis des de Causans. Communal depuis 1946. Restauration en 1992, année de son classement à l'inventaire supplémentaire des Monuments historiques. (La Rochette).

- église saint Sébastien, La Rochette (16) -

- église saint Sébastien, La Rochette (16) -

La Rochette : un village, un château, une église
La Rochette : un village, un château, une église
La Rochette : un village, un château, une église
- Le château de la Rochette animé par le festival "Passe-Tourelles" les 6-7 avril 2019 -

- Le château de la Rochette animé par le festival "Passe-Tourelles" les 6-7 avril 2019 -

La Rochette : un village, un château, une église

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Dernier amour, ou Casanova désincarné

22 Mars 2019 , Rédigé par F.S Publié dans #chronique cinéma

Film de Benoît Jacquot. Avec Vincent Lindon (Giacomo Casanova), Stacy Martin (Marianne de Charpillon), Valeria Golino, Julia Roy, Nancy Tate.

- Vincent Lindon, Stacy Martin -

- Vincent Lindon, Stacy Martin -

Giacomo Casanova est au crépuscule de sa vie. En 1785, solitaire et en retrait au château de Dux en Bohême, il écrit ses mémoires, Histoire de ma vie. Une jeune femme rend visite à cet homme à la voix fatiguée. Commence un long flash-back où Casanova raconte comment, trente ans auparavant, il a buté sur la seule femme qu’il n’a pu définitivement conquérir, Marianne de Charpillon, rencontrée lors d’un exil à Londres. Lui qui fut, comme il le dit, « l’ami de toutes », n’aura pu être celui de cette jeune courtisane « infréquentable » comme elle l’avoue elle-même. Elle voulait qu’il l’aime « comme un fiancé ; autant qu’il la désire ». Un amour douloureux qui marqua le début de sa décadence. « J’ai toujours été l’ami de toutes. Sauf une. » Benoît Jacquot met en scène cet épisode de la vie du séducteur italien dans Dernier amour. Et il nous endort un peu, Jacquot…

Dernier amour, ou Casanova désincarné

Car si peu de chair, si peu de désir, si peu d’émotion transpirent de ce Dernier amour de Benoît Jacquot... Quel dommage d’être passé à côté de son sujet, avec pourtant tous les ingrédients pour y parvenir. Un personnage historiquement fascinant (Giacomo Casanova) ; une courtisane de 17 ans ingénue et finement calculatrice, connaissant ses charmes et la faiblesse des hommes qui la font vivre ; les sentiments troubles qui font naître le désir ensuite ; une union impossible ou toujours empêché ; deux acteurs superbes pour les incarner. Las. Bien après le mot "fin", le spectateur attend toujours une émotion, en vain.
 

Malgré cela, Benoît Jacquot apporte à ce Dernier amour des ingrédients qui le sauvent : une photo soignée, la mise en scène de Londres au XVIIIe siècle précise, de subtils éclairages et des cadrages rigoureux. Le personnage de Marianne de Charpillon interprété par Stacy Martin (vue dans Amanda  de Mikhaël Hers l’automne dernier avec Vincent Lacoste) a, malgré sa candeur, beaucoup plus d’intérêt dans l’ingéniosité que le héros en déclin, autrefois flamboyant mais déjà sur la fin. Dommage que Vincent Lindon, d’ordinaire donnant tant d’épaisseur à ses personnages, en manque cruellement, faisant de Dernier amour un film certes attendu et désiré comme une fiancée, mais finalement dénué de chair et de sentiments. La débandade. 

F.S.

- Vincent Lindon -

- Vincent Lindon -

- Stacy Martin -

- Stacy Martin -

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Notre enfance est toujours un secret...

17 Mars 2019 , Rédigé par F.S Publié dans #littérature

Notre enfance est toujours un secret...

"Mes parents ont tâché de me donner une bonne éducation, mais il n'y ont pas réussi. La maison avait trop d'issues de plain-pied sur deux ou trois rues et, par la porte de la cuisine ou celle du jardin, j'étais bientôt dehors. En réalité, les parents n'élèvent pas leurs enfants, même quand ils les gardent à vue. Notre enfance est toujours un secret".

(...)

"En hiver, après le dîner, le domestique posait la lampe de porcelaine bleue sur la table du salon et jetait dans la cheminée un fagot de sarments dont les flammes tout de suite montaient ; mon père s'enfonçait sans un fauteuil, lançant très loin par bouffées la fumée de sa cigarette ; ma mère prenait son ouvrage ou un roman qu'elle commençait par la fin et ne quittait plus. J'apprenais mes leçons sous la lampe. Mon père me posait des questions instructives, ou bien, sans s'apercevoir de ma présence, poursuivait avec ma mère une discussion aigre et interminable où le même sujet avec ses pointes était ressassé sans fatigue. Parfois, dans la même nuit, ce colloque reprenait d'un lit à colonne à l'autre, aux deux bouts de la grande chambre. Les soirs paisibles, mon père se mettait au piano, fredonnant avec des éclats de voix subits, et ma mère se levait et lui caressait la tête".

Jacques Chardonne, Le Bonheur de Barbezieux. Stock 1938.

Notre enfance est toujours un secret...
Notre enfance est toujours un secret...
Notre enfance est toujours un secret...
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Grâce à Dieu (les faits sont prescrits…)

7 Mars 2019 , Rédigé par F.S Publié dans #chronique cinéma

Grâce à Dieu (les faits sont prescrits…)

Le film de François Ozon retrace l’éclatement de l’affaire Preynat, prêtre du diocèse de Lyon qui a abusé d'environ 70  enfants scouts durant deux décennies, et du silence coupable de sa hiérarchie, dont Mgr Barbarin l’actuel archevêque de Lyon, qui l'a laissé dans ses fonctions jusqu'en septembre 2015. Un film tendu, aux limites du documentaire, mené comme un thriller, où l’on voit la quête des plaignants, rassemblés en association La Parole libérée, afin de faire éclater la vérité de faits certes prescrits pour la plupart, mais bien réels pour les victimes qu’ils sont toujours. Grâce à Dieu, dont les avocats du cardinal-archevêque Philippe Barbarin voulaient interdire la sortie le 20 février dernier parce que le jugement n’avait pas encore été rendu, a obtenu l’Ours d’argent au festival du film de Berlin.

Grâce à Dieu (les faits sont prescrits…)

François Ozon voulait filmer « des hommes qui pleurent » (sic). C’est réussi. Pourquoi ça marche ? Parce que les hommes en questions ont tous, dans Grâce à Dieu, quelque chose de l’enfance brisée net sur l’autel de l’impensable. Abusés sexuellement par celui en qui ils avaient toute confiance – le père Bernard Preynat, charismatique aumônier du groupe scout Saint-Luc, fer de lance de la pastorale lyonnaise dans les années 70-80 – Alexandre (Melvil Poupaud), François (Denis Ménochet) et Emmanuel (Swann Arlaud) portent encore en eux la marque de l’agression. Indélébile. Innommable. Incompréhensible. Il en résulte un film abouti, sec, sans cruauté inutile, sans pathos superflu, où les victimes cherchent à se reconstruire à travers « la parole libérée ».


Trois itinéraires, trois personnalités, trois manières de voir la reconstruction après la déconstruction. Il y a d’abord Alexandre (Melvil Poupaud), l’homme par qui tout arrive (François Devaux dans la vraie vie). Père de famille de cinq enfants, à la situation sociale confortable, fervent catholique et habitant un appartement bourgeois de la presqu’île en bord de Saône, se heurte dans un premier temps à l’inertie de l’Église. Il contact et rencontre plusieurs fois la psychologue du diocèse – Régine Maire, son vrai nom – mais le cardinal Barbarin (François Marthouret) ne semble pas prendre toute la mesure de ce qu’il faudrait pourtant faire  sans trop se poser de questions : suspendre le père Preynat de toutes fonctions cléricales, et porter l’affaire devant la justice, même si « les faits sont prescrits », comme il le dira lui-même maladroitement dans une conférence de presse en mars 2016.
 

Il y a François (Denis Ménochet), lui aussi père de famille de 3 filles, ayant lui aussi plutôt bien réussi socialement, après avoir tout refoulé jusqu’au jour où les démarches d’Alexandre viennent le sortir de sa torpeur et le secouer sans ménagement. D’un tempérament plutôt impulsif, furieux, il peine à se situer dans la procédure, oscillant entre envie de coups de communication et nécessité d’avancer pas à pas pour apparaître le plus crédible possible.

- Swann Arlaud, Josiane Balasko - (c) Mars Films

- Swann Arlaud, Josiane Balasko - (c) Mars Films

Il y a enfin Emmanuel (Swann Arlaud), jeune homme qui lui n’a rien construit ou pas grand-chose, « pas de boulot, pas de famille, une relation toxique avec ma copine », des relations avec son père au point mort. De très loin la figure la plus impressionnante des comédiens de Grâce à Dieu, même si Ménochet, Poupaud et Éric Caravaca (Gilles, médecin qui va lui aussi jouer un rôle actif dans La Parole libérée) ne sont pas à la remorque. Emmanuel attend beaucoup de cette lutte du collectif pour se reconstruire, enfin. Mention spéciale au personnage de sa mère, joué par Josiane Balasko, discrètement bouleversante).
 

Seuls les clercs passent à travers les mailles du filet – image insaisissable qu’ils cherchent à donner d’eux-mêmes ? – dans des rôles finalement bien fades, comme perdus une fois que l’échafaudage de la hiérarchie semble s’écrouler. Bernard Verley, qui interprète le père Preynat, donne pourtant le maximum pour entrer dans le personnage qui reste lointain ; que dire du cardinal Barbarin (François Marthouret) qui semble désincarné ? Parti pris d’un film construit sur le seul point de vue des victimes ? Rien n’est de trop pourtant dans Grâce à Dieu de François Ozon, même la réplique lancée par Éric Caravaca (Gilles) : « On ne fait pas ça contre l’église mais pour l’église ». En sortant, on repense aux mots du cardinal Yves-Marie Congar (théologien dominicain expert au concile Vatican II, exposé aux soupçons et sanctions de l’autorité ecclésiales), qui disait : « souffrir pour l’Église n’est rien comparé à souffrir par l’Église ». On ne saurait mieux résumer…

Grâce à Dieu (les faits sont prescrits…)
Jeudi 7 mars, le jugement a été rendu dans le cadre du procès Barbarin, devant le tribunal correctionnel de Lyon. Mgr Philippe Barbarin, cardinal-archevêque a été condamné à 6 mois de prison avec sursis par le tribunal. En janvier dernier, le procureur de la République avait requis la relaxe. Mgr Barbarin a annoncé qu’il remettrait sa démission au Pape François « dans les jours qui viennent ».

 

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Le tour du monde à l'ancienne de Jean-Luc Van Den Heede : inutile, et tellement utile

22 Février 2019 , Rédigé par F.S Publié dans #l'évènement, #voyage - voyage...

(capture facebook Thalassa)

(capture facebook Thalassa)

Le 29 janvier dernier, après 211 jours, 23 heures, 12 minutes et 19 secondes, Jean-Luc Van Den Heede, 73 ans, a bouclé le tour du monde à la voile, sur les traces du Golden Globe de 1968, c'est-à-dire sans moyens de communications modernes, sans ordinateurs ni GPS, sans pilote automatique. Au sextant, à la barre, à la force des bras, bref : "à l'ancienne". 18 marins avaient pris le départ du Golden Globe Race le 1er juillet 2018 - déjà dans une quasi indifférence générale, tout le monde trop occupé par la planète foot - ils n'étaient plus que 5 lorsque "VDH" (son surnom) a coupé la ligne aux Sables-d'Olonne, après de multiples abandons, certains pour démâtages d'autres pour renoncements liés aux difficultés psychologiques d'une telle aventure. Deux fois sur le podium du Vendée Globe, VDH boucle là son sixième tour du monde en solitaire, dont un "à l'envers" c'est-à-dire face aux vents dominants, en 2004, pulvérisant le record. Il a doublé dix fois en solitaire le Cap Horn ; il peut donc allègrement cracher face au vent. Avec son mètre 90 et ses 90 kilos, barbe blanche à l'image du Vieil homme et la mer d'Hemingway, il a déclaré à l'arrivée, devant une forêt de micros et de caméras : "À 73 ans, je pense qu'on a encore de beaux jours devant soi...". Cette manie des marins de faire des phrases...  

(capture facebook Thalassa)

(capture facebook Thalassa)

En 1968, le Golden Globe Challenge​​​​​​, course lancée par le Sunday Times à l'initiative de Sir Francis Chichester, fut la première course autour du monde à la voile sans escale. S'il y eut bien un vainqueur, le ketch Suhaili de Robin Knox-Johnston, seul des neuf partants à revenir à bon port après 313 jours de mer sans toucher terre, on se souvient aussi de la course pour le coup d'éclat du marin français Bernard Moitessier. Alors qu'il entamait la remontée de l'Atlantique après avoir doublé en tête le Cap Horn sur Joshua, il mit cap sur Bonne Espérance où il catapulta sur le pont d'un cargo un message : « Je continue sans escale vers les îles du Pacifique, parce que je suis heureux en mer, et peut-être aussi pour sauver mon âme ». Il continua donc sa route vers l'est traversant à nouveau l'Océan Indien et doublant une seconde fois cap Lewin. Il mit sac à terre à Tahiti après 300 jours de mer, le 21 juin 1969 (il était parti de Plymouth en Angleterre le 22 août 1968). Il racontera sa vie de "vagabond des mers du sud" dans un célèbre livre, La Longue route, un petit bijou de récit de voyage qui se déguste comme un bon vieux cognac dans un fauteuil club au coin du feu.  

(capture facebook Thalassa)

(capture facebook Thalassa)

Cet événement - car c'en est un, vraiment - est passé inaperçu le 29 janvier dernier, sous la pluie froide de l'hiver aux Sables-d'Olonne, et c'est bien dommage. L'exploit de Jean-Luc Van Den Heede est à la hauteur des enjeux climatiques actuels. On ne va pas les re-lister ici, citons seulement les dernières "bonnes nouvelles" en date : l'effondrement progressif, massif et irrémédiable de l'Antarctique ouest, qui devrait faire monter le niveau des mers d'environ 3 mètres, à horizon des 50 ou 100 prochaines années. Avec les conséquences qu'on imagine sans trop de peine. Et puis tout le reste... 

L'arrivée de VDH après ce tour du monde à l'ancienne, sans GPS ni Wifi ni rien de tout ce qui accompagne nos vies quotidiennes désormais et dont on a bien du mal à se passer, noyée dans le fatras de la crise existentialiste franco-française, du merdier géopolitique mondial et enfumé par les barbecues de merguez des ronds-points gilets-jaunes, est passée à la trappe. Sauf pour une poignée de dingos - dont je suis - qui s'intéressent encore à ces défis aussi impossibles (en apparence) qu'inutiles (ils ne le sont pas). 

VDH est un type épatant : « Autant j’aime les défis et être en mer, autant la solitude me pèse, dit-il à Libération dans un beau portrait le 1er février dernier. Nous étions six bateaux identiques au départ (sur 17), et je pensais que nous allions naviguer groupés. Après l’Atlantique, je me suis retrouvé complètement seul. J’ai traversé l’océan Indien puis le Pacifique sans rencontrer quiconque, sans échanger avec mes concurrents. C’est en virant le cap Horn que j’ai enfin pu papoter avec le gardien du phare par VHF ». Il avait embarqué pas mal de livres - Moitessier naturellement mais aussi Tabarly - et c'est finalement les deux dernières années du Canard Enchaîné qu'il a lu, pour le plaisir de regarder l'actualité avec un sérieux recul... 

On a juste envie de lui dire merci. Il paraît que, autrefois professeur de mathématiques à Lorient, il parvenait à faire aimer la matière même aux plus récalcitrants. On en vient à se demander s'il n'arriverait pas à donner le pied marin à des terriens embarqués malgré eux sur un voilier de 12 mètres, pour plus de 200 jours de mer, sans autre compagnie que quelques albatros, "vastes oiseaux des mers, qui suivent, indolents compagnons de voyage, le navire glissant sur des gouffres amers"... 

F.S. 

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L’enfance éternelle de Bernadette Després, avec Tom Tom et Nana

23 Janvier 2019 , Rédigé par F.S Publié dans #l'évènement

L’enfance éternelle de Bernadette Després, avec Tom Tom et Nana

En attendant le projet d’une vingtaine d’épisodes de dessin animé en fin d’année 2019 et un jeu de sept familles, c’est toujours sur les planches de BD qu’on peut s’amuser avec Tom Tom et Nana. Une belle exposition est consacrée à sa créatrice au 46e Festival de la Bande Dessinée d’Angoulême, Bernadette Després, qui a conservé toute sa malice dans le regard, le sourire et une belle énergie communicative.

On entre par le fameux restaurant « À la bonne fourchette », et on est très vite happé par l’univers singulier de Bernadette Després, à grandes enjambées, autant que les petites jambes de ses personnages puissent leur permettre... Tom Tom et Nana, bande dessinée « pour enfants » – mais pas que – depuis près de 40 ans n’en finit plus d’amuser. « Ma fille avait 6 ans quand j’ai commencé à raconter mes petites histoires, et elle s’est tout de suite plongée dedans. Elle en a 48 maintenant ! », explique-t-elle lors de la visite guidée de l’exposition qui lui est consacrée, quartier jeunesse aux chais Magélis jusqu’à la fin du festival, et peut-être prolongée après (c’est à souhaiter). Des planches originales, des recréations de l’univers joyeux, tendre, sincère et romanesque de ces scènes de la vie quotidienne des enfants, au milieu de « ce petit théâtre qu’est le restaurant », avec leurs parents et toute une galerie de portraits croisés au fil des aventures et de l’imagination foisonnante de sa créatrice. Elle s’amuse encore à raconter comment a germé telle ou telle histoire, explique pourquoi elle ajouta un ou deux détails dans ses dessins qui suscitent la curiosité et le sens de l’observation de son jeune public, tant sont nombreux les niveaux de lectures.

L’enfance éternelle de Bernadette Després, avec Tom Tom et Nana
L’enfance éternelle de Bernadette Després, avec Tom Tom et Nana

Rémy Lepoivre, Tante Roberte, Mélanie Lano, Adrien Dubouchon, Sophie Moulinet, Mme Kellmer, Mme Biscotte, Virginie Picoret… les amateurs et amatrices aimeront forcément retrouver leurs personnages préférés, « des histoires et des ajouts qui ont eu lieu au fur et à mesure du récit » ajoute-t-elle encore. La raison du succès, même après 40 ans d’existence ? « Une rencontre, le bon moment le support J’aime lire, une époque, les années 70 où la bande dessinée pour enfants n’était pas très développée, le lieu », répond Romain Gallissot le commissaire de l’exposition et… les valeurs véhiculées, surtout ! L’authenticité, la bienveillance et la sincérité que les enfants ont tout de suite décelées et qui ont fait la rançon du succès.

Mise en scène par Élodie Descoubes, cette exposition « Tom Tom et Nana » est à déguster en 6 univers jusqu’au 27 janvier, une salle est aussi consacrée à des jeux pour plus d’interactivité ; des blagues, charades et devinettes parsemées un peu partout pimentent encore davantage cette immersion dans l’univers de Bernadette Després.

F.S.

L’enfance éternelle de Bernadette Després, avec Tom Tom et Nana
L’enfance éternelle de Bernadette Després, avec Tom Tom et Nana
L’enfance éternelle de Bernadette Després, avec Tom Tom et Nana
L’enfance éternelle de Bernadette Després, avec Tom Tom et Nana
- Bernadette Després -

- Bernadette Després -

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Les jouets de notre enfance sont des petits bossus qui s’essoufflent à nous suivre...

13 Décembre 2018 , Rédigé par F.S Publié dans #littérature

"Les jouets de notre enfance sont des petits bossus qui s’essoufflent à nous suivre. Un jour ils s’effacent, nous regardent nous éloigner, continuer une vie plus belle de ne s’appuyer sur rien. Sur rien, vraiment ? Nos livres savants et nos musiques profondes sont des poupées adultes.

J’écoute le bruit que fait l’araignée d’eau courant sur l’étang. Je frissonne au passage d’un ange pressé de rentrer chez lui. À six cents kilomètres de l’abbatiale j’entends le chuchotement de ses vitraux.

Les enfants sont de vrais moines : ils adorent l’invisible dont ils perçoivent chaque respiration. Regarder attentivement chaque escargot qui s’en va en carrosse à Versailles, c’est leur ascèse. Et puis ils renoncent. On dit qu’ils grandissent. En vérité, ils lâchent leur dieu. Quelques-uns poursuivent, traversent le monde en tenant dans le creux de leurs mains une pensée scintillante d’être puisée à la source du cœur. Toute la sainteté de la vie consiste à garder intacte cette chose qui n’a pas de nom, devant quoi même notre mort recule. Une pensée, mais non exprimable. Un amour, mais non sentimental.

Comme tous les saints, mon père n’était pas un saint. Son silence devant un ciel que le vent décoiffait disait son accord avec la vie incompréhensible aux yeux d’acacia.

Il n’y a pas d’autres raisons de vivre que de regarder, de tous ses yeux et de toute son enfance, cette vie qui passe et nous ignore".

Christian Bobin, La Nuit du cœur. Ed. Gallimard, 2018.

Les jouets de notre enfance sont des petits bossus qui s’essoufflent à nous suivre...
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Amanda : Vincent Lacoste, émouvant jusqu'à la déchirure

23 Novembre 2018 , Rédigé par F.S Publié dans #chronique cinéma

Film de Mikhaël Hers, avec Vincent Lacoste, Isaure Multrier, Stacy Martin.

- Vincent Lacoste Isaure Multrier (c) Nord-Ouest Films -

- Vincent Lacoste Isaure Multrier (c) Nord-Ouest Films -

On se doutait bien que Vincent Lacoste finirait par nous émouvoir au cinéma, du moins s’il interprétait d’autres rôles que ceux d’éternels adolescents ou post-adolescents tels qu’il a pu nous en gratifier – avec succès, reconnaissons-le – depuis 10 ans. Mais on ne savait pas que cela arriverait si vite. À 25 ans, l’acteur des Beaux gosses, d’Hippocrate, d’Aimer, plaire et courir vite, de Première année, joue la corde sensible dans le rôle de David, qui se retrouve à 24 ans et bien malgré lui responsable d’Amanda (Isaure Multrier, époustouflante) sa jeune nièce de 7 ans qui vient de perdre sa mère, Sandrine (Ophélia Kolb) victime d’un attentat dans un parc parisien lors d’un pique-nique sur l’herbe d’une belle soirée de printemps.
 

Tout commence dans un Paris charmant, tel que la maire de Paris doit en rêver : un printemps abondant, une tempête de ciel bleu, un garçon qui traverse la capitale à vélo, une jeune femme et sa petite fille dans un appartement parisien, des escaliers menant vers un studio avec fenêtre sur cour. David (Vincent Lacoste, donc), la petite vingtaine, fait ce que beaucoup de jeunes de sa génération font : il enchaine les petits boulots et une formation d’élagueur d’arbres qu’on devine bidon. Il est également « agent immobilier » de touristes étrangers pour le compte d’un propriétaire qu’on ne voit pas mais dont on devine qu’il utilise pour louer ses biens une très connue plateforme web de particuliers à particuliers. A force de courir partout, il arrive en retard à la sortie de l’école où il doit récupérer sa nièce Amanda, puis se fait engueuler par sa sœur, prof d’anglais, en rentrant à l’appartement. Bref, un début de film à la facture classique mais dont on sent bien que la belle harmonie ne va pas durer.

- Vincent Lacoste Ophelia Kolb (c) Nord-Ouest Films -

- Vincent Lacoste Ophelia Kolb (c) Nord-Ouest Films -

Le ciel s’assombrit lorsque Sandrine se rend à un pique-nique dans un parc près de la porte de Vincennes. David doit la rejoindre, mais bien sûr il sera en retard à cause de touristes eux-mêmes en retard. C’est ce qui le sauvera, lui, d’une mort quasi certaine, mais pas sa sœur, victime des balles de tueurs d’un attentat perpétré sur des gens normaux qui s’apprêtaient à passer un agréable moment ensemble, c’est tout. Là, la sidération du visage mi-enfantin mi-adulte de Vincent Lacoste fige le spectateur dans une scène qu’il croit reconnaître, et pour cause : le film sort trois ans après les attentats du 13 novembre 2015. Le réalisateur Mikhaël Hers (Memory lane, Ce sentiment de l’été) a le bon goût d’user d’ellipses : c’est à la sortie de l’hôpital qu’on retrouve David hagard, tétanisé, qui rentre à l’appartement de sa sœur désormais défunte retrouver Amanda, qui dort du sommeil des innocents. Elle ne tardera pas à se réveiller en interrogeant de ses grands yeux bleus : « elle est où, maman ? J'veux voir maman ! ».

La suite, c’est David et Amanda qui vont la construire ensemble, à partir du moment où il accepte de faire les démarches pour qu’il devienne son tuteur légal, Amanda n’ayant pas de père connu dans les parages, un grand père décédé et une grand-mère quelque part à Londres mais qui n’a jamais donné de nouvelles à ses propres enfants. A 24 ans, David doit à la fois faire son deuil et assumer un rôle de père pour lequel il n’est absolument pas préparé, la petite main très demandeuse d’Amanda dans la sienne.

- Vincent Lacoste Isaure Multrier (c) Nord-Ouest Films -

- Vincent Lacoste Isaure Multrier (c) Nord-Ouest Films -

Autant le dire franchement : Vincent Lacoste n’est pas seulement émouvant, il est déchirant, assumant le rôle et les différentes palettes d’émotions que Mikhaël Hers lui donne à jouer, ce qu’il fait avec un talent qu’on devinait mais dont on ignorait quand il servirait à une autre cause que celle de « l’adulescence ». Il amorce un virage qui aurait pu venir plus tard, ou pas du tout, mais on sait gré à Mikhaël Hers de lui avoir proposé le scénario, et la jeune Isaure Multrier pour lui donner la réplique. Lui donner la réplique… et partager leurs émotions qui sourdent soudainement n’importe où, n’importe quand, dans ce Paris sans la fête des lendemains d’attentats tels que les vivent les rescapés. Ce qu’ils sont, lui et Amanda
F.S.

- Vincent Lacoste Isaure Multrier (c) Nord-Ouest Films -

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