Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
Le jour. D'après fred sabourin

Articles récents

"L'usage du monde"

8 Août 2015 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #montagne

"Finalement, ce qui constitue l'ossature de l'existence, ce n'est ni la famille ni la carrière, ni ce que d'autres diront ou penseront de vous, mais quelques instants de cette nature, soulevés par une lévitation plus sereine encore que celle de l'amour, et que la vie nous distribue avec une parcimonie à la mesure de notre faible coeur." 

 

Nicolas Bouvier, L'usage du monde. (1963)

 

 

 

- Ebréché -

- Ebréché -

"A l'est d'Erzerum, la piste est très solitaire. De grandes distances séparent les villages. Pour une raison ou pour une autre, il peut arriver qu'on arrête la voiture et qu'on passe la fin de la nuit dehors. Au chaud dans une grosse veste de feutre, un bonnet de fourrure tiré sur les oreilles, on écoute l'eau bouillir sur le primus à l'abri d'une roue. Adossé contre une colline, on regarde les étoiles, les mouvements vagues de la terre qui s'en va vers le Caucase, les yeux phosphorescents des renards. Le temps passe en thés brûlants, en propos rares, en cigarettes, puis l'aube se lève, s'étend, les cailles et les perdrix s'en mêlent... et on s'empresse de couler cet instant souverain comme un corps mort au fond de sa mémoire, où on ira le rechercher, un jour. On s'étire, on fait quelques pas, pesant moins d'un kilo, et le mot "bonheur" paraît bien maigre et particulier pour décrire ce qui vous arrive."

(Nicolas Bouvier, op. cit.)

 

- Alone, almost alone -

- Alone, almost alone -

- Plissé -

- Plissé -

- Cañon d'Ordessa : pas d'Apaches en vue -

- Cañon d'Ordessa : pas d'Apaches en vue -

- Un petit pas pour l'homme -

- Un petit pas pour l'homme -

- L'antre des dieux -

- L'antre des dieux -

- De glace et de roche -

- De glace et de roche -

- Sur des prés d'herbe fraîche -

- Sur des prés d'herbe fraîche -

- On a marché sur la lune -

- On a marché sur la lune -

- Accouchement -

- Accouchement -

Mont Perdu, Gavarnie-Ordessa (Hautes-Pyrénées, Aragon). 2 & 3 août 2015.

Lire la suite

"Ce toit tranquille où marchent les colombes"

25 Juillet 2015 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #montagne

"Ce toit tranquille où marchent les colombes"

Trois mille quatre cent quatre mètres. Pour les rabat-joies qui ne jurent que par les Alpes – il y en a hélas – ce plus haut sommet des Pyrénées ne les fait point fantasmer. Ils ont tort, mais peut-être pas complètement : seraient-ils en effet capables d’en atteindre le sommet du crâne ? Pas si sûr…

Nous avons laissé la voiture en contrebas d’un lieu au nom comme une promesse : les Hospices de France. Un des plus vieux lieu de passage de la France vers l’Espagne, et inversement. Une auberge, un abri, un lieu de soin et de réconfort à l’époque où traverser la frontière signifiait encore quelque chose de terrifiant, une famille d’épicier du nord de la France n’ayant pas encore créé une célèbre marque d'équipement de sport à prix défiant toute concurrence...

Luchon d’un côté, Benasque de l’autre. Entre les deux, une vingtaine de kilomètres mais  surtout un gros millier de mètres de dénivelé. Il faut en effet franchir le « Port de Venasque » à 2.445 mètres, entaille creusée de toute pièce dans la roche pour permettre un passage plus aisé qu’au col de la Glère (quel horrible nom !) quelques hectomètres plus à l’ouest. Pas de quoi nous effrayer, d’autant plus que le village de Benasque n’est point notre but final. Notre but, c’est l’Aneto, le plus haut sommet de la chaîne pyrénéenne, à 3.404 mètres. Il nous salue autant qu’il nous défie sitôt embouqué le Port de Venasque.

 

"Ce toit tranquille où marchent les colombes"

Quelques arpents plus bas (500 m de dénivelé quand même), une courte remontée permet de poser son sac et sa paillasse près du refuge de la Renclusa, sorte d’auberge espagnole bourrée d’Espagnols, justement. Son nom me fait toujours penser à « réclusion », allez savoir pourquoi… Le repos du guerrier y est cependant nécessaire, les choses sérieuses commenceront demain dès le lever du soleil. Nous nous couchons enveloppés dans une couverture d’étoiles, rien que le moelleux d’un sac de couchage entre elles et nous…

 

"Ce toit tranquille où marchent les colombes"

Le jour levé, et nous avec, il faut partir en suivant la caravane de marcheurs vers la Mecque du Pyrénéisme, la Jérusalem de roche et de glace, quasi céleste. S’embarquer dans des pierriers, sauter les blocs, atteindre, enfin, une brèche nommée « Portillon supérieur ». De là, le sommet apparaît plus précisément, mais on devine qu’il n’est pas encore sous nos semelles. Ces dernières seront rapidement revêtues de crampons, la neige est là, la glace aussi, en pente douce d’abord – alternant avec les rochers – puis plus nettement en tirant est/sud-est le long des flancs du sommet désormais tout proche. C’est là que le camarade décide d’effectuer un peu de maintenance sur ses crampons, ces derniers ayant lâchement décidé de lâcher prise dans la première partie. Il faut toujours vérifier son matériel avant de partir, pour éviter la trop grande confiance qui peut s’avérer néfaste une fois dans le merdier.

 

"Ce toit tranquille où marchent les colombes"
"Ce toit tranquille où marchent les colombes"
"Ce toit tranquille où marchent les colombes"

Sitôt la neige abandonnée, « il ne reste plus qu’à » suivre une crête sommitale et franchir l’ultime difficulté, à 25 mètres à peine du sommet : le « pas de Mahomet », que bon nombre de croyants comme d’athées ne franchiront jamais, vertige oblige. Dommage, même assis ça passe, et le prophète de la soumission ouvre sur un autre qui a mal terminé sa vie puisque c’est une croix métallique qui nous accueille, pour la seconde fois en 7 ans, au sommet de ces 3.404 mètres d’altitude et de bonheur absolu. La vue, totalement dégagée, porte aussi loin que nos petits yeux veulent bien aller. Pas un bruit, pas un souffle d’air ou c’est tout comme. Aucun emmerdement à l'horizon.

 

"Ce toit tranquille où marchent les colombes"
"Ce toit tranquille où marchent les colombes"

Là sont les dieux et leurs sièges royaux. Pauvres mortels nous n’y sommes que brièvement tolérés, avant de redescendre par le même chemin (et donc aussi le même pas de Mahomet). Mais nous sommes chargés de souvenirs - ce qui doit peut-être nous différencier des dieux de cet Olympe pyrénéen - aussi et même surtout chargés de l’envie irrépressible de revenir là, un jour, sans tarder.

 

"Ce toit tranquille où marchent les colombes"
"Ce toit tranquille où marchent les colombes"
"Ce toit tranquille où marchent les colombes"
Lire la suite

Le Défi 41 est-il " propre " ?

24 Juillet 2015 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #Presse book

- "Ludo le fou" et son docteur, Alain Aumaréchal -

- "Ludo le fou" et son docteur, Alain Aumaréchal -

Depuis le 1er juillet, Ludovic Chorgnon, alias Ludo le fou, enchaîne quotidiennement les triathlons catégorie Ironman. Objectif : en faire 41 jusqu'au 10 août. En buvant uniquement de l'eau de Vichy et en mangeant des pâtes ?

 

Le record officiel est battu depuis samedi 11 juillet. Ludovic Chorgnon, que tout le monde appelle " Ludo le fou " (1) a enchaîné 11 triathlons catégorie Ironman (2) en 11 jours, battant le record officiel qui était de 10. Il aurait pu s'arrêter là, Ludo. D'autant plus qu'il a du courir après ce record un peu (beaucoup ?) dingue sous la chaleur caniculaire du début du mois de juillet. Les températures dans le Vendômois ont même dépassé les 40° à l'ombre… Or Ludo pédale et court pratiquement tout le temps au soleil. Mais non, il continue, Ludo le fou. L'objectif qu'il s'est fixé est bien d'en faire 41. Comme le Loir-et-Cher. Aussi un peu pour battre le record officieux de 33 triathlons Ironman, détenu par Didier Woloszyn, un Français qui aurait réalisé cette " performance " à Laval au Québec, en juin-juillet 2013. Ce record est non homologué, et suscite bien des questions.

Alors forcément, des questions, il s'en pose aussi beaucoup. Au-delà de l'engouement et de la fascination quasi mystique d'un cercle à géométrie variable de bénévoles Vendômois, de ses amis proches et de sa famille, la performance de Ludovic Chorgnon et du Défi 41 a de quoi interroger. Peu de médias s'y intéressent pourtant, en tout cas aucun nationaux, et si la fédération de Triathlon suit ça de près pour homologuer le record, la fédération d'Athlétisme regarde le défi avec circonspection. Nous l'avions vu littéralement cuit le 6 juillet dernier (lire la Renaissance du 10/07), jour où, en plus d'être " très déshydraté " (sic) Ludo le fou souffrait d'un ongle incarné, dont la seule évocation du nom empêche de marcher n'importe qui de normalement constitué. Alors courir des marathons – plus le reste – avec ça, pensez donc !

À l'heure où beaucoup de gens s'interrogent – c'est la saison – sur la nature réelle des performances réalisées par environ 180 coureurs sur les routes du Tour de France et notamment celles d'un certain Chris Froome, l'enchaînement des triathlons par Ludovic Chorgnon interpelle. Et suscite naturellement la suspicion du dopage. Comment pourrait-on éviter cette question ? Est-il vraiment possible de faire ça uniquement en buvant des boissons énergisantes et de récupération ? En mangeant des salades de pâtes chargée en calories (il en dépense 9.000 par jour !) et des barres de céréales ? En se trempant les membres inférieurs dans de l'eau à 9° chaque soir après l'effort pour accélérer la récupération ? Et en passant sur la table du kiné pendant une heure et demie - deux heures, avant d'aller dormir environ 3-4 heures et remettre ça le lendemain ? Vraiment ?
 

"Si je lui dis stop, il arrêtera"

 

Nous avons posé la question très franchement à son médecin particulier, qui le suit depuis longtemps, le docteur vendômois Alain Aumaréchal. Le Défi 41 peut-il et est-il " propre ", c'est-à-dire sans aucun soupçon de dopage ? " Il s'est énormément préparé avant le Défi, son alimentation est très suivie, il a deux heures de soins kiné par jour après la course. Et il y a son mental. Il faut savoir qu'il a lui-même sollicité l'Agence française de lutte contre le dopage (AFLD) pour qu'elle vienne faire des contrôles pendant le Défi. Pour l'instant personne n'est encore venu. Moi-même je vais faire pratiquer des analyses d'urine. " Deux prises de sang par semaine permettent de surveiller son bilan biologique, mais ne permettraient pas la détection d'un produit dopant ou alors par le plus grand des hasards, et Ludovic Chorgnon lui laisse peu de place. " Mais les questions sont légitimes ", ajoute le docteur Aumaréchal. " Il faut mettre vraiment de côté les six premiers jours, où la chaleur était très forte, et contrairement à ce qu'il croyait lui, il n'était pas déshydraté, mais trop hydraté justement ! Il mangeait et buvait trop salé, il avait donc un taux de sodium très et trop élevé. On a adapté son alimentation et son hydratation. Après, l'organisme s'habitue et s'adapte à l'effort. Lui aussi adapte son rythme. Jusqu'ici il a effectué des courses autrement plus difficiles dans des conditions climatiques autrement plus extrêmes, et il en ressortait pire que ça. "

Certes, il y a la course, les jours qui défilent sur le Défi 41. Mais après, docteur, ça peut laisser des traces, non ? " On avance jour après jour. On ne sait pas ce qui peut se passer le lendemain. Ce qui me paraît évident c'est que si il va au bout, il va falloir ensuite qu'il observe une longue période de repos total, ce qui me semble difficile vu le personnage… Il y aura forcément des dégâts articulaires, il faudra lever le pied, vraiment. Et son alimentation devra aussi continuer d'être suivie de très près. " D'autres confrères médecins s'intéressent-ils à ce phénomène ? " J'avais demandé à des confrères de m'aider car pour moi, être sur le pont 41 jours de suite c'est difficile. Mais pas grand monde ne s'est manifesté, c'est la période qui veut ça aussi… " Il le jure, et c'est un contrat très clair entre lui et Ludovic Chorgnon : si le docteur Alain Aumaréchal lui demande d'arrêter, Ludo le fou arrêtera. " Sans poser de question. Si je lui dis stop, il arrêtera. Evidemment si c'est la veille du 41e, la négociation serait difficile. Mais ce que je crains le plus pour lui, c'est une chute à vélo. Ça, ça l'arrêterait vraiment. "

 

À l'heure où vous lirez cet article donc, vendredi 24 juillet, selon toute vraisemblance Ludo le fou en sera à son 24e triathlon Ironman en 24 jours, avec une moyenne de 13h30 à 14 heures d'efforts quotidiens. Et tout ça propre et naturel. Jusqu'à preuve du contraire.

 

(1) Lire la Renaissance du Loir-et-Cher du 17 avril dernier, et du 10 juillet.

(2) Enchaîner 3,8 km de natation, 180 km de vélo et un marathon (42,195 km)

 

Enquête parue dans la Renaissance du Loir-et-Cher du 24/07/2015

Ludo, à chaud

 

Vendôme, près de la piscine des Grands-Prés, lundi 20 juillet. Ludovic Chorgnon vient d'en finir avec son 20e Ironman en 20 jours. Une petite centaine de personnes danse au rythme d'une musique techno lorsqu'il franchit la ligne d'arrivée, en compagnie d'autres coureurs dont son fils Antoine qui réalisait son premier marathon. Rapide interview sur le podium (sujet du jour : "les courses de montagnes les plus belles que tu as faites, Ludo"). Il évoque la Diagonale des fous (traversée de l'Ile de la Réunion, près de 10.000 mètres de dénivelés positifs et 169 km, qu'il "fera en octobre pour récupérer" - sic). On le voit discrètement avaler quelques gelulles de compléments alimentaires prescrites par son diététicien. Puis direction le tivoli des soins. Il y retrouve le docteur Alain Aumaréchal, qui lui ôte ses grandes chaussettes de contention afin d'examiner son orteil souffrant d'un ongle incarné. On hésite à prendre une photo de l'orteil en question, et puis... non. Ludo le fou grimpe ensuite l'échelle qui le conduit dans le bain à 9°, la fameuse cryothérapie, pour ses membres inférieurs endoloris.

Vous en êtes à la moitié, comment allez-vous ? "Bien, ça va, j'ai le moral." Et l'orteil, ça ne va pas mieux ? "Si, depuis qu'on m'a percé le pue, j'ai mal mais beaucoup moins qu'avant." Et les douleurs aux quadriceps dus à la mauvaise position de course ? "Ça va en s'améliorant." Vous dormez combien de temps par nuit ? "Environ 3 ou 4 heures, les soins kiné prennent du temps, je mange et ensuite je m'occupe un peu de mon entreprise, je bosse..." Vous bossez ? "Oui, mon principe c'est être bien dans son corps, et bien dans sa tête. Comment je pourrais faire si j'étais préoccupé par les affaires de mon entreprise sans m'en occuper moi-même ? Ma fille s'en occupe un peu dans la journée, mais il faut que je fasse aussi des choses." Toujours pas de médias nationaux ? "Si, Tout le sport est venu, il y aura l'Equipe web aussi, France 2." (pas encore diffusé). Et... l'AFLD (Agence française de luttre contre le dopage) ? Toujours pas ? "Non, et j'aimerai bien qu'ils se décident à venir. Sans ça... Mais je peux difficilement faire plus que ce qu'on a fait, on a même demandé au vice-président qui habite la région. Mais c'est le ministère de la Jeunesse et des Sports qui décide."  

 

Le Défi 41 est-il " propre " ?

" Oui, c'est possible sans dopage "

 

Julia Muller est kinésithérapeute à Blois. Elle répond à deux questions : est-ce possible d'accomplir un tel effort surhumain répété pendant 41 jours sans rien prendre ? Et qu'est-ce que cela peut laisser comme traces dans le corps humain, une fois terminé ?

 

" Oui, c'est possible. Il existe un système d'endurance qu'on peut travailler, et avec un entrainement spécifique on peut y arriver. Si on vous demande de soulever 300 kg en une fois vous n'y arriverez pas. Mais si vous vous entrainez d'abord à 100 kg, puis 200, vous pourrez peut-être monter jusqu'à 300. Les fibres musculaires sont de deux types : force et endurance. Cet athlète a du entrainer ces dernières. On peut tout optimiser. Le but c'est de repousser les limites, et médicalement on en a les moyens. Il faut aussi noter l'adaptation du matériel de sport : vélo, chaussures etc. Et, je le répète, être bien suivi médicalement. Pour moi, trois choses sont importantes : les capacités initiales, et il semble en avoir beaucoup. Un entrainement spécifique et adapté. Et n'oublions pas le mental, qui rentre en ligne de compte pour au moins 20 à 30 %, et c'est prouvé par des études scientifiques récentes. Ce mental aide à dépasser encore plus les limites, et pour battre un record le mental a un rôle vraiment important. Alors oui, on est encore capable de faire des choses sans dopage. Encore faut-il aussi se soumettre quand même à un contrôle…"

" Concernant l'après : on n'a pas assez de recul au sujet de ces efforts longs, intensifs, c'est trop récent sur l'échelle temps pour savoir ce que cela produira sur l'organisme. "

 

" Difficile, mais faisable "

 

Fabien D. est médecin du sport, pour lui, " c'est tout à fait possible sans se doper c'est-à-dire sans rien prendre pour aider à minima la récupération, mais ça paraît difficile quand-même. Surtout avec l'énorme chaleur qu'il a du subir dans les premiers jours de son effort, il a certainement sérieusement entamé sa préparation et sa capacité à récupérer. Mais c'est faisable. Le corps humain s'adapte comme peu de gens l'imaginent, et la force mentale y est pour beaucoup. Mais ne faisons pas non plus d'angélisme béat : la plupart des produits classés sur une liste noire des produits dopants interdits cachent mal la forêt de ceux qu'on ne dépistent pas encore, ou très mal, ou très longtemps après. Ces athlètes courent des épreuves sur toute la planète, dans des lieux très différents. Ils rencontrent beaucoup de sportifs comme eux, les échanges peuvent être nombreux avec des trucs qu'on ne connaît pas encore très bien chez nous… On sait que ces courses d'endurance extrême rassemblent des coureurs du monde entier qui ne font pas que se parler de conditions météo, de marques de chaussures ou d'ampoules aux pieds… Cela peut aussi devenir un grand supermarché mondial de substances pouvant améliorer la récupération."

Sur le fait que " Ludo le fou " n'ait pas encore subit de contrôle, Fabien est catégorique : " Il le faut, car même s'il est très probable qu'on ne décèle rien – et son record n'en sera que plus beau évidemment – il doit accepter les questions que cela pose, et si il n'y a jamais aucun contrôle, même si une fédération sportive reconnaît son record, le doute planera toujours, et entachera malheureusement pour lui son record. "

 

Le Facebook du Défi41 s'agace de la question

 

Dans la soirée de vendredi 17 juillet, le Facebook du Défi41 bruissait déjà de rumeurs sur les questions - légitimes selon nous - du dopage de leur champion préféré. On pouvait y lire ceci :

"Dopage !! Etant donné les nombreuses suspicions de dopage de la part de personnes qui ne connaissent rien au sport, à l'effort et à la préparation d'un athlète, mais surtout dont tout ce qui n'est pas de leur (petit) niveau est suspect plutôt que de se poser des questions sur ce qu'elles devraient faire pour y arriver, l'équipe médicale fera une recherche de produits dopants d'ici à la fin du Défi41. Les résultats vous seront bien évidemment communiqués.

L'idéal serait que l'AFLD (Agence Française de Lutte contre le Dopage) déclenche elle-même ce contrôle, malheureusement nous n'avons aucun pouvoir pour le faire, il n'y a que le Ministère des Sports qui décide. Aussi nous invitons toutes les mauvaises langues à se défouler auprès de cet organisme pour que celui-ci déclenche un contrôle.

Enfin pour clore le bec à celles et ceux dont le goût de l'effort est un goût inconnu, sachez que Ludo se prêtera volontiers à n'importe quel contrôle que ceux-ci voudront bien payer (un contrôle anti-dopage coûte 600 €) auprès du laboratoire de leur choix et qu'il remboursera celui-ci si d'aventure il était positif. Un grand merci à tous les sceptiques de se cotiser ...

Euh si quand même, il est un peu beaucoup dopé par l'engouement et les encouragements des Loir-et-Chériens qui nagent, roulent, courent et chantent à ses côtés et par tous ceux qui à distance vivent le défi avec lui."

Un ton plutôt accusateur qui tranche avec les valeurs que souhaite pourtant véhiculer "Ludo le fou" et son défi, ainsi que toute l'équipe qui l'accompagne. Ce message Facebook a ensuite été abondamment commenté et partagé. Sans toutefois briller par le sens de la mesure ou le fair-play de certains commentateurs. Il faut parfois aussi savoir supporter ses supporter...  

 

L'antidopage aurait besoin d'un stimulant

 

C'est sous l'impulsion notamment du célèbre alpiniste Maurice Herzog, alors haut commissaire à la jeunesse et aux sports que se tient en 1963 en Isère un colloque européen sur le doping. Médecins, toxicologues, sportifs, journalistes s'y retrouvent. Deux ans plus tard le 1er juin 1965 est votée une loi, première disposition ministérielle contre le dopage. Le décret d'application paraîtra un an plus tard le 10 juin 1966 et entre en vigueur lors du Tour de France qui débute quelques jours plus tard. L'application de la loi prohibe les stimulants, très en vogue à ce moment-là. Ils occasionnent des malaises et surtout des décès chez les sportifs en compétition, notamment des coureurs cyclistes en plein effort. On se souvient de l'Anglais Simpson en juillet 1967 sur les pentes du Mont Ventoux, devant les caméras de télévision du monde entier… Les premiers contrôles urinaires positifs décèlent des traces d'amphétamines ; mais encore fallait-il prouver qu'ils avaient été pris sciemment… Cet argument va perdurer longtemps, et on se souvient du désormais fameux " à l'insu de mon plein gré " de Richard Virenque, coureur de l'équipe Festina en 1998. En outre, pendant des années, les hormones étaient associées aux vitamines. C'est notamment sur ce flou que les sportifs vont s'appuyer.

Les années passent et globalement les contrôles positifs sont en diminution. Allait-on crier victoire trop tôt ? On annonçait la fin du dopage, des Tours de France " naturels " et " propres ", des compétitions sportives exemptes de tout dopage. Erreur : ce dernier était entré dans la clandestinité. On allait déchanter. La plupart des substances interdites par le Comité international olympique (CIO) et inscrites sur leur liste noire disposent en effet d'un délai de carence entre le moment où elles sont interdites et la capacité des laboratoires à les dépister. Par exemple, les corticoïdes sont interdits en 1978, et ne sont décelables qu'en 1999. Les stéroïdes anabolisants sont interdits en 1976, certains sont toujours indétectables. L'EPO est interdite en 1990, mais décelable en 2000. L'hormone de croissance est interdite en 1989, décelable depuis peu. On ne fait pas mieux avec la liste française des produits interdits : 300 noms y sont inscrits, mais combien de substances sont encore indécelables ?

C'est à la suite de l'affaire Festina lors du Tour de France 1998 (1) que sera créée l'AMA, l'Agence mondiale antidopage, sous l'impulsion des politiques français et du Conseil européen. En 2000, c'est le Conseil de prévention et de lutte contre le dopage qui sort de terre (CPLD), devenant en 2006 la fameuse AFLD, Agence française de lutte contre le dopage. Marie-Georges Buffet, alors ministre des Sports, montre les crocs et durcit le ton. La France montrait l'exemple, mais qu'elle était sa réelle influence contre les mastodontes du sport mondial – notamment le CIO - et ses fameux enjeux financiers, médiatiques, politiques etc. ?

S'en suivent dix ans de politique hybride faite de compromis, de pressions, de coups médiatiques, de conflits d'intérêts, de baisse d'autorité sur le territoire et surtout… de budgets ridicules face à l'ampleur de la tâche. En 2015, l'AFLD dispose de 8 millions d'euros pour effectuer ses missions dans les compétitions sportives, entrainant notamment la baisse des échantillons prélevés sur les sportifs (11.040 en 2013. 6.200 en 2015). L'AMA n'est pas beaucoup mieux lotie : avec 25 millions d'euros annuels pour le contrôle antidopage de la planète entière, c'est en comparaison le même budget que celui de l'équipe cycliste Sky de Chris Froome… Et ce n'est pas l'AMA qui permit de mettre au jour le scandale Lance Amstrong (entre autres), ce qui laisse songeur. En 2014, l'AFLD a décelé 46 sportifs en France convaincus de dopage.

 

(1) Toute une équipe renvoyée du Tour le 18 juillet par J-M. Leblanc son directeur pour "manquement à l'éthique" à la suite de l'arrestation du soigneur de l'équipe Willy Voet avec des sacs isothermiques dans sa voiture contenant 400 flacons de produits dopants et stupéfiants.

 

Source : enquête de Pierre Ballester dans Le Monde.

L'AFLD muette comme une carpe (ou presque)

 

Nous avons tenté de joindre l'Agence française de lutte antidopage, en lui demandant comment elle procédait lors des contrôles antidopage des épreuves sportives (quelles qu'elles soient) et si la performance surhumaines du Défi 41 n'était pas de nature à soulever de légitimes questions. Par le biais d'un échange mail avec le secrétariat général, la réponse est sans appel : "Même lorsque nous avons des doutes, ce qui peut nous arriver, nous ne les exprimons pas pour ne pas jeter l'opprobre sur le sportif ou la sportive et ne pas donner le sentiment que nous avons pré-jugé d'une affaire sur laquelle nous pourrions être appelés à statuer. En conséquence, la seule expression de l'Agence passe par le contrôle antidopage et l'examen scientifique du prélèvement réalisé." Sur les demandes formulées par Ludo le fou et son entourage à venir procéder à un contrôle urinaire, pas mieux : "Seul le directeur du département des contrôles ou ses représentants ont connaissance des contrôles programmés, ce qui garantit leur indépendance."

Lire la suite

"Ludo le fou" a soif

21 Juillet 2015 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #Presse book

"Ludo le fou" a soif

Ludovic Chorgnon, depuis le 1er juillet, enchaîne les triathlons catégorie Ironman quotidiennement. Comme d'autres vont à l'usine, mais le sourire aux lèvres. Ou presque. (article paru dans La Renaissance du Loir-et-Cher du 10 juillet)

 

Quand vous lirez cet article, il devrait normalement égaler le record du monde de triathlon catégorie Ironman d'affilés (1), soit 10 en 10 jours. Si vous lisez ce journal samedi 11 juillet au soir, peut-être ce record sera-t-il battu… Et dimanche 12 juillet ? Nul le sait, sauf lui. Le jour où nous sommes allés cueillir "Ludo le fou " sur la ligne d'arrivée, lundi 6 juillet dernier, le mercure frôlait les 33°, à l'ombre évidemment. Presque " frais " comparé aux 40° des premiers jours ! Et pourtant, c'est bien de la chaleur et du vent dont cet extra terrestre souffrait le plus. Plus dur que le marathon des sables (2) ? " Ça c'est rien, c'est de la blague ", dit-il dans un demi sourire crispé (quand même) quelques minutes après l'arrivée de ses 13h24 mn d'effort. " Vraiment c'est le pire, ça me dessèche beaucoup ", souffle-t-il en retirant à grand peine ses sockets poussiéreuses, trempées de sueurs. " Mais mon équipe médicale est super. Bon, les temps de massage ont tendance à s'allonger – 1h30 au lieu de 1h au début – mais c'est super. La chaleur, ça va bien finir par s'arrêter. J'espère seulement que ça s'arrêtera avant moi ! " Juste après ces mots, et un soin par une pédicure – car il souffre d'un ongle incarné – il " plonge " ses membres inférieurs endoloris, raides comme deux morceaux de bois dans une piscine d'eau refroidie à 9°. On appelle ça la cryothérapie, et c'est sensé accélérer la récupération. Et de la récupération, Ludo en a bien besoin.
 

En boucler 41, ou rien

 

Auparavant, sous le tivoli installé près de la piscine des Grands-Prés à Vendôme, alors qu'il lui restait encore deux boucles de 6 km chacune pour achever son marathon quotidien, une bassine d'eau glacée où flotte un mélange de glaçons, de serviettes microfibres et de torchons, attendait Ludovic, alias " Ludo le fou ", pour un rafraîchissement bienvenu après ces heures et ces heures d'effort. De quoi s'alimenter aussi, barres énergétiques, sachet contenant une salade de pâtes à 500 calories pour 100 grammes, mais aussi – plus surprenant – des viennoiseries. Des boissons énergisantes, de l'eau bien sûr, et l'incontournable coca. Ludovic l'a avoué sur le podium lors de la traditionnelle courte interview qu'il livre sitôt la ligne d'arrivée franchie, à l'adresse des supporters et bénévoles en petites grappes venus l'applaudir : " Je suis déshydraté. Très déshydraté même. " On le serait à moins, en effet. Mais, l'assure-t-il, " c'est sous contrôle médical. " On s'interroge, tout de même, sur ce ou ces fameux médecins, kiné etc. qui donnent l'autorisation à l'athlète de continuer cet effort surhumain - n'ayons pas peur du mot - sous cette chaleur écrasante, et pas seulement dans l'optique de battre le record du monde homologué de 10 triathlons Ironman consécutifs. Mais plus encore – car c'est bien l'objectif qu'il s'est fixé – d'en boucler… 41, comme le Loir-et-Cher, et on se prend à regretter pour lui qu'il n'habite pas l'Aude ou l'Aveyron…
 

Les médias nationaux absents

 

À côté de lui, lors du dernier ravitaillement mais aussi juste après avoir franchi la ligne, une discrète femme brune en débardeur orange et aux lunettes de soleil a le regard fixé, sur cet homme, en nage, au bout de lui-même. Cet homme c'est le sien, Delphine est sa femme. Craint-elle pour la santé de son mari ? " Pourvu que ça tienne ", nous confit-elle presque en chuchotant, comme pour conjurer le sort. Comment se passe les relations avec son triathlète de mari le soir après ce " boulot " ? " On parle peu. Il rentre à 21h45 environ, on mange, moi j'ai souvent mangé avant lui. Après il va se coucher. On peut parler ensemble un peu, mais de tout sauf du Défi 41. Je lui parle de sa société… " dit-elle avec comme une pointe de résignation. Comment pourrait-il en être autrement, tant les questions sont très nombreuses autour de ce " défi " qu'il s'est lancé. Qu'ils se sont lancés, car c'est une affaire de famille. Antoine et Anaïs, ses enfants et la petite Elsa (4 ans) sont aussi embarqués dans l'organisation. Anaïs veille d'ailleurs aux médias, dont les nationaux tardent un peu à se manifester, au regret du speaker sur le podium. Ludo est confiant – c'est une seconde nature chez lui – " ça va venir… "

Demeure la lancinante question vue de l'extérieur : qu'adviendrait-il si le staff médical lui disait, un soir, " stop, arrête là, ta santé est en jeu " ? Ludo le fou est si déterminé, si sûr de son objectif dont il ne démord jamais, écoutera-t-il ? Ingrid, membre de " Vendôme triathlon " et qui vient de boucler le dernier tour à ses côtés l'affirme : " Il écoutera bien sûr. Il n'est pas si fou que ça ". Pourtant, dans la piscine à 9° où on le quitte en train de faire barboter ses pauvres jambes lourdes comme du béton, Ludovic Chorgnon ne veut pas entendre parler du samedi 11 juillet, jour où il pourrait battre le record officiel. Il ne voit qu'un chiffre : 41. " J'ai réservé l'hôtel jusqu'au 10 août, alors… " lance-t-il dans une ultime boutade, sans se départir de son (presque) éternel sourire.

 

(1) enchaîner dans la même journée 3,8 km de natation, 180 km de vélo et un marathon soit 42,195 km.

(2) Une semaine dans un désert à courir un marathon par jour dans les dunes et en autonomie presque complète.

 

Lire aussi sur ce blog le portrait de "Ludovic : l'homme de "faire" en fer (17 avril 2015)

Prochain article : Le Défi 41 est-il "propre" ? (enquête)

- La solitude du coureur de fond -

- La solitude du coureur de fond -

Lire la suite

Villandry, c'est joli

30 Juin 2015 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #émerveillement

Villandry, c'est joli

Châteaux de la Loire

 

Le long du coteau courbe et des nobles vallées
Les châteaux sont semés comme des reposoirs,
Et dans la majesté des matins et des soirs
La Loire et ses vassaux s'en vont par ces allées.

 

Cent vingt châteaux lui font une suite courtoise,
Plus nombreux, plus nerveux, plus fins que des palais.
Ils ont nom Valençay, Saint-Aignan et Langeais,
Chenonceau et Chambord, Azay, le Lude, Amboise.

Villandry, c'est joli


Et moi j'en connais un dans les châteaux de Loire
Qui s'élève plus haut que le château de Blois,
Plus haut que la terrasse où les derniers Valois
Regardaient le soleil se coucher dans sa gloire.

 

La moulure est plus fine et l'arceau plus léger.
La dentelle de pierre est plus dure et plus grave.
La décence et l'honneur et la mort qui s'y grave
Ont inscrit leur histoire au coeur de ce verger.

 

Villandry, c'est joli

 

Et c'est le souvenir qu'a laissé sur ces bords
Une enfant qui menait son cheval vers le fleuve.
Son âme était récente et sa cotte était neuve.
Innocente elle allait vers le plus grand des sorts.

 

Car celle qui venait du pays tourangeau,
C'était la même enfant qui quelques jours plus tard,
Gouvernant d'un seul mot le rustre et le soudard,
Descendait devers Meung ou montait vers Jargeau.

 

Charles Péguy

Villandry, c'est joli
Villandry, c'est joli

 

 

(c) Fred Sabourin. 27 juin 2015.

Lire la suite

Fête de la musique, faites du bruit

22 Juin 2015 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #cadrage débordement

 

Chère fête de la musique. J’avoue, au début de ta vie, je t’ai beaucoup aimée. Jusqu’au bout de la nuit – la plus longue de l’année – parfois j’ai couru tes nombreux concerts improvisés, tes reprises plus ou moins réussies de Stairway to heaven ou de La Bombe humaine. J’ai parfois vibré d’émotion en entendant des concerts classiques qui n’avaient rien à envier à un orchestre philarmonique. J’ai dansé aussi, avec de parfaites inconnues – qui ne le sont pas toujours restées longtemps – sur des rocks endiablés gueulés par des papis répétant dans leur garage le restant de l’année, et visiblement heureux de prendre l’air. Mais aujourd’hui, après plus de 30 ans d’existence, je dois te l’avouer : je divorce.

 

Ça faisait quelques années que je ne te fréquentais plus que du bout des oreilles et des orteils, le solstice d’été revenu. Parfois la météo m’a bien aidé à rester chez moi, le 21 juin prenant souvent hélas des allures de 21 novembre. Cette année, j’étais bien décidé à retenter le coup, pour voir si, par hasard, tu avais un peu changé, pour le moins évolué. Je n’ai pas été déçu, mais en pire. Chère fête de la musique, dans un centre ville de ville moyenne, lascive bourgeoise endormie sur les bords d’un fleuve réputé sauvage, tu n’es que cacophonie criarde et gueularde, chevauchement de cris et de riffs saturés. De fausses notes à peine assumées, d’œuvres magistrales d’artistes légendaires massacrées par des apprentis musiciens qui sont sortis trop tôt du garage, ou qui ont du manquer quelques répétitions. Mais cela, encore, je peux le pardonner : on ne devient pas musicien en claquant des doigts, alors qu’on peut apprécier le rythme simplement en tapant du pied. J’ai plus de mal à comprendre les « groupes » qui s’installent si près les uns des autres, et dont le gloubi-boulga écrase celui du voisin juste parce que son ampli est réglé plus fort. Et je ne parle pas des « balances » qui permettent de n’entendre que les batteries et quelques lignes de basse, donnant un spectacle assez croquignole de chanteurs sur scène aphones, malgré leurs efforts visibles d’hurler I can get no satisfaction.

 

Mais le pire, chère fête de la musique, est au-delà du bruit : c’est ton odeur qui me met le plus mal à l’aise. Je dois bien te l’avouer même si la politesse élémentaire et la bonne éducation devraient plutôt me laisser silencieux : tu sens l’alcool des bières tièdes et collantes, et la pisse froide le long des murs (conséquence des précédentes). Passe encore sur la transpiration de mes contemporains qui n’ont pas du voir un morceau de savon depuis Pentecôte, mais ton haleine fétide de bière et tes traces d’urine dans les caniveaux de la ville, j’avoue, j’ai du mal. Et comme un malheur ne vient jamais seul, cette soirée là, la plus longue de l’année, est une des trois où le tapage nocturne n’est pas considéré comme un délit (avec le 14 Juillet et la Saint-Sylvestre), aussi les ivrognes de tout le pays peuvent s’en donner à cœur joie jusqu’aux premières lueurs de l’aube, et pisser sans vergogne sur tous les réverbères de la ville. Là, à la bière tiède et l’urine froide, peuvent s’ajouter les effluves de vomit, que ceux qui rendent au travail tôt le matin en parcourant les rues encore fumantes des bacchanales de la veille, doivent éviter, slalomant tel des skieurs urbains, reconnaissant ici un reste de pizza aux quatre fromages mal digérée, là une carbonara trop lourde à porter, plus loin un kébab défraîchi avec ses frites molles et sa sauce barbecue.

 

Je ne nie pas qu’il puisse exister, dans certains recoins de la cité (conservatoire, cour du Château royal, préfecture) des havres de paix où l’on joue « de la musique » en essayant de respecter ceux qui l’ont écrit - et qui bien souvent sont fertilisent les chrysanthèmes depuis fort longtemps - mais aussi ceux qui l’écoutent. Ces bulles d’air presque pur sont si rares, et il faut traverser tant de champs de mines auditifs et olfactifs pour les atteindre qu’on se demande si cela vaut la peine. Rien que pour encourager le bel ouvrage et finir sur une note (de musique) positive, répondons : oui !

Mais pour le reste, chère fête de la musique, je te le dis, ma reprise préférée qu’il me plairait d’ouïr est une chanson bien connue du groupe Téléphone : Je rêvais d’un autre monde

Je t’embrasse, à l’année prochaine, peut-être. Pas sûr. On verra s’il fait beau.

 

Lire la suite

En MMA, Julien Piednoir assure

9 Juin 2015 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #Presse book

Julien Piednoir, alias "The Machine"

Julien Piednoir, alias "The Machine"

 

Le champion blésois originaire de Vierzon ouvre à Blois une salle de Mixed martial arts, la Top Team Academy. Brutes épaisses, passez votre chemin.

 

Si pour vous " MMA " n'est que l'acronyme d'un géant mutualiste avec " zéro traca ni blabla ", alors vous avez un train de retard. Le MMA, Mixed martial arts, est un sport de combat et de contact venu des États-Unis, dans les années 80-90. On appelait ça le freefight et vous avez peut-être vu Fight club, film de David Fincher avec Brad Pitt, en 1999. Les combats, organisés par son principal promoteur américain UFC (Ultimate Fighting Championship) étaient très spectaculaires et surtout… sans règles ni limites. Tout, mais alors vraiment tout était permis : coups de pieds, coups de tête, coups de poings, frappes au sol, et – châtaignes sur le gâteau si on ose le dire ainsi – des " penaltys à la tête ", comprendre des coups de pieds dans la tête quand l'un des combattants est au sol. Dis de la sorte, ça ne fait pas forcément envie…

Mais ça, c'est terminé, le MMA est passé par là. Depuis le début des années 2000, il s'est grandement règlementé, à défaut de s'être adouci. Julien Piednoir, champion de cette discipline, originaire de Vierzon mais vivant à Blois depuis 3 ans avec sa femme et leur petit garçon de 20 mois, ouvre la " Top Team Academy ", rue Jean-Moulin.


Des entraînements très variés

 

Ce solide gaillard de 27 ans et 87 kg tout en muscles – il descend à 77 kg avant un combat – est un ancien rugbyman, parti à 19 ans pour Montpellier. Là bas, il découvre les sports de combat, dont le MMA. Il s'entraîne dur, très dur, et gravit les catégories : D, C, B, puis A, la catégorie reine, celle des compétitions internationales, avec juste une paire de gants, une coquille protège parties génitales et un protège dents. Depuis qu'il est passé professionnel, Julien compte six victoires et une défaite. Son prochain combat est le 20 juin au Portugal, à Porto. Mais alors pourquoi ouvrir une salle de MMA à Blois, quand on connaît la réputation sulfureuse de ce sport dont les combats officiels sont interdits en France ? (lire par ailleurs) " J'ai envie d'apporter mon expérience à d'autres. J'ai 27 ans, il est temps pour moi de déjà penser à la reconversion. Et puis j'aime bien apprendre. Le MMA marche bien en France car c'est un sport très complet, ludique, il intéresse tout le monde. Les gens y cherchent une forme de challenge, malgré la dureté des entraînements ", dit-il franchement. C'est sans doute pour cette raison-là qu'il éloigne le public qu'on croirait pourtant friand de " baston " et de " coups dans la gueule ". Vous imaginiez les jeunes de banlieues à grandes gueules venir suer sur les tapis du MMA ? Erreur : beaucoup trop dur, beaucoup trop fort, la discipline y est féroce, une hygiène de vie saine est hautement recommandée. Et surtout, plus que tout : le MMA est bardé de règles, pour éviter d'y faire n'importe quoi, et sortir de cette réputation de combats de gladiateurs. " Une centaine ", ajoute Julien. " Les arbitres sont présents et très pros. C'est très encadré, il ne faut pas croire qu'on peut tout se permettre. " Toujours utile de le dire, car les vidéos qui traînent sur Internet montrent une réalité – ancienne visiblement – bien différente. " Les entraînements sont très variés, il n'y en a jamais deux pareil. Il y a une recherche d'adrénaline. Oui, c'est vrai, c'est un sport dur. Mais je souhaite encadrer les choses. Ici, on sera ponctuel, on range ses affaires, je ne veux pas voir de trucs qui traînent, les vestiaires doivent être propres et rangés. " On est prévenu : ce n'est pas l'armée, mais si on veut que tout le monde s'y retrouve dans une bonne ambiance, il faut mettre tous les adhérents au diapason. " L'équipement des combattants sera intégral : plastron, protège-tibias, protège-dents, casque, gants épais, coquille. " C'est lui, avec son œil d'expert (1), qui déterminera qui accèdera à des combats plus ou moins difficiles.
 

Faire émerger des talents

 

Le MMA, un sport de bourrins agressifs ? " Pas du tout, contrairement à ce qu'on croit ", ajoute encore Julien Piednoir. " Ça ne sert strictement à rien. Il faut avoir envie plus que de l'agressivité. Tout se joue dans les enchaînements. Il faut être lucide, cool, souple, et précis. Il y a aussi un grand respect de l'adversaire, comme en boxe par exemple. L'animosité est dans la cage, ou sur le ring. Avant un combat, c'est vrai on ne se parle pas, on ne sourit pas. Ça fait partie du jeu. Mais après, perdant ou gagnant, on est amis. " La cage ? Sans doute ce qui rebute le plus les spectateurs non avertis de ce sport de combat pas vraiment comme les autres. On a l'impression d'y voir des gladiateurs modernes. Elle a pourtant son utilité cette cage : " Elle sert surtout à éviter que les combattants soient projetés en dehors du ring comme cela arrive parfois dans des combats de boxe d'ailleurs ! "

Julien Piednoir ouvre les portes de sa Top Team Academy tout le mois de juin – sauf du 18 au 24 où il sera à Porto – et ne souhaite qu'une chose : faire émerger des talents, ici, dans le Blaisois.

 

(1) Et son BMF, Brevet de moniteur fédéral.

 

F.S

Le MMA se porte comme un charme

 

Le succès planétaire du MMA fait des envieux : en France, la Fédération de Judo a déclaré, dans un communiqué datant de novembre 2014, que "tout judoka classé dans le ranking list (classement mondial des judokas sur le même modèle que l'ATP) n'est pas autorisé à s'engager dans une compétition internationale autre que le judo". Fermez le ban. Il faut savoir que les relations entre le judo et le MMA sont plus que tendues, depuis longtemps. Depuis l'arrivée du MMA en France en fait. Face au succès de ce sport de combat spectaculaire - et pourtant très encadré presque autant aujourd'hui que le judo - la Fédération de judo souhaite se prémunir contre l’hémorragie de ses adhérents vers le MMA, ou que des judokas s'engagent dans plusieurs disciplines.

Jusqu'ici, seuls trois pays au monde et l’État de New York interdisaient sur leur sol les compétitions de MMA : la France, la Norvège et la Thaïlande. Cette dernière vient de plier, estimant que la concurrence avec une discipline locale, le muay-thaï, n'empêchait pas l'organisation de compétitions sur son sol. Aux États-Unis, les combats de MMA atteignent des records d'audience et de spectateurs, mais l’État de New York ne souhaite pas une concurrence aux combats de boxe organisés au Madison Square Garden. Mais dans le reste du pays, le MMA cartonne.

Cent vingt-neuf pays retransmettent les combats à la télévision, touchant environ 880 millions de téléspectateurs. L'UFC (Ultimate Fighting Championship, qui regroupe plus de 500 combattants professionnels de par le monde) empocherait grâce à ces retransmissions environ 2,5 milliards de dollars.

En France, difficile d'estimer très précisément le nombre d'adhérents faute de statistiques officielles. Cependant, Dragon bleu (leader de la vente d'équipements pour le MMA, crée en 2004 et qui génère la coquette somme de 15 M d'€ de CA et 45 salariés) estime à 700 clubs pour environ 30.000 membres dans l'Hexagone. Et les adeptes se comptent en milliers supplémentaires chaque année. À titre de comparaison, la Fédération française de Judo affichait en 2014 593.427 licenciés, en baisse par rapport aux années fastes du début des années 2000, avec 635.000 licenciés. 80 % des judokas ont moins de 12 ans, ce qui fait dire à certains observateurs qu'il sert surtout de garderie (on peut commencer le judo à 4 ans). Mais une chose est sûre : année après année, le MMA grignote des adhérents à d'autres sports de combat - dont le judo - qui cherchent la parade. Le combat risque d'être long et dur. Et là, tous les coups semblent permis.

 

Lire la suite

La Loi du marché

21 Mai 2015 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #chronique cinéma, #Presse book

Vincent Lindon : un acteur physique

Vincent Lindon : un acteur physique

Le nouveau film de Stéphane Brizé est une expérience radicale de réalité sociale : la vie d’un chômeur et la jungle dans laquelle il doit se débattre pour s’en sortir. Avec un acteur professionnel, et une pléiade de non professionnels.

 

Stéphane Brizé (1) l’a avoué au micro de Caroline Broué dans La Grande table : La Loi du marché aurait pu se traduire, pour l’international, Dogs eat dogs. Les chiens mangent les chiens. À elle seule, cette indication en dit long sur la réalité sociale de l’œuvre tournée avec très peu de moyens, en très peu de temps, et mettant sur un même pied d’égalité un acteur professionnel – Vincent Lindon – avec des non professionnels jouant leur propre rôle.

 

Thierry (Vincent Lindon), 51 ans, a été licencié économique de son entreprise. Il vit dans un pavillon de banlieue avec sa femme et son grand fils handicapé mental. Dans une scène d’ouverture sans préavis ni générique, on le voit confronté à l’abrutissant entretien avec son conseiller Pôle emploi, impuissant et dépassé par la situation. Le décor est campé, brutal, chirurgical oserait-on dire : Thierry est un chômeur de longue durée, et il va en chier pour retrouver du boulot. S’en suivent plusieurs séquences toutes aussi réalistes les unes que les autres, aux frontières de l’absurde. On y voit successivement Thierry confronté à la recherche d’un travail, à la litanie des discours pseudo-managériaux lénifiants qui le marginalisent de plus en plus, le dévalorisent, le déshumanisent. Un entretien d’embauche via Skype où on lui signifie qu’il n’a finalement que très peu de chance ; un rendez-vous avec sa banquière qui d’une main cherche à l’aider mais de l’autre lui enfonce la tête sous l’eau ; un stage de requalification où les autres chômeurs ne sont pas tendres avec lui, etc.

Dans une seconde partie du film, Thierry est dans son nouveau travail : agent de sécurité dans un hypermarché. Une autre réalité sociale s’ouvre alors. Grâce à la vidéosurveillance (80 caméras dans tout le magasin), non seulement les clients potentiellement voleurs sont filmés, suspectés au moindre comportement bizarre, mais aussi les caissières. Le directeur du magasin cherche en effet à licencier du personnel pour augmenter ses bénéfices. Thierry assiste, malgré lui, à des scènes où certaines d'entre elles sont prises la main dans le sac, en train de dérober des bons de réduction ou de passer leur propre carte de fidélité lorsqu’un client n’en possède pas. Cette partie-là du film n’en est pas moins violente que la longue et fastidieuse recherche d’emploi. « Vous n’allez pas faire remonter ça pour des points de fidélité », dit l’une d’elles en toute fin de film. Et bien si. On y voit l’absurdité d’un système non choisit par les protagonistes, dont certains volent car ils n’ont même plus de quoi se payer un steak.

 

La Loi du marché est un film social, ce qui généralement n’est pas un compliment pour un film français. On pense spontanément au cinéma des frères Dardenne, à ceci près qu’ici, Stéphane Brizé ne se sert pas tant de la fiction que de la réalité sociale : nous sommes dans l’action, jusque dans la façon de filmer Thierry. Souvent au plus près, de dos ou légèrement de trois-quarts, « nous » sommes Thierry, nous voyons ce qu’il voit, ressentons ce qu’il peut ressentir. A ce jeu-là, Vincent Lindon, qui a déjà tourné deux fois avec Brizé (Mademoiselle Chambon et Quelques heures de printemps) offre son jeu naturel, explosif, physique et au caractère affirmé. Cependant, l’expérience dans laquelle le réalisateur le plonge ne manque pas d’intérêt : confronté à des acteurs non professionnels assumant leur propre rôle – à leur sujet Vincent Lindon dit "des acteurs qui tournaient pour la première fois" – les dialogues et les situations prennent une densité, une âpreté et une véracité rarement vue auparavant. Il est possible que cela perturbe un peu certains spectateurs. Mais cela demeure une expérience de cinéma très forte, à la mesure de l’absurdité et la violence du déclassement ressenties par toute personne qui un jour a pu vivre ce type de situation.

 

A la fin, on voit Thierry quitter la scène brutalement, comme sur un coup de tête trop longtemps contenu. Sur le parking de l’hyper, alors que sa voiture disparaît, on aperçoit une enseigne lumineuse : "la Grande récré". Et La Loi du marché s’impose…

 

(1) Réalisateur en 2009 de Mademoiselle Chambon et Quelques heures de printemps.

F.S 

 

Vincent Lindon : Prix d'Interprétation masculine au 68e Festival de Cannes 2015.

Lire la suite

Le Fils perdu de la République

12 Mai 2015 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #littérature, #Presse book

 

Le journaliste et écrivain Michel Taubmann signe un ouvrage richement doté de témoignages de proches et collaborateurs de Philippe Séguin, au parcours singulier dans la Ve République.

 

Philippe Séguin est mort soudainement dans sa 67e année le 7 janvier au matin. Aussitôt, les hommages ont fleuri de partout, de tous bords politiques confondus. Un paradoxe de plus pour un homme d’une singularité rare dans le paysage politique français. Personnage entier mais hérissé de pics et de pointes malgré sa physionomie toute en rondeur. Rarement un homme politique aura autant divisé que suscité l’adhésion de beaucoup de ceux qui ont eu à parcourir un bout de chemin avec lui. « Le problème de Séguin, c’est qu’il est séguiniste », dira de lui un jour un certain Jacques Chirac, qui ne l’aura pas ménagé non plus, et réciproquement. La formule lui sied à la perfection, tant Philippe Séguin aura fait ce que de nombreuses figures politiques ne parviennent jamais à être et encore moins à demeurer : rester lui-même, partout, en toutes circonstances, quels que soient les vents électoraux, les alliances et petites manigances de la popote politique des arrière-cuisines, honnies par le général de Gaulle, son modèle absolu.

Petit chose, ou Rastignac ?

On ne peut rien comprendre à Philippe Séguin si on ne remonte pas aux origines, et c’est le grand mérite du livre du journaliste de télévision Michel Taubmann, Le Fils perdu de la République, paru en avril 2015 aux éditions du Moment. Les origines de ce boulimique de travail autant que de pizzas, de cigarettes, de whisky et de femmes sont en Tunisie, où il nait en 1943. Élevé par sa mère dans le culte d’un père mort en combattant de la France libre dans le Doubs un an plus tard, Philippe Séguin est aussi le fils d’une union illégitime entre sa mère institutrice, Denise, et un juif tunisien qui travaille dans le même magasin de confection féminine qu’elle. Ce lourd secret ne lui sera révélé que bien plus tard, et il s’ajoutera à une autre lourdeur, encore plus écrasante, qu’il portera comme un fardeau toute sa vie : les deux médailles (Croix de guerre et Médaille militaire) remises à titre posthume à Robert Séguin, son père « adoptif » qu’il n’aura donc quasiment jamais connu, mais dont il vivra dans l’adoration permanente. Il a 6 ans en 1949 quand un général lui épingle ce tableau d’honneur sur le poitrail, occasionnant une colère face à sa mère qui une fois rentré à la maison voulait les lui enlever. « Elles sont à moi ! Elles sont à moi ! ». Le décor est planté. Consciemment et inconsciemment à la fois, ces deux héritages expliqueront pour une grande part la personnalité tourmentée de l’ancien député-maire d’Epinal, président de la Cour des Comptes à la fin de sa vie, après avoir été ministre de l’Emploi et des Affaires sociales, président d’un RPR en fin de vie, président de l’Assemblée nationale. Lui qui se décrivait souvent comme « Petit chose » a quand même un côté « Rastignac » en décrochant la 7e place de l’ENA (il y était rentré dans les derniers), promotion Robespierre, choisissant délibérément en connaissance de cause la Cour de Comptes, détestant la caste des bien-lotis de l’Inspection des finances. « C’est pour les bourgeois », disait-il.

Fou de foot

On le dit souvent hautement colérique, capable d’envoyer valser un cendrier à travers son bureau. Certains le décrivent surtout comme sensible, attachant, charmant et charmeur, mélancolique, aigri, râleur, ironique, doté d’un humour noir très british, et drôle. Il faut aussi, pour comprendre le personnage, connaître sa passion pour le foot, au point d’en être une drogue, et d’avoir souvent caressé le rêve de se voir proposer la présidence de la Fédération française de football, ce qui ne lui échu jamais, à son grand regret.

Philippe Séguin n’a pas ménagé son entourage, ni sa propre personne. Marié deux fois, il eut quatre enfants dont trois de son premier mariage. Boulimique de travail, il ne leur consacrera que peu de temps, mais toujours de grande attention et de grande qualité, à les écouter témoigner sur ce père pas comme les autres. Mais il aura aussi cette incroyable autant qu’absurde capacité à s’auto-détruire physiquement, fumant Gitane sur Gitane, engloutissant d’énormes pizzas dégoulinantes de fromage en regardant les matchs de foot, et sirotant des whiskys jusqu’à plus soif. Sur la balance, Séguin fait du yoyo, plutôt vers le haut.

Double abandon

Séguin aura surtout payé cher sa farouche indépendance, son franc parler, sa détestation des postures politiques sans projet, les néo-gaullistes sans doctrine plus préoccupés de leurs réélections que de la nation France et de sa souveraineté. Celle-ci il l’aime plus que tout, la défendra bec et ongles comme un forcené pendant toute sa vie, lui qui était pupille de la nation et disait à son sujet : « la nation m’appartient. » On se souvient de son engagement contre le traité de Maastricht en 1992. Un homme politique entier, au physique de colosse des Vosges où il réussira son parachutage en 1977 (élu maire où il restera jusqu’en 1997) et député l’année suivante, au terme d’élections législatives qui étaient loin d’être aisées pour la droite divisée entre giscardiens et chiraquiens. Chirac : ce mentor à qui il se dévouera autant qu’il détestera ses manières de roublard calculateur, manipulateur et flingueur. Chirac qui fera de lui un roi (nommé ministre en 1986) mais le laissera tomber en 2001 aux élections municipales de Paris où, refusant de trancher entre lui et le « chanoine » Tibéri, il fit perdre les deux et ce fut le début de la fin pour ce colosse aux pieds d’argile.

Très enrichi par les témoignages de ses proches, le livre de Michel Taubmann se lit comme un roman – national cela va sans dire – le roman d’une Ve République et d’une vie bouleversante autant que bouleversée. Mais c’est encore sa fille Catherine qui parle le mieux de se père au regard doux et aux éclats de rire tonitruants : « C’était un homme très pudique, très sensible. Beaucoup de nos échanges passaient par le regard, des bribes de phrases, et parfois de longs silences. » Un autre journaliste, Pierre Servent, qui a signé avec lui un livre d’entretien en 1990 (1), fait la synthèse d’un homme qui a traversé la Ve République en rêvant d’atteindre son sommet sans jamais y parvenir : « Il a toujours souffert d’un double abandon, celui du père mort en 1944, et celui de la mère-patrie tunisienne, quittée en 1956. » Tout est dit.

F.S

 

(1) La Force de convaincre. Ed. Payot.

Le Fils perdu de la République
Lire la suite

Allumer le feu

5 Mai 2015 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #Lettres à ...

 

 « Pour l’enfant amoureux de cartes et d’estampes, l’univers est égal à son vaste appétit. Ah ! que le monde est grand à la clarté des lampes ! Aux yeux du souvenir que le monde est petit ! » (Charles Baudelaire).

 

Avec toi ma fille nous avons « allumé le feu ». Et nous l’avons même chanté, avant que sa flamme ne le fasse elle-même, du bois dont on se chauffe. « Ma cheminée est un théâtre, où l’on ne joue qu’un seul spectacle : le feu » (Nougaro). Allumer un feu réclame un petit cérémonial, dont je ne me lasse jamais. Nous avons d’abord froissé du papier journal (mais pas avec mes articles), ce qui t’a bien amusé naturellement. Puis nous avons coupé du « petit bois » et du « moyen bois », que nous avons disposé sur les boules de papier. Tes petites mains qui déploient de plus en plus de force ont brisé net dans un craquement sec ces brindilles rapportées du tas de fagots sous le pigeonnier. Et puis les bûches, soulevées dans tes petits bras musclés. « Moi, je suis costaud ! » dis-tu en cramponnant l’une d’elle pour me l’apporter.

 

Le petit tas de papier, brindilles et « bois moyen » étant fin prêt, il fallut procéder à la mise à feu. J’ai craqué une allumette que tu as prise délicatement entre tes doigts. A partir de ce moment-là le temps est compté, j’ai donc guidé ta main vers les bouts de papier qui dépassaient volontairement du tas de bois, où la flamme a immédiatement jailli. « Monte flamme légère, feu de camp si chaud, si bon ; dans la plaine ou la clairière, monte encore et monte donc ». Comment ne pas revoir ces scènes de camps scouts où j’appris moi-même autrefois à faire ce feu, dans des conditions souvent bien moins confortables d’ailleurs. Comment ne pas ressentir, grâce à la fumée âcre qui se dégage au début, l’inexorable beauté du temps qui passe et me dépasse, où pourtant surnagent ces souvenirs dont la nostalgie sucrée comme du miel vient colorer joyeusement la moindre de mes mélancolies ? Apprendre à faire du feu est aussi utile que de savoir parler une langue étrangère ou aiguiser un couteau de poche, je l’ai souvent constaté, même si la combinaison des trois permet la survie dans à peu près tous les coins du globe. Aussi incroyable que ça puisse paraître, avec toi, j’apprends.

 

Que feras-tu de cet apprentissage de la flamme qui brûle autant qu’elle réchauffe, qui détruit autant qu’elle élève, toi l’enfant qui s’émerveille devant le crépitement de l’âtre dans cette maison pluriséculaire aux murs épais comme un donjon d’un coin du Béarn, près du gave d’Ossau qui roule et tonne ses hectolitres de flotte descendue à gros bouillons de la montagne ? Alors que le vent souffle dehors à perdre haleine et menace de t’envoler ?

Aussi longtemps qu’un souffle d’air me traversera le cœur, je tiendrai ta main pour que la flamme jaillisse, jusqu’au jour où, je l’espère et je l’attends, c’est toi qui devra craquer seule l’allumette. Et mettre le feu sur la terre en soufflant sur les braises de l’amour que tu auras reçu…

 

Feu !

Feu !

Lire la suite
<< < 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 20 30 40 50 60 > >>