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Le jour. D'après fred sabourin

Articles récents

Merde aux "fêtes"

26 Décembre 2010 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #cadrage débordement

 

 

 

Je ne sais pas vous, mais moi, les fêtes, ça m’emmerde. Difficile d’échapper à la débauche de marchandises qui s’étalent partout, et la pression commercialo-marketing qui l’accompagne. Pas nécessaire d’entrer dans les magasins, ça vient jusque dans la rue.
Et puis il y a cette obligation de se réjouir, de faire des vœux, des bonnes résolutions etc. A part le champagne, qu’il est toujours agréable de boire, je ne vois pas l’intérêt de faire semblant. Alors cette année, j’ai décidé de ne pas faire semblant. Ma tronche de Jean-Pierre Bacri (comme disent ceux qui me connaissent) suffira à faire comprendre que Noël et le 1er janvier ne sont pas forcément synonymes de journées du sourire.
Je ne sais plus quel imbécile heureux a dit que pour sourire il fallait cinq muscles et pour faire la gueule une cinquantaine (de mémoire, pas sûr mais en tout cas c’est beaucoup plus). C’est une connerie monumentale. Ne pas sourire, c’est reposer ses zygomatiques et ses joues, alors qu’il faut forcer sur les muscles pour avoir l’air content et montrer sa dentition (pas toujours en bon état chez les joyeux maladifs).
Donc, faites comme vous voulez, mais moi, cette année, je laisserai le foie des canards au repos. Le mien aussi tant qu’à faire.
Vu l’état de pauvreté et de précarité, fragilité et isolement de cette France où ensemble tout devait devenir possible, pas de quoi se réjouir, encore moins faire semblant.
Merde aux fêtes.



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Un ticket pour le guignol s'il-vous-plaît

20 Décembre 2010 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #quelle époque !

 

 

reduit SAB 6280

 

 

Le guignol. C’est ainsi qu’on nomme le banc des photographes de presse dans l’hémicycle de l’Assemblée nationale, au Palais Bourbon à Paris. Vu de cet endroit, le spectacle peut en effet  faire rire, si on omet que nous sommes en face de représentants nationaux.

Pour faire des photos à l'Assemblée nationale - et d'une manière générale pour y faire à peu près n'importe quoi - il faut un "badge". Selon la couleur du "badge", vous allez là, ou là, ou encore ici. Mais si vous ne possédez pas la couleur verte, alors pas de photos. Je m'enquiers donc auprès du serviable service de presse d'un badge de couleur "verte" ad hoc. Démocratiquement muni du précieux sésame, on me dit : "mais demandez à un huissier qu'il vous accompagne à la tribune des photographes de l'hémicycle !" Je m'exécute, avisant le premier huissier que je trouve sur mon passage.

- "Je voudrais aller à la tribune des photographes s'il-vous-plaît.

- Au guignol ?

- ??? Au guignol ?

- Oui, c'est ainsi qu'on nomme la tribune des photographes de presse, le guignol !

- Bon ben... un ticket d'entrée pour le guignol alors !"

 

J'ai compris en entrant dans la minuscule tribune munie de strapontins inconfortables (sans doute pour que nous n'y restions pas longtemps) que le guignol est en fait soit du côté de l'hémicycle soit du côté tribune, selon la place occupée ici. On est alternativement au guignol ou guignol soi-même.

 

C'était mercredi 15 décembre, à 15 heures, pendant les fameuses questions au gouvernement, à l'occasion de l'intronisation d'un nouveau député du Loir-et-Cher, suppléant de Momo - Maurice Leroy nouveau ministre de la Ville, qui lâche donc son siège pour un banc (des accusés ? à suivre...).

Spectacle grand guignolesque garanti, surtout qu'un député posa une question à Frédéric Lefevre, et ça ça promet plus que du guignol...

 

 

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                                                             - guignols ? -

 

 

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                                                         - David Douillet (sans pièces jaunes) -

                   

 

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                                                              - rentrée des classes -

 

 

 

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                                                                  - parce qu'il le vaut bien -

 

 

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Goûte à ma couisine...

6 Décembre 2010 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #émerveillement

 

 

 

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                - Choisi de veau doré, pastillas de pleurotes et patates douces, quelques châtaignes et jus de tilleul -

 

 

 

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                                                                     - servez chaud -

 

 

 

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                                                    - touche finale -

 

 

 

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                                                               - prenez et mangez -

                                 

 

 

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                                                      - connivence -

 

 

 

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                                                                - connivence (2) -

 

 

Les 9è Trophées Robert Saget au CFA Interprofessionnel de Blois, vendredi 3 décembre 2010. Premier Prix : Florent Serrault, en stage à La Roche Le Roy de Tours.

 

 

 

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Veuillez rendre l'âme (à qui elle appartient)

30 Novembre 2010 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #l'évènement

 

 

« Noir Désir, c’est terminé ». C’est par ces quelques mots laconiques que Denis Barthe, batteur du groupe, a annoncé la fin du mythique groupe rock des années 80 – 90, après le départ hier du guitariste Serge Teyssot-Gay.
On aura beau claironner que « ce n’est pas la fin du monde » (Barthe encore, ça ferait un beau titre d’album), mais merde putain, ça fait chier quand même.
Noir Dèz, c’est une bande de copains qui se rencontrent sur les bancs du lycées et descendent dans la cave pour y plaquer quelques riffs de guitare. De là naîtront Aux sombres héros de l’amer, puis l’album Du ciment sous nos plaines, Tostaky, 666.667 Club et Des visages, des figures, en 2002. Et puis il y a eu le drame de Vilnius. Et puis c’est fini.
On y a cru, jusqu’au bout, au retour sur scène de Bertrand et ses potes. Ils n’avaient visiblement plus assez de désirs d’avenir pour continuer sur la même longueur d’onde.
Noir Dèz, c’est l’heure de la révolte gueulée au moment de la récré du lycée, et puis de la suite, des futs, des docs, des tee-shirt et des cuirs noirs. Et un cri : Todo esta aqui, Tostaky.
Aujourd’hui, il n’y a plus rien à voir ici. Circulez, y a plus rien à entendre. Rideau.
Pas la fin du monde en effet, mais la fin d’un monde certainement.


Putain d’époque de merde. Always lost in the sea…

 

 

 

 

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Allez, viens boire un p'tit coup à la maison !

30 Novembre 2010 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #quelle époque !

 

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                                 - au premier plan, des cornichons. Au second plan, un héros très discret -

 

Vous ne le croirez jamais, mais on a bu du beaujolais nouveau au commissariat. En bonne compagnie. Mardi 30 novembre dernier, à l’invitation du directeur départemental de la Police, et en présence du préfet et de madame la procureur de la République, neuf gardiens de la paix étaient à l’honneur. Cinq stagiaires sortis de l’Ecole de police  qui ont choisi Blois comme première affectation (mais pourquoi donc ?). Trois gardiens de la paix reçus au concours d’OPJ (Officier de police judiciaire). Enfin, récompensé par la médaille pour acte de courage et de dévouement, Bernard* (photo, au centre), qui sauva d’une noyade certaine un désespéré en se jettant dans la Loire le 24 juillet dernier. L’eau était sans aucun doute plus chaude que ce 30 novembre, mais la dégustation de beaujolais et de charcuterie qui a suivi a chauffé l’ambiance.

 

Mûre ou cassis, le beaujolais a toujours un goût. Sortis libres de ce bistrot d'un jour, nous avons quant à nous veillé à ne point trop en boire afin que celui-ci n’ait pas, en sortant, un goût de prune...

 

* le prénom a été modifié

 

 

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                                                  - Y a du blanc, y a du rouge et du pâté -  

 

 

 

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Villages de France

16 Novembre 2010 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #voyage - voyage...

 

 

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                                                                          - Moisy -

 

Que Raymond Depardon me pardonne – il ne le saura sans doute jamais – mais la vision de sa France aiguise le regard et fait voir autrement. Cela faisait plusieurs semaines que je traversais des villages oubliés sur une route qui ne l’est pas moins : Oucques, Châteaudun, Chartes… Entre ces destinations qui ne font pas rêver les vacanciers ni les offices de tourisme, d’autres villages, aux noms improbables comme Pontijou, Moisy, Ecoman, la Ferté Villeneuil, Marboué, Vitray-en-Beauce, La Bourdinière Saint-Loup, Thivars…
A chaque fois, une impression d’abandon, villages traversant traversés par une route où personne ne s’arrête, tout juste pour acheter le pain dans les boulangeries qui existent encore.
Parmi eux, Moisy, et Ecoman. Ce sont les cabines téléphoniques qui m’ont alerté. Comme une vieille résistance à l'ultra modernité des téléphones portables et mobiles. Et puis j’ai vu le reste. Une église aux portes closes. Un café ne montrant pas plus de signes d’ouverture que le nouveau gouvernement Fillon. Une mairie où trônaient encore les drapeaux du 11 novembre…
Il n’y avait plus qu’à cadrer la solitude de ces villages de la France rurale et imaginer la vie qui ici, autrefois, irradiait la place, épicentre de la vie locale.


reduit SAB 5988

                                                                          - Ecoman -


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Onze novembre

10 Novembre 2010 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #l'évènement

 

14repas[1]

 

 

La guerre et ce qui s’en suivit

Tu n'en reviendras pas toi qui courais les filles
Jeune homme dont j'ai vu battre le cœur à nu
Quand j'ai déchiré ta chemise et toi non plus
Tu n'en reviendras pas vieux joueur de manille

Qu'un obus a coupé par le travers en deux
Pour une fois qu'il avait un jeu du tonnerre
Et toi le tatoué l'ancien légionnaire
Tu survivras longtemps sans visage sans yeux

On part Dieu sait pour où ça tient du mauvais rêve
On glissera le long de la ligne de feu
Quelque part ça commence à n'être plus du jeu
Les bonshommes là-bas attendent la relève

Roule au loin roule train des dernières lueurs
Les soldats assoupis que ta danse secouent
Laissent pencher leur front et fléchissent le cou
Cela sent le tabac la laine et la sueur

Comment vous regarder sans voir vos destinées
Fiancés de la terre et promis des douleurs
La veilleuse vous fait de la couleur des pleurs
Vous bougez vaguement vos jambes condamnées

Déjà la pierre pense où votre nom s'inscrit
Déjà vous n'êtes plus qu'un mot d'or sur nos places
Déjà le souvenir de vos amours s'efface
Déjà vous n'êtes plus que pour avoir péri
 
Louis Aragon

 

                                              ********************************************** 

  

C’est mon jour préféré de l’année. Curieuse manie que d’aimer un des jours les plus tristes et célébrant la fin d’une des plus grandes boucheries que la terre ait engendrée. Mais c’est comme ça depuis un jour de novembre 1983. Ce jour-là, dans la solitude de ma chambre de fils unique j’ai ouvert mon livre d’histoire de cours moyen deuxième année, au chapitre « Première guerre mondiale ». Parmi les photos et cartes essayant d’expliquer à un minot de dix ans ce qu’était cette guerre et comment elle avait bousillé ses semblables âgés d’à peine vingt ans, il y en avait une présentant la vie dans les tranchées. C’est difficile à croire, mais cette photo m’a littéralement sidéré. On y voyait deux ou trois poilus, en habit de guerre, masque à gaz sur le nez, affalés contre la tranchée, attendant je ne sais quoi. S’en est suivi une frénésie et une boulimie de tout ce qui pouvait, de près ou de loin, toucher à la vie des tranchées : livres, films, photos, tout y passait pourvu qu’on y évoque la dure condition des poilus, la vie au front, les premières lignes, l’imbécilité des officiers supérieurs, l’arrière et ses BMC (bordels militaires de campagne), la Madelon, et surtout : les lettres. Courriers écrits sous le feu d’acier et de sang, à l’abri de fortune entre deux averses de la bataille de l’Argonne ou de la Somme, et Verdun. Verdun… !
Jusqu’au jour où, à la maison de retraite où n’en finissait pas de mourir mon arrière grand-père né un 11 novembre (en 1900, ce n’était pas encore un jour férié), son voisin de chambre « qui avait fait Verdun » me montre, en soulevant un pan de sa chemise, deux trous de balle rapportés du front. On les voyait encore, ces trous, et tel Saint Thomas, je voyais, et croyais.


Aujourd’hui c’est donc le 11 novembre. Il y a 92 ans, l’armistice était signé dans un wagon à Rethondes, en forêt de Compiègne, à 5h15 du matin, l’heure des braves. Les braves cons qui étaient morts au combat, et les braves survivants gazés ou gueules cassées à la vie éternelle. C’était la fin d’un conflit qui éradiqua de la planète vivante l’équivalent de la Belgique actuelle. On n’est pas sérieux quand on a dix-sept ans. C’est ce que se disaient ceux qui montaient au front. Plus pour longtemps.


Soldats de la guerre 14, je vous salue, hier, aujourd’hui et demain. Il nous reste vos noms écrits en lettres d’or sur nos places (Aragon) et ces milliers de pages, lettres écrites à vos familles : pères, mères et femmes, fiancées et amis. Avant, pendant, et après l’heure de votre mort.
Ainsi ne soit-il plus jamais…

 

14-18 c'est là aussi : Armistice ; et également ici : faire-part de décès

 

 

 

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La question du dimanche

7 Novembre 2010 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #regarde-la ma ville

 

 

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                                     - Très bonne question -

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Dix ans déjà

2 Novembre 2010 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #édito

 

 

reduit SAB 5913

 

 

Dix ans déjà et autant d’années à penser et repenser à cette soirée où tu as délibérément choisi de quitter ce monde qui t’était devenu invivable. Ce n’est pas tant le monde d’ailleurs qui t’importunait, mais plutôt ton propre monde, ta maigre vie devenue survie, ton corps souffrant que tu refusais de réparer, hâtant même sa chute en le noyant dans le chagrin du mauvais alcool, qui irrémédiablement fait disparaître toute tentative de se relever.
Dix ans déjà et même surtout devrait-on dire. Dix ans que nous nous sommes penchés au dessus du trou où ce qui restait de ton corps a disparu en se demandant tous : « mais pourquoi ? »
Passent les semaines, les mois et les années. Le silence s’est bien vite refait, et nous sommes tous restés seuls dans nos coins respectifs avec la question du jour où la terre t’a enveloppée de son linceul de glaise. Il pleuvait sur la ville ce jour triste de novembre, triste comme une Toussaint devrais-je dire, d’ailleurs, la collision des dates était cette année-là fort opportune. Toussaint, puis le jour des morts puis Saint Hubert. Patron des chasseurs - cette chasse que tu aimais tant, et qui, indirectement, t’emporta, dans ce claquement de fusil que peu on entendu mais qui résonne encore dans mon esprit, comme un écho interminable, une cloche sombre aux odeurs de poudre et de bourdon. Saint Hubert, j’entends tes trompes de chasse sonner l’hallali chaque année à cette période, bien en avance dès octobre entamé, comme aspirant vers novembre, coûte que coûte.
Il pleuvait comme il pleuvait sur Nantes un matin comme celui-là. Je t’ai couché dessous les roses, n’imaginant pas vivre ce qu’avait vécu cette chanteuse aux habits noirs comme son âme, cette chanson qui me faisait frissonner lorsque je l’écoutait les jours de spleen. « La mélancolie est le bonheur d’être triste » disait Hugo. Je l’ai aimée cette mélancolie, jusqu’à coucher avec.
Dix ans après, la question reste ouverte. Il parait qu’elle le sera toujours. « Mais pourquoi ? » A quoi j’ai ajouté au fur et à mesure de ces dix années qui sont passées si vite et si lentement, avec tous ces évènements survenus, certains prévus d’autres non : « mais pourquoi moi ? »
Sans doute et sûrement parce que j’étais le fils et qu’il n’y avait plus que ça pour te raccrocher à la vie avant que la chienne ne te fasse trop d’œil pour y résister. Personne ne veut la voir cette chienne qui nous attend « un par un ». Pour hâter sa venue, il faut paradoxalement un sacré courage. Tu l’as eu, ce courage, me laissant dans une période de glaciation impossible à fuir dix ans plus tard. Tu avais sans doute voulu m’appeler, mais ta voix s’était perdue.
 

Tu n’as pas raté ta sortie et moi j’ai raté mon entrée. On dit que c’est la vie, avec ce ton primesautier qui sied si mal aux chrysanthèmes. Va te faire foutre la mort, nous on est resté en vie. Chienne de mort et chienne de vie, toute deux issues de la même meute.
Et j’entends là bas, au loin, les cors de chasse.

A toi mon père.


reduit SAB 5917

 

 reduit SAB 5910

 

 

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Passeur de liberté...

26 Octobre 2010 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #montagne

 

 

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 en route vers l'Etang Garbet (non loin de Vicdessos, Auzat et Massat, en Ariège)

 

 

 

Piston, passeur de liberté

       Le passage de Jean Bénazet dit « Piston » est singulier, même s’il chemine aujourd’hui vers un site connu et prisé des randonneurs : l’Etang Garbet et le Lac bleu qui le domine de quelques centaines de mètres. Ensuite, il s’enfonce dans un cirque qui paraît – à juste titre – infranchissable. Jean Bénazet connaissait ce passage, qui conduit ensuite jusqu’au Port de Montescourbas, mais il est très ardu et accidenté, si bien qu’il ne peut aujourd’hui être décrit dans ce livre pour des raisons évidentes de sécurité des marcheurs. Ce n’est pas une litote : le chemin de Piston est un chemin escarpé, alternant d’un bord à l’autre du massif dominant l’Etang du Garbet, passant sous le Pic des Trois Comtes, le Pic de Bentefarine, la Pointe des Trois Comtes jusqu’au Port de Montescourbas. Jean Bénazet alternait sur les flancs de ces montagnes qu’il connaissait bien tout simplement pour ne pas se faire repérer par la Gestapo et les soldats allemands stationnés dans les vallées proches, et surtout les patrouilles qui grimpaient régulièrement sur la frontière par la vallée du Vicdessos, au dessus d’Auzat et du village de Marc.
En 1928, Jean Bénazet dit « Piston » s’installe à Varilhes comme mécanicien. Il est élu conseiller municipal sous le Front Populaire, pendant la mandature de Louis Siret (qui sera ensuite déporté). Piston est lié dès 1939 avec le célèbre guérilléro Francisco Ponzan Vidal, membre de la Confédération nationale du travail espagnol, laquelle organise un réseau de passeurs d’hommes pour faire franchir la frontière aux militants en danger. Varilhes deviendra, par leur entremise, le quartier général de F. Ponzan.


En mars 1940, l’officier britannique Marshall du service action, entre en contact avec Jean Bénazet et Francisco Ponzan, leur demandant de coopérer avec l’Intelligence service pour faire passer des hommes et des documents en Espagne. Ils acceptent. Piston commence alors ses passages via l’Andorre, par le village traversant de l’Hospitalet-près-l’Andorre, la remontée du ruisseau Saint-Joseph et le Port Dret (2587m), atteignable en quatre heures environ depuis la route menant vers le Pas de la Case. Il y effectue son dernier passage en septembre 1942.
Le 11 novembre 1942, la zone libre est occupée. La Haute vallée de l’Ariège est classée zone interdite, et une ligne de démarcation est installée entre Foix et Tarascon. Pour Piston, il faut trouver un autre passage, et il va diriger ses candidats à l’exil vers l’Etang du Garbet et le Port de Montescourbas. C’est beaucoup plus long et surtout plus difficile que le Port Dret, mais plus à l’abri des regards ennemis. En 1943, il effectue les passages les plus durs. Il partait généralement de la gare de Foix, prenant ensuite la départementale 17, via Saint-Pierre de Rivière, La Mouline, Burret, le Col des Marrous (990m), puis le Col de Péguère (1375m), pour descendre ensuite sur Massat. Il prenait ensuite la direction de l’Etang de Lers, et stoppait sa voiture près du village du Port, où un sentier muletier le conduisait jusqu’à l’Etang de Lers. Tout le long du chemin en voiture, trois relais de sécurité devaient indiquer que la route était « libre », en accrochant divers vêtements sur les cordes à linge par exemple. Si les vêtements n’étaient pas mis à sécher, la voie n’était pas libre. A l’Etang de Lers, Piston s’arrêtait au quatrième relais de sécurité, à la cabane du pâtre Jacques Caux, au bas du Col de Saleix. Il repartait au levé du jour avec ses candidats au passage, en direction de l’Etang Garbet, par un chemin en balcon passant légèrement au dessus de la forêt du Garbettou. Puis c’était la montée vers l’Etang Bleu, par le cirque du Garbet. Ensuite le chemin devient plus escarpé et difficile, jusqu’au Port de Montecourbas, où les gens étaient libres et descendaient dans la vallée vers Tavascan. Sur un carnet, Piston notait le nombre de « truites » qu’il avait prises au cours de ses parties de pêche si particulière. Soixante et une au total, au cours de huit passages réussis. Parmi les nationalités, des Américains, Russes, Anglais et Français bien sûr. Au total, en additionnant les passages par le Port Dret frontalier avec l’Andorre, ce sont quatre vingt-cinq missions qu’il aura effectué entre 1939 et 1943.


Le 13 juin 1943, sa vie de passeur va basculer. Alors qu’il conduit une importante colonne de dix-huit personnes, en franchissant une zone à découvert, il pressent un danger. Il a raison : des voix allemandes s’élèvent dans la montagne. Un jeune qui comprenait la langue traduit :  « il faut lever les bras ! » Ils sont pris, et très vite encadré par deux soldats frontaliers de l’armée allemande. Mais en descendant, alors qu’ils traversent une cheminée pentue, Piston se rend compte que le garde qui est devant lui ne peut pas le voir, et que celui qui est derrière ne le voit plus. C’est le moment où jamais : il saute dans un ravin, et dévale, très vite suivi par un autre, dénommé Joglat. Le soldat qui était derrière lui les voit s’enfuir, et ouvre le feu. Ils en réchappent de peu, une balle traversant le pantalon de Piston, sans le toucher. Mais pour Piston, les passages c’est terminé. Il continue cela dit à s’occuper du ravitaillement du maquis du Col du Port, près de Massat. Le 9 juin 1943, il est absent de chez lui le jour où les soldats allemands, suite à une dénonciation, encerclent le village. Il doit entrer dans la clandestinité, car il a été identifié par la Gestapo qui le recherche activement. Il reste en planque à Massat quinze jours environ. Puis retourne à Varilhes, mais a la grande prudence de ne pas dormir chez lui. Le 1er octobre 1943, la Gestapo de Foix vint pour l’y cueillir justement, mais ne le trouve pas. En planque dans une boulangerie, il se cache ensuite dans une cave, jusqu’à ce que son frère organise sa fuite à Toulouse via le réseau des cheminots résistants. Il se fait oublier quelques temps, mais l’inaction lui pèse. Grâce à des faux papiers, il devient Joseph Lebrun, et participe à la résistance avec les cheminots toulousains, jusqu’à la libération de Toulouse le 20 août 1944. Trois jours avant, Francisco Ponzan avait été assassiné. Le 26 août, il rentre à Varilhes, découvrant sa maison que la Gestapo a entièrement vidée de tout, « y compris une suspension électrique, c’est dire s’ils ne m’avaient rien laissé, je n’avais plus rien, » confiera-t-il plus tard. Il reprend son métier de mécanicien, et s’engage au Parti communiste français qu’il a connu par ses amis cheminots de Toulouse.


Jean Bénazet meurt à Varilhes le 23 mai 1991 à l’âge de 87 ans.

 

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Passage par l’Etang Garbet

A partir de 1943, les passages ne sont plus possibles par le Port Dret : la haute vallée de l’Ariège est classée zone interdite, et le chemin est beaucoup trop visible de la route qui mène en Andorre passé l’Hospitalet-près-l’Andorre. Jean Bénazet décide de passer la frontière par un chemin beaucoup plus long et moins accessible : le Port de Montecourbas.
Aujourd’hui, cette randonnée empruntant le chemin de Piston est possible jusqu’à l’Etang Bleu, à environ 2000m d’altitude. La suite du passage est très escarpé et n’est ni balisée, ni clairement repérable, sauf à l’avoir fait avec Piston lui-même quand sa condition physique lui permettait encore.
Le départ s’effectue légèrement en contrebas du Col d’Agnes, au croisement du bois de Plagnolles et du plat de Coumebière. Le GR 10 croise le départ en direction du Port de Saleix. Monter sud, sud-est et passer l’Etang de Labant (1597m). S’élever au sud-ouest à travers un petit bois (marques jaunes), et au sortir de ce bois, laisser les marques jaunes sur la gauche pour continuer plein sud en direction du cirque de l’Etang Garbet (visible de cet endroit, point de vue magnifique). Le sentier n’est pas à proprement parlé très bien tracé, suivre autant que possible, à flanc de montagne les marques rouges. Le sentier suit, en balcon, jusqu’à l’Etang Garbet (1683m). Il est possible de monter jusqu’à l’Etang Bleu (1989m), en contournant le Garbet par la droite puis en s’élevant franchement au sud jusqu’à lui. Compter une heure entre le Garbet et l’Etang Bleu.
Le retour peut s’effectuer soit par le même chemin, soit par le chemin normal de l’Etang Garbet, qui rejoint, à travers la plaine puis la forêt du Garbettou, la route D8f qu’il faudra remonter sur 4 km pour retrouver son point de départ.


Carte IGN n° 2148 Ouest.

 

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                      - Lac Bleu ; Pic des Trois Comtes - 

 

 

 

 

reduit SAB 5854

 

 

 

  Un aperçu du futur livre "les hauts lieux de l'histoir dans les Pyrénées" (titre provisoire) à paraître chez Ouest-France Edilarge au printemps 2011.

 

 

 

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