Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
Le jour. D'après fred sabourin

Articles récents

La Loi du marché

21 Mai 2015 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #chronique cinéma, #Presse book

Vincent Lindon : un acteur physique

Vincent Lindon : un acteur physique

Le nouveau film de Stéphane Brizé est une expérience radicale de réalité sociale : la vie d’un chômeur et la jungle dans laquelle il doit se débattre pour s’en sortir. Avec un acteur professionnel, et une pléiade de non professionnels.

 

Stéphane Brizé (1) l’a avoué au micro de Caroline Broué dans La Grande table : La Loi du marché aurait pu se traduire, pour l’international, Dogs eat dogs. Les chiens mangent les chiens. À elle seule, cette indication en dit long sur la réalité sociale de l’œuvre tournée avec très peu de moyens, en très peu de temps, et mettant sur un même pied d’égalité un acteur professionnel – Vincent Lindon – avec des non professionnels jouant leur propre rôle.

 

Thierry (Vincent Lindon), 51 ans, a été licencié économique de son entreprise. Il vit dans un pavillon de banlieue avec sa femme et son grand fils handicapé mental. Dans une scène d’ouverture sans préavis ni générique, on le voit confronté à l’abrutissant entretien avec son conseiller Pôle emploi, impuissant et dépassé par la situation. Le décor est campé, brutal, chirurgical oserait-on dire : Thierry est un chômeur de longue durée, et il va en chier pour retrouver du boulot. S’en suivent plusieurs séquences toutes aussi réalistes les unes que les autres, aux frontières de l’absurde. On y voit successivement Thierry confronté à la recherche d’un travail, à la litanie des discours pseudo-managériaux lénifiants qui le marginalisent de plus en plus, le dévalorisent, le déshumanisent. Un entretien d’embauche via Skype où on lui signifie qu’il n’a finalement que très peu de chance ; un rendez-vous avec sa banquière qui d’une main cherche à l’aider mais de l’autre lui enfonce la tête sous l’eau ; un stage de requalification où les autres chômeurs ne sont pas tendres avec lui, etc.

Dans une seconde partie du film, Thierry est dans son nouveau travail : agent de sécurité dans un hypermarché. Une autre réalité sociale s’ouvre alors. Grâce à la vidéosurveillance (80 caméras dans tout le magasin), non seulement les clients potentiellement voleurs sont filmés, suspectés au moindre comportement bizarre, mais aussi les caissières. Le directeur du magasin cherche en effet à licencier du personnel pour augmenter ses bénéfices. Thierry assiste, malgré lui, à des scènes où certaines d'entre elles sont prises la main dans le sac, en train de dérober des bons de réduction ou de passer leur propre carte de fidélité lorsqu’un client n’en possède pas. Cette partie-là du film n’en est pas moins violente que la longue et fastidieuse recherche d’emploi. « Vous n’allez pas faire remonter ça pour des points de fidélité », dit l’une d’elles en toute fin de film. Et bien si. On y voit l’absurdité d’un système non choisit par les protagonistes, dont certains volent car ils n’ont même plus de quoi se payer un steak.

 

La Loi du marché est un film social, ce qui généralement n’est pas un compliment pour un film français. On pense spontanément au cinéma des frères Dardenne, à ceci près qu’ici, Stéphane Brizé ne se sert pas tant de la fiction que de la réalité sociale : nous sommes dans l’action, jusque dans la façon de filmer Thierry. Souvent au plus près, de dos ou légèrement de trois-quarts, « nous » sommes Thierry, nous voyons ce qu’il voit, ressentons ce qu’il peut ressentir. A ce jeu-là, Vincent Lindon, qui a déjà tourné deux fois avec Brizé (Mademoiselle Chambon et Quelques heures de printemps) offre son jeu naturel, explosif, physique et au caractère affirmé. Cependant, l’expérience dans laquelle le réalisateur le plonge ne manque pas d’intérêt : confronté à des acteurs non professionnels assumant leur propre rôle – à leur sujet Vincent Lindon dit "des acteurs qui tournaient pour la première fois" – les dialogues et les situations prennent une densité, une âpreté et une véracité rarement vue auparavant. Il est possible que cela perturbe un peu certains spectateurs. Mais cela demeure une expérience de cinéma très forte, à la mesure de l’absurdité et la violence du déclassement ressenties par toute personne qui un jour a pu vivre ce type de situation.

 

A la fin, on voit Thierry quitter la scène brutalement, comme sur un coup de tête trop longtemps contenu. Sur le parking de l’hyper, alors que sa voiture disparaît, on aperçoit une enseigne lumineuse : "la Grande récré". Et La Loi du marché s’impose…

 

(1) Réalisateur en 2009 de Mademoiselle Chambon et Quelques heures de printemps.

F.S 

 

Vincent Lindon : Prix d'Interprétation masculine au 68e Festival de Cannes 2015.

Lire la suite

Le Fils perdu de la République

12 Mai 2015 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #littérature, #Presse book

 

Le journaliste et écrivain Michel Taubmann signe un ouvrage richement doté de témoignages de proches et collaborateurs de Philippe Séguin, au parcours singulier dans la Ve République.

 

Philippe Séguin est mort soudainement dans sa 67e année le 7 janvier au matin. Aussitôt, les hommages ont fleuri de partout, de tous bords politiques confondus. Un paradoxe de plus pour un homme d’une singularité rare dans le paysage politique français. Personnage entier mais hérissé de pics et de pointes malgré sa physionomie toute en rondeur. Rarement un homme politique aura autant divisé que suscité l’adhésion de beaucoup de ceux qui ont eu à parcourir un bout de chemin avec lui. « Le problème de Séguin, c’est qu’il est séguiniste », dira de lui un jour un certain Jacques Chirac, qui ne l’aura pas ménagé non plus, et réciproquement. La formule lui sied à la perfection, tant Philippe Séguin aura fait ce que de nombreuses figures politiques ne parviennent jamais à être et encore moins à demeurer : rester lui-même, partout, en toutes circonstances, quels que soient les vents électoraux, les alliances et petites manigances de la popote politique des arrière-cuisines, honnies par le général de Gaulle, son modèle absolu.

Petit chose, ou Rastignac ?

On ne peut rien comprendre à Philippe Séguin si on ne remonte pas aux origines, et c’est le grand mérite du livre du journaliste de télévision Michel Taubmann, Le Fils perdu de la République, paru en avril 2015 aux éditions du Moment. Les origines de ce boulimique de travail autant que de pizzas, de cigarettes, de whisky et de femmes sont en Tunisie, où il nait en 1943. Élevé par sa mère dans le culte d’un père mort en combattant de la France libre dans le Doubs un an plus tard, Philippe Séguin est aussi le fils d’une union illégitime entre sa mère institutrice, Denise, et un juif tunisien qui travaille dans le même magasin de confection féminine qu’elle. Ce lourd secret ne lui sera révélé que bien plus tard, et il s’ajoutera à une autre lourdeur, encore plus écrasante, qu’il portera comme un fardeau toute sa vie : les deux médailles (Croix de guerre et Médaille militaire) remises à titre posthume à Robert Séguin, son père « adoptif » qu’il n’aura donc quasiment jamais connu, mais dont il vivra dans l’adoration permanente. Il a 6 ans en 1949 quand un général lui épingle ce tableau d’honneur sur le poitrail, occasionnant une colère face à sa mère qui une fois rentré à la maison voulait les lui enlever. « Elles sont à moi ! Elles sont à moi ! ». Le décor est planté. Consciemment et inconsciemment à la fois, ces deux héritages expliqueront pour une grande part la personnalité tourmentée de l’ancien député-maire d’Epinal, président de la Cour des Comptes à la fin de sa vie, après avoir été ministre de l’Emploi et des Affaires sociales, président d’un RPR en fin de vie, président de l’Assemblée nationale. Lui qui se décrivait souvent comme « Petit chose » a quand même un côté « Rastignac » en décrochant la 7e place de l’ENA (il y était rentré dans les derniers), promotion Robespierre, choisissant délibérément en connaissance de cause la Cour de Comptes, détestant la caste des bien-lotis de l’Inspection des finances. « C’est pour les bourgeois », disait-il.

Fou de foot

On le dit souvent hautement colérique, capable d’envoyer valser un cendrier à travers son bureau. Certains le décrivent surtout comme sensible, attachant, charmant et charmeur, mélancolique, aigri, râleur, ironique, doté d’un humour noir très british, et drôle. Il faut aussi, pour comprendre le personnage, connaître sa passion pour le foot, au point d’en être une drogue, et d’avoir souvent caressé le rêve de se voir proposer la présidence de la Fédération française de football, ce qui ne lui échu jamais, à son grand regret.

Philippe Séguin n’a pas ménagé son entourage, ni sa propre personne. Marié deux fois, il eut quatre enfants dont trois de son premier mariage. Boulimique de travail, il ne leur consacrera que peu de temps, mais toujours de grande attention et de grande qualité, à les écouter témoigner sur ce père pas comme les autres. Mais il aura aussi cette incroyable autant qu’absurde capacité à s’auto-détruire physiquement, fumant Gitane sur Gitane, engloutissant d’énormes pizzas dégoulinantes de fromage en regardant les matchs de foot, et sirotant des whiskys jusqu’à plus soif. Sur la balance, Séguin fait du yoyo, plutôt vers le haut.

Double abandon

Séguin aura surtout payé cher sa farouche indépendance, son franc parler, sa détestation des postures politiques sans projet, les néo-gaullistes sans doctrine plus préoccupés de leurs réélections que de la nation France et de sa souveraineté. Celle-ci il l’aime plus que tout, la défendra bec et ongles comme un forcené pendant toute sa vie, lui qui était pupille de la nation et disait à son sujet : « la nation m’appartient. » On se souvient de son engagement contre le traité de Maastricht en 1992. Un homme politique entier, au physique de colosse des Vosges où il réussira son parachutage en 1977 (élu maire où il restera jusqu’en 1997) et député l’année suivante, au terme d’élections législatives qui étaient loin d’être aisées pour la droite divisée entre giscardiens et chiraquiens. Chirac : ce mentor à qui il se dévouera autant qu’il détestera ses manières de roublard calculateur, manipulateur et flingueur. Chirac qui fera de lui un roi (nommé ministre en 1986) mais le laissera tomber en 2001 aux élections municipales de Paris où, refusant de trancher entre lui et le « chanoine » Tibéri, il fit perdre les deux et ce fut le début de la fin pour ce colosse aux pieds d’argile.

Très enrichi par les témoignages de ses proches, le livre de Michel Taubmann se lit comme un roman – national cela va sans dire – le roman d’une Ve République et d’une vie bouleversante autant que bouleversée. Mais c’est encore sa fille Catherine qui parle le mieux de se père au regard doux et aux éclats de rire tonitruants : « C’était un homme très pudique, très sensible. Beaucoup de nos échanges passaient par le regard, des bribes de phrases, et parfois de longs silences. » Un autre journaliste, Pierre Servent, qui a signé avec lui un livre d’entretien en 1990 (1), fait la synthèse d’un homme qui a traversé la Ve République en rêvant d’atteindre son sommet sans jamais y parvenir : « Il a toujours souffert d’un double abandon, celui du père mort en 1944, et celui de la mère-patrie tunisienne, quittée en 1956. » Tout est dit.

F.S

 

(1) La Force de convaincre. Ed. Payot.

Le Fils perdu de la République
Lire la suite

Allumer le feu

5 Mai 2015 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #Lettres à ...

 

 « Pour l’enfant amoureux de cartes et d’estampes, l’univers est égal à son vaste appétit. Ah ! que le monde est grand à la clarté des lampes ! Aux yeux du souvenir que le monde est petit ! » (Charles Baudelaire).

 

Avec toi ma fille nous avons « allumé le feu ». Et nous l’avons même chanté, avant que sa flamme ne le fasse elle-même, du bois dont on se chauffe. « Ma cheminée est un théâtre, où l’on ne joue qu’un seul spectacle : le feu » (Nougaro). Allumer un feu réclame un petit cérémonial, dont je ne me lasse jamais. Nous avons d’abord froissé du papier journal (mais pas avec mes articles), ce qui t’a bien amusé naturellement. Puis nous avons coupé du « petit bois » et du « moyen bois », que nous avons disposé sur les boules de papier. Tes petites mains qui déploient de plus en plus de force ont brisé net dans un craquement sec ces brindilles rapportées du tas de fagots sous le pigeonnier. Et puis les bûches, soulevées dans tes petits bras musclés. « Moi, je suis costaud ! » dis-tu en cramponnant l’une d’elle pour me l’apporter.

 

Le petit tas de papier, brindilles et « bois moyen » étant fin prêt, il fallut procéder à la mise à feu. J’ai craqué une allumette que tu as prise délicatement entre tes doigts. A partir de ce moment-là le temps est compté, j’ai donc guidé ta main vers les bouts de papier qui dépassaient volontairement du tas de bois, où la flamme a immédiatement jailli. « Monte flamme légère, feu de camp si chaud, si bon ; dans la plaine ou la clairière, monte encore et monte donc ». Comment ne pas revoir ces scènes de camps scouts où j’appris moi-même autrefois à faire ce feu, dans des conditions souvent bien moins confortables d’ailleurs. Comment ne pas ressentir, grâce à la fumée âcre qui se dégage au début, l’inexorable beauté du temps qui passe et me dépasse, où pourtant surnagent ces souvenirs dont la nostalgie sucrée comme du miel vient colorer joyeusement la moindre de mes mélancolies ? Apprendre à faire du feu est aussi utile que de savoir parler une langue étrangère ou aiguiser un couteau de poche, je l’ai souvent constaté, même si la combinaison des trois permet la survie dans à peu près tous les coins du globe. Aussi incroyable que ça puisse paraître, avec toi, j’apprends.

 

Que feras-tu de cet apprentissage de la flamme qui brûle autant qu’elle réchauffe, qui détruit autant qu’elle élève, toi l’enfant qui s’émerveille devant le crépitement de l’âtre dans cette maison pluriséculaire aux murs épais comme un donjon d’un coin du Béarn, près du gave d’Ossau qui roule et tonne ses hectolitres de flotte descendue à gros bouillons de la montagne ? Alors que le vent souffle dehors à perdre haleine et menace de t’envoler ?

Aussi longtemps qu’un souffle d’air me traversera le cœur, je tiendrai ta main pour que la flamme jaillisse, jusqu’au jour où, je l’espère et je l’attends, c’est toi qui devra craquer seule l’allumette. Et mettre le feu sur la terre en soufflant sur les braises de l’amour que tu auras reçu…

 

Feu !

Feu !

Lire la suite

Les 4 saisons de la bourlingue

24 Avril 2015 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #montagne

Le temps passe, irrémédiablement. Mais ces paysages demeurent. Un peu comme nous, ils changent juste d'habits.

Au revoir, gens de la plaine. La source du bonheur est ailleurs... 

Avril

Avril

Juillet

Juillet

Novembre

Novembre

Février

Février

Lire la suite

Les mystères du Loir-et-Cher dévoilés

24 Avril 2015 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #littérature, #Presse book

Le nouveau livre du journaliste Pascal Audoux lève le voile sur des éléments de l'histoire du département et des destinées insolites, extraordinaires et méconnues. Mais qui gagnent à l'être.

 

La séquestrée de Poitiers, Blanche Monnier ? Elle a fini ses jours à l'hôpital psychiatrique de Blois. Connaissez-vous vraiment le chanoine Tournesac fondateur du journal que vous avez en main, ecclésiastique haut en couleur malgré sa soutane noire et son col romain blanc ? Champigny-en-Beauce vous fait penser à un nom de village d'une aventure de Spirou et Fantasio ? Elle abrita une cité agricole, comme on dirait une cité de banlieue aujourd'hui. Et l'affaire du presbytère de la discorde à Chaumont-sur-Loire ? Saviez-vous aussi que les Américains avaient débarqué à Gièvres entre 1917 et 1919 ? Et ce préfet enterré dans l'église Saint-Nicolas, Albert de Lezay-Marnésia ? Pensez-vous tout savoir sur le père Brottier ? Connaissez-vous les diaboliques de Vendôme ? A-t-on tout dit sur Auguste Poulain, ou reste-t-il quelque chose à croquer ? Etc. Etc. Impossible de citer là tous les vingt-sept chapitres des quatre parties (1) qui composent Les Mystères du Loir-et-Cher de Pascal Audoux.

Mystérieux mystères

Le journaliste, historien et écrivain Pascal Audoux mériterait d'ailleurs à lui seul un chapitre sur ses propres mystères dans ce livre paru le 10 avril aux éditions De Borée. Passionné par son métier de localier – au sens noble du terme - et surtout par ce que certains nomment souvent avec la condescendance des petits sectaires de province la " petite histoire ", il signe avec ce nouvel opus une œuvre qui fera date dans les productions littéraires du département. L'homme n'a pas ménagé sa peine, ni son temps libre. À la manière d'un Rouletabille, il a su pousser les portes, s'interroger, contacter une foultitude de personnes, en ressusciter d'autres, fouiller les archives parfois poussiéreuses et souvent oubliées pour dénouer les énigmes de ces mystères. Et remettre cent fois ses certitudes sur le grill du doute ; pas celui dont on fait des prétendues fondations. Non, celui qui élève et instruit. Car, au sens littéral du terme, un mystère est quelque chose dont le sens est caché, et ne se révèle qu'aux initiés. Pascal Audoux ne se contente pas de s'en instruire lui-même et de s'en nourrir à la manière d'un érudit du haut Moyen Âge : il nous ouvre les portes en nous prêtant les clés de ce savoir encyclopédique.

Mystérieux évènements, mystérieuses personnalités aux destins peu communs, mystérieux toponymes d'une géographie et sociologie départementales qui sont, à elles seules, un mystère. Pas seulement parce qu'un chanteur célèbre (qui passa souvent ses vacances à Dhuizon chez ses grands-parents) en a magnifié la boue qui colle aux semelles - salissant au passage pour longtemps l'orgueil un brin mal placé des habitants du cru, leur injectant le poison d'un complexe d'infériorité tenace. Un département pourtant digne d'intérêt par ses coins et recoins, par son histoire, la petite et la grande, comme le dédale des 426 pièces et 77 escaliers du château de Chambord, fleuron et fierté locale qui permet au Loir-et-Cher de rayonner un peu plus loin que les limites des trois autoroutes qui le bordent.

Rigueur de l'historien, enthousiasme du journaliste

Dans sa préface, l'ancien préfet du département Gilles Lagarde, s'interroge à juste titre sur ce " département que l'on disait sans histoire [qui]  a souvent fait l'histoire (…) Par quelles mystérieuses prédispositions ce cœur de France (…) se trouva-t-il au cœur de l'histoire ? " C'est tout l'objet du livre de Pascal Audoux, qui l'avoue lui-même : "Je pars du principe, quand on est historien de formation comme je le suis, qu'on doit s'intéresser à l'histoire d'un département quand on y arrive. C'est ce que j'ai fait dès mon arrivée en Loir-et-Cher il y a 3 ans. Faire ce livre était aussi un challenge : le précédent, sur le Périgord (2), je l'avais fait avec un autre auteur. Je me suis lancé le défi d'en faire un seul. J'ai mis dans ce livre toute la rigueur de l'historien, et l’enthousiasme du journaliste."

Ces histoires insolites, étranges, criminelles et extraordinaires - sous-titre de l'ouvrage - passionneront plus d'un Loir-et-Chérien croyant bien connaître son département, en s'étonnant, cela va de soi. Un étonnement historique qui débouchera certainement sur un étonnement philosophique. Travail titanesque s'il en est pour un homme discret, boulimique de lectures et d'archives historiques autant que fan des répliques du cinéma de Michel Audiard et Henri Verneuil, de films comiques de série B et de leurs seconds rôles dont personne – sauf lui – ne se souvient du nom.

Et ça, ce n'est pas le moindre des étonnants mystères…

 

F.S

(1) 1ère partie : Histoires insolites. 2e partie : Histoires extraordinaires. 3e partie : Destins à part. 4e partie : Affaires criminelles.

(2) Les Mystères du Périgord, chez le même éditeur.

Pascal Audoux dédicacera Les Mystères du Loir-et-Cher samedi 25 avril de 15 h à 18 h chez Labbé, libraire, rue Porte-Chartraine à Blois.

 

article paru dans La Renaissance du L & C le 24 avril.

Pascal Audoux et les Mystères du Loir-et-Cher

Pascal Audoux et les Mystères du Loir-et-Cher

Lire la suite

Ludovic : l’homme de « faire » en fer

8 Avril 2015 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #Presse book

 

Le Vendômois se lance un défi hors norme : enchaîner 41 triathlons catégorie « ironman » d’affilés, en juillet et août prochains, pour faire connaître le Loir-et-Cher. Et surtout par goût du dépassement de soi. Rencontre avec un (extra) terrestre.

 

Ne dites jamais à Ludovic Chorgnon,  triathlète de 43 ans, marié et père de 3 enfants : « Ça ne marchera jamais », et surtout pas « C’est impossible. » Car c’est exactement le genre de chose capable de déclencher chez lui une irrépressible envie d’en découdre, et de vous prouver le contraire. Par bravade ? Par inconscience ? Par goût du risque ? Par folie douce ? Rien de tout cela. Ludovic Chorgnon n’aime rien tant que d’essayer de changer le cours des choses, tout simplement. « Je ne supporte pas cette fatalité qui consiste à dire : ah ben c’est comme ça, on n’y peut rien ! » dit-il en plissant les yeux dans un regard malicieux, un sourire franc et une bonne humeur super-communicative. L’homme que l’on surnomme parfois « Ludo le fou » est tout sauf ça, justement.

 

Entre le 1er juillet et le 10 août prochains, ce Vendômois chef d’une entreprise de consulting en ressources humaines (Sérénité consulting) va tenter de battre le record du monde de triathlons « ironman ». Pour ceux qui ne le sauraient pas, un triathlon « ironman » c’est enchaîner – excusez du peu – 3,8 km de natation, 180 km de vélo, et 42,195 km de courses à pied (un marathon complet). L’épreuve à elle seule donne mal aux jambes rien qu’à la décrire… Ludovic Chorgnon, lui, va enchaîner 41 jours de suite cette épreuve sportive parmi les plus réputées et les plus dures au monde, créée en 1977 à Hawaï. Pourquoi 41 ? D’abord parce que le record du monde officiel est de 10, et officieusement de 33 (mais non homologué). Et surtout parce que 41 est le numéro du département de Loir-et-Cher, pas assez connu à son goût. « Je viens de la région Rhône-Alpes. Quand nous sommes arrivés ici pour raisons professionnelles, avec ma femme et mes enfants, on connaissait à peine, on s’est demandé comment on allait tenir si loin des montagnes. Je me suis dit : on reste trois ans et on  retourne là-bas. Quand j’ai vu le film ‘Bienvenue chez les Ch’tis’, je me suis dit : c’est exactement moi il y a quelques années. Ça fait 20 ans que nous sommes là », dit-il, un brin amusé. Dans sa vie professionnelle, parcourant les quatre coins de la France, il est souvent confronté aux questions bien connues des Loir-et-Chériens qui se déplacent : « C’est où ce département ? Il y a quelle grande ville connue ? » Et il ajoute : « En ressources humaines, quand vous donnez à choisir entre venir habiter à Tours ou Vendôme, les gens mettent une demi-seconde à choisir Tours. » Une fatalité ? Non, pas pour lui, et c’est justement ça qui le met en mouvement.

 

Dormir sur commande

 

Du mouvement, Ludovic en fait depuis toujours. Non pas qu’il ait la danse de saint Guy, mais par réel goût du sport. Son père, boulanger-pâtissier, était aussi maître-nageur. « J’ai su nager avant de marcher », dit-il le plus naturellement du monde. À la maison, enfant puis adolescent, le sport fait partie de la vie de tous les jours. Du sport bien-être, pour être en forme, pas forcément pour la compétition. Lors de son premier marathon, à 28 ans, la veille ses potes lui font une surprise. Il se couche très tard, et ne bois pas que de l’eau... Il se lève peu après s’être couché, et prend quand même le départ. N’importe qui à sa place ne dépasserait sans doute pas le 10e kilomètre. Pas lui : il termine la course en 3h15, pour une première participation. Il se dit : « je dois avoir un potentiel. » C’est peu de le dire, au regard des courses qu’il a enchaîné ensuite ! (lire ci-dessous). Il se prend au jeu, obtient de très bons résultats aux triathlons. Il enchaîne les courses longues, parmi les plus difficiles du globe. Son mètre 80 pour seulement 69 kg lui « facilitent » la tâche. Mais plus que tout, Ludovic est une sorte d’extra-terrestre qui récupère très vite, et surtout très bien. Beaucoup mieux que le commun des mortels en tout cas. « Je peux m’endormir à n’importe quel moment, n’importe où, en quelques secondes, et me réveiller sur commande. » Vous pensez qu’il plaisante ? Non, et c’est même très sérieux : « Je m’entraine pour ça, je développe ça. J’utilise l’auto-hypnose, je l’ai apprise seul, sans m’en rendre compte vraiment », ajoute celui qui dit être parfaitement bien reposé après une nuit de 5 ou 6 heures, et même moins ! Vous vous dites : ce gars est complètement fou. Sur le papier, ça y ressemble. Et pourtant c’est un homme normal que nous avons rencontré, chez lui, dans son salon décoré comme chez tout le monde, avec un bouquet de jonquilles printanières posé sur la table, un écran de télévision près d’une cheminée, et un panier pour le chien Jackpot. Seul, dans un coin, un vélo d’appartement futuriste équipé d’un petit ordinateur vient nous rappeler que nous sommes chez un sportif qui prend soin de ses performances.

 

Sport, boulot, famille : tout est lié

 

Notre athlète – 2h46 au marathon – va s’attaquer en quelque sorte à l’Everest, mais plusieurs fois ! 156 km de natation. 7.380 km de vélo. 1.730 km de course à pied. « Ça va commencer tous les matins à 6h30 par la piscine, 1h30. Puis à 8 heures, le vélo, pour environ 7 heures afin de parcourir les 180 km. Vers 15 heures, j’attaquerai les 42,192 km du marathon, en 4h30. » Cette journée de « boulot » s’achèvera donc vers 19h30. Ensuite, il fera 10 mn de cryothérapie (1) et une heure de massage. Ludovic a avec lui une équipe composée de deux médecins, un kiné, un diététicien et même un radiologue qui s’intéresse au défi. Il aura aussi un protocole alimentaire à respecter : « Des protéines dans la demi-heure qui suit l’arrêt de l’effort, pour reconstituer les muscles. Ensuite un repas normal chargé en glucides tout de même. » Il espère être au lit à 22 heures environ, jusqu’à 5 heures du matin, et rebelote du 1er juillet au 10 août. Quand on lui dit : « vous allez vous faire mal », il ne contredit pas et ignore lui-même s’il pourra tenir le choc, mais là encore, Ludovic fait du Chorgnon : « Plus que le physique, c’est le psychologique qui entre en ligne de compte. Quand on aime ce qu’on fait, on ne souffre pas. Pour moi, c’est Noël tous les jours : je fais du sport, j’aime mon boulot, j’aime ma famille. Tout est lié, toutes mes activités sont très bien organisées, et il faut bien gérer son temps », ajoute celui qui est aussi organisateur de la course Sur les traces du loup, course vendômoise qui aura lieu cette année samedi 27 juin. Une association qui regroupe 11 membres et… 250 bénévoles.

 

Des pâtes, du boudin, et du foie

 

Evidemment, on se pose la question des blessures, et du dopage. Ludovic a déjà subit des blessures, et des graves ! « J’ai la capacité à découper une partie de mon corps, à l’isoler mentalement, grâce à l’auto-hypnose. Je gère ça mieux que d’autres sans doute », précise-t-il, dur au mal. Quant au dopage, il est formel : « Je veux prouver qu’on peut faire du sport sans se doper. Il y a une règle, il faut la respecter. En France, c’est la même pour tout le monde : pas de dopage. » Avant d’ajouter : « Il y a plus grave que le dopage des athlètes : c’est le dopage général. Prendre une substance magique pour un leurre personnel. Les gens prennent des trucs avant d’avoir mal, de la vitamine C ou du paracétamol par exemple. C’est un manque de préparation ou une mauvaise préparation. »

Celui qui avoue – même pas sous la torture - avoir dans son bar une douzaine de bons whiskys anticipe énormément sur l’alimentation que son corps réclame. Le fer, principalement, car la course à pied en est très gourmande. Le sucre ? « Pas trop, je n’aime pas ça et ça crée une hyperglycémie pour ensuite redescendre en hypoglycémie. Je mange surtout des aliments qui me protègent, je peux manger de tout mais je fais un peu autrement », dit celui qui peut avaler 500 grammes de pâtes à lui tout seul, du boudin ou du foie de veau (riches en fer).

La CGPME est partenaire principal de l’évènement, chaque jour une entreprise sera mise en avant, pour un budget total de 154.000 €. Une dizaine de partenaires sont encore à trouver pour boucler le Défi41. Un truc de dingue que va entreprendre cet (extra) terrestre qui ne l’est pas. Juste un athlète pas si fou que ça, avec une tête, et des jambes.

 

F.S

 

  1. (1) Exposition du corps ou de parties du corps à des températures extrêmement froides pour des temps courts afin de provoquer sur le sujet des effets hormonaux et biochimiques qui améliorent considérablement ses prédispositions à l’analgésie – en clair, au soulagement des douleurs corporelles – en agissant comme un puissant stimulateur psychique. Une séance permet d’éliminer la sensation de fatigue, d’assouplir des muscles tendus ainsi que d’intensifier le passage sanguin dans les téguments et les organes internes.

 

www.defi41.com

Photo Denis Bomer

Photo Denis Bomer

Photo Denis Bomer

Photo Denis Bomer

Photo F.S

Photo F.S

Photo Denis Bomer

Photo Denis Bomer

Le palmarès de Ludovic Chorgnon

 

  • Plus de 50 marathons.
  • Badwater (217 km non-stop dans la Vallée de la Mort)
  • Spartathlon (245 km non-stop en Grèce)
  • Ultr’Ardèche (216k m non-stop en Ardèche)
  • 4 Diagonales des fous (166km non-stop à travers l’Ile de la Réunion)
  • Grand Raid des Pyrénées (164km – 10.000m +)
  • 2 Marathons des Sables
  • Everest Sky Race (250 km au tour et sur l’Everest)
  • AMT au Mustang (250 km au Mustang – Népal)
  • Himal Race (900 km en très haute altitude au Népal)

 

  • Grand Raid Sahara en Mauritanie (250km dans le désert)
  • Comrades en Afrique du Sud
  • Desert Oman Raid (220 km au Sultanat d’Oman)
  • Ultra Trail du Mont-Blanc (UTMB)
  • 24 heures de Grenoble
  • Traversée de la Corse en 7 jours
  • Ascension du Kilimandjaro (5 895 m) en courant
  • Ironman de Bolton, Zurich, Gravelines, Embrun, des Angles, Vitoria Gasteiz
  • Double Ironman du Pays de Galles (7,8km de natation, 384km à vélo et 84,4km à pied)

 

Le Défi41 en chiffres

 

  • 156 km de natation, à la piscine municipale des Grands Prés à Vendôme.
  • 7.380 km de vélo (8 boucles de 22,5 km entre Vendôme et Renay).
  • 1.730 km de course à pied (7 boucles de 6 km traversant notamment Vendôme).
  • Total : 9.265,765 km.
  • Guiness book des records et Fédération française de Triathlon pour l’homologation.

 

Article à paraître dans la Renaissance du Loir-et-Cher du 17 avril 2015

Lire la suite

C'est pas "mâle" parti

3 Avril 2015 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #Presse book

 

Quinze femmes sont entrées au Conseil départemental nouvelle génération. Pour y faire de la figuration ? Peut-être pas…

 

Parité : n.f (du latin par, paris, égal). Égalité parfaite ; conformité. La définition d’un dictionnaire suffit d’elle-même. Les femmes sont désormais égale proportion des hommes dans la salle Kléber-Loustau du Conseil départemental de Loir-et-Cher. Les mâles sont prévenus : il va leur falloir composer avec, et pas seulement pour faire de la figuration ou pour apporter une touche de féminité à la mode vestimentaire du veston sombre-cravate claire.

 

"C'est un bon début"

 

Ça valait le déplacement, jeudi 2 avril dernier, lors de l’installation de cette nouvelle assemblée fraîchement élue. La moitié sont des femmes, et avec elles leurs qualités ad hoc. Leurs compétences aussi. Certaines semblaient un peu intimidées, mais cela ne saurait durer. L’erreur serait de minimiser la portée de ce changement radical, certes accouché au forceps – il a fallu une loi pour l’imposer – mais qui préfigure un bouleversement de la vie politique locale. Cette dernière – et particulièrement les cantons -  véritable pépinière d’élus, est souvent le tremplin vers d’autres carrières politiques : beaucoup ont débuté par ces ancrages locaux, propices aux carrières longues, vers d’autres assemblées, voire la présidence de la République pour certains. On pourra regretter que seulement neuf femmes ont accédé à la présidence d’un département, mais en Loir-et-Cher elles sont quatre sur neuf à être vice-présidentes : Monique Gibotteau (délégation solidarités), Christina Brown (délégation aux personnes âgées), Catherine Lhéritier (Personnel et transports) et Isabelle Gasselin (délégation Vie associative, culture, jeunesse et sport). Deux sur 5 vont aussi présider des commissions : Florence Doucet aux solidarités et Claire Foucher-Maupetit à la Culture, jeunesse et sport. Au total, douze nouvelles femmes sont conseillères départementales sur les vingt nouveaux arrivants dans cette assemblée. Une assemblée rajeunie également : quatre conseillers ont 40 ans ou moins.

 

« C’est un bon début », déclarait Monique Gibotteau à l’issue de la séance officielle d’installation, à qui nous demandions ce qu’elle en pensait. Elle se sentira moins seule : dans la précédente mandature, elle était en effet la seule femme à siéger en tant que vice-présidente. « Tout ne sera pas réglé pour autant et il faudra encore du temps pour se faire accepter par tous ces mâles », nous avait dit avec un petit sourire en coin et avant le premier tour des élections Geneviève Baraban, qui prend la tête de l’opposition de gauche au nouveau Conseil départemental. Elle succède à Gilles Clément qui passe la main. Sa finesse d’esprit et ses interventions ciselées devaient trancher avec le côté brouillon de son prédécesseur, souvent sèchement renvoyé dans les cordes par le président Leroy qui n’aime rien tant que remporter ces joutes oratoires. Surtout quand le répondant n’est pas au rendez-vous.

 

Des élus coupés du peuple

 

Mais ne nous y trompons pas : l’entrée massive des femmes dans les Conseils départementaux ne résoudra pas tout. Parmi les chantiers d’une démocratie représentative en miettes, il y a d’abord l’abstention : Maurice Leroy a beau jeu de dire « les Loirs-et-Chériens ont remis les pendules à l’heure ». Il devrait plutôt dire « des Loir-et-Chériens », car tous les inscrits sur les listes électorales ne se sont pas rendus aux urnes, loin s’en faut : au total, en tenant compte de cette abstention, à peine un Loir-et-Chérien sur trois a voté pour ses représentants départementaux (1). Ensuite, un tiers de ces électeurs n’ont aujourd’hui aucun représentant dans l’assemblée départementale. On peut regretter l’existence du Front national, ses prises de positions aux limites du supportable et ses projets inconscients, mais c’est un fait : au premier tour plus de 34.000 personnes ont apporté leurs suffrages à ce parti (soit plus que l’Union de la droite de Maurice Leroy), au second plus de 27.500 (soit moins de 2.000 voix qu'elle). À l’arrivée : aucun siège. Les élus de droite et de gauche ont tout intérêt à conserver ces règles du jeu électoral, leur permettant de conserver leurs places et de s’assurer une domination confortable. Mais cela ne fait qu’aggraver la défiance des Français qui reprochent justement à leurs élus d’être coupés des réalités de la population en étant peu représentatifs des électeurs, et aussi une certaine endogamie électorale mortelle à la longue.

 

Peut-on attendre des femmes nouvellement élues de faire sortir du déni et d’apporter une réflexion sur ce point comme sur beaucoup d’autres ? C’est à souhaiter. Elles peuvent faire entendre leurs voix et briser - peut-être - le plafond de verre qui les empêche d'aller plus haut. En tout cas, les hommes le savent mieux que quiconque et depuis longtemps : on peut avoir le dernier mot avec une femme, à condition que ça soit « oui ». 

 

(1) Le Loir-et-Cher compte 342.224 habitants (Insee 2012).

 

Quelques grammes de douceur dans ce monde de mâles

Quelques grammes de douceur dans ce monde de mâles

y a pas que "l'opposition de gauche" qui avait remarqué son absentésisme... Certains journalistes aussi, qui l'ont d'ailleurs payé cher...

y a pas que "l'opposition de gauche" qui avait remarqué son absentésisme... Certains journalistes aussi, qui l'ont d'ailleurs payé cher...

Lire la suite

On attendra Madeleine

26 Mars 2015 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #regarde-la ma ville, #Presse book

On attendra Madeleine

Une "Madeleine repentante", statue du XVIIe siècle classée Monument historique, a quitté l’église Saint-Nicolas pour se refaire une beauté, pendant 6 mois à Tours.

 

Une sainte Madeleine qui s’envole dans les airs sous le regard ébahit des badauds… Séchez vos larmes, paroissiens de Saint-Nicolas, visiteurs, touristes et Blésois du quartier : elle reviendra, Madeleine. Les lilas seront largement fanés, puisqu’il faudra attendre 6 mois, le temps qu’elle se refasse une beauté à Tours. Puis elle sera réinstallée dans cette église abbatiale, sous le tableau de l’Adoration des mages - qui en ont vu d'autres - de Jean Mosnier (XVIIe siècle) lui aussi restauré il y a peu.

Représentée couchée " à la romaine " dans une posture lascive, cheveux dénoués, les yeux levés vers le ciel, la Madeleine repentante est en mauvais état. Cette statue monumentale datant du XVIIe siècle et appartenant à l’origine au couvent des Carmélites installé dans le quartier du Foix à partir de mai 1625 (1), était conservée jusqu’à aujourd’hui dans le déambulatoire nord de l’église. Classée monument historique en octobre 1972, la Madeleine repentante a subit les affres du temps, et les courants d’air humides et froids sous un vitrail qui devra lui aussi être restauré. On parle même " d’opération de sauvetage " pour cette statue dont " le mauvais état de conservation se traduit par la pulvérulence de la pierre, la perte de cohésion et donc la destruction progressive de l’ensemble. Ce phénomène est lié à des remontées d’humidité piégée par le ciment de scellement de la sculpture ", indique le service d'art et d'histoire de la Ville de Blois.

 

Priorité de restauration

 

Il faudra donc procéder à sa restauration, et ce sont deux jeunes restaurateurs indépendants, formés à l’École de Tours, qui s’en chargeront jusqu’à l’automne prochain, où elle sera de nouveau installée dans l’église Saint-Nicolas, monument phare du quartier du Foix (et souvent confondue avec la cathédrale par les touristes de passage). " Nous allons d’abord procéder à un bilan sanitaire, puis évaluer les problématiques ", indiquent Sébastien Brunner et Delphine Bienvenut, les deux restaurateurs présents lors de l’enlèvement de la statue, en présence de Christophe Degruelle, adjoint au maire de Blois en charge de la culture et du patrimoine. " L’État subventionne à hauteur de 50 % la restauration ", précise-t-il. Le montant total s’élève à 17.935 €. " Il s’agit d’un long travail qui a débuté en 2013 mais qui faisait partie des priorités de restauration ", ajoute Emmanuelle Plumet, responsable du service ville d’art et d’histoire à la mairie de Blois.

Une vaste opération de récolement et d’informations des collections a été entamée depuis 4 ans à Blois. 200 objets ont été repérés, et l’enjeu est de permettre une meilleure gestion de ce mobilier grâce à un plan de restauration. 60 objets sont en outre classés au titre des Monuments historiques dans la cité blésoise.

 

F.S

 

(1) Émanation du Carmel de la rue Chapon à Paris. La construction de la gendarmerie au début du XXe siècle a fait disparaître la quasi-totalité des vestiges, seul un bâtiment situé au n°15 de la rue des Carmélites offre une trace de ce couvent.

On attendra Madeleine

 La loi de 1905 et 1913

La loi de 1905 sur la séparation des Églises et de l’État prévoit que les 87 cathédrales sont confiées au ministère de la Culture et de la Communication, et les églises bâties avant 1905 à la compétence des conseils municipaux. La loi prévoit la compétence sur les dépendances immobilières mais également sur la totalité des immeubles par destination (autels, retables, stalles, tables de communion et tout autre meuble quand ils sont fixés au sol ou aux murs ou inclus dans une niche comme pour les statues par exemple). Les biens de l’Église sont propriété publique mais restent affectés au culte. La gestion des biens de quatre églises blésoises bâties avant 1905 est assurée par la Ville : Saint-Nicolas, Saint-Saturnin, Saint-Vincent et Notre-Dame-des-Grouëts.

Moins connue, la loi de 1913 est relative à la protection des monuments historiques et concerne également le mobilier des églises. Les conservateurs des antiquités et objets d’arts sillonnent les églises du département et repèrent les biens donc la conservation présente, du point de vue de l’histoire de l’art, un intérêt public. Elle prévoit une procédure de protection et des sanctions pénales si le propriétaire ne respecte pas ses obligations.

 

 

Article à paraître dans la Renaissance du Loir-et-Cher du 3 avril.

Lire la suite

Courir : pourquoi, comment ?

20 Mars 2015 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #Presse book



Avec le printemps reviennent – normalement – les beaux jours. Et l’envie de courir, ou de continuer pour ceux que l’hiver ne rebute pas. Explications et conseils pratiques. (Dossier de 4 articles paru dans mon journal le 20/03/2015)

Qu’est-ce qui fait courir ? Pourquoi s’y mettre ? Pourquoi ne jamais s’arrêter ? Combien de kilomètres ? Sur route, ou sur chemin ? Dans les bois des plaines ou en grimpant des cols ? Les chiffres précis divergent, mais les Français seraient selon les enquêtes sur le sujet 8,5 millions à courir régulièrement (19 % de la population). Ils étaient environ 6 millions au début des années 2000. 77 % pratiqueraient cette activité en solitaire, elle concernerait pour 50 % les 25-50 ans, 41 % les 15-24 ans, et seulement 8 % les plus de 50 ans. Trois motivations principales sont généralement évoquées : on court pour être en bonne condition physique, être en bonne santé, pour perdre du poids. On trouve souvent aussi une motivation non négligeable : se défouler. Dans une société stressé et stressante sans cesse en recherche d'apaisement, la pratique de la course à pied est simple et efficace ; c'est sans doute une des raisons de son fort engouement : une paire de bonnes baskets, un short et un tee-shirt suffisent, et c'est parti ! On peut pratiquer n'importe où dans le monde, à n'importe quelle heure, pendant le temps désiré. Le budget est modeste, en dehors des baskets où l'économie n'est pas à rechercher sinon gare aux blessures... Un tiers des coureurs seraient des coureuses, elles sont de plus en plus nombreuses à s’y mettre, et – aux dires des spécialistes de la discipline – plus assidues et plus sérieuses que les hommes dans l’entrainement.

Un sport de philosophes

Concernant le sujet de cette enquête, le trail ou " course nature ", il en existe de toutes distances, toutes catégories. Les plus célèbres et les plus médiatisées sont la fameuse Diagonale des fous sur l’île de la Réunion (www.grandraid-reunion.com), l’UTMB (Ultra trail du Mont-Blanc, www.ultratrailmb.com), la course inter lacs près d’Annecy (www.interlactrail.com), le Grand raid des Pyrénées (www.grandraidpyrenees.com), etc. Plus près de chez nous, le fameux trail inventé par Ludovic Chorgnon Sur les traces du loup (www.tracesduloup.com) à la Ville-aux-Clercs offre déjà un beau parcours de 33 km, mais aussi de 17 km et un Trail des p’tits loups de 3 km. Ou encore le Trail des moulins de la vallée de la Cisse (cette année le 24 mai dimanche de Pentecôte). La liste est loin d'être exhaustive !

La course à pied et le trail sont aussi l’occasion d’une réflexion mystico-philosophique : la littérature sur le sujet est abondante, citons les récents articles du site Rue89 " Je cours donc je suis " avec le philosophe Guillaume Le Blanc auteur chez Flammarion de Courir, méditations physiques ; " Quand courir devient un geste philosophique et littéraire " au sujet du livre d’Antoine de Gaudemar Le goût de courir (Mercure de France éditions). Et l’incontournable, l'incomparable auteur japonais Haruki Murakami, avec son Autoportrait de l’auteur en coureur de fond (chez 10/18), pour qui courir et écriture sont intimement liés.

Une conviction qui se partage...

 

Lire la suite

" De la progressivité dans la pratique "

20 Mars 2015 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #Presse book

 

Trail urbain Blois 2

                                   - Photo F.S -


Fabrice Renard, 41 ans, est président de l’association GTB, Génération Trail Blois, et coureur confirmé. Il donne des explications sur l’engouement actuel pour les courses natures, et insiste sur la progression de ceux qui voudraient s’y mettre.

F.S : Pourquoi cet engouement pour le trail depuis quelques années ?


Fabrice Renard : C’est le retour à la course nature, les courses sur route deviennent, pour certains coureurs, rébarbatives. Avec le trail, peu importe le temps que je vais mettre, l’essentiel est d’y arriver. Ça suit l’envie de retour au naturel.

F.S : Les longs trails sont les plus médiatisés, pourtant ils ont l’air insurmontables pour le commun des mortels…


F.R : C’est certain que les ultra-trails (courses de plus de 100 km) sont les plus durs. Tout rentre en jeu : la météo, la nourriture (les participants sont en semi-autonomie), la distance est longue. L’aspect psychologique va également être très déterminant, autant que le physique.

F.S : Un trail " raisonnable ", c’est combien de kilomètres ?


F.R : Il y a désormais plusieurs catégories : la course nature, jusqu’à 30 km environ. Le trail dont la distance s’approche de celle d’un marathon (42,195 km, Ndlr). Et l’ultra-trail, des courses de 100 km et plus. Chacun peut trouver sa distance.

F.S : Ce n’est pas ce qu’autrefois on appelait le cross ? Des coureurs dans les bois couverts de boue ?


F.R : Il y a de ça, mais la distance cross est plus courte, en moyenne 10-15 km.

F.S : Entrons dans le dur : courir aussi longtemps avec des dénivelés aussi forts, ça fait mal au bout d’un moment. Comment gère-t-on cette douleur ?


F.R : La notion de douleur et la résistance qui va avec est propre à chacun. Au fur et à mesure des années de pratique, cette résistance augmente. Mais il est fondamental d’avoir une préparation multi-axes : physique, psychologique, alimentaire. Il faut se mettre en situation. Courir un trail, c’est une petite aventure, on va parfois chercher très loin dans le physique et le psychologique. Ce qu’il faut aussi retenir, c’est qu’un trail est un gros concentré d’émotions et de solidarité entre coureurs.

F.S : Vous-mêmes, comment êtes-vous venu au trail ?


F.R : Il y a une dizaine d’années environ, c’est venu naturellement. J’ai couru l’Ardéchois, un trail de 100 km. Le trail des Hospitaliers aussi (dans les Cévennes, 76 km). Le Trail du bout du monde en Bretagne, le trail de Belle-Île qui a lieu tous les deux ans. Ce qui plait aussi dans ces courses, c’est qu’on peut les faire entre copains, on peut emmener la famille, c’est l’occasion d’un petit voyage dans de belles régions.

F.S : Qu’allez-vous chercher là dedans, au fond ?


F.R : Je pars avec le sentiment de faire un joli voyage, il va y avoir des senteurs, de belles vues, beaucoup d’impressions, un beau voyage pour les yeux et le physique. Et si possible, j’aime bien le partager avec des copains. Tout cela est possible à condition d’avoir fait un entraînement sérieux car il est nécessaire de garder son intégrité physique.

F.S : Justement, que pensez-vous des gens qui disent avoir parfois des hallucinations en course, surtout les longs trails où la nuit fait partie de la course ?


F.R : On ne peut pas aller au-delà du raisonnable, si on manque de lucidité c’est ce qui peut arriver et c’est dommage, ça peut être dangereux pour le corps. Ça reste un sport, ça doit rester du plaisir. J’ai personnellement déjà eu des blessures à la suite de courses, mais jamais pendant, j’essaie de toujours garder une marge. Ce que les gens doivent bien retenir, c’est la nécessité de progressivité dans la pratique. C’est important d’avoir du vécu avant d’aller se frotter à des longs trails. On n’est pas tous bons pour faire des 160 km. Mais le panel est suffisamment large pour que chacun trouve chaussure à son pied, c’est le cas de dire.

www.generationtrailblois.fr L’association Génération Trail Blois (GTB) regroupe une soixantaine de membre, plus d’hommes que de femmes mais l’écart se rétrécie. Elle organise notamment le trail urbain de Blois (le 6 septembre), avec deux distances possibles : 12 et 20 km. Nouveauté 2015 : un 5 km sera possible. Une mini course famille pour les enfants aussi.

 

Trail urbain Blois

                                                      - Photo : F.S -

 

Article paru dans La Renaissance du Loir-et-Cher 20/03/2015

Lire la suite