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Le jour. D'après fred sabourin

Chambre avec vue

31 Août 2011 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #montagne

 

 

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                                                     - Là bas -

 

 

Ce lieu est unique au monde. Perdu, retiré, isolé. Assis sur un fauteuil de roche fabriqué naturellement par l’érosion, vestige et vertige du temps, la vue porte loin, très loin, vers l’ouest. L’un d’entre nous dit même que c’est le plus bel endroit du monde qu’il connaisse, et je le crois car c’est une parole de voyageur terrien. C’est vrai que d’ici, on se sent petit, absorbé tout entier dans une nature qui semble accueillante, tant que le soleil est là pour nous réchauffer. Mais l’extrême dénuement du sol, la minéralité absolue de ces roches qui nous entourent – et dont certaines sont en passe de nous écraser – nous fait également penser que cet endroit, c’est l’enfer. Aussi loin que porte le regard, il n’y a aucune trace humaine, ni route, ni pylônes, ni câbles, ni villages. Tout juste entend-on quelques avions qui nous passent au dessus du crâne en striant le ciel de leur panache blanc : c’est un point géodésique, il sert de repère aux pilotes. Ce lieu est unique car il est à la fois l’enfer et le paradis. Le sentiment qui s’en dégage est un bien être en même temps qu’une extrême vulnérabilité lié à sa nudité : il faut pratiquement sept heures de marche pour l’atteindre, pour un marcheur en bonne forme, et n’ayant pas peur du dépouillement des lieux, ni de l’éloignement du dernier point d’eau : 200 mètres de dénivelé plus bas. A cet endroit, ce n’est pas le ciel qui vous tombe sur la tête, mais plus sûrement la montagne de roche et de verre. Nous sommes à l’abri Michaud, sur les contreforts du Balaïtous, à 2691 mètres d’altitude. Et c’est là que nous allons une nouvelle fois dormir.

 

SAB 9593 R

                                                   - Fin -

 

Cet « abri », plutôt une caverne, « fait reculer en une nuit ce que l’homme a gagné en confort en trois mille ans, » m’a un jour dit un ami que j’avais traîné là. C’est vrai, il y a de quoi. La grotte est humide, froide, basse, le sol irrégulier. On ne parle plus de confort, mais d’abri. Ou mieux : de caverne. C’est tout dire. Pourtant, il y a ici comme une sorte de réconfort : le Balaïtous accueille le voyageur de passage dans cette cavité, à quatre cents mètres à peine de son sommet. Dernier parking avant la plage… ou presque.
Passer la nuit ici permet d’être considéré comme un dingue aux yeux de ceux restés dans la plaine, et de vivre une expérience unique pour ceux qui se hisseraient en son sein. C’est une aventure en soi. Symbolique au vu d’autres exploits montagnards de par le monde bien entendu. Mais il y a ici une sorte de rite initiatique qu’on retrouve nulle part ailleurs dans les Pyrénées, excepté au sommet du Vignemale (grotte « le Paradis ») ou près de la bèche de Roland, à Gavarnie. « J’ai dormi à Michaud, » peut-on dire ensuite. La plupart des marcheurs croisés sur le chemin du retour pensent que vous avez dormi au refuge d’Arrémoulit, quelques encablures plus loin. « Non, on a dormi à l’abri Michaud. » Étonnement dans le regard du montagnard qui vous prend pour un fou. C’est à peine s’il vous croit.

 

 

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C’est le matin qu’on perçoit le mieux l’intérêt de dormir au plus près de la grande diagonale du Balaïtous. Sauf à dormir au sommet lui-même (comme les deux que nous découvrirons stupéfaits en arrivant sur la crête sommitale, imaginant que nous étions les premiers !), la nuit dans cette grotte sommaire permet de décaniller dès potron-minet. Une nuit à cette altitude est toujours faite d’endormissements, de réveils brefs, de questions sur l’heure qu’il peut être et sur le temps qu’il reste dans le duvet, bien au chaud, avant d’affronter les températures matinales. Une nuit dans cet abri ajoute aussi au dormeur le sentiment étrange de revivre celle de l’homme des cavernes. On fait des rêves de pierres granitiques et de glaciers craquants. On se réveille les épaules ankylosés par la dureté du sol. Signe des temps, des randonneurs espagnols désinvoltes on écrit à la bombe de peinture rouge : « Puta ETA ». L’Abri Michaud se situe juste derrière la frontière, et même ici l’activisme politique se mêle aux paysages sublimes. Fort heureusement sans en altérer la beauté. Mais il est d’autres peintures rupestres que nous préfèrerions voir…

 

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                                          - Réveil -

 

Peu avant 5h30, le bip bip de la montre nous sort de la torpeur nocturne. Aucun bruit, si ce n’est celui du vent sur la roche qu’on devine froid. D’ailleurs tout est froid, même dans la caverne : le sac à dos, les fringues qu’on avait rangé dedans, la gamelle où la précieuse eau coule pour le café, les godasses qu’on avait pourtant retourné l’une dans l’autre pour éviter l’humidité. Même le bonnet est froid. Il faut faire vite, nous n’aurons que peu de temps pour profiter de cette heure sublime où le jour chasse la nuit. Un quart d’heure, au maximum, pour nous habiller de cette lumière blanche qui donne aux sommets, à pics, failles, cheminées, crêtes, dévers, dômes, cette surprenante teinte lunaire. Les quelques minutes qui précèdent le premier rayon du soleil n’apportent pas encore cette teinte chaude et de feu qui dévore tout ensuite. Ces quelques minutes, dont on aimerait qu’elles durent l’éternité, ne sont qu’un furtif passage entre loups et chiens, l’aurore, tout simplement. Ceux qui se couchent tard et dorment encore ne peuvent connaître ce moment, cette grâce soudaine où tout ce qui fait la difficulté du levé nocturne, le froid qui l’accompagne, n’existent plus à cet instant précis.

 

 

SAB 9610 R                                                   - Hic et nunc -

 

 

 

 A peine a-t-on le temps d’admirer cette lueur naissante enveloppant tout autour de nous, que déjà les rayons lèchent les cimes. Le vent continue de souffler, mais ça n’a que peu d’importance : on ne le sent même plus. Seul compte à ce moment-là le fait d’être là, et de voir, de sentir, de goûter une plénitude que nul autre plaisir au monde ne peut apporter. Une ivresse qu’aucun alcool ne peut provoquer. Nous sommes entre ciel et terre, et il faut s’arracher à soi-même pour continuer à avancer, repartir, en finir, et redescendre. Sans doute cet amputation du corps en un lieu provoque alors la même douleur-jouissance que le passage d’une vie à la mort. Longtemps, très longtemps après, le souvenir de cette instant viendra hanter nos rêves, peuplés de sentinelles de roches au parfum minéral. Et, comme l’opium, le désir de revenir, là, encore, se coucher près d’Elle.

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                                                              - Trop tard -

 

 

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Abri Michaud

 

 

 

 

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                                                    - A l'origine -

 

 

 (c) photos F.Sabourin, 27-28 août 2011. Balaïtous, Espagne-France (dept 64-65).

 

 

 

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On a marché sur la lune...

29 Août 2011 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #montagne

 

 

 

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                                                - Faire le mur -

 

 

 

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                                              - Walking on the moon -

 

 

 

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                                                   - Ailleurs -

 

 

 Suite dans quelques jours, découvrez : "Chambre avec vue."

 

 

 

 

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Au bout du couloir

19 Août 2011 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #littérature

 

 

 

 

Juste après avoir poussé la porte d’entrée, un long couloir absorbe le visiteur du soir. On imaginerait volontiers une trottinette pour le parcourir, tellement il semble s’étirer en longueur. En stationnant brièvement à l’entrée de l’appartement, des odeurs de cuisine ainsi qu’un programme radio envahissent l’espace. Les odeurs d’ail frit sont plus fortes que le son de la radio. Mais pour l’heure on ne voit rien d’autre que le couloir qui plonge dans la pénombre, à l’exception d’un carré de lumière en son milieu. Il doit s’agir de la pièce d’où viennent les odeurs et le bruit, peut-être la cuisine. Au fond, une porte ouverte sur une pièce dont on ne peut pour l’instant deviner l’usage.
Il faut se résoudre à avancer, d’un pas hésitant. Dérange-t-on ? Comment savoir ? Plus on avance dans le couloir, plus le son de la radio se distingue du reste. L’odeur reste la même : celle d’une cuisine du sud. A présent on distingue plus franchement ce qui se cache dans la pièce au fond du couloir : c’est la chambre, à cause du lit défait visible dans l’encablure de la porte. Les draps sont blancs, et repoussés sur un seul côté. S’il n’y avait la vision de ce lit défait et le programme radio, on pourrait croire que l’appartement est vide. Mais il flotte dans l’air une présence qui n’est pas seulement due à l’odeur de friture. Ce lieu est habité, là, maintenant. On a alors cette étrange impression de déranger, de s’introduire dans l’intimité de quelqu’un, de forcer la porte pourtant ouverte de la pièce où il se trouve. D’ailleurs à force d’avancer on arrive près de cette mystérieuse pièce dessinant un carré de lumière sur le sol du couloir, comme un tableau accroché non au mur, mais par terre.
On passe la tête à gauche, lentement, comme pour faire durer le plaisir. Un homme est assis à table, de dos, face à la fenêtre, ouverte, d’où proviennent les bruits du dehors. A sa droite un frigo, calé entre le mur et l’évier. De l’autre côté de l’évier, une plaque de cuisson sur laquelle repose, repue, une poêle à frire qui semble avoir accueillie une omelette. Sur le côté opposé, un buffet en formica aux portes marrons et blanches. La fenêtre est ouverte et en haut est roulé un store vénitien dont la ficelle est accrochée à une sorte de clou fixé sur le montant extérieur de la fenêtre. On aperçoit des toits où se dressent des antennes de télévisions, dont certaines sont tordues. La table devant l’homme est aussi en formica, jaune, sur laquelle dorment les miettes d’un pain coupé à la main, un verre vide, un journal plié en deux et un paquet de cigarettes avec un briquet posé dessus. L’homme a les coudes sur la table et les bras repliés, ses mains se touchant, et il a repoussé son assiette qui s’est trouvée en contact avec le verre posé devant lui. Il est torse nu, sa serviette négligemment posé sur sa cuisse gauche.
L’homme regarde par la fenêtre, et presque sans bouger attrape le paquet de cigarettes posé sur la table. A la radio la présentatrice annonce un flash d’informations. « Il est 14 heures », dit-elle.

 

 

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Mon oeil !

16 Août 2011 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #étonnement

Promenades photographiques de Vendôme. Jusqu'au 18 septembre.

 

 

 

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Hans Silvester, "Fenêtre sur l'Afrique"

 

 

 

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Hans Silvester, "Fenêtre sur l'Afrique"

 

 

 

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 Eric Martin, "Sur la route de Marco Polo"

 

 

 

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                                             - Deux -

 

 

 

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                                          - Puisqu'on vous le dit -

 

 

 

 

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                                 - Autoportrait de l'auteur en polo prune -

 

(sur expo "In fine" d'Eric Dexheimer)

 

 

 

 

 

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Tata Yoyo

12 Août 2011 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #l'évènement

 

 

SAB 8150 R

 

 

 

Elle s’est éteinte, comme on dit pudiquement, vendredi dernier. Pour beaucoup, il s’agissait de mémé Yoyo. Pour moi, mémé Yoyo, c’était d’abord Tata Yoyo.

Tata Yoyo, qu’est-ce que t’as sous ton grand chapeau ?
Tata Yoyo, dans ta tête y a des tas d’oiseaux !

Evidemment, elle aurait peut-être préféré que ce soit quelqu’un d’autre qu’Annie Cordy qui fasse une chanson sur son prénom. C’est quand même pas de chance : elle aurait pu tomber sur Bécaut (Nathalie), Brel (Isabelle), Eddy Mitchell (Alice), ou encore les Frères Jacques, reprenant Barbara de Jacques Prévert. Mais non, Tata Yoyo ce fut Annie Cordy.
A bien y réfléchir, ça lui allait plutôt bien finalement : cette chanson, une fois entendue, ne  décolle pas du cerveau pendant plusieurs jours et sa ritournelle évoquait malgré la platitude du texte une certaine joie de vivre, et de l’humour, qui ne l’a jamais quitté.
De l’humour, de l’amour et de la tendresse, elle en avait à revendre. C’était même, si je puis dire, son fonds de commerce. Et j’ajouterai à ses multiples qualités celle, plus rare de prophète. D’aussi loin qu’il m’en souvienne – et particulièrement à partir du moment où mes cheveux ont commencé à se faire la malle – ma reine mère m’a rappelé jusqu’à m’en bassiner un épisode anecdotique de ma naissance. Tata Yoyo, qui allait aussi devenir ma marraine, se penchant sur mon berceau aurait eu cette exclamation fulgurante et surprenante : « Oh ! Il est chauve comme un curé ! » Ce petit trait d’humour est resté longtemps risible dans la bouche de celle qui me le racontait. Mais un beau jour pourtant, il a fait son malheur : le chauve était effectivement devenu clerc. On connaît la suite de ce cédédé de courte durée… Il jeta sa soutane aux orties, sans que ses cheveux ne repoussent pour autant.

Tata Yoyo, qu’est-ce que t’as sous ton grand chapeau ?
Tata Yoyo, dans ta tête y a des tas d’oiseaux !

Je n’ai jamais vraiment eu l’occasion de rediscuter de ce choix de tout larguer lors de cette déprimante année 2006 où un gouffre s’était ouvert sous mes pieds, marquant la fin de mes illusions et le début de la vraie vie. Je n’ai pas vraiment cherché à le faire non plus, à l’époque – pas si lointaine – je craignais le regard des gens y compris de mes proches et j’ai préféré l’exil et l’éloignement taciturne plutôt que la confrontation avec ceux et celles qui se posaient des questions. Mais je suis sûr d’une chose : Tata Yoyo portait tout cela dans son cœur, qu’elle avait grand, et il est probable, pour ne pas dire certain, qu’à l’image de certaines séparations familiales elle en a souffert en s’inquiétant à juste titre pour les êtres qu’elle aimait. Et dans sa grande bonté et modestie, elle n’en disait sans doute rien. « C’est comme ça, » a rappelé un cousin le jour des obsèques. « C’est comme ça… »

Tata Yoyo, qu’est-ce que t’as sous ton grand chapeau ?
Tata Yoyo, dans ta tête y a des tas d’oiseaux !

 

 

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Tata Yoyo, Yolande, ma marraine, comment pourrai-je oublier, avec Pierrot, cette funeste soirée du 31 octobre 2000 ? C’est vous qui êtes venus les premiers au 10e étage de la tour Maine avenue Sainte-Catherine à Châtellerault, cette nuit d’octobre où un froid glacial m’a envahit le corps et ne m’a quitté que longtemps après. Ce mauvais film qui se déroulait devant moi, spectateur impuissant d’une déchéance que j’avais sans doute trop longtemps refusé de voir, c’est toi Yolande ma Tata Yoyo qui en fut la première informée. Avant le drame, où je t’avais appelée au secours ne sachant plus comment faire avec ce père qui partait de plus en plus mal, et après le drame. Avec Pierrot, vous êtes arrivés à bord de la petite Super-5, dans la nuit froide de la Toussaint qui portait cette année-là très mal son nom. Les jours qui ont suivis, j’ai logé chez vous dans le canapé du salon, les seules fois de ma vie depuis ma petite enfance où j’ai dormi sous votre toit. Chaque nuit je sentais ce froid glacial me briser les os, comme une banquise qui enserre la coque d’un navire, et je sentais aussi comme la main de mon père qui semblait me toucher. Le matin, et c’est un son que je n’oublierai jamais, j’entendais le bruit sec et métallique du poêle de la cuisine, lorsque Tata Yoyo secouait avec le tison le bac à cendres… Je n’ai jamais oublié ce bruit qui signifiait que c’était le matin et qu’une nouvelle journée commençait, avec elle la promesse d’autre chose. Et puis il y avait le couteau de Pierrot invariablement posé à côté de l’assiette, et cette façon qu’elle avait de sortir de table en faisant pivoter sa chaise sur un pied en imprimant un mouvement de balancier sec et précis de ses bras sur la table. On aurait dit un geste olympique tant il était à la fois mécanique, sans calcul et exécuté parfaitement, comme après des années d’entrainement. Derrière, sur le plan de travail de la cuisine, il y avait ces photos des enfants, petits enfants, et, dans un coin, celle de la R16, comme une part fidèle de votre vie. Je me souviens de la période où elle passa son permis de conduire, les compléments de leçons donnés par Pierrot sur les petites routes de campagnes autour de Jardres, qu’elle racontait comme une chevauchée  épique et chevaleresque.

Tata Yoyo, qu’est-ce que t’as sous ton grand chapeau ?
Tata Yoyo, dans ta tête y a des tas d’oiseaux !

 

 

 

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Un jour, alors que je regardais fixement les photos sépias à gauche de la porte d’entrée de la salle à manger, j’ai demandé à Tata Yoyo de mettre un nom sur ces visages. On a fait le tour des aïeuls, oncles, tantes etc. ensuite elle m’a fait refaire ces photos avec leurs commentaires, les noms de tous ceux qui y sont. Pendant un moment je me suis dit que j’étais peut-être le seul neveu à s’intéresser à cette histoire, l’histoire des Sabourin, pas de quoi en faire une thèse cependant. Lundi 8 août dernier, au cimetière, en regardant la tombe de Raymond et Lydie m’est revenu en pleine face cet arbre généalogique. Michel et Jacqueline m’ont expliqué la brève vie de Raymond. Je me suis souvenu de Raphaël, tombé au combat le 8 mai 1917 dans l’Aisne, dont j’ai d’ailleurs la photocopie du certificat de décès, obtenu à partir d’un site internet sur les disparus de cette boucherie. Et puis Léopold et Madeleine. Grand-père Alcide et mamie Germaine.


Tata Yoyo, qu’est-ce que t’as sous ton grand chapeau ?
Tata Yoyo, dans ta tête y a des tas d’oiseaux !

 

 

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Lundi 8 août, devant la foule massée dans et devant la petite église de Jardres où elle se  maria avec Pierrot 62 ans auparavant, j’ai compris qu’elle laissait un très grand vide dans la vie de ceux qui la connaissaient. Je ne parle pas seulement de la famille, des enfants, petits enfants, arrières petits enfants, sœur et beau-frère, neveux et nièces. Mais toutes ces personnes, d’ici ou d’ailleurs, sans doute aussi de l’époque Michelin, qui l’appréciaient et l’aimaient autant qu’elle les aimait. La coïncidence veut qu’au moment où nous étions au cimetière qui jouxte l’église, il était midi. L’angélus a sonné à toute volée, comme pour prévenir les anges qu’ils allaient bientôt pouvoir passer à table, avec son célèbre pâté de Pâques, le farci poitevin, les mayonnaises dans lesquelles nous trempions nos langoustines avec gourmandise, les broyés du Poitou au beurre qui fondaient dans la bouche et sur les doigts, les poules faisanes au chou rapportées par ses fils chasseurs… Elle aimait rire, chanter, elle aimait aussi faire la cuisine et il y en avait toujours trop (« Tu parles ! Je n’ai pas fait grand-chose ! » disait-elle, et nous passions trois heures à table), mais je crois que c’était sa façon d’être généreuse, sa façon d’être tout simplement, sa manière d’aimer.
Quand les gens qui ont manifesté beaucoup d’amour et d’attention meurent, où vont-ils, que deviennent-ils ? Ils vont au ciel, comme on dit...
Mais ceux qui restent, c’est sûr, sont orphelins et personnellement, je garderai toujours dans un coin de mon oreille sa voix patinée de cet accent du terroir poitevin, cet accent de « Jardrèesse » comme on disait (pour dire « Jardres »). Et cette voix, même encore ce 20 juin la dernière fois que je lui ai parlé au téléphone, qui me disait, à l’aube de ma quarantaine : « Mon p’tit Frédéric. »

Tata Yoyo, qu’est-ce que t’as sous ton grand chapeau ?
Tata Yoyo, dans ta tête y a des tas d’oiseaux !

Au revoir, Tata Yoyo, ma marraine.
Ton filleul, Frédéric le chauve.


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Cette série de photos sur la thématique de la porte et / ou de la fenêtre a été réalisée dans le Lot, près de Bretenoux au bord de la Dordogne, notamment au château de Castelnau, et à Loubressac.

(c) F. Sabourin.

 

 

 

 

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Avec le loup dans les grottes de...

5 Août 2011 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #concept

 

 

 

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                                           - Je suis resté là comme deux ronds de frites -  

 

 

 

 

  Qu’il est bon d’être dépassé et surpris par les évènements, parfois. Alors que la gare de Lamativie émergeait à peine de sa torpeur estivale – le soleil tapait dru cette fin juin – une fidèle lectrice de ce blog se dépêchait pour attendre à la gare de Rocamadour, dans une configuration semblable. Je ne résiste pas à la citer dans le texte : « C'est parfois sympa d'attendre longtemps, en ayant absolument rien à faire. »
Et comment ! C’est là que l’œil et les autres sens prennent toute leur mesure, à savoir la démesure de l’endroit où l’on se trouve, et c’est aussi dans ces instants rares que s’éveille l’esprit du lieu. Ceux qui ont perpétuellement un écran sous les yeux ou un ail pode dans les oreilles ignorent de quoi il s’agit, absorbés par autre chose (mais quoi ? La fuite de leur propre solitude certainement). Pour les autres – et donc cette prometteuse observatrice du temps qui passe – tout peut arriver. Il n’y a rien d’autre à posséder qu’un peu de mémoire et un œil en état de marche. Voire deux, c’est selon.
Ensuite, quelques béquilles peuvent aider à fixer tout cela pour éviter que la scène s’envole trop furtivement : un petit carnet à spirales (ou pas) fera bien l’affaire. Pour l’œil, c’est une affaire de goût, et d’opportunité, un appareil photo compact ou un gros réflex perfectionné si on est passionné permet de revoir ensuite le résultat d’une attente qu’on croyait stérile. Apparaissent alors des détails croustillants, comme cette borne de compostage contemporaine de la société des chemins de fer français indiquant une date permettant de revenir au passé en un clic, comme seule cette société de transport peut en être l’auteur. D’ailleurs, que faisiez-vous le 5 octobre 1980 ? (c’était un dimanche).
Rocamadour ou Lamativie, même combat, ou presque tant cette dernière était largement plus isolée, mais à admirer les photos de la gare de cette station touristico-religieuse où "mon amour était parti s’y réfugier avec le loup dans des grottes", on jurerait que non. « C'est parfois sympa d'attendre longtemps, en ayant absolument rien à faire »
Elle s’appelle Bénédicte et nous lui disons : merci.

 

PS : Nous apprenons alors que nous mettons sous presse que Mle Bénédicte H va nous proposer un texte accompagnant cette rencontre ferrovière... Nous l'attendons avec impatience, et ne manquerons pas de le diffuser ici. D'ailleurs le voici :

 

 

C’est une chouette gare, avec ce petit charme qu’on pourrait appeler pittoresque. Deux quais : A comme « Ah ? » et B comme « Bon. ». Ce qui nous donne : « Ah ? c’est une gare... » et « Bon. Soit… ».

Pas convaincu. Robert au secours !

Gare (n .m.) : Ensemble de bâtiments et installations établis aux stations des lignes de chemin de fer pour l’embarquement et le débarquement des voyageurs et marchandises.

Donc c’est une gare.  Deux lignes de chemins de fer, des bâtiments et des installations établies pour l’embarquement et le débarquement des voyageurs. Tout y est. Il y a même des bancs pour s’assoir. Pardon : des installations établies pour l’embarquement et le débarquement de voyageurs… ou les commodités de l’attente en gare.  Car encore une fois, s’en est une. On a du mal à y croire, quand seul avec son sac à dos on descend d’un magnifique ter flambant neuf sur un quai vide et décrépi. Et Le contrôleur qui vous regarde avec des yeux ronds.

Les aléas de l’organisation font qu’il faut attendre au milieu de cette gare. Longtemps en plus. C’est là que le doute s’installe. Il ne s’est pas gourré là, le chauffeur ? Il ne m’aurait pas, par hasard, laissé en pleine cambrousse française ? Pas un chat. Si justement. Juste un chat. Moche en plus. Et il pleut… Il faut  s’abriter dans l’installation établie pour le débarquement des voyageurs, apparemment colonisée par les mouches. Saletés.

C’est là qu’on découvre le dernier coup de jeune de cette gare : une affiche datant de 2 ans auparavant –c’est à peine si on ose y croire.  Le regard ne fait que vagabonder, s’attache au moindre petit détail, s’interroge sur les choses les plus idiotes. Quand la poubelle a été vidée la dernière fois ? Elle est pleine. En même temps que l’affiche peut-être, ce qui expliquerai le nombre incroyable de ces petits trucs noirs, bruyants, volants et collants. Un tour dehors, quand même.

Les rapias. L’installation du débarquement/embarquement des voyageurs est bien moins belle que celle des marchandises. Quoiqu’on ne se plaindra pas trop, puisqu’on pourrait la qualifiée de feu l’installation du stockage des marchandises. Depuis combien d’année plus rien ne se décharge dans ce bâtiment –charmant ? Depuis que la Nationale enfile comme un collier de perles rectangulaires les poids lourds, se déchargeant dans des infrastructures hideuses elles-mêmes situées dans des ZI, ZA, ZC et cie . Hideuses aussi. Revenons à notre gare qui a l’air en voie de disparition. Espèce menacée complètement à la masse : une magnifique borne jaune de compostage toute neuve date avec 30 de retard. Pourquoi pas, on sait que la mode est de revenir aux années 80, mais si même les machines s’y mettent, on n’est pas près d’avancer.

En attendant, on attend. On compte tout ce qui peut se compter, on imagine l’histoire que s’invente la grand-mère de la maison d’en face, sur que d’être l’attraction du jour de cette dame vous enchante. Equilibriste sur les rails quand le soleil se pointe, philosophie sur la société des fourmis (parce qu’en plus des mouches qui ont leur territoire dans les airs, celles-ci ont établi le leur à terre), espérance d’une pluie qui ne durera pas, bonjour à l’unique brave passant, apprentissage des horaires de trains , quelques mots sur une feuille. Regret de ne pas avoir le bijoux technologique qui transporte de la musique partout avec vous –autrement dit lecteur mp3. Mais finalement non, c’est aussi bien. Ecouter le bruit de l’endroit où on se trouve, c’est quelque chose qu’on oublie aujourd’hui. Redécouvre le chant des criquets, le bruit du vent dans les arbres, tendre l’oreille en espérant entendre le moteur de la voiture qui doit venir vous chercher-mais qui n’arrive toujours pas. Finalement tant mieux. On apprivoise la patience et on comprend que oui, c’est parfois sympa de devoir attendre, en ayant absolument rien à faire. 3h30 à tuer d’une manière splendide le temps.

NB : mais pas trop souvent, quand même.


Bénédicte H. (17 ans)

 

 

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                                                         - Sans titre -

 

 

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                                                         - Passage -

 

 

 

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                                                       - Toujours un train de retard -

 

Photos : Bénédicte H.

 

 

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