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Le jour. D'après fred sabourin

Articles avec #etonnement tag

Héraldique (ta mère)

30 Juin 2014 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #étonnement

 

 

Armoiries Angleterre 1422 copie

 

 

Disons-le tout net : la dernière livraison du Mag Loir & Cher hors série été 2014 est une réussite. Photos superbes, idées de balades et mise en valeur des richesses territoriales : en un mot comme en cent, bravo.

Mais il y a un petit détail qui cloche : la photo de Une. Le garçonnet brandissant une épée, à califourchon sur un cheval de bois, vêtu d’une cotte de mailles et coiffé d’une couronne, porte un blason… anglo-normand. Sur fond d’une photo du Château de Chambord, s’il vous plaît ! La collectivité territoriale de Loir-et-Cher irait-elle jusqu’à proposer un nouveau redécoupage des régions et, finalement, un rattachement de la Région Centre avec les léopards de Normandie ? Voire une soumission à la Reine d’Angleterre ? On en frémit…

Ces léopards d’or sur fond de gueule sont en effet le symbole héraldique des ducs de Normandie, et, lorsqu’ils sont trois, d’Angleterre. Sur le blason porté par le jeune enfant, il est écartelé avec le blason du roi de France : une fleur de lys or sur fond azur (symbole du rattachement du duché de Normandie au royaume de France lors du règne de Philippe Auguste à la fin du XIIe siècle, mais, un siècle plus tard, la soumission au royaume d’Angleterre). Rien à voir avec le blason des Valois et de François Ier (même s’ils ont en commun les fleurs de lys d’or sur fond azur), qu’il eut été sans doute plus opportun de faire pavoiser sous les cheminées de Chambord.


On ne peut pas tout demander aux "services communication" : faire de la " com’ ", ou faire de l’histoire…

" Et vive nostre bon roy François ! "

 

 

Heraldique

 

 

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Sabourin Raphaël, "mort pour la France"

13 Mai 2014 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #étonnement

 

 

archives J711398R

 

 

Ou plus exactement "tué à l'énnemi", comme on dit sur sa fiche de renseignements trouvée il y a quelques années sur le site Mémoire des hommes. Du récent rangement et tri de divers papiers dans des boîtes à gâteaux "souvenirs" exhument le précieux document.

Où l'on se dit qu'un déplacement sur place s'impose, à La Ville-aux-Bois-lès-Pontavert, dans l'Aisne, à la nécropole nationale, au dessus de la tombe n° 3936.

On en reparlera, donc, du "Bois des Buttes"...

 

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Jeux de main

23 Juin 2012 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #étonnement

 

 

 SAB 4249 R

 

 


Au détour des Promenades photographiques de Vendôme, il y a une exposition à ne pas manquer : « Détenus, des hommes » (un projet photographique et rédactionnel réalisé par les détenus eux-mêmes). C’est là que nous avions inopinément rendez-vous avec « elles. » Devant cette main, à l’alliance bien visible, devant la porte de la maison d’arrêt de Blois, l’une d’elles s’arrête, scrute la main, et interpelle ses deux copines : « Celle-là, elle ne va pas vivre longtemps, » dit-elle. Revenant sur leurs pas, elles regardent cette main et interrogent leur copine, qui semble sur d’elle : « Elle a une croix sur sa ligne de vie ! » Ce qui signifie la mort. Et les voilà parti à scruter leurs propres mains pour vérifier qu’elles n’ont pas pareil malédiction…
J’étais derrière elles, et elles ne m’ont jamais vu. L’angle était parfait, la superposition des plans aussi, je n’avais plus qu’à faire la photo.

Et c’est seulement après qu’elles se sont éloignées que j’ai enfin pu, moi aussi, regarder ma main gauche et cette fameuse « ligne de vie. » Ouf ! Pas de croix. Mais à bien y regarder, elle me paraît bien courte…

 

 

SAB 4263 R

 

 

 SAB 4252 R

 

 

 

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Dépendaison de crémaillère

10 Février 2012 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #étonnement

 

 

 

 


L’année dernière, j’ai narré ici même un Un déjeuner sur l'herbe  , à la préfecture du département où je vis et travaille. Cette année, le préfet a réinvité la presse à déjeuner. Il y avait deux raisons valables pour ne pas rater ça : je voulais savoir si les places autour de la table allaient être redistribuées. Et vingt quatre heures avant, nous avons appris – en même temps que l’intéressé lui-même – qu’il était nommé ailleurs très prochainement, dans un placard (le Conseil supérieur de l’administration territoriale, une sorte d’organe de contrôle du ministère de l’Intérieur sur l’action des préfets et sous-préfets, faire du conseil et des audits). Il sera remplacé par l’actuel directeur de cabinet de Madame la ministre de la Santé et de la Cohésion sociale (une certaine Roselyne B.). Le vol des hauts fonctionnaires vers des aires de nidification plus clémentes à l’approche du printemps électoral a commencé, depuis plusieurs mois déjà, et le vol de ces oiseaux migrateurs est loin d’être terminé.
 

J’ajoute en chemin une troisième bonne raison : j’avais envie de voir où je serai placé par rapport à Madame le sous-préfet, dont j’ai déjà vanté ici le charme discret mais efficace des fonctionnaires d’État perdus dans la cambrousse provinciale du Vendômois.

 

 

IMGP3917

 

 

En arrivant, par le petit chemin déneigé de la cour de la préfecture recouverte d’un blanc manteau d’hiver (séquence poésie mais ce ne sont hélas pas des alexandrins), nous étions quelques uns à nous demander comment notre hôte allait prendre la chose. Débarrassés de nos oripeaux de la banquise, nous avons vite été rassurés, si l’on peut dire. Il le prend mal. Pour tout dire, assez mal. Mais comme c’est un fidèle serviteur de l’État (loué soit-il), il n’en montre rien, ou si peu. Il sait, car c’est le devoir des soutiers du corps préfectoral, qu’il tient autant du parachutiste pouvant du jour au lendemain faire ses cartons que de l’inamovible bourgeois gentilhomme de province. Personnellement, je ne vois pas pourquoi je pleurerais sur l’affaire. Le serveur me propose un whisky (il commence à me connaître) que j’accepte avec plaisir. Sur ce, je taille une bavette avec le Secrétaire général, précédemment en poste à Oloron-Sainte-Marie dans le Béarn, à une portée de canon de la vallée d’Ossau. D’un coup, on s’éloigne du sujet du jour lui et moi, à grands coups de paysages, de bérets béarnais et basques (pas pareil), de fromage de la vallée (échange d’adresses), de brebis égarées dans les estives, et de « Jean-Pierre », là bas, au loin, du haut de ses 2884 mètres. Le temps passe vite, et je suis à sec de whisky. Ce n’est pas grave, on passe à table, dit la maîtresse de maison, en l’occurrence le préfet lui-même.

 

 

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                                              - Cette année -  

 

 

Sur le petit carton reçu en arrivant, j’avais vu au petit trait rouge matérialisant ma place que j’avais pris du galon depuis l’année dernière : j’allais être à gauche du préfet. Allusion politique ? Je ne pense pas, sa voisine de droite, directrice départementale d’un quotidien local radical-socialiste, l’est sans doute bien plus que moi. En m’asseyant, je repense au mot gauche en italien, qui se dit sinistra, en référence aux malheurs qui arrivent toujours du côté opposé de la droite de Dieu. A ma « sinistra » à moi, il y a la directrice de cabinet du préfet. En face de moi, légèrement sur ma gauche (mais si peu), il y a… Madame le sous-préfet. Elle semble s’ennuyer, déjà. J’en aurai confirmation une heure plus tard, à la fin du repas, lorsque je me rendis compte que je n’avais entendu le son de sa voix que deux fois : lorsqu’elle me dit bonjour, et pour dire « merci » au serveur qui lui proposait une panière de fruits en lieu et place des crêpes au chocolat que nous avions, nous. Était-ce déjà les prémices de sa future nomination – punition ? Ou plus sûrement, vu sa taille fine, une coquetterie de femme habitué à bâfrer sous les ors de la République. Et donc à faire gaffe.  

 

 

 

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Le déjeuner se passe. On parle de tout, de rien, le préfet s’enquiert de la santé de la presse écrite, de celle de la presse radiophonique, de la télévision (absente, comme d’ailleurs du paysage médiatique local, aussi on les casse un peu). Le vieux chouffe à barbe poivre et sel soliloque ses vieilles histoires de correspondant AFP, on évoque qu’à demi-mots la présidentielle future (on ne va pas parler de corde dans la maison d’un pendu !). Un peu plus disserte sur les vœux à la presse de Monsieur le Président de la République, ce qui me donne l’occasion de constater que certains(nes) autour de la table n’y étaient pas, et auraient visiblement aimés en être. On a les satisfactions que l’on peut.
 

 

À un moment, 14 heures approchants, le préfet change brusquement de conversation et parle du redoux qui est annoncé. C’est l’heure du bulletin météo, servi avec le café et les petits chocolats. Après les crêpes, je prends, comme ma convive en face de moi qui se retient de bâiller, une clémentine, que je m’évertue à éplucher avec couteau et fourchette, mais comme c’est chiant j’y mets les doigts (dans le fruit, je précise). Je n’écoute plus rien que sa solitude trop visible pour ne pas être entendue. Elle semble perdue et fatiguée, absente, muette, sur le point de basculer de sa chaise si un texto ne la retenait pas (je la vois pianoter sous la nappe). D’un coup je me rappelle que mon téléphone est dans ma poche, en mode vibreur, et que si jamais il se met à vibrer, peut-être que…
 

 

Je sors de ma torpeur admirative de l’ennui sous-préfectorale lorsque la convive à la droite du représentant de l’État se lance dans séance de flatterie préfectorale fulgurante, et « merci monsieur le préfet pour ces excellentes relations que nous avons eu, et gna gna gna, » repris en seconde main par le directeur d’une radio locale musicale et d’information. Du pur lèche botte mâtiné de lèche vitrine en passant par du lèche au bas du dos sous la chemise… J’en suis baba, sans rhum. Le serveur repasse avec du café. « Oui, s’il vous plaît, merci. »
 

Notre hôte, pas dupe, est content quand même. Tout le monde est content (sauf une). Et moi aussi car je sais que j’ai de la matière pour un petit billet.
En sortant, après nous être chaudement rhabillés, je salue celle dont l’ennuie confine à l’œuvre d’art, d’un bien meilleur goût que les tableaux de batailles épiques d’époque Second Empire qui ornent les murs de la préfecture. Elle décroche un sourire, enfin. Dehors le soleil brille aussi.

 

 

Au café d’à côté, où nous nous retrouvons avec quatre journalistes du cru pour un café débriefing, le vieux chouffe qui connaît tout le monde dans le département me glisse à l’oreille qu’il a demandé au sous-préfet si elle était sur le départ elle aussi. Elle lui aurait répondu (mais quel crédit puis-je accorder à ces propos, tant ils semblent incroyables ?) : « Et bien quoi ? Vous attendez peut-être que je sois tondue ? »
Ah, ça non alors. Ça serait vraiment dommage, Madame, qu’un si beau tempérament finisse de la sorte.
 

Le ciel vous tienne en joie (comme dirait l’autre).

 

 

 

 

préfecture

                                                             - L'année dernière -

 

 

 

 

 

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Monsieur le Président, je vous fais une lettre...

26 Janvier 2012 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #étonnement

 

 

 

 

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Cette fois c'est sûr : ce blog est espionné en haut lieu (cf article précédent).

 

Un seul mot d'ordre : rester soi-même.

 

Je pourrai dire qu'aux derniers voeux de Nicolas, "j'y étais" !

 

(merde, faut que je retrouve une cravate...)

 

 

PS : il va sans dire que je vous raconterai ça ici, bande de lascards... Comptez sur moi !)

 

 

 

 

 

 

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C'est pas possible...

24 Janvier 2012 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #étonnement

 

 

 

D'après vous, qui a bien pu dire :

 

 

«En cas d’échec, j’arrête la politique. Oui, c’est une certitude.»

 

«De toute façon, je suis au bout, dans tous les cas, pour la première fois de ma vie, je suis confronté à la fin de ma carrière.»

 

«Vous voulez que j’anime des sections UMP ? Je ne mérite pas ça. Je préfère encore le Carmel. Au Carmel au moins, il y a de l’espérance !»

 

En tout cas, je changerai de vie complètement, vous n’entendrez plus parler de moi!»

 

« Si l’on veut être aimé dans le futur, il faut couper.»

 

******************

 

 

Alors ? Non ? Vous ne voyez pas ?

Vous n'allez jamais le croire : le petit Nicolas ! Le prince de la République, lui-même !

(Dans "Le Monde" daté du 25/01/2012)

 

Dingue, non ? On ose à peine y croire... D'ailleurs on n'y croit pas du tout.

Dommage, parce que le "vous n'entendrez plus parler de moi," c'est drôlement tentant.

Quant à être aimé dans le futur, faut pas exagérer non plus...

Mais "couper", ça oui.

 

Allez, l'espoir fait vivre (y parait).

 

 

 

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Les mains d'or

2 Décembre 2011 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #étonnement

 

 

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                                          - Mano à mano -

 

 

Au risque de déplaire à certains – tant pis – je répète ce que j’ai déjà écrit ici : le métier de journaliste localier est un beau métier. Pour peu qu’on sache regarder dans les marges pendants les « trucs » officiels, les conférences de presse (agrume ? livre ?) se révèlent alors sous un autre jour.
Celle où je prends place, ce matin-là, à tout pour (dé)plaire. Le Conseil général invite à se réjouir du déblocage « d’une enveloppe exceptionnelle de 445.000 € d’aide aux agriculteurs éleveurs qui ont souffert de la sécheresse » (je cite). Grâce aux malpropres qui ne respectent pas le Grenelle à Borloo, le climat est déréglé, et les calamités que ce dernier envoie annuellement dans ses colères permettent aux élus locaux en quête de réélection de « débloquer des enveloppes. » A ce prix-là, 445.000 €, on devrait carrément parler de valises. Mais je sens que je dérape.
Donc on est invité. Et plutôt bien, avec ça. Café, jus d’orange, petits gâteaux, « servez-vous, » nous dit la charmante dame de la communication (pléonasme) en nous priant de nous asseoir. Bon, d’accord. Le café, au Conseil général, ce n’est pas un breuvage de bonnes sœurs, comme on dit ailleurs, alors j’en prends volontiers, et même deux fois comme ça j’économise sur celui de ma rédaction, plus douteux question saveur.
 

Ça commence. Autocongratulations d’usage, et formules idoines : « On a toujours répondu présent, et on répondra toujours présent, » lance le président. C’est donc simple comme un coup de fil. Bon, ça blablate, de toute façon, on a tout sur le communiqué, et vas-y le vieux journaliste dans le coin là bas qui connaît tout le monde et que même le président du CG il lui fait la bise (très mauvais mélange des genres… mais à 65 ans on ne retoque pas un confrère, c’est un coup à s’en prendre une dans la gueule, jeune merdeux), il y va de ses vannes. Sauf que ça agace le président, etc etc. Bref. Il faut s’évader d’urgence, par l’esprit j’entends.
Et c’est là que sur la table, au-delà des tasses à café désormais vides dont certaines dessinent des ronds brunâtres du la table, je vois deux paires de mains, quasiment identiques. Des grosses mains, des pognes même comme on dit chez moi, avec l’annulaire boursoufflé par la présence d’une vieille alliance. Des mains qui se croisent, et se décroisent, dans cet auto contact bien connu des gens légèrement stressés. Alors je regarde les propriétaires de ces mains, calleuses, des mains qui n’appartiennent sûrement pas à des Énarques. Et pour cause : ce sont celles d’agriculteurs. L’un est président de la FDSEA, l’autre est conseiller de canton, agriculteur de son état.
 

D’un coup, ces mains-là me réconcilient avec la politique. Je me dis, peut-être un peu benoîtement, que ces gros doigts fermes, ces pinces monseigneur ont servi et servent encore à autre chose que de tenir un stylo ou des biftons. Dans un coin de mon crâne, j’entends la chanson de Bernard Lavilliers, Les mains d’or. Dans le cas qui nous intéresse, il ne s’agit pas de rendre hommage aux ouvriers des laminoirs, mais des grattes mottes de terre et autres porteurs de foin. Les paysans, les vrais.
Oui, je sais, c’est idiot. Mais ces mains-là, ce jour-là à cet endroit-là, leur chaleur apparente et leur expérience au travail, faisaient oublier la grande et belle opération de com’ à laquelle, malgré nous, nous étions en train de communier.
Avec du café.

 

 

 

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L'âge du non

18 Novembre 2011 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #étonnement

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                                                   - Tordu -

 

 

 

L’auberge dans laquelle je prends place à Saint-Viâtre, au cœur de la Sologne dite « des étangs », ne brille pas par la chaleur de son accueil. Je ne parle pas de celui de la maîtresse de maison, qui est poli et comme on doit s’y attendre, mais bien plus de la froideur du lieu. Il doit y avoir un problème de chauffage, et les radiateurs électriques portatifs flanqués dans les angles de la pièces semblent aussi peu efficaces que les ingénieurs de l’EPR de Flamanville.
L’endroit est désert, et ce n’est pas pour me déplaire. Alors que j’attaque par la face nord le buffet d’entrées (avec des harengs à l’huile et aux oignons…), je change brusquement d’avis. Vient de rentrer un couple avec une charmante petite fille de deux ans environ. Je ne crois pas me tromper sur l’âge : elle dit non à toutes les sollicitations qui lui sont faites. Faut dire que ses parents sont doués pour poser des questions qui ne devraient pas l'être à un gosse de cet âge-là, même si on possède de fortes valeurs démocratiques et participatives. Nous sommes en république, au nom de quoi un enfant serait-il « roi » ?
Il y a d’abord la question des toilettes : « veux-tu aller faire pipi ? » se risque sa mère. « Non ! » répond le tyran en devenir. Elle insiste, re-non. Elles finissent par y aller, et je vois le joli minois de Tiphaine (c'est son prénom) barré d’une énorme tétine qui ne devrait pas être plantée là à son âge et surtout à cette heure-ci de la journée.
Elles reviennent et le monstre prend place sur une chaise haute, adaptée pour elle. Et le festival commence. Alors qu’elle s’évertue à se lever, ses géniteurs passent leur temps à lui demander de s’asseoir, ce qu’elle consent à faire qu’à grand renfort de menaces, qui ne s’abattront jamais sur elle et elle le sent bien. « Assis ! » (même ordre que pour un chien). « J’ai dit assis ! » (la mère s’énerve). « Assis ou tu prends une fessée ! » (le père s’y met). Là, ça semble fonctionner, le temps regarder son menu seulement… « Tu veux une fessée ? » demande la mère, excédée.
Que croyez-vous que Tiphaine répondit ? « Non ! » Pas folle la guêpe.

 

Je n’en peux plus, et en plus on se caille. Le café et l’addition en même temps svp, et zou, me voilà dehors sous le soleil solognot qui réchauffe sacrément l’atmosphère. Pendant que j’étais à me geler le derrière en ingurgitant l’émincé de volailles sauce-tomate, j’eus le temps d’entendre le père dire à la patronne : « elle est réveillée depuis 6 heures ce matin, » comme pour justifier l’énervement de la moutarde. En sortant, je me dis qu’elle échappe donc à ce principe qui d’ordinaire se vérifie pourtant : faites faire des activités difficiles ou bruyantes à des gamins, ils seront fatigués. Et c’est bien connu, les gens fatigués sont moins fatigants. A ce rythme, ses parents – s’ils ne donnent pas la fessée maintes fois promise – le seront avant elle.

 

En regardant le clocher et la perspective du château d’eau, je me demande si je n’ai pas un peu forcé sur le rosé. Le clocher semble tordu. Le rosé n’y est pour rien (seulement ¼ compris dans le menu à 12 € entrée – plat – fromages – dessert – café). Il s’agit d’un clocher tors, une soixantaine sont visibles en France.

 

 

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                                        - Confort moderne -

 

Saint-Viâtre, 1164 habitants, son clocher tors donc, sa maison des étangs, ses deux auberges – restaurants, sa pharmacie, sa boulangerie et le tabac presse devant laquelle la Une d’un journal de papa rat d'zi triomphe avec je ne sais qui. Je ne travaille pas pour ce journal et je m’en réjouis.
Le site internet du village précise : « Un tissu commercial de proximité complète les services rendus. Un médecin et un pharmacien veillent sur la santé de tous... on trouve également une poste et un guichet de banque. »

Merci docteur et le bon apothicaire de veiller sur les habitants de ce gros bourg…
On y apprend également que : « au cours du XVIIe siècle, le nom du village s'est transformé pour devenir Tremblevif, probablement à cause des "fièvres intermittentes" (ou paludisme) qui sévissait alors. Au XIXe siècle, ce nom est devenu difficile à porter et à la demande de la commune, le village prit le nom de Saint-Viâtre en 1854. »

On comprend aisément pourquoi.

 

 

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                                       - Gilet non fourni -

 

 

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                                      - Sans titre -

 

 

 

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Mon oeil !

16 Août 2011 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #étonnement

Promenades photographiques de Vendôme. Jusqu'au 18 septembre.

 

 

 

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Hans Silvester, "Fenêtre sur l'Afrique"

 

 

 

SAB 9447 R

Hans Silvester, "Fenêtre sur l'Afrique"

 

 

 

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 Eric Martin, "Sur la route de Marco Polo"

 

 

 

SAB 9487 R

                                             - Deux -

 

 

 

SAB 9492 R

                                          - Puisqu'on vous le dit -

 

 

 

 

SAB 9489 R

                                 - Autoportrait de l'auteur en polo prune -

 

(sur expo "In fine" d'Eric Dexheimer)

 

 

 

 

 

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Perdu au milieu de nulle part

18 Février 2011 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #étonnement

 

 

 

 

D’abord il faut sortir de la ville, traverser le fleuve par le pont François Mitterrand, un pont moderne où souffle habituellement le vent glacial de l’hiver. Piétons s’abstenir. Puis la route emprunte la digue, pour se protéger du dernier fleuve sauvage d’Europe, fleuve – océan comme une mer. La femme Loire…
La campagne est belle à cet endroit. Simple mais belle. On domine le fleuve dans un sentiment de sécurité provisoire, enfermé dans le confort de la voiture, et on entend que le sifflement de la vitesse sur le capot. Au loin passent des oiseaux dont certaines espèces endémiques ne trouvent refuge qu’ici. Il y a un virage qui déporte sur la droite, en face d’un garage de véhicules d’occasion. Peut de temps après, on entre dans le village, en légère côte, et après un bistrot – glorieux bistrots de campagne – on voit poindre la Poste au loin, après le carrefour. Cette dernière n’est ouverte que deux jours par semaine, et encore, pas toute la journée. Une certaine vision du service public en zone rurale.
Au carrefour on prend à gauche, un salon de coiffure fait l’angle, Styl’Coiffure mixte annonce l’enseigne. Tout un programme. On traverse un lotissement de pavillons fleurant bon la vie moderne et les familles qu’on nommait encore il y a peu : « classes moyennes ». Des pavillons aux toits pentus, petit jardinets en façade, balançoires et garages. Ceux qui sont fermés par un grillage témoignent de la présence d’un chien. A moins que ce ne soit pour protéger les gosses de la rue…
Après la salle municipale, encore à gauche. Une rue-lotissement là encore, aux maisons semblables, à l’alignement parfait. Celle en brique est en construction, elle sera bien vite terminée. On prend à droite, le long d’un bois dont on ignore l’étendue mais il semble profond. De l’autre côté de la petite route, des champs cultivés, ne portant encore aucune trace de culture en cette fin d’hiver.
Un mur à droite, il faut le longer, et voici que s’annonce une grande bâtisse du XIXe siècle, sorte de demeure ou manoir – on hésite un peu – et des petits pavillons plus ou moins modernes autour. Un parking visiteurs vous attend, au fond d’une allée gravillonnée. On stoppe le moteur.


En traversant la cour, on croise des gens. Des jeunes, surtout. D’autres n’ont pas d’âge. Pas de forme non plus, disparaissant dans des vêtements dépareillés, des pulls over informes. Barbes d’une semaine et cheveux hirsutes pour les hommes. Doudounes à la propreté douteuse pour les femmes. La clope au bec pour la plupart. Dans un coin, sur le gazon, un râteau s’agite pour ramasser je ne sais quoi. A gauche du chemin, un petit pavillon à l’allure d’une petite cafétéria devant laquelle sont rassemblées quelques personnes qui semblent connaître les lieux.


Et puis on arrive devant le corps de bâtiment principal, flanqué d’une petite pancarte « secrétariat ». On pousse la porte, et une odeur de renfermé humide et fraîche mêlé de tabac froid vous saisit. Un comptoir délimite l’accueil. Une femme note dans son cahier grand format un horaire – l’heure qu’il est exactement maintenant – et la nature du visiteur : homme, seul, chauve. En face, sur des chaises attendent des personnes aux regards perdus dans le vide, dans le vague, dans le rien. Le mur en face d’eux n’est qu’à deux ou trois mètres. Un grand couloir coupe en deux le bâtiment, et on entend comme des semelles traîner au sol. Un fantôme, mais ce doit être un homme, passe lentement, traînant les pieds et toute la misère du monde avec lui. Il est habillé comme pour un hiver sibérien. C’est à peine s’il vous voit. D’ailleurs je pense qu’il ne vous voit pas. Sur une des chaises, un jeune homme d’une vingtaine d’année semble prostré. Ses jambes de pantalon style jogging sont remontées jusqu’aux genoux qu’il agite frénétiquement. Son regard semble lancer des SOS. Une envie de fuir vous saisit la colonne vertébrale.
Nous sommes bien à l’hôpital psychiatrique…

 

 

 

 

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