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Le jour. D'après fred sabourin

Black and withe session

23 Décembre 2009 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #chronique cinéma

                                      Tetro

De Francis Ford Coppola. Etats-Unis, Italie, Espagne, Argentine 2009. 2h07. 100 copies. Distributeur : Memento Films. Avec : Vincent Gallo ; Alden Ehrenreich ; Maribel Verdu ; Carmen Maura…

Tetro


Si par malheur Coppola mourrait maintenant, Tetro pourrait être considéré comme un œuvre testament. Pour l’instant, le monstre du cinéma est bien vivant, et il signe avec cette histoire de famille un film très personnel, dit-on, mais lequel des siens ne l’est-il pas ?
Tetro est d’abord et avant tout un très bel objet de cinéma. Le noir et blanc, lustré et brillant donne ce ton unique, un frisson qu’on avait ressenti, en son temps, avec The Barber des frères Cohen. Coppola l’a dit : « je suis derrière chaque image ». On veut bien le croire, tant l’obsession du cadrage rend encore plus fort le sentiment d’assister à un beau spectacle, et le plaisir est total puisqu’il n’oublie pas de soigner le scénario.
Un frère cherche son frère et tombe sur sa belle-sœur. Il y gagnera des pages d’écritures de son frère ex-fou passé par la case « asile », accomplira son travail textuel pas terminé, y perdra son pucellage et y gagnera un père à force de le chercher dans des figures qui ne sont pas les bonnes. C’est, en peu de mots résumés, la trame de Tetro, qui se déroule à Buenos Aires, carte postale noire et blanc de quartiers populaires. Coppola a le bon gout de ne pas nous infliger deux heures de tango pour nous faire comprendre qu’on est en Argentine. Juste un autobus et quelques bistros suffiront.
Au chapitre acteur, Vincent Gallo, qui frise en vrai la cinquantaine, est sérieusement envoûtant, tandis que la révélation vient d’une étonnante ressemblance physique avec Léonardo di Caprio, mais ça n’est pas lui je vous promets, puisqu’il s’agit du très convaincant Alden Ehrenreich.
La tension familiale fait parfois penser souvent à celle du Parrain (en moins sanglant), et la photo à Rusty James, dans ce que le noir et blanc peut avoir de plus séduisant. Le numérique lui apporte une grâce supplémentaire.
Accueilli fraîchement à Cannes (où il a quand même eu droit à la Quinzaine des réalisateurs), le nouveau film de Coppola possède la faculté de décevoir ou d’emballer le spectateur selon l’état dans lequel on ira le voir. On pourra, par exemple, se désespérer de certaines lenteurs, s’agacer des flashs back kitchs ou encore de bâiller devant ce mélo familial.
Mais si on y va dans l’espoir de voir du beau cinéma, un brin baroque et totalement maîtrisé, on aimera et les défauts cités précédemment deviendront des qualités, en particulier ces images d’archives qui semblent tout droit sortie d’une bobine super 8 des années 70, le son en plus.

Tetro, on pourrait dire (si on osait), « t’es trop fort (Ford ?) Copolla ». Mais le tutoiement n’est pas de mise pour les génies, seuls habilités à s’adresser sur ce ton aux dieux de la pellicule.
Comme disent les jeunes : trop bien.


Tetro


Tetro


Tetro

« Première Séance », une chronique cinéma à retrouver le mercredi 11h45 sur RCF Angoulême & le jeudi 11h35 et 12h55 sur RCF Haute Normandie. Fréquences au
www.rcf.fr



Tetro

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Première Séance

18 Décembre 2009 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #chronique cinéma

Le père de mes enfants

De Mia Hansen-Love. France, Italie 2009. 1h50. Distributeur : . Avec : Chiara Caselli ; Louis-Do Lencquesaing ; Eric Elmosnino…

Le Père de mes enfants


Mourir d’aimer le cinéma. Ce pourrait-être un rêve de cinéphile, ce fut le cauchemar de Humbert Balsan, homme bien né et producteur de cinéma notamment de Youssef Chahine. Il aimait le cinéma par-dessus tout, le cinéma l’a emporté. Il se suicidait à 51 ans, laissant derrière lui des dettes mais aussi – et surtout – d’heureux souvenirs.
Mia Hansen-Love, jeune cinéaste de 28 ans, inconnue jusqu’ici et qui aurait plu à ce producteur qui donnait une chance aux nouveaux venus, en tire un film qui ne ressemble pas à un tire-larmes. Son producteur à elle, Grégoire, va se noyer à force d’accumuler les difficultés, sans jamais en parler à son entourage. C’est un homme qui n’a pas l’honneur sous son mouchoir, bouffé par son téléphone portable au point d’en devenir insupportable, stressé et obsédé par la peur de l’échec. C’est aussi un père de famille féminine et heureuse (il a trois filles). Mais, dos au mur, il va commettre l’irréparable en se donnant la mort, plongeant tout le monde dans le désarroi et la stupéfaction.
Dans la deuxième partie du film, clairement identifiée, sa femme et ses proches reprennent le flambeau de son œuvre, tentant de finir ce qui était commencé, en essayant de ne pas tomber sous les dettes aussi. Ses filles continuent de vivre, bon gré mal gré, seules au monde désormais ou presque.
Mia Hansen-Love, déjà remarquée avec Tout est pardonné, signe avec Le père de mes enfants un drame à la couleur de l’espoir, ne tombant pas dans le piège du pathos exagéré, ni dans la béatitude outrancière. De la même manière qu’on aurait aimé être Grégoire Canvel du début du film, après la fissure on aimerait aussi continuer son œuvre, trouver des raisons d’espérer tout en restant un peu dans le tunnel de la douleur pour mieux sentir l’amour des proches.
Accompagné d’un casting parfait, Louis-Do Lencquesaing au charisme phénoménal, et des enfants qui jouent à ne pas jouer, Mia Hansen-Love trouve le ton juste sous la bonne lumière.
Mais Le père de mes enfants est aussi un formidable état des lieux du cinéma indépendant d’aujourd’hui. Apre et dur quant aux problèmes financiers récurrents, mais laissant passer des éclairs de génie cinématographique, comme ce très sensible portrait d’une famille heureuse brisée en plein élan, et qui cherche désormais la voie.

Un beau film, on vous dit.


Le Père de mes enfants



Le Père de mes enfants


« Première Séance », une chronique cinéma à retrouver le mercredi 11h45 sur RCF Angoulême & le jeudi 11h35 et 12h55 sur RCF Haute Normandie. Fréquences au www.rcf.fr

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