Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
Le jour. D'après fred sabourin

Articles récents

Après les chiens écrasés...

18 Janvier 2013 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #quelle époque !

 

 

... les chiens brûlés !


Et dire qu'on les paie pour faire ça...

 

 

 

chien brûlé

                                                         - La PQR en grande forme ! -

 

 

Lire la suite

Le dernier, mais pas le moindre

30 Décembre 2012 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #édito

 

 

SAB 5526 R

 

 

 

Voici donc venu le dernier jour de l’année. Longtemps retardé, il a fini par nous tomber dessus, malgré nous. Loin de moi l’idée de faire une rétrospective des évènements de 2012, des médias en panne de choses à raconter nous en soulent ces temps-ci plus que de raison.
Je cherchais depuis plusieurs jours de quoi terminer l’année de ce blog avec quelque chose de consistant, de quoi se mettre sous l’œil et la dent. En effet, cette année ne fut pas des plus prolifique dans Le Jour, d’après… (et oui, souvenez-vous, c’est le nom de ce blog, pas seulement le titre d’un film écolo-catastrophe de science fiction plus très lointaine). Un temps j’ai cherché des raisons à cette cure d’amaigrissement pour un blog qui, s’il n’a jamais couru après le chiffre, voyait sa fréquentation et ses articles régulièrement alimentés. Cette année, peu de choses : des textes rares – mais néanmoins appréciés comme "Si je mourrais là-bas" , suivi de  Retour aux sources  Des photos rares également mais choisies parmi les plus représentatives d’une année où la bourlingue n’aura pas été très présente. C’est comme ça, je n’y peux rien, et je ne vois pas pourquoi j’en culpabiliserai. L’année prochaine sera meilleure, peut-être. C’est une question de hasard, de rencontres, d’images vues et captées, de situations variées qui ne se prêtent pas toujours au récit mais qui, par la grâce et magie de celui qui les regarde, se transforment en articles.
Au seuil de cette nouvelle année, les lecteurs de ce blog savent ce que je pense des vœux et de tout le tremblement de souhaits à la noix qui vont accompagner de gré ou de force le mois qui vient. A moins de s’isoler dans une grotte – pyrénéenne de préférence – sans eau ni électricité, il sera impossible d’y échapper. Soit, ne luttons pas, ne subissions pas non plus, vivons ce dernier jour comme il se doit, et voyons ce qui se passera demain… demain justement.
 

Ce sera le jour d’après (le précédent), un point c’est tout. D’ici là, portez-vous bien. Et merci de votre fidélité.  

 

 

 

 

 

Lire la suite

Premières neiges

8 Décembre 2012 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #montagne

 

 

SAB 5570 R

                                              - Shooting is not a crime -  

 

 

 

 

SAB 5556 R

                                             - A cheval sur les principes -

 

 

 

 SAB 5565 R

                                              - Here come the sun -  

 

 

 

 SAB 5547 R

                                          - La bonne direction -

 

 

 

 

SAB 5541 R

                                           - A l'ouest, du nouveau -

 

 

 

 

SAB 5574 R

                                            - Sandwich -

 

 

 

 SAB 5573 R

 

 

 

(c) Fred Sabourin. 1-2 décembre 2012. Ossau, Béarn, France.

 

 

 

Lire la suite

Autour du monde, en solitaire, sans escale, sans assistance

22 Novembre 2012 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #cadrage débordement

 

 

Ancre




Pendant que Fillé et Copon à tribord rejouent un remake de Pour une poignée de dollars et Règlements de compte à Ok Corral. Pendant que le président normal d’un France qui ne l’est pas moins effectue des virements de bord lof pour lof à babord.  Pendant que des activistes anarcho-syndicalistes tentent de faire barrage de leurs corps pour empêcher les avions de décoller du futur aéroport du premier ministre.
 

 

Pendant ce temps-là, madame, on en oublierait presque l’essentiel, le merveilleux, le fabuleux, l’inhumain pourtant conduit par des humains. À l’heure où nous écrivons ces lignes, quinze marins sont seuls à bord d’un bateau, face à la mer, pour encore presque trois mois. « Un truc de barjot, » comme dit l’un d’entre eux, Jean Le Cam, que les grains et empannages depuis des années ont buriné comment un vieux loup de mer philosophe. Un truc de fou mais nom de Dieu un truc merveilleux ! Le Vendée Globe – c’est son nom – outre qu’il transforme des voiliers de dix huit mètres de long en prospectus publicitaires autour du monde, est quand même une formidable aventure humaine dont beaucoup, je dis bien beaucoup de têtes pensantes qui nous gouvernent, ou tentent de le faire, devraient s’inspirer. Et puisqu’il est facile de donner des leçons de morale sans se les appliquer à soi-même, je me mets dedans tant qu’on y est.
 

 

Marins solitaires, sans escale, sans assistance (ou presque…), marins autour du monde : je vous admire, du plus profond de mes tripes. Chaque matin – ou c’est tout comme – je vais écouter sur le site Internet la vacation de la veille. Vos voix pas encore tout à fait du bout du monde mais déjà plus de chez nous*, sont merveilleuses à entendre. Pas pour la prouesse technique que représente désormais le simple fait de pouvoir dialoguer avec un mec tout seul sur son bateau au milieu de l’Océan (la qualité technique des dites vacations est d’ailleurs souvent assez aléatoire). Non, ce qui m’impressionne, c’est votre chaleur, votre enthousiasme, votre passion, même quand vous n’avez dormi que quelques dizaines de minutes ou quelques heures d’affilées. Vous semblez inattaquables dans la passion et l’aventure qui vous animent. Chaque difficulté est expliquée avec humour, souvent, et bon sens, à chaque fois. On vous croirait fatalistes, mais non, sans doute la dure, très dure réalité de la course qui s’apparente plutôt à du réalisme, à une folie de risques calculés mais sans cesse remis en jeu par la mer, qui « dans son grand duel est la plus forte. » J’ose le dire, même quand vous en chiez, on a l’impression que vous prenez quand même votre pied. Et bordel de moine que votre enthousiasme est communicatif ! Le temps d’une vacation, qui dure deux ou trois minutes – et il peut s’en passer des choses pendant ce temps-là en mer ! – vous expliquez ce qui se passe, ce qui va peut-être se passer, sans en dire trop de votre tactique car les autres concurrents écoutent. Pour tout cela et bien plus encore : merci. « Les marins font des rêves que les ports assassinent, » écrivait Bernard Giraudeau. Je rêve avec vous, moi qui ne suis pas marin, tout juste montagnard, mais la force des éléments et notre petitesse face à elle nous relient, j’ai la faiblesse de le croire.
 

 

 

Il y a quatre ans, j’étais à l’antenne tous les matins entre 6h30 et 9h dans une radio sise à Lyon qui ensuite m’a vidée. Je n’oublierai cependant jamais que c’est derrière ce micro que j’ai vécu mon plus beau souvenir radiophonique. Le 31 décembre 2008, à 7h du matin, j’avais rendez-vous – et les auditeurs aussi – avec Michel Desjoyaux, qui roulait à cette époque-là à l’approche du Cap Horn, entre les glaçons et dans des creux infernaux. Il était en tête de la course qu’il allait remporter quelques semaines plus tard. L’attachée de presse, la veille, m’avait prévenue : « Il vous appellera, à 7h, je vous le garanti. Seule la mer et le boulot peuvent en décider autrement. » Franchement je me demandais ce qui allait ce passer… et pour tout dire je restais prudent, refusant de m’emballer trop tôt. A 7h, on attaque le flash avec mon copain Michel le journaliste ce matin-là. A 7h02, je vois Benoît le technicien-réalisateur qui me fait des grands gestes derrière sa vitre : c’était Desjoyaux qui appelait. Nous avons interrompu le flash, et j’ai dit : « Nous sommes en direct avec Michel Desjoyaux sur Foncia, qui se trouve actuellement à l’approche du Cap Horn. Bonjour Michel, comment ça va ? » Deux secondes de blanc (le temps pour le satellite de faire son job), et, du bout du monde, en pleine mer, balloté par l’enfer, nous avons entendu la voix du marin solitaire, sans escale et sans assistance, nous dire : « Ben ça va bien, et vous ? »
J’en ai encore des frissons…

Et aujourd’hui, pourquoi, mais bon Dieu pourquoi ne parle-t-on pas (ou si peu) de ces hommes d’une valeur inestimable, ces « barjots » seuls sur leurs bateaux face à la mer, et dont le vainqueur empochera à peine un demi-mois de salaire d’un footballeur de Ligue 1 ?
 

 

Marins du bout du monde, il vous tarde sans doute un peu de retrouver le port, la famille, les amis, des draps, des slips et des chaussettes propres et secs… Pas moi : chaque jour, vous êtes ma part de rêve qui mourra assassinée en arrivant à quai, aux Sables, l’année prochaine… 

 

 

* à l'heure où ce billet est posté, les premiers viennent de passer l'équateur...

 

 

 

Lire la suite

Un héros très discret (In memoriam Olivier P.)

12 Novembre 2012 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #édito

 

 

  Olivier & les scouts 2

                             - 1er à dr. -

 

 

Dans le dictionnaire, à la définition du mot « scout », il y a un exemple : Olivier, alias « Colibri ». Ce frêle bonhomme, dont un ancien professeur disait avec humour qu’il avait « une cage thoracique d’agrégé de philo, » incarnait sans doute tout ce que le scoutisme peut produire de valeurs humaines en une seule personne : le sens inné du service, la fidélité en amitié, une loyauté sans faille, la gentillesse incarnée. Le tout enveloppé dans un drap de modestie et de discrétion, qui n’avait d’égal que la foule – au moins 500 personnes – venue lui rendre un dernier hommage, dans l’église Saint-Jacques de l’Houmeau à Angoulême, le 9 novembre. Ce garçon, dont il arrivait, tant il était justement discret, que les professeurs du collège Saint-Paul ne s’aperçoivent de son absence qu’en fin de cours (« tiens mais au fait, Olivier n’était pas là ? »), aura rassemblé autour de lui tous ceux qui, au moins un jour, l’ont rencontré et ont été touché par ses qualités intrinsèques, sans jamais en faire étalage.
 

 

Pour nous tout à commencé un samedi de mai 1984, dans le local des louveteaux de la 1ère Magnac/Touvre. Une sorte de grande cabane en planches, maisonnée en bois peinte en blanc, style Louisiane. Là, quelques jeunes pré-adolescents, pré-pubères et mal dégrossis pour la plupart, faisaient les 400 coups de pitreries en pitreries, sous l’œil ferme mais bienveillant d’Etienne, le chef de meute, qui nous foutait ensuite une trouille pas possible le soir à la veillée avec son histoire de « lumière verte, » un truc à faire des cauchemars et qui nous scotchait dans le sac de couchage. Les louveteaux s’appelaient alors Vincent T., Frédéric C., Arnaud de la T., Amaury P-L., Renaud V., Frédéric S., et Olivier lui même. Il y en avait sans doute deux ou trois autres que ma mémoire oublie. Un soir de décembre de la même année, nous avons prononcé pour la première fois les mots ancestraux de la promesse, en chemises jaunes impeccables, foulard rouge et blanc, dans la petite église de Magnac. Nos parents étaient secrètement fiers, je crois. Nous ne l’étions pas moins. Olivier, d’humeur constante, était du lot. Et la vie a suivi son cours.
 

 

Au collège Saint-Paul. Et la discrétion d’Olivier. Les week-end scouts et les grands camps, dans les Hautes-Pyrénées près d’Aucun notamment, où il arborait un sac à dos armatures alu bien trop grand pour lui : sa tête ne dépassait pas par en haut et seules le bas de ses guibolles chaussées de Pataugas était visible, donnant l’impression au sac à dos de marcher tout seul. « Le sac à pattes » était né. Quelques temps plus tard, une nuit de pleine lune, il reçut le totem « Colibri », je ne sais plus trop pourquoi on lui a donné ce nom-là, mais je souviens bien avoir participé à cette totémisation, comme on disait à l’époque, un truc que les anti-bizutages ont ensuite sévèrement interdit, sous couvert de principes éducatifs post-soixantuitards, dont on sait désormais où ils conduisent. Bref. Olivier s’est appelé, cette nuit-là, Colibri, comme d’autres Loir, ou Lièvre, ou Piaf. Plus que du nom d’oiseau qui lui était attribué, il était fier, je crois, de faire désormais partie du clan.
Et ainsi de suite. Il y eut les soirées de l’adolescence pleine fleur, où nous guinchions en regardant les filles (« qui marchent sur la plage leurs poitrines gonflées par le désir de vivre… »), dans quelques maisons bourgeoises de l’Angoumois. Nous étions engoncés dans nos blazers-cravates-pantalons beiges, qu’il était bien le seul à porter à peu près correctement, déjà armé de ce sens du chic british de gentleman dandy qui ne le quittera plus. Une veste de chasse huilée d’une grande marque anglaise est venue parfaire l’uniforme, dont aucun accessoire ne manquait, surtout pas les fameuses cigarettes Dunhill rouges internationales, que nous lui taxions lorsque nous avions fini nos dernières Philipp Morris, Chesterfield, Rothmans bleues ou pire : Chevignon… Je ne l’ai jamais vu refuser une sèche à quiconque lui en demandait une.
 

 

Les études nous ont un peu éloignés. Il marchait « droit, » j’ai pris les chemins de traverse « histoire. » Nous nous sommes recroisés lorsque, jeune clerc dans cette église où il fut baptisé, et où il a été accompagné dans son dernier voyage, comme on dit un peu connement, j’étais en charge de cette paroisse du bord de fleuve. L’Houmeau. Pour un personnage qui semblait tout droit sorti d’un roman de Balzac, le lieu se posait là. Il fut donc, après avoir été un frère scout et camarade de classe puis pote de soirées bc-bg, un de mes paroissiens. Il n’avait pas changé ou si peu. Toujours ce chic british décontracté mais élégant, raffiné sans excès, dont le sens de l’humour n’était pas le moindre des accessoires. Il avait toujours des Dunhill dans la poche, et je me souviens en avoir grillé une avec lui, encore en costume de scène, sous le narthex de l’église, devant les yeux éberlués de bigotes effarouchées.

Je ne l’ai jamais entendu dire du mal de qui que ce soit, ni se rebeller contre quoi que ce soit. Il a traversé son siècle, d’abord en dégageant une impression de lenteur (il semblait prendre son temps dans beaucoup de domaines, surtout les études…), puis, au regard de ce qui vient de se passer, de façon fulgurante. A 38 ans, tout est fini. Il aura peu profité de sa famille qu’il venait de construire, et l’on n'est plus habitué à voir de si jeune veuve.
Serviteur, fidèle, loyal et aimable. C’est ainsi que Colibri peut être décrit, mais ce ne sont-là que quelques traits bien réducteurs. Ceux qui l’ont connus brancardier (car il fut un excellent brancardier, en dépit d’un physique peu sportif d’ailleurs lui-même s’en amusait souvent), auraient sans doute bien d’autres choses à ajouter.
 

 

S’il plait à qui vous savez qu’Il existe, Il dit dans son évangile que les serviteurs auront la meilleure place, une fois le grand rideau franchit. Olivier, ce héros très discret, qui n’a jamais fréquenté les places d’honneur ni les premières places tout court, doit alors être à cette heure-ci bien récompensé, et, sûrement, à la meilleure place. C’est tout le bien qu’on lui souhaite. C’est toute la tristesse qu’il nous laisse, bien malgré lui. Car désormais qu’il n’est plus là, nous sommes sans doute nombreux à constater que des gars de sa trempe, en disparaissant bien trop jeunes, laissent un creux d’une profondeur abyssale dont plus aucune personne – pas même un prof – ne pourra plus dire, à la fin de l’heure : « Tiens mais au fait, il n’était pas là, Olivier ? »
 

 

Si, si, il était bien là. Et maintenant qu’il n’y est plus, il te manque.

Adieu camarade. Un scout ne meurt jamais.

Loup.

 

 

Olivier & les scouts

                                         - De bonnes têtes de vainqueurs -  (2e à dr.)

 

Lire la suite

Auto promo

24 Octobre 2012 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #montagne

 

 

Moudang

                  de g. à d. Christiane Abbadie ; Marcel Pouyllau (conteur) ; Nanou Saint-Lèbe (écrivain)  ; F.S

 

 

Après tout, pourquoi pas. Il s'agit aussi d'assurer la promotion de "Franchir les Pyrénées sur les chemins de la liberté", paru en avril 2011 et qui aurait dépassé les 2000 exemplaires (pas de chiffres récents).

Ce bouquin a obtenu le Prix transfrontalier à la fête du Livre d'Aure, à Saint-Lary (65) en mai dernier. Comme je ne pouvais venir chercher ce prix le jour J, un séance de rattrapage m'a permis de le faire, le 9 août dernier aux granges du Moudang, dans la vallée du même nom, près d'Aragnouet (après Saint-Lary, direction Néouvielle et tunnel de Bielsa). Un bien bel endroit ma foi, et de biens sympathiques Pyrénéens, auteurs, photographes, marcheurs, lecteurs, conteurs etc.

Que soient remerciés ici les organisateurs de cette "randonnée littéraire," en tout premier chef Christiane Abbadie-Clerc, organisatrice (entre autres) de la fête du Livre d'Aure et membre de son comité de lecture.

 

Photos : Pierre Duffour (merci Pierre !).

http://pierre-duffour.blogspot.com   

 

 

 

Moudang 2

 

 


Lire la suite

Un « Avenir radieux, » chargé de nuages…

18 Octobre 2012 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #quelle époque !

 

 

100

 

 

Du théâtre documentaire était proposé par la Halle aux Grains de Blois, au théâtre Peskine fraîchement rénové, les 16 et 17 octobre dernier. Décapant.

 

Connaissez-vous Nicolas Lambert ? Peut-être pas encore. Auteur de Elf, la pompe Afrique, spectacle sorti en 2004 après de longues heures passées sur les bancs de la salle d’audience du procès Elf, il est actuellement en scène avec le deuxième volet de sa trilogie Bleu-Blanc-Rouge : Avenir radieux, une fission française. Pendant deux heures, le comédien-auteur-interprète balaie devant les spectateurs un brin médusés un pan entier de leur histoire. Et pour cause : cinquante ans de choix nucléaires en France, confidences empruntes de cynisme et de non-dits, le tout enrobé dans un humour caustique qui fait souvent rire (jaune) les spectateurs. Nicolas Lambert est seul en scène, enfin, presque. Il est accompagné d’un contrebassiste de grand talent, Éric Chalan (auteur des créations musicales du spectacle), et de 23 personnages qu’il interprète tous en leur donnant une épaisseur singulière à chaque fois. Et au petit jeu de la galerie de portrait, on peut y croiser Pierre Mesmer, Pierre Mauroy, Nicolas Sarkozy, Pierre Mendes-France, Guy Mollet. Mais il y a plus encore : le très secret Pierre Guillaumat, grand serviteur de l’Etat, membre des services secrets, administrateur du CEA au début des années 50, ex-ministre des Armées du Général de Gaulle, fondateur d’Elf, premier président d’Elf-Aquitaine. Cet ancien polytechnicien, diplômé de l’Ecole des Mines eut surtout une énorme influence sur la politique nucléaire en France, en matière civile et militaire (la première bombe atomique, le 13 février 1960 en Algérie, l’opération « Gerboise bleue, » c’est lui).


Le théâtre pour piger le monde

 

D’autres personnages viennent peupler ce spectacle qui est tout sauf roboratif (sur un thème qui pourrait l’être) : la foule des inconnus, citoyens inquiets, maires de petites communes impuissants, militants de collectifs anti-EPR, rencontrés dans les débats publics en Normandie, simulacres de démocratie organisés pour faire croire à des choix démocratiques en matière de construction de réacteurs. N’allez pas croire que tout ceci est une fiction : le grand mérite de Nicolas Lambert est de nous servir les propres paroles et textes des décideurs, politiques assujettis au pouvoir nucléaire de quelques entreprises (EDF et Areva ont les oreilles qui chauffent !). Morceau de bravoure : l’annonce, par Pierre Mesmer, en direct à l’ORTF le 6 mars 1974 du choix de construire les premiers réacteurs sur le sol français (à trois semaines de la mort prévisible de G. Pompidou…). Ou le discours du président Sarkozy à Gravelines – la plus grosse centrale française, six réacteurs de 900 MW - le 3 mai 2011, quelques semaines après la catastrophe de Fukushima. Tiens d’ailleurs, cette centrale… qui devait être livrée, avec une autre, à l’Iran, qui avait largement aidé au financement de la construction de l’usine d’enrichissement d’uranium de Pierrelate, dans le Tricastin (1 milliard de dollars remboursable à partir de 1981), détenant 10% de la société Eurodif (rien à voir avec l’enseigne de vêtements et linge de maison…) et un droit d’enlèvement de 10% de cet uranium enrichi. Là, le public est concentré, conscient d’apprendre des choses bien utiles et peu médiatisées.

Militantisme non déguisé pour cet auteur né dans une famille modeste « sans bibliothèque, » rappelle-t-il, qui a découvert le théâtre grâce à un professeur de Français (loué soit-il !) et tourné souvent en banlieue notamment grâce au Théâtre universitaire de Nanterre qu’il dirigera de 1990 à 1992.

Instructif, enrichissant et drôle, Avenir radieux, une fission française est un documentaire théâtral, ce que revendique son auteur sans rougir : « Si le théâtre ne sert pas à piger le monde, il ne sert à rien. »

On a compris.

 

Avenir radieux, une fission française, de et avec Nicolas Lambert. Musique d’Éric Chalan. Vidéo Erwan Temple. Compagnie Un pas de côté. Livre disponible aux éditions L’Échappée. Dates etc. : www.unpasdecote.org 

 

 


Lire la suite

Bourlinguer

4 Octobre 2012 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #voyage - voyage...

 

 

 

SAB 4834 R

 

 

 

Une semaine ailleurs, pour voir si on y est toujours.

 

 

27052011218

 

 

 

 

Lire la suite

Quelques heures de printemps

3 Octobre 2012 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #chronique cinéma

 

 

  Lindon - H. Vincent

 

 



Film de Stéphane Brizé. Avec Vincent Lindon, Hélène Vincent, Emmanuelle Seigner.

Dans le film il y a un puzzle, qu’Yvette – magnifique Hélène Vincent – s’emploie à vouloir terminer alors qu’elle se sait condamnée par un cancer. Régulièrement, sous l’abat-jour de son séjour très propre dans un pavillon de ville moyenne de province qui l’est tout autant (ici, la Saône-et-Loire), on la voit qui cherche la bonne pièce. Dans la chambre, à côté, son fils, la quarantaine fatiguée (Vincent Lindon, éblousissant), fume des clopes la fenêtre ouverte. Il sort de 18 mois de prison, et peine à retrouver du boulot. Il était routier. Il est à quai, chez sa mère.  Il est revenu dans sa chambre, mais pas chez elle. Ils s’évitent.
Yvette a un cancer, mais en parle peu à son fils. Et pour cause : elle a pris contact avec une association suisse censée l’aider à mourir dans la dignité, avant qu’elle ne devienne un légume et souffre trop pour décider de son sort. Son fils découvre tout ça par hasard en cherchant des somnifères dans un tiroir. Les choses vont changer, leurs relations aussi. Elles vont surtout empirer : Alain quitte la maison de sa mère après une forte engueulade, et se réfugie chez un voisin, ancien routier, comme lui. La décision d'Yvette semble de plus en plus irrévocable, comme l’évolution de sa maladie : elle est foutue, elle va mourir et se faire aider pour cela. Par le truchement de son chien qu’elle tente d’empoisonner (mais qui survivra, lui !), elle renoue avec son fils, qui revient vivre chez elle. Il va alors l’accompagner jusqu’au bout, c'est-à-dire jusqu’à sa mort à laquelle il va assister, en direct.
 

 

Stéphane Brizé, le cinéaste qui nous brise. Depuis trois films, il sait trouver, sans nul autre pareil, le ton juste pour évoquer des sujets graves sans en rajouter avec le pathos. Brizé ne filme pas, il nous emmène dans la vie simple des gens simples, aux relations parfois terriblement compliquées. Dans Je ne suis pas là pour être aimé, avec Patrick Chesnaie et Anne Consigny, il avait fait douter une future jeune mariée avec un bougre de notaire fatigué et usé jusqu’à la corde, empêtré dans la relation avec un père acariâtre. Dans Mademoiselle Chambon, il avait peine à faire dire à ce couple adultère les sentiments qu’ils éprouvaient sans mot dire (avec Vincent Lindon et Sandrine Kiberlain). Avec Quelques heures de printemps, il aborde le sujet casse-gueule de la fin de vie, du droit à mourir dans la dignité, tout ce dont on va entendre parler en polémiquant à outrance dans les mois qui viennent.
Mais résumer Quelques heures de printemps, à cette seule thématique serait passer à côté du film de Stéphane Brizé. Le seul vrai sujet du film est celui de relations manquées. Celle d’Yvette avec la vie et son fils. Celle d’Alain avec lui-même et avec sa mère. Celle d’un amour qui n’a jamais pu se dire, plus par manque d’envie que par courage. Le vieux chien sert à peine de trait d’union entre ces deux êtres que rien ne semble plus illuminer, Yvette et Alain se disputant le peu d’affection par son intermédiaire.


Stéphane Brizé produit à nouveau un film ciselé, âpre, beau et terrible à la fois. Sans issue autre que celle qu’il nous offre à contempler, si l’on peut dire, avec une économie de mots et de gestes. Chacun de ceux qui seront portés ou proférés sont là où ils ne pourraient être ailleurs, et chaque plan apporte son lot d’abandon à cette vie corsetée de tics pour Yvette, d’échouage pour Alain, enfermé dans une armure.


À la fin Vincent Lindon quitte le cadre et nous laisse là, avec un paysage d’arbres soufflés par un léger vent, au soleil d’une fin d’après midi qui s’annonce belle. Cette lumière nous transperce, littéralement, alors qu’on vient de passer 1h48 dans le noir.

 

Lire la suite

Chant d'automne

28 Septembre 2012 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #émerveillement

 

 

SAB 5233 R

 

 

Bientôt nous plongerons dans les froides ténèbres ;

Adieu vive clarté de nos étés trop courts !

J'entends déjà tomber avec des chocs funèbres

Le bois retentissant sur le pavé des cours.

 

Tout l'hiver va rentrer dans mon être : colère,

Haine, frissons, horreur, labeur dur et forcé,

Et, comme le soleil dans son enfer polaire,

Mon coeur ne sera plus qu'un bloc rouge et glacé.

 

J'écoute en frémissant chaque bûche qui tombe ;

L'échafaud qu'on bâtit n'a pas d'écho plus sourd.

Mon esprit est pareil à la tour qui succombe

Sous les coups du bélier infatigable et lourd.

 

Il me semble, bercé par ce choc monotone,

Qu'on cloue en grande hâte un cercueil quelque part.

Pour qui ? - C'était hier l'été ; voici l'automne !

Ce bruit mystérieux sonne comme un départ.

 

Charles Baudelaire.

 

 

 

SAB 5241 R

 

 

 

 

SAB 5243 R

 

 

 

(c) Fred Sabourin. Bords de Loire, Blois, 28/09/2012.

 

Lire la suite