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Le jour. D'après fred sabourin

Articles avec #rural road trip tag

La lumière de la Charente existe

20 Août 2020 , Rédigé par F.S Publié dans #rural road trip, #émerveillement, #littérature

- Bayers -

- Bayers -

"La lumière de la Charente existe, sans pareille en France, même dans la Provence. Elle n'est pas traduisible en mots. Partout, on ne sait quoi d'ineffable baigne la nature ; l'homme aussi. (...) La lumière de la Charente est limitée à un petit espace. Un peu plus loin c'est un autre ciel et d'autres mœurs".

Jacques Chardonne, Le Bonheur de Barbezieux. (1938)

- Bayers -
- Bayers -
- Bayers -
- Bayers -

- Bayers -

- Verteuil-sur-Charente -
- Verteuil-sur-Charente -
- Verteuil-sur-Charente -
- Verteuil-sur-Charente -
- Verteuil-sur-Charente -

- Verteuil-sur-Charente -

Photos (c) Fred Sabourin.

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Dans le panneau (3e partie)

24 Juin 2020 , Rédigé par F.S Publié dans #voyage - voyage..., #rural road trip

Un projet photographique et topographique complètement foutraque et sans but précis, au gré de pérégrinations rurales et parfois urbaines, au hasard des rencontres. 1ère partie ici. 2e partie .

- Un endroit où passer la nuit dans de beaux draps -

- Un endroit où passer la nuit dans de beaux draps -

- Se fout de la charité -

- Se fout de la charité -

- "Entre iciiii, Jean Mouliiiinnn...!" -

- "Entre iciiii, Jean Mouliiiinnn...!" -

- Déjà ? -

- Déjà ? -

- Coule à flot -

- Coule à flot -

- Ce sont des choses qui finissent par arriver au bout d'un certain temps -

- Ce sont des choses qui finissent par arriver au bout d'un certain temps -

- Un hameau où les habitants ne font rien à moitié -

- Un hameau où les habitants ne font rien à moitié -

- On a trouvé où habite le corbeau que tout le monde recherche ! -

- On a trouvé où habite le corbeau que tout le monde recherche ! -

- Branchée direct sur Dieu - (photo Fabrice D.)

- Branchée direct sur Dieu - (photo Fabrice D.)

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Retour aux sources (rural road trip)

27 Mai 2020 , Rédigé par F.S Publié dans #rural road trip, #voyage - voyage...

Retour aux sources (rural road trip)
Retour aux sources (rural road trip)

"C'est en allant vers la mer qu'un fleuve reste fidèle à sa source" (attribué à Jean Jaurès).

C'est donc ici que tout commence. À 360 km en amont de Rochefort et de l'océan Atlantique, à Chéronnac exactement. Ce bourg de Haute-Vienne à quelques enjambées de la Charente affiche 290 mètres à l'altimètre. C'est peu, mais suffisant pour envoyer un mince filet d'eau de source vers le nord, puis l'ouest, puis le sud, puis de nouveau l'ouest, paressant ici ou là si bien qu'on le croit volontiers "benaise", comme on dit dans son pays. Ce mince filet d'eau de source se conjugue au féminin. Elle est comme un long cheveu qui serpente, prend son temps : le fameux "quart d'heure charentais". L'écrivain et poète Pierre Boujut, dans la revue La Tour de feu, disait d'elle qu'elle n'était pas "un fleuve civilisé, ni un fleuve sauvage", mais "un fleuve heureux : ceux qui s'y baignent le savent bien". La Charente - puisque c'est d'elle dont il s'agit - prend sa source à Chéronnac, au milieu des herbes et d'un bourbier spongieux, elle sourd d'un jardin clos privé. Qu'on traverse la route, et elle prend des airs de petit torrent sur quelques mètres, brisant le silence de ce paisible bourg d'un murmure d'eau vive. Elle a déjà son petit caractère. Ça ne durera pas longtemps : le barrage de Lavaud, quelques kilomètres en aval, va ralentir sa course et la gonfler d'aise, retenant ses eaux dans un lac aux charmes discrets mais puissants, où il est plaisant de flâner à pied, et de s'y baigner, aussi.

François Ier disait d'elle - douterions-nous de la parole du roi ? - que ce fleuve, le cinquième de France par sa longueur, était "le plus beau ruisseau du royaume de France". On ne le contredira point, lui qui fut pourtant élevé dès l'âge de quatre ans au bord de la Loire, à Amboise... Il n'avait pas encore lu Chardonne, mais ne voulait pas froisser les paysans charentais, qui "sont tous des seigneurs"

"La Charente descend toujours vers le soleil. La Charente ne porte plus de canons sur son dos. La Charente lentement a trouvé sa paix," dit encore Pierre Boujout. Avec son air paisible et peu pressée, elle fut longtemps le théâtre d'affrontements et de scènes violentes : qu'on songe à la révolte contre les "gabelous" (qui prélevaient l'impôt sur le sel, la gabelle) dont certains finir au fond du fleuve avec des poids attachés au cou. Ou au sang des combattants protestants - catholiques au XVIe siècle, entre Jarnac et Cognac.

La dernière fois - et la seule et unique fois - où j'étais venu goûter à la source de ce fleuve chéri, ce fut probablement au printemps 1984, où, après avoir tanné ma mère pour m'y emmener, elle céda au caprice du fleuve un après-midi de samedi, comme en pèlerinage. Mon instituteur de cours moyen 2e année cette année-là, zélé et passionné géographe, après nous avoir fait étudier (c'était au programme, est-ce que ça l'est toujours ?) les quatre principaux fleuves de France, leurs sources, leurs longueurs, leurs singularités etc. avait ajouté avec gourmandise "le 5e fleuve de France". On avait de la chance : il coulait sous nos fenêtres, et sa source était proche, dans un endroit accessible. Nous étions invités à aller y traîner nos guêtres. En vérité peu le firent je crois. J'en fus. J'en garde le souvenir ému d'une rencontre à la fois inoubliable et d'une étonnante banalité : rien de noble en apparence dans ce filet d'eau courante s'échappant d'un carré d'herbe spongieux, glissant le long d'un grillage comme un évadé d'une chanson des Frères Jacques... Quelques kilomètres plus loin, ce filet d'eau devenu adulte baigne pourtant les cités Taillefer et Valois, avant d'accompagner l'Hermione vers sa destinée : l'Amérique !

"Ensuite, aller vers le chemin qui marche et jamais ne se retourne, la grande couleuvre Charente, la lente migration du songe  ; attendre les nuages, leur silence de pluie ; prendre le pouls des saisons où la mort peut se glisser sans faire signe" (Daniel Reynaud, Profil songeur de la Charente, été 1995).

Retour aux sources (rural road trip)
Retour aux sources (rural road trip)
Retour aux sources (rural road trip)
Retour aux sources (rural road trip)
Retour aux sources (rural road trip)
Retour aux sources (rural road trip)
Retour aux sources (rural road trip)
Retour aux sources (rural road trip)
Retour aux sources (rural road trip)
Retour aux sources (rural road trip)
Retour aux sources (rural road trip)
Retour aux sources (rural road trip)
Retour aux sources (rural road trip)
Retour aux sources (rural road trip)

Photos (c) F. Sabourin. Mai 2020

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Chez Mariaux tout oublier

25 Mai 2020 , Rédigé par F.S Publié dans #voyage - voyage..., #rural road trip

Massignac - Massignac, un voyage à pied (suite et fin). Autour du hameau "Mariaux", en marchant vers celui de "Servolles".

 

« Non loin, quelques bœufs blancs, couchés parmi les herbes,

Bavent avec lenteur sur leurs fanons épais,

Et suivent de leurs yeux languissants et superbes

Le songe intérieur qu'ils n'achèvent jamais ».

 

Charles-Marie Leconte de Lisle (1818 – 1894)

Chez Mariaux tout oublier
Chez Mariaux tout oublier
Chez Mariaux tout oublier
Chez Mariaux tout oublier
Chez Mariaux tout oublier
Chez Mariaux tout oublier
Chez Mariaux tout oublier

Photos (c) F. Sabourin - Mai 2020

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Massignac - Massignac, un voyage à pied

22 Mai 2020 , Rédigé par F.S Publié dans #rural road trip, #voyage - voyage...

Cette partie de la Charente dite "limousine" a bien du caractère... Elle se découvre aussi à pied, autour du lac de Mas Chaban, en passant par Lésignac-Durand et quelques hameaux au charme désuet. Écrasé de soleil, on a souvent pensé à ce poème de Jean Richepin (1849-1926), Chemin creux.

Photos (c) F.S.

Le long d'un chemin creux que nul arbre n'égaie,
Un grand champ de blé mûr, plein de soleil, s'endort,
Et le haut du talus, couronné d'une haie,
Est comme un ruban vert qui tient des cheveux d'or.

Massignac - Massignac, un voyage à pied
Massignac - Massignac, un voyage à pied
Massignac - Massignac, un voyage à pied
Massignac - Massignac, un voyage à pied

De la haie au chemin tombe une pente herbeuse
Que la taupe soulève en sommets inégaux,
Et que les grillons noirs à la chanson verbeuse
Font pétiller de leurs monotones échos.

Massignac - Massignac, un voyage à pied
Massignac - Massignac, un voyage à pied
Massignac - Massignac, un voyage à pied
Massignac - Massignac, un voyage à pied

Passe un insecte bleu vibrant dans la lumière,
Et le lézard s'éveille et file, étincelant,
Et près des flaques d'eau qui luisent dans l'ornière
La grenouille coasse un chant rauque en râlant.

Massignac - Massignac, un voyage à pied
Massignac - Massignac, un voyage à pied
Massignac - Massignac, un voyage à pied
Massignac - Massignac, un voyage à pied

Ce chemin est très loin du bourg et des grand'routes.
Comme il est mal commode, on ne s'y risque pas.
Et du matin au soir les heures passent toutes
Sans qu'on voie un visage ou qu'on entende un pas.

C'est là, le front couvert par une épine blanche,
Au murmure endormeur des champs silencieux,
Sous cette urne de paix dont la liqueur s'épanche
Comme un vin de soleil dans le saphir des cieux,

C'est là que vient le gueux, en bête poursuivie,
Parmi l'âcre senteur des herbes et des blés,
Baigner son corps poudreux et rajeunir sa vie
Dans le repos brûlant de ses sens accablés.

Et quand il dort, le noir vagabond, le maroufle
Aux souliers éculés, aux haillons dégoûtants,
Comme une mère émue et qui retient son souffle
La nature se tait pour qu'il dorme longtemps.

Jean Richepin

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Ce printemps que vous n’aurez pas vu venir (drôle de guerre)

10 Mai 2020 , Rédigé par F.S Publié dans #l'évènement, #rural road trip, #drôle de guerre

Ce printemps que vous n’aurez pas vu venir (drôle de guerre)
Ce printemps que vous n’aurez pas vu venir (drôle de guerre)
Ce printemps que vous n’aurez pas vu venir (drôle de guerre)
Ce printemps que vous n’aurez pas vu venir (drôle de guerre)

Au début du confinement, il y a eu cette période de sidération où la ville, fantomatique, respirait le silence. Un silence de mort qu’on ne reverra peut-être pas de sitôt, seulement troublé par les applaudissements et bruits de casseroles le soir aux fenêtres pour encourager les soignants. Au début de ces opérations collectives de bobos de centre-ville, il faisait nuit à 20h, et jour à 7. Les arbres étaient encore nus – à peine les premières feuilles de marronniers perçaient-elles l’air limpide des crépuscules et aubes fraîches. Pourtant imperceptiblement quelque chose fendait l’atmosphère, un air de printemps qui s’en donnait à cœur joie d'autant plus que personne ou presque ne pouvait en profiter. C’était le temps où tout le monde marchait vite dans les rues, essentiellement pour aller réapprovisionner au supermarché, ou faire des joggings de néophytes autour du pâté de maison. On entendait dire que certains se prenaient des prunes parce qu’ils s’étaient assis sur un banc, voire s’arrêtaient pour observer le paysage : c’était au temps du « discernement » des forces de l’ordre. Qui devrait continuer avec le fameux calcul des cent kilomètres « à vol d’oiseau »...

Munis de nos attestations dûment remplies, nous n’avons cessé de sillonner la campagne du nord Charente durant ces 55 jours, par obligations professionnelles d’aide alimentaire. On ne va pas se mentir : si ça n’a pas toujours été serein, ça n’a pas non plus toujours été un calvaire de voir le printemps arriver, au détour d’un village, d’un chemin, de petites routes départementales ou communales, et parfois même dans le maquis de bois isolés.

On en a rapporté quelques images, quasi intégralement prises avec le smartphone, sans arrière pensée et souvent par opportunisme, au gré des rencontres paysagères. Qu’importe, finalement, en regardant ce roman-feuilleton depuis la première, le 24 mars, on se dit que beaucoup rêvaient de voir arriver ce printemps et ne l’ont vu qu’à travers la fenêtre, pour les plus malchanceux, ou par l’intermédiaire de quelques arbres le long des boulevards ou des jardins de villes qui se sont révélés, d’un coup, des trésors inestimables.

Alors bon voyage.

42 photos (c) Fred Sabourin. Mars-avril-mai 2020

Ce printemps que vous n’aurez pas vu venir (drôle de guerre)
Ce printemps que vous n’aurez pas vu venir (drôle de guerre)
Ce printemps que vous n’aurez pas vu venir (drôle de guerre)
Ce printemps que vous n’aurez pas vu venir (drôle de guerre)
Ce printemps que vous n’aurez pas vu venir (drôle de guerre)
Ce printemps que vous n’aurez pas vu venir (drôle de guerre)
Ce printemps que vous n’aurez pas vu venir (drôle de guerre)
Ce printemps que vous n’aurez pas vu venir (drôle de guerre)
Ce printemps que vous n’aurez pas vu venir (drôle de guerre)
Ce printemps que vous n’aurez pas vu venir (drôle de guerre)
Ce printemps que vous n’aurez pas vu venir (drôle de guerre)
Ce printemps que vous n’aurez pas vu venir (drôle de guerre)
Ce printemps que vous n’aurez pas vu venir (drôle de guerre)
Ce printemps que vous n’aurez pas vu venir (drôle de guerre)
Ce printemps que vous n’aurez pas vu venir (drôle de guerre)
Ce printemps que vous n’aurez pas vu venir (drôle de guerre)
Ce printemps que vous n’aurez pas vu venir (drôle de guerre)
Ce printemps que vous n’aurez pas vu venir (drôle de guerre)
Ce printemps que vous n’aurez pas vu venir (drôle de guerre)
Ce printemps que vous n’aurez pas vu venir (drôle de guerre)
Ce printemps que vous n’aurez pas vu venir (drôle de guerre)
Ce printemps que vous n’aurez pas vu venir (drôle de guerre)
Ce printemps que vous n’aurez pas vu venir (drôle de guerre)
Ce printemps que vous n’aurez pas vu venir (drôle de guerre)
Ce printemps que vous n’aurez pas vu venir (drôle de guerre)
Ce printemps que vous n’aurez pas vu venir (drôle de guerre)
Ce printemps que vous n’aurez pas vu venir (drôle de guerre)
Ce printemps que vous n’aurez pas vu venir (drôle de guerre)
Ce printemps que vous n’aurez pas vu venir (drôle de guerre)
Ce printemps que vous n’aurez pas vu venir (drôle de guerre)
Ce printemps que vous n’aurez pas vu venir (drôle de guerre)
Ce printemps que vous n’aurez pas vu venir (drôle de guerre)
Ce printemps que vous n’aurez pas vu venir (drôle de guerre)
Ce printemps que vous n’aurez pas vu venir (drôle de guerre)
Ce printemps que vous n’aurez pas vu venir (drôle de guerre)
Ce printemps que vous n’aurez pas vu venir (drôle de guerre)
Ce printemps que vous n’aurez pas vu venir (drôle de guerre)
Ce printemps que vous n’aurez pas vu venir (drôle de guerre)

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235 grammes (drôle de guerre)

8 Mai 2020 , Rédigé par F.S Publié dans #l'évènement, #rural road trip, #drôle de guerre

À Xavier, fidèle lecteur.

Il a annoncé d’emblée la couleur, Nicolas Horvath* : « J’ai pu venir car j’ai retrouvé des pièces de 1 et 2 centimes. J’ai tout pesé : 235 grammes en pièces de 1 centime ça fait 1 euro, je connais le chiffre par cœur ! Je suis numismate vous savez, je m’y connais… ». Avant d’ajouter : « mais j’ai environ que 2 euros, c’est toute ma richesse pour aujourd’hui… ».

Parfois, la fortune, ça pèse pas lourd.

- Par ci, par là -

- Par ci, par là -

Il est sorti de son Berlingo bleu azur aux pneus lisses comme un crâne chauve. Derrière le pare-brise, les étiquettes d’assurance et du contrôle technique sont comme certaines denrées ramassées dans les supermarchés partenaires de l’épicerie solidaire : périmés. Le coffre est un bordel incroyable de sacs plastiques en tous genres ; on ne serait pas étonné de voir surgir des marques disparues comme Mammouth ou Euromarché. Il s’excuse : « Pardon, il y a quinze jours je ne suis pas venu, j’avais trop honte j’étais encore plus fauché qu’aujourd’hui ». Son pantalon type chantier, trop large, est sommairement recousu aux genoux, mais il porte un veston et un foulard qui semble être en soie, noué autour de son visage à partir du nez. À V. (petite commune du nord Charente où nous nous trouvons ce matin-là), le pharmacien a annoncé qu’il allait avoir des masques à vendre pour la population. « Mais pas avant le 18 mai », nous dit N., cliente de l’épicerie solidaire itinérante. On se souvient pourtant que cette crise a commencé en janvier, et a pris un tournant dramatique depuis début mars. Dans le nord Charente, on attend toujours les masques...

Parfois, le bal masqué ressemble à une mascarade.

Monsieur Horvath vit seul depuis la mort récente de sa vieille mère – « le 24 décembre, vous vous rendez compte ? » précise-t-il - dans une maison qui ressemble à pas grand-chose au bord d’une petite départementale entre Courcôme et Charmé. Le nom pourrait laisser penser à quelque chose de bucolique. Il n’en est rien. Dans sa cour, un capharnaüm inimaginable témoigne de la vie de quelqu’un qui ne jette rien (ou presque) au cas où ça pourrait servir. Comme beaucoup de personnes à la solitude subie, dès qu’il sort et voit du monde, il parle, parle, parle, une logorrhée dont on ne voit jamais le bout, les phrases s’enchaînant les unes aux autres comme cousues serrées par des points de suture. Il demande à toutes les bénévoles leurs années de naissance pour, la prochaine fois jure-t-il, nous offrir une pièce de l’année en question. « Une pièce étrangère, ça ne vous gêne pas ? ». Pourquoi donc cela nous gênerait ?

Parfois, les pauvres sont très généreux. Ils n’ont ni or ni argent mais quelques pièces étrangères. Des kopecks, peut-être.

- Sur la route -

- Sur la route -

On remplit tant bien que mal son cabas de produits de première nécessité. Et même du frais et du poisson surgelé. Des ailes de raies. Il exprime une joie indicible. C’est fou ce que ce poisson déclenche comme exotisme. Les bobos urbains devraient le savoir avant de venir s’installer à la campagne.

À l’arrivée en caisse, on scanne un à un les produits, en espérant ne pas trop dépasser les deux euros. Même à 10 % du prix, on y arrive vite… Quand tout à coup, un « miracle » se produit. Il ouvre une poche zippée de son sac glacière, plonge sa main farfouillant à l’intérieur sans qu’on sache ce qu’il va en faire apparaître et découvre quelques pièces jaunes : « Hourra ! » s’exclame-t-il, « Je suis plus riche que je ne croyais ! ». De deux euros on passe à trois. Byzance n’est plus très loin.

Parfois, je suis content que Bernadette Chirac et David Douillet n’aient pas récupéré toutes les pièces jaunes dans des boîtes en carton.

Pourtant, il en manque encore. Pas beaucoup, mais il en manque. On laisse filer, « on verra en comptant la caisse » se dit-on en aparté. C’est tout vu. Monsieur Horvath parle encore, et encore, en s’éloignant alors qu’on l’aide à porter ses sacs jusqu’à sa voiture. Il espère revenir dans quinze jours, mais quinze jours, cela semble si loin… Dehors, près des halles, c’est pour l’instant tempête de ciel bleu et soleil de gloire. Un air d’été. Une petite musique nous vient à l’esprit, et ne nous quittera pas tout le long de la route du retour. Celle d’Aznavour : « Il me semble que la misère, serait moins pénible au soleil »

Parfois, n’en déplaise à Charles, je pense qu’il a tort.

* le nom a été changé.

235 grammes (drôle de guerre)

Photos (c) F.S.

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Sur la route (drôle de guerre)

22 Avril 2020 , Rédigé par F.S Publié dans #l'évènement, #rural road trip, #drôle de guerre

- Quelque part en Europe, au pays d'Alinéor -

- Quelque part en Europe, au pays d'Alinéor -

Elle a explosé de mille feuilles, avec ce vert cru du printemps ressuscité d’entre les morts, accompagné de pluies chaudes qui feraient presque songer aux orages d’été, lequel semble pourtant loin... La nature est belle à fendre le cœur, et le camion de l’épicerie solidaire taille les grises petites routes départementales à destination des cinq communes du nord Charente où clients et bénéficiaires viendront remplir un peu leurs cabas du nécessaire, oublié le superflu.

- land art in Aunac-sur-Charente -
- land art in Aunac-sur-Charente -

- land art in Aunac-sur-Charente -

Arrivée à Aigre – rien que le nom de la commune pourrait donner des aigreurs d’estomac – la petite troupe installe vite, vite, son petit cirque ambulant, dans la salle des fêtes au rez-de-chaussée de la mairie qui en a vu d’autres et probablement des plus joyeuses. On dirait un bal masqué vénitien, chacun s’agite selon une chorégraphie improvisée, aux gestes sûrs pourtant. « Ça ? ici. Ça ? Là. Tout le monde est prêt ? On a mis le flacon de gel hydroalcoolique à l’entrée ? Ok c’est bon on peut y aller alors ». On appelle les gens, un par un, on vérifie que les prescriptions des travailleurs sociaux sont à jour, on donne les consignes : respectez les distances sanitaires, les gestes barrières, etc. Qu’il semble loin, le temps de la terreur liée aux risques d’attentats, les fouilles, tout ça… On s’enquiert des nouvelles de l’une, s’inquiète de l’absence d’un autre. La résignation – la résilience ? – domine au dessus de chaque crâne, et, malgré les masques, on sent parfois poindre un sourire ici ou là, pas mécontent de nous voir maintenir à bout de bras l’aide alimentaire, avec les moyens du bord.

- Ceci n'est pas Abbey Road -

- Ceci n'est pas Abbey Road -

C’est dans le dernier quart de la file d’attente qui s’est formée qu’a jailli Victor. Un grand bonhomme sans âge – 55-60 ans, peut-être ? – le visage émacié dont le menton est bouffé par un masque et le reste mangé par une barbe blanche jaunie par le tabac au niveau de la moustache ; des cheveux à l’identique de ceux d’un juif errant, d’un pâtre grec : aux quatre vents. Un regard azur comme la ligne bleue des Vosges. Victor parle français en roulant les r, mais on le comprend parfaitement. Victor vient, nous dit-il quand on le lui demande, de Transylvanie. Il n’a pas dit « Roumanie », il a dit « Transylvanie ». Avec lui débarque un grand vent d’Est, de forêts profondes et inquiétantes, de voyages à pied. Victor fait la route, un routier comme on en voit sans doute peu – pas un routard, trop connoté – un chemineau, quelqu’un qui « chemine ». Depuis longtemps ? Oui, visiblement. À pied, à vélo : « je suis sans domicile fixe » avoue-t-il mais on s’en doutait. Victor est propre, sa casquette n’est pas crasseuse comme on pourrait l’imaginer. Aux pieds il porte des croquenots de montagne à bouffer du bitume et les chemins noirs - qui sont en réalité blancs - sur les cartes au 25.000e. Victor est un arpenteur. Il se joue des contrôles de gendarmerie : « Il me demandent de rentrer chez moi… Mais je n’ai pas de chez moi ! ». Victor a « entendu parler » de cette distribution alimentaire – pourtant réservée à ceux qui ont une prescription pour en bénéficier – il a besoin de nourriture, c’est tout. Que faire ? Lui dire de rentrer chez lui, nous aussi ? « Je dors dans une maison abandonnée, là bas (il esquisse un geste vers on ne sait où) ; demain je vais à Rouillac. Après… ? Je ne sais pas, difficile, pas de travail dans les champs pour les récoltes de fruits et légumes, tout est bloqué, j’aimerai bien travailler mais… » explique-t-il, le regard droit mais doux, avec cette espèce de sérénité mâtinée de résilience de ceux qui n’ont plus de port d’attache depuis longtemps, mais un sacré sens de la débrouille. Aujourd’hui ici, demain ailleurs, qui vivra verra. Victor n’a pas d’argent, mais il a faim.

Alors on lui donne des pâtes (« le riz ça cuit trop longtemps, je n’ai plus de gaz… »), des céréales, du beurre, du poulet basquaise en plat individuel, une boîte de maquereaux, des fruits au sirop, des tomates pelées en conserve, un savon, du chocolat… Il fourre tout ça dans un sac et remercie, puis s’en va. En le regardant s’éloigner – on ne le reverra jamais, il n’a pas de téléphone impossible de savoir où il sera demain soir ni s’il a besoin de quelque chose – nous reviennent dans la gueule ces vers d’Aragon, qui prennent tout à coup une épaisse réalité inattendue :

« Que ton poème soit dans les lieux sans amour

Où l’on trime où l’on saigne où l’on crève de froid

Comme un air murmuré qui rend les pieds moins lourds

Un café noir au point du jour

Un ami rencontré sur le chemin de croix ».

(Ce que dit Elsa, 1942)

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Comment ça va ? « C’est dur, vous savez », a-t-elle dit (drôle de guerre)

7 Avril 2020 , Rédigé par F.S Publié dans #l'évènement, #rural road trip, #drôle de guerre

C’était au 21e jour de réclusion (pudiquement nommé « confinement »), dans une petite bourgade de Charente, sur un parking de collège désert et désespérant, à l'ombre d'une salle polyvalente sans âme sous un ciel gris délavé par la pluie du matin. Ni chaud ni froid : tiède, comme l’époque que nous vivons. Une tiédeur à vomir, comme aurait dit Dieu, paraît-il. Un printemps tout d’un coup mou.

- "le diable rit avec nous" -

- "le diable rit avec nous" -

L’épicerie solidaire a déployé ses caisses, sorte de petit cirque ambulant d’un jour, d’une heure seulement. Quarante-sept colis alimentaires préparés à l’avance et vendus quelques euros pour les bénéficiaires du coin. Et dans cette partie du nord Charente les coins sont souvent très éloignés les uns des autres.

Comme il est désormais convenu, et sans doute pour une période encore indéterminée, nous demandons de respecter les « mesures de distanciations sociales », et les « gestes barrières ». Avant, on tentait d’être un peu chaleureux, on se parlait de près et on se touchait pas trop quand même) bref : on discutait. Désormais, on se tient à distance des autres, par crainte de tomber malade, voire d’en mourir, pour certains.

Pour signifier à une personne qu'elle peut s’approcher et tendre son sac de courses que nous allons remplir, on s’approche à quelques mètres en les appelant par leur nom. Parfois, c’est plus fort que nous, on glisse à quelqu’un qu’on connait un peu mieux que les autres : « comment ça va ? ». Marie-Christine (le prénom a été changé) a répondu tout doucement, sans forcer la voix : « C’est dur, vous savez… ».

Dans son regard, on a perçu toute la détresse d’un monde en train de s’effondrer. Pas seulement la détresse d’une situation sanitaire difficile à contrôler – et inquiétante à plus d’un titre – mais la détresse de ceux et celles qui savent parfaitement que "le jour d’après" sera encore plus dur que ce que nous vivons actuellement, confinés. La détresse des lendemains qui déchantent, ceux d’une crise économique désormais certaine, violente, écrasante. La détresse de l’effondrement d’un monde d’où ces « personnes en situation de précarité » comme le dit la novlangue du XXe siècle sont déjà exclus, rejetés, confinés dans les fonds de campagnes – les fameux « territoires ». Là où tous les réseaux rament : téléphoniques, Internet, transports collectifs, services de soins, services publics... « C’est dur, vous savez… ». Oui on sait et on imagine sans peine que cela va l’être davantage pour vous ensuite.

Déjà en rade du « système » en vigueur jusqu’alors, qu’en sera-t-il après, quand ils rejoindrons, avec de bonnes longueurs d’avance, les millions de gens qui vont se retrouver dans leur situation, qui chercheront eux aussi à grignoter quelques miettes d’un gâteau où déjà leurs propres dents parviennent à peine à dégager de quoi se survivre ? « C’est dur, vous savez… ». On n’a pas fini de l’entendre, cette petite phrase, dans les coins perdus du nord Charente jusqu’aux centres des villes, en métropole jusque dans les confettis de l’Empire. « C’est dur, vous savez… ». Et c’est déjà ce qui nous donne un frisson quand on ne peut pas faire grand-chose, ou si peu, essayer de trouver des « solutions » dont on devine là aussi qu’il y aura beaucoup de monde sur le créneau.

« C’est dur, vous savez… ». Cette vie d’aujourd’hui qui commençait déjà hier, ce sera très probablement la vie de demain, le fameux jour d’après, quand « on sera sorti du confinement » dont Dieu lui-même ignore la date. On entend parler de refonte totale de nos modes de vie, de nos sociétés, de nos modes de déplacements, de fabrication, de relations... Des utopies, en somme. Ça aussi, « c’est dur, vous savez… ».

Drôle de guerre.

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Un phare dans la nuit (drôle de guerre)

31 Mars 2020 , Rédigé par F.S Publié dans #l'évènement, #rural road trip, #drôle de guerre

Un phare dans la nuit (drôle de guerre)

Drôle de temps. Hier la neige, aujourd’hui le ciel bleu. Contraste saisissant dans ces paysages du nord-Charente à la beauté séculaire – dont n’aura raison aucune épidémie – qui n’ont de réelle rivalité qu’avec l’effondrement social du territoire. C’est en faisant nos tournées et « ramasses » de produits qui serviront à l’aide alimentaire aux personnes en grandes difficultés dans ce coin de Charente si paisible, au détour d’un virage, d’une minuscule départementale ou d’un chemin, qu'apparaissent parfois les phares dans la nuit. L’épaisse nuit économique et sociale d’un pays rural éprouvé. Lichères est de ceux-là. De ces phares auxquels on s’accroche pour garder l’espoir. Lichères et l’église saint-Denis, construite au XIIe siècle et peut-être - hypothèse de l’écrivain, journaliste et essayiste Jean-Claude Guillebaud - à l’origine réservée aux lépreux, ce qui expliquerait son isolement à l'écart du bourg. Une perle en plein champs, à peine troublée par l'immobile cimetière qui la borde, et des marronniers encore nus d’une fin mars qui n’en finit plus de mourir.

Un phare dans la nuit (drôle de guerre)

Un phare dans la nuit, étincelant de soleil et de colza - après la neige d’hier – tandis que la mort rôde dans les Ehpad, les hôpitaux, les maisons claquemurées où se confinent les habitants, reclus déjà si fortement éprouvés par l’isolement rural dans leur quotidien. Nulle part à l’horizon, rien ni personne. Seul un paysan griffe la terre et sillonne son champ ; son tracteur seul brise le silence. Un viticulteur solitaire attache des bois dans sa vigne, et ne parle à personne. Un jardinier remplit une brouette d’herbe fraîchement coupée. Il ne manque que Jean-François Millet pour immortaliser ces scènes, au pinceau, et l'on ne serait pas surpris que tout ce "monde" se fige à l'heure de l'angélus. Tout à coup au loin, là bas surplombant le colza, une biche esseulée, traversant la route sans même regarder si un danger métallique monté sur quatre roues rappliquerait. Elle s’est déjà habituée à notre absence. Il n’y a plus rien que la terre et les pierres médiévales, le souffle du vent et les éoliennes aux ailes de géants pour brasser l’air glacé de l’horizon. Pour rappeler qu’en cette aube d’avril le printemps est pour le moment comme le temps : suspendu.

Drôle de guerre.

Un phare dans la nuit (drôle de guerre)
Un phare dans la nuit (drôle de guerre)
Un phare dans la nuit (drôle de guerre)
Un phare dans la nuit (drôle de guerre)
Un phare dans la nuit (drôle de guerre)

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