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Le jour. D'après fred sabourin

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Ligne de fuite

14 Juillet 2016 , Rédigé par F.S Publié dans #voyage - voyage...

- Histoire de la France rurale -

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Bourlinguer...

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La petite souris est partie

6 Juillet 2016 , Rédigé par F.S Publié dans #Lettres à ma fille

« Mais alors, dit Alice, si le monde n’a absolument aucun sens, qui nous empêche d’en inventer un ? » (Lewis Caroll, Alice au pays des merveilles)

- Déchirure -

- Déchirure -

Elle a disparue cet hiver de la vitrine du salon de coiffure devant lequel nous passions chaque fois que je t’accompagnais à l’école, une ou deux fois par semaine. C’était sûrement un signe de quelque chose, et je n’ai pas voulu le voir. Je ne m’en suis pas alarmé, j’aurais peut-être dû. On ne se méfie jamais assez de ces insignifiants détails qui annoncent parfois les catastrophes. On fait comme si, un peu insouciant, un peu dans le déni. On se dit que non, ça ne sera pas possible, pas déjà, pas maintenant. La petite souris en peluche du salon de coiffure a disparue avant que le printemps n’arrive, et toi tu vas partir alors que l’été peine à arriver.

Partir. Vivre ailleurs. Avec ta maman souris. Partir. Vivre ailleurs. Je suis amère. 221 kilomètres. C’est pas la mer à boire. Mais la potion est amère à boire.

Ta mère me l’a annoncé le 29 février. Un jour pas comme les autres, il y en a qu’un tous les quatre ans : on s'en souviendra. Sur le moment je n’ai pas cillé. Je m’y attendais un peu – comme on dit – mais secrètement je repoussais l’idée que tu partes, toi aussi. Je faisais l’autruche, la tête dans le sable, les fesses en l’air. Elle m’a botté le cul avec sa nouvelle à la con. Qu’elle s’en aille, quoi de plus naturel, depuis le temps que... Mais qu’elle t’emmène aussi toi, ma fille, mon enfant, et je ne saurais m’y faire.

Partir. Vivre ailleurs. C’est pas la mer à boire. Mais la potion est amère à boire.

On a à peine eu le temps de s’apprivoiser dans ce semi quotidien partagé entre toi et moi, que déjà il faut se séparer. Ce chemin de l’école, où nous avons vécu tant de choses, découvert la vie et le monde, ton monde, celui à la mesure de ta taille et de tes pas qui arpentaient les pavés de la vieille ville. La murette sur laquelle tu es montée, près de l’église, d’abord en me tenant la main, puis sans la main, puis presque en courant. Les multiples sauts depuis à peu près tout ce sur quoi tu pouvais grimper. Les carrefours, les petits piétons rouges et verts. Les escaliers « Denis-Papin » et la vue sur la ville, la vue sur le monde. Et la toute petite ruelle pleine de crottes de pigeons que nous traversions vite vite pour éviter de s’en prendre une sur le crâne.

 

- Monte -

- Monte -

Tout cela et tout le reste - le manège, le toboggan du square Valin, Mélanie la boulangère, la bibliothèque et les poufs sur lesquels on se vautre les samedis d’hiver quand il ne fait ni beau ni chaud : ça déménage. Et moi je reste en rade. A quai. Echoué comme un vieux chalutier.

« La mer enseigne aux marins des rêves que les ports assassinent » (Bernard Giraudeau).

En rade. En radeau. Mené en bas-tôt. Balloté par les flots. La mer qui passe par-dessus bord me burine la gueule et se mélange aux larmes. Larmes de sel, larmes de sang. Sang-timents. Le sel me brûle.

C’est la vie, me dit celle qui t’emmène, qui t'arrache. C’était prévisible. La vie est une chienne, une chienne de vie. Certains construisent, d’autres reconstruisent. D’autres encore détruisent. Faire, défaire, refaire. Nous ne nous verrons plus qu’au prix de kilomètres et de planifications savantes, de négociations, de déceptions parfois.

 

« Depuis la nuit des temps l'histoire des pères et des mères prospère. Sans sommaire et sans faire d'impairs, j'énumère pêle-mêle, pères, mères. Il y a des pères détestables et des mères héroïques. Il a des pères exemplaires et des merdiques. Il y a les mères un peu pères et les pères mamans. Il y a les pères intérimaires et les permanents. Il y a les pères imaginaires et les pères-fiction. Et puis les pères qui coopèrent à la perfection. Il y les pères sévères et les mercenaires. Les mères qui interdisent et les permissions. Y a des pères nuls et des mères extra, or dix mères ne valent pas un père » (Fabien Marsaud, Grand Corps Malade).

- la petite souris est passée -

- la petite souris est passée -

En attendant tu vas t’éloigner, grandir dans d’autres rues, sous d’autres arbres, avec d’autres murettes et d’autres escaliers, dans une autre cour d’école sous d’autres tilleuls, auprès d’autres toboggans. Un autre s’émerveillera de tes progrès, sera le témoin privilégié de tes étonnements, de tes questionnements, de tes joies de tes chagrins de tes rires… Ton rire sardonique parfois, qui me fait tant rire justement. Nous ne partagerons plus que des moments fugaces à pas et minutes comptés, un chrono dans la main. Je te promets que nous en ferons des moments extraordinaires.

 

A l’automne déjà, y avait plus de boulot. Le printemps nous a dégouliné dessus en pluie. Voici l’été et tu es partie, petite souris. C’est déjà l’hiver qui revient. Trop tôt. Trop dur. C’est la vie.

 

« Mais alors, dit Alice, si le monde n’a absolument aucun sens, qui nous empêche d’en inventer un ? » (Lewis Caroll, Alice au pays des merveilles)

 

F.S 06/07/2016

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Ma Loute

25 Mai 2016 , Rédigé par F.S Publié dans #chronique cinéma

Le nouveau film de Bruno Dumont est un objet fantaisiste, expérimental et burlesque. Il mêle, sur fond d’enquête policière, des comédiens non professionnels avec des grands noms du cinéma : Fabrice Luchini, Valéria Bruni Tedeschi, Juliette Binoche, Jean-Luc Vincent. Le tout dans les « Hauts de France » aux accents Ch’tis, avec juste ce qu’il faut de cruauté pour que le film exerce une sorte de fascination pour cette ambiance décadente.

(c) Roger Arpajou

(c) Roger Arpajou

Il a quitté son costume étriqué et sa démarche d’Aldo Maccione, mais il conserve ce ton sans ambages, démonstratif qu’on lui connaît, aimé ou détesté : Fabrice Luchini, dans un entretien au « Monde » décrit avec exactitude Ma Loute, de Bruno Dumont. « Les pauvres sont fabuleux mais ils bouffent les gens. Les riches sont décadents et snobs mais ne savent plus rien ».

Sur la côte d’Opale, dans une improbable grande maison au style égyptien nichée sur une colline, les Van Peteghem viennent passer les vacances d’été. Famille bourgeoise décadente, snob, imbécile et consanguine (« ça fait des alliances industrielles » dira Fabrice Luchini alias André Van Peteghem), ils côtoient la famille Brufort, pêcheurs aux tendances cannibales qui les portent dans leurs bras pour leur faire traverser un gué. Parmi eux, Ma Loute, le fils, qui s’éprend de l’androgyne Billie, fils ou fille – c’est selon – d’Aude Van Peteghem, sœur d’André, cantatrice déglinguée et emphatique style Belle époque. Cet attelage totalement foutraque est complété par deux policiers, à mi-chemin entre les Dupond et Dupont ou Laurel et Hardy, qui enquêtent sur de mystérieuses disparitions de corps au bord de la mer, entre les dunes.

Bruno Dumont, cinéaste aimant se promener dans les marges, déjà auteur de La Vie de Jésus (1996, Prix Jean-Vigo en 97), L’Humanité (prix d’interprétation et grand prix du jury à Cannes en 1999), Flandres (grand prix du jury à Cannes en 2006) se frotte avec Ma Loute à un cinéma qu’on pourrait qualifier d’expérimental. Il demande aux comédiens – professionnels ou non – d’endosser non seulement des costumes étriqués (qui grincent à chacun de leurs mouvements) mais aussi de composer leurs rôles de façon à les faire disparaître dans ceux-ci tout en les reconnaissant au premier coup d’œil. Bruno Dumont, c’est un fait, aime réconcilier les contraires. Dès lors, les travers habituels d’un Fabrice Luchini ou d’une Juliette Binoche se fondent dans les personnages, enfin débarrassés qu’ils sont de leur propre image. Ils pulvérisent la norme du bon goût, faisant souffler un vent d’une délicieuse outrance, décadence et de cruauté abjecte en même temps que souffle le vent du « ch’nord » sur les dunes de Boulogne-sur-Mer. Dommage que le jury cannois soit passé – comme pour beaucoup d’autres – à côté du film de Bruno Dumont, réalisateur hors normes à en devenir anarchiste cinématographique (presque). Or à Cannes depuis quelques années, on aime toujours s’encanailler un peu, flirter avec le scandale, mais pas trop non plus…

D’un point de vue factuel les costumes – aussi cintrés soient-ils – et la photo sont délicieux, charme désuet de la province du Nord - Pas-de-Calais 1915. On retiendra aussi, au-delà de la performance du quatuor Luchini-Binoche-Bruni Tedeschi-Vincent, le duo père-fils de la famille Brufort, en vrai Brandon et son père Thierry Lavieville, véritables gueules de cinéma comme on aimerait en voir plus souvent. Hein, Ma Loute ?!

F.S

(en salle depuis le 14 mai)

(c) Roger Arpajou

(c) Roger Arpajou

(c) Roger Arpajou

(c) Roger Arpajou

(c) Roger Arpajou

(c) Roger Arpajou

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Jardins du siècle à venir

4 Mai 2016 , Rédigé par F.S Publié dans #Presse book, #émerveillement

Portfolio du 25e Festival international des Jardins du Domaine de Chaumont-sur-Loire, jusqu'au 2 novembre. Sur le thème : "Jardins du siècle à venir".

- "120 châteaux lui font une suite courtoise" -

- "120 châteaux lui font une suite courtoise" -

Jardins du siècle à venir
- Nous irons tous au jardin -

- Nous irons tous au jardin -

Jardins du siècle à venir
Jardins du siècle à venir
Jardins du siècle à venir
Jardins du siècle à venir
Jardins du siècle à venir
Jardins du siècle à venir
Jardins du siècle à venir
- Néo Noé -

- Néo Noé -

Jardins du siècle à venir

Ça peut paraître paradoxal, mais il y avait presque "trop" de soleil... (les photographes me comprendront).

(c) F.S

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Teknival à Salbris : le jour d’après…

2 Mai 2016 , Rédigé par F.S Publié dans #Presse book

Teknival à Salbris : le jour d’après…

13.500 « teufeurs » au plus fort du week-end du 1er mai ont participé au Teknival à Salbris, de manière illégale et donnant des sueurs froides à la préfecture et aux gendarmes mobiles. Lundi après-midi, environ 3.000 d’entre eux étaient encore sur zone, et quittaient progressivement le site, qui doit être libéré au plus tard mardi matin.

Six hectares, perdus au milieu de nulle part, ou presque. Près de Salbris, au croisement des routes départementales 121 et 89, en pleine Sologne, au milieu des grands arbres, les oiseaux se sont tus trois jours durant. « En mai, fais ce qu’il te plaît », dit le dicton : alors 13.500 « teknivaliers » se sont donné rendez-vous dès vendredi 29 avril au soir, provoquant dans un premier temps un envahissement de la commune de 5.500 habitants d’ordinaire plutôt habitués à se coucher tôt. Rapidement elle a été dépassée par l’afflux de véhicules, environ 3.000, en 2h30, soit quasiment autant que dans une seule journée, mais en quelques minutes. Pour la première fois depuis 2009, aucune demande d’autorisation préalable pour l’organisation d’un Teknival n’avait été déposée en préfecture, une illégalité qui a semble-t-il séduit bon nombre d’adeptes de musique techno, dont le niveau sonore dépasse très largement celui d’une boîte de nuit. La pluie battante de samedi n’a pas douché les teufeurs, transformant les 6 hectares (plus une trentaine pour les parkings) de prairies et de friches en Woodstock solognot. Immédiatement, le préfet de Loir-et-Cher a pris les mesures pour qu’aucun débordement n’ait lieu, rétablir la situation à Salbris et aux abords directs, et que la situation sanitaire soit la plus opérationnelle possible. 3 escadrons de gendarmerie mobile, soit 360 gendarmes, sous le commandement du colonel Eric Chuberre, du groupement de gendarmerie de Loir-et-Cher ont été à pied d’œuvre tout le week-end. Pompiers et Croix-Rouge sur le pied de guerre aussi. Lundi après-midi, 73 personnes avaient été prises en charge par les postes médicaux, 13 évacuations vers l’hôpital de Blois dont un jeune Belge de 17 ans en état d’urgence absolue, par hélicoptère. Plusieurs fois dans le week-end, le préfet Yves Le Breton – qui n’a pas pris d’arrêté préfectoral interdisant tout rassemblement festif sur son département, alors que tous ses voisins de la région Centre l’ont fait – a tenu des points presse afin d’informer sur l’évolution de la situation, inédite dans le Loir-et-Cher. Lundi après midi, c’est Alain Brossais son directeur de cabinet qui tenait ce rendez-vous, en présence des colonels de gendarmerie et des pompiers, et du maire de Salbris Olivier Pavy.

Solitude du maire

Ce dernier, même si il a apprécié la réactivité de la préfecture, des forces de l’ordre et de secours, s’est cependant senti bien seul, vendredi vers 21h30, lorsque le lieu de cette « petite fête improvisée » a été connu : Salbris, sa commune. « Ces personnes prônent la liberté mais ils font l’inverse de la liberté. Du coup, la collectivité qui est obligée de gérer, de coordonner. Je suis quand même surpris que depuis 23 ans que les Teknivals existent (1), on ne soit pas parvenu à trouver un terrain d’entente avec les organisateurs de ces free party. Tout sera facturé à l’Etat, à l’heure de la baisse des dotations, il appréciera », a-t-il indiqué en marge de la conférence de presse. Et d’ajouter : « pas un parlementaire du département n’est venu sur place se rendre compte ou m’épauler, pas un coup de fil : rien ». Aucune dégradation n’est cependant à déplorer à Salbris, et les habitants ont fait contre mauvaise fortune bon cœur. Sur le profil Facebook d’Olivier Pavy, une annonce avec photo pour le festival Olé Bandas, le 25 juin prochain. Nul doute qu’il y aura moins de monde, mais il sera, avec les 15 agents municipaux déployés tout le week-end dans sa commune, rompu à l’exercice…

(de g. à d.) E. Chuberre, O. Pavy (maire de Salbris), Col Aigueparse (SDIS) et A. Brossais (cabinet du préfet)

(de g. à d.) E. Chuberre, O. Pavy (maire de Salbris), Col Aigueparse (SDIS) et A. Brossais (cabinet du préfet)

Ecstasy, LSD, cannabis, diverses poudres, petite bière et gros whisky

Vers 14h lundi 2 mai, alors que le soleil séchait à plein rayon depuis la veille le champ de boue parsemé de toiles de tentes, de camionnettes, de containers remplis de poubelles, la musique s’est soudain arrêtée. Beaucoup de teufeurs étaient repartis depuis la veille au soir et dans la nuit, mais près de 3.000 étaient encore sur place, l’air hagard, les yeux fatigués, dans le vague. Certains dorment à même le sol. D’autres errent une bouteille de bière à la main. D’autres encore mettent la sono des voitures à fond comme pour faire durer le plaisir. « Il convient d’accompagner l’évènement jusqu’à la fin », explique le colonel Chuberre. « L’enjeu est de laisser repartir les gens en état de conduire, et sécuriser les déambulations le long de la route ». Fouille des zones boisées à la recherche d’éventuelles personnes en détresse, contrôle d’alcoolémie et de stupéfiants : les gendarmes, qui n’ont pas beaucoup plus dormi que les teufeurs, effectuaient des contrôles parmi les véhicules quittant la zone. 35 détentions de stupéfiants, 100 conduites sous l’emprise de stupéfiants, et 5 d’alcoolémie ont été recensées. « Ecstasy, cannabis, LSD, diverses poudres… Il y a de tout… » souffle le colonel de gendarmerie, qui se souviendra longtemps de son week-end du 1er mai, en plein état d’urgence, alors que ses hommes sont déjà mis à rude épreuve. Des renforts en équipes cynophiles ont également été déployés sur place.

Occupation illégale d’un terrain privé

Vient déjà le temps des questions sur l’effet surprise de l’évènement, « qui a dépassé nos capacités d’action », a indiqué Alain Brossais, « mais le niveau d’engagement de tous a été à la hauteur. La motivation c’était de mettre en place un festival en toute illégalité, une action réfléchie en amont, basée sur la rapidité et l’effet surprise. Nous avons dû nous adapter à une situation de fait ». Deux plaintes ont été déposées, le propriétaire du site et celui de champs limitrophes. Ces plaintes viennent d’être transférées au parquet du département, qui annonce des poursuites judiciaires, pour « organisation d’une manifestation festive sans déclaration préalable, infraction susceptible d’entraîner la saisie des systèmes de son ». Une occupation illégale et un rassemblement qui laisse songeur alors que l’état d’urgence, mis en place lors des attentats du 13 novembre dernier, a été prolongé de trois mois depuis le 26 février. « C’est un public très hétérogène » explique encore le colonel Eric Chuberre, « nous n’avons pas affaire à des adversaires. On a vu des mères de famille venir récupérer leurs grands enfants. Nous devons nous assurer que ces gamins-là rentrent chez eux, et pour l’instant, même si la musique s’est arrêtée, l’évènement n’est pas terminé ». Comme dit un animateur télé très connu : on n’est pas couché.  

 

  1. Importées d’Angleterre en 1993, les « rave parties » (rave = délirer) réunissent des « teufeurs » (fête en verlan). Depuis 2001 les autorités imposent des mesures répressives pour encadrer les fêtes, et saisissent fréquemment les sound systems.
Teknival à Salbris : le jour d’après…

Déambulation au milieu des « ravers » fatigués

Teknival à Salbris : le jour d’après…

Un champ piétiné par 27.000 pieds, bordé d’arbres et de buissons. De la boue séchée, par endroit non. Quelques touffes d’herbe résistant tant bien que mal au milieu des véhicules, tentes quechua, camions utilitaires bricolés en camping-car. Des jeunes, l’air fatigué, vraiment fatigué, très très fatigué. D’autres légèrement survoltés. Certains, le sac au dos brinqueballant se dirigeant vers la route, pouce levé pour rejoindre Salbris, et s’en aller ailleurs. On est alpagué par un groupe dans une camionnette blanche, portes grandes ouvertes, prenant le soleil. Il faut dire qu’avec un jean propre sans aucune trace de boue, un calepin et un appareil photo, on ne passe pas inaperçu. « Eh ! vous ne voulez pas nous prendre en photo ? » lance cette jeune femme volubile, en débardeur décolleté et feutres de couleurs en main. Séance de graff directement sur la peau, comme pour faire un souvenir… On s’exécute, et on fait la photo. « Vous êtes journaliste ? » On hésite un peu : comment cela est-il perçu dans le milieu ? On essaie de comprendre : « Mais comment saviez-vous que c’était ici, et ce week-end ? » Les rictus apparaissent au coin des visages. C’est LA bonne question à poser, qui ne trouvera de réponse chez aucun teufeur rencontré ce lundi de mai. Charly, Estelle, Lana, Sifrid, Baba et Georges Mickael viennent de Loire-Atlantique, et de Poitiers. Ils ne se connaissaient pas sauf les deux copines, qui enchaînent les teufs technos tous les week-ends. Pour elles, le Teknival, c’est le rêve absolu.

Un peu plus loin, il marche les mains dans les poches, torse nu, dreadlocks et foulard sur la tête, pieds nus dans la boue. C’est Fred, il vient de Strasbourg, et il regrette que ça soit déjà fini. « Ici, c’est la liberté, les gens se parlent, on partage tous la même passion pour ce mode de vie. Pas d’esclavagisme par d’autres esclaves c’est le pied total ». La suite de la conversation est parfois difficile à suivre, tout y passe : le capitalisme, les esclaves modernes, les théories complotistes…

En repartant, deux teufeurs aux pantalons maculés de boue séchée à cause des « nuits de boue », sont venus de Vitry en stop et comptent bien rentrer de la même façon. « Ça ne va pas être facile en effet, mais on devrait y arriver ». On échange sur les substances qui circulent pendant le Teknival, et les fêtes technos de façon générale. « On nous emmerde avec quoi ? Quelques pétards ? On nous contrôle et on nous dit vous n’avez pas le droit ? Et tous ces gens qui prennent chaque jour des anti-dépresseurs, psychotropes et autre Tranxene ? Ils sont complètement azimutés et on les laisse faire ? Tiens, toi le journaliste, là il y a un vrai sujet à faire ! »  

C’est une manière de voir les choses en effet…

 

F.S

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La dent

29 Avril 2016 , Rédigé par F.S Publié dans #Lettres à ma fille

 

Pain beurre confiture (de framboises). Tout se déroulait normalement, la radio égrenait sa matinale, j’écoutais d’une oreille distraite Olivier Besancenot sortir sa soupe habituelle, connue par cœur, une soupe servie mille fois. Je voyais bien que tu avais l’air de mâcher des guêpes. Ça ne pouvait pas venir du pain, ni du beurre, ni de la confiture : tu les adores. Alors quoi ? Tu m’as regardé et posé ton index à l’entrée de ta bouche, en disant : « papa, j’ai une dent qui bouge… »

J’ai voulu vérifier, et ça n’est pas si facile de le faire quand ça n’est pas une dent à soi. On a l’impression que c’est le bout de son propre doigt qui bouge, en réalité on ne s’en rend pas très bien compte. J’ai examiné attentivement la dent en question. En effet, elle bouge. Pas beaucoup, mais un peu quand même. Cette oscillation ne peut aller que crescendo…  

S’en est suivi une discussion sur « la petite souris ». Tu as dit : « on met la dent sous l’oreiller quand elle est tombée et pendant qu’on s’habille ou qu’on prend le petit déjeuner la petite souris apporte un cadeau ». J’ai tout de suite apporté les précisions nécessaires au bon déroulé de l’opération : « oui, enfin… si tu es sage ». Evidemment. Les petites souris, ça n’aime pas le désordre, malgré leurs capacités évidentes à s’en accommoder.

Après le petit déjeuner, tu as regardé l’intérieur de la machine à laver, comme si la « petite souris » s’y planquait déjà, guettant la chute dentaire. Je t’ai dit que non, elle ne pouvait pas arriver par ici, mais toi tu as remarqué un interstice au niveau de la fermeture et tu as dit que « peut-être elle passerait par là ». J’ai souri – c’est le cas de dire – en imaginant le tableau. C’était l’heure de partir à l’école, alors on est parti.

En revenant de t’y conduire, dans le petit matin frisquet d’une fin de mois d’avril, j’ai repensé à tout cela. Tu vas perdre une dent – un non évènement peut-être mais pour toi un grand – signe qu’irrémédiablement, le temps file, file, file, que tu grandis et avance dans la vie. Je suis le témoin privilégié de cette avancée, de cette marche en avant qui me réjouis en même temps qu’elle m’effraie. Il faut profiter de chaque seconde de cette vie-là, avant qu’elle ne disparaisse dans l’abîme du temps passé, du temps perdu, du temps qui ne se rattrape plus.

Au bord du fleuve je regarde le ciel sans nuage et le soleil me frappe la face à plein rayons. Je respire en grand pour faire entrer l’espoir du jour neuf dans mes poumons. Et je prie le ciel de me laisser longtemps de la mémoire pour me souvenir de matins comme celui-ci.

 

F.S

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Une journée sans arbre est une journée de perdue

24 Avril 2016 , Rédigé par F.S Publié dans #émerveillement

Celle-ci ne le sera donc pas, dans le parc du château de Cheverny, avant que la pluie n'arrive... A leurs pieds, on se sent tout petit, mais vivants. Comme aspiré par eux vers la canopée. Touchons du bois, avant d'être couché dedans.

 

- Looking for Tintin & Haddock captain -

- Looking for Tintin & Haddock captain -

Une journée sans arbre est une journée de perdue
- Une allée de 800 mètres de cèdres, âgés de 169 ans -

- Une allée de 800 mètres de cèdres, âgés de 169 ans -

Une journée sans arbre est une journée de perdue
- Les pieds d'éléphants aiment les milieux humides, et viennent du bayou de Louisiane -

- Les pieds d'éléphants aiment les milieux humides, et viennent du bayou de Louisiane -

- Beaucarnéa, ou "pied d'éléphant" -

- Beaucarnéa, ou "pied d'éléphant" -

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Quelle sera ta rime ?

11 Avril 2016 , Rédigé par F.S Publié dans #Lettres à ma fille

- Sortir vivant -

- Sortir vivant -

Ça se passe toujours pendant le dîner… Entre la poire et le fromage jaillissent les fulgurances et le récit d’une journée d’école où, une fois n’est pas coutume, il ne faut pas désespérer de tout et particulièrement de ce qu’on peut y enseigner. Même aux minus. « Alice, c’est comme un écrevisse ; Richard, c’est comme un guépard ; Prunelle, c’est la mirabelle ; Camille c’est la chenille… » Etc., avec tous les prénoms des élèves de sa classe. Pas peu fière de son effet, l’enfant-qui-aime-l’école.

Que les ronchons aux arguments de grammairiens frustrés se taisent (j’en ai connu, et des retords, qui sont toujours en poste !) eux qui siffleraient entre leurs gencives que ce sont des « rimes pauvres ». Elles le sont. On s’en fiche comme d’une guigne, l’important nous semble  l’initiation aux fondements même de la poésie. Oh ! bien sûr, ce n’est pas encore de la prose ni des alexandrins façon Jean Racine, ni d’Edmond Rostand, ni du Musset ou encore moins du Lamartine ; ce n’est pas du Hugo ni du René Char ou du Rimbaud. Pas plus que du Claudel ou du Péguy, ni du Eluard ni du Heredia. C’est juste la simplicité d’une rime, la beauté d’une rime, l’apprentissage des richesses et sonorités d’une langue en cours de maîtrise, loin de l’être, mais tout de même en chemin.

Moi : « c’est à l’école que tu as appris ça ? (question idiote j’en conviens, où donc ailleurs aurait-elle appris ça ? En lisant La poésie pour les nuls ?)

Elle : « Oui ».

Moi : « La maîtresse vous apprend à faire des rimes ?! »

Elle, étonnée de mon insistance : « ben oui… »

Moi, interdit : « Et tu en as appris d’autres ? »

Elle : « Oui, tout les copains et copines de la classe trouvent une rime avec leur prénom, et on a aussi essayé avec d’autres mots ».

Moi : « … » (j’ai encore mangé froid).

Le lendemain matin, j’avise la maîtresse en question pour lui dire ce que j’en pense. Du bien, naturellement. Elle me répond qu’en effet, il s’agit pour les enfants de repérer les sons des mots qui se ressemblent, et que la séquence n’est pas terminée, qu’il y aura d’autres rimes.

D’un coup je me suis dit que dans ce monde qui va à vau-l’eau, dans le chao interminable du grand bordel ambiant, apprendre aux gosses – même les petits - à faire des rimes ne pouvait pas être une mauvaise chose, bien au contraire. Moi qui, depuis longtemps, avais récité quelques extraits de Cyrano de Bergerac à la tête blonde qui me tient la main au bout de mon bras, j’ai décidé de passer à la vitesse supérieure, du coup. Et en avant pour Rimbaud puisqu’il est ressorti de la bibliothèque suite au film Quand on a 17 ans qui s’ouvre par la lecture de Sensation, tiré du livret Poésies.

« Pars les soirs bleus d’été, j’irai dans les sentiers, picoté par les blés, fouler l’herbe menue : rêveur, j’en sentirai la fraîcheur à mes pieds. Je laisserai le vent baigner ma tête nue »… Elle n’a pas tout compris, mais qui a dit qu’une infusion de poésie devait produire du fruit immédiatement ?

Je repense aussi et même surtout à Aragon dans Ce que dit Elsa que je me suis si souvent récité, comme un mantra, aux heures bleues d’une vie d’étudiant en histoire, une grande écharpe autour du cou et la pipe au bec (pour faire style) : « Que ton poème soit dans les lieux sans amour où l’on trime où l’on saigne où l’on crève de froid. Comme un air murmuré qui rend les pieds moins lourds. Un café noir au point du jour. Un ami rencontré sur le chemin de croix ».

Et je lui dis à mon tour : quel sera ton poème ? Quelle sera ta rime ? Impossible de ne pas espérer quelque chose de la part de quelqu’un qui, déjà, apprend à en faire.

En route pour la joie !

FS

- Lignes de fuite -

- Lignes de fuite -

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Art contemporain à Chaumont-sur-Loire : c'est la saison

3 Avril 2016 , Rédigé par F.S Publié dans #concept

Petite déambulation au Domaine de Chaumont-sur-Loire, pour la 8e saison des expositions d'art contemporain.

Photos (c) F.S.

- "Cairn" d'Andy Goldsworthy -

- "Cairn" d'Andy Goldsworthy -

- "Chaos" de Vincent Barré -

- "Chaos" de Vincent Barré -

- El Anatsui, artiste ghanéen vivant au Nigéria. Oeuvre constituée de "matériaux de rebut" -

- El Anatsui, artiste ghanéen vivant au Nigéria. Oeuvre constituée de "matériaux de rebut" -

- El Anatsui (détail). Lion d'or à la Biénnale de Venise en 2015 -

- El Anatsui (détail). Lion d'or à la Biénnale de Venise en 2015 -

Art contemporain à Chaumont-sur-Loire : c'est la saison
- Wang Keping (sculptures sur bois noircies au feu) ; artiste chinois autodidacte -

- Wang Keping (sculptures sur bois noircies au feu) ; artiste chinois autodidacte -

- Wang Keping -

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Quand on a 17 ans

31 Mars 2016 , Rédigé par F.S Publié dans #chronique cinéma

Le nouveau film d’André Téchiné s’attache à monter - avec en toile de fond la montagne - la rivalité puis la séduction de deux adolescents, Tom et Damien. Ça n’est pas la première fois que Téchiné s’intéresse à cet âge de la vie où tout semble possible. Mais c’est sans doute la plus belle car la plus vive.

(c) Wild Bunch Distribution

(c) Wild Bunch Distribution

Quand on a 17 ans commence, il fallait s’en douter, par un poème de Rimbaud, déclamé en classe par Damien. « Par les soirs bleus d’été, j’irai par les sentiers, picoté par les blés, fouler l’herbe menue… » Le poème se nomme Sensation. Le reste du film sera à l’image de ce titre.

On ne devrait plus dire « On n’est pas sérieux quand on a 17 ans », comme disait le poète ardennais échevelé. On ne devrait plus le dire, car ce que vivent Tom et Damien, ainsi que les parents de ces derniers, est on ne peut plus sérieux, justement.

L’action se déroule dans les Pyrénées ariégeoises. Tom, bel adolescents métisse adopté par une famille d’éleveurs, parcourt quotidiennement la montagne les pieds dans la neige pendant une heure pour rejoindre un arrêt de bus perdu au milieu de nulle part. Damien, vit en ville, auprès de Marianne, sa mère, à la fois très maternelle et effroyablement sexy. Son père, pilote d’hélicoptère, fait la guerre, loin. Les deux adolescents se frôlent, se battent, leur rivalité est brutale comme elle peut l’être à l’âge où l’on se sent invincible en cherchant à dompter la vie. La mère de Tom tombant enceinte, Marianne, médecin de campagne, propose à Thomas de venir habiter quelques temps chez elle avec Damien. Il pourra ainsi mieux réviser son bac et éviter les longs trajets pour venir au lycée. D’abord contraint, Tom accepte. La rivalité avec Damien se mue en séduction, sous les assauts de ce dernier, amoureux de lui. Ce désir fou le fascine en même temps qu’il lui fait peur : osera-t-il franchir le pas ? Est-il vraiment attiré par les garçons ? Tom lui résiste, tout en découvrant des sentiments partagés pour Damien.

Dans une interview au "Monde", André Téchiné (73 ans) avoue qu’il avait « simplement des images dans la tête, insistantes : un rite de passage, deux adolescents qui se battent, un portrait de femme heureuse, les montagnes des Pyrénées, un personnage métissé dans la neige, quelqu’un qui hurle dans la nuit après la mort d’un être cher ». De ces images, il en tire, avec la scénarise Céline Sciamma (37 ans), un film brillant, tel qu’il put le faire avec Les Roseaux sauvages en 1994, J’embrasse pas en 1991, Le Lieu du crime en 1987, où il se frottait déjà à la douloureuse et si belle période de l’adolescence.

Pour bâtir l’œuvre, qui signe un retour positif après les étranges Impardonnables (avec André Dussollier et Carole Bouquet en 2011) et L’Homme qu’on aimait trop (avec Guillaume Canet et Catherine Deneuve en 2014), André Téchiné a déniché deux jeunes acteurs qui donnent toute l’épaisseur nécessaire à la rivalité et la séduction des deux lycéens. Kacey Mottet Klein (Damien), et Corentin Fila (Tom) s’approchent, se frôlent, se heurtent, s’aiment enfin osant succomber au désir trop longtemps contenu car effrayant pour l’un comme pour l’autre. A l’âge où l’on souhaite tant maîtriser sa vie, son destin, se pensant irrésistible face au réel, comment en effet se laisser aller à cet amour contre-nature, dans une petite ville des Pyrénées et dans deux familles où rien ne peut laisser imaginer une telle issue pour un jeune homme ?

Quand on a 17 ans est aussi l’histoire des corps. Ceux des adolescents – il faut voir cette scène où Tom plonge dans l’eau glacée d’un lac de montagne où se reflètent les arbres nus de l’hiver – mais celui de Marianne aussi (Sandrine Kiberlain) à la fois maternel, délicat, craquant du désir inassouvi et creusé par l’absence du mari parti au loin. La bienveillance qu’elle apporte à ces deux jeunes hommes tiraillés par leurs pulsions apporte une touche éclatante au film.

« Je ne parlerai pas, je ne penserai rien : mais l’amour infini me montera dans l’âme, et j’irai loin, bien loin, comme un bohémien, par la Nature, heureux comme avec une femme » clôt la Sensation d’Arthur Rimbaud, joint à une lettre envoyée à Théodore de Banville en mai 1870. Il n’a pas encore 16 ans. Quand le film d’André Téchiné se referme, on repense à son adolescence et à ce qu’elle fut, avec une pointe de nostalgie et de mélancolie. Aucun doute possible : nous sommes bien entrés dans l’âge (ingrat) des adultes.

F.S

 

Quand on a 17 ans, d'André Téchiné. 1h54. Sortie le 30 mars.

Damien (Kacey Mottet Klein) et Thomas (Corentin Fila). (c) Wild Bunch Distribution

Damien (Kacey Mottet Klein) et Thomas (Corentin Fila). (c) Wild Bunch Distribution

Sandrine Kiberlain (à g.) (c) Wild Bunch Distribution

Sandrine Kiberlain (à g.) (c) Wild Bunch Distribution

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