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Le jour. D'après fred sabourin

Articles récents

Jardin anglais, printemps français

25 Mai 2017 , Rédigé par F.S Publié dans #émerveillement

Jardin anglais, printemps français

Le 26e Festival international des Jardins du Domaine de Chaumont-sur-Loire a ouvert ses portes depuis le 20 avril jusqu'au 5 novembre prochain. D'abord soumis à une météo capricieuse faite de gelées tardives succédant à des chaleurs précoces, puis de fortes pluies, c'est désormais l'été du printemps aussi luxuriant que les jardins eux-mêmes.

Bien sûr il y a les 25 jardins de créateurs sélectionnés par le jury présidé cette année par la réalisatrice et auteur Coline Serreau, et Chantal Colleu-Dumond directrice du Domaine (sans qui Chaumont ne serait pas Chaumont), autour du thème "Flower Power" (le pouvoir des fleurs). Mais il y a aussi les jardins permanents, dans le pré du Goualoup. Notamment ce "jardin anglais" sur lequel pleuvait ce jeudi un soleil de gloire dans une tempête de ciel bleu. So British, mais surtout so beautiful...

Jardin anglais, printemps français
Jardin anglais, printemps français
Jardin anglais, printemps français
Jardin anglais, printemps français
Jardin anglais, printemps français
Jardin anglais, printemps français

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En avant, marche !

8 Mai 2017 , Rédigé par F.S Publié dans #édito

- Sous ses pieds, le Sacre, de David - (photo L. Leuleu).

- Sous ses pieds, le Sacre, de David - (photo L. Leuleu).

« Ne sous-estimez jamais le courage des Français : n’oubliez pas que ce sont eux qui ont découvert que les escargots étaient comestibles ». Le meilleur compliment qu’on ait pu nous faire vient des Anglais, paradoxalement. Hier soir, dimanche 7 mai, les Français ont une fois de plus fait montre d’un courage à toute épreuve : ils ont élu à la Présidence de la République une tête bien faite et bien pleine de 39 ans. Une tête jeune, surtout. Ce qui paraissait impossible, le nouveau Président Macron l’a fait : exit les partis traditionnels et leurs têtes chenues, et cette fichue bipolarisation de la vie politique française, maladie chronique dont on semble ne jamais pouvoir guérir – qui remonte bien avant la fondation de la Ve République.
 

Bien sûr, il faut nuancer un peu l’élan de la victoire : avec certes 20,7 millions de voix sur 47,4 millions d’électeurs inscrits (66,06 % des exprimés), il devra composer avec le fait, tenace, têtu, que beaucoup de Français ne lui ont pas confié un vote d’adhésion (comme Jacques Chirac en 2002), et il ne pourra pas se satisfaire d’un Front national à 10,6 millions de voix. Tout comme il ne pourra se satisfaire des 4,06 millions de bulletins blancs ou nuls, ni des 12 millions d’abstentionnistes. L’avantage, s’il déçoit, c’est qu’il décevra moins de monde…
 

En avant, marche !

En attendant, place aux jeunes ! Place au neuf ! Des nouvelles têtes, vite ! De l’air ! De l’air ! De l’air ! Pour celui qui a gravi quatre à quatre les marches qui l’ont conduit au pouvoir, quasiment inconnu il y a encore trois ans : seulement deux minutes d’état de grâce, pas une de plus. La somme des espoirs et des attentes, la somme des souffrances et des inquiétudes des Français, la somme des divisions d’un pays clivé, fracturé, en miettes sociales ne lui laissera pas un instant de répits. Pour réussir, il lui faudra faire comme son ascension : vite. Cinq ans, c’est court, et ça commence aujourd’hui.
 

L’homme qui se mit au service de Paul Ricœur durant deux ans – dont on peut espérer qu’il n’en reste que du bon – devra réussir à décloisonner la société française, à la rassembler, mais pas seulement. Il devra : se coltiner et résister aux centrales syndicales, qui, malgré leurs maigres rangs, lui promettent déjà naturellement des lendemains qui déchantent. Il devra se coltiner et résister aux multiples blocages des professions réglementées, qu’il avait mises dans la rue en 2015, avec le résultat que l’on sait. Il devra résister et passer outre les innombrables « mammouths » historiques de la France : fonctionnaires, régimes spéciaux de la SNCF (entre autres !), enseignants, retraités des Trente glorieuses gavés jusqu’aux amygdales, actionnaires des grandes entreprises, agriculteurs subventionnés et en apnée sociale, cartel des taxis et des routiers capables de paralyser tout un pays juste en mettant le frein à main, etc. ; la liste et longue des entraves à la remise en marche du pays. N’oublions pas tous ceux qui vont rapidement lui tapoter sur l’épaule en lui rappelant : « qui t’a fait roi ? », dont une grande partie des frères du maire de Lyon et autres loges découvertes à marée basse.

 

En avant, marche !

L’impossible, il vient de le réaliser : parti de rien, sans notoriété, il a profité d’un trou de souris pour s’y engouffrer et faire main basse sur le grisbi. Inédit sous la Ve République. Mais ça n’est qu’une marche, pour le candidat En Marche depuis un an. Le vrai impossible, le vrai « Everest », c’est réussir, et c’est maintenant. Une course de fond qu’il devra paradoxalement gravir à grandes enjambées, et « en même temps » en « laissant du temps au temps ». C'est là la seule richesse qu’il ne possède pas : les Français, très impatients, veulent du résultat tout de suite. Pour réussir, on sait aussi qu’il aura besoin d’une majorité à l’Assemblée. On voit déjà ceux qui ont appelé au « front républicain » lui savonner la planche et renaître de leurs cendres encore tièdes : le PS et Les Républicains n’ont pas dit leur dernier mot ; les Insoumis ne se soumettront pas au jeune Macron, roi du Louvre ; le FN n’est pas mort… Cohabitation ? Peu probable, mais qui peut en jurer ? Majorité absolue ? Les législatives sont des scrutins locaux où le rural frontiste risque fort de se rappeler à son bon souvenir. Coalitions de circonstances en fonction des projets de loi ? Ce serait, de notre point de vue, une solution raisonnable, qui prouverait enfin que les Français peuvent le devenir, et veulent vraiment s’en sortir.
 

Il reste une dernière possibilité au jeune Macron : commencer à 39 ans une carrière de dictateur, et gouverner par ordonnances. En trois mois, faire passer son programme plus l’impensable, l’inacceptable, la potion amère. "La beauté du chemin est-elle amoindrie par les épines du buisson qui la bordent ?", disait Stendhal. Pour Emmanuel Macron, réussir l'impossible. Maintenant. Sans quoi le tweet de Bernard Pivot se révèlera une cruelle prophétie : "La jeunesse du nouveau Président est une qualité. Demain, elle sera une excuse, après-demain un blâme, plus tard un souvenir".

 

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Il était une fois, un lundi après-midi, sur la terre

17 Avril 2017 , Rédigé par F.S Publié dans #émerveillement

Il était une fois, un lundi après-midi, sur la terre
- Patria nostra -

- Patria nostra -

- Knock on the heaven door -

- Knock on the heaven door -

- Abondance de bien -

- Abondance de bien -

- Embarras du choix -

- Embarras du choix -

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Chaumont-sur-Loire : le printemps de l'art contemporain

31 Mars 2017 , Rédigé par F.S Publié dans #concept, #émerveillement

Le coup d’envoi de la 9e saison d’art contemporain du Domaine de Chaumont-sur-Loire a été donné vendredi 31 mars par Chantal Colleu-Dumond, directrice du Domaine, en présence de François Bonneau président de Région et de nombreux invités. La présence des artistes maîtres d’œuvres permet aux visiteurs, ce jour-là, de goûter aux secrets des créations. À voir et déguster jusqu'au 5 novembre.

Chaumont-sur-Loire : le printemps de l'art contemporain
Stéphane Guiran "Le Nid des murmures" (5.000 fleurs de quartz)

Stéphane Guiran "Le Nid des murmures" (5.000 fleurs de quartz)

Andrea Wolfensberger (carton ondulé)

Andrea Wolfensberger (carton ondulé)

Sam Szafran

Sam Szafran

Sheila Hicks, "Glossolalia"

Sheila Hicks, "Glossolalia"

Stéphane Guiran "Le Nid des murmures"

Stéphane Guiran "Le Nid des murmures"

Marie Denis, "Herbier de curiosités"

Marie Denis, "Herbier de curiosités"

Sara Favriau "Prologue pour une chimère"

Sara Favriau "Prologue pour une chimère"

Chaumont-sur-Loire : le printemps de l'art contemporain
Stéphane Guiran "Le Nid des murmures"

Stéphane Guiran "Le Nid des murmures"

Andrea Wolfensberger

Andrea Wolfensberger

Guiseppe Penone, "Idea di Pietra"

Guiseppe Penone, "Idea di Pietra"

www.domaine-chaumont.fr

(c) F.S. 31/03/2017.

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François Mitterrand, l’homme qui aima une femme

7 Mars 2017 , Rédigé par F.S Publié dans #littérature

Les Lettres à Anne, correspondance fleuve entre François Mitterrand et Anne Pingeot de 1962 à 1995, laisse entrevoir, au-delà de l’intimité d’un couple à l’amour passionné et d’une double vie savamment clandestine, la marque d’un très grand écrivain. Sauf à ne pouvoir faire abstraction du personnage qui occupa l’Élysée durant quatorze ans, il est difficile de ne pas succomber au charme romantique autant que transgressif de ces 1218 lettres d’amour.

- Inauguration du Musée d'Orsay, 1er décembre 1986 -

- Inauguration du Musée d'Orsay, 1er décembre 1986 -

Pour lire les Lettres à Anne de François Mitterrand, peut-être le mieux serait-il finalement de commencer par la fin. Les 50 dernières pages des 1246 au total résument en quelques lignes les dix dernières années de la vie de l’ancien Président de la République, et en donnent toute l’intensité dramatique. C’est finalement très peu au regard des nombreuses lettres des premières années de la relation cachée entre François Mitterrand et Anne Pingeot, où celui qui n’est encore que sénateur puis député de la Nièvre, président du Conseil général, écrit à « Mademoiselle Pingeot » tous les jours, parfois plusieurs fois par jour.
 

Commencer par la fin, c’est commencer là où la vieillesse, la maladie et la mort achèvent l’œuvre. Obsédante, la mort ne parvient cependant pas à altérer l’amour passionné de François Mitterrand pour celle qui, entre temps, a donné naissance à Mazarine (le 18 décembre 1974). Obsédante mort dont le lecteur, en quelques pages, quelques lettres, sent envelopper de sa pesanteur le corps et l’esprit de l’ex Président, désormais retiré avenue Frédéric-Le-Play près du Champs-de-Mars dans le 7e arrondissement de Paris. Mais les toutes dernières lettres viennent de Belle-Ile, où il se repose, écrasé de fatigue après des séances de rayons qui le font souffrir et diminuent ses forces. C’est de là qu’il envoie quelques unes de ses plus belles lettres, touchées par la grâce du dénuement de l’amour – la seule chose qu’il lui reste à offrir, et à recevoir – tout en étant manifestement contrarié par une mise à l’écart cruelle d’Anne Pingeot (ce n’est pas la première fois que sa « sévérité » est éprouvée par F.M), et un oubli de sa fille qui « s’escrime à la machine », jeune étudiante en philosophie occupée par des activités de son temps. Il a 79 ans, et mourra dans les premiers jours de janvier 1996.
 

« Mon amour chéri, je ne sais comment tu reçois ces lettres. Je te les écris avec un vrai, un grand amour, un immense besoin de toi. Quel est mon avenir ? Rien, ou presque rien. Il reste le champ de l’âme et du rêve. Tu en occupes l’essentiel. Je t’aime. François », écrit-il le 21 septembre 1995, la veille de la dernière lettre. « Comprends-tu, Anne ce que veut dire ce cantique qui monte en moi ? Cette nuit mon cœur veille. Je te murmure ma tendresse. Je goûte à tes lèvres pour boire un peu ma source aimée. Mais tout en moi apprend cette splendeur : t’aimer VRAIMENT », écrivait-il 30 ans plus tôt le 30 juin 1964 dans la 92e lettre, presque deux ans après le début de la correspondance. Entre les deux, plus de trois décennies d’une relation où se disputent le romantisme littéraire, la passion amoureuse, le vigoureux tumulte des corps, des esprits et des âmes, la férocité des doutes qui semblent déchirer la vie d’Anne Pingeot, contrainte d’accepter cette vie dans l’ombre captive, sans possibilité avant mai 1981 de vivre pleinement aux côtés de l’être aimé. On y lit aussi l’ambition dévorante qu’on devine derrière quelques éléments de la vie de l’autre Mitterrand – celle qu’on connaît, un peu – et ce hors-champ permanent de lui-même, comme absent dans la présence réelle, capacité hors-norme de s’extraire au monde qui l’entoure, en toutes circonstances… y compris au conseil des ministres. « Un père seul au monde qui sait se faire connaître mais qu’on ne connaît pas (…) Personne en le voyant ne pourrait savoir ce qu’il pense à l’intérieur de lui », écrira Mazarine, en juin 1987 dans un portrait de lui rédigé lors d’un séjour en Allemagne, d'une fulgurante justesse…
 

Lors de la parution des Lettres en octobre 2016 – à l’occasion du centenaire de sa naissance – Anne Pingeot n’a livré qu’une seule interview, celle de l’émission À voix nue sur France Culture avec Jean-Noël Jeanneney, dans un exercice de maïeutique qui aujourd’hui encore laisse admiratif. « Je ne sais pas si j’ai bien fait », semblait-elle regretter, dans un élan de sincérité mais dont on se demande si ce n’est pas une ruse « mitterrandienne » dans la bouche de son égérie. À l’exception, peut-être, d’un article d’Ariane Chemin dans Le Monde, on a le sentiment que beaucoup sont passés un peu à côté de ce qui fait toute la profondeur des Lettres. Peut-être les auteurs des articles de circonstances n’ont guère eu le temps de se plonger et d’achever la totalité de ce pavé de trois livres (1,512 kg), qui, s’il se lit souvent comme un roman – celui qu’on osera jamais écrire tant il semble parfait de bout en bout – ne se lit pas non plus comme un livre de poche entre deux métros. Plus on avance dans les Lettres à Anne, plus on est ému, bousculé, attiré, fasciné par cette histoire, celle d’un homme que les plus audacieux croyaient connaître, et qu’on découvre en réalité tout autre. Un homme secret, sensible, d’un romantisme absolu et parfois-même d’une sensualité forte, instinctive, animale. Complicité artistique, littéraire, religieuse, philosophique entre les deux amants ; mais aussi moments de doutes et d’angoisse – où les lettres de F. Mitterrand sont probablement les plus déchirantes – moments de joie profonde comme à la naissance de Mazarine.
 

En mars 1964 (lettre n°46), il écrivait à Anne Pingeot : « Vous m’avez dit que mes lettres vous donnaient souvent l’impression de s’adresser à moi-même. Non. Ce n’est peut-être pas toujours à vous que je parle (si, pourtant, je le crois) mais c’est à cause de vous que j’ai envie de parler, que j’en ai le goût et la force. Je n’ai rien dit à personne pendant des années ». Parler de lui pour vaincre la solitude et l’angoisse de la fuite du temps – il a 47 ans, elle 20 ans lors du premier « rendez-vous » sur une plage d’Hossegor le 15 août 1963 – parler de lui pour ne pas penser à la mort angoissante dont on sent planer l’ombre insidieuse tout le long de cette autobiographie de couple ; parler de lui, d’elle, de ce nous pour dépasser cette solitude recherchée, désirée autant que redoutée. Jusqu’aux derniers mots de la dernière lettre, après 32 ans de vie « commune » : « Tu m’as toujours apporté plus. Tu as été ma chance de vie. Comment ne pas t’aimer davantage ? ».

F.S.

François Mitterrand : Lettres à Anne. 1962-1995. Gallimard.

Des extraits ici, , ou encore .

François Mitterrand, l’homme qui aima une femme
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Bac 2017, épreuve de philosophie. Sujet : l’honneur

1 Mars 2017 , Rédigé par F.S Publié dans #cadrage débordement

C’était le 26 janvier dernier, vers 20h10, au journal télévisé de 20 heures de TF1. François Fillon était l’invité, après les révélations du Canard enchaîné sur l’emploi présumé fictif de sa femme Pénélope du temps où il était député. L’affaire commençait à prendre une sale tournure, les uns poussant des cris d’orfraie, son propre camp médusé. Le candidat vainqueur de la primaire de la droite et du centre François Fillon (L.R.) a alors eu cette sentence : « Il n'y a qu'une seule chose qui m'empêcherait d'être candidat c'est si c'est mon honneur était atteint, si j'étais mis en examen ». Le 15 mars, il y sera, a-t-il été annoncé mercredi 1er mars dans la matinée.

L’honneur… Les jeunes candidats à l’épreuve de philosophie au bac, ou aux concours de l’enseignement (Capes, Agrégation), seraient bien avisés de commencer à bûcher sérieusement ce sujet-là, car il risque bien de tomber. Si les mots ont encore un sens, que signifie désormais celui-ci ? A une époque pas si lointaine – mais qui apparaît comme la préhistoire – l’honneur bafoué d’un homme pouvait se « laver » dès potron-minet, dans un champ, dos à dos et la main sur un pistolet, ou encore dans un duel à l’épée. Malgré les apparences ça n’était pas forcément toujours très élégant, mais ça avait au moins le mérite de la clarté. En mars 2017, le mot serait-il à ce point galvaudé qu’il signifie si peu de chose dans la bouche même d’un ex-chevalier blanc qui se posait en pivot de la probité dans sa marche vers l’Élysée ? « Imagine-t-on le général de Gaulle mis en examen ? » lançait-il en septembre dernier, à l’adresse de l’ex chef de l’Etat Nicolas Sarkozy en campagne pour la primaire de la droite et du centre. Et maintenant, on fait quoi ?

« Qu’est-ce que c’est que cent écus, quand on a l’honneur perdu ? » chantent les scouts dans le pré. Il y a fort à parier que le candidat F. Fillon – ainsi que d’autres avant lui – ait poussé cette chansonnette au clair de lune autour d’un feu de camp. Que dire désormais aux enfants qui demanderont à leurs parents, leurs enseignants, leurs éducateurs : « dis, papa, c’est quoi, l’honneur ? ». Un paradis perdu, peut-être…

F.S.

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Encore François Fillon !

28 Février 2017 , Rédigé par F.S Publié dans #Lettres à ...

Encore François Fillon !

Du haut de ses cinq ans et des poussières, on ne peut pas vraiment parler de « conscience politique ». C’est heureux, d’ailleurs, vu le niveau de la dite politique, ça m’ennuierait qu’elle pollue déjà sa p'tite tête blonde. Cela dit, il semblerait qu’un de ces candidats dont on parle à longueur de journée lui ait - bien malgré elle - frappé l’inconscient. On écoutait évidemment la radio – pas de télé chez moi – et le journal s’ouvrait sur les élections, naturellement. Vint un nom auquel je ne prête moi-même plus beaucoup d’attention.

Elle : « Encore François Fillon ! »

Moi : « Qu’est-ce que tu as dit ? »

Elle : « Encore François Fillon, le monsieur de la radio il vient de parler de François Fillon… »

Moi : « Ah bon… Euh… Et tu sais qui c’est, François Fillon ? »

Elle : « Oui, c’est un monsieur qui passe à la télé, on le voit tout l'temps ! ».

Moi : « … … … ah ok, d’accord… »

Mes souvenirs politiques – bien que né sous Pompidou tout en ayant appris à parler et à acquérir un peu d’autonomie sous Giscard – remontent à un certain François Mitterrand, une rose à la main, remontant la rue Soufflot pour aller au Panthéon. Un homme qu’on « voyait à la télé », lui aussi. C’était l’époque où j’entendis mon père craindre que si ça continuait « les chars russes allaient défiler dans Paris »… De quoi avoir peur, en effet. Et nous voici presque 40 ans plus tard avec « François Fillon ». Ils ont peut-être raison, certains candidats à la Présidentielle : il faudrait abaisser l’âge du droit de vote des Français. 16 ans, à mon avis, c’est encore trop tard. Voyez donc : « Encore François Fillon ! ».

Allez, zou, retourne dans la Sarthe, pot de rillettes ! La vérité sort de la bouche des enfants…

 

28/02/2017

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Jackie, le jour d’après…

15 Février 2017 , Rédigé par F.S Publié dans #chronique cinéma

Le film de Pablo Larrain, Jackie, montre les heures et jours qui ont suivi l’assassinat de John Kennedy, le 22 novembre 1963 à Dallas. Natalie Portman incarne la First Lady sanglée dans son tailleur Chanel ensanglanté, tout en conservant sa beauté et sa prestance toute aristocratique, virant au spectre par moment. L’histoire d’une femme qui voulait donner à l’homme qu’elle aimait les obsèques à la hauteur de cet amour, tout en le faisant entrer dans la mythologie américaine. Émouvante et inflexible, elle portera seule le deuil d’une vie coupée en deux.

(c) Bac Films

(c) Bac Films

« A brief shining moment ». Un bref moment étincelant. Voilà comment on pourrait résumer la vie du 35e Président des États-Unis, John Fitzgerald Kennedy, durant « deux ans, dix mois et deux jours ». Un bref moment étincelant aussi celui que Jackie, mariée dix ans à John, avant de tenir entre ses mains sa tête ensanglantée à Dallas le 22 novembre 1963 à bord d’une Lincoln Continental. Des images à jamais gravées dans nos yeux. Le film de Pablo Larrain, qui vient également de s’illustrer avec Neruda, raconte les heures, et les jours qui suivent l’assassinat de Dallas, comment Jackie, contre l’avis de tout le monde, va organiser elle-même les funérailles de son mari, en révélant du même coup une part de sa personnalité au monde entier.

- Ceci est son sang -

- Ceci est son sang -

Quelques jours après ces funérailles auxquelles ont participé plus de 100 chefs d’Etat du monde entier, et au moins un million de personnes, Theodore White, journaliste au magazine Life, sonne à la porte d’une vaste maison de Hyannis Port, Massachusetts. Une femme seule, les joues creuses, mais au port de tête altier et impeccablement coiffée, lui ouvre. C’est l’ex First Lady, Jackie Kennedy. Rien de ce qui sera écrit dans cette interview pas comme les autres ne filtrera sans être passé par son filtre personnel. Le film de Pablo Larrain montre ces aller-retour entre les séquences d’interview, la préparation des funérailles avec les tensions entre Boby Kennedy et le nouveau Président Lyndon Johnson, l’annonce du décès aux enfants Caroline et John John, et les fantomatiques déambulations d’une jeune veuve dans une Maison Blanche devenue un immense dédale de pièces trop grandes, à la blancheur sépulcrale d’un tombeau-musée. Jackie, contre l’avis de tous, brave les inquiétudes des services de sécurité qui craignent un nouvel assassinat, mais elle veut des obsèques aussi grandioses que celles d’un autre président mort assassiné : Abraham Lincoln. C’est elle seule qui mènera le cortège funèbre dans les vastes avenues de Washington jusqu’au cimetière d’Arlington, où elle choisit elle-même le lieu de sépulture de John. On quitte le temps pour entrer dans le mythe.

- "A brief shining moment" -

- "A brief shining moment" -

Accompagné d’une crépusculaire et mélancolique bande-son de Mica Levi, Jackie n’est pas imitée mais incarnée – le mot n’est pas trop fort – par Natalie Portman, magnétique beauté froide dont on se demande, dans le contexte actuel, comment l’Oscar de la meilleure actrice pourrait bien lui échapper… Dans un style précis et tendu, elle incarne toute la séduction, l’inflexibilité, le raffinement, l’élégance et la prestance d’une femme que la mort de son mari va littéralement couper en deux, révélant à la fois sa grandeur d’âme et sa solitude. A l’instant T du deuil et trauma de l’histoire, voir à ce sujet la scène surréaliste où elle doit subir, le corps encore chaud de John mort, la prestation de serment de Lyndon Johnson, dans l’avion encore sur le tarmac de Dallas… Étouffant.

Passé et présent télescopés par la maîtrise cinématographique de Pablo Larrain, Jackie - Natalie Portman à laquelle il ne manque pas un bouton de tailleur Chanel, embrasse l’énigme, en révélant une part d’intimité tout autant que d’opacité. « On ne saura jamais vraiment qui était Jackie Kennedy » avoue lui-même le réalisateur. « A brief shining moment », peut-être…

F.S.

- le parfum de la dame en noir... -

- le parfum de la dame en noir... -

- Natalie Portman & Caspar Phillipson -

- Natalie Portman & Caspar Phillipson -

- John et Jackie à l'arrivée à Dallas, le 22 novembre 1963 -

- John et Jackie à l'arrivée à Dallas, le 22 novembre 1963 -

Jackie, le jour d’après…
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Dans le lit de la mer

7 Février 2017 , Rédigé par F.S Publié dans #voyage - voyage...

- 21 mai 2010, Rouen. Tournée d'adieu de la Jeanne. Dernière escale avant Brest, et la fin -

- 21 mai 2010, Rouen. Tournée d'adieu de la Jeanne. Dernière escale avant Brest, et la fin -

« J'aime l'amour des marins qui embrassent et s'en vont

Ils laissent une promesse et jamais ne reviennent

Dans chaque port attend une femme, les marins embrassent et s'en vont

Un jour, ils s'allongent avec la mort dans le lit de la mer... »

Pablo Neruda, Farewell.

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Sylvain Tesson, Les Chemins noirs

25 Janvier 2017 , Rédigé par F.S Publié dans #littérature

Le dernier livre de Sylvain Tesson entraine le lecteur sur des chemins jusqu’ici inconnus – ou presque – de l’écrivain voyageur baroudeur, plus adepte des grandes steppes asiatiques ou des bords du lac Baïkal en Sibérie. De la frontière italienne au Cotentin, en passant par le Massif-Central, les Marches et la Touraine, cette singulière randonnée thérapeutique n’emprunte jamais, ou presque, le goudron des routes. Une « épopée » qu’il décrit avec le style qu’on lui connait, et une part de sincérité jusqu’alors bien cachée.

Sylvain Tesson, Les Chemins noirs

Et dire qu’il aura fallu cette chute malheureuse d’un toit chez son ami Jean-Christophe Rufin en août 2014 pour que Sylvain Tesson devienne enfin lui-même ! Huit mètres de vide depuis la gouttière de cette maison savoyarde, pari idiot après un déjeuner bien arrosé – comme il se doit avec le plus russophile écrivain baroudeur – qui l’a conduit directement sur un  lit d’hôpital pendant un an. D’abord complètement paralysé, il retrouve ensuite une partie de l’usage de son corps (la moitié à peu près, tout en perdant un œil et une oreille dans la bataille) qu’il a si souvent mise à rude épreuve : « Je regretterais longtemps cette chute parce que je disposais jusqu’alors d’une machine physique qui m’autorisait à vivre en surchauffe », dit-il avec lucidité au début de Sur les Chemins noirs, sorti chez Gallimard en septembre dernier.

« Corseté dans un lit, je m’étais dit à voix presque haute : si je m’en sors, je traverse la France à pied. Je m’étais vu sur les chemins de pierre ! J’avais rêvé aux bivouacs, je m’étais imaginé fendre les herbes d’un pas de chemineau. Le rêve s’évanouissait toujours quand la porte s’ouvrait : c’était l’heure de la compote». Un médecin lui avait dit : « L’été prochain, vous pourrez séjourner dans un centre de rééducation ». C’en était trop pour celui qui a toujours préféré le confort relatif et sommaire des bivouacs improvisés sous un arbre ou au bord d’une falaise que dans les draps secs et propres d’un palace moscovite.


Pari tenu, et le jour de la saint Barthélémy 2015 (le 24 août) le voici qui s’élance, à pas lents, de la frontière italienne au bord du Mercantour, avec pour obsession le nord et le Cotentin, « ce bras que tendait la France sous le ciel pour s’apercevoir qu’il pleuvait », jusqu’au cap de la Hague. Entre les deux : deux mois et demi de marche à travers la France « hyper-rurale » comme le décrit un rapport dédié à cette France enclavée, ignorée, oubliée. « Loin des routes, il existe une France ombreuse protégée du vacarme, épargnée de l’aménagement qui est la pollution du mystère. Une campagne du silence, du sorbier et de la chouette effraie ».
 

Commence alors pour lui cette lente remontée, tantôt en solitaire, tantôt accompagné d’amis taillés dans le même bois que lui, plus habitués aussi à planter leur sac et bivouac entre Oulan-Bator et Valparaiso, à prendre des bitures à la vodka au fin fond de cabanes sibériennes par moins trente degré dehors (mais quarante degrés dans la bouteille…). « Les médecins, dans leur vocabulaire d’agents du  Politburo, recommandait de se rééduquer. Se rééduquer ? Cela commençait par ficher le camp ».
 

Il en ressort un livre singulier – c’est quand même à chaque fois sa marque de fabrique – où l’on retrouve tout de même le « style Tesson », fait d’observations et de descriptions imagées de ce qu’il voit, entend, ressent, rencontre. Mais aussi un livre profond et teinté de la sincérité qui lui a peut-être manquée jusqu’ici, excepté Dans les forêts de Sibérie où il racontait ses six mois d’hiver passés dans une cabane au bord du Lac Baïkal gelé en 2010, jusqu’à la fonte des glaces et neiges. On l’avait senti proche de la corde sensible, ce qui manquait jusqu’alors à cette « machine » baroudeuse aux limites permanentes de l’exploit et de la satisfaction de l’ego.
 

Est-ce parce quelques mois avant sa funeste chute sa mère était morte, « comme elle avait vécu, faisant faux bond, et moi, pris de boisson, je m’étais cassé la gueule d’un toit où je faisais le pitre » ? Peut-être. Sans doute. Très probablement. « J’étais tombé du rebord de la nuit, m’étais écrasé sur la terre ». Nous y voilà. A force de l’avoir arpentée en tous sens – y compris les plus improbables et extraordinaires – Sylvain Tesson avait peut-être oublié, ou feint de l’ignorer, que le corps d’un homme contient aussi un cœur. Avant et après Sur les Chemins noirs, il n’est plus tout à fait le même. On s’en doutait, mais il y a mieux : désormais, il le dit, et l’écrit.
 

F.S.
 

Sur les Chemins noirs, Sylvain Tesson. Gallimard septembre 2016.

à lire aussi ici.

Des extraits là.

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