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Le jour. D'après fred sabourin
Articles récents

Château de Fayolle, Abzac

26 Décembre 2020 , Rédigé par F.S Publié dans #rural road trip

Château de Fayolle, Abzac

Surgissant du brouillard confolentais, à Abzac, le château de Fayolle. Signifierait "petit bois de hêtres". En 1506 Antoinette Ambasmat épousa François de Couhé de Lusignan, qui donne au château - une construction très ancienne, probablement XIIIe siècle - l'aspect résidentiel qu'on lui connaît aujourd'hui. Cette famille conserve Fayolle pendant trois siècles. Il change de famille fin XVIIIe et au XIXe s. Donjon flanqué de contreforts pleins (comme Chauvigny, Niort, Angle-sur-Anglin, Loubressay ou La Mothe-de-Persac dans le Poitou voisin) ; il reçoit au XVIIIe s. une toiture à la Mansart en tuiles plates. Tour ronde d'escalier côté façade, toiture en poivrière. Au nord-ouest (non visible sur les photos) une quatrième tour, polygonale. Très élégant château du Confolentais, les contreforts pleins donnent de l'élévation à l'ensemble. (Source : Châteaux, manoirs et logis de la Charente, ss dir. de P. Dubourg-Noves).

Château de Fayolle, Abzac
Château de Fayolle, Abzac
Château de Fayolle, Abzac
Château de Fayolle, Abzac
Château de Fayolle, Abzac
Château de Fayolle, Abzac
Château de Fayolle, Abzac

(c) Fred Sabourin. Décembre 2020.

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Parfois, le réel désaltère l’espérance

22 Décembre 2020 , Rédigé par F.S Publié dans #édito, #rural road trip, #quelle époque !

- "Une vie pauvre, est-ce une pauvre vie ?" -

- "Une vie pauvre, est-ce une pauvre vie ?" -

« Chaque homme, dans sa nuit, s’en va vers sa lumière ». J’aime beaucoup me répéter cette citation de Victor Hugo, quand je regarde s’éloigner après leurs courses les bénéficiaires de l’épicerie solidaire itinérante que je coordonne depuis un an et demi, avec la vingtaine de bénévoles qui se donnent à fond pour apporter une aide alimentaire dans le Ruffecois. En cette fin d’année 2020, 170 familles y sont inscrites - soit exactement 400 personnes – et viennent chercher non pas du superflu, mais le strict nécessaire pour essayer de joindre les deux bouts entre deux distributions, tous les 15 jours dans les cinq communes où E.I.D.E.R. trimbale son épicerie ambulante (1).

« Une vie pauvre, est-ce une pauvre vie ? ». J’ai entendu cela récemment dans une émission de radio sur le thème de la précarité – le sujet est à la mode hélas. Ce questionnement est ma boussole quotidienne, celle qui m’évite la tentation de baisser les bras, avec ceux que la vie n’épargne pas, pour lesquels rien ne semble jamais changer dans le fatras de vies cabossées à tous les étages. Et pourtant, en moins de quinze jours trois petites lanternes viennent de s’allumer dans la nuit de 2020. Trois bénéficiaires ne reviendront plus chercher l’aide alimentaire à l’épicerie solidaire. Et c’est plutôt une bonne nouvelle ! Chacun a donné les raisons pour lesquelles on ne les reverra plus, avec le sourire qu’on a perçu à travers le masque : un mari qui a retrouvé du travail pour Alexandra, qui venait parfois les mercredis matin avec sa petite fille de 4 ans. Une retraite enfin digne de ce nom pour Jeanine, jeune retraitée qui a cumulé ses difficultés économiques avec de gros ennuis de santé. Un crédit de réparation de voiture terminé pour Jean-Claude, fringuant retraité de 80 ans à qui on donnait 10 ans de moins. Tous les trois se sont confondus en remerciements chaleureux, le regard empli de sincérité, pour le coup de main apporté grâce à une ouverture de droits alimentaires qui se veut toujours provisoire, mais dont on sait que celui-ci peut hélas durer un certain temps…

 « Mieux vaut allumer une petite lanterne que de maudire les ténèbres », dit une sagesse chinoise (Confucius si ça vous chante). J’ai donc choisi, en sillonnant les routes du Ruffecois cette semaine, de ruminer ces trois exemples de personnes qui, heureusement, vont s’en sortir au moins provisoirement. En essayant de garder à distance l’émotion qui pourtant m’a étreinte à ce moment-là, je me suis demandé si, à l’aube de ce Noël teinté de gris, ça n’était finalement pas ça qu’il fallait retenir de cette p… d’année 2020. Un petit bonheur fugace. Une fragile lueur dans la nuit. Une espérance désaltérée. Et ça, 2020, avec ton cortège de mauvaises nouvelles et de coups sur la tête, tu auras beau faire tout ce que tu voudras, tu ne m’enlèveras ni à moi ni aux bénévoles de l’association cette petite lanterne dans la nuit, à quelques heures de Noël…

Frédéric Sabourin

Coordinateur de l’épicerie solidaire E.I.D.E.R.

(1) Espace Itinérant D’aide alimentaire En pays Ruffecois.

Tribune publiée en partie dans Charente Libre du 22 décembre 2020. In extenso ici.

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Voulgézac : une histoire de tour

7 Décembre 2020 , Rédigé par F.S Publié dans #rural road trip

Voulgézac : une histoire de tour
Voulgézac : une histoire de tour
Voulgézac : une histoire de tour
Voulgézac : une histoire de tour

"Les 12 et 13 décembre 1758, le notaire royal Déroulède procède à la visite du château de Voulgézac, et en établit un procès-verbal, à la demande de François Coiffet, vicaire général et grand archidiacre du diocèse d'Angoulême. Ce procès-verbal est destiné à constater les dégradations dans le château, démolitions des gros murs qui forment le corps de bâtiment et tous les changements... (...) Il se dégage de ce procès-verbal que le château de Voulgézac devait être une vraie forteresse avec au moins sept tours. Le presbytère y était installé et l'occupant dégradait ou pour le moins n'entretenait pas. Il ne reste aujourd'hui sur le site qu'une tour proche de l'église. Les bâtiments, réédifiés depuis, sont toujours sous l'appellation locale de presbytère. Seule la tour subsistante, utilisée comme fuie, a été vendue le 10 juin 1791 à Clément, avoué à Angoulême, pour 250 livres. Les autres parties du château devaient alors avoir disparu".

(source : Châteaux, logis et demeures anciennes de la Charente, éd. Librairie Bruno Sépulchre. 2005).

Voulgézac : une histoire de tour
Voulgézac : une histoire de tour
Voulgézac : une histoire de tour
Voulgézac : une histoire de tour
Voulgézac : une histoire de tour
- La Croix Maigrin (XVIe et XVIIe s.) -

- La Croix Maigrin (XVIe et XVIIe s.) -

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Rural road trip. Saison 3. Les gens

4 Décembre 2020 , Rédigé par F.S Publié dans #rural road trip

L’hiver revient, et avec lui le froid, le frais, l’humide, le pas beau, le pas chaud, le gris, la nuit reviennent aussi. À vrai dire, il plane comme une impression d’hiver perpétuel, tant l’année semble interminable, ne laissant que peu de répit. L’été nous a écrasés de chaleur, c’est devenu une habitude. L’automne est passé comme une flèche. L’hiver est à nos trousses. 2020 c’est enfin la fin.

- Valence -

- Valence -

Ici, les gens ont l’hiver aux trousses aussi. Tout le temps. Les gens d’ici, dans la campagne, dans le rural, comme on dit. Ces gens qui surgissent des villages, des bourgs, des hameaux, dont certains ont rendu l’âme, depuis longtemps. Paulo (1) est de ceux-là. Il habite un village-rue déserté par l’ancienne route nationale 10. « La disse », comme on dit ici. Un village fantôme ou presque, une cité dortoir où ont poussé des pavillons semblables à tous les autres, où les anciennes maisons qui bordaient la RN10 ont été transformées en clapiers sociaux pour des habitants repoussés chaque jour davantage de la ville centre, distante d’une petite quinzaine de kilomètres. Paulo a presque 50 ans, et ne travaille plus. La faute à son dos, fracassé par des boulots physiques et des problèmes de santé mal soignés qui les accompagnent. Restauration, bâtiment, il a même eu ces dernières années sa petite entreprise, en liquidation judiciaire depuis un an. « Ça n’en finit pas », dit-il du bout des lèvres, cachées par son masque anti-covid. Sa maison, Paulo l’a acquise à la force des bras, et en se cassant le dos : il a tout refait dedans. 250 m² habitables, devenus trop grands pour lui et ses deux fils, quand toutefois ils viennent le voir... Paulo est pourtant debout. Toujours bien mis, quand il vient faire ses courses dans l’épicerie solidaire itinérante : chemise noire finement rayée, pull noir, pantalon anthracite, trois-quarts sombre, chaussures en cuir à lacets un peu chic. On dirait qu’il va prendre son service dans un restau, Paulo. Ou qu’il s’apprête à conduire une cérémonie d’obsèques avec les pompes-funèbres, c’est selon.  C’est sûrement sa façon à lui de rester digne, de sauver les apparences. Rasé de près, il semble clean, mais il a parfois le regard dans le vague. Dans le vide. Dans le vague à l’âme de sa vie grise, comme perdu dans ses pensées, qu’on imagine troublant son sommeil. Une fois ou deux, sa diction hésitante et pâteuse nous a alerté sur une possible ébriété, à 10h30 du matin. « La faute aux médicaments », a-t-il précisé, les mains un peu tremblantes en vidant les caisses du camion qui transporte l’épicerie ambulante. « Sans eux, je pèterais les plombs ». On ne lui demande pas « quels plombs », on devine. Il y a une forme de violence qui se dégage de lui, une énergie canalisée mais qui ne demanderait qu’à déborder. Entre deux portes, Paulo pourrait sortir de ses gonds. Quand on l’écoute dévider le récit du fil de sa vie, on comprend pourquoi il a la rage. 50 balais, un dos en vrac, un statut d’invalidité, une « RQTH » (reconnaissance de qualité de travailleur handicapé), un divorce, deux grands fils dans la nature, une baraque à la campagne sur les bras, peu de perspectives si on y réfléchit bien. Paulo a froid dans sa vie. Paulo a froid tout court. Sa maison a une seule vraie source de chauffage – une cheminée – mais pas de bois à mettre dedans pour faire une bonne flambée. Il y a bien les radiateurs électriques, mais ça coûte une blinde de chauffer si grand. « J’ai des radiateurs à bain d’huile pour les chambres et la salle de bain quand mes fils viennent », assure-t-il. Mais lui, au quotidien ? « Moi je m’en fous, ça va, la douche, ça dure cinq minutes, je me rhabille vite. L’été c’est bien, quand il fait chaud partout chez moi il fait frais ». L’été oui, mais l’hiver… L’hiver c’est maintenant. C’était hier aussi. Ce sera encore demain.

- Cellefrouin -

- Cellefrouin -

Il me fait aussi penser à ces deux femmes qui n’ont pas de chaudières : en panne, elles n’ont pas les moyens de débourser les 7 ou 8.000 € du changement, et attendent l’une un hypothétique micro crédit, l’autre un coup de pouce énergie peut-être pour pouvoir enfin prendre une douche chaude sans le système D. Marie-Laure, qui travaillait elle aussi dans la restauration et s’est faite « jetée » du boulot à l’aube de ses soixante ans, verra bientôt le bout du tunnel : elle va enfin toucher sa retraite « à taux pleins ». Sans rouler sur l’or, elle devrait pouvoir obtenir le prêt nécessaire à la réparation de sa chaudière. Finit les « grands stérilisateurs » dans lesquels elle fait « chauffer sur le gaz de l’eau pour me laver ». Elle habite un petit village à quelques kilomètres d’un fameux château aux mille ans d’histoire et de la famille d’un célèbre mémorialiste, à vendre 2,8 millions d’euros.

Et puis il y a aussi Christiane. Aujourd’hui, elle nous a dit « au revoir » : c’était sa dernière distribution alimentaire. Elle aussi va toucher sa retraite à taux pleins. « Ça m’a bien aidé de vous avoir » a-t-elle dit derrière son masque, les yeux pleins de reconnaissance. Au plus fort de la crise sanitaire, quand on ramait pour trouver des gants jetables, elle a même fait soixante kilomètres pour aller nous en chercher, parce qu’elle « connaissait un pharmacien qui en avait ». On avait beau lui dire qu’on aurait pu y passer nous-mêmes, elle avait insisté pour y aller. La générosité, ça vient souvent de ceux qui n’ont rien, ou pas grand chose. Leur richesse, c’est le don.

- Mouton -
- Mouton -

- Mouton -

Paulo, Marie-Louise, Christiane ont fait leurs courses, de produits « essentiels ». Chez nous, pas de superflu, ou si peu. Des grosses boules de noël cette semaine, 1€ les cinq. Quelques peluches en forme de brocolis pour les gosses, vingt centimes. Des lanternes chinoises à piles LR6. Un euro les cinq, la sixième gratuite. Ils ont payé 10% du prix de ce que ça coûterait en magasin. Une somme dérisoire, mais une somme quand même, qui permet de rester en lien avec la réalité. De ne pas se sentir complètement « assisté », aussi, surtout. Ils disparaissent par la grande porte vitrée de la salle polyvalente où est installé notre petit cirque ambulant. Je les regarde partir, le dos voûté, dans la fraîcheur humide d’un matin de décembre. Bientôt ils seront happés par les petites routes départementales pour rejoindre leurs villages, à bord de bagnoles souffreteuses. Ils disparaîtront dans la brume, derrière les façades de ces maisons sans charme, au milieu de bourgs battus par le vent, le silence seulement troublé par les aboiements des chiens, les pales des éoliennes, la balafre de la RN10 ou la saignée de la LGV. Jusqu’à la prochaine fois. Dans quinze jours.

F.S. 4/12/2020

(1) Tous les prénoms ont été modifiés.

- Sur la route -
- Sur la route -
- Sur la route -

- Sur la route -

Rural road trip, une série à retrouver ici ; ; et encore là aussi. Ça commencé il y a un an par là.

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Le jour où... (j'ai vu Giscard en vrai)

3 Décembre 2020 , Rédigé par F.S Publié dans #l'évènement

Le jour où... (j'ai vu Giscard en vrai)

Le 21 mai 2013, l'ex Président VGE vint adouber en Loir-et-Cher - où il vivait - la fameuse démarche prospective "Loir & Cher 2020". Naturellement à cette époque, il était impossible de prédire qu'en 2020 (nous y sommes) une pandémie mondiale ravagerait à peu près tout sur son passage ; que l'instigateur de cette fameuse démarche de prospection - M. Leroy, ancien ministre, président du Département - partirait 5 ans plus tard à la poursuite d'octobre rouge au bord de la Moskova afin de bâtir "le grand Moscou" après avoir bâti "le grand Paris" ; ni que son successeur considèrerait ses électeurs comme des gens bas du front (lui qui l'a bien dégarni). Mais enfin bon. On avait vu Giscard, passé une soirée pas trop désagréable, mangé des petits fours, et ouvert mon papier racontant la soirée pour l'hebdo dans lequel j'écrivais à l'époque comme ceci : "Les six cents personnes qui ont assisté, mardi 21 mai dernier, à la conférence de clôture du Président Valéry Giscard d’Estaing ont appris au moins deux choses : qu’il y a longtemps, au zoo de Vincennes, il s’est fait sauter dessus par un panda en rentrant de manière trop hardie dans leur cage. Et que dans le désert de Gobi, en Mongolie, on peut recevoir des SMS avec son téléphone mobile qui fonctionne, alors qu’à Authon, en Loir-et-Cher, non".

- Deux ex-présidents et un directeur de zoo (1ère photo) -
- Deux ex-présidents et un directeur de zoo (1ère photo) -
- Deux ex-présidents et un directeur de zoo (1ère photo) -

- Deux ex-présidents et un directeur de zoo (1ère photo) -

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Les Pins : le château

30 Novembre 2020 , Rédigé par F.S Publié dans #rural road trip, #émerveillement

Les Pins : le château
Les Pins : le château
Les Pins : le château
Les Pins : le château

"Château reconstruit après la guerre de Cent ans. L'édifice se compose d'une grosse tour carrée. A la base de la tour, côté est, se trouvent trois petits contreforts. La maçonnerie jusqu'à hauteur des contreforts paraît ancienne et a peut-être appartenu à une tour romane. Du côté nord, une construction était adossée à la tour, sans doute une tour moins importante, en ruines. L'ensemble porte la marque de la fin du XVe - début du XVIe siècle. À l'angle sud-ouest, tourelle cylindrique contenant l'escalier à vis. La tour carrée et sa tourelle sont couronnées par des créneaux et des mâchicoulis sur consoles". (source : Monumentum.fr)

"Un litige sur le droit de justice aurait opposé le seigneur des Pins et les augustins du couvent de Mortemart. La famille Viroulaud de Marillac aurait construit le château placé à la frontière entre les possessions anglaises et françaises durant la guerre de Cent Ans. En 1643 François Viroulaud de Marrillac qui s'est opposé au roi durant la Fronde est décapité et la seigneurie des Pins est achetée en 1626 par René de Devezeau. C'est le curé de Saint-Mary René Merceron qui achète les Pins à la Révolution, puis se marie et devient maire des Pins en 1840".

Inscrit monument historique depuis le 3 avril 1958. (source : Wikipédia).

- Les Pins : l'église Saint-Pierre -
- Les Pins : l'église Saint-Pierre -

- Les Pins : l'église Saint-Pierre -

- Bois de Bel-Air (Saint-Mary) ; lieu dit La Belle -
- Bois de Bel-Air (Saint-Mary) ; lieu dit La Belle -
- Bois de Bel-Air (Saint-Mary) ; lieu dit La Belle -
- Bois de Bel-Air (Saint-Mary) ; lieu dit La Belle -
- Bois de Bel-Air (Saint-Mary) ; lieu dit La Belle -
- Bois de Bel-Air (Saint-Mary) ; lieu dit La Belle -

- Bois de Bel-Air (Saint-Mary) ; lieu dit La Belle -

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O vous tous, mes amis, nous ferons mieux encore...

13 Novembre 2020 , Rédigé par F.S Publié dans #littérature, #l'évènement

- Charente, 11 novembre 2020 -

- Charente, 11 novembre 2020 -

« J’ai retraversé le groupe des soldats, qui continuaient à se pousser pour lire. J’ai regardé, en passant auprès d’eux, ceux qui se trouvaient sur ma route : ils avaient tous des visages terreux, aux joues creuses envahies de barbe ; leurs capotes gardaient les traces de la poussière des routes, de la boue des champs, de l’eau du ciel ; le cuir de leurs chaussures et de leurs guêtres avait pris à la longue une couleur sombre et terne ; des reprises grossières marquaient leurs vêtements aux genoux et aux coudes ; et de leurs manches râpées sortaient leurs mains durcies et sales. La plupart semblaient las infiniment, et misérables.

Pourtant, c’étaient eux qui venaient de se battre avec une énergie plus qu’humaine, eux qui s’étaient montrés plus forts que les balles et les baïonnettes allemandes ; c’étaient eux les vainqueurs ! Et j’aurais voulu dire à chacun l’élan de chaude affection qui me poussait vers tous, soldats qui méritaient maintenant l’admiration et le respect du monde, pour s’être sacrifiés sans crier leur sacrifice, sans comprendre même la grandeur de leur héroïsme.

Demain, peut-être, il faudra reprendre le sac, les lourdes cartouchières qui meurtrissent les épaules, marcher des heures malgré les pieds qui enflent et brûlent, coucher au travers des fossés pleins d’eau, manger au hasard des ravitaillements, avoir faim quelques fois, avoir soif, avoir froid. Ils partiront, et parmi eux ne s’en trouvera pas un pour se plaindre et maudire notre vie. Et quand viendra l’heure de se battre encore, ils auront le même geste vif pour épauler leur fusil, la même souplesse pour bondir entre deux rafales de mitraille, la même ténacité pour briser les assauts de l’ennemi. Car en eux vit une force d’âme qui ne faiblira point, que la certitude de la victoire va grandir au contraire, et qui toujours aura raison de la fatigue des corps. O vous tous, mes amis, nous ferons mieux encore, n’est-ce pas, que ce que nous avons fait ?

Mais des cris s’élèvent à la sortie du village. Des hommes grimpent à toutes jambes vers le sommet du plateau. Il y a là-haut une forte troupe massée, un demi-bataillon peut-être. Les capotes bleues et les pantalons rouges se détachent en teintes vives ; les plats de campement, les bouthéons, les gamelles brillent malgré la lumière pauvre. Tout cela est propre, astiqué, battant neuf. Ce sont les renforts qui viennent d’arriver ».

Maurice Genevoix, Ceux de 14. Sous Verdun.

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Maurice Genevoix et les Poilus : au Panthéon !

11 Novembre 2020 , Rédigé par F.S Publié dans #l'évènement, #littérature

Le vendredi 11 septembre 1914, M. Genevoix écrit dans son carnet, qui deviendra ensuite Ceux de 14. Sous Verdun (dédié à son camarade Loirétain Robert Porchon, chef de section à la 7e compagnie du 106e Régiment d'Infanterie comme lui) : "Debout ! Sac au dos !" On part. Une dizaine de fusants éclatent dans les champs, des flaques, des mares qui s'étalent, et de minuscules canaux parallèles au fond des sillons droits.

- Mardi 10 novembre, 16h45-17h, Angoulême-nord, Champniers -
- Mardi 10 novembre, 16h45-17h, Angoulême-nord, Champniers -
- Mardi 10 novembre, 16h45-17h, Angoulême-nord, Champniers -

- Mardi 10 novembre, 16h45-17h, Angoulême-nord, Champniers -

Encore des bois, un chemin perdu sous les feuilles denses, d'un vert avivé par la pluie. Des fossés comblés d'herbe drue, de ronces emmêlées qui poussent des rejets jusqu'au milieu du chemin. Des trilles, des roulades, des pépiements sortent des frondaisons. Parfois, un merle noir s'envole devant nous, filant si bas qu'il pourrait toucher terre de ses pattes, et soulevant les feuilles au vent de ses ailes. Au-dessus de nos têtes, une grande trouée bleue, limpide et profonde, attire le regard et le caresse. Douceur et paix.

Lorsque nous sortons des bois, tout est redevenu gris et navrant. Nous pataugeons dans un pré marécageux où des canons et des caissons s'alignent, encroûtés de boue jusqu'à la hauteur des moyeux et mouchetés d'éclaboussures. Des entrailles de moutons, des peaux visqueuses s'affaissent dans les flaques en petits tas ronds. Des ossements épars, qui gardent attachés des fragments de chair blanchâtre, délavée, donnent à cette plaine un aspect de charnier. Une route la traverse, luisante d'eau qui stagne, bordée d'arbres tristes, à perte de vue. Et sur cette platitude pèsent les nuages bas, aux formes lâches, de grandes traînées de pluie qui rampent l'une vers l'autre, s'accouplent se confondent, finissant par voiler tout le bleu qui brillait à travers les feuilles et nous faire prisonnier d'un ciel uniformément terne, humide et froid.

Nous sommes près de Rosnes derrière nous, un village au bord de la route. J'évoque les maisons qui ne furent peut-être pas bombardées, les granges où il y a du foin, du foin moelleux, odorant et tiède, dans lequel il ferait si bon s'enfouir".

Maurice Genevoix. Ceux de 14. Sous Verdun.

En 1927, tirant parti du Prix Goncourt pour Rabolliot (1925), il avait acheté une vieille maison dans le hameau des Vernelles, à Saint-Denis-de-l'Hôtel dans le Loiret, dont il disait : "une vieille maison rêveuse, pleine de mémoire et souriant à ses secrets"...

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Reflets

22 Octobre 2020 , Rédigé par F.S Publié dans #montagne

Reflets
Reflets
Reflets
Reflets

(À Hélène)

C'est l'histoire d'un reflet. Un simple reflet d'un géant de pierre, de "Jean-Pierre", une des explications à l'appellation familière du Pic du Midi d'Ossau, dans la vallée du même nom, sommet emblématique du Béarn pyrénéen.

Cet endroit me fascine depuis plus de 23 ans. Depuis la première ascension du "géant de pierre" en août 1997, au sortir d'un service militaire qui nous avait affûtés, mon camarade et moi, conséquence nous y étions montés quatre à quatre. Un bouteille de jurançon avait fait le reste pour stimuler la descente...

Chaque année pendant presque vingt ans, je suis retourné caresser ses flancs de ma sueur, de mes mains et de mes godillots, jusqu'à quinze ascensions. Ce sommet se prend par la face nord - nord-est, ce qui est rare. On arrivait par le côté est, du col et refuge de Pombie, dominant le cirque d'Anéou ("les neiges", en Béarnais). Je préfère le dire à ceux et celles qui trouvent ce comportement étrange : cette lubie ne cessera que lorsque mes genoux ne pourront plus me porter (et encore ! je me demande si je ne trouverais pas un moyen de...). Et puis, un jour, je suis allé voir de l'autre côté, "en face", côté ouest, près du col d'Ayous, qui marque la limite entre Ossau et Aspe, "ceux d’à côté". Négligé jusqu'alors car le considérant trop "touristique", je suis monté aux fameux trois lacs d'Ayous (Roumassot, Miey, Gentau) auquel s'ajoute un quatrième, au dessus du refuge plein sud en direction du Pic Castéreau : le lac Berseau. De ces quatre lacs, un seul attire le marcheur munit d'une paire d'yeux, jusqu'à la fascination : le lac Gentau, sous le refuge d'Ayous, à 1947m. On s'y presse nombreux dès que la saison le permet. Curiosité de la nature, lorsque le vent cesse et que la lumière du jour passe au sud, puis à l'ouest, le Pic s'y reflète comme votre visage dans le miroir d'une salle de bain. Encore mieux : certains soirs, quand le ciel flamboie, que le rouge et le noir s'apprêtent à "s'épouser" (merci Grand Jacques !) que l'atmosphère cesse de respirer, le miroitement est parfait. Plus rien ne bouge, pas un souffle d'air ne trouble la surface de ses eaux tranquilles ; la montagne prie : il n'y a plus qu'à communier. 

Reflets
Reflets
Reflets
Reflets

C'est l'heure des braves, des chanceux, des amoureux des Pyrénées et de la vallée d'Ossau, l'heure de grâce où Marie même saluerait la Vierge - ou l'inverse, c'est selon - l'heure où les yeux crèvent d'une beauté mirifique, absolue. L'heure où l'on retarde celle du coucher, si jamais le spectacle voulait bien recommencer là, sur le champ. 

Reflets
Reflets

C'est l'heure où la montagne se fait lascive, après avoir chauffé au soleil d'été, ou frissonné aux frimas de l'hiver ; l'heure où Pyrène se couche près de son Hercule, comme dans la légende, pour s'aimer toute la nuit et donner son nom à cette chaîne de montagnes calcaire, la plus haute d'Europe. C'est l'heure où l'on regrette de n'être point immortel, pour rester là, calme et fou, pour admirer, chaque jour qui passe et chaque fois que le vent se calme, le prodigieux spectacle de ce reflet d'éternité.

Photos (c) Fred Sabourin.

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Drunk : boire le calice jusqu’à la lie

15 Octobre 2020 , Rédigé par F.S Publié dans #chronique cinéma

Le dernier film du Danois Thomas Vinterberg explore la vie dépressive de quatre copains qui décident de tenter une expérience : être toujours à 0,5g d’alcool dans le sang pour se désinhiber, retrouver une certaine joie de vivre et la créativité perdue. Mais lorsqu’ils dépassent la dose, ça déborde de toute part.

- Mads Mikkelsen -

- Mads Mikkelsen -

« Dis-toi bien que si quelque chose devait me manquer, ça ne serait pas le vin : mais l’ivresse ». Jean Gabin dans Un singe en hiver (dialogues de Michel Audiard, adapté du roman d’Antoine Blondin) résumait en une phrase tout le problème – et les avantages - de la consommation quotidienne de l’alcool. Dans Drunk du Danois Thomas Vinterberg (Festen, 1998 ; La Chasse, 2012, Kursk, 2018), il pousse le bouchon jusqu’à l’explosion, dans la vie plate et sans saveur de quatre quadragénaires, profs dans le même lycée, et à bout de souffle dans tous les aspects de leur vie. Un soir qu’ils sont rassemblés autour d’une bonne table d’un restaurant pour les quarante ans de l’un d’entre eux, ils décident de suivre les préconisations d’un chercheur norvégien (Finn Skarderud) qui explique très sérieusement que l’homme serait en déficit d’alcool depuis sa naissance : 0,5 g/litre de sang, précisément. Muni de ce bréviaire en même temps que viatique, les quatre copains débouchent les bouteilles et s’en jettent plusieurs derrière la cravate. Jusqu’à 20h, seulement, comme Hemingway.

« Dans ce pays, tout le monde boit et a un problème d’alcool » dit sobrement Trine (Maria Bonnevie), la femme de Martin (Mads Mikkelsen), Suédoise dans le film et observatrice extérieure d’une société danoise visiblement imbibée. Elle regarde son homme sombrer, puis renaître grâce aux 0,5g, et à nouveau, plonger quand ça déborde. Les trois autres comparses ne sont pas en reste : chacun à sa manière vit sa solitude, même bien entouré, comme Nikolaj (Magnus Millang), triple père de famille. Le postulat des 0,5 g ayant l’air de bien marcher, ils décident d’augmenter la dose, à volonté en fonction du degré de désinhibition souhaité, et des capacités verbales constatées lorsque la diction se fait plus imbibée à mesure que le niveau monte.

Le verre est-il à moitié plein, ou à moitié vide ? Plutôt plein, et tant va la cruche à l’eau (de vie) qu’à la fin elle se brise… Longtemps Thomas Vinterberg nous laisse croire – et ça marche – que personne ne se rend compte de leur naufrage. Sauf quand un employé de nettoyage du lycée trouve des cadavres (de bouteille) dans des endroits où seuls les profs ont la clé. Dans un colloque en salle des profs transformé en confessionnal, la directrice de l’établissement feint de ne pas savoir qui, exactement, se laisse aller à la picole dans son bahut. Mais tout le monde a compris ! À la maison, Martin envoie valser le saladier dans un geste rageur, et Trine, sa femme, en profite pour mettre les voiles avant que la situation ne devienne ingérable pour de bon. On touche le fond de la bouteille, au sens propre comme au sens figuré.

Qui a bu boira ? C’est à la fin de la foire qu’on compte les verres (vides), et à la fin de l’année qu’on compte les bacheliers. Alors que les lycéens font la fête, examen en poche et casquettes blanches et rouges sur la tête (signifiant par le couvre-chef qu’ils sont bacheliers), ces jeunes sont reconnaissants envers leurs profs de les avoir conduit, malgré tout, jusque-là. Naturellement, en bons vikings qu’ils sont, le vin et la bière coulent à flots pour fêter ça. Après quelques hésitations (pas longtemps cela dit), les profs trinquent et cela semble reparti, entre deux pas de danse de Mads Mikkelsen, très en forme. Vont-ils replonger ? La fin du film semble ouverte, on laissera au philosophe existentialiste danois Kierkegaard le dernier mot, qu’un élève timide et poissard doit expliquer le jour de l’oral : « Il faut s’accepter comme être faillible pour aimer les autres ». Comme il avait un peu bu, ça a marché. De là à dire que Thomas Vinterberg ferait l’apologie de l’ivresse, il n’y a qu’un pas (de danse) que personnellement, nous n’oserons pas franchir.

Un petit verre pour fêter ça ? Si vous trouvez un bistrot encore ouvert, pourquoi pas... 

Drunk, de Thomas Vinterberg, 1h55. Sortie le 14 octobre 2020.

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