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Le jour. D'après fred sabourin

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le jour s'est levé

23 Novembre 2006 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #l'évènement

                                                              dans Paris…

        Les rues de Bombay ont rendu l’âme, à qui elle appartient. Celles de Paris les ont remplacé, jamais autant animées, que la mégapole indienne. Mais pour l’œil et l’oreille de celui qui a le nez en l’air, la ville a le goût des autres que d’un doigt, on peut capter à l’aide de pixels numériques, le nouveau cœur à l’ouvrage…
Le théâtre permanent des rues n’est pas que beau, il est le reflet de la vie d’aujourd’hui : solitude des grandes villes, à ceci près qu’en Orient on y rencontre, parfois, de belles solidarités. Fi de la sinistrose ! Cet après midi le jeune homme de 23 ans « à la rue, et sans ressources puisqu’on ne peut prétendre au RMI qu’à 25 ans, et qui n’a pas d’autre choix que… », a ému une rame de métro : les pièces ont teinté, même la mienne, c’est dire. Nos doigts se sont effleurés, il a lu dans mon regard la détresse de celui qui « ne peut pas faire grand chose de plus ». Mais après coup, lisant dans le sien, je me suis dit qu’un regard accompagnant le geste, c’était sans doute déjà bien ! Malgré moi, intérieurement, je me disais : « je ne sais pas si ton histoire et vraie, mais tu es crédible ». A partir de quand l’est-on ? Quel degrés d’émotion faut-il atteindre pour cela ? Il est certain que les plus belles guibolles pourront s’afficher comme candidates à la magistrature suprême, si elles ne s’assoient jamais sur le skaï des transports en commun de France et de Navarre, elles pourront toujours courir…
Pendant ce temps-là, sous le pont, coule la Seine, et dessus, le petit train vert et blanc file vers l’Etoile, par Denfert.
Tout un programme…

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live in Châteauroux

20 Novembre 2006 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #émerveillement

                                                          enfance en face

Quelques notes de piano que ne renierait pas Keith Jarrett, une lampe allumée réchauffant, elle aussi, de son orange tonalité : le piano, c’est clair, devient comme du miel.
A l’heure où la nuit nous enveloppe de peur, une étrange et douce langueur vient envahir les coeurs.
Sans farce, ou si peu, les enfants s’approprient le mobilier.
Les jeux d’adultes deviennent des jouets d’enfants, et les touches du piano s’embrasent sous leurs doigts si tôt assurés, et pourtant si peu agiles : trop petits, et tellement potelés,
pleins d’espoirs  quand la note, au hasard ou au vol, est inspirée.

Il fait dimanche, le soir, dans le calme retrouvé de la maisonnée,
On a rangé les verres : le vin s’est évaporé, il n’en reste que des miettes. Les invités sont partis, et la famille est réunie.
C’est l’heure où les grands baillent aux corneilles
Alors que leurs enfants crient qu’ils n’ont pas sommeil…

Toi l’enfant qui vient de naître, Castafiore range tes déguisements et montre toi, sans paraître !  Derrière l’étrange atmosphère qui mouille les yeux des grands,
Tes doigts agiles malgré leur empressement,
Font courir sur nos cœurs, les notes d’un amour trans - parents.



 

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drôle de planète

14 Novembre 2006 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #l'évènement

         Un petit coup de pouce et de pub pour un blog sympa sur une idée originale : « Nature insolite » , le blog réalisé par Marie et Maryse, qui n’ont pas les yeux dans leurs poches et qui n’oublient pas l’appareil photos dans le coffre de la voiture… Allez-y voir, pour « voir autrement » !
http://natureinsolite.unblog.fr

… à Paris aussi, si on regarde bien, on peut voir « autrement » la ville et son contenu. D’autres l’ont fait (et des célèbres !), mais il n’est pas interdit de se mettre à leur école.
Une plaquette de chocolat à celui ou celle qui trouvera quelle est ce double clocher et surtout d’où peut-on le voir de la sorte ? !

et comme on est généreux, en voici d'autres (la plaquette de chocolat est aussi en jeu dans ce qui suit...!)

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dis, comment tu t'appelles ?

8 Novembre 2006 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #édito

                           au  nom des mers : les  navigateurs …

        La récente arrivée des concurrents de la Route du Rhum donne une occasion de plus, pour qui sait observer la poésie du quotidien, de se réjouir d’un petit phénomène délicieux. C’est Lionel Lemonchois qui a remporté, à vitesse grand V, la victoire. Les yeux cernés, il ne cache pas sa joie. Nous non plus. Il paraît que dans le milieu marin, on le surnomme « le bon choix ». En y regardant de plus près, on peut constater que le nom des navigateurs ne manque pas d’un certain à propos ou d’une certaine forme de poésie. Poésie qui tranche un peu avec la violence des éléments qu’ils affrontent, sur des « formules 1 des mers » certes, mais si fragiles, vu d’en haut.
Soit donc le nom des navigateurs : Lionel « Lemonchois », Jean « Le Cam », JP « Dick », Roland « Jourdain », Ellen « MacArthur », Michel « Desjoyeaux » (un vrai bijou celui là !)… Et puis on peut ajouter Marc « Thiercelin », Sébastien « Josse », et avant eux Philippe « Poupon », Titouan « Lamazou »… Et encore bien sûr, « Kersauzon, « Tabarly »... Tous ont cette particularité d’avoir des noms qui sonnent et claquent au vent des mers comme la proue de leurs bateaux. Comme la dureté et l’étonnante beauté de leur vie. Comme une grand voile remontée ou réduite à grands coups de manivelle.  Comme cette solitude des hommes de barre qu’ils adorent. Comme la fragilité de leur cœur qui se dissimule si bien sous leurs mains calleuses et un bonnet de laine, mais transparaît si fort dans leurs regards profonds. Le cœur au bord de l’écume.
Est-ce vraiment un hasard, ces noms si à propos qu’ils semblent inventés pour eux ?  Ou bien sont-ils le fruit des bastons raclées sous la quille qui finissent par accoucher dans les ports où la plupart on vu le jour ? Du côté des montagnards, autres lieux où les éléments forgent le corps et le cœur des hommes, les plus aguerris se nommaient : Charles « Pack », « Chausenque », Philippe « Herzog », et le plus fameux d’entre eux : Frison « Roche ». On ne pouvait pas mieux dire…
Les éléments naturels, qu’ils soient paisibles ou déchaînés, aiment les gens qui ont un nom qui leur ressemble. Et nous aussi ! Aventuriers et poètes, les navigateurs font souvent « le bon choix », et il plait  d’entendre leur nom : un appel au grand large...

(merci à Didier Roquigny pour la photo du haut : coucher de soleil dans les Cyclades. Et à Pascal Renoux pour la photo d'en bas : percée du soleil sur la mer)

 

 

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à nous de vous faire préférer le train

5 Novembre 2006 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #étonnement

                                                  sommeil à grande vitesse


      Dans l’atmosphère ouaté d’une rame de TGV. Il est tôt ce dimanche, et le monstre de fer et d’électricité file à 300 km heure vers Paris, l’éclectique citée. Les voyageurs ont du se lever de bonne heure, et pas nécessairement de bonne humeur… Pourtant, il flotte dans l’air un « je ne sais quoi » de quiétude, un silence à la fois pesant et léger, comme la plume d’un oreiller. Il flotte dans l’air un parfum de demi sommeil, ou plus exactement de « second sommeil ». Comme le second souffle du coureur de fond. Le temps, le corps et la respiration semblent en apnée. Moi je ne dors pas, absorbé par la lecture de mon journal dominical. Mais je suis arrêté dans cette lecture par le flottement du silence cotonneux. Curieusement, il m’assourdit ! Dehors, le paysage défile, le regard est sollicité : couleur terre de France, vert foncé, vert pâle, rouge - orangé, feuilles jaunies, horizon bleu d’automne. On voit même des chasseurs, petits bonshommes kakis dans le lointain. Le soleil donne des reflets chaleureux à la nature. Et quand j’y regarde de plus près : il éclaire la nuit et le visage de deux couples assoupis dans des postures presque confortables malgré l’exiguïté des sièges. Ils ne sauront jamais le pacte passé entre le soleil, la brume, le silence, leur béatitude et moi. Je n’ai plus sommeil, contemplant celui des autres.
Le temps suspendu, mais à grande vitesse…



 

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portrait sensible (trésor de la chanson française d'aujourd'hui)

31 Octobre 2006 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #émerveillement

                                                           Frédéric


Oh, quand tu t’endors
Est-ce que tu penses à moi
Qui suis entre les bras d’un homme libre
Dans un lit à nous
Et quand tu t’éveilles
Est-ce que tu penses à moi
Qui vis sans me soucier des portes et des fenêtres

Aussi loin que tu puisses être
Tu restes avec moi comme un frère enfermé
un ami égaré
Frédéric

Oh, quand tu espères
Est-ce que tu penses à moi qui espère avec toi
Debout dehors de l’autre côté
Et quand tu respires à fond
Dans la faune des hommes de ta geôle
Garde les yeux fermés

Aussi loin que tu puisses être
Tu restes avec moi comme un frère enfermé
Un ami égaré
Frédéric
Entends ma voix qui traverse tes barreaux

Les gestes les plus simples
Deviennent étrangers
Les plaisirs les baisers
Tu les as oubliés
Tout te manque
Frédéric
Entends ma voix qui détestent tes barreaux

Paroles et musique : Jeanne Cherhal (Editions Tibia) www.jeanne-cherhal.com

(merci Jeanne.....................)

Photos : Fred Sabourin.

 

 

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une alternative à la "télé"

27 Octobre 2006 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #édito

                                   Méditation automnale


L’automne offre des couleurs aux promeneurs du dimanche, pour leurs yeux délavés ou simplement fatigués par les longs voyages.
En attendant le vrai départ... Sur le quai d’un fleuve qui mérite son nom, car, ne portant plus de canons il descend simplement vers la mer, qui l’appelle à être ailleurs, au plus vite. Comme les derniers rayons du jour à travers les feuilles d’un marronnier, la saison de l’automne aime les soirs qui tombent. En attendant de se réveiller à l’Orient d’une vie nouvelle.

 


 

 

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(je vous écris du plus lointain de mes rêves...)

21 Octobre 2006 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #étonnement

                        Un matin ordinaire dans un train de banlieue de Bombay

Jeudi 7 septembre, 6h20, Andheri Station :
J’achète mon ticket. L’audace commence à venir : je prends la « deuxième classe ». 8 roupies pour 22 km. Soit environ 14 centimes d’euros. A côté du guichet, les gens dorment à même le sol, vaguement enroulés dans des guenilles. Une famille (père, mère et un enfant). Sur le quai, au niveau du repère « première classe », deux vieux, homme et femme. Sur un très gros sac blanc dont j’ignore le contenu : un jeune homme. Sur une banquette de seconde classe : une femme.
Un autre sentiment étrange et nouveau vient à moi : il est très tôt le matin, je me rends à la gare CST de Bombay prendre un train pour Bangalore, et je n’arriverai pas le soir même. Seulement le lendemain matin, après plus de 24 heures pour parcourir les 1000 km.
C’est parti, le train de banlieue démarre… Je regarde par la fenêtre ce qui se passe dehors. Ce n’est pas difficile : il n’y a pas de vitre… Juste des petits barreaux.
6h30, Santa Cruz : un homme est accroupi près d’une tombe, c’est un petit cimetière (gare de Sweri). La veille je me demandais ce qu’ils faisaient de leurs morts. Ils ne partent pas tous en fumée visiblement. Le long de la voie, des bidonvilles. Des hommes accroupis font leurs besoins devant tout le monde. A côté d’eux, un petit seau d’eau pour la « douche indienne ». D’autres se brossent les dents (en même temps !). Certains vont à pied le long des voies. Nouvelle gare, encore des hommes accroupis le long de la voie. Ils regardent passer le train, ne semblent pas gênés.
6h50, Coton Green : des enfants montent et vont à l’école. Uniformes impeccables, cheveux attachés pour les filles, cravates pour les garçons, même les plus jeunes ! La lumière ce matin est très belle, c’est le premier matin depuis mon arrivée sans les trombes d’eau de la mousson. C’est surréaliste : ces gosses sortent du bidonville juste à côté, et ils portent des chemises mieux lavées et repassées que la mienne.


En face de moi : un jeune couple s’assoit. Je me demande quel âge ils ont. Vingt ans tout au plus, difficile à dire, souvent les Indiens n’ont pas un âge très facile à deviner. Elle porte un sari bon marché mais impeccablement propre et noué avec classe. Lui est vêtu d’un tee-shirt orange à manches longues. Il y a même la marque du pli de repassage ! Ils jouent avec leurs mains, entrelacent leurs doigts, en me regardant écrire sur mon carnet. Ils rient un peu. Est-ce de moi ? De mon stylo vert ? (pas fait exprès cette couleur, mais mon stylo plume a trop souffert de la chaleur et de l’humidité ces derniers jours !) Du carnet ? Parce que je suis chauve ? (il y a très peu de chauve en Inde, pour ainsi dire aucun, ça excite donc la curiosité !). La jeune fille a de très beaux yeux noirs et un visage rond, régulier. Lui a une petite barbiche et un petit bonnet de musulman. Je les trouve beau, j’essaie de les regarder le plus discrètement possible. Ils ont l’air de s’aimer et semblent perdu dans ce wagon bondé qui brinqueballe dans un fracas métallique. Les sentiments qu’ils partagent avec leurs mains tranchent avec le décor. J’ai envie de leur parler, mais aucun son ne vient, et j’ai peur qu’ils ne me comprennent pas, autant que le contraire d’ailleurs. L’anglais ici est difficile, à cause de l’accent, le leur et le mien, et je manque d’habitudes. Ils descendent avant CST. Je pense que ce sont des étudiants, ils portent un grand cahier sous le bras.


Des gamins montent encore, voici des filles en uniformes vichy bleus !! On dirait presque une sortie de messe à Versailles…
Avant de traverser une rivière dont l’odeur de pourri m’assaille depuis 300 mètres : un autre bidonville. Juste à côté du quai (Bandra Station). Une petite fille est accroupie sur une planche qui traverse un tas d’ordures. Elle doit avoir 5 ans tout au plus. Elle regarde les autres enfants qui vont à l’école. Pourquoi n’y va-t-elle pas ? Elle est presque nue. Tout va très vite, le train redémarre déjà. J’ai dans l’œil, aujourd’hui encore, l’image de cette gosse qui commence sa journée à 6h30 du matin sur un tas d’ordure dans un bidonville d’un quartier de Bombay. Je pense aux jeunes de France qui se réveillent à peine, et qui râleront pour aller au collège 5 minutes après. Je n’ai pas envie de leur donner des claques, juste de les emmener ici, pour voir, et sentir… Car le train passe maintenant sur la rivière dont j’ignore le nom. Mais vu la couleur de ses eaux, et l’état de crasse, elle ne doit pas en avoir. Impossible de décrire l’odeur : je n’ai jamais senti ça avant en Europe. Un mélange de cadavre et d’œuf pourris, de merde animale et humaine, d’humidité moisie. Quelque chose de très âcre. Horrible.
Une femme sans jambes traverse le wagon, elle se traîne sur un petit chariot qu’elle fait avancer avec des poids… Je n’en crois pas mes yeux. Je ne vis pas un film, mais dans la réalité.
7h05 : j’arrive à CST Station, largement en avance. Ca grouille de partout. Des odeurs de café et de thé au lait. De pains chauds, de curry, d’épices : les « samosas » sortent des friteuses. Dans l’aire d’attente, des familles dorment. Deux enfants, très jeunes, à même le dallage, sans pantalons ni culottes. Les femmes, que j’imagine aisément être leurs mères, ont de lourds ballots à côté d’elles. Elles attendant elles aussi un train.
Avec quels mots décrire cela ? Ceux que je couche sur le papier de ce carnet que je tiens en main depuis 6 heures du matin me semblent bien faibles. Je n’ai pas le courage de sortir mon appareil photo. La honte et la peur se mêlent en moi. J’ai envie de pleurer et en même temps de me laisser envahir par un sentiment de béatitude. Je crois apercevoir l’humain au plus profond de son humanité. Je touche le fond et le ciel en même temps. J’en étais là quand le train a quitté Bombay. J’allais en voir d’autres, mais je ne le savais pas encore.

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c'était un dimanche à l'heure de la messe

19 Octobre 2006 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #voyage - voyage...

                                    Miroir, miroir…

                Pendant trois bonnes minutes j’ai observé cet enfant qui n’a jamais su que j’étais là. A quelques mètres, un temple Ganesh improvisé autour du gourou qui débitait la sagesse locale devant une assistance distraite, car curieuse de voir « un blanc » traîner ses sandales dans le quartier.
Et ce jeune, arc bouté sur l’impressionnante moto, afin de contempler son image dans le rétroviseur. Il se peignait les cils ! Coquetterie enfantine dans un costume du dimanche. Le contraste était fort entre la cylindrée mécanique et la fragilité d’un enfant soucieux de son image. Point commun avec les enfants de l’Europe, la jeunesse universelle aime à admirer son reflet, même au centre de l’Inde, dans un des quartiers le plus pauvre de Bangalore. Qui de nous deux était le plus narcissique ? Celui qui ne se sait pas observé et qui consciencieusement s’épile face au rétro ? Ou celui qui par chance possède un appareil photo pour immortaliser la scène ?
Je stoppais net mes divagations imaginaires : derrière moi trois petites filles riaient de nous. Sans un mot nous venions de partager la même joie spontanée.

 

 

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le regard qui tue :

15 Octobre 2006 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #émerveillement

                                         Une Pachtoune

             

                La première fois, j’avais cru rêver. Ca c’était passé très vite, à un carrefour très animé près d’un grand centre commercial de Bombay nord. Le rickshaw tentait de faire demi tour. Elle attendait pour traverser. Son regard, transparent, m’avait cloué sur place. Le temps de sortir l’appareil photo du sac, elle avait disparue, et nous avions repris le fil de la circulation.
La deuxième fois, je ne rêvais plus : elle était assise dans la rue, près de Marine Drive, quartier huppé du sud de Bombay. Encore une fois, c’est son regard qui m’a percé. Je me rappelais la couverture du « National Geographic » il y a une vingtaine d’années, le regard de cette fille afghane, bleu acier comme on en voit rarement. Je rêvais en secret de tomber sur un regard comme celui-ci un jour de ma vie. Je me demandais simplement si elle accepterait la photo. Elle ne disait rien, du moins elle ne disait rien avec des mots. Seuls ses yeux parlaient. Les yeux d’un félin, verts et gris, minéraux. Des yeux perçants. Et en même temps d’une incroyable douceur. C’était vrai : on peut lire à travers les yeux des personnes rencontrées. L’oubli est alors impossible.
Dans les yeux de cette femme pachtoune, je voyais son âme.
Quant aux miens, on aurait pu y voir battre le cœur, qui mesurait sa chance. J’ai pris la photo, et d’ailleurs elle est légèrement floue. J’avais peur de voler le secret qui la rendait si étrangère à la scène.

(Pachtouns : tribus du nord-est du Pakistan et du sud de l’Afghanistan)

 

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