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Le jour. D'après fred sabourin

Articles récents

sur le fil du temps, la pensée du jour

7 Mars 2007 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #l'évènement

"A force de mourir et de n'en dire rien, vous avez fait jallir, un jour, sans y penser, un grand pommier en fleur au milieur de l'hiver"

Jules Supervielle

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le bruit et l'odeur

27 Février 2007 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #l'évènement

                                                          jouir des mots


Une fois n’est pas coutume, et après le texte de Jeanne Chérhal il y a quelques mois, voici, exhumé d’une petite caisse en bois qui me sert de bibliothèque, un morceau choisi de Gérard Farasse, dans Belles de Cadix, et d’ailleurs ; aux éditions « Le Temps qu’il fait » (sise à Cognac).

« La belle ténébreuse qui demande du feu au passant enveloppe sa main, d’un geste impérieux et tendre, pour rapprocher le briquet de la cigarette. Le reflet de la flamme rend ses yeux plus clairs qu’il n’est naturel ; puis la dame à la cigarette se dissipe en fumée odorante. Cette troublante apparition n’est pourtant pas un fantôme : le passant éprouve encore sur sa peau la pression chaude et autoritaire de sa main. Son émotion  - elle lui a fait sauter le cœur – continue à couver comme une braise tandis qu’il cherche des yeux un point rouge qui s’éloigne ».


(photo David Lerouge)

« La fermière au visage rose se penche, souriante, pour plonger sa pinte dans le lait chaud et crémeux, révélant un gorge gonflée, opulente. L’enfant détourne les yeux vers la fenêtre bleue que voilent quelques nuages. Le lait tombe en cascade avec un bruit qui résonne dans le bidon de fer blanc. Une odeur nauséeuse emplit la pièce. Pour éviter tout contact avec la peau laiteuse de la fermière, l’enfant dépose sa monnaie sur la table et s’enfuit. Il aspire l’air du dehors à pleins poumons. « Alors, tu ne bois pas ton lait ? » lui dit sa mère. Elle ne comprends pas sa répugnance ».

« Au retour de l’école, l’enfant marche dans les monceaux de feuilles mortes pour le plaisir de les entendre craquer et de respirer l’odeur puissante de pourriture végétale, sans savoir que tous ses automnes à venir en seront à jamais imprégnés. Passé maître dans l’art de traîner les pieds, il dirige des concerts de fracas qui ont le pouvoir de faire disparaître le terrible maître à soutane et à férule, le cœur ânonnant des écoliers, les lettres de l’abécédaire mystérieux. Un sous-bois doré de conte s’ouvre en pleine ville. Et, tout au fond de la perspective de l’avenue crépusculaire, une lueur rose en forme de goutte d’eau s’allume ».

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ora et labora, et surtout bla-bla-bla

26 Février 2007 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #émerveillement

                                             tranches de vie, tronche de cake


        Il n’y a pas qu’une candidate aux élections présidentielles pour se livrer à quelques mots fabuleux dont nous avons tous le secret. L’homo ruga, l’homme de la rue, est là pour nous donner quelques tranches de vie qui nous sortent de la « peinartitude » dans laquelle on se vautre, hélas, trop souvent. Récit de choses vues et entendues ces derniers temps, dans différentes villes…


Chez un marchand de tabac dans le 13è arrondissement de Paris (qui vend aussi des tickets RATP) : la dame âgée : donnez-moi un carnet de bus.
Le patron : mais ça fait dix bus ça madame ! comment allez-vous les emporter ?  La dame âgée : c’est pas parce que je suis vieille que tu dois te foutre de ma gueule !  (visiblement ils se connaissent depuis longtemps vu le haut degré d’intimité dans le vocabulaire…).
Moi, derrière, je jubile en silence… Pas pour longtemps.
Le patron : et pour vous, ce sera quoi ? Une demi-douzaine de rames de métro ? 
Moi : euh… non, non… un timbre amende pour un PV de stationnement… (penaud).
Le patron : encore un futur gagnant à l’euro millions !
Moi : je vous dispense de vos commentaires devant tout le monde ! (je n’ai pas le même degré d’intimité que la vieille, et faire un chèque à l’ordre du Trésor Public ne m’a jamais amusé).
La dame âgée (qui n’est pas encore repartie, elle met du temps pour ranger les bus dans son cabas…) : ah non ! Ici, ce n’est pas tout le monde ! Ici, vous êtes rue de Tolbiac monsieur ! 
Je ne dis plus rien, assommé littéralement par les autobus de la RATP, le Trésor Public, et la gouaille rassurante de ces deux acteurs malgré eux.

Dimanche matin, place du Vieux Marché, à Rouen. Une petite fille fait un caprice au bras de sa mère, plutôt bon chic bon genre, mais gênée par le mini scandale de sa mini môme :
La maman : ah non Alice !  Je t’avais dit c’est soit le tour de manège, soit la friandise dans la boulangerie ! (le choix du prénom est un indicateur sociologique précieux pour la remarque sur le bécébégisme de la maman, au demeurant fort jolie et dans la pleine fleur de ses quarante ans).
Alice : mais… puisque j’ai eu le mickey ?! Je peux avoir les deux ! (les enfants sont formidables).
La maman :  ne sois pas bête, ça n’a rien à voir ! Et là, on va à la boulangerie, et on achètera que du pain !
Je souris intérieurement. Du pain, et des jeux ! La petite Alice avait trouvé le vieux ressort, du haut de ses 5 ans… César – maman a rendu son verdict : c’est non…
Ce n’est pas pour rien qu’il y a six siècles on a brûlé Jeanne d’Arc sur cette place !

Un peu plus tard, dans un grand marché de la place St Marc :
Un marchand de pommes très « couleur local », et sentant fort le calva, devise sur la météo, « on a pas eu d’hiver » etc. etc. Benoîtement j’embraye en lui demandant si ça fleurit dans la campagne (histoire de montrer que je m’intéresse malgré mon côté citadin…).
Le marchand de pommes : ah oui ! et plus que ça, les bourgeons même ! Il va falloir qu’on traite comme si on était en mai ! Avec du … ??? (un produit bizarre dont je ne retiens pas le nom).
Moi : ah bon ? (étonnement gênée, j’essaie de ne pas perdre la face) Mais… ce n’est pas trop polluant ?
Le marchand de pommes : nooonnn… ! Ca s’rait pas autorisé ! Mais en revanche les lapins, ils aiment pas !
Moi (étonnement) : ah bon, et comment vous le savez, ils vous l’on dit ? (limite insolent…)
Le marchand de pommes : ben non pardi ! Mais depuis que j’en ai mis, ils ne reviennent plus ! C’est quand même un signe qu’ils doivent trouver ça amère !
Y a plus de saison ! Et les lapins n'aiment pas les produits chimiques ! Tout fout le camp, vivement les élections... Je paie mes pommes. Ce sont des « bénédictins ». Comme pour illustrer le vieux proverbe : "les racines de la littérature sont amères, mais que les fruits sont doux !"
(à suivre…)



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ligue des alcooliques anonymes

26 Février 2007 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #l'évènement

                                                       alcool désertique


       Le curé de la paroisse où je me suis rendu à la messe ce dimanche a prêché sur le texte très convenu des « tentations du Christ au désert ».
« Après avoir jeûné quarante jours et quarante nuits, il eut faim ». Ce que le texte ne dit pas, mais qui est sous-entendu, c’est qu’il dut aussi avoir soif… On ne saurait mieux comprendre cet état de manque physique, lié aux conditions arides du désert, et à la solitude qu’on peut ressentir après quarante jours dans ces conditions.
Comme le calendrier liturgique nous y invitait, nous étions le premier dimanche de carême, période bénie entre toutes les périodes pour réactiver les bonnes intentions et résolutions à tenir. Traditionnellement, on parle de « privations ». Elles sont censées nous rapprocher de Dieu. Je passe sur le bien fondé de ces arguments de riches, qui généralement ne manquent de rien (en apparence), invitant la masse de ceux dont certains manquent de tout à se priver encore, dans une sorte de spiritualité désertique bien à eux. Je doute que Dieu voit cela d’un bon œil, à moins qu’il ne soit borgne…
Le prédicateur, au demeurant fort sympathique, invita les fidèles présents à se « priver d’alcool pendant ce carême ». Il appuya cette invitation sur une observation sociétale très actuelle : la forte consommation d’alcool chez les jeunes est très préoccupante. C’est vrai, et il prouve ainsi qu’il avait lu la presse ces trente derniers jours. Constat : en soirée, qu’elles soient privées ou dans les grandes écoles (les « futurs élites et dirigeants de notre pays » ajouta-t-il), « les jeunes ne peuvent vivre la fête sans consommer l’alcool dans l’excès, parfois jusqu’au coma éthylique, allant même, pour les plus jeunes, jusqu’à cacher des bouteilles dans les buissons pour boire quand même dans les soirées où les parents, très présents, interdisent l’alcool ».
Je passe sur la réaction émotive palpable et bon chic bon genre de l’assemblée, qui semblait découvrir un phénomène vieux comme le monde, hélas. Les fêtes dionysiaques, ça ne date pas d’aujourd’hui, et si on a le courage de se rappeler l’adolescent ou l’étudiant qu’on a été, on voit très vite de quoi il s’agit. Je m’étonne qu’on s’en émeuve seulement aujourd’hui. Quittons le  sarcasme pour livrer quelques réflexions, que je soumets à votre sagacité.
Je reste perplexe, permettez-moi de le dire, quant au lien que je ne perçois pas entre la privation d’alcool par des adultes présents sur les bancs de cette église aujourd’hui, et l’alcoolisation des adolescents dans les soirées (bien tranquillement dans leurs lits à l’heure de la messe). Où est le lien ? Et quel est-il ? Et comment le faire ? Il y a comme qui dirait un « chaînon manquant ». Comment l’exemplarité prônée dans un sens se répercutera-t-elle vis à vis des autres ? Ca, l’homélie du bon père ne le dit pas, et c’est dommage, car c’est là, je crois, le véritable enjeu.
En effet, l’enjeu n’est pas dans la seule dénonciation d’un phénomène de société qui atteint les classes juvéniles et les classes adultes, même si le passage par la reconnaissance du phénomène est importante, mais insuffisante. L’enjeu n’est pas non plus dans le conseil de privation d’alcool pendant le carême, « sauf le dimanche car le dimanche ce n’est pas le carême ». On sourit à l’évocation de cette trêve qui profitera aux bougnats des bistrots restés ouverts le dimanche !
L’enjeu est beaucoup plus profond, puisqu’il est en amont : pourquoi les jeunes ont-ils besoin de l’ivresse pour exister en soirée, se désinhiber, se sentir plus forts, chasser les angoisses ?
Et la question se pose aussi pour l’adulte : pourquoi ressent-on parfois le besoin d’un petit verre de whisky en rentrant du boulot, les pieds sur la table basse du salon, à la lumière d’un lampadaire Ikéa ?
La réponse, chacun la connaît, ou la suppose : pour chasser les angoisses, une solitude, qu’elle soit physique ou morale, affective ou psychologique. Aucun milieu n’est épargné, même les plus équilibrés.
Pourquoi pour les jeunes, évoluant dans un milieu dit « porteur » (famille unie, sans problèmes sociaux, couples en apparence heureux, enfants gâtés etc.), l’alcool est un palliatif et un allié qui rend « plus fort » ?
Dans le film Un singe en hiver, tiré du roman d’Antoine Blondin, Gabin dit à Belmondo (dialogues de Michel Audiard) : « c’est pas l’alcool qui me manquait le plus, c’était  l’ivresse ». On ne saurait mieux dire.
L’ivresse pour combattre la solitude, l’angoisse, l’ennui, les cœurs secs ou fanés. L’ivresse des grandes profondeurs qui mènent à d’autres angoisses : celle du désert, informe et vide, que nous aurions besoin de remplir d’affection, d’amitié et surtout d’amour. D’estime et d’attentions.
C’est beaucoup plus dur que de se priver bourgeoisement de l’apéro pendant le « carême », qui, lui, finira bien un jour.
Et c’est sans doute à cela que le Christ invite, dans cette quarantaine. Voire plus si affinités…


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rentrée scolaire, école buissonière !

23 Février 2007 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #édito

                                                 en saignant


          Il n’est jamais facile de débuter. Nul part. L’apprenti, le nouveau, le « bleu », le débutant possède l’angoisse et l’excitation particulières des débuts, pareil à une jeune vierge effarouchée par son premier amant. Il en possède aussi la grâce, et parfois, selon sa maturité, la confiance de ceux qui se savent faillibles, mais ne le montrent pas. Seule la force tranquille de ceux qui marchent sur le bord du toit avec les colombes transparaît, avec renfort de mise en scène.
Enseigner a des points commun avec la comedia del arte : il y a une part de jeu, du haut d'un savoir censé être acquis et possédé par le professeur. Drame et tragi-comédie. Comédie aussi parfois. Lyrisme, de temps en temps. A ceci près qu’aujourd’hui, ce dernier ne prêche pas du haut des planches (l’estrade a disparue), mais au pied… du tableau. A niveau. Sur le sol d’une classe qui bien souvent n’en voit que son dos, en donnant le ‘la.’
J’ai donc joué au professeur, durant dix jours, sans rien montrer de mon inexpérience. Il n’y a pas usurpation ! Il me suffisait juste de changer de registre, hormis un seul : le principe de bienveillance vis à vis d’un public tantôt demandeur, souvent lassé, alternativement agité ou endormi. Trouver le ton juste, asseoir son autorité (« no smile before holidays », comme disent les anglo-saxons), ne pas se tromper de feuilles, naviguer parfois à vu, mais à l’allure d’un paquebot qui refuse de tirer des bords sous les vagues de l’ignorance ou de la peur.
Tout ceci nécessite du travail, scolaire ça va sans dire, mais aussi du travail sur soi. En saignant sur lui même, l’enseignant apprend de ceux qu’il est censé édifier. Etre et avoir, être soit même, surtout.
L’avenir est-il là ? La question reste ouverte.
Et vous pouvez utiliser autant de feuilles de brouillon que vous souhaitez…



 

 

 

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no atomic bomb !

16 Février 2007 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #l'évènement

"Le jour d'après" est légèrement en sommeil ces temps ci, ne vous inquiétez pas, l'auteur n'est pas mis en boîte avec l'abbé Pierre (cf dernier article), mais les temps sont agités et plein de changements ! Bientôt de nouvelles photos et quelques commentaires bien placés.

Merci de votre fidélité, le mois dernier (janvier) vous avez été plus de 1600 visiteurs uniques et cumulés, pour un total de 5000 pages lues. Bravo, courage, merci !

Fred Sabourin, "Le jour d'après..."

 

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nécrologie (2)

26 Janvier 2007 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #l'évènement

                              Pour qui sonne le glas ? 


        Bravant le froid qui devait ressembler à celui de l’hiver 54, et non loin du fameux boulevard Sébastopol, plus de trois milles personnes se sont recueillis sur le parvis de Notre Dame de Paris vendredi dernier, pour les obsèques du pèlerin d’Emmaüs.
 «Georges, toi qui es tout cassé, trouves-en un deuxième comme toi, et ensemble, allons en soulager un troisème ».  Les propos de l’Abbé Pierre, lors de la fondation de la première communauté d’Emmaüs, avaient donc pris des proportions fortes. A l’intérieur de la cathédrale, le protocole républicain, souhaité par le Président Chirac lui même, était légèrement écorné, pour respecter les dernières volontés de « l’Abbé » qui ne fut jamais tendre envers les gouvernants : aux premiers rangs, les compagnons d’Emmaüs. Derrière eux, les « officiels » et les gens « importants ». Sans doute une image prophétique de l’au-delà. Dans son mot d’accueil, Martin Hirsch, l’actuel président de l’association, a donné le ton : « La meilleur façon de lui rendre hommage, ce sera de continuer son combat ». Précision qu’il n’était sans doute pas inutile de rappeler à une assemblée composée donc pour une part de personnalités politiques de haut rang, en exercice, ou l’ayant été… Dans son homélie, le cardinal archevêque de Lyon, Philippe Barbarin, s’est appuyé sur trois images tirés de l’évangile de Luc (le récit des pèlerins d’Emmaüs) : « la route, la parole, le pain ». Trois mots, trois piliers de la vie de l’Abbé Pierre, et de beaucoup de compagnons avec lui. « Nous reprenons la route, d’un bon pas, pour aimer et servir les autres, jusqu’à notre dernier souffle ».
A l’extérieur, au son du glas, un silence glacial s’est emparé d’une assemblée hétéroclite recueillie. A cet instant, les mouchoirs sont sortis des poches, parfois crasseuses de ceux dont on dit volontiers qu’ils ont des « trognes » plutôt que des visages et des figures. Parmi le public de parisiens parfois bon chic, bon genre, beaucoup de « sans » : sans travail, sans logement, sans propreté, sans beaux habits, sans papiers, mais pas sans espoirs. Car ils ont parfois croisé, en vrai ou par l’intermédiaire des compagnons, celui pour qui « les autres » étaient devenus une préoccupation de tous les instants. Depuis que son père lui avait dit, enfant : « et les autres ? Tu n’y penses pas aux autres ? ». Pour Jean-Pierre, sans domicile fixe depuis dix ans, « Emmaüs m’a permis de ne pas mourir dans la rue, alors pour moi, l’abbé Pierre c’est comme un père ». Jeannine, soixante ans, est en larmes : « qui va prendre le relais maintenant ? Et tous ces hommes politiques là qui ne font rien ou presque ». La révolte à fleur de peau, à la mesure de la peine.
Puis lentement, accompagné de nouveau par le glas dans le ciel froid de Paris en pleurs, le cercueil a traversé le parvis, la foule, le peuple des petits dont il faisait partie, au non de l’amour. « La vie m’a appris que vivre, c’est un peu de temps donné à nos libertés pour apprendre à aimer, et se préparer à l’éternelle rencontre avec l’Eternel Amour. Cette certitude-là, je voudrais pouvoir l’offrir en héritage. Elle est la clé de ma vie, et de mes actions », disait-il dans son « Testament » en 1994.
Cette rencontre est enfin arrivée, et elle ne regarde que Dieu et son fidèle compagnon. Sur le parvis de Notre Dame, il y a eu la dernière rencontre des hommes et femmes qui lui ont rendu un hommage poignant, avec un mot qui à lui seul suffit pour dire l’amour d’un proche : « merci, l’Abbé ! ».


 

 

 

 

 

 

 

 

(en rentrant, dans le métro, je suis tombé sur cette affiche et ce slogan. On achève bien les chevaux, même s'ils valent de l'or, mais la question posée par l'affiche prend une actualité singulière...) 

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nécrologie

24 Janvier 2007 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #édito

                                         sans toi…

Tout autre commentaire peut sembler superflue. On peut néanmoins trouver ces propos excessifs, un brin pessimistes, à moins qu’ils ne soient réalistes. Ils ne manquent pourtant pas d’espoirs ni de rêves, car ils sont nécessaires à la vie. Ils ressemblent en tout cas à celui qui les a écris, et proclamés toute son existence.
 Comme pour un sujet d’examen ou un médicament, lire la « notice » jusqu’à la dernière ligne.



(…) ils désespèrent, les hommes, parce qu’ils sont de moins en moins utiles : la robotisation à l’échelle mondiale a détruit l’équilibre plus que millénaire qui était assuré par le travail. A quoi vont-ils servir demain ? Il va bien falloir qu’ils trouvent d’autres raisons d’être que « produire, manger, dormir ». Il va bien falloir que, même dans le chaos, ils inventent une autre manière de vivre. Ils y réussiront, j’ai confiance.
Tout cela fait un homme nouveau.
Une partie de l’humanité ira au désert, on verra se créer des communautés qui voudront vivre dans la pauvreté évangélique ; une autre partie vivra de la drogue et de commerces meurtriers. Quant à la multitude, elle sera ballottée entre les moines et les trafiquants. Elle devra s’inventer des tâches nouvelles, créer sa culture originale. Ca ne sera pas du tout cuit. Et peut-être qu’au bout du compte, l’histoire humaine se révélera n’avoir été, au travers de toutes ces contradictions et détours, que la marche de l’homme vers la reconnaissance de ce qu’il est : plus qu’un individu, une personne, c’est-à-dire, en chacun, signe de plus que lui même.
Si je peux transmettre une certitude à ceux qui vont mener la lutte pour mettre plus d’humanité en tout, c’est – décidément, je ne peux pas écrire autre chose - : « La vie, c’est apprendre à aimer ».

Henri Grouès, Abbé Pierre, Testament , 1994.

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voir la mer, car elle est gratuite...

23 Janvier 2007 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #l'évènement

                                   « vagues à l’âme, vagues dans l’âme »


         Parfois des résistances peuvent tomber, comme le fracas de ces vagues sur une jetée, sur les rochers, brisant du même coup les incertitudes d’un quotidien devenu banal, hélas. Pour se changer les idées et s’aérer la tête, au milieu de semaines à chercher une activité et un toit pour se loger, j’ai poussé mes godasses vers le pays de Caux, et plus exactement vers « Veule les Roses ». Nom de village de bord de mer évocateur d’un certain romantisme, et d’ailleurs la présence de nombreux franciliens en témoigne : ici, on est mieux que « là bas ». Le vent soulève des gerbes d’eau qui, s’écrasant sur le ponton, font écumer de rage la mer déchaînée. Le ciel lui aussi joue un concerto pour cœur de pluie, de grêle, et de carrés bleus : l’accalmie n’est jamais loin…
Marcher au bord des falaises jusqu’à St Valéry puis revenir. Affronter le vent dans un sens et se sentir poussé dans l’autre. Retenir son souffle lorsqu’on regarde le vide, abîme où s’écrasent les vagues, soixante mètres plus bas.
Puis revenir à la source, par Etretat, où le temps creuse son aiguille qui renferme bien des secrets.
Le thé brûlant est le bienvenu, au pied du feu réconfortant, dans le calme de la maisonnée retrouvée avec bonheur.
Les vagues sont toujours dans l’âme, mais d’avoir écumées elles semblent d’un coup plus facile à porter. Jusqu'au jour où, peut-être…



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lecture suivie, pour le goût des autres

12 Janvier 2007 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #l'évènement

                                                "Tomber sept fois, se relever huit"

        Je viens d’achever la lecture du récit de Philippe Labro, Tomber sept fois, se relever huit, où le journaliste écrivain cinéaste raconte comme personne sa lente, mais sûre, descente en dépression, et sa lente, et sûre aussi, remontée des abîmes vers le haut.
J’avoue que j’entrais dans la lecture avec des aérofreins. Une histoire de dépression, diable ! Le triptyque " octobre - novembre – décembre" est suffisamment gris comme ça pour en rajouter. Et puis de plus, que peut-on avoir en commun avec Philippe Labro ? Lui l’homme de lettre, de médias, de cinéma, le " nanti ", le célèbre… Qu’est-ce que son récit peut bien nous apporter, à nous les " petits ", les besogneux, les solitaires… ?
Et puis un ami m’a dit : " si, si, prends-le, tu verras, c’est tout ce qu’il faut parfois ". " Ah bon ", dis-je. Puis une autre amie, me voyant lire ce livre avec un brin de résistance, m’a dit : "lis-le, mais va jusqu’au bout ". Re : " ah bon ".
Quelques heures de RER, et l’attente interminable qui va avec, cette semaine, m’auront permis de passer du temps avec Labro donc. Il s'est assis à côté de moi en quelque sorte...
Je crois que j’ai bien fait, même si sa thérapie à coup de psychotropes me fait froid dans le dos. Il a pris plusieurs traitements, qui n’ont dans un premier temps provoqués que des effets indésirables, pour enfin trouver la bonne molécule capable de le sortir de sa torpeur. Mais en lisant de plus près, on se rend compte que c’est surtout l’amour de sa femme et de ses enfants, l’amitié de quelques amis qui ont préférer dire " je vais t’aider " plutôt que " accroche-toi, tiens le coup ", qui lui ont redonné le goût, d’abord d’une tartine de confiture, et par extension du reste de la journée.
C’est peut-être ça le secret du sauvetage. Accepter l’amour humain présent près de nous, sentir les palpitations du cœur des autres, le souffle vivant des amis près de soi, pour retrouver le goût des autres, en retrouvant le goût de soi. La clé peut résider, je crois, dans l’acceptation de ne plus avoir peur de soi. Ni du reste. La confiance, l’assurance reviennent alors, et on est à nouveau capables d’avancer. Bien sûr, rien n’est définitivement gagné, et le spectre noir de l’Inquiétude (je reprend les termes de Labro) rôde toujours, prêt à s’abattre de nouveau sur la carcasse qui commettrait un faux pas. Mais il règne un je ne sais quoi d'une assurance nouvelle qui fait vibrer.
Le haïku japonais dit : " telle est la vie. Tomber sept fois, se relever huit ". Des visages, des figures, des rencontres gratuites et des cœurs ouverts, autant que les oreilles et les bras, parfois. Des retrouvailles avec des gens un peu éloignés. De nouvelles rencontres avec des inconnus, mais qui nous ont été conseillées. Avec courage, on les appelle. Et rien n'est plus comme avant.
Le poète a raison de dire " un seul être vous manque, et tout est dépeuplé ", mais Labro a lui aussi raison, à sa manière, de nous dire : " tu apprendras d’elle ". Apprendre de ses faiblesses, après les avoir reconnues, nommées par leur nom, et remonter, peu à peu, à la surface.
Si la vie est un chemin, il est toujours en pente.

 

 

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