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Le jour. D'après fred sabourin

Articles récents

nécrologie

24 Janvier 2007 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #édito

                                         sans toi…

Tout autre commentaire peut sembler superflue. On peut néanmoins trouver ces propos excessifs, un brin pessimistes, à moins qu’ils ne soient réalistes. Ils ne manquent pourtant pas d’espoirs ni de rêves, car ils sont nécessaires à la vie. Ils ressemblent en tout cas à celui qui les a écris, et proclamés toute son existence.
 Comme pour un sujet d’examen ou un médicament, lire la « notice » jusqu’à la dernière ligne.



(…) ils désespèrent, les hommes, parce qu’ils sont de moins en moins utiles : la robotisation à l’échelle mondiale a détruit l’équilibre plus que millénaire qui était assuré par le travail. A quoi vont-ils servir demain ? Il va bien falloir qu’ils trouvent d’autres raisons d’être que « produire, manger, dormir ». Il va bien falloir que, même dans le chaos, ils inventent une autre manière de vivre. Ils y réussiront, j’ai confiance.
Tout cela fait un homme nouveau.
Une partie de l’humanité ira au désert, on verra se créer des communautés qui voudront vivre dans la pauvreté évangélique ; une autre partie vivra de la drogue et de commerces meurtriers. Quant à la multitude, elle sera ballottée entre les moines et les trafiquants. Elle devra s’inventer des tâches nouvelles, créer sa culture originale. Ca ne sera pas du tout cuit. Et peut-être qu’au bout du compte, l’histoire humaine se révélera n’avoir été, au travers de toutes ces contradictions et détours, que la marche de l’homme vers la reconnaissance de ce qu’il est : plus qu’un individu, une personne, c’est-à-dire, en chacun, signe de plus que lui même.
Si je peux transmettre une certitude à ceux qui vont mener la lutte pour mettre plus d’humanité en tout, c’est – décidément, je ne peux pas écrire autre chose - : « La vie, c’est apprendre à aimer ».

Henri Grouès, Abbé Pierre, Testament , 1994.

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voir la mer, car elle est gratuite...

23 Janvier 2007 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #l'évènement

                                   « vagues à l’âme, vagues dans l’âme »


         Parfois des résistances peuvent tomber, comme le fracas de ces vagues sur une jetée, sur les rochers, brisant du même coup les incertitudes d’un quotidien devenu banal, hélas. Pour se changer les idées et s’aérer la tête, au milieu de semaines à chercher une activité et un toit pour se loger, j’ai poussé mes godasses vers le pays de Caux, et plus exactement vers « Veule les Roses ». Nom de village de bord de mer évocateur d’un certain romantisme, et d’ailleurs la présence de nombreux franciliens en témoigne : ici, on est mieux que « là bas ». Le vent soulève des gerbes d’eau qui, s’écrasant sur le ponton, font écumer de rage la mer déchaînée. Le ciel lui aussi joue un concerto pour cœur de pluie, de grêle, et de carrés bleus : l’accalmie n’est jamais loin…
Marcher au bord des falaises jusqu’à St Valéry puis revenir. Affronter le vent dans un sens et se sentir poussé dans l’autre. Retenir son souffle lorsqu’on regarde le vide, abîme où s’écrasent les vagues, soixante mètres plus bas.
Puis revenir à la source, par Etretat, où le temps creuse son aiguille qui renferme bien des secrets.
Le thé brûlant est le bienvenu, au pied du feu réconfortant, dans le calme de la maisonnée retrouvée avec bonheur.
Les vagues sont toujours dans l’âme, mais d’avoir écumées elles semblent d’un coup plus facile à porter. Jusqu'au jour où, peut-être…



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lecture suivie, pour le goût des autres

12 Janvier 2007 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #l'évènement

                                                "Tomber sept fois, se relever huit"

        Je viens d’achever la lecture du récit de Philippe Labro, Tomber sept fois, se relever huit, où le journaliste écrivain cinéaste raconte comme personne sa lente, mais sûre, descente en dépression, et sa lente, et sûre aussi, remontée des abîmes vers le haut.
J’avoue que j’entrais dans la lecture avec des aérofreins. Une histoire de dépression, diable ! Le triptyque " octobre - novembre – décembre" est suffisamment gris comme ça pour en rajouter. Et puis de plus, que peut-on avoir en commun avec Philippe Labro ? Lui l’homme de lettre, de médias, de cinéma, le " nanti ", le célèbre… Qu’est-ce que son récit peut bien nous apporter, à nous les " petits ", les besogneux, les solitaires… ?
Et puis un ami m’a dit : " si, si, prends-le, tu verras, c’est tout ce qu’il faut parfois ". " Ah bon ", dis-je. Puis une autre amie, me voyant lire ce livre avec un brin de résistance, m’a dit : "lis-le, mais va jusqu’au bout ". Re : " ah bon ".
Quelques heures de RER, et l’attente interminable qui va avec, cette semaine, m’auront permis de passer du temps avec Labro donc. Il s'est assis à côté de moi en quelque sorte...
Je crois que j’ai bien fait, même si sa thérapie à coup de psychotropes me fait froid dans le dos. Il a pris plusieurs traitements, qui n’ont dans un premier temps provoqués que des effets indésirables, pour enfin trouver la bonne molécule capable de le sortir de sa torpeur. Mais en lisant de plus près, on se rend compte que c’est surtout l’amour de sa femme et de ses enfants, l’amitié de quelques amis qui ont préférer dire " je vais t’aider " plutôt que " accroche-toi, tiens le coup ", qui lui ont redonné le goût, d’abord d’une tartine de confiture, et par extension du reste de la journée.
C’est peut-être ça le secret du sauvetage. Accepter l’amour humain présent près de nous, sentir les palpitations du cœur des autres, le souffle vivant des amis près de soi, pour retrouver le goût des autres, en retrouvant le goût de soi. La clé peut résider, je crois, dans l’acceptation de ne plus avoir peur de soi. Ni du reste. La confiance, l’assurance reviennent alors, et on est à nouveau capables d’avancer. Bien sûr, rien n’est définitivement gagné, et le spectre noir de l’Inquiétude (je reprend les termes de Labro) rôde toujours, prêt à s’abattre de nouveau sur la carcasse qui commettrait un faux pas. Mais il règne un je ne sais quoi d'une assurance nouvelle qui fait vibrer.
Le haïku japonais dit : " telle est la vie. Tomber sept fois, se relever huit ". Des visages, des figures, des rencontres gratuites et des cœurs ouverts, autant que les oreilles et les bras, parfois. Des retrouvailles avec des gens un peu éloignés. De nouvelles rencontres avec des inconnus, mais qui nous ont été conseillées. Avec courage, on les appelle. Et rien n'est plus comme avant.
Le poète a raison de dire " un seul être vous manque, et tout est dépeuplé ", mais Labro a lui aussi raison, à sa manière, de nous dire : " tu apprendras d’elle ". Apprendre de ses faiblesses, après les avoir reconnues, nommées par leur nom, et remonter, peu à peu, à la surface.
Si la vie est un chemin, il est toujours en pente.

 

 

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qu'est-ce que tu "voeux" dire ?

8 Janvier 2007 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #l'évènement

                                                   « bonne année »

       … oui, c’est ça, « bonne année ! ». Et c’est parti donc pour 2007, année de toutes les promesses, de tous les souhaits, dans cet éternuement global des bonnes intentions qui se déversent depuis huit jours.
Oui, bonne année alors, et qu’elle soit meilleure que 2006 (pour ceux qui l’ont vu s’éterniser), et que 2008 soit encore plus belle, grâce à ce qui aura été semé cette année.
Dans l’antre des villes, pour trouver du souffle et sortir de l’ombre, il faut parfois lever le nez au ciel et y chercher la lumière. Même les avions changent de direction, c’est dire si tout est permis.
Au son des bandas brésiliennes, le bruit des tambours fait vibrer le corps jusqu’au cœur, et on sait désormais qu’on est encore vivant.
La halle en chantier indique la direction : les travaux ne concerneront pas que la façade, c’est tout l’homme qui se retape, après un décapage intégral.
Pour ceux et celles qui savent lire entre les lignes, alors vous aurez compris. Qu’ils soient remerciés de leur fidélité et des attentions chaleureuses, voire affectueuses de ces derniers temps, quand l’automne et le début de l’hiver ont déversé sur une vie en vrac les jours plus sombres que les nuits, qui étaient blanches de l’angoisse des blessures assassines.
Pour ceux et celles qui ne savent pas lire entre les lignes, regardez les photos, l’année 2007 sera aussi une année en image !
Bonne année.

 


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faire part de naissance

24 Décembre 2006 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #émerveillement

                                                        Je te  salue, Marie…


   … comblée de grâce. Tu es femme entre toutes les femmes, et le fruit de tes entrailles est béni, puisqu’il est fils. Le tien, et celui de Dieu.
Toi, mère de celui qui porte tout, merci de l’avoir nourri de ton sein, jusqu’à nous.
Montre-lui combien nous l’aimons, et combien, grâce à lui, les vivants s’aiment entre eux. Se cherchent, et parfois se trouvent.
Maintenant, et à toute heure de la vie. Jusqu’à la fin, qui sera comme un début.
Au coeur des ténèbres, il y a la lumière. Celui qui l’aperçoit sera sauvé.

 

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des visages, des figures : rencontres

19 Décembre 2006 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #l'évènement

                                                               perplexe…

          Vous allez dire que les anges, décidément, me laissent perplexe. Il y a eu celui de Toulouse, un beau jour d’été, du côté de la place de la Daurade. Ceux d’un soir pianotant un air de jazz qui font vibrer le cœur des grands. Puis celui du train St Lazare – Versailles, rive droite, fou prophétique. Il y a maintenant ceux de Fourvière, et de la rue Monge, ou des brasseries à l’heure du déjeuner. Des endroits insolites autant qu’inattendus, des visages, des figures, des rencontres provoquées ou au hasard d’un coup de téléphone. Au détour d’une rue, d’une place, d’un monument.
Celui de Fourvière, sur la colline de Lyon, précède le lion du désert des soirs tombant. Derrière son dos, il trône, de ses ailes déployées, le doigt sur la bouche, semblant retenir un secret au delà de l’audible. Cet ange statufié est tout simplement… perplexe. La foi en points de suspension. Reflet de l’humain qui s’interroge, avance plutôt que de reculer, interpellant le passant dans sa pérégrination au devant de la réalité.
A l’entrée de la basilique, il m’accorde le droit et la liberté de dire à ceux qui se posent des questions : laissez la perplexité exercer son pouvoir de libération. Le désir d’aimer et de rencontrer ceux et celles qui sont sur son passage. Là, maintenant. En attente d’un ailleurs qui se fait toujours espérer. Mais qui approche, imperceptiblement, sûrement aussi.
La rencontre de l’être cher se fait attendre. Il n’est pas loin pourtant. Patiemment elle se rapproche, lorsque la reconstruction se fait plus sûre.
Au delà de la perplexité, la vertu principale de l’ange, et de l’homme, c’est la patience. Elle a commencée sur le continent indien, à l’orient de l’automne. Traversant l’hiver, elle sortira, très probablement, de la longue saison qui commence. Le printemps sera beau, car il aura la couleur de la lumière.
Le doigt sur la bouche, avant que lui même ne désigne l’amour qu’il attend, le cœur au chaud, prêt à tout. Sans être perplexe, mais avec assurance. Et libre.


(pour Bruno, Claire-Anne, Henriette, Jean-Guilleme, Loïc, Aurélie, Arnaud, Jeanne, Didier, Marc, Marie, Benoît, Emilie, Thierry, Laetitia, Jean-Marc, Thibault, Olivier, Bénédicte, Cécile, Hugues, Vanessa, Didier, Sophie, Lionel, Anne-Laure, Xavier, Claire, Paul, Laurence, Isabelle, Michel, Claire…)


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ralentir : école !

15 Décembre 2006 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #l'évènement

C'est beau une ville le soir... Le coeur en hiver. Quand le bleu laisse la place à la brume, pour que s'illumine, enfin, les planètes suspendues au couteau du boucher... Les enfants peuvent goûter de tartines au chocolat, et courir vers le week-end. Il règne une sorte de fièvre de début de shabbat... Le Malka des lions pourra bientôt distiller la sagesse, à ceux qui la souhaiteront. Même l'ange est perplexe : le doigt sur la bouche empêche le serment de se dire. Il est donc à vivre...

Rien d'autre à dire, sinon que l'oeil peut fonctionner quand les pieds, quelques encablures plus bas, le porte là où personne ne voit. (rien d'autre à dire... pour l'instant ! car la plume va bientôt se faire prolongement de l'oeil...)   à suivre...

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fidélité montagnarde

6 Décembre 2006 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #montagne

                               béatitudes, les pieds dans la neige  de l’Ossau

    Heureux les contemplatifs : ils verront souvent de belles choses que d’autres ne verront jamais.
Heureux ceux aiment combattre : la vie est là pour leur fournir des occasions de le faire.
Heureux ceux qui aiment marcher, la terre est grande, belle et ronde : ils n’ont pas fini d’en faire le tour.
Heureux ceux qui aiment la mer : elles noie les secrets inaudibles, et les transforme en pluie.
Heureux ceux qui aiment la montagne : sur les sommets, il n’y a pas d’encombrements.
Heureux ceux qui savent se mettre en danger : ils prennent des risques inconsidérés, mais ça peut donner du fruit.
Heureux ceux qui savent aimer jusqu’au bout d’eux mêmes : ils ne savent pas encore s’ils seront récompensés, mais ça prouve qu'ils sont vivants.
Heureux ceux qui pleurent à cause de l’amour : ils peuvent toucher le fond, et d’autres cœurs.
Heureux ceux qui savent perdre du temps : ils sauront rester jeunes.
Heureux ceux qui savent prendre du temps : ils connaissent la joie et l’excitation des joueurs.
Heureux ceux qui savent être patients : ils ont raison.
Heureux êtes vous si vous recherchez la paix : c’est le meilleur moyen de la retrouver.
Heureux êtes vous si vous êtes libre : ça coûte cher, mais c’est le meilleur moyen de trouver le bonheur.

(Marc et Bénédicte dans la montée vers les lacs d'Ayous, dans les Pyrénées du haut Ossau, le 2 décembre. Un autre Austerlitz...)

(l'Ossau ne lèvera pas plus le voile... Pudique ou impressionné par ses fidèles marcheurs ?)

 (la redescente dans la vallée est toujours une petite mort en soi. Le chant du torrent indique en réalité une renaissance... On peut y boire, l'eau n'est jamais la même)

 

 

 

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j'étais un grand bateau descendant la Garonne...

4 Décembre 2006 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #voyage - voyage...

                                                       un pont, entre deux rives

         La vie des hommes est parfois faite de ruptures plus ou moins brèves, plus ou moins douloureuses. Entre eux s’instaurent une distance, des silences, qui ressemblent à ces fleuves. Tant qu’il y a un pont, les deux communiquent avec une facilité déconcertante. On y fait même plus attention. C’est aussi pour ça qu’on a construit des ponts : pour qu’on les oublie. Eloignés et puis soudain si proches. Traversés en tous sens. En dessous, coulent la Garonne, la Seine ou tout autre cordon ombilical qui permet de s’y admirer, de voyager, d’y noyer sa douleur : le fleuve absorbe tout, du murmure d’amour au cri déchirant des regrets.
La vie des hommes ressemble à ces histoires de ponts. Chacun sur sa rive, ils cherchent à se rejoindre. On imagine pas à quel point, parfois, cela peut être compliqué. Alors qu’il suffit de passer le pont. Entre deux rives.



« L’autre rive ! Avant tout, on doit apprendre à oublier qu’il existe une autre rive. Car la rive est toujours là quand c’est nécessaire. De même que, dans le rêve, le moyen d’éviter l’anéantissement, c’est de se réveiller, dans un voyage sous-marin, le rivage est toujours là à propos, dès qu’on a décidé de s’en sortir. La folie ne survient que lorsqu’on n’est pas certain d’en être capable. La mort qui nous attend tous est l’amnésie qui afflige inévitablement le rêveur qui refuse de se réveiller au moment crucial. Des générations entières d’hommes ont ainsi trépassé dans leur sommeil, si bien que la mort est devenue une habitude. C’est arrivé à ceux qui se sont embarqués pour un long voyage – je veux dire ceux qui ont voulu parvenir à la frontière d’une autre réalité – lorsque à un moment donné ils ont brusquement perdu la foi, et par la même occasion le contact avec toute réalité, la plus évanescente fût-elle ».
Henry Miller, ("le pont de Brooklyn") dans : L’œil qui voyage (1939)

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la vie rêvée des anges...

26 Novembre 2006 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #édito

                                                                     miracle !

             

            On ne le dira jamais assez : le théâtre du peuple se joue chaque jour dans les transports en commun. Cette fois-ci, c’est dans un train de banlieue, un samedi après midi. Tout est calme. Keith Jarrett joue du piano dans mes oreilles, rien ne peut me perturber. Sauf quand deux hommes s’assoient dans le carré de sièges devant moi, et trouvent un petit livre bleu. Ils se retournent, pour savoir à qui il appartient. Un homme « d’un certain âge » les regarde et s’écrit : « miracle ! ». Le piano est recouvert par cette injonction de victoire. Je retranscris fidèlement le dialogue :
- si, si, c’est un miracle !
- je ne sais pas si on peut aller si loin
, dit l’homme qui a trouvé le livre

- ah si ! et vous savez pourquoi ?
- non
(l’homme est un peu stupéfait, son ami à côté de lui s’étouffe de rire)
- parce que c’est une bible ! c’est ma bible ! je l’avais perdue sur ce siège et vous l’avez retrouvée ! Regardez, j’ai souligné les passages les plus importants !
(là, il ouvre l’évangile, les trois quart des pages sont coloriées de marqueur fluo…). Et ce n’est pas tout : je lis aussi le Coran, regardez : j’ai souligné les passages les plus violents ! (semblable à l’évangile qu’il tient dans l’autre main, le livre est quasi entièrement fluo).
- mais alors, si ça c’est un miracle, il doit y en avoir tous les jours ?
- exactement ! mais on ne les voit pas ! Parce qu’on y fait pas attention !
- oui, mais par exemple, pour moi, un vrai miracle, ça serait que les gens qui meurent de faim ou ont des difficultés importantes soient plus heureux…
- écoutez, moi je suis croyant, j’essaie d’annoncer l’évangile, et la chose la plus importante c’est de faire comme le Christ fait dans les évangiles… ! C’est ça qui peut rendre les gens plus heureux !
La suite part dans des divagations spirituelles et évangéliques, le vieux bonhomme en costume excelle mais en fait trop, un mot n’attend pas l’autre. Les deux hommes se demandent du coup s’ils ont bien fait de retrouver le livre, ou s’il n’a pas été abandonné sur le siège volontairement pour mieux se faire avoir. Autour, le spectacle est aussi profitable : une dame âgée, style 16è arrondissement, fait semblant de se plonger dans son journal (un gratuit distribué dans le métro…). A côté de moi, une jeune femme essaie de lire, mais n’y arrive pas à cause des soliloques entendus derrière elle. Elle souffle d’agacement de manière à ce que tout le monde entende. Mon seul « allié » est un jeune homme vêtu d’une veste de survêtement « flashi » accompagné d’un étui à guitare multicolore. Je croise son regard plutôt amusé par le cours de théologie qui maintenant est bien installé.
La conversation (je devrais dire le monologue, le sermon !) dévie sur la responsabilité des parents dans l’éducation des enfants. Là, je subodore qu’on va parler politique : avec la religion, c’est lié, quoiqu’on en dise ou pense ! Ca ne rate pas : l’homme reprend l’avantage :
- oui, vous avez raison, et d’ailleurs c’est un des points du futur programme de Ségolène Royale, la responsabilité des familles dans l’éducation des jeunes… etc etc.
le vieil homme opine du bonnet, regardant par dessus ses lunettes, et ajoute : moi vous savez, mon cœur est à gauche. Enfin peu importe d’ailleurs…
La jeune femme est de plus en plus agacée par l’évangélisation malgré nous du wagon. Le jeune guitariste sourit franchement. La dame du 16è laisse entrevoir un visage de compassion, qui veut tout dire. Quant à moi je souris aussi, mais discrètement, craignant être repéré dans ma prise de notes. A Chaville, les deux hommes doivent descendre. Ils serrent la main du vieux prophète, qui leur dit, avec toute la bonhommie propre aux hommes de bonnes volonté mais légèrement décalés :
- merci messieurs de ce moment de dialogue. Tout ça à cause de cet évangile retrouvé sur le siège ! C’est un miracle, vous étiez des anges ! Les deux types s’engouffrent dans la porte en souriant.

Ce train allait à Versailles « Rive Droite ». Un homme essayait de parler de Dieu, il semblait avoir des ailes. Un autre lui proposait Ségolène, la nouvelle Immaculée Conception des Français. Je regardais attendri la comédie humaine dans ce qu’elle présente de plus royal. Un ange passa, le silence revint. La femme et le guitariste discutaient ensemble désormais. J’ai réappuyé sur le bouton de mon baladeur, et le piano est revenu.
Ce n’était peut-être pas la vie de château, mais ça y ressemblait…

(en mettant en ligne ce petit moment de bonheur, je me dis qu'il aurait sûrement plu à un grand homme de comédie qui vient de nous quitter. Merci à vous, monsieur Philippe Noiret... )

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