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Le jour. D'après fred sabourin

Articles récents

Gargilesse-Dampierre : quelques grammes de romantisme et impressionnisme en Berry - Creuse

3 Août 2020 , Rédigé par F.S Publié dans #émerveillement, #voyage - voyage...

- Gargilesse-Dampierre ; peintures de la crypte XIIIe - XVIe s. -
- Gargilesse-Dampierre ; peintures de la crypte XIIIe - XVIe s. -
- Gargilesse-Dampierre ; peintures de la crypte XIIIe - XVIe s. -
- Gargilesse-Dampierre ; peintures de la crypte XIIIe - XVIe s. -
- Gargilesse-Dampierre ; peintures de la crypte XIIIe - XVIe s. -
- Gargilesse-Dampierre ; peintures de la crypte XIIIe - XVIe s. -

- Gargilesse-Dampierre ; peintures de la crypte XIIIe - XVIe s. -

Niché à la confluence de deux rivières qui prennent leur temps, la Gargilesse et la Dampierre, Gargilesse-Dampierre accroche à son paletot le privilège de faire partie des 400 "Plus beaux villages de France". Ce titre n'est pas usurpé.

Sur le chemin de Saint-Jacques-ce-Compostelle, la commune abrite un château XIIe - XVIIe siècle (hélas fermé actuellement cause Covid...) ; des ruelles en pentes aux maisons accrochées à leurs flancs ; et surtout l'église Saint-Laurent-Notre-Dame et sa crypte ornée de peintures du XIIIe et XVIe siècle remarquables.

En 1857, accompagné d'Alexandre Manceau, George Sand découvre Gargilesse-Dampierre. Un mois plus tard, elle acquit une petite maison dans le cœur du bourg, qu'elle nommera "Algira". Dans son sillage, elle entraîna des peintres impressionnistes, à juste titre impressionnés par le site, ainsi que celui de Crozant à quelques kilomètres plus au sud, accroché aux méandres de la Creuse. Dès le début des années 1820, Jules Dupré, Georges de Lafage-Laujol y plantèrent leurs chevalets. Suivront (entre autres) Armand Guillaumin, Paul Madeline, Léon Detroy, Ernest Hareux, Gustave-Eugène Castan, Alfred Smith, le surréaliste Francis Picabia ; mais aussi Claude Monet (à Fresselines, à l'invitation de l'écrivain et poète Maurice Rollinat) y vinrent grâce au train qui reliait ce coin du Berry voisin de la Creuse en 7 heures depuis les gares d'Austerlitz ou d'Orsay.

Les rives des deux Creuses (Grande et Petite Creuse), de la Sédelle et de la Gargilesse, vont inspirer ces peintres et donner son nom à l'école de Crozant. On peut visiter le Centre d'interprétation des peintres de la vallée de la Creuse - Hôtel Lépinat, situé dans l'ancienne auberge tenue par "la mère Lépinat", aubergiste des peintres (à Crozant), qui se mettait en quatre pour que ces messieurs soient aux petits soins. À Fresselines, les ateliers et galeries d'art et de l'Espace Monet-Rollinat complètent la visite de ce charmant bourg creusois.

Un chouette coin de France, à l'écart des modes - s'en plaindra-t-on ? non, pas vraiment - des flux et des hordes touristiques en pantacourts et sandales quechua ; un petit coin de paradis pour les vivants qui ont les yeux, les oreilles et le nez grands ouverts aux sensations, aux impressions, au calme et au silence d'une nature sauvage envoûtante au possible...

- Crozant depuis le rocher des Fileuses ; église St-Laurent-Notre-Dame de Gargilesse ; cimetière de Gargilesse -
- Crozant depuis le rocher des Fileuses ; église St-Laurent-Notre-Dame de Gargilesse ; cimetière de Gargilesse -
- Crozant depuis le rocher des Fileuses ; église St-Laurent-Notre-Dame de Gargilesse ; cimetière de Gargilesse -
- Crozant depuis le rocher des Fileuses ; église St-Laurent-Notre-Dame de Gargilesse ; cimetière de Gargilesse -
- Crozant depuis le rocher des Fileuses ; église St-Laurent-Notre-Dame de Gargilesse ; cimetière de Gargilesse -
- Crozant depuis le rocher des Fileuses ; église St-Laurent-Notre-Dame de Gargilesse ; cimetière de Gargilesse -
- Crozant depuis le rocher des Fileuses ; église St-Laurent-Notre-Dame de Gargilesse ; cimetière de Gargilesse -
- Crozant depuis le rocher des Fileuses ; église St-Laurent-Notre-Dame de Gargilesse ; cimetière de Gargilesse -

- Crozant depuis le rocher des Fileuses ; église St-Laurent-Notre-Dame de Gargilesse ; cimetière de Gargilesse -

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Été 85 : j'irai danser sur ta tombe...

28 Juillet 2020 , Rédigé par F.S Publié dans #chronique cinéma

Les histoires d’amour finissent mal, en générale… François Ozon adapte un roman de l’écrivain anglais Aidan Chambers, La Danse du coucou (Dance on my Grave), paru en France en 1983, qu’il vaut mieux traduire par « danse sur ma tombe ». Un roman qui, dit-il, l’avait fortement marqué.

- Benjamin Voisin - Félix Lefebvre (c) J-C Moireau Mandarin Production -

- Benjamin Voisin - Félix Lefebvre (c) J-C Moireau Mandarin Production -

C’est l’été, en 1985. Alors que Taxi Girl cherche le garçon depuis un an, Alex (Félix Lefebvre) se cherche lui-même sans se trouver vraiment. Sa rencontre fortuite avec David (Benjamin Voisin) à la suite du chavirage d’un petit dériveur où il a trouvé refuge sans se méfier de l’orage qui monte, au large du Tréport, va tout emporter. Après l’avoir remorqué, David emmène Alex prendre un bon bain chaud et des vêtements secs chez sa mère (Valéria Bruni Tedeschi). Instantanément, il chavire pour le jeune Alex. Durant 6 semaines, jusqu’à l’issue fatale dévoilée dès l’ouverture du film par Alex lui-même, menotté au poignet d’un gendarme dans le couloir d’un tribunal, les deux garçons sont vivre une forte attraction, une histoire passionnelle, jusqu’au désastre.

François Ozon caresse avec douceur dans une lumière de bord de mer où rien des symboles des années 80 ne manque – mention spéciale pour la bande-son qui ravira les quadras-quinquas - les corps et tempéraments de ces deux jeunes adultes à peine sorti de l’adolescence. L’effet est saisissant dès les premiers plans, grâce à une image traitée façon pellicule, donnant du grain (à moudre) au spectateur dont certains peuvent voir dans Été 85 un teen-movie dont il emprunterait, paraît-il, les codes. Rien n’est moins sûr.

Père récemment décédé et mère juive un poil envahissante pour l’un (David) ; père certes présent mais complètement à côté de la plaque et mère inquiète du devenir de son petit qu’elle ne voit pas grandir pour l’autre (Alex), le film emprunte aussi les chemins de traverse de la post-adolescence où la fureur de vivre prend sa source dans un passé familial sur lequel les deux jeunes semblent surfer, mais qui les rattrape au détour de quelques scènes finement pensées. De là surgira la promesse : si l’un de nous deux venait à mourir le premier, le survivant promet d’aller… danser sur sa tombe.

Si l’on songea, avant d’aller voir le film, aux ambiguïtés filmées par André Téchniné avec Quand on a 17 ans, (2016, avec Kacey Mottet Klein, Corentin Fila), ou aux Roseaux sauvages en 1994 (avec Gaël Morel, Stéphane Rideau, Élodie Bouchez), une fois au cœur d’Été 85 rien de semblable finalement. La première partie est véritablement lumineuse, joyeuse, « et en même temps » tragique puisque le drame nous était annoncé dès le début. Ozon a néanmoins le bon goût de ménager le suspense jusqu’au bout, à l’issue d’une seconde partie qui perd un peu en intensité après l’absence de David (Benjamin Voisin), qu’on espère revoir bien vite !

Demeure longtemps après le générique de fin l’intense questionnement de cette jeunesse folle d’elle-même, amoureuse de vivre à en mourir, prête à tout pour essayer, si possible, de prendre son envol en donnant tout, jusqu’à la vie. Sans penser que la pesanteur, elle aussi, peut rejoindre la grâce et clouer au sol ces albatros d’une insolente jeunesse…

 

Été 85, de François Ozon. 1h40. Avec : Félix Lefebvre, Benjamin Voisin, Philippine Velge, Valeria Bruni Tedeschi, Melvil Poupaud, Isabelle Nanty. Sortie le 14 juillet 2020.

- Benjamin Voisin - Félix Lefebvre (c) J-C Moireau Mandarin Production -

- Benjamin Voisin - Félix Lefebvre (c) J-C Moireau Mandarin Production -

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Au delà des lignes

7 Juillet 2020 , Rédigé par F.S Publié dans #montagne

C'était un peu comme de retrouver un être cher après une (trop) longue absence : espérées, attendues, désirées, ces retrouvailles avec les Pyrénées étaient aussi un peu craintes. Sept mois depuis la dernière sortie, au même endroit – une coïncidence - après la nuit dans un frigo nommé cabane de Quioulès en novembre dernier (4° au réveil à 7h)… Cette Ariège méconnue - la montagne dite d'Aston, du nom d’un village légèrement situé aux marges de la RN20 qui file plein sud direction l’Andorre en traversant des contrées exotiques (1) - était le parfait théâtre d’une opération dégourdissement des jambes, le temps d'une escapade à quatre hardis et fières pyrénéistes. Aston, c’est aussi le nom du torrent qui dévale de cette montagne émergeant tel un mur et qui paraît, comme souvent dans les Pyrénées, infranchissable.

Au delà des lignes
Au delà des lignes
Au delà des lignes
Au delà des lignes
Au delà des lignes

Il faut aller au bout du bout de la route, qui serpente le long du torrent d’Aston donc, dévalant d’une retenue d’eau (barrage de Riète) près de laquelle se trouve la centrale de Laparan, qui récolte les eaux de l’étang du même nom, plus haut vers le sud-est. Il faut monter dru dans un sous-bois de hêtres, de chênes - plus rares - et de quelques résineux. Au sortir de cet étage montagnard, une passerelle enjambe le torrent, on passe sous une conduite forcée puis on remonte vers l’ouest près du torrent de la Sabine : on entre alors dans l’étage subalpin. La cabane de Quioulès est toujours là, elle semble moins frigorifique qu’en novembre dernier ; mais ça n’est pas encore là le terminus. Tout juste le temps d’une légère collation, c’est vers la cabane de la Sabine que nous pas nous dirigent, dans un paysage odorant de pins, genévriers, rhododendrons, et toute une magie de fleurs de saison (lys, orchidées etc.) qu’il fut plaisant de contempler.

Cette cabane est toute petite, divisée en deux parties, et dont le toit, végétalisé, la fait se fondre littéralement dans le paysage. La partie la plus « grande » est composée de deux bat-flancs sommaires où l’on peut coucher sur chacun à deux, peut-être trois en se serrant bien et si les gabarits le permettent. Une cheminée et quelques « placards » suspendus, deux bancs fixés dans les murs complètent son sobre confort. C’est bien assez pour le repos des pyrénéistes... Malheureusement – si l’on peut dire – trois gaillards équipés de cannes à pêche sont arrivés avant nous, et il nous faudra compter sur l’étroite annexe, plus basse et nettement plus sommaire. Nos hôtes – ils sont Ariégeois et du coin – nous montrerons que la solidarité montagnarde n’est pas encore tout à fait un vain mot : ils se serreront pour laisser l’un des membres de notre équipage dormir dans la grande partie avec eux, nous permettant de passer une nuit pas trop dégueulasse.

Au delà des lignes
Au delà des lignes
Au delà des lignes
Au delà des lignes
Au delà des lignes

Il faut s’élever encore davantage de la Sabine (1981 mètres) dans une forte pente herbeuse et caillouteuse par moment pour atteindre une sorte de col sans nom, et finir tranquillement jusqu’au sommet du Pic de la Sabine, seulement 2561 mètres mais dominant son entourage tout en défiant le Pic de Thoumasset (2700 mètres), seul « seigneur » du lieu. Du sommet, le panorama, sans être le plus époustouflant des Pyrénées, n’en demeure pas moins surprenant : comme souvent en Ariège, les charmes de cette montagne âpre, rude, très pentue et souvent couverte d’épines, ne se laissent admirer qu’aux prix de longs efforts, de passages dans des paysages où l’on ne serait pas surpris de voir surgir l’ours, entre autres…

Après une nuit réparatrice à la cabane de la Sabine, où il ne fait même pas froid, quasiment sans humidité du matin, nos pas nous dirigent entre rhododendrons et ruisseau frais, sur un replat spongieux où paresse le ruisseau de Soulanet (qui descend de l’étang du même nom), pour attraper une sorte de petit col rond comme la commissure de l’épaule et du cou. Là, c’est un autre ruisseau – la Coume de Seignac – qui indique le sens de la descente, parfois parmi une végétation luxuriante où nous croisons encore fleurs de lys, orchidées et les gentianes des Pyrénées, pas encore en fleur mais ce sera pour bientôt. Les rhodos nous griffent les jambes, comme si ils voulaient nous rappeler que la montagne, ça fouette le sang. À l’orée de la cabane de Bela (environ 1800 m) nous apercevons celle de Quioulès, en contrebas déjà. Dans deux heures et demie nous serons près de la centrale de Laparan et déjà s’achèvera cette virée virile au creux d’une montagne sensuelle, mais pas sans suite.

 

(1) Tarascon-sur-Ariège, Ussat-les-Bains, Les Cabannes, Albiès, Luzenac, Ax-les-Thermes, Mérens-les-Vals, l'Hospitalet-près-l'Andorre...

Photos (c) F.S. Nikon D300. Focale 10-24 mm.

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Dans le panneau (3e partie)

24 Juin 2020 , Rédigé par F.S Publié dans #voyage - voyage..., #rural road trip

Un projet photographique et topographique complètement foutraque et sans but précis, au gré de pérégrinations rurales et parfois urbaines, au hasard des rencontres. 1ère partie ici. 2e partie .

- Un endroit où passer la nuit dans de beaux draps -

- Un endroit où passer la nuit dans de beaux draps -

- Se fout de la charité -

- Se fout de la charité -

- "Entre iciiii, Jean Mouliiiinnn...!" -

- "Entre iciiii, Jean Mouliiiinnn...!" -

- Déjà ? -

- Déjà ? -

- Coule à flot -

- Coule à flot -

- Ce sont des choses qui finissent par arriver au bout d'un certain temps -

- Ce sont des choses qui finissent par arriver au bout d'un certain temps -

- Un hameau où les habitants ne font rien à moitié -

- Un hameau où les habitants ne font rien à moitié -

- On a trouvé où habite le corbeau que tout le monde recherche ! -

- On a trouvé où habite le corbeau que tout le monde recherche ! -

- Branchée direct sur Dieu - (photo Fabrice D.)

- Branchée direct sur Dieu - (photo Fabrice D.)

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Indochine

12 Juin 2020 , Rédigé par F.S Publié dans #littérature

- (c) F.S. Pornic mars 2011 -

- (c) F.S. Pornic mars 2011 -

« Elle apportait du thé, il buvait de la chicorée au lait. Une chose horrible, disait-elle.

Il était sergent dans l’armée de terre, dans une aile discrète du Renseignement français.

Elle habitant Saïgon près du fleuve. On la tutoyait. Il la vouvoyait.

 

Un matin elle trouva un message enlacé autour de la tige d’un hibiscus rouge.

Ma chicorée est certainement horrible, mais votre thé est insipide. Apprenez-moi à l’aimer.

Ce qu’elle fit ».

Bernard Giraudeau, Les Hommes à terre.

 

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Angoulême : Herbes folles déconfinées (drôle de guerre, fin)

1 Juin 2020 , Rédigé par F.S Publié dans #l'évènement, #drôle de guerre

Angoulême : Herbes folles déconfinées (drôle de guerre, fin)

Elles nous ont tenues compagnie, les herbes devenues folles, pendant le confinement. On les a vu pousser derrière nos fenêtres, quand le mot d'ordre était « restez chez vous ! », à l'époque où il fallait raser les murs pour aller acheter une baguette de pain. Boulevard de la République à Angoulême, les pentes et le terre-plein central se sont couverts de ces grandes herbes, laissant libre court à leur croissance (verte !). Elles ont même été, courant avril, tachetées ça et là par de gentils coquelicots (mesdames).

Oui mais voilà : la nature, qui avait repris ses droits - comme on disait pendant cette "drôle de guerre" - est désormais sommée de rentrer dans l'ordre. Les jardiniers de la ville, dès potron-minet, ont cette semaine coupé net les instincts sauvages de cette flore sympathique mais un brin envahissante, à force. Comme le dit ma concierge : « quand c'est vert, tout le monde trouve ça beau, mais quand ça grille et que ça devient du foin... ». C'est comme au cinéma, il faut toujours que quelqu'un crie : « coupez ! ».

 

Drôle de guerre, série d'articles improvisés au gré des rencontres et choses vues, vécues pendant le confinement prend fin avec celui-ci. Peut-être une parution un jour prochain qui sait, si un éditeur daigne trouver ça intéressant et publiable. Par les temps qui courent (ou pas d'ailleurs) sait-on jamais...

(à lire aussi dans La Charentaise libérée, blog libre et indépendant d'un ex-journaliste qui ne l'est pas moins, série d'articles qui ne trouvent pas leur place ailleurs).

Angoulême : Herbes folles déconfinées (drôle de guerre, fin)
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Retour aux sources (rural road trip)

27 Mai 2020 , Rédigé par F.S Publié dans #rural road trip, #voyage - voyage...

Retour aux sources (rural road trip)
Retour aux sources (rural road trip)

"C'est en allant vers la mer qu'un fleuve reste fidèle à sa source" (attribué à Jean Jaurès).

C'est donc ici que tout commence. À 360 km en amont de Rochefort et de l'océan Atlantique, à Chéronnac exactement. Ce bourg de Haute-Vienne à quelques enjambées de la Charente affiche 290 mètres à l'altimètre. C'est peu, mais suffisant pour envoyer un mince filet d'eau de source vers le nord, puis l'ouest, puis le sud, puis de nouveau l'ouest, paressant ici ou là si bien qu'on le croit volontiers "benaise", comme on dit dans son pays. Ce mince filet d'eau de source se conjugue au féminin. Elle est comme un long cheveu qui serpente, prend son temps : le fameux "quart d'heure charentais". L'écrivain et poète Pierre Boujut, dans la revue La Tour de feu, disait d'elle qu'elle n'était pas "un fleuve civilisé, ni un fleuve sauvage", mais "un fleuve heureux : ceux qui s'y baignent le savent bien". La Charente - puisque c'est d'elle dont il s'agit - prend sa source à Chéronnac, au milieu des herbes et d'un bourbier spongieux, elle sourd d'un jardin clos privé. Qu'on traverse la route, et elle prend des airs de petit torrent sur quelques mètres, brisant le silence de ce paisible bourg d'un murmure d'eau vive. Elle a déjà son petit caractère. Ça ne durera pas longtemps : le barrage de Lavaud, quelques kilomètres en aval, va ralentir sa course et la gonfler d'aise, retenant ses eaux dans un lac aux charmes discrets mais puissants, où il est plaisant de flâner à pied, et de s'y baigner, aussi.

François Ier disait d'elle - douterions-nous de la parole du roi ? - que ce fleuve, le cinquième de France par sa longueur, était "le plus beau ruisseau du royaume de France". On ne le contredira point, lui qui fut pourtant élevé dès l'âge de quatre ans au bord de la Loire, à Amboise... Il n'avait pas encore lu Chardonne, mais ne voulait pas froisser les paysans charentais, qui "sont tous des seigneurs"

"La Charente descend toujours vers le soleil. La Charente ne porte plus de canons sur son dos. La Charente lentement a trouvé sa paix," dit encore Pierre Boujout. Avec son air paisible et peu pressée, elle fut longtemps le théâtre d'affrontements et de scènes violentes : qu'on songe à la révolte contre les "gabelous" (qui prélevaient l'impôt sur le sel, la gabelle) dont certains finir au fond du fleuve avec des poids attachés au cou. Ou au sang des combattants protestants - catholiques au XVIe siècle, entre Jarnac et Cognac.

La dernière fois - et la seule et unique fois - où j'étais venu goûter à la source de ce fleuve chéri, ce fut probablement au printemps 1984, où, après avoir tanné ma mère pour m'y emmener, elle céda au caprice du fleuve un après-midi de samedi, comme en pèlerinage. Mon instituteur de cours moyen 2e année cette année-là, zélé et passionné géographe, après nous avoir fait étudier (c'était au programme, est-ce que ça l'est toujours ?) les quatre principaux fleuves de France, leurs sources, leurs longueurs, leurs singularités etc. avait ajouté avec gourmandise "le 5e fleuve de France". On avait de la chance : il coulait sous nos fenêtres, et sa source était proche, dans un endroit accessible. Nous étions invités à aller y traîner nos guêtres. En vérité peu le firent je crois. J'en fus. J'en garde le souvenir ému d'une rencontre à la fois inoubliable et d'une étonnante banalité : rien de noble en apparence dans ce filet d'eau courante s'échappant d'un carré d'herbe spongieux, glissant le long d'un grillage comme un évadé d'une chanson des Frères Jacques... Quelques kilomètres plus loin, ce filet d'eau devenu adulte baigne pourtant les cités Taillefer et Valois, avant d'accompagner l'Hermione vers sa destinée : l'Amérique !

"Ensuite, aller vers le chemin qui marche et jamais ne se retourne, la grande couleuvre Charente, la lente migration du songe  ; attendre les nuages, leur silence de pluie ; prendre le pouls des saisons où la mort peut se glisser sans faire signe" (Daniel Reynaud, Profil songeur de la Charente, été 1995).

Retour aux sources (rural road trip)
Retour aux sources (rural road trip)
Retour aux sources (rural road trip)
Retour aux sources (rural road trip)
Retour aux sources (rural road trip)
Retour aux sources (rural road trip)
Retour aux sources (rural road trip)
Retour aux sources (rural road trip)
Retour aux sources (rural road trip)
Retour aux sources (rural road trip)
Retour aux sources (rural road trip)
Retour aux sources (rural road trip)
Retour aux sources (rural road trip)
Retour aux sources (rural road trip)

Photos (c) F. Sabourin. Mai 2020

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Chez Mariaux tout oublier

25 Mai 2020 , Rédigé par F.S Publié dans #voyage - voyage..., #rural road trip

Massignac - Massignac, un voyage à pied (suite et fin). Autour du hameau "Mariaux", en marchant vers celui de "Servolles".

 

« Non loin, quelques bœufs blancs, couchés parmi les herbes,

Bavent avec lenteur sur leurs fanons épais,

Et suivent de leurs yeux languissants et superbes

Le songe intérieur qu'ils n'achèvent jamais ».

 

Charles-Marie Leconte de Lisle (1818 – 1894)

Chez Mariaux tout oublier
Chez Mariaux tout oublier
Chez Mariaux tout oublier
Chez Mariaux tout oublier
Chez Mariaux tout oublier
Chez Mariaux tout oublier
Chez Mariaux tout oublier

Photos (c) F. Sabourin - Mai 2020

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Massignac - Massignac, un voyage à pied

22 Mai 2020 , Rédigé par F.S Publié dans #rural road trip, #voyage - voyage...

Cette partie de la Charente dite "limousine" a bien du caractère... Elle se découvre aussi à pied, autour du lac de Mas Chaban, en passant par Lésignac-Durand et quelques hameaux au charme désuet. Écrasé de soleil, on a souvent pensé à ce poème de Jean Richepin (1849-1926), Chemin creux.

Photos (c) F.S.

Le long d'un chemin creux que nul arbre n'égaie,
Un grand champ de blé mûr, plein de soleil, s'endort,
Et le haut du talus, couronné d'une haie,
Est comme un ruban vert qui tient des cheveux d'or.

Massignac - Massignac, un voyage à pied
Massignac - Massignac, un voyage à pied
Massignac - Massignac, un voyage à pied
Massignac - Massignac, un voyage à pied

De la haie au chemin tombe une pente herbeuse
Que la taupe soulève en sommets inégaux,
Et que les grillons noirs à la chanson verbeuse
Font pétiller de leurs monotones échos.

Massignac - Massignac, un voyage à pied
Massignac - Massignac, un voyage à pied
Massignac - Massignac, un voyage à pied
Massignac - Massignac, un voyage à pied

Passe un insecte bleu vibrant dans la lumière,
Et le lézard s'éveille et file, étincelant,
Et près des flaques d'eau qui luisent dans l'ornière
La grenouille coasse un chant rauque en râlant.

Massignac - Massignac, un voyage à pied
Massignac - Massignac, un voyage à pied
Massignac - Massignac, un voyage à pied
Massignac - Massignac, un voyage à pied

Ce chemin est très loin du bourg et des grand'routes.
Comme il est mal commode, on ne s'y risque pas.
Et du matin au soir les heures passent toutes
Sans qu'on voie un visage ou qu'on entende un pas.

C'est là, le front couvert par une épine blanche,
Au murmure endormeur des champs silencieux,
Sous cette urne de paix dont la liqueur s'épanche
Comme un vin de soleil dans le saphir des cieux,

C'est là que vient le gueux, en bête poursuivie,
Parmi l'âcre senteur des herbes et des blés,
Baigner son corps poudreux et rajeunir sa vie
Dans le repos brûlant de ses sens accablés.

Et quand il dort, le noir vagabond, le maroufle
Aux souliers éculés, aux haillons dégoûtants,
Comme une mère émue et qui retient son souffle
La nature se tait pour qu'il dorme longtemps.

Jean Richepin

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Extérieur pluie

13 Mai 2020 , Rédigé par F.S Publié dans #voyage - voyage...

- (c) F.S. Le Havre mars 2008 -
- (c) F.S. Le Havre mars 2008 -

- (c) F.S. Le Havre mars 2008 -

"J'aime les grands cargos arrêtés dans les rades, qui ne se mêlent pas à la vie de la ville, et qui libèrent le soir des marins éperdus" (Louis Brauquier, 1900-1976).

- (c) F.S. Rouen août 2008 -
- (c) F.S. Rouen août 2008 -

- (c) F.S. Rouen août 2008 -

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