Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
Le jour. D'après fred sabourin

Articles récents

Ispahan

29 Juin 2017 , Rédigé par F.S Publié dans #littérature

"Avec un ressort arrière brisé, traversé lentement le canton agricole qui entoure la ville. Le soleil se couchait derrière de hauts platanes solitaires dont l’ombre oblique s’étendait sur des villages de terre aux douces arêtes rongées. Dans les champs de blé coupé, les gerbes retenaient la lumière et brillaient comme du bronze. Des buffles, des ânes, des chevaux noirs, et des paysans aux chemises éclatantes travaillaient à finir les moissons. On voyait le bulbe léger des mosquées flotter sur la ville étendue. Assis sur le capot pour soulager la voiture malade, assommé de fatigue, je cherchais un mot pour m’approprier ces images, et je me répétais machinalement : Carabas".
 

Nicolas Bouvier. L’Usage du monde.

(c) F.S.

(c) F.S.

Lire la suite

Blond vénitien

13 Juin 2017 , Rédigé par F.S Publié dans #voyage - voyage...

Ses cheveux qu’elle relève sur sa tête et maintient en l’air le temps de parler, de réfléchir, font comme un petit palmier exotique. Puis elle les relâche, d’un geste sec et tendre à la fois. Son parfum vanillé, légèrement sucré, soulève des flots de certitudes : « elle est aimable, vraiment », se disait-il, plongeant sans retenue dans l’azur de son regard profond. On dirait l’Italie. Le vent chaud de la Méditerranée remonte le long de cette Via antique bordée de pins maritimes, d’oliviers, d'amandiers et de cyprès, caressant les pierres anciennes chauffées à blanc par le franc soleil d’été. Elle était là, face à lui, face à elle-même aussi. Le mouvement de sa main dans son dos puis le long du bras valait toutes les promesses. « On en reparle », dit-elle. Ce vent sensuel soufflait dans sa poitrine et encerclait sa respiration. Il suffoquait. S’il avait su que cette asphyxie était si douce... Temps immobile, où tout demeure encore possible. Pont des soupirs, vaporetto, ruelles étroites et fraîches se laissant ça et là au détour d’un angle transpercer par un soleil ardant. Pont des soupirs, il crut mourir ; d’amour, pour cette belle en fuite, au-delà des lignes, au-delà des rêves, au-delà des désirs enfouis qui tombent en pluies d’orages. Promesse de l’aube, promesse perdue peut-être… Il n’aurait jamais pensé que cette lame de douleur pénétrant sa poitrine ait pu revenir un jour. Elle ne le lâcha plus.

 

- En route vers Mysore (Inde), sept. 2006 -

- En route vers Mysore (Inde), sept. 2006 -

Elle apportait du thé, il buvait de la chicorée au lait.

Une chose horrible, disait-elle.

Il était sergent de l’armée de terre, dans une aile discrète du Renseignement français.

Elle habitait Saigon près du fleuve.

On la tutoyait. Il la vouvoyait.

Un matin elle trouva un message enlacé autour d’un hibiscus rouge :

Ma chicorée est certainement horrible, mais votre thé est insipide.

Apprenez-moi à l’aimer.

Ce qu’elle fit…

Bernard Giraudeau, Les Hommes à terre.

Lire la suite

Voir loin, c'est la rêverie du paysan

4 Juin 2017 , Rédigé par F.S Publié dans #littérature

Bouges (36). (c) F.S.

Bouges (36). (c) F.S.

"La beauté du pays existerait, mais, à moins de monter sur la cime des branches, personne n'en jouirait. L'artiste, qui rêve en contemplant l'horizon, y perdrait le spectacle de sites enchanteurs, et le paysan, qui n'est jamais absurde et faux dans son instinct, n'y aurait plus cette jouissance de respirer et de voir, qu'il exprime en disant : C'est bien joli par ici, c'est bien clair, on voit loin. Voir loin, c'est la rêverie du paysan ; c'est aussi celle du poëte. Le paysagiste aime mieux un coin bien composé que des lointains infinis. Il a raison pour son usage ; mais le rêveur, qui n'est pas forcé de traduire le charme de sa contemplation, adorera toujours ces vagues profondeurs des vallées tranquilles, où tout est uniforme, où aucun accident pittoresque ne dérange la placidité de son âme, où l'églogue éternelle semble planer comme un refrain monotone qui ne finit jamais.

L'idée de bonheur, est là, sinon la réalité".

George Sand, La Vallée-Noire.

Eglise Sainte-Anne, Nohant-Vic (36). (c) F.S.

Eglise Sainte-Anne, Nohant-Vic (36). (c) F.S.

(c) F.S.

(c) F.S.

Lire la suite

Jardin anglais, printemps français

25 Mai 2017 , Rédigé par F.S Publié dans #émerveillement

Jardin anglais, printemps français

Le 26e Festival international des Jardins du Domaine de Chaumont-sur-Loire a ouvert ses portes depuis le 20 avril jusqu'au 5 novembre prochain. D'abord soumis à une météo capricieuse faite de gelées tardives succédant à des chaleurs précoces, puis de fortes pluies, c'est désormais l'été du printemps aussi luxuriant que les jardins eux-mêmes.

Bien sûr il y a les 25 jardins de créateurs sélectionnés par le jury présidé cette année par la réalisatrice et auteur Coline Serreau, et Chantal Colleu-Dumond directrice du Domaine (sans qui Chaumont ne serait pas Chaumont), autour du thème "Flower Power" (le pouvoir des fleurs). Mais il y a aussi les jardins permanents, dans le pré du Goualoup. Notamment ce "jardin anglais" sur lequel pleuvait ce jeudi un soleil de gloire dans une tempête de ciel bleu. So British, mais surtout so beautiful...

Jardin anglais, printemps français
Jardin anglais, printemps français
Jardin anglais, printemps français
Jardin anglais, printemps français
Jardin anglais, printemps français
Jardin anglais, printemps français

Lire aussi ici.

Lire la suite

En avant, marche !

8 Mai 2017 , Rédigé par F.S Publié dans #édito

- Sous ses pieds, le Sacre, de David - (photo L. Leuleu).

- Sous ses pieds, le Sacre, de David - (photo L. Leuleu).

« Ne sous-estimez jamais le courage des Français : n’oubliez pas que ce sont eux qui ont découvert que les escargots étaient comestibles ». Le meilleur compliment qu’on ait pu nous faire vient des Anglais, paradoxalement. Hier soir, dimanche 7 mai, les Français ont une fois de plus fait montre d’un courage à toute épreuve : ils ont élu à la Présidence de la République une tête bien faite et bien pleine de 39 ans. Une tête jeune, surtout. Ce qui paraissait impossible, le nouveau Président Macron l’a fait : exit les partis traditionnels et leurs têtes chenues, et cette fichue bipolarisation de la vie politique française, maladie chronique dont on semble ne jamais pouvoir guérir – qui remonte bien avant la fondation de la Ve République.
 

Bien sûr, il faut nuancer un peu l’élan de la victoire : avec certes 20,7 millions de voix sur 47,4 millions d’électeurs inscrits (66,06 % des exprimés), il devra composer avec le fait, tenace, têtu, que beaucoup de Français ne lui ont pas confié un vote d’adhésion (comme Jacques Chirac en 2002), et il ne pourra pas se satisfaire d’un Front national à 10,6 millions de voix. Tout comme il ne pourra se satisfaire des 4,06 millions de bulletins blancs ou nuls, ni des 12 millions d’abstentionnistes. L’avantage, s’il déçoit, c’est qu’il décevra moins de monde…
 

En avant, marche !

En attendant, place aux jeunes ! Place au neuf ! Des nouvelles têtes, vite ! De l’air ! De l’air ! De l’air ! Pour celui qui a gravi quatre à quatre les marches qui l’ont conduit au pouvoir, quasiment inconnu il y a encore trois ans : seulement deux minutes d’état de grâce, pas une de plus. La somme des espoirs et des attentes, la somme des souffrances et des inquiétudes des Français, la somme des divisions d’un pays clivé, fracturé, en miettes sociales ne lui laissera pas un instant de répits. Pour réussir, il lui faudra faire comme son ascension : vite. Cinq ans, c’est court, et ça commence aujourd’hui.
 

L’homme qui se mit au service de Paul Ricœur durant deux ans – dont on peut espérer qu’il n’en reste que du bon – devra réussir à décloisonner la société française, à la rassembler, mais pas seulement. Il devra : se coltiner et résister aux centrales syndicales, qui, malgré leurs maigres rangs, lui promettent déjà naturellement des lendemains qui déchantent. Il devra se coltiner et résister aux multiples blocages des professions réglementées, qu’il avait mises dans la rue en 2015, avec le résultat que l’on sait. Il devra résister et passer outre les innombrables « mammouths » historiques de la France : fonctionnaires, régimes spéciaux de la SNCF (entre autres !), enseignants, retraités des Trente glorieuses gavés jusqu’aux amygdales, actionnaires des grandes entreprises, agriculteurs subventionnés et en apnée sociale, cartel des taxis et des routiers capables de paralyser tout un pays juste en mettant le frein à main, etc. ; la liste et longue des entraves à la remise en marche du pays. N’oublions pas tous ceux qui vont rapidement lui tapoter sur l’épaule en lui rappelant : « qui t’a fait roi ? », dont une grande partie des frères du maire de Lyon et autres loges découvertes à marée basse.

 

En avant, marche !

L’impossible, il vient de le réaliser : parti de rien, sans notoriété, il a profité d’un trou de souris pour s’y engouffrer et faire main basse sur le grisbi. Inédit sous la Ve République. Mais ça n’est qu’une marche, pour le candidat En Marche depuis un an. Le vrai impossible, le vrai « Everest », c’est réussir, et c’est maintenant. Une course de fond qu’il devra paradoxalement gravir à grandes enjambées, et « en même temps » en « laissant du temps au temps ». C'est là la seule richesse qu’il ne possède pas : les Français, très impatients, veulent du résultat tout de suite. Pour réussir, on sait aussi qu’il aura besoin d’une majorité à l’Assemblée. On voit déjà ceux qui ont appelé au « front républicain » lui savonner la planche et renaître de leurs cendres encore tièdes : le PS et Les Républicains n’ont pas dit leur dernier mot ; les Insoumis ne se soumettront pas au jeune Macron, roi du Louvre ; le FN n’est pas mort… Cohabitation ? Peu probable, mais qui peut en jurer ? Majorité absolue ? Les législatives sont des scrutins locaux où le rural frontiste risque fort de se rappeler à son bon souvenir. Coalitions de circonstances en fonction des projets de loi ? Ce serait, de notre point de vue, une solution raisonnable, qui prouverait enfin que les Français peuvent le devenir, et veulent vraiment s’en sortir.
 

Il reste une dernière possibilité au jeune Macron : commencer à 39 ans une carrière de dictateur, et gouverner par ordonnances. En trois mois, faire passer son programme plus l’impensable, l’inacceptable, la potion amère. "La beauté du chemin est-elle amoindrie par les épines du buisson qui la bordent ?", disait Stendhal. Pour Emmanuel Macron, réussir l'impossible. Maintenant. Sans quoi le tweet de Bernard Pivot se révèlera une cruelle prophétie : "La jeunesse du nouveau Président est une qualité. Demain, elle sera une excuse, après-demain un blâme, plus tard un souvenir".

 

Lire la suite

Il était une fois, un lundi après-midi, sur la terre

17 Avril 2017 , Rédigé par F.S Publié dans #émerveillement

Il était une fois, un lundi après-midi, sur la terre
- Patria nostra -

- Patria nostra -

- Knock on the heaven door -

- Knock on the heaven door -

- Abondance de bien -

- Abondance de bien -

- Embarras du choix -

- Embarras du choix -

Lire la suite

Chaumont-sur-Loire : le printemps de l'art contemporain

31 Mars 2017 , Rédigé par F.S Publié dans #concept, #émerveillement

Le coup d’envoi de la 9e saison d’art contemporain du Domaine de Chaumont-sur-Loire a été donné vendredi 31 mars par Chantal Colleu-Dumond, directrice du Domaine, en présence de François Bonneau président de Région et de nombreux invités. La présence des artistes maîtres d’œuvres permet aux visiteurs, ce jour-là, de goûter aux secrets des créations. À voir et déguster jusqu'au 5 novembre.

Chaumont-sur-Loire : le printemps de l'art contemporain
Stéphane Guiran "Le Nid des murmures" (5.000 fleurs de quartz)

Stéphane Guiran "Le Nid des murmures" (5.000 fleurs de quartz)

Andrea Wolfensberger (carton ondulé)

Andrea Wolfensberger (carton ondulé)

Sam Szafran

Sam Szafran

Sheila Hicks, "Glossolalia"

Sheila Hicks, "Glossolalia"

Stéphane Guiran "Le Nid des murmures"

Stéphane Guiran "Le Nid des murmures"

Marie Denis, "Herbier de curiosités"

Marie Denis, "Herbier de curiosités"

Sara Favriau "Prologue pour une chimère"

Sara Favriau "Prologue pour une chimère"

Chaumont-sur-Loire : le printemps de l'art contemporain
Stéphane Guiran "Le Nid des murmures"

Stéphane Guiran "Le Nid des murmures"

Andrea Wolfensberger

Andrea Wolfensberger

Guiseppe Penone, "Idea di Pietra"

Guiseppe Penone, "Idea di Pietra"

www.domaine-chaumont.fr

(c) F.S. 31/03/2017.

Lire la suite

François Mitterrand, l’homme qui aima une femme

7 Mars 2017 , Rédigé par F.S Publié dans #littérature

Les Lettres à Anne, correspondance fleuve entre François Mitterrand et Anne Pingeot de 1962 à 1995, laisse entrevoir, au-delà de l’intimité d’un couple à l’amour passionné et d’une double vie savamment clandestine, la marque d’un très grand écrivain. Sauf à ne pouvoir faire abstraction du personnage qui occupa l’Élysée durant quatorze ans, il est difficile de ne pas succomber au charme romantique autant que transgressif de ces 1218 lettres d’amour.

- Inauguration du Musée d'Orsay, 1er décembre 1986 -

- Inauguration du Musée d'Orsay, 1er décembre 1986 -

Pour lire les Lettres à Anne de François Mitterrand, peut-être le mieux serait-il finalement de commencer par la fin. Les 50 dernières pages des 1246 au total résument en quelques lignes les dix dernières années de la vie de l’ancien Président de la République, et en donnent toute l’intensité dramatique. C’est finalement très peu au regard des nombreuses lettres des premières années de la relation cachée entre François Mitterrand et Anne Pingeot, où celui qui n’est encore que sénateur puis député de la Nièvre, président du Conseil général, écrit à « Mademoiselle Pingeot » tous les jours, parfois plusieurs fois par jour.
 

Commencer par la fin, c’est commencer là où la vieillesse, la maladie et la mort achèvent l’œuvre. Obsédante, la mort ne parvient cependant pas à altérer l’amour passionné de François Mitterrand pour celle qui, entre temps, a donné naissance à Mazarine (le 18 décembre 1974). Obsédante mort dont le lecteur, en quelques pages, quelques lettres, sent envelopper de sa pesanteur le corps et l’esprit de l’ex Président, désormais retiré avenue Frédéric-Le-Play près du Champs-de-Mars dans le 7e arrondissement de Paris. Mais les toutes dernières lettres viennent de Belle-Ile, où il se repose, écrasé de fatigue après des séances de rayons qui le font souffrir et diminuent ses forces. C’est de là qu’il envoie quelques unes de ses plus belles lettres, touchées par la grâce du dénuement de l’amour – la seule chose qu’il lui reste à offrir, et à recevoir – tout en étant manifestement contrarié par une mise à l’écart cruelle d’Anne Pingeot (ce n’est pas la première fois que sa « sévérité » est éprouvée par F.M), et un oubli de sa fille qui « s’escrime à la machine », jeune étudiante en philosophie occupée par des activités de son temps. Il a 79 ans, et mourra dans les premiers jours de janvier 1996.
 

« Mon amour chéri, je ne sais comment tu reçois ces lettres. Je te les écris avec un vrai, un grand amour, un immense besoin de toi. Quel est mon avenir ? Rien, ou presque rien. Il reste le champ de l’âme et du rêve. Tu en occupes l’essentiel. Je t’aime. François », écrit-il le 21 septembre 1995, la veille de la dernière lettre. « Comprends-tu, Anne ce que veut dire ce cantique qui monte en moi ? Cette nuit mon cœur veille. Je te murmure ma tendresse. Je goûte à tes lèvres pour boire un peu ma source aimée. Mais tout en moi apprend cette splendeur : t’aimer VRAIMENT », écrivait-il 30 ans plus tôt le 30 juin 1964 dans la 92e lettre, presque deux ans après le début de la correspondance. Entre les deux, plus de trois décennies d’une relation où se disputent le romantisme littéraire, la passion amoureuse, le vigoureux tumulte des corps, des esprits et des âmes, la férocité des doutes qui semblent déchirer la vie d’Anne Pingeot, contrainte d’accepter cette vie dans l’ombre captive, sans possibilité avant mai 1981 de vivre pleinement aux côtés de l’être aimé. On y lit aussi l’ambition dévorante qu’on devine derrière quelques éléments de la vie de l’autre Mitterrand – celle qu’on connaît, un peu – et ce hors-champ permanent de lui-même, comme absent dans la présence réelle, capacité hors-norme de s’extraire au monde qui l’entoure, en toutes circonstances… y compris au conseil des ministres. « Un père seul au monde qui sait se faire connaître mais qu’on ne connaît pas (…) Personne en le voyant ne pourrait savoir ce qu’il pense à l’intérieur de lui », écrira Mazarine, en juin 1987 dans un portrait de lui rédigé lors d’un séjour en Allemagne, d'une fulgurante justesse…
 

Lors de la parution des Lettres en octobre 2016 – à l’occasion du centenaire de sa naissance – Anne Pingeot n’a livré qu’une seule interview, celle de l’émission À voix nue sur France Culture avec Jean-Noël Jeanneney, dans un exercice de maïeutique qui aujourd’hui encore laisse admiratif. « Je ne sais pas si j’ai bien fait », semblait-elle regretter, dans un élan de sincérité mais dont on se demande si ce n’est pas une ruse « mitterrandienne » dans la bouche de son égérie. À l’exception, peut-être, d’un article d’Ariane Chemin dans Le Monde, on a le sentiment que beaucoup sont passés un peu à côté de ce qui fait toute la profondeur des Lettres. Peut-être les auteurs des articles de circonstances n’ont guère eu le temps de se plonger et d’achever la totalité de ce pavé de trois livres (1,512 kg), qui, s’il se lit souvent comme un roman – celui qu’on osera jamais écrire tant il semble parfait de bout en bout – ne se lit pas non plus comme un livre de poche entre deux métros. Plus on avance dans les Lettres à Anne, plus on est ému, bousculé, attiré, fasciné par cette histoire, celle d’un homme que les plus audacieux croyaient connaître, et qu’on découvre en réalité tout autre. Un homme secret, sensible, d’un romantisme absolu et parfois-même d’une sensualité forte, instinctive, animale. Complicité artistique, littéraire, religieuse, philosophique entre les deux amants ; mais aussi moments de doutes et d’angoisse – où les lettres de F. Mitterrand sont probablement les plus déchirantes – moments de joie profonde comme à la naissance de Mazarine.
 

En mars 1964 (lettre n°46), il écrivait à Anne Pingeot : « Vous m’avez dit que mes lettres vous donnaient souvent l’impression de s’adresser à moi-même. Non. Ce n’est peut-être pas toujours à vous que je parle (si, pourtant, je le crois) mais c’est à cause de vous que j’ai envie de parler, que j’en ai le goût et la force. Je n’ai rien dit à personne pendant des années ». Parler de lui pour vaincre la solitude et l’angoisse de la fuite du temps – il a 47 ans, elle 20 ans lors du premier « rendez-vous » sur une plage d’Hossegor le 15 août 1963 – parler de lui pour ne pas penser à la mort angoissante dont on sent planer l’ombre insidieuse tout le long de cette autobiographie de couple ; parler de lui, d’elle, de ce nous pour dépasser cette solitude recherchée, désirée autant que redoutée. Jusqu’aux derniers mots de la dernière lettre, après 32 ans de vie « commune » : « Tu m’as toujours apporté plus. Tu as été ma chance de vie. Comment ne pas t’aimer davantage ? ».

F.S.

François Mitterrand : Lettres à Anne. 1962-1995. Gallimard.

Des extraits ici, , ou encore .

François Mitterrand, l’homme qui aima une femme
Lire la suite

Bac 2017, épreuve de philosophie. Sujet : l’honneur

1 Mars 2017 , Rédigé par F.S Publié dans #cadrage débordement

C’était le 26 janvier dernier, vers 20h10, au journal télévisé de 20 heures de TF1. François Fillon était l’invité, après les révélations du Canard enchaîné sur l’emploi présumé fictif de sa femme Pénélope du temps où il était député. L’affaire commençait à prendre une sale tournure, les uns poussant des cris d’orfraie, son propre camp médusé. Le candidat vainqueur de la primaire de la droite et du centre François Fillon (L.R.) a alors eu cette sentence : « Il n'y a qu'une seule chose qui m'empêcherait d'être candidat c'est si c'est mon honneur était atteint, si j'étais mis en examen ». Le 15 mars, il y sera, a-t-il été annoncé mercredi 1er mars dans la matinée.

L’honneur… Les jeunes candidats à l’épreuve de philosophie au bac, ou aux concours de l’enseignement (Capes, Agrégation), seraient bien avisés de commencer à bûcher sérieusement ce sujet-là, car il risque bien de tomber. Si les mots ont encore un sens, que signifie désormais celui-ci ? A une époque pas si lointaine – mais qui apparaît comme la préhistoire – l’honneur bafoué d’un homme pouvait se « laver » dès potron-minet, dans un champ, dos à dos et la main sur un pistolet, ou encore dans un duel à l’épée. Malgré les apparences ça n’était pas forcément toujours très élégant, mais ça avait au moins le mérite de la clarté. En mars 2017, le mot serait-il à ce point galvaudé qu’il signifie si peu de chose dans la bouche même d’un ex-chevalier blanc qui se posait en pivot de la probité dans sa marche vers l’Élysée ? « Imagine-t-on le général de Gaulle mis en examen ? » lançait-il en septembre dernier, à l’adresse de l’ex chef de l’Etat Nicolas Sarkozy en campagne pour la primaire de la droite et du centre. Et maintenant, on fait quoi ?

« Qu’est-ce que c’est que cent écus, quand on a l’honneur perdu ? » chantent les scouts dans le pré. Il y a fort à parier que le candidat F. Fillon – ainsi que d’autres avant lui – ait poussé cette chansonnette au clair de lune autour d’un feu de camp. Que dire désormais aux enfants qui demanderont à leurs parents, leurs enseignants, leurs éducateurs : « dis, papa, c’est quoi, l’honneur ? ». Un paradis perdu, peut-être…

F.S.

Lire la suite

Encore François Fillon !

28 Février 2017 , Rédigé par F.S Publié dans #Lettres à ...

Encore François Fillon !

Du haut de ses cinq ans et des poussières, on ne peut pas vraiment parler de « conscience politique ». C’est heureux, d’ailleurs, vu le niveau de la dite politique, ça m’ennuierait qu’elle pollue déjà sa p'tite tête blonde. Cela dit, il semblerait qu’un de ces candidats dont on parle à longueur de journée lui ait - bien malgré elle - frappé l’inconscient. On écoutait évidemment la radio – pas de télé chez moi – et le journal s’ouvrait sur les élections, naturellement. Vint un nom auquel je ne prête moi-même plus beaucoup d’attention.

Elle : « Encore François Fillon ! »

Moi : « Qu’est-ce que tu as dit ? »

Elle : « Encore François Fillon, le monsieur de la radio il vient de parler de François Fillon… »

Moi : « Ah bon… Euh… Et tu sais qui c’est, François Fillon ? »

Elle : « Oui, c’est un monsieur qui passe à la télé, on le voit tout l'temps ! ».

Moi : « … … … ah ok, d’accord… »

Mes souvenirs politiques – bien que né sous Pompidou tout en ayant appris à parler et à acquérir un peu d’autonomie sous Giscard – remontent à un certain François Mitterrand, une rose à la main, remontant la rue Soufflot pour aller au Panthéon. Un homme qu’on « voyait à la télé », lui aussi. C’était l’époque où j’entendis mon père craindre que si ça continuait « les chars russes allaient défiler dans Paris »… De quoi avoir peur, en effet. Et nous voici presque 40 ans plus tard avec « François Fillon ». Ils ont peut-être raison, certains candidats à la Présidentielle : il faudrait abaisser l’âge du droit de vote des Français. 16 ans, à mon avis, c’est encore trop tard. Voyez donc : « Encore François Fillon ! ».

Allez, zou, retourne dans la Sarthe, pot de rillettes ! La vérité sort de la bouche des enfants…

 

28/02/2017

Lire la suite
<< < 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 20 30 40 50 60 > >>