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Le jour. D'après fred sabourin

Articles avec #lettres a ... tag

Grandir

8 Juillet 2017 , Rédigé par F.S Publié dans #Lettres à ...

Grandir

"- Papa, y a des étoiles dans tes yeux...

- Tu sais pourquoi ?

- Non...

- Parce que je te regarde".

 

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Encore François Fillon !

28 Février 2017 , Rédigé par F.S Publié dans #Lettres à ...

Encore François Fillon !

Du haut de ses cinq ans et des poussières, on ne peut pas vraiment parler de « conscience politique ». C’est heureux, d’ailleurs, vu le niveau de la dite politique, ça m’ennuierait qu’elle pollue déjà sa p'tite tête blonde. Cela dit, il semblerait qu’un de ces candidats dont on parle à longueur de journée lui ait - bien malgré elle - frappé l’inconscient. On écoutait évidemment la radio – pas de télé chez moi – et le journal s’ouvrait sur les élections, naturellement. Vint un nom auquel je ne prête moi-même plus beaucoup d’attention.

Elle : « Encore François Fillon ! »

Moi : « Qu’est-ce que tu as dit ? »

Elle : « Encore François Fillon, le monsieur de la radio il vient de parler de François Fillon… »

Moi : « Ah bon… Euh… Et tu sais qui c’est, François Fillon ? »

Elle : « Oui, c’est un monsieur qui passe à la télé, on le voit tout l'temps ! ».

Moi : « … … … ah ok, d’accord… »

Mes souvenirs politiques – bien que né sous Pompidou tout en ayant appris à parler et à acquérir un peu d’autonomie sous Giscard – remontent à un certain François Mitterrand, une rose à la main, remontant la rue Soufflot pour aller au Panthéon. Un homme qu’on « voyait à la télé », lui aussi. C’était l’époque où j’entendis mon père craindre que si ça continuait « les chars russes allaient défiler dans Paris »… De quoi avoir peur, en effet. Et nous voici presque 40 ans plus tard avec « François Fillon ». Ils ont peut-être raison, certains candidats à la Présidentielle : il faudrait abaisser l’âge du droit de vote des Français. 16 ans, à mon avis, c’est encore trop tard. Voyez donc : « Encore François Fillon ! ».

Allez, zou, retourne dans la Sarthe, pot de rillettes ! La vérité sort de la bouche des enfants…

 

28/02/2017

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Ton premier tour du monde.

1 Octobre 2016 , Rédigé par F.S Publié dans #Lettres à ...

Ton premier tour du monde.

Cinq ans. Voilà, ça y est, c’est fait. Cinq ans, cinq doigts d’une main. La valeur n’attend pas le nombre des années, dit le proverbe populaire. Ta valeur est grande, comme celle d’un enfant bien sûr, en perpétuelle construction, avec ce bouillonnement, ce foisonnement de questions, de remarques, de réflexions drôlatiques et de bons mots comme le dernier en date : « Le raisin… ça pousse sur un… raisainier ? » Mais oui bien sûr, évidemment, enfin quoi vous ne saviez pas ?

Ta curiosité est insatiable – c’est de ton âge – et ma passion pour l’histoire et la géographie nous mènent tous deux sur des chemins de découvertes - ou de redécouvertes parfois pour ma part - du monde tel qu’il est. Je veux parler du monde vu sous l’aspect géographique : terres, mers et océans, montagnes et plaines, vallées et collines, animaux et insectes qui le peuplent, pays et frontières, climats et courants marins. Enfin tout.

Quand j’avais à peu près ton âge, on m’a offert un cadeau que je n’ai jamais oublié, et qui m’a suivi une grande partie de ma vie : un globe terrestre, doté d’une installation électrique et d’une ampoule pour le rendre lumineux. Combien d’heures – il est possible qu’en les additionnant on atteigne de nombreux jours – ai-je passé à rêver devant ce globe, ses couleurs, ses noms barbares par endroit, plus familiers à d’autres, ses pôles énigmatiques et ses étendues vastes comme des continents. Le monde ne tournait déjà pas très rond – la Guerre froide livrait ses derniers assauts mais nous ne le savions pas encore, et les chenilles des chars envahissaient le poste de télévision en même temps qu’elles martelaient l’Afghanistan, l’Iran, l’Irak. Je me souviens qu’on lisait encore sur les cartes « URSS », « RDA », et « Yougoslavie ». Je voyageais, le globe posé sur la table de chevet, assis au bord du lit, imaginant qu’un jour, je poserai le pied dans tel ou tel pays ou me baignerai dans telle ou telle mer. J’ai réalisé certains de ces rêves géographiques, mais hélas je suis loin d’avoir fait « le tour du globe » ! Il reste encore un peu de temps.

Aujourd’hui, quelle n’est pas ma fierté lorsque, dépliant une carte ou dépoussiérant le globe qui agrémente ma bibliothèque, tu te penches dessus en parcourant de ton petit doigt les contours d’un pays, les lignes gracieuses des routes et chemins, franchissant les mers comme d’autres sautent par-dessus un ruisseau… La géographie est un jeu, et son apprentissage passe par le corps, même si au début on ne quitte pas la chambre ou le salon. « Pour l’enfant amoureux de cartes et d’estampes, l’univers est égal à son vaste appétit. Ah ! que le monde est grand à la clarté des lampes ! Aux yeux du souvenir, que le monde est petit ! », poétise Beaudelaire. Un peu plus loin : « Pour n’être pas changés en bêtes, ils s’enivrent d’espace et de lumière et de cieux embrasés ; la glace qui les mord, le soleil qui les cuivre, effacent lentement la marque des baisers ».  

Je suis allé acheter un globe, pour te l’offrir, car rien ne pourra jamais remplacer le plaisir de la carte, surtout pas le « GPS ». A cinq ans, avoir envie de découvrir le monde, essayer d’en imaginer ses contours, son immensité, son incroyable richesse et ses multiples variétés, quoi de plus naturel ? Tu perceras jour après jour, année après année, les mystères de ce monde si fascinant, effrayant parfois (et même souvent), sans cesse à découvrir, en suivant de tes doigts terres, mers, océans, pôles et frontières, en suivant l’équateur ou le méridien de Greenwich… Quand tu sauras lire – ce qui ne tardera plus maintenant – tu pourras t’écorcher les lèvres en prononçant quelques noms exotiques, les ex-Républiques soviétiques et leurs capitales, les quatre principales îles japonaises ou le petit Etat du Lichtenstein (liste loin d’être exhaustive). Tu apprendras à le connaître de tes yeux, depuis le bord de ton lit, avant - qui sait ? - d’en faire le tour. Tu ne perdras jamais ton temps à apprendre la géographie, les cartes et les plans. Tu sauras où tu es, tu sauras où tu vas, tu sauras d’où tu viens. Cette mémoire des cartes et des plans – et leur orientation - t’évitera la cruelle condamnation de ceux qui se sentent perdus dès qu’ils ont quitté leur coin de rue.

Ce globe est rond, mais le monde a quatre coins : à toi d’en faire le tour, mon petit, et si mes forces peuvent encore durer un peu de temps pour que je t’y accompagne alors : « allons voir ! ».  

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Grandir, une philosophie

20 Août 2016 , Rédigé par F.S Publié dans #Lettres à ...

Et de deux ! La deuxième dent est tombée en même temps que le pain-beurre-confiture de myrtilles, dimanche matin à quelques encablures de la rentrée des classes. Une souris doit être en train de compter ses sous, pour qu’ils changent de poche…

Tu étais si fière de ta deuxième dent, qui a bougé tout l’été, voilà qu’à quelques mètres de l’automne, alors que les marronniers des cours d’école, de nos villes et de nos places tombent leurs fruits mûrs en attendant les feuilles qui roussissent déjà elles aussi.

Mais le changement de dentition n’empêche pas les questions philosophiques. Après « les oiseaux qui se posent sur les antennes, tu crois qu’ils regardent la télé ? » (pragmatique, la môme) la deuxième dent nous fait entrer dans la pensée profonde des questions existentielles, digne des grecs qui, assis sur du marbre frais, pensaient fort bien dans leur cerveau surchauffé. Alors que je disais, comme ça, un peu benoîtement : « c’est que tu grandis, ma chère… », tu m’as répondu : « oui, mais je ne sais pas bien pourquoi… »

En voilà une bonne remarque ! Pourquoi grandir, pourquoi grandit-on ? Fatalité, diront les uns. Consommation de soupe, dirons les anciens, qui ont tout fait pour nous faire avaler des litres de ce breuvage pas toujours à la hauteur de la préparation. Parce que c’est comme ça, diront les cervelles usées – parfois prématurément – par l’absence de poésie et de lyrisme.

Le poète mystique allemand du XVIIe siècle Angelus Silesius écrivait déjà : « la rose est sans pourquoi, elle fleurit parce qu’elle fleurit. N’a souci d’elle-même, ne cherche pas si on la voit ». Le philosophe, allemand lui aussi (décidément !), Martin Heidegger a commenté ce célèbre vers, précisant que si la rose était « sans pourquoi », elle n’était pas pour autant « sans raison ».

Raison raisonnable et raisonnante : voilà bien un beau début, du haut de tes cinq ans, de philosophe en herbe. J’en connais à qui ça ne plaira pas, mais bien d’autres à qui ça plaira.

Continue de réfléchir, petite apprentie philosophe. Pose-toi les bonnes questions. Pas sûr que tu aies les réponses tout de suite, mais il n’est jamais trop tôt ni trop tard pour essayer.

 

Grandir, une philosophie
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La petite souris est partie

6 Juillet 2016 , Rédigé par F.S Publié dans #Lettres à ...

« Mais alors, dit Alice, si le monde n’a absolument aucun sens, qui nous empêche d’en inventer un ? » (Lewis Caroll, Alice au pays des merveilles)

- Déchirure -

- Déchirure -

Elle a disparue cet hiver de la vitrine du salon de coiffure devant lequel nous passions chaque fois que je t’accompagnais à l’école, une ou deux fois par semaine. C’était sûrement un signe de quelque chose, et je n’ai pas voulu le voir. Je ne m’en suis pas alarmé, j’aurais peut-être dû. On ne se méfie jamais assez de ces insignifiants détails qui annoncent parfois les catastrophes. On fait comme si, un peu insouciant, un peu dans le déni. On se dit que non, ça ne sera pas possible, pas déjà, pas maintenant. La petite souris en peluche du salon de coiffure a disparue avant que le printemps n’arrive, et toi tu vas partir alors que l’été peine à arriver.

Partir. Vivre ailleurs. Avec ta maman souris. Partir. Vivre ailleurs. Je suis amère. 221 kilomètres. C’est pas la mer à boire. Mais la potion est amère à boire.

Ta mère me l’a annoncé le 29 février. Un jour pas comme les autres, il y en a qu’un tous les quatre ans : on s'en souviendra. Sur le moment je n’ai pas cillé. Je m’y attendais un peu – comme on dit – mais secrètement je repoussais l’idée que tu partes, toi aussi. Je faisais l’autruche, la tête dans le sable, les fesses en l’air. Elle m’a botté le cul avec sa nouvelle à la con. Qu’elle s’en aille, quoi de plus naturel, depuis le temps que... Mais qu’elle t’emmène aussi toi, ma fille, mon enfant, et je ne saurais m’y faire.

Partir. Vivre ailleurs. C’est pas la mer à boire. Mais la potion est amère à boire.

On a à peine eu le temps de s’apprivoiser dans ce semi quotidien partagé entre toi et moi, que déjà il faut se séparer. Ce chemin de l’école, où nous avons vécu tant de choses, découvert la vie et le monde, ton monde, celui à la mesure de ta taille et de tes pas qui arpentaient les pavés de la vieille ville. La murette sur laquelle tu es montée, près de l’église, d’abord en me tenant la main, puis sans la main, puis presque en courant. Les multiples sauts depuis à peu près tout ce sur quoi tu pouvais grimper. Les carrefours, les petits piétons rouges et verts. Les escaliers D-P. et la vue sur la ville, la vue sur le monde. Et la toute petite ruelle pleine de crottes de pigeons que nous traversions vite vite pour éviter de s’en prendre une sur le crâne.

 

Tout cela et tout le reste - le manège, le toboggan du square V., Mélanie la boulangère, la bibliothèque et les poufs sur lesquels on se vautre les samedis d’hiver quand il ne fait ni beau ni chaud : ça déménage. Et moi je reste en rade. A quai. Echoué comme un vieux chalutier.

« La mer enseigne aux marins des rêves que les ports assassinent » (Bernard Giraudeau).

En rade. En radeau. Mené en bas-tôt. Balloté par les flots. La mer qui passe par-dessus bord me burine la gueule et se mélange aux larmes. Larmes de sel, larmes de sang. Sang-timents. Le sel me brûle.

C’est la vie, me dit celle qui t’emmène, qui t'arrache. C’était prévisible. La vie est une chienne, une chienne de vie. Certains construisent, d’autres reconstruisent. D’autres encore détruisent. Faire, défaire, refaire. Nous ne nous verrons plus qu’au prix de kilomètres et de planifications savantes, de négociations, de déceptions parfois.

 

« Depuis la nuit des temps l'histoire des pères et des mères prospère. Sans sommaire et sans faire d'impairs, j'énumère pêle-mêle, pères, mères. Il y a des pères détestables et des mères héroïques. Il a des pères exemplaires et des merdiques. Il y a les mères un peu pères et les pères mamans. Il y a les pères intérimaires et les permanents. Il y a les pères imaginaires et les pères-fiction. Et puis les pères qui coopèrent à la perfection. Il y les pères sévères et les mercenaires. Les mères qui interdisent et les permissions. Y a des pères nuls et des mères extra, or dix mères ne valent pas un père » (Fabien Marsaud, Grand Corps Malade).

- la petite souris est passée -

- la petite souris est passée -

En attendant tu vas t’éloigner, grandir dans d’autres rues, sous d’autres arbres, avec d’autres murettes et d’autres escaliers, dans une autre cour d’école sous d’autres tilleuls, auprès d’autres toboggans. Un autre s’émerveillera de tes progrès, sera le témoin privilégié de tes étonnements, de tes questionnements, de tes joies de tes chagrins de tes rires… Ton rire sardonique parfois, qui me fait tant rire justement. Nous ne partagerons plus que des moments fugaces à pas et minutes comptés, un chrono dans la main. Je te promets que nous en ferons des moments extraordinaires.

 

A l’automne déjà, y avait plus de boulot. Le printemps nous a dégouliné dessus en pluie. Voici l’été et tu es partie, petite souris. C’est déjà l’hiver qui revient. Trop tôt. Trop dur. C’est la vie.

 

« Mais alors, dit Alice, si le monde n’a absolument aucun sens, qui nous empêche d’en inventer un ? » (Lewis Caroll, Alice au pays des merveilles)

 

F.S 06/07/2016

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La dent

29 Avril 2016 , Rédigé par F.S Publié dans #Lettres à ...

 

Pain beurre confiture (de framboises). Tout se déroulait normalement, la radio égrenait sa matinale, j’écoutais d’une oreille distraite Olivier Besancenot sortir sa soupe habituelle, connue par cœur, une soupe servie mille fois. Je voyais bien que tu avais l’air de mâcher des guêpes. Ça ne pouvait pas venir du pain, ni du beurre, ni de la confiture : tu les adores. Alors quoi ? Tu m’as regardé et posé ton index à l’entrée de ta bouche, en disant : « papa, j’ai une dent qui bouge… »

J’ai voulu vérifier, et ça n’est pas si facile de le faire quand ça n’est pas une dent à soi. On a l’impression que c’est le bout de son propre doigt qui bouge, en réalité on ne s’en rend pas très bien compte. J’ai examiné attentivement la dent en question. En effet, elle bouge. Pas beaucoup, mais un peu quand même. Cette oscillation ne peut aller que crescendo…  

S’en est suivi une discussion sur « la petite souris ». Tu as dit : « on met la dent sous l’oreiller quand elle est tombée et pendant qu’on s’habille ou qu’on prend le petit déjeuner la petite souris apporte un cadeau ». J’ai tout de suite apporté les précisions nécessaires au bon déroulé de l’opération : « oui, enfin… si tu es sage ». Evidemment. Les petites souris, ça n’aime pas le désordre, malgré leurs capacités évidentes à s’en accommoder.

Après le petit déjeuner, tu as regardé l’intérieur de la machine à laver, comme si la « petite souris » s’y planquait déjà, guettant la chute dentaire. Je t’ai dit que non, elle ne pouvait pas arriver par ici, mais toi tu as remarqué un interstice au niveau de la fermeture et tu as dit que « peut-être elle passerait par là ». J’ai souri – c’est le cas de dire – en imaginant le tableau. C’était l’heure de partir à l’école, alors on est parti.

En revenant de t’y conduire, dans le petit matin frisquet d’une fin de mois d’avril, j’ai repensé à tout cela. Tu vas perdre une dent – un non évènement peut-être mais pour toi un grand – signe qu’irrémédiablement, le temps file, file, file, que tu grandis et avance dans la vie. Je suis le témoin privilégié de cette avancée, de cette marche en avant qui me réjouis en même temps qu’elle m’effraie. Il faut profiter de chaque seconde de cette vie-là, avant qu’elle ne disparaisse dans l’abîme du temps passé, du temps perdu, du temps qui ne se rattrape plus.

Au bord du fleuve je regarde le ciel sans nuage et le soleil me frappe la face à plein rayons. Je respire en grand pour faire entrer l’espoir du jour neuf dans mes poumons. Et je prie le ciel de me laisser longtemps de la mémoire pour me souvenir de matins comme celui-ci.

 

F.S

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Quelle sera ta rime ?

11 Avril 2016 , Rédigé par F.S Publié dans #Lettres à ...

- Sortir vivant -

- Sortir vivant -

Ça se passe toujours pendant le dîner… Entre la poire et le fromage jaillissent les fulgurances et le récit d’une journée d’école où, une fois n’est pas coutume, il ne faut pas désespérer de tout et particulièrement de ce qu’on peut y enseigner. Même aux minus. « Alice, c’est comme un écrevisse ; Richard, c’est comme un guépard ; Prunelle, c’est la mirabelle ; Camille c’est la chenille… » Etc., avec tous les prénoms des élèves de sa classe. Pas peu fière de son effet, l’enfant-qui-aime-l’école.

Que les ronchons aux arguments de grammairiens frustrés se taisent (j’en ai connu, et des retords, qui sont toujours en poste !) eux qui siffleraient entre leurs gencives que ce sont des « rimes pauvres ». Elles le sont. On s’en fiche comme d’une guigne, l’important nous semble  l’initiation aux fondements même de la poésie. Oh ! bien sûr, ce n’est pas encore de la prose ni des alexandrins façon Jean Racine, ni d’Edmond Rostand, ni du Musset ou encore moins du Lamartine ; ce n’est pas du Hugo ni du René Char ou du Rimbaud. Pas plus que du Claudel ou du Péguy, ni du Eluard ni du Heredia. C’est juste la simplicité d’une rime, la beauté d’une rime, l’apprentissage des richesses et sonorités d’une langue en cours de maîtrise, loin de l’être, mais tout de même en chemin.

Moi : « c’est à l’école que tu as appris ça ? (question idiote j’en conviens, où donc ailleurs aurait-elle appris ça ? En lisant La poésie pour les nuls ?)

Elle : « Oui ».

Moi : « La maîtresse vous apprend à faire des rimes ?! »

Elle, étonnée de mon insistance : « ben oui… »

Moi, interdit : « Et tu en as appris d’autres ? »

Elle : « Oui, tout les copains et copines de la classe trouvent une rime avec leur prénom, et on a aussi essayé avec d’autres mots ».

Moi : « … » (j’ai encore mangé froid).

Le lendemain matin, j’avise la maîtresse en question pour lui dire ce que j’en pense. Du bien, naturellement. Elle me répond qu’en effet, il s’agit pour les enfants de repérer les sons des mots qui se ressemblent, et que la séquence n’est pas terminée, qu’il y aura d’autres rimes.

D’un coup je me suis dit que dans ce monde qui va à vau-l’eau, dans le chao interminable du grand bordel ambiant, apprendre aux gosses – même les petits - à faire des rimes ne pouvait pas être une mauvaise chose, bien au contraire. Moi qui, depuis longtemps, avais récité quelques extraits de Cyrano de Bergerac à la tête blonde qui me tient la main au bout de mon bras, j’ai décidé de passer à la vitesse supérieure, du coup. Et en avant pour Rimbaud puisqu’il est ressorti de la bibliothèque suite au film Quand on a 17 ans qui s’ouvre par la lecture de Sensation, tiré du livret Poésies.

« Pars les soirs bleus d’été, j’irai dans les sentiers, picoté par les blés, fouler l’herbe menue : rêveur, j’en sentirai la fraîcheur à mes pieds. Je laisserai le vent baigner ma tête nue »… Elle n’a pas tout compris, mais qui a dit qu’une infusion de poésie devait produire du fruit immédiatement ?

Je repense aussi et même surtout à Aragon dans Ce que dit Elsa que je me suis si souvent récité, comme un mantra, aux heures bleues d’une vie d’étudiant en histoire, une grande écharpe autour du cou et la pipe au bec (pour faire style) : « Que ton poème soit dans les lieux sans amour où l’on trime où l’on saigne où l’on crève de froid. Comme un air murmuré qui rend les pieds moins lourds. Un café noir au point du jour. Un ami rencontré sur le chemin de croix ».

Et je lui dis à mon tour : quel sera ton poème ? Quelle sera ta rime ? Impossible de ne pas espérer quelque chose de la part de quelqu’un qui, déjà, apprend à en faire.

En route pour la joie !

FS

- Lignes de fuite -

- Lignes de fuite -

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Lettre à Georges B.

16 Janvier 2016 , Rédigé par F.S Publié dans #Lettres à ...

- Jeux interdits, jeux dangereux -

- Jeux interdits, jeux dangereux -

Cher Georges,

Tu me pardonneras cette familiarité j’espère. Tu es mort quand mon cerveau commençait vraiment à vivre, c'est-à-dire à peu près à l’âge dit de « raison ». A la maison, quand mon père y était encore, trônaient sur la platine comme on disait alors, des disques vinyles 33 tours, l’intégrale de Georges Brassens. Ton intégrale en somme. C’est à ce moment là que sont rentrés pour toujours dans mes oreilles des titres comme Les Copains d’abord, Le Gorille, Bancs publics, Le Parapluie, Une jolie fleur. Et des moins avouables comme Trompettes de la renommée, Misogynie à part, Fernande, etc. Plus tard – beaucoup plus tard – à la faveur d’une fin d’été un peu désœuvrée, j’ai acheté une guitare d’occasion, et j’ai commencé à me faire saigner les doigts dessus, comme dit l’autre, « l’homme en or ». La première chanson que j’ai su jouer en chantant en même temps fut La Mauvaise réputation, car les accords étaient très simples pour un guitariste débutant. Encore plus tard, je me suis coltiné la Supplique pour être enterré sur la plage de Sète, ou encore L’Auvergnat, dont les accords en « barré » me donnent encore aujourd’hui des crampes à la main gauche. C’était comme ça, "Brassens, il avait des gros doigts", m’avait-on dit, alors il jouait beaucoup de choses en barré, et inventait des positions sur le manche pour palier ce défaut. Je n’ai jamais réellement su si c’était vrai, mais le fait est là : pour apprendre à jouer tes chansons, il faut non seulement d’abord beaucoup les écouter, mais plus encore avoir une souplesse du poignet hors pair.

Un jour, j’ai décidé de te faire écouter à une petite fille qui tient ma main au bout de mon bras de singe (gorille ?). D’abord celles pour toutes les oreilles, puis celles pour « pas toutes les oreilles ». Après l’avoir quelques années délaissée et jouée plus épisodiquement, j’ai ressorti la guitare de l’étui où elle dormait depuis (trop) longtemps. Re belote, il a fallut que je me ré-assouplisse les doigts et le poignet, en reprenant tes chansons. C’est revenu assez vite, beaucoup plus que je ne le craignais. Alors je me suis mis en quête d’autres chansons que je n’avais pas encore essayé, comme Tonton Nestor, Les Philistins, Les Passantes, La Ballade des cimetières, Mathilde, et Le Bistrot. Cette dernière je l’aime beaucoup. Elle évoque des souvenirs du temps où je trainais mes guêtres du côté des Abbesses, Pigalle, la rue Lepic, et derrière la colline Montmartre le quartier Championnet-Ordener, dans le XVIIIe arrondissement de Paris.

« Dans un coin pourri, du pauvre Paris, sur une pla-a-ce. L’est un vieux bistrot, tenu par un gros dé-gueu-la-asse. Si t’as le bec fin, s’il te faut du vin première cla-a-sse, va boire à Passy, le nectar d’ici te dé-pa-asse ».

Elle a été de nombreuses fois reprise, souvent avec brio, et récemment je l’ai entendu sur France Culture (mais oui !) interprétée par Loïc Lantoine. Il m’a fichu un coup, le Lantoine, avec sa voix rauque dont on dirait justement qu’il en a bu pas mal du « nectar d’ici », à s’en matelasser le gosier justement... J’ai sorti la guitare de l’étui et c’était parti.

« Mais si t'as l' gosier qu'une armure d'acier ma-te-la-asse, goûte à ce velours, ce petit bleu lourd de mena-aces. Tu trouveras là la fine fleur de la po-pula-ace . Tous les marmiteux, es calamiteux, de la pla-ace. »

Evidemment, vu la « grandeur » du salon, quand je me décide à répéter tes chansons, Georges, la môme elle entend tout. Elle m’a même réclamé d’ouvrir l’autre étui, plus petit, pour en sortir la guitare d’étude ¾ que j’avais un jour ramené de Tarragone. Je lui ai installé sa petite chaise, et j’ai mis la ¾ entre ses bras, pour qu’elle imite. Ça fait parfois une drôle de cacophonie, mais enfin je me dis que ça n’est sûrement pas du temps perdu.

Cet après midi, il faisait froid, elle était un peu malade, j’ai décidé qu’on resterait au chaud à la maison. Elle m’a demandé de jouer, ce que je fis. Pour me chauffer la voix j’ai commencé par un de tes fils spirituel, Christian Olivier des Têtes raides, puis j’ai tourné la page où il y a Le Bistrot. J’ai recommencé plusieurs fois, jusqu’à ce que ça soit fluide. Elle « jouait » sur sa chaise, plaquant des accords imaginaires sur sa ¾. Et puis on est passé à autre chose, le soir est venu, le dîner aussi. Et là, entre deux bouchées de salade d’endives et un morceau de pizza (c’est la fête !), elle s’est mise à chantonner, prenant une voix la plus grave possible :

« Dans un coin pourri, du pauvre Paris, sur une pla-a-ce. L’est un vieux bistrot, tenu par un gros dé-gueu-la-asse. »

Je l’ai regardé, stupéfait, et elle a du penser un instant qu’elle avait dit une connerie (chanter à table remarque, c’est pas très correct, sauf pour un banquet de noces). Je lui ai dit : « et la suite ? » Elle m’a dit que c’était difficile, alors on y est allé à deux.

« Si t’as le bec fin, s’il te faut du vin première cla-a-sse, va boire à Passy, le nectar d’ici te dé-pa-asse ».

Et puis comme ça plusieurs fois jusqu’à ce que ça rentre bien dans son petit cerveau de môme de 4 piges. On a bien redis que « dégueulasse » ce n’était pas un mot à dire n’importe comment ni à n’importe qui, mais que dans la chanson ça passait, parce que c’était une chanson, justement et qu’il y avait un contexte.

En la couchant quelques instants après, je me suis dit deux choses : d’abord que j’étais quand même très fier qu’elle retienne déjà tes chansons (elle m’avait déjà fait le coup avec « gare au gori-i-i-i-lle » mais c’était juste le refrain). Et la deuxième chose que je me suis dit c’est que j’allais quand même faire gaffe avec Mathilde, Fernande et Le Nombril de la femme de l’agent de police

Voilà mon cher Georges, j’espère que cette lettre te trouvera là où tu es, sinon ne t’inquiète pas, je sens qu’un jour elle et moi on ira faire un tour du côté de Sète, au cimetière. Ça nous changera de Jarnac et du caveau de Mitterrand (cf ci-dessous). 

Je t’embrasse tonton Georges.

« Dans un coin pourri du pauvre Paris, sur une pla-ace. Une espèce de fée, d'un vieux bouge a fait un pala-ace. » 

F.S

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François Mitterrand expliqué à ma fille

8 Janvier 2016 , Rédigé par F.S Publié dans #Lettres à ...

- Au cimetière des Grand'maisons -

- Au cimetière des Grand'maisons -

Deux jours avant Noël, je t’ai emmenée au cimetière des Grand’maisons, à Jarnac, voir la tombe de François Mitterrand. Je vois déjà les sourcils des lecteurs se soulever en un mouvement brusque d’étonnement. « Mais que diable allait-il faire là-bas, avec une môme de 4 ans ? » Des photos, tout simplement. Un confrère non Charentais qui voulait faire un papier sur la personnalité complexe et aux multiples facettes de l’ancien président de la République, m’avait demandé si je pouvais passer dans ce lieu de pèlerinage socialo-républicain. C’était même un peu moi qui le lui avait proposé, enfin bref je m’étais dit que ça ferait une occasion de balade dans cette cité assoupie au bord du fleuve Charente. A quelques jours de la date anniversaire de son décès, ça pouvait avoir un charme provincial désuet qui n’est pas pour me déplaire.

Nous sommes passés entre les chais de cognac, reconnaissables à leurs murs noircis par le fameux champignon issu de l’évaporation des eaux-de-vie à travers les fûts de chêne : la part des anges (1). Quand j’ai ouvert la portière de la voiture, une forte odeur de résidus de raisins en pourriture m’a sauté au nez. Et toi tu as dit : « hum ! ça sent bon ici ! » Tu avais déjà marqué un point de Charentaise que tu n’es pas, mais que tu apprendras à devenir.

Puis nous sommes entrés dans le cimetière, aux allures de jardin tranquille, paisible, dans la quiétude et la douceur d’une après-midi de décembre qui ressemblait plus à un début d’automne. A quelques mètres de l’entrée, dans la partie nouvelle du cimetière, un fossoyeur, dont la moitié du corps se trouvait dans le caveau qu’il était en train de creuser, tapait la discute avec un couple de gens âgés, mais pas encore trop, suffisamment pour se sentir visiblement très concernés par l’endroit. Je ne me suis pas rendu compte que tu chantonnais les refrains de Noël du CD qu’on écoutait en boucle depuis trois semaines. Je t’ai dit : « chuuut ! moins de bruit ! c’est un cimetière ici ! » Et toi, sans te démonter, tu as répondu : « ah bon ? pourquoi ? Et alors ? » Oui, c’est vrai ça, pourquoi ? A dire vrai ce ne sont pas les locataires d’en dessous que ça va déranger et qui vont s’en plaindre…

 - Suivez les flèches -

- Suivez les flèches -

Nous avons suivi les panneaux indiquant la tombe que nous allions voir, celle de François Mitterrand, c’est très simple, c’est fléché. Nous avons tourné dans une allée plus ancienne, près de grands cyprès, et nous avons avancé jusqu’à l’endroit. « C’est là », j’ai dit. « Là quoi ? » as-tu répondu. « C’est là la tombe que je voulais voir, pour la prendre en photo ». Ca faisait longtemps que je n’y étais pas venu, environ quatorze ou quinze ans. La dernière fois, les deux gars que j’avais emmenés avaient ensuite raté leur train car j’avais mal calculé le temps pour revenir de Jarnac. Nous avions ri de cette farce élyséenne. Puis j’ai sorti l’appareil photo et j’ai shooté discrètement, avec une force tranquille, la tombe de François Mitterrand. Tu m’as demandé qui c’était, vu que la veille, déjà, je t’avais emmené dans un autre cimetière voir la tombe de tes arrières grands-parents, mes grands-parents. Je t’ai dit que c’était la tombe de François Mitterrand, un président de la République, que c’était un peu compliqué pour ton âge, mais qu’un jour tu comprendrais. J’ignore si la réponse t’a satisfaite, mais elle ne t’a pas déplu non plus. Et puis j’ai eu cette idée saugrenue, vu qu’il y a un banc en pierre en face du caveau, de caler le Nikon sur la sacoche de rangement et d’armer le retardateur, pour se prendre en photo devant la tombe de Mitterrand. Drôle d’idée quand j’y repense en vérité, moi qui n’ai pas une affection outre mesure ni outre-tombe pour le personnage, malgré le point commun d’avoir été, à environ un demi siècle d’écart, élève dans le même collège (Saint-Paul d’Angoulême). Je me suis aussi souvenu que, le lendemain de sa mort le 8 janvier 1996, alors jeune étudiant en histoire à Paris en Sorbonne, je m’étais spontanément rendu avenue Frédéric-Le-Play signer un livre de condoléances, « au nom des anciens élèves du collège Saint-Paul d’Angoulême », en songeant à tout ce qu’il avait pris dans la figure par les jeunes gommeux de droite mal dégrossis que nous étions alors… 

François Mitterrand expliqué à ma fille

Le retardateur a fait son boulot, j’ai doublé la photo « au cas où » et je t’ai photographiée aussi devant le caveau. En regardant le résultat ensuite, sur l’écran de l’ordinateur, je m’aperçois que sans faire exprès je tire une tronche un peu comme lui, bouche pincée et les yeux plissés ; et toi tu affiches un grand sourire comme si on allait faire des tours de manège. Tu as alors dit : « tu le connaissais ce monsieur ? » et je t’ai répondu « non, pas directement, enfin si un peu ; je l’ai vu à la télé. » Puis je t’ai dit : « Il n’était pas vraiment socialiste et pourtant il en fut probablement son principal fossoyeur ». Tu m’as fixé et tu as dit, très sérieusement : « on y va ? » J’ai regardé une dernière fois l’intérieur du caveau et on est parti. Comme ça ne t’avais pas coupé l’appétit, arrivé à la voiture tu as goûté. Et moi, songeur, j’ai compté les grains de raisins secs des tranches de panettone que tu étais en train d’engouffrer joyeusement. Je songeais aussi que pour beaucoup de ceux qui avaient rêvé d’une vie en rose au lendemain du 10 mai 1981, les raisins de la colère avaient eux aussi été rapidement bien secs.

Vingt ans après sa mort, on en est toujours au même point.

F.S

  1. En réalité et moins poétique, le torula compniacensis, un champignon microscopique qui se nourrit, le veinard, des vapeurs d’alcool. 
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Baguette magique

11 Décembre 2015 , Rédigé par F.S Publié dans #Lettres à ...

- ça sent le sapin -

- ça sent le sapin -

Hier soir, sans prévenir, entre deux bouchées de coquillettes au comté râpé, tu m’as sorti cette fulgurance : « moi, j’aimerai bien avoir une baguette magique ! » J’ai cessé de mâcher, et je t’ai demandé, intrigué : « ah bon ? Et… qu’est-ce que tu ferais, avec cette baguette magique ? » Tu as répondu avec un sourire naturel à désarmer un militant du Front national : « Je transformerais M. (1) en étoile ». Moi : « Et… tu en ferais quoi, après ça ? » Elle : « Je le laisserais comme ça… » Et puis tu as repris une fourchette de coquillettes au comté râpé.

L’enfance - tout le monde le sait - est une source i-né-pui-sa-ble de surprises, de spontanéité sans calcul, de joies et d’émotions simples. On peut détester cela – et il s’en trouve. On peut être complètement gaga devant ça, au point d’en perdre le sens du discernement – et il s’en trouve. On peut aussi juste profiter de l’instant, de ces moments qui débarquent sans préavis dans le quotidien banal d’une vie banale. D'une vie de chien parfois. Là, on mangeait juste des coquillettes (de loin la forme de pâtes que je déteste le plus…), avec du fromage râpé pour les uns (elle) et de l’huile d’olive et de l’ail pour les autres (moi). Ca surgit, comme ça, et c’est tout. Ensuite, la vie reprend son cours, comme si de rien était

Dans le bordel actuel ambiant, alors qu’on sent une tension sociale crasseuse qui dégouline de partout, dans les rues, dans les commerces, dans les entreprises, dans les familles mêmes, ce genre de fulgurance de l’imaginaire débridé fait du bien. J’ai la faiblesse de le croire. Et même au pire, si par malheur un jour j’étais jugé et condamné pour ça sur un bûché des vanités, je ne regretterais pas d’en avoir été le témoin.

Parce que cela nous rappelle, ma chère petite, ce pour quoi nous sommes vraiment fait et ce pour quoi nous sommes là à trimer comme des chiens parfois sur cette « terre de désolation » : la beauté du rêve, l’immensité du rêve, de l’impossible, de l’inaccessible, de l’incompressible. L’incroyable et pourtant réelle beauté d'une envie de changer les choses, juste d’un coup de baguette magique

 

  1. LE copain. 

 

FS. 11/12/15

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