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Le jour. D'après fred sabourin

Articles récents

La dent

29 Avril 2016 , Rédigé par F.S Publié dans #Lettres à ...

 

Pain beurre confiture (de framboises). Tout se déroulait normalement, la radio égrenait sa matinale, j’écoutais d’une oreille distraite Olivier Besancenot sortir sa soupe habituelle, connue par cœur, une soupe servie mille fois. Je voyais bien que tu avais l’air de mâcher des guêpes. Ça ne pouvait pas venir du pain, ni du beurre, ni de la confiture : tu les adores. Alors quoi ? Tu m’as regardé et posé ton index à l’entrée de ta bouche, en disant : « papa, j’ai une dent qui bouge… »

J’ai voulu vérifier, et ça n’est pas si facile de le faire quand ça n’est pas une dent à soi. On a l’impression que c’est le bout de son propre doigt qui bouge, en réalité on ne s’en rend pas très bien compte. J’ai examiné attentivement la dent en question. En effet, elle bouge. Pas beaucoup, mais un peu quand même. Cette oscillation ne peut aller que crescendo…  

S’en est suivi une discussion sur « la petite souris ». Tu as dit : « on met la dent sous l’oreiller quand elle est tombée et pendant qu’on s’habille ou qu’on prend le petit déjeuner la petite souris apporte un cadeau ». J’ai tout de suite apporté les précisions nécessaires au bon déroulé de l’opération : « oui, enfin… si tu es sage ». Evidemment. Les petites souris, ça n’aime pas le désordre, malgré leurs capacités évidentes à s’en accommoder.

Après le petit déjeuner, tu as regardé l’intérieur de la machine à laver, comme si la « petite souris » s’y planquait déjà, guettant la chute dentaire. Je t’ai dit que non, elle ne pouvait pas arriver par ici, mais toi tu as remarqué un interstice au niveau de la fermeture et tu as dit que « peut-être elle passerait par là ». J’ai souri – c’est le cas de dire – en imaginant le tableau. C’était l’heure de partir à l’école, alors on est parti.

En revenant de t’y conduire, dans le petit matin frisquet d’une fin de mois d’avril, j’ai repensé à tout cela. Tu vas perdre une dent – un non évènement peut-être mais pour toi un grand – signe qu’irrémédiablement, le temps file, file, file, que tu grandis et avance dans la vie. Je suis le témoin privilégié de cette avancée, de cette marche en avant qui me réjouis en même temps qu’elle m’effraie. Il faut profiter de chaque seconde de cette vie-là, avant qu’elle ne disparaisse dans l’abîme du temps passé, du temps perdu, du temps qui ne se rattrape plus.

Au bord du fleuve je regarde le ciel sans nuage et le soleil me frappe la face à plein rayons. Je respire en grand pour faire entrer l’espoir du jour neuf dans mes poumons. Et je prie le ciel de me laisser longtemps de la mémoire pour me souvenir de matins comme celui-ci.

 

F.S

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Une journée sans arbre est une journée de perdue

24 Avril 2016 , Rédigé par F.S Publié dans #émerveillement

Celle-ci ne le sera donc pas, dans le parc du château de Cheverny, avant que la pluie n'arrive... A leurs pieds, on se sent tout petit, mais vivants. Comme aspiré par eux vers la canopée. Touchons du bois, avant d'être couché dedans.

 

- Looking for Tintin & Haddock captain -

- Looking for Tintin & Haddock captain -

Une journée sans arbre est une journée de perdue
- Une allée de 800 mètres de cèdres, âgés de 169 ans -

- Une allée de 800 mètres de cèdres, âgés de 169 ans -

Une journée sans arbre est une journée de perdue
- Les pieds d'éléphants aiment les milieux humides, et viennent du bayou de Louisiane -

- Les pieds d'éléphants aiment les milieux humides, et viennent du bayou de Louisiane -

- Beaucarnéa, ou "pied d'éléphant" -

- Beaucarnéa, ou "pied d'éléphant" -

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Quelle sera ta rime ?

11 Avril 2016 , Rédigé par F.S Publié dans #Lettres à ...

- Sortir vivant -

- Sortir vivant -

Ça se passe toujours pendant le dîner… Entre la poire et le fromage jaillissent les fulgurances et le récit d’une journée d’école où, une fois n’est pas coutume, il ne faut pas désespérer de tout et particulièrement de ce qu’on peut y enseigner. Même aux minus. « Alice, c’est comme un écrevisse ; Richard, c’est comme un guépard ; Prunelle, c’est la mirabelle ; Camille c’est la chenille… » Etc., avec tous les prénoms des élèves de sa classe. Pas peu fière de son effet, l’enfant-qui-aime-l’école.

Que les ronchons aux arguments de grammairiens frustrés se taisent (j’en ai connu, et des retords, qui sont toujours en poste !) eux qui siffleraient entre leurs gencives que ce sont des « rimes pauvres ». Elles le sont. On s’en fiche comme d’une guigne, l’important nous semble  l’initiation aux fondements même de la poésie. Oh ! bien sûr, ce n’est pas encore de la prose ni des alexandrins façon Jean Racine, ni d’Edmond Rostand, ni du Musset ou encore moins du Lamartine ; ce n’est pas du Hugo ni du René Char ou du Rimbaud. Pas plus que du Claudel ou du Péguy, ni du Eluard ni du Heredia. C’est juste la simplicité d’une rime, la beauté d’une rime, l’apprentissage des richesses et sonorités d’une langue en cours de maîtrise, loin de l’être, mais tout de même en chemin.

Moi : « c’est à l’école que tu as appris ça ? (question idiote j’en conviens, où donc ailleurs aurait-elle appris ça ? En lisant La poésie pour les nuls ?)

Elle : « Oui ».

Moi : « La maîtresse vous apprend à faire des rimes ?! »

Elle, étonnée de mon insistance : « ben oui… »

Moi, interdit : « Et tu en as appris d’autres ? »

Elle : « Oui, tout les copains et copines de la classe trouvent une rime avec leur prénom, et on a aussi essayé avec d’autres mots ».

Moi : « … » (j’ai encore mangé froid).

Le lendemain matin, j’avise la maîtresse en question pour lui dire ce que j’en pense. Du bien, naturellement. Elle me répond qu’en effet, il s’agit pour les enfants de repérer les sons des mots qui se ressemblent, et que la séquence n’est pas terminée, qu’il y aura d’autres rimes.

D’un coup je me suis dit que dans ce monde qui va à vau-l’eau, dans le chao interminable du grand bordel ambiant, apprendre aux gosses – même les petits - à faire des rimes ne pouvait pas être une mauvaise chose, bien au contraire. Moi qui, depuis longtemps, avais récité quelques extraits de Cyrano de Bergerac à la tête blonde qui me tient la main au bout de mon bras, j’ai décidé de passer à la vitesse supérieure, du coup. Et en avant pour Rimbaud puisqu’il est ressorti de la bibliothèque suite au film Quand on a 17 ans qui s’ouvre par la lecture de Sensation, tiré du livret Poésies.

« Pars les soirs bleus d’été, j’irai dans les sentiers, picoté par les blés, fouler l’herbe menue : rêveur, j’en sentirai la fraîcheur à mes pieds. Je laisserai le vent baigner ma tête nue »… Elle n’a pas tout compris, mais qui a dit qu’une infusion de poésie devait produire du fruit immédiatement ?

Je repense aussi et même surtout à Aragon dans Ce que dit Elsa que je me suis si souvent récité, comme un mantra, aux heures bleues d’une vie d’étudiant en histoire, une grande écharpe autour du cou et la pipe au bec (pour faire style) : « Que ton poème soit dans les lieux sans amour où l’on trime où l’on saigne où l’on crève de froid. Comme un air murmuré qui rend les pieds moins lourds. Un café noir au point du jour. Un ami rencontré sur le chemin de croix ».

Et je lui dis à mon tour : quel sera ton poème ? Quelle sera ta rime ? Impossible de ne pas espérer quelque chose de la part de quelqu’un qui, déjà, apprend à en faire.

En route pour la joie !

FS

- Lignes de fuite -

- Lignes de fuite -

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Art contemporain à Chaumont-sur-Loire : c'est la saison

3 Avril 2016 , Rédigé par F.S Publié dans #concept

Petite déambulation au Domaine de Chaumont-sur-Loire, pour la 8e saison des expositions d'art contemporain.

Photos (c) F.S.

- "Cairn" d'Andy Goldsworthy -

- "Cairn" d'Andy Goldsworthy -

- "Chaos" de Vincent Barré -

- "Chaos" de Vincent Barré -

- El Anatsui, artiste ghanéen vivant au Nigéria. Oeuvre constituée de "matériaux de rebut" -

- El Anatsui, artiste ghanéen vivant au Nigéria. Oeuvre constituée de "matériaux de rebut" -

- El Anatsui (détail). Lion d'or à la Biénnale de Venise en 2015 -

- El Anatsui (détail). Lion d'or à la Biénnale de Venise en 2015 -

Art contemporain à Chaumont-sur-Loire : c'est la saison
- Wang Keping (sculptures sur bois noircies au feu) ; artiste chinois autodidacte -

- Wang Keping (sculptures sur bois noircies au feu) ; artiste chinois autodidacte -

- Wang Keping -

- Wang Keping -

- "Ailleurs, ici" de Sarkis. (12 de ses 72 vitraux ont été conçus spécialement pour le Domaine) -

- "Ailleurs, ici" de Sarkis. (12 de ses 72 vitraux ont été conçus spécialement pour le Domaine) -

- Cours intérieure du château de Chaumont/Loire -

- Cours intérieure du château de Chaumont/Loire -

- Par la fenêtre -

- Par la fenêtre -

- 1000 km, 1001 histoires -

- 1000 km, 1001 histoires -

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Quand on a 17 ans

31 Mars 2016 , Rédigé par F.S Publié dans #chronique cinéma

Le nouveau film d’André Téchiné s’attache à monter - avec en toile de fond la montagne - la rivalité puis la séduction de deux adolescents, Tom et Damien. Ça n’est pas la première fois que Téchiné s’intéresse à cet âge de la vie où tout semble possible. Mais c’est sans doute la plus belle car la plus vive.

(c) Wild Bunch Distribution

(c) Wild Bunch Distribution

Quand on a 17 ans commence, il fallait s’en douter, par un poème de Rimbaud, déclamé en classe par Damien. « Par les soirs bleus d’été, j’irai par les sentiers, picoté par les blés, fouler l’herbe menue… » Le poème se nomme Sensation. Le reste du film sera à l’image de ce titre.

On ne devrait plus dire « On n’est pas sérieux quand on a 17 ans », comme disait le poète ardennais échevelé. On ne devrait plus le dire, car ce que vivent Tom et Damien, ainsi que les parents de ces derniers, est on ne peut plus sérieux, justement.

L’action se déroule dans les Pyrénées ariégeoises. Tom, bel adolescents métisse adopté par une famille d’éleveurs, parcourt quotidiennement la montagne les pieds dans la neige pendant une heure pour rejoindre un arrêt de bus perdu au milieu de nulle part. Damien, vit en ville, auprès de Marianne, sa mère, à la fois très maternelle et effroyablement sexy. Son père, pilote d’hélicoptère, fait la guerre, loin. Les deux adolescents se frôlent, se battent, leur rivalité est brutale comme elle peut l’être à l’âge où l’on se sent invincible en cherchant à dompter la vie. La mère de Tom tombant enceinte, Marianne, médecin de campagne, propose à Thomas de venir habiter quelques temps chez elle avec Damien. Il pourra ainsi mieux réviser son bac et éviter les longs trajets pour venir au lycée. D’abord contraint, Tom accepte. La rivalité avec Damien se mue en séduction, sous les assauts de ce dernier, amoureux de lui. Ce désir fou le fascine en même temps qu’il lui fait peur : osera-t-il franchir le pas ? Est-il vraiment attiré par les garçons ? Tom lui résiste, tout en découvrant des sentiments partagés pour Damien.

Dans une interview au "Monde", André Téchiné (73 ans) avoue qu’il avait « simplement des images dans la tête, insistantes : un rite de passage, deux adolescents qui se battent, un portrait de femme heureuse, les montagnes des Pyrénées, un personnage métissé dans la neige, quelqu’un qui hurle dans la nuit après la mort d’un être cher ». De ces images, il en tire, avec la scénarise Céline Sciamma (37 ans), un film brillant, tel qu’il put le faire avec Les Roseaux sauvages en 1994, J’embrasse pas en 1991, Le Lieu du crime en 1987, où il se frottait déjà à la douloureuse et si belle période de l’adolescence.

Pour bâtir l’œuvre, qui signe un retour positif après les étranges Impardonnables (avec André Dussollier et Carole Bouquet en 2011) et L’Homme qu’on aimait trop (avec Guillaume Canet et Catherine Deneuve en 2014), André Téchiné a déniché deux jeunes acteurs qui donnent toute l’épaisseur nécessaire à la rivalité et la séduction des deux lycéens. Kacey Mottet Klein (Damien), et Corentin Fila (Tom) s’approchent, se frôlent, se heurtent, s’aiment enfin osant succomber au désir trop longtemps contenu car effrayant pour l’un comme pour l’autre. A l’âge où l’on souhaite tant maîtriser sa vie, son destin, se pensant irrésistible face au réel, comment en effet se laisser aller à cet amour contre-nature, dans une petite ville des Pyrénées et dans deux familles où rien ne peut laisser imaginer une telle issue pour un jeune homme ?

Quand on a 17 ans est aussi l’histoire des corps. Ceux des adolescents – il faut voir cette scène où Tom plonge dans l’eau glacée d’un lac de montagne où se reflètent les arbres nus de l’hiver – mais celui de Marianne aussi (Sandrine Kiberlain) à la fois maternel, délicat, craquant du désir inassouvi et creusé par l’absence du mari parti au loin. La bienveillance qu’elle apporte à ces deux jeunes hommes tiraillés par leurs pulsions apporte une touche éclatante au film.

« Je ne parlerai pas, je ne penserai rien : mais l’amour infini me montera dans l’âme, et j’irai loin, bien loin, comme un bohémien, par la Nature, heureux comme avec une femme » clôt la Sensation d’Arthur Rimbaud, joint à une lettre envoyée à Théodore de Banville en mai 1870. Il n’a pas encore 16 ans. Quand le film d’André Téchiné se referme, on repense à son adolescence et à ce qu’elle fut, avec une pointe de nostalgie et de mélancolie. Aucun doute possible : nous sommes bien entrés dans l’âge (ingrat) des adultes.

F.S

 

Quand on a 17 ans, d'André Téchiné. 1h54. Sortie le 30 mars.

Damien (Kacey Mottet Klein) et Thomas (Corentin Fila). (c) Wild Bunch Distribution

Damien (Kacey Mottet Klein) et Thomas (Corentin Fila). (c) Wild Bunch Distribution

Sandrine Kiberlain (à g.) (c) Wild Bunch Distribution

Sandrine Kiberlain (à g.) (c) Wild Bunch Distribution

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Je crois que je peux voler ("I believe, I can fly")

29 Mars 2016 , Rédigé par F.S Publié dans #montagne

Portfolio 26-28 mars 2016. Pâques est un jour de fête où la montagne pyrénéenne se drape de blanc.

- Qui est aux cieux ? -

- Qui est aux cieux ? -

- I believe, I can fly -

- I believe, I can fly -

- Faire le pas en avant -

- Faire le pas en avant -

- Humanité canine -

- Humanité canine -

- Pâques au balcon -

- Pâques au balcon -

(c) F.S & M.L. Grand angle 10x24 mm. Nikon D300.

A suivre : "Je m'en irai dormir dans le paradis blanc".

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Jungle de Calais : la grande générosité et dangerosité de l’homme

20 Février 2016 , Rédigé par F.S Publié dans #Presse book

Dans trois jours l’arrêté préfectoral ordonnant le démantèlement de la partie sud de la « jungle » de Calais entrera en vigueur. Environ 1500 personnes seront déplacées, mais où ? Centre d’accueil provisoire (CAP) ou Centre d’accueil et de d’orientation (CAO) : peu de migrants souhaitent y aller, malgré les conditions dantesques dans lesquelles ils évoluent actuellement. Récit d’un samedi à marauder dans les refuges de fortune, entre thé et restaurants afghans.

Jungle de Calais : la grande générosité et dangerosité de l’homme

Sur un poteau solitaire à l’entrée de la jungle, près du pont de la RN 216 qui mène au terminal ferry de Calais, l’arrêté préfectoral est agrafé. On peut y lire : « Il est fait commandement aux occupants sans droit ni titre du site dit de « la Lande » de libérer de toutes personnes et de tous biens l’emprise située dans la zone dite « sud » du camp (…) au plus tard le mardi 23 février à 20 heures ». A-t-on vu le début d’un déménagement, samedi après midi trois jours avant l’heure dite ? Non. Des inquiétudes quant à ce qui va réellement se passer mardi soir ? A peine plus. Pour en avoir le cœur net, deux bénévoles d’une associations d'aide aux migrants ont frappé aux portes des shelter, ces petits refuges en planches et bâches bleues, grises ou noires qui peuplent le bidonville, jouxtant buissons, immondices et boue. Entre musique et thé offert de bon cœur, les migrants sont au courant de l’arrêté de démantèlement, mais demeurent flegmatiques. A croire qu’ils sont déjà Anglais, alors que l’espoir s’amoindri de jour en jour. « On essaie de sortir toutes les nuits », disent ces Syriens dans leur petit shelter capitonné de tissus aux couleurs du club de football de Bradford. « Mais on craint de plus en plus de se faire taper par les fachos. Et quand il pleut trop, on ne sort pas. » Les « fachos » sont des habitants de Calais, excédés par la présence des migrants et qui s’organisent en milice plus ou moins structurées, traquant les migrants dans les rues ou aux alentours de la jungle. Un groupe Facebook, les vrais Calaisiens en colère, regroupe plus de 3500 personnes. Les Calaisiens en colère en regroupent 66.485. Sauvons Calais : 20.745. Parce qu’ils sont habillés en noir et portent des rangers, les migrants les confondent avec la police. Au début du mois de février, plusieurs cas de migrants passés à tabac ont alerté les ONG comme Médecins du Monde (MDM) ou Médecins sans frontières (MSF). Des plaintes ont été déposées. 

- Le 23 février à 20 heures... -

- Le 23 février à 20 heures... -

« On ne se faisait pas d’illusions sur l’Europe, on savait que c’est un continent où il fait froid, où la vie n’est pas forcément plus facile qu’ailleurs malgré ce qu’on peut croire. Mais pour nous, c’est mieux que la guerre, et il n’y a pas de retour possible ». Ces jeunes Syriens, qui nous accueillent en pianotant régulièrement sur leurs smartphones en nous proposant une barre de chocolat viennent tous de la même ville, Deraa. Le plus jeune, un mineur de 15 ans, a essayé d’embarquer à bord d’un train il y a trois semaines. Pris par la police, il a reçu un jet de gaz lacrymogène en plein visage, sa bouche et son menton ont été brûlés. Les bénévoles de MSF l’ont soigné sur place. MDM est allé porté plainte avec lui. Un autre profite de la présence d’une infirmière – pourtant de repos ce jour-là – pour évoquer des soucis de santé : des calculs rénaux. Il sort des photocopies de radios des reins, et évoque un frère déjà présent en Angleterre, qui pourrait lui proposer de se faire soigner là-bas. Est-ce une raison suffisante pour avoir la possibilité de s’y rendre ? « Il faut que tu ailles à la tente juridique, ils te diront ce qui est possible ou pas », indique Anne, traductrice de langue arabe.

Un peu plus loin, le Good chance center, autrement nommé « le dôme » : une structure construite par des bénévoles anglais, abrite des ateliers d’arts de tous genres, dessins, photos, danse acrobatique, et même ce samedi-là de la boxe thaï. Sur une table où trône des feuilles de dessins, un migrant afghan colorie à travers des pochoirs. Une scène d’une étonnante fraîcheur de la part d’un adulte, qui détonne dans le contexte. « Avec ça, j’oublie, un peu », dit-il, à peine gêné par la question. 

- Maraude dans la zone sud, qui doit être démantelée -

- Maraude dans la zone sud, qui doit être démantelée -

Autre ambiance dans le quartier libyen et soudanais, où le thé coule dans les tasses à peine installés dans les refuges de fortune, aménagés avec un sens de la débrouille à reléguer l’inventeur du système D au rang de petit joueur. Dans l’entrée, un homme pédale sur un vélo posé sur des cales, afin de produire le courant nécessaire à la recharge de téléphones portables posés devant lui. Dans une cocotte sur une gazinière reviennent des oignons. Un brasero dehors fait bouillir de l’eau. Trois libyens roulent en riant une cigarette assis sur un canapé sans forme. Un jeune soudanais parlant parfaitement français raconte ses déboires dans sa demande d’asile, déposée fin 2014 et en souffrance depuis. Une enceinte sono digne d’une boîte de nuit, récupérée on ne sait où, diffuse de la musique reggae, et même James Blunt, chanteur pop anglaise adulé par toute une génération… Au moment du départ, ils cherchent à retenir les visiteurs à déjeuner mais la maraude continue vers les cabanes des Soudanais. De nouveau du thé et une partie de dominos chèrement disputée. Dans un coin, une partie de rami. La discussion s’engage. Le démantèlement ? « Ah bon ? On ne sait pas trop… C’est quand ? » interroge l’un d’eux chaussé de tongs, pas vraiment les chaussures adaptées à l’hiver calaisien. Dans la jungle, on vit au jour le jour. 

- La maison des Libyens -

- La maison des Libyens -

Dans l’avenue principale – car c’en est une – bordée des restaurants afghans et commerces vendant de tout (et même davantage), les odeurs d’épices et de cuisine orientale poussent à entrer dans le « Kaboul café ». Un écran plat de télévision diffuse des clips kitsch devant lequel se sont rassemblés des hommes, majoritairement jeunes, qui semblent attendre la nuit comme d’autres guettent le jour dans l’espoir d’avoir moins froid. Du thé au lait fortement sucré coule dans les verres en plastique, et le riz aux haricots rouges remplit les assiettes. A peine deux heures avant, dans l’après-midi, un coup de feu à retenti tout près d’ici, informe le site Internet du quotidien local La Voix du Nord. Un migrant d’origine afghane d’une trentaine d’année aurait été blessé, de source policière «  à la colonne vertébrale ». Rixe entre migrants ou règlement de compte isolé ? Trop tôt pour le dire. Cet évènement est survenu pendant que les deux bénévoles que nous suivions étaient accueillies par les Syriens, Libyens, Soudanais et Afghans, comme un concentré du Moyen-Orient rassemblé à deux pas des dunes de Calais. Grande générosité et dangerosité de l’homme s’y côtoient. Jusqu’à quand ? Mardi soir, 20 heures, l’arrêté préfectoral…

F.S

- Le CAP (Centre d'accueil provisoire) containers entourés de grilles. Peu de migrants souhaitent réellement y aller. Leurs empreintes sont prises en rentrant, et ils sont confinés dans les boîtes -

- Le CAP (Centre d'accueil provisoire) containers entourés de grilles. Peu de migrants souhaitent réellement y aller. Leurs empreintes sont prises en rentrant, et ils sont confinés dans les boîtes -

Jungle de Calais : la grande générosité et dangerosité de l’homme
- Jeux dans la cour de l'école des Dunes, elle aussi sur la zone sud qui doit être démantelée -

- Jeux dans la cour de l'école des Dunes, elle aussi sur la zone sud qui doit être démantelée -

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Fulgence, « the teacher » au camp du Basroch

19 Février 2016 , Rédigé par F.S Publié dans #Presse book

Dans le camp du Basroch à Grande-Synthe, un homme debout les deux pieds dans la boue du cloaque tente de tirer les enfants de migrants vers le haut. Avec une école.

- l'école du Basroch, à Grande-Synthe -

- l'école du Basroch, à Grande-Synthe -

A Grande-Synthe, dans la banlieue de Dunkerque, le quartier porte le nom de « Basroch ». Aussi étrange que cela puisse paraître, c’est son vrai nom. Là, entre un éco-quartier tout neuf, Jardiland et Décathlon, jouxtant un stade de foot, un terrain marécageux. Un cloaque indescriptible. Une décharge à ciel ouvert. A chaque pas, il faut arracher littéralement ses bottes à 30 cm de boue, d’ordures, de couvertures et de matelas gorgés d’eau. Là sont plantées – on devrait plutôt dire qu’elles y flottent – des tentes Quechua consolidées par des bâches. La gale, la grippe, la rougeole, se disputent le haut du tableau. Au milieu de ce chaos innommable, une tente kaki sur laquelle on peut lire : école - school. Entre deux chemins fait de palettes boueuses, un homme à la tignasse rouquine parsemé de cheveux gris-blancs, émerge. C’est Benoît Cuchet, alias Fulgence, mais beaucoup l’appellent ici « the teacher ».

Fulgence, « the teacher » au camp du Basroch

Fulgence vient à l’origine de l’abbaye bénédictine Saint-Georges, à Saint-Martin-des-Bois, dans le Loir-et-Cher. Mais il n’était pas du genre à rester les deux pieds dans la même sandale : il a pris l’air depuis longtemps, pour étudier à Oxford tout d’abord puis à l’Ecole biblique de Jérusalem, passé cinq ans à Gaza, à faire de l’éducation dans les camps palestiniens, entre deux attentats terroristes. Il est ensuite rentré en France… en vélo, tout simplement. L’urgence l’a rattrapé, et déposé là, à Grande-Synthe, camp de migrants passé en quelques semaines de 80 personnes (depuis 2006) à environ 2.500, à l’automne dernier, entre fin septembre et fin novembre. « Mais on est retombé à 1.200 », dit-il comme si cela changeait la donne : ceux qui sont partis n’ont pas emporté la boue avec eux. « Je ne pouvais pas rester sans rien faire. Pour moi la question essentielle est ‘qui est mon prochain ?’ Il est ici, je dois y être aussi. » En attendant que le camp de réfugiés avec grandes tentes, toilettes et douches, construit sur un terrain communal par MSF puisse être vraiment opérationnel (fin mars, si tout va bien), il faut survivre ici. « Il y a eu jusqu’à 200 enfants, majoritairement des Kurdes irakiens, qui ont fuit les persécutions de Daesh ». Comme pour défier le chaos, le camp est organisé en deux parties : les familles d’un côté, les hommes seuls de l’autre. Parmi eux, un certain nombre de mineurs isolés, dont beaucoup de bénévoles associatifs se demandent ce qu’ils vont devenir. Tous espèrent encore pouvoir passer en Angleterre, mais l’espoir est aussi faible que le prix est fort : environ 10.000 € demandés par des passeurs sans états d'âmes, qui font régner la loi sur le camp, et dont le nom ne se prononce jamais..

 

 
- Benoît, alias Fulgence, dans la yourte construite de ses mains et chauffée par un poêle de récupération -

- Benoît, alias Fulgence, dans la yourte construite de ses mains et chauffée par un poêle de récupération -

Obnubilé par l’éducation, « seul moyen d’humaniser un peu cette désespérance » se lamente Fulgence, il a ouvert une petite école au centre du camp, aussitôt arrivé sur place, en décembre dernier. « Une vingtaine d’enfants viennent tous les jours – sauf le vendredi – prendre des cours de français, d’anglais, dispensés par Rory, un Irlandais rencontré pendant mes études à Oxford, et un autre prof venu nous aider ». Et lui aussi, bien sûr. Au départ, il a utilisé une yourte qui servait de salle de récréation pour les enfants dont on se doute bien que la place n’est pas vraiment d’être dans cette décharge à ciel ouvert. « J’ai construit une autre école avec une grande tente, que la tempête a arrachée il y a quelques semaines. On reconstruit, je dois installer des palettes pour rendre le sol plus convenable. En attendant, on a commencé, on écrit sur tout ce qu’on peut trouver ». Accrochées sur un fil, des feuilles grand format avec des chiffres, et des dessins pour apprendre à compter. Les associations AFEV (lutte contre les inégalités) et la britannique Edlumino (aide par l’éducation) étaient déjà sur le coup, « mais l’idée était aussi d’y intégrer des adultes » ajoute Fulgence. « Les classes sont de tous les niveaux, la plupart des enfants ne sont pas scolarisés depuis deux ans ». Quarante kilomètres plus loin, dans la « jungle » de Calais, l’école laïque du Chemin des Dunes est ouverte depuis juillet 2015, dans la zone sud en cours de démantèlement. Elle s’est développée grâce à Virginie Tiberghien, bénévole et orthophoniste de profession qui la coordonne, et depuis début février une trentaine de bénévoles accueillent chaque jour une vingtaine d’enfants : Kurdes, Soudanais, Syriens, Afghans, Irakiens, Iraniens… Deux heures de français et un support en anglais. « A Grande-Synthe il n’y avait rien. Quand on pense caritatif, on se préoccupe d’abord d’un toit, de la nourriture, de quoi se chauffer etc. D’ailleurs ça vient assez vite et ça marche assez bien. On ne pense jamais à l’école, alors que c’est un droit prioritaire en Europe », et même une obligation en France pour les 6-16 ans.

 

- Distribution de soupe près des tentes où sont abritées des familles kurdes -

- Distribution de soupe près des tentes où sont abritées des familles kurdes -

Dans le futur camp de réfugiés qui ouvrira le long de l’autoroute A16, Fulgence travaille déjà à l’installation de l’école. « Je souhaite qu’elle soit au centre du camp», dit-il. « Avec l’école, on créé une dynamique de village. On humanise le début d’une possible intégration de ceux qui ne rejoindront jamais l’Angleterre » ajoute-t-il avec conviction. On le suit jusque dans une grande tente en forme de chapiteau, où vit une famille kurde avec deux enfants, et Souan, la mère, est enceinte de cinq mois. Sur un cahier d’écolier, pendant que le thé chaud coule dans les verres, la petite Maïli, quatre ans, écrit sans mot dire sur un cahier d’écolier : « maman » en lettres capitales.

L’éducation fait tenir debout dans la boue. Et Fulgence part dans un grand rire qui déchire le chaos du « Basroch ». Le teacher est ici connu et apprécié de tous, car il redonne de la dignité aux naufragés de cet enfer à ciel ouvert, sur lequel s’abat une pluie glaciale alors que le soir tombe et sera le gage d’une nouvelle nuit horrible pour les plus vulnérables.  

 

F.S

 

Ceci est une ébauche d'un article qui cherche un débouché dans un média potentiellement intéressé. Il peut être retravaillé, raccourci au besoin et illustré par d'autres photos. Contactez-moi si vous êtes intéressé ou si vous avez un contact potentiellement intéressant. 

Fulgence, « the teacher » au camp du Basroch
Fulgence, « the teacher » au camp du Basroch
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Les Premiers les derniers

3 Février 2016 , Rédigé par F.S Publié dans #chronique cinéma

- Bouli Lannrs & Albert Dupontel -

- Bouli Lannrs & Albert Dupontel -

Le nouveau film de Bouli Lanners emmène les cinéphiles dans un western en pleine Beauce, qui n’a jamais semblé aussi photogénique.

La fin du monde, c’est pour quand ? Hier ? Aujourd’hui ? Demain ? La fin du monde, c’est comme une lumière du matin dans le plat pays de Beauce : apparemment désespérément vide, et pourtant surpeuplé de zombies. Brumes et terres labourées. Gris des bâtiments abandonnés à leur triste sort. Routes ne menant nulle part. Cadavres momifiés dans des entrepôt sans vie. Jusqu’à ce trait d’union entre deux mondes – mais lesquels ? – cette saignée de béton au milieu de rien qui servit-il y a bien longtemps à un projet avorté d’une ligne d’aérotrain tuée dans l’œuf par le rail. Ainsi peut-on faire une photographie impressionniste, en lumière sous exposée et désaturée de couleurs, comme une nappe trop longtemps laissée sur la table où on aurait sommairement repoussé les assiettes entre deux volutes de gitanes. Le réalisateur belge Bouli Lanners, dans un premier temps de sa vie peintre, livre un western touristico-désanchanté sur fond de musique flok américaine, dans le Loiret, donc.

Comme le métier de Cochise (chasseur de prime), le scénario « est un p’tit peu difficile à expliquer », mais en gros il y est question de retrouver un téléphone satellite perdu par un propriétaire qui mise gros pour le retrouver, de deux marginaux perdus au bord du gouffre et d’un looser local qui se prend pour le shérif de la Beauce.

Dans Les Premiers les derniers, on croise donc Cochise (Albert Dupontel), Gilou (Bouli Lanners), Mickael Lonsdale en jardinier voltairien, et un Jésus aux stigmates (en vrai, un seul, à la main droite, celle du père…). Plus Esther et Willy, deux zombies paumés – ce qui ressemble fort à un pléonasme – sur la route vers un juge qui détient la clé de l'enfant placé d’Esther, handicapée (« mais c’est pas ma faute », dit-elle de façon extrêmement touchante), qu'elle voudrait revoir.

Peu importe la crédibilité de l’histoire, ni celle de ces personnages sans passé ni avenir, ce qui incombe au final c’est peut-être de voir un (plat) pays sans jamais avoir finalement remarqué ses beautés et ses laideurs, où « vivre, ce n’est pas simplement respirer » et où ce qui reste à la fin, c’est rien d’autre que de « n’être plus pareil ».

Et c’est déjà beaucoup.

FS

Photos : Kris Dewitte

- Albert Dupontel -

- Albert Dupontel -

Les Premiers les derniers
- Willy et Esther -

- Willy et Esther -

Les Premiers les derniers
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Le 43e FIBD d'Angoulême en images

30 Janvier 2016 , Rédigé par F.S Publié dans #l'évènement, #Presse book

- Trait pour trait -

- Trait pour trait -

- Michel Rabagliati, auteur québecois de "Paul" -

- Michel Rabagliati, auteur québecois de "Paul" -

- Expo Hugo Pratt, rien que pour le goût des voyages -

- Expo Hugo Pratt, rien que pour le goût des voyages -

- Expo Les Mutants -

- Expo Les Mutants -

Le 43e FIBD d'Angoulême en images
- Pauline Aubry, auteure des Mutants -

- Pauline Aubry, auteure des Mutants -

- Criterium des auteurs -

- Criterium des auteurs -

- Prix du dessin sur un vélo (Criterium des auteurs) -

- Prix du dessin sur un vélo (Criterium des auteurs) -

(A suivre... )

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