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Le jour. D'après fred sabourin

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Matthieu Ricard, jusqu'au bouddhiste de la photo

6 Septembre 2016 , Rédigé par F.S Publié dans #Presse book

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Exposées durant les Promenades photographiques de Vendôme jusqu'au 18 septembre, les photos du moine bouddhiste Matthieu Ricard étaient vendues aux enchères le 6 septembre par maître Rouillac père et fils, au profit de son association "Karuna Shechem". Rencontre privilégiée avec un homme touché par la grâce.

"Pourquoi je fais des photos ? Pour faire ressortir la beauté de la nature, et la beauté intérieure de l'être humain. Je fais de la photo parce que c'est ma façon favorite de perdre mon temps". On l'écouterait des heures, Matthieu Ricard, moine bouddhiste tibétain depuis plus de 40 ans, et photographe depuis l'âge de 13 ans. "Au début, je photographiais tout et rien, des flaques d'eau... Ma famille disait : ne demandez pas des photos à Matthieu, ça ne sert à rien. Pendant longtemps, pour illustrer mes livres, je mettais mes propres photos. Les gens disaient : qui est-ce qui a pris les photos ? A partir du moment où j'ai fais du noir et blanc, on a commencé à s'intéresser à elles..."

 

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Il ne se sépare quasiment jamais de cette jovialité attentive, celle des hommes calmes - osera-t-on dire zen ? - des hommes qui écoutent beaucoup avant de parler. Des hommes qui savent faire silence, pas seulement dans leur environnement, mais aussi à l'intérieur d'eux-mêmes. Des hommes de paix et de don. Don de soi et don de temps pour des causes humaines très concrètes. En 2015, son association "Karuna Shechem" (littéralement "compassion" et du nom d'un monastère bouddhiste) a aidé 400.000 personnes, en matière de santé, d'éducation, de services sociaux. 620 villages népalais ont ainsi été aidés par Karuna Shechem depuis le terrible tremblement de terre d'avril 2015. Mardi 6 septembre, cet homme aux semelles de vent faisait halte à Vendôme, pour vendre une partie de ses photos par ailleurs exposées depuis juin et jusqu'au 18 septembre dans le cadre des Promenades photographiques. Elles sont tirées du livre Visage de paix, Terre de sérénité édité chez La Martinière.

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Depuis près de cinquante ans qu'il sillonne cette région du monde, de l'Himalaya au Népal en passant par le Bhoutan et l'Inde, Matthieu Ricard a connu des débuts difficiles. "J'ai vécu 25 ans en Inde auprès de grands maîtres spirituels. J'avais l'équivalent de 40-50 € par mois. C'est largement suffisant pour s'en sortir là-bas, mais pour aider les autres, ça devient compliqué", explique-t-il. C'est en 1997 que tout bascule, ou tout commence, devrait-on dire. La sortie du Moine et du Philosophe, écrit avec son père Jean-François Revel (qui était aussi journaliste et essayiste) fait un carton en librairie. Il décide alors de reverser l'ensemble de ses droits d'auteur à la Fondation de France, puis à l'association qu'il créé au début de la décennie 2000. On pourrait croire ce moine bouddhiste, interprète français du Dalaï Lama, en lévitation permanente, perdu dans la méditation qu'il pratique assidument lors de  longues plages de solitude dans son ermitage népalais, à 2.500 mètres d'altitude. Ce serait mal le connaître : il a les deux sandales bien ancrées sur terre. "Sans le mécénat, on y arriverait pas. L'association, c'est le mécanisme qui permet d'agir. Ça procède d'une vision plus globale de l’altruisme. La meilleure façon de s'épanouir dans la vie, c'est d'être en harmonie avec la réalité. Nous sommes tous interdépendants les uns des autres", dit-il devant un public sage comme des images, dans le manège Rochambeau de Vendôme juste avant que les coups de marteau de maître Rouillac adjugent les photos.

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Quand il n'en fait pas - ce qui est rare si on regarde bien - Matthieu Ricard parcourt l'Europe et une bonne partie du monde. Du 9 au 11 septembre, il sera à Bruxelles pour assister à une conférence mondiale sur le "Power and care", en présence du Dalaï Lama justement. "Je photographie souvent des visages, ils sont en eux-mêmes un enseignement. C'est ma façon de partager la beauté de la nature et la beauté de l'humain".

Un jour, il y a longtemps, Henri Cartier-Bresson avait signé un de ses livres de photos qu'il lui présentait (après avoir dédaigné le premier qu'il lui avait montré). "Des images fugitives et éternelles", avait-il écrit. Une leçon de vie, qu'il partage à longueur de temps...

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Le résultat de la vente est de 13.010 € pour les 24 photos mises aux enchères sous le marteau d'Aymeric et Philippe Rouillac. Le produit de cette vente sera, comme annoncé, intégralement reversé à l'association Karuna Shechen.

Publié également ici

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Le château du Rivau est sans rival

29 Août 2016 , Rédigé par F.S Publié dans #émerveillement

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"J'aime le jeu, l'amour, les livres, la musique, la ville et la campagne, enfin tout. Il n'est rien qui ne me soit souverain bien. Jusqu'au sombre plaisir d'un coeur mélancolique".

(La Fontaine). 

 

Le château du Rivau (Indre-et-Loire) à quelques kilomètres au sud de Chinon, sur la commune de Léméré. Splendide découverte de ce bâtiment XVe siècle, aux jardins "de conte de fées" et expositions d'art contemporain. Construit par Pierre de Beauvau à partir de 1440, Jeanne d'Arc vint y chercher des chevaux avant de monter à Orléans et Jargeau via Blois et Meung/Loire. Propriété et restauration depuis 1991 par la famille Laigneau, Patricia et Caroline. Hors des sentiers battus et des châteaux archi connus, un lieu à découvrir absolument...

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- Arbre à souhaits - (c) F.S

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- Salle des trophées - (c) F.S

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- Tapisserie représentant la reine Zénobie - (c) F.S

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- salle dite de Jeanne d'Arc - (c) F.S

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- Oeuvre de Lilian Bourgeat - (c) F.S

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"Longtemps, j'ai été jeune. J'ai eu de la chance"

20 Août 2016 , Rédigé par F.S Publié dans #littérature

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"Longtemps, j'ai été jeune. J'ai eu de la chance. J'avais un père et une mère, un frère, une gouvernante allemande qui s'appelait Fräulein Heller et que j'appelais Lala. Et, comme dans les romans de la comtesse de Ségur, Les Petites Filles modèles ou Les Vacances, nous nous aimions tous beaucoup. Les bons sentiments coulaient à flots autour de nous. J'adorais Lala qui était très sévère, que je trouvais très belle et qui me donnait des fessées avec une brosse à cheveux. Le monde s'arrêtait là et il était très doux. Il me paraissait immobile, ou à peu près immobile. Les choses changeaient très peu. Très lentement, et très peu. Dans un passé lointain et très flou, il y avait des guerres et des révolutions. L'hiver, avec sa neige et ses étangs couverts de glace où il m'arrivait de patiner, succédait à l'automne, et le printemps à l'hiver. Dès que revenait l'été, j'allais rejoindre mon grand-père à Plessis-lez-Vaudreuil. Et plus rien ne bougeait. (...) Plessis-lez-Vaudreuil !... Seigneur !... Vous rappelez-vous ?... C'était un autre nom du paradis avant le déluge de fer et de feu qui a tout emporté. Nous ne doutions de rien, et surtout pas de nous-mêmes. Nous ne voyions pas plus loin que notre vieux jardin qui était un parc immense dont les tours, les bosquets, les bancs à l'ombre des tilleuls, les allées entretenues avec soin, les plates-bandes de pensées et de bégonias, les murailles formidables ne prêtaient pas à rire. Dieu se chargeait de tout - et il nous avait à la bonne. Les choses étaient ce qu'elles étaient et ce qu'elles devaient être. Il y avait une vérité et il y avait une justice. Et, depuis des temps à peu près immémoriaux, elles nous avaient fait ce que nous étions."

Jean d'Ormesson, Un jour je m'en irai sans en avoir tout dit.  

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Grandir, une philosophie

20 Août 2016 , Rédigé par F.S Publié dans #Lettres à ...

Et de deux ! La deuxième dent est tombée en même temps que le pain-beurre-confiture de myrtilles, dimanche matin à quelques encablures de la rentrée des classes. Une souris doit être en train de compter ses sous, pour qu’ils changent de poche…

Tu étais si fière de ta deuxième dent, qui a bougé tout l’été, voilà qu’à quelques mètres de l’automne, alors que les marronniers des cours d’école, de nos villes et de nos places tombent leurs fruits mûrs en attendant les feuilles qui roussissent déjà elles aussi.

Mais le changement de dentition n’empêche pas les questions philosophiques. Après « les oiseaux qui se posent sur les antennes, tu crois qu’ils regardent la télé ? » (pragmatique, la môme) la deuxième dent nous fait entrer dans la pensée profonde des questions existentielles, digne des grecs qui, assis sur du marbre frais, pensaient fort bien dans leur cerveau surchauffé. Alors que je disais, comme ça, un peu benoîtement : « c’est que tu grandis, ma chère… », tu m’as répondu : « oui, mais je ne sais pas bien pourquoi… »

En voilà une bonne remarque ! Pourquoi grandir, pourquoi grandit-on ? Fatalité, diront les uns. Consommation de soupe, dirons les anciens, qui ont tout fait pour nous faire avaler des litres de ce breuvage pas toujours à la hauteur de la préparation. Parce que c’est comme ça, diront les cervelles usées – parfois prématurément – par l’absence de poésie et de lyrisme.

Le poète mystique allemand du XVIIe siècle Angelus Silesius écrivait déjà : « la rose est sans pourquoi, elle fleurit parce qu’elle fleurit. N’a souci d’elle-même, ne cherche pas si on la voit ». Le philosophe, allemand lui aussi (décidément !), Martin Heidegger a commenté ce célèbre vers, précisant que si la rose était « sans pourquoi », elle n’était pas pour autant « sans raison ».

Raison raisonnable et raisonnante : voilà bien un beau début, du haut de tes cinq ans, de philosophe en herbe. J’en connais à qui ça ne plaira pas, mais bien d’autres à qui ça plaira.

Continue de réfléchir, petite apprentie philosophe. Pose-toi les bonnes questions. Pas sûr que tu aies les réponses tout de suite, mais il n’est jamais trop tôt ni trop tard pour essayer.

 

Grandir, une philosophie
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Le feu sous la glace

16 Août 2016 , Rédigé par F.S Publié dans #montagne

Le feu sous la glace

Le Cirque de Troumouse (Hautes-Pyrénées, départ de Gèdre), bien moins connu que celui de Gavarnie, offre des vues splendides sur le bouleversement tectonique subit par les Pyrénées lors de la poussée de la plaque eurasienne par la plaque africaine. La couche de roches sédimentaires la plus récente est passée, par le jeu du plissement, « cul par-dessus tête » pour se retrouver, par endroit, au dessous de la couche hercynienne le plus ancienne. Longtemps, cette incongruité de la nature interrogea les premiers découvreurs de ces chemins d’altitude qu’ils frayaient sous leurs pieds.

Le feu sous la glace

Face à l’imposante muraille qui s’ouvre devant nous, au levé du jour, domine le Pic de la Munia, un 3133 mètres qui ne peut se vaincre qu’au prix d’une course « mixte », comme on dit. D’abord on marche normalement, puis on se saisit de la neige qui persiste dans l’étroit couloir entre deux murs de roches (offrant ce que l’écrivain italien féru de montagnes nomme « une indulgence de la nature »), puis on escalade deux dalles un brin glissantes mais sans grande difficulté (la « dalle Passet » et le « pas du chat »). Enfin, on termine par trois quart d’heure de crête tantôt aérienne, tantôt facile, pour enfin s’asseoir au sommet et ouvrir un bocal de pâté.

Le feu sous la glace

Il y a deux ans, le couloir de neige nous avait, mon camarade et moi, causé du souci à cause d’un oubli volontaire de crampons. Cette fois-ci, pour la troisième ascension de la Munia – première en solitaire – j’ai pris grand soin de ne point les laisser au chaud dans la voiture. Aussi étrange que ça puisse paraître, je n’en ai pas eu besoin. Au lieu de passer sur la neige, je suis passé dessous. Le névé, dans un état avancé de fonte, mais sur une très forte pente, offrait quelques ponts de neige peu engageant à bien y regarder. La rimaille (espace entre la neige ou la glace et les parois rocheuses), a permis cette fois-ci de passer dans ce bref espace humide et froid, marqué par cette odeur inoubliable de roche humide, de terre gelée, et de vieille neige au nez à la fois rance et métallique. La sueur froide de la roche. Par moment, nous étions carrément dessous, au milieu d’un concert de goûtes d’eau froides tombées des voûtes de cette petite cathédrale de glace et de roches. Au sol, c’était tout sauf confortable. Chaque arrêt entraînait des trésors d’efforts pour maintenir les chaussures sur la pente aux cailloux roulant vers le bas. Un pas de 20 cm provoquait immédiatement une descente de 10. A ce rythme-là, on n’avançait pas vite, c’était certain. Mais avions-nous autre chose à faire ce matin-là ?

Le feu sous la glace

A l’arrivée en haut, entouré des géants au loin que sont les « Trois sœurs » (Soum de Ramond, Mont Perdu, Cylindre), du Casque, Tour, Taillon, Vignemal à l’horizon, Pic Long, Néouvielle et Campbieil plus au nord), deux compères en grand bavardage et visiblement satisfait d’être ici. Le plus âgé (70 ans au compteur) se remettait d’un cancer avec récidive. Le plus « jeune » (65 ans à la toise) sortait d’une paralysie partielle d’une jambe. Ils débouchèrent une demi-bouteille de Madiran et nous avons bu ce vin nouveau de la renaissance. Le cul assis sur la roche chauffée à blanc par un soleil de gloire. Une heure à deviser sur les beautés de la montagne environnante. Sur les sommets faits, à faire ou à refaire. Puis deux heures de descente où je peinais parfois à les suivre tant ces vieux cabris galopaient, grisé par l’amitié autant que par le vin. Mis en bouteille au château. Débouché dans les cieux.

Pas une seule fois nous n’avons évoqué le contexte anxiogène de notre monde en guerre. Pendant une journée, nous l’avons oublié.

FS 14/08/2016.

Le feu sous la glace
Le feu sous la glace
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Portfolio "derrière le cirque" (de Gavarnie)

15 Août 2016 , Rédigé par F.S Publié dans #montagne

- Epaule en vue -

- Epaule en vue -

- Ecce homo -

- Ecce homo -

- Un petit coup de barres ? -

- Un petit coup de barres ? -

- Fais le clown, pour voir -

- Fais le clown, pour voir -

- Géants -

- Géants -

- Sédiments à 3200 m -

- Sédiments à 3200 m -

- Théâtre des opérations - (depuis Marboré)

- Théâtre des opérations - (depuis Marboré)

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Le Mont Perdu des causes retrouvées

14 Août 2016 , Rédigé par F.S Publié dans #montagne

- Au début était le jour -

- Au début était le jour -

Mardi 2 août 2016, sept heures du matin. A 3348 mètres au dessus du niveau de l’écume de mer, pas un souffle d’air n’agite l’atmosphère surréaliste de l’aube qui étend ses premiers rayons sur les trois vigies au sommet du Mont Perdu. Seule la respiration échappée des trois poitrines qui se trouvent  à ce moment- trouble à peine l’instant unique, quasi mystique. L’esprit plane au dessus des roches et l’on se surprend à se demander si, par hasard, les Dieux de l’Olympe n’auraient pas installé un de leurs trônes sur cette thèse de géologie à ciel ouvert.

- Cylindre au levant -

- Cylindre au levant -

Le ciel, nous sommes dedans, mon vieux camarade de marche, le gars courageux qui a dormi au sommet, et moi. Pour « prendre quelques courts instants de repos avant le petit déjeuner » (sic), nous avons préféré les abords du Lac Glacé, trois cents mètres de dénivelé plus bas, mais nous n’avons pas beaucoup mieux dormi que lui. Le vent a fait claquer la toile de tente toute la nuit, et à cette altitude le sommeil n’est pas des plus reposant. Qu’importe, l’essentiel est d’être , et d’avoir à l’esprit la mémoire d’un homme qui a tourné en boucle dans la mienne depuis le départ de Gavarnie, la veille, deux mille mètres plus bas. La semaine précédente, pendant qu’on égorgeait comme un vulgaire cochon le père Jacques Hamel au pied de l’autel de l’ultime sacrifice dans une petite église de la banlieue rouennaise, je peaufinais les derniers préparatifs de cette boucle pas comme les autres : Gavarnie, brèche de Roland, col du Cylindre, Mont Perdu, nuit à la brèche de Tuquerouye, Lac glacé du Marboré, col d’Astazou, et descente par les « Rochers blancs » jusqu’en bas du Cirque. Pour ces derniers, je ne cessais de lire et relire le topo de cette chute à pic dans ce qui ressemble à la gueule de l’enfer, à m’en user les yeux pour bien repérer le slalom qui nous serait imposé afin d’éviter les fameuses barres rocheuses et trouver le chemin qui nous ramènerait - en entier - à Gavarnie.

- Col d'Astazou -

- Col d'Astazou -

Tout en préparant cela, j’ai songé que peut-être, là-haut, à 3348 mètres, je pourrais déposer la mémoire de ce prêtre mort au moment même où il allait célébrer celle de celui qui avait pourtant dit que son sacrifice servirait une bonne fois pour toutes. Geste inutile peut-être, mais j’ai eu envie de le faire. Ça n’a pas l’air de peser grand-chose, une âme dans un sac à dos, mais celle de ce prêtre pesait une tonne, allez savoir pourquoi… Lorsque je touchais enfin au but, je me retins de montrer l’émotion qui m’étreignît à l’instant précis où je fourrais une pierre du sommet dans ma poche, en échange, et selon mon habitude sur les hauts sommets que je fréquente parfois lorsque la mansuétude météorologique des Pyrénées me le permet. La mansuétude météorologique et une « indulgence de la nature », selon la belle formule de l’écrivain montagnard Erri de Luca.

Je l’ai déjà dit et je ne cesserai de le répéter : l’aube en montagne est infiniment plus puissante et savoureuse que le couchant, c’est l’heure où le jour dispute à la nuit ses premiers rayons rassurants et où, si l’on prête bien attention, personne n’est capable de dire en face de cette lumière-là si la nuit est réellement fini et si le jour va commencer, ou l’inverse. Entre loup et chien se disputent le chien et le loup. L’homme a-t-il encore sa place dans cette faille du temps ? J’ai la faiblesse de le croire.

- Bivouac avec vue -

- Bivouac avec vue -

Ce 2 août-là donc, un an après la précédente ascension dans des conditions météo similaires, pas un souffle d’air, une économie de gestes, pas un bruit hormis celui de nos pas feutrés comme sur une moquette épaisse, sur le calcaire 40 millions de fois plus âgé que nous. L’ombre portée du Mont Perdu s’étendait vers l’ouest à des dizaines de kilomètres, au-delà de ce que nous pouvions imaginer. Nous étions bien, conscients du privilège que le troisième sommet des Pyrénées nous donnait à vivre. Nous étions trois mais en réalité quatre, puisqu’en plus de l’ombre du « Perdu » planait aussi celle d’un « retrouvé » : le père Jacques Hamel. Puis il fallu se résoudre à descendre.

En sortant, « veuillez rendre l’âme à qui elle appartient ». Merci.

FS 12/08/2016.

- Face nord du Mont Perdu -

- Face nord du Mont Perdu -

- Brèche de Tuquerouye -

- Brèche de Tuquerouye -

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Ligne de fuite (suite)

1 Août 2016 , Rédigé par F.S Publié dans #voyage - voyage...

- Pensif -

- Pensif -

"Et là-bas, sous le pont, adossé contre une arche,
Hannibal écoutait, pensif et triomphant,
Le piétinement sourd des légions en marche"

(José-Maria de Heredia, La Trebbia)

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Ligne de fuite

14 Juillet 2016 , Rédigé par F.S Publié dans #voyage - voyage...

- Histoire de la France rurale -

- Histoire de la France rurale -

Bourlinguer...

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La petite souris est partie

6 Juillet 2016 , Rédigé par F.S Publié dans #Lettres à ...

« Mais alors, dit Alice, si le monde n’a absolument aucun sens, qui nous empêche d’en inventer un ? » (Lewis Caroll, Alice au pays des merveilles)

- Déchirure -

- Déchirure -

Elle a disparue cet hiver de la vitrine du salon de coiffure devant lequel nous passions chaque fois que je t’accompagnais à l’école, une ou deux fois par semaine. C’était sûrement un signe de quelque chose, et je n’ai pas voulu le voir. Je ne m’en suis pas alarmé, j’aurais peut-être dû. On ne se méfie jamais assez de ces insignifiants détails qui annoncent parfois les catastrophes. On fait comme si, un peu insouciant, un peu dans le déni. On se dit que non, ça ne sera pas possible, pas déjà, pas maintenant. La petite souris en peluche du salon de coiffure a disparue avant que le printemps n’arrive, et toi tu vas partir alors que l’été peine à arriver.

Partir. Vivre ailleurs. Avec ta maman souris. Partir. Vivre ailleurs. Je suis amère. 221 kilomètres. C’est pas la mer à boire. Mais la potion est amère à boire.

Ta mère me l’a annoncé le 29 février. Un jour pas comme les autres, il y en a qu’un tous les quatre ans : on s'en souviendra. Sur le moment je n’ai pas cillé. Je m’y attendais un peu – comme on dit – mais secrètement je repoussais l’idée que tu partes, toi aussi. Je faisais l’autruche, la tête dans le sable, les fesses en l’air. Elle m’a botté le cul avec sa nouvelle à la con. Qu’elle s’en aille, quoi de plus naturel, depuis le temps que... Mais qu’elle t’emmène aussi toi, ma fille, mon enfant, et je ne saurais m’y faire.

Partir. Vivre ailleurs. C’est pas la mer à boire. Mais la potion est amère à boire.

On a à peine eu le temps de s’apprivoiser dans ce semi quotidien partagé entre toi et moi, que déjà il faut se séparer. Ce chemin de l’école, où nous avons vécu tant de choses, découvert la vie et le monde, ton monde, celui à la mesure de ta taille et de tes pas qui arpentaient les pavés de la vieille ville. La murette sur laquelle tu es montée, près de l’église, d’abord en me tenant la main, puis sans la main, puis presque en courant. Les multiples sauts depuis à peu près tout ce sur quoi tu pouvais grimper. Les carrefours, les petits piétons rouges et verts. Les escaliers D-P. et la vue sur la ville, la vue sur le monde. Et la toute petite ruelle pleine de crottes de pigeons que nous traversions vite vite pour éviter de s’en prendre une sur le crâne.

 

Tout cela et tout le reste - le manège, le toboggan du square V., Mélanie la boulangère, la bibliothèque et les poufs sur lesquels on se vautre les samedis d’hiver quand il ne fait ni beau ni chaud : ça déménage. Et moi je reste en rade. A quai. Echoué comme un vieux chalutier.

« La mer enseigne aux marins des rêves que les ports assassinent » (Bernard Giraudeau).

En rade. En radeau. Mené en bas-tôt. Balloté par les flots. La mer qui passe par-dessus bord me burine la gueule et se mélange aux larmes. Larmes de sel, larmes de sang. Sang-timents. Le sel me brûle.

C’est la vie, me dit celle qui t’emmène, qui t'arrache. C’était prévisible. La vie est une chienne, une chienne de vie. Certains construisent, d’autres reconstruisent. D’autres encore détruisent. Faire, défaire, refaire. Nous ne nous verrons plus qu’au prix de kilomètres et de planifications savantes, de négociations, de déceptions parfois.

 

« Depuis la nuit des temps l'histoire des pères et des mères prospère. Sans sommaire et sans faire d'impairs, j'énumère pêle-mêle, pères, mères. Il y a des pères détestables et des mères héroïques. Il a des pères exemplaires et des merdiques. Il y a les mères un peu pères et les pères mamans. Il y a les pères intérimaires et les permanents. Il y a les pères imaginaires et les pères-fiction. Et puis les pères qui coopèrent à la perfection. Il y les pères sévères et les mercenaires. Les mères qui interdisent et les permissions. Y a des pères nuls et des mères extra, or dix mères ne valent pas un père » (Fabien Marsaud, Grand Corps Malade).

- la petite souris est passée -

- la petite souris est passée -

En attendant tu vas t’éloigner, grandir dans d’autres rues, sous d’autres arbres, avec d’autres murettes et d’autres escaliers, dans une autre cour d’école sous d’autres tilleuls, auprès d’autres toboggans. Un autre s’émerveillera de tes progrès, sera le témoin privilégié de tes étonnements, de tes questionnements, de tes joies de tes chagrins de tes rires… Ton rire sardonique parfois, qui me fait tant rire justement. Nous ne partagerons plus que des moments fugaces à pas et minutes comptés, un chrono dans la main. Je te promets que nous en ferons des moments extraordinaires.

 

A l’automne déjà, y avait plus de boulot. Le printemps nous a dégouliné dessus en pluie. Voici l’été et tu es partie, petite souris. C’est déjà l’hiver qui revient. Trop tôt. Trop dur. C’est la vie.

 

« Mais alors, dit Alice, si le monde n’a absolument aucun sens, qui nous empêche d’en inventer un ? » (Lewis Caroll, Alice au pays des merveilles)

 

F.S 06/07/2016

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