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Le jour. D'après fred sabourin
Articles récents

Elles font le printemps

21 Avril 2010 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #montagne

 

reduit Ossau avril 2010 (31)

                                                                      - au col des Moines -  

 

 

A peine avions-nous posé le sac au col des Moines (2168m et vue imprenable sur « Jean-Pierre »), que le soleil nous écrasait dans une semi léthargie propice à la sieste ou la contemplation. A chacun de choisir. Le silence était lourd, à peine troublé par les derniers avions là haut, dans un ciel impeccablement bleu, mais qui se couvrait de cendre là bas, plus au nord… D’un coup, comme surgissant du néant, un bruit d’ailes d’oiseau, sec, rapide, furtif, comme des balles jaillissantes d’un fusil imaginaire. Des hirondelles. Elles franchissaient le col des Moines, venant d’Espagne, là, juste derrière la « frontière ». Filant à toute blinde en France, plein nord, sans papiers ni bagages. On dit qu’elles ne font pas le printemps. C’est faux : le soleil était généreux, et le ciel de gloire, sans un accroc dans sa robe azuréenne. Nous nous sentions comme des dieux en ce lieu à cheval entre deux mondes : Pyrénées, frontière infranchissable ? Pas sûr… A voir la facilité avec laquelle on peut, aujourd’hui, déjeuner en France et faire la sieste en Espagne (ou l’inverse, c’est selon), laissant filer au dessus de nos crânes les hirondelles furtives, le temps suspendait, lui, son vol. L’heure était propice à la rêverie. Ici, autrefois, des gens fuyaient la France, aidés par des « passeurs ». Les hirondelles, de leur vol saccadé et déterminé, nous montraient la route à suivre. Passeurs et passés, marcheurs, pèlerins et libres oiseaux. Un après-midi de printemps, au pied de l’Ossau.


reduit Ossau avril 2010 (38)

                                                          - lac Gentau avec vue sur "Jean-Pierre" -  

 

reduit Ossau avril 2010 (55)

                                                                  - Col de Lurdé -

 

reduit Ossau avril 2010 (34)                                                             - un croc vers le ciel -

 

reduit Ossau avril 2010 (11)                                                               - mort dans l'après midi -

 

 reduit Ossau avril 2010 (17)

                                                               - sans titre -

 

reduit Ossau avril 2010 (5)

                                                                    - à croc -

 

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Bord de mer, dans la mer, sous la mer

6 Avril 2010 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #voyage - voyage...

 

reduit Cotentin avril2010 (73) 

                                                         "j'habite au bord de la mer"

 

 

 

Au bord de la mer, nous sommes d’accord, il y a la mer. Le soleil et le ciel aussi. Un sentier, plus de douaniers depuis belles lurettes, des goélands et des genêts (en fleur). Et puis il y a des galets. Parfois, ils volent : si, si, vers le Cap de la Hague, c’est possible, surtout à partir de 90km/h de vent. Et cette semaine là, les galets volaient.
Ils volaient jusqu’aux volets des villas construites à raz-la-marée. Coefficient 112, c’est pas tous les jours, certes, mais quand même. La mer est une lécheuse… de villa.
Ressurgissent au cours de cette semaine de marche avec la mer à droite et une femme à gauche, les images de la tempête au nom de véhicule Citroën. Ici, on construit solide : toitures en ardoises clouées et murs de plusieurs épaisseurs en granit. Mais on construit aussi comme des sagouins, à raz-la-plage, villas « pieds dans l’eau » en attendant de boire la tasse au menton… Car elle grignote, elle grignote, la garce ! Elle n’est pas manchote !
Et on ira accuser qui, une fois le carnage passé ? Le maire, pour avoir accordé des permis de construire en zones inondables ? Les promoteurs immobiliers véreux ? Les acheteurs sourds aux ricanements des vieux « qui savaient, eux » ? Non, on ira accuser la mer. La salope.

Il y a eu René, ancien employé municipal à Fermanville. Puis ce vieux marcheur au regard bleu de St Germain-des-Vaux, qui vient quotidiennement au cap voir la mer, car c’est gratuit. Delphine, ses cent vaches et autant de veaux, à Auderville. Et « Monsieur Renet » à Biville. Tous des autochtones qu’on croyait pas causant. Mais les barjots qui marchent nez au vent sous une pluie horizontale ne sont pas légions à cette saison !
Tous disent la même chose : « on a une belle côte, hein ? ».
Ben ouais. Avec la mer à côté. Et parfois même dans les godasses.

 


reduit Cotentin avril2010 (83)

 

                                                                     - sans titre -

 

 

reduit Cotentin avril2010 (74)

 

                                                                    "sans interdit"

 

 

reduit Cotentin avril2010 (13)

 

                                                             Phare de Goury 

 

 

reduit Cotentin avril2010 (56)

 

                                                       "l'année des méduses"

 

 

reduit Cotentin avril2010 (23)

 

                                                             "dissuasion"  

 

 

 

reduit Cotentin avril2010 (44)

 

                                                                   Redoutable...

 

 

 

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Les vieux copains

25 Mars 2010 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #émerveillement



reduit La Rochelle mars 10 (42)


C’est comme des mâts de misaine, des pavés dans la mer, des forteresse autour du cœur.
Les vieux copains, ça ramène des copines, qui deviennent des femmes sans jamais être les nôtres, mais qui demeurent belles filles.
Ils vous tiennent par le bras, tout en guidant vos pas, quand le ciel ce fait lourd.
Ça guette une éclaircie, qu’on arrose au bistrot, à grands coups de demis.
Les vieux copains, ça se donne rendez-vous dans un port comme si ils voulaient partir pour ne plus revenir du tout. Ou peut-être parce qu’il y a un bout de quai, et qu’au-delà on ne sait pas.
Mais les vieux copains, ça discute le bout de gras, en contemplant celui qu’ils ont autour de la ceinture, et les rides sur la figure.
Les vieux copains, ça évoque toujours le passé, quelques fois le présent, et peu souvent l’avenir. Sauf quand ils parlent d’une maison, bleue ou d’une autre couleur, où on a envie d’être ensemble, quand la vie nous étrangle.
Les vieux copains, ça bâfre en s’engueulant, pour parler politique, rarement à cause du fric.
Ils refont le match, en tous temps en tous lieux, parce qu’ils sont heureux, au fond.
Au fond d’eux il pousse de la lumière, et des jardins savoureux, ils parlent des jours heureux. Aujourd'hui, peut-être ? 
Les vieux copains font toujours un bout de chemin, et ça fait longtemps qu’ils le font, sans chercher à savoir qui invente l’autre.
Les vieux copains, ont des bosses et des bleus, et ils sont amoureux ou bien ils ne le sont pas.
Mais les vieux copains, ils sont toujours là.




reduit La Rochelle mars 10 (11)
                                                    (sans titre) 


reduit La Rochelle mars 10 (49)
                                            "so far away, from LR... "


reduit La Rochelle mars 10 (45)
                                          "bordez, nom de Dieu !"


reduit La Rochelle mars 10 (2)
                                            "par delà les nuages"


reduit La Rochelle mars 10 (34)
                                        "grattez le fond de la quille"


reduit La Rochelle mars 10 (20)
                                      (sans titre)


reduit La Rochelle mars 10 (50)

                                      "embarquement immédiat"





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les jeux sont faits, rien ne va plus

17 Mars 2010 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #quelle époque !

11032010055


         D’abord il y avait la grève des bus. Nous y sommes donc allé à bicyclette, mais sans Paulette. Un forum de l’emploi, c’est souvent paumé dans une zone où est installé un « parc des expositions ». Aujourd’hui, on y expose recruteurs (200), offres d’emplois (des milliers), et des chômeurs (des millions). Ca méritait le déplacement. 

          A l’entrée, il faut donner son Cv à une hôtesse d’accueil (discrimination : où sont les « hôtes » d’accueil ?). En guise de Cv, je sors ma carte de presse, et me voilà entré dans le ventre chaud et grouillant des « emplois en Seine », car c’est par là que ça se passe. Tout ce qu’une région compte de jeunes de moins de 25 ans s’y est donné rendez-vous : ils sont des centaines, dossiers et Cv sous le bras, engoncés dans leurs costumes trop grands, ou sur des talons trop hauts, à arpenter les allées du forum, discuter avec les recruteurs  - dont certains sont sergents pour de vrai, au stand « armée » il y a du monde, même à la Légion Etrangère. Certains font la queue pour un pré-entretien qui termine le plus souvent par : « inscrivez-vous sur notre site internet et mettez votre profil en ligne ». La décortication minutieuse de cette petite phrase entendue sur place mériterait à elle seule une thèse en trois tomes. Je ne retiendrai que « mettez votre profil en ligne » imaginant ce que, physiquement, ça pourrait donner.
Au stand « parcours atypique », je fais la connaissance du créateur du site internet « parcoursatypique.com ». Le prospectus indique qu’il s’adresse à des « anciens sportifs, ceux qui ont des blancs sur leurs Cv, retour de missions humanitaires, changement de vies » etc. Des cas incasables en somme. Je risque un : « et pour les anciens taulards ? ». La réponse est mitigée. Je pousse le bouchon un peu plus loin, limite vulgarité : « et les anciens religieux, moines, clergé etc ? ». « Tous les parcours valent la peine, précise l’atypique créateur de site, du moment que les gens sont compétents et motivés ». C’est donc ça. Il y en a un plein hall de gens « compétents et motivés ». Certains sont là depuis 8h du matin, pour être sûrs d’être les premiers. Atypiques on vous dit !
Puis je m’attarde sur les slogans que seuls les agences de com’ spécialisées en « quali » savent inventer pour faire gober des couleuvres aussi grosses que des grenouilles ayant avalé un bœuf : « en magasin, en entrepôt ou dans les fonctions supports, nous partageons tous les mêmes valeurs. Esprit d’équipe, autonomie, sens des responsabilités et de l’engagement. Vous avez ces qualités ? Rejoignez-nous ! ». Essayez, ça marche avec tous les boulots. Là, c’était pour être magasinier chez… Ed (l’épicier).
Deux jeunes femmes, beurettes (discrimination ! je vais me faire choper par la Halde ou pire : par Gérard Longuet !), discutent : « la différence ? Il faut te faire licencier, pas démissionner ! Sinon, tu ne toucheras pas le chômage. Tu vois, machine, elle s’est faite licenciée. Elle n’allait plus au taf, à force son patron il l’a li-cen-ciée ».
Une autre jeune femme, près des toilettes, porte sur son visage tout le désarroi qu’une telle journée peut apporter. Peut-être venait-elle de chez Manpower ? « Vus avez le sens de l’écoute, le sens commercial, une bonne élocution, une forte disponibilité (8h – 21h) ? Contactez Manpower tertiaire ». Cette jeune femme, ni trop belle, ni trop laide (on sonne chez moi : merde c’est la Halde !) ne devait sans doute pas être tout à fait dispo de 8h à 21h…

En partant, je passe devant les métiers des casinos. Pas pour remplir les rayons d’un supermarché, non, pour être croupier ! Les casinos recrutent ! Mais là attention, plus question de rigoler – même si on y vient pour jouer. Langage châtié, bonne présentation, à l’aise en calcul mental, forte mobilité (Paris, Lyon, Bordeaux, Namur, Manchester), horaires décalés (16h – 4h du matin), et… salaire au Smic, sans compter les pourboires. Sur le stand, une table de blackjack, avec un croupier en action, et trois joueurs qui perdent, perdent, perdent.
Leur temps.



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L'hiver vient d'arriver

14 Mars 2010 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #l'évènement







Adieu Jean. T’es parti définitivement, à la croisée d’un chemin d’Ardèche, entre deux châtaigniers, sur la route qui mène de Vals-les-Bains à Antraigues. La montagne sera moins belle sans toi, Aragon restera dans nos cœurs avec Elsa, et il faudrait passer en boucle « la femme est l’avenir de l’homme » à tous ceux qui, aujourd’hui encore, l’oublient. Partir la veille d’une élection ! Tu donnerais presque envie de voter Front de Gauche, le poing levé vers le ciel qui t’as enlevé à nous.
Je me souviens de mon cours passage en Ardèche, l’hiver 2007-2008, lors du premier week-end de solitude ardéchoise : en allant aux sources de la Loire, au Gerbier de Jonc, je me suis arrêté à Antraigues. Il fallait voir ce village au début de l’hiver ! Autour de lui, la montagne – la chanson passait en boucle dans ma tête – et cette petite place, au centre et au sommet d’Antraigues. La petite auberge dont j’ai poussé la porte, et le silence qui se fit à l’intérieur à ce moment-là : même les cartes ne s’abattaient plus sur le tapis. « Un étranger ! ». C’est l’impression que tu as du avoir, au début des années 60, lorsque tu débarquais de la région parisienne. L’Ardèche ne se révèle et n’accueille qu’après bien des années d’apprivoisement. Terre rude, comme tes combats, tes coups de gueule, ton exigence de parolier. Terre dure comme les murettes, les châtaigniers, la burle qui souffle du nord et glace l’intérieur des os, le soleil brûlant d’été, tout de gorges déployées quand l’Ardèche se fait sud, méandres, chênes verts...
Adieu, Jean, comment peut-on s’imaginer, en voyant un vol d’hirondelle, que l’hiver vient d’arriver ?



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quelques chroniques ardéchoises d'un journaliste localier : San Francisco ; l'école du vent ; un carnaval de confettis
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La Rafle

13 Mars 2010 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #chronique cinéma


La Rafle


De Rose Bosch. France, 2010. 1h55. Distributeur : Gaumont. Avec : Mélanie Laurent ; Gad Elmaleh ; Jean Reno…

Peut-on minutieusement construire un film très documenté en espérant montrer quelque chose de l’histoire trouble d’une période française qui ne le fut pas moins ? Peut-on réaliser un film sur un tel sujet – peu fréquent au cinéma – sans s’exposer à trop en faire, y compris dans l’émotif ? Ce sont quelques unes des questions posées par La Rafle, film très attendu autant que décevant.
L’été 1942, à Paris. Comment 13 000 juifs apatrides furent arrêtés et conduits au Vel d’hiv, puis dans un camp dans le Loiret avant d’être déportés et exterminés dans un camp de concentration. Le tout à travers les destins croisés de familles, d’enfants, d’un médecin et d’une infirmière sur fond de tractations entre le Maréchal Pétain, Laval, Bousquet, Himmler et Hitler.
Evacuons d’emblé les stéréotypes du genre, attendus au tournant comme un bon vieux radar à la sortie d’une discothèque un samedi soir : La Rafle est un film tire-larme, un film aux images souvent « chromo » (effet sépia), un film où l’icône du cinéma français a les yeux bleus qui coulent beaucoup (Mélanie Laurent). La Rafle est un film qui, de ce point de vue, ne surprend pas. Pas plus qu’il ne nous apprend de nouvelles choses sur la rafle du vel d’hiv, ni de l’état d’esprit qui a précédé, ni du régime de Vichy lui-même. S’il est vrai que le conseiller historique Serge Klarsfeld a tiré profit d’un excellent travail documentaire, on est moins reconnaissant à Rose Bosch d’avoir voulu tout montrer, en omettant la touche de cynisme dérangeant qui aurait sans doute été la marque de fabrique d’un Costa Gavras, François Dupeyron ou d’un Bertrand Tavernier. Ce qui était bien, dans Amen, La Chambre des Officiers ou Le Capitaine Conan, c’est qu’ils montraient plus des états psychologiques, des questionnements stratégiques via des personnages tourmentés par leurs actes, ou par la soumission à des actes. Avec La Rafle, à de rares moments on perçoit ce qu’aurait pu être le film s’il s’était moins attaché à la reconstitution historique et visuelle d’un Montmartre de carte postale, d’un Vel d’hiv plein à craquer de familles juives entassées dans des conditions sanitaires indignes, ou d’une séance récréative dans le nid d’aigle d’Hitler.
L’idée de confier le regard à des enfants semble sans doute la meilleure posture adoptée, mais comment se souvenir avant la fin de La Rafle qu’aucun des 4000 déportés ne reviendra ? L’effet tombe alors souvent dans le pathos bien pensant d’une scène finale où deux d’entre eux survivent, donnant l’occasion à Mélanie Laurent de pleurer de nouveau.

Seules les images du début – images d’archives – donnent à La Rafle l’effroi qu’il est censé nous transmettre : Rose Bosch choisit d’ouvrir avec la visite par Hitler et sa garde rapprochée d’un Paris désert, Trocadéro, Tour Eiffel et la Madeleine, et les policiers en « hirondelles » saluant le passage du triste cortège de corbeaux accomplissant leur funeste besogne. Pas sûr qu’un collégien comprenne les 110 minutes qui suivent, censées montrer que tout cela fut bien vrai. Hélas.



La Rafle


La Rafle



La Rafle



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Et si l'ouverture n'était pas possible ?

12 Mars 2010 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #édito




Les récentes nominations au Conseil Constitutionnel de Michel Charasse, Jacques Barrot et Hubert Haenel finissent par semer le trouble à droite. « A force d’ouverture, on va finir par attraper des courants d’air », aurait même dit un proche de Nicolas Sarkozy. La récente bourde de Gérard Longuet à propos du futur président de la Halde (supposé et éventuel Malek Boutih), en dit plus long qu’une simple expression maladroite. Si des personnalités politiques UMP font entendre une voix dissonante, ce n’est pas seulement parce que la politique de nominations par le Président de la République donne des signes de faiblesses à force de se croire au dessus des clivages en en suscitant d’autres par les nominations elles-mêmes, mais peut-être tout simplement parce que l’idée d’une République apaisée, ouverte, et fédératrice est un leurre. Selon Gérard Longuet lui-même, cette image de République apaisée « ne nous rapporte pas une voix et démobilise nos électeurs ». Si l’effet recherché est de ratisser large, la vampirisation du camp adverse ne donne pas les résultats escomptés. Au contraire : si tout est dans tout et réciproquement, pourquoi donc encore appartenir à une famille politique, et voter pour elle. A force d’être décomplexée, la droite n’a plus de complexes à soutenir un à quoibonnisme à la veille d’un scrutin. Et à ce petit jeu Nicolas Sarkozy doit entendre la plainte et les menaces des députés UMP fatigués de s’en prendre plein la figure le samedi sur les marchés.

Revenons un peu en arrière : depuis combien de temps la République n’a-t-elle pas été apaisée ? A quand remonte la dernière fédération d’un peuple entier pour une cause commune ? Un évènement – certes symbolique mais qui mérite d’être observé – a fédéré et apaisé la République en quelque sorte, en juillet 1998. Sur les Champs Elysées, une France black-blanc-beur fêtait la victoire mondiale d’une équipe de foot elle-même black-blanc-beur. Des observateurs avisés avaient parlé à l’époque de fédération artificielle, les lendemains qui déchantent finissant toujours par arriver, le lendemain justement ! En dehors de cet élan d’apaisement, d’ouverture et de fédération, qui peut citer un moment où la République s’ouvre vraiment ?
Par définition, et pour reprendre un mot à la mode mis en exergue par un éditorialiste de France Inter (ici) , il se pourrait bien que la République « clive » justement, et n’ouvre que très peu. En tout cas on ne la force pas à s’ouvrir, fut-ce-t-on un président volontariste pour qui dire, c’est faire.

"Il vaut mieux que ce soit le corps français traditionnel qui se sente responsable de l'accueil de tous nos compatriotes"
, indiquait Gérard Longuet mercredi à propos de la possible nomination de Malek Boutih à la Halde. Et le « corps français traditionnel », qui vote à droite, se sent pour l’heure bousculé par la politique d’ouverture des fenêtres en ce qui concerne les nominations à des postes stratégiques.
Au risque de prendre la porte, sans passer par les urnes.



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L'homme de l'autobus

11 Mars 2010 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #littérature




                                                             Devoir de rédaction :

« Vous vous trouvez dans un train ou un autobus en face d’une personne qui attire votre attention. Décrivez-la en essayant d’imaginer, d’après son aspect et des attitudes, son caractère et sa situation sociale ».  
Cette copie, datant d’une élève de 4è1 le vendredi 19 janvier 1961, dépassait d’un bac de livres chez un bouquiniste, ainsi que quelques photos.
Voici le « devoir de rédaction » de Blandine, collégienne au début des années soixante. Nous avons gardé la mise en page et les sauts de lignes servant au découpage des paragraphes.


          « C’était un de ces matins obscurs et doux, si chers à nos hivers normands. J’étais debout dans l’autobus bondé et, pour me distraire, je regardais les gens monter, descendre, circuler. Près de moi un monsieur offrit, avec un large sourire, sa place à une dame elle aussi debout, en face de moi. Cet homme, je le voyais tous les jours et je n’avais jamais remarqué, ni même regardé sa silhouette grise.

            Quarante ans environ, un mètre soixante-cinq, yeux gris-bleus, cheveux châtins, signe particulier : néant, ah si pourtant ! un chapeau ! En effet mon nouveau voisin arborait un couvre-chef bien caractéristique, un de ces chapeaux gris qui évoque irrésistiblement la machine à écrire et le registre de comptes. C’était peut-être un employé de bureau.

            Il portait aussi des gants de laine bien propres et bien blancs, un pantalon bien repassé et un pardessus tout neuf. C’était un homme soigné et j’avais pu remarquer auparavant ses cheveux châtains luisants de brillantine. Quelqu’un baissa la vitre et il se recouvrit bien frileusement la bouche avec sa large écharpe. Il aimait sans doute le confort et il devait le posséder, de plus, il redoutait le froid, sans doute parce qu’il vivait enfermé, ce qui ne faisait que renforcer mon idée sur la profession.

            C’était aussi un vieil habitué de la ligne car il plaisantait avec le chauffeur et le receveur, et il saluait presque tout le monde. Il adressait aussi des sourires à tous, offrait sa place, aidait les personnes âgées à monter, souriait aux enfants et distribuait comme un roi à sa cour, quelques mots à chacun. Il était là dans son élément, il rayonnait, il régnait avec éclat alors qu’au travail et à la ville il n’était qu’un homme banal parmi d’autres. Prévenant, il nous avertissait des tournants, des secousses sur le pavé et chacun l’écoutait, c’était vraiment l’homme de l’autobus.

            La conversation était des plus banales, il parlait de la pluie, du beau temps et, à chaque arrêt brusque on aurait pu prévoir ses réflexions ; il était sans doute d’une intelligence moyenne et… Mais que se passe-t-il ? On l’appelle, un homme gesticulant lui tape sur l’épaule et lui dit : « Eh, dis donc mon vieux Serrepomme, il va falloir que tu me montres la dernière pièce de ta collection ». Puis s’adressant à une relation, ébahie : « ah ! vous ne saviez pas que Serrepomme faisait collection de pièces « d’indiennes », vous savez, les premières impressions sur coton, et c’est à Darnétal que les Turcs sont venus apprendre à nos aïeux vers le milieu du dix-huitième siècle la façon d’imprimer le rouge, et ça le passionne, Serrepomme ».

            Ainsi donc, M. Serrepomme, banal employé de bureau, avait la passion des « indiennes ».


Blandine, en 4è1 a obtenu 17/20 avec l’appréciation « très bon devoir ».

(à tous les profs d’aujourd’hui qui aimeraient sans doute lire de telles rédactions dans leurs classes…)



Couple grands boulevards                                      Jules sur les boulevards - 1950


vacances 2                                                    (sans titre)



vacances                                                      (sans titre)

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Inacceptable et incompréhensible

3 Mars 2010 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #édito






Monsieur le Président de la République ne mâchait pas ses mots, lundi matin à La Rochelle, pour qualifier la tempête Xynthia (qui a un drôle de nom, on dirait une Citroën) : « inacceptable et incompréhensible ».
Incompréhensible, pas tant que ça : depuis deux jours météo France mettait en alerte toutes les régions concernées sur l’air du « on vous aura prévenu, barrez-vous ! ». Depuis, spécialistes en climatologie et phénomènes maritimes se succèdent pour expliquer « l’incompréhensible ». Vents forts + fortes marées = digues arrachées et terres inondées.
Inacceptable, là, faudrait pas pousser : ce qui est inacceptable, Monsieur le Président, ce n’est pas la tempête elle-même, contre laquelle nous ne pouvons rien. « Dans son grand duel, la mer est la plus forte » écrivait Vigny dans « La Bouteille à la Mer ». Ce qui est « inacceptable », ce sont les terrains pourris vendus une croûte de pain à des pauvres gens qui se retrouvent aujourd’hui le bec dans l’eau, voire plus si affinité ! Inacceptable, de mourir noyé dans son lit en pleine nuit parce qu’un sagouin et arnaqueur de promoteur immobilier a construit – sous les yeux émus des élus locaux qui donnait leur bénédiction – des cages à lapin « pieds dans l’eau ». C’est si beau un coucher de soleil en bord de mer, pour la retraite, pour élever ses enfants, venir en vacances etc. Le soleil se couche désormais sur les linceuls mortuaires de ceux qui ont cru faire une bonne affaire.

Incompréhensible ? Pour finir sur une touche plus légère puisque dans le registre de la bêtise humaine, combien de temps les journalistes parisiens, essentiellement radio, continueront de parler « des Charentes » (qui n’existent pas, à la différence « des Ardennes » ou « des Alpes », pour qualifier sans doute la Charente-Maritime (département côtier touché par la tempête Citroën). Pire encore – car émanant d’une jeune femme parlant ce midi sur France Cul(ture) « des Charentes-Maritimes », ineptie impardonnable quand on sait le niveau de bagages qu’il faut pour entrer dans ces médias ! Sans mentir, sans une prestigieuse école de journalisme parisienne (CFJ), lilloise ou montpelliéraine (ESJ), un prestigieux Institut bordelais, une école privée pour fils à papa friqués (Lyon) ou même Normal Sup’, impossible d’entrer dans ces rédactions qui exigent, en plus de ces précieux sésames, un niveau de culture générale hors pair. Soit la géographie ne fait plus partie de la culture gé, soit les parisianno-journalistes (néanmoins confrères) ont sauté le CM2…

Hommage aux habitants de LA Vendée et de LA Charente Maritime par un autochtone de LA Charente.










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A Single Man

25 Février 2010 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #chronique cinéma



De Tom Ford. Etats-Unis 2009. 1h40. Distributeur : Mars Distribution. Avec : Colin Firth ; Julianne Moore…


A Single Man


A Single Man n’est-il qu’un film pour homo ? Sur le papier (glacé des magasines glamour) ça y ressemble : esthétique esthétisante, beaux mecs cintrés dans des chemises immaculées, coiffures impeccables et joues imberbes, californian way of life où on se baigne nu (vraiment ?), whisky et Lucky Strike à gogo, femmes blondes et parfumées juste pour le décor et un petit plus de sensualité – mais toujours pour souligner celle des mâles. Ajoutez de la musique chic, mélange de classique et de jazz vocal avec même un petit soupçon de Gainsbourg, des bagnoles années 50 et de splendides villas. Tout y est. On en crève d’envie.
En réalité, A Single Man est un film sur la vieillesse, l’âge, la fuite du temps, retournez le thème dans tous les sens, c’est celui-là qui compte.
Lorsque cette jeune fille blonde à tresses impeccables sur une robe azur non moins impeccable, plante son regard bleu et innocent dans celui de George (Colin Firth, impérial), c’est à nous, spectateur jusqu’ici séduit par le désir de suivre à la trace cet homme singulier, qu’elle murmure : « tu as beau faire le beau, ta jeunesse fout le camp, mec ». C’est là toute l'ambigüité quand on aime les garçons : combien de temps sera-t-on désirable, beau, jeune, riche et sans matière grasse ajoutée ? Combien de temps dure cette insouciante jeunesse ? Combien de fois peut-on en jouir ? Qui la rompt comme un vieux crouton de pain et nous laisse sur le carreau d’une vie d’un coup devenue fade et sans saveur ? Est-ce la mort, comme celle de Jim, après seize ans de fidélité ? Seize ans… comme l’âge d’un bon whisky, que George se sert par rasade, pour oublier qu’il ne fume plus depuis qu’il l’avait rencontré. Outrage du temps qui semble avoir une prise sur la blonde Charley (Juliane Moore), une vraie blonde précise-t-elle à George lors d’un dîner d’adieu où il n’y a pas que le gin qui soit « tonic ». Confidences sur un oreiller, et premier constat amère pour les hétéros de la salle : si la mort ne les avaient pas séparés, Jim & George seraient encore ensemble. Alors que Charley, elle…
« Nous sommes invisibles » : magistral cours du professeur George / Colin Firth, qui se verra rendre l’ascenseur par le jeune Kenny, avant d’aller à l’échafaud ? A Single Man est sans doute trop beau pour être vrai : les couleurs y sont changeantes, comme le ciel de nos âmes, comme la teinture de nos costumes. Flamboyante jeunesse, grisaille de la quarantaine, sépia pour la fin de vie, et les regrets qui l’accompagnent. Traveling avant dans cette fac où George, qui ne se remet pas de la mort de son compagnon huit mois après, et décide que cette journée sera la dernière, à contre-courant des étudiants dont l’insolente jeunesse croise l’homme mort, déjà.
Une scène, une seule, pour terminer : un enfant de cette « american way of life », jaillissant devant George avec une mitraillette factice entre les mains. Son visage couvert d’urine comme un chien pisserait sans vergogne sur ce qui lui est indifférent. Et cette réplique de Colin Firth : « arrête de tuer des gens ». La jeunesse tue.
C’est tout cela et bien plus encore, A Single Man, un film qui a singulièrement des c…





A Single Man



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