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Le jour. D'après fred sabourin
Articles récents

Mort dans l'après midi

17 Mai 2010 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #quelle époque !, #Presse book

 

 

 

Preuve que les personnes sans domicile fixe ont du cœur : celui-ci peut s’arrêter d’un moment à l’autre, comme tout le monde. Si on ne partage pas toujours leur triste sort, nous sommes unis dans notre condition de mortels. Ici, (clique là dessus) fin janvier, nous vous parlions des légumes à volonté du Flunch que venaient manger deux d’entre eux rencontré au hasard de pérégrinations alimentaires. Jean-Louis, l’ex parachutiste qui se souvenait avoir défilé sur les Champs Elysées en 1975 avec le 3è RPIMa (une photo écornée l’attestait), est mort d’un arrêt cardiaque dans un hôpital haut-normand il y a quelques jours. Nous l’avons appris de la bouche même de son acolyte, désormais seul devant son plat du jour – carafe de rouge chez Flunch. Pas de quoi fluncher  me direz-vous. Sauf que… Il s’était passé quelque chose entre nous qui m’avait profondément touché, ce jour-là, dans cette conversation de fond de verre, en plein froid hivernal, dans cette salle à manger où se presse la fameuse « France d’en bas », ignorée d’en haut. Parce qu’il y fait chaud. Parce qu’on ne les y emmerdait pas. Parce que c’est pas cher et qu’on peut se resservir. Parce que d’autres raisons que nous n’avons pas su.
Aujourd’hui, en croisant Dominique, moustache toujours fournie et figure bonhomme, j’ai bêtement demandé des nouvelles de Jean-Louis. « Il est parti », a-t-il lâché, laconique. Comme il avait évoqué son départ de la ville pour rejoindre un vague cousin agriculteur, j’ai d’abord pensé à ça. « Non, non, il est parti. Il est mort. Arrêt cardiaque. A l’hôpital ». Je ne sais pas pourquoi, mais les jambes ont tremblées sous moi comme si c’était un vieux copain qui était parti. La rencontre avait été riche – c’est tout ce qu’ils possèdent – et je les croisais souvent près du clos St-Marc assis sur un banc, attendant que la température se réchauffe et accélérant même son retour avec un litron de rouge. Pas de quoi pavoiser, juste « deux SDF » qui attendent l’ouverture du foyer Boulingrin où ils tenteront de trouver le sommeil, entre deux cris de Roumains et ronflements d’autres errants.
Alors voilà. Pas de quoi pavoiser, ni fluncher. Juste se remémorer ses mots, son petit sac marin avec toute sa fortune, la photo des paras défilant sur les Champs devant Giscard président de l’époque. Et l’oubli. Jusqu’à la terre où il repose désormais. La seule à lui ouvrir les bras, peut-être.

 
En face de moi, un homme – car c’en est un – au visage rougeau et aux yeux humides. Et les mots qui me manquent, comment viendraient-ils ? Où iraient-ils ? Pour qui sont-ils ?
Je vois les Champs Elysées, les paras, les ors de la République, cette chienne qui oublie si vite ses féroces soldats. Et, en guise de combattant inconnu, la tombe de Jean-Louis, probablement enterré au carré des indigents. Là où ceux qui n’ont rien retournent à la terre qui les a enfanté, gratis.

 


Cette page est pour lui, pour sa maigre vie. Pour éviter l’oubli, peut-être.

 



 

 

28012010021

 

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Apéro Facebook : à votre santé les jeunes !

16 Mai 2010 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #quelle époque !

 

chez Picard (2)

                                    apéro "vintage" d'un réseau social non virtuel

 

 

Apéro géant à Nantes : un mort. Un jeune de 21 ans s’est tué en tombant d’un pont, après une chute de cinq mètres entrainé par tout son poids, plus 2,4 grammes d’alcool dans le sang. Haro sur Facebook, organisateur masqué de ces nouvelles orgies, bacchanales, ou fêtes dionysiaques, bref : des beuveries. Cible : les 15 – 25 ans. Pour contrer le phénomène, Brice Hortefeux, à jeun dans son costume de premier flic de France, rassemble préfets et édiles municipaux pour endiguer le phénomène. La droite actuelle étant ce qu’elle est, il y a fort à parier qu’elle avance casquée et armée de boucliers. Interdisons les rassemblements, tapons sur la jeunesse, au lieu d’essayer de résoudre le problème à la racine. Si les jeunes se rassemblent de cette manière, sans autre but précis que de se « prendre une mine », c’est qu’ils trouvent, peut-être, dans ces actions de quoi se faire entendre. Le gouvernement l’entend-il, lui, le cri de cette jeunesse ? Tiens d’ailleurs, comment se nomme le ministre de cette jeunesse alcoolisée ? Tentez des réponses spontanées en commentaires de cet article…
Ces jeunes – dont on peut en voir beaucoup errer tard dans le métro de Lyon par exemple, une bouteille à la main y compris de très jeunes adolescentes – sont issus de la génération qui elle s’enivra sur le tube de Patrick Sébastien « allez, viens boire un p’tit coup à la maison, y a du blanc, y a du rouge, du saucisson, et Gilou avec son p’tit accordéon… ». Oui, nos parents buvaient aussi pour oublier le triste sort dans lequel ils étaient. Mais ils buvaient cachés, chez eux, entre deux saucisses de barbecue. Désormais, on picole dehors, vu que les bars sont devenus des lieux tristes et mornes, trop chers, où il n’est plus permis de s’en griller une, où les serveurs tirent une gueule de repris de justice et où déplacer une chaise pour s’asseoir à une autre table s’apparente aux yeux de l’aimable patron à un crime de lèse majesté. Donc cette insolente jeunesse fonce dans les superettes bon marché se fournir en bières fortes, mélanges vodka - jus douteux, whisky de base et même du pinard de pochtrons.
Faut dire qu’il y a de quoi rechercher l’ivresse, d’abord parce que le vin, c’est bien connu, c’est « chez Nicolas » qu’on va le chercher. Lequel ne fournit pour le moment que de piètres solutions pour la société et l’avenir des jeunes. Sans boulots, coincés entre leurs parents au chômage, les « vieux » de 50 ans qu’on placardise, les très vieux qui nous encombrent, ils galèrent de CDD en CDD, et « tanguysent » chez leurs parents puisqu’ils n’ont pas d’autres choix économiques. Alors boire un coup en se réappropriant la rue de laquelle on croyait les avoir chassés, c’est pour eux une solution pour se faire entendre, et passer un peu de bon temps, même si ils ne connaissent pas tous le monde. La punition et les interdictions, à grands renforts de CRS est-elle la seule solution en magasin ? Vont-ils faire preuve d’un peu plus de psychologie ? J’ai des doutes sur la réponse…

Dans Un Singe en hiver d’Antoine Blondin magnifié dans le film d’Henri Verneuil, Gabin a cette sublime saillie : « c’est pas l’alcool qui me manquait le plus ; c’était l’ivresse ».
Voilà exactement ce que recherche ces jeunes qui s’étourdissent dans des apéros Facebook (ou ailleurs). L’ivresse… De la vie, de l’espoir, des perspectives heureuses, de l’amour qui sait ? Que leur proposera-t-on ? L’ivresse des grandes profondeurs ?
Allez patron, une tournée, une !


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le bruit et l'odeur (Bosphore comme un Turc, tome 2)

12 Mai 2010 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #voyage - voyage...

 

reduit Istanbul 27-04-10 (21)

 

 

Il faut voir pour entendre. Ouvrir ses yeux pour sentir. Toucher et goûter. En fermant les yeux, cette cour des miracles autour de la Corne d’Or prend des allures de petit concentré de voyage. On cherche Pierre Loti du regard : passera-t-il le pont ou remontera-t-il cette petite mer qui pénètre quasi charnellement la terre ? Le bruit du vieux diesel du « vapur » qui nous vomit sur le quai d’Eminonü venant de Karakoï, en Anatolie, là bas, sur l’autre continent, le bruit de ce diesel laisse maintenant place à son odeur, mêlée à celle de poisson grillé que les mitrons enfournent dans une tranche de pain avec oignons et salade. Un filet de citron, et c’est parti. Ça ressemble à de la sardine – ils en ont l’odeur – mais ces petits poissons sortis à l’instant du Bosphore sont parfois des maquereaux, ou d’autres fritures que les pêcheurs sortent « à la mitraillette » (plusieurs hameçons sur une même ligne, pour les non initiés…).
Ca sent aussi le sésame des petits pains en forme de cercle. Si je le coupe en deux, il prend la forme d’un croissant… Si j’en mange un bout, une corne. Or plus tard, remontant les étalages du bazar égyptien, ce sont d’autres bruits et odeurs qui montent au nez. Cris et appels des marchands qui, pour attirer le chaland, rusent et vocifèrent. Odeurs de café, d’épices, de fromages de brebis, de thé, de pistaches et noix de cajou. Un enchantement des yeux, des oreilles et du nez. Parfois aussi de la bouche, lorsque l’un d’entre eux donne à goûter le fameux fromage ou une pistache.
Dimanche en fin d’après midi, les Istanbuliotes se pressent sur les marches de l’embarcadère pour « bader », comme on dirait chez nous. Attendre. Ne rien faire. Grignoter un poisson grillé. Etre ensemble, tout simplement.


Alors je regarde à nouveau vers le ciel où pointent les minarets, comme des pinceaux prêts à calligraphier le nom de Dieu au ciel de gloire de ce jour où il faut déjà se résoudre aux adieux. Je n’ai qu’une envie : que tous ces bruits et ces odeurs entrent par les ports de ma peau pour les emporter dans mes bagages. Et revenir, un jour, entendre à nouveau la musique de l’Europe et de l’Asie enlacées.



reduit Istanbul 02-05-2010 (80) 

 reduit Istanbul 30-04-2010 (7)

 

 

 

reduit Istanbul 02-05-2010 (87)

 

 

 

reduit Istanbul 29-04-2010 (13) 

 

 

reduit Istanbul 02-05-2010 (79)

 

 

 

reduit Istanbul 02-05-2010 (29) 

 

 

 

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Bosphore, comme un Turc...

4 Mai 2010 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #voyage - voyage...

 

 

reduit Istanbul 01-05-2010 (12)                                                          - partir... -

 

 

 

A la croisée de deux continents et de deux mers, riche de plus de 2500 ans d’histoire, ce coin de terre et d’eau fascine par ses dimensions, sa richesse de patrimoine, son extraordinaire situation, sa vitalité. Un empire à elle seule, Istanbul saisit le voyageur de passage en lui offrant une promenade pour ses cinq sens. Le sixième aidant à se repérer dans son dédalle de ruelles et avenues, rives et mosquées, bazar monstre et rivages lointains.
Mais c’est sans doute le Bosphore, trait d’union entre le monde européen et asiatique, et entre le monde slave et méditerranéen, qui attire, aimante en quelque sorte. On a beau arriver par les airs, c’est très vite avec cette mer intérieure qu’il faut composer, passant d’une rive à l’autre, remontant le cours du détroit en même temps que l’histoire, allant jusqu’au bout de la Corne d’Or la bien nommée, à la recherche des traces d’un certain Pierre Loti, trop vite oublié.
La presqu’île, qu’on nommait quartier musulman jusqu’au début du XXè siècle, où Sainte-Sophie défie du regard et des minarets la grande mosquée bleue du Sultan Ahmet, partage la vue avec le palais de Topkapi, dont la visite du harem restera un moment étonnant de ce court séjour. Un harem qu’il est difficile d’imaginer vivant (plus de mille femmes y vivaient pourtant au meilleur de son histoire), mais à d’intenses moments, les céramiques et mosaïques semblent encore raisonner des bruits de cette ville dans le palais, aux accents ottomans et de musiques turques, aux senteurs de parfums et d’onguents. Il faut s’être arrêté sur les marches de l’embarcadère d’Eminonü, le soir entre cinq et six heures, pour comprendre et entendre cette musique d’une ville dont le poumon respire et le cœur bat ici. La magnificence pour Dieu, dont l’appel à la prière raisonne encore et encore, se mélangeant entre les innombrables minarets et les chants gutturaux des muezzins.

 


(à suivre…)

 

 

 


reduit Istanbul 27-04-10 (59)

                                                        - Inch Allah -

 

reduit Istanbul 01-05-2010 (5)                                                           - prête-moi ta plume -  

 

 

 

reduit Istanbul 27-04-10 (93)                                                              

 

 

 

reduit Istanbul 28-04-2010 (24)

 

 

 

 

reduit Istanbul 28-04-2010 (13) 

 

 

reduit Istanbul 30-04-2010 (37)

 

 

 

PS : c'est la première fois que j'insère une vidéo sur ce blog, dites-moi si ça ne fonctionne pas !

 

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à travers le Bosphore

3 Mai 2010 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #voyage - voyage...

 

                   Bientôt, ici, le récit de ça :

 

 

reduit Istanbul 02-05-2010 (4)

 

 

 

reduit Istanbul 02-05-2010 (92)

 

 

 

reduit Istanbul 01-05-2010 (60)

 

 

 

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L'insurrection est là !

23 Avril 2010 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #l'évènement

 

 

 

 

 

Et elle est volcanique !
Dans le livre signé du « Comité Invisible », L’Insurrection qui vient, qui déclencha les foudres du ministère de l’intérieur fin 2008 avec l’arrestation – injustifiée - de Julien Coupa accusé, de son épicerie de la Corrèze profonde, d’avoir saboté les lignes TGV provoquant une belle pagaille sur le rail, on peut lire à la page 101 : « l’infrastructure technique de la métropole est vulnérable : ses flux ne sont pas seulement transports de personnes et de marchandises, informations et énergie circulent à travers des réseaux de fils, de fibres et de canalisations, qu’il est possible d’attaquer. Saboter avec quelques conséquences la machine sociale implique aujourd’hui de reconquérir et réinventer les moyens d’interrompre ces réseaux. Comment rendre inutilisable une ligne TGV, un réseau électrique ? Comment trouver les points faibles des réseaux informatiques, comment brouiller des ondes radios et rendre à la neige le petit écran ? ».
L’avion n’est pas explicitement nommé, mais on peut imaginer qu’il s’agit d’un oubli. En tout état de cause, il aura suffit au « Comité invisible » d’attendre patiemment l’éruption du volcan islandais pour voir leur rêve utopique se réaliser : l’Europe et le monde bloqués par de la cendre et de la glace. Ruines de l’Occident. Toute une population patricienne bloquée par les caprices de la terre et du ciel. Voilà qui est simple, finalement, et aucun des partisans de la fameuse « décroissance » n’aurait pu imaginer un tel scénario. La planète terre au secours des « dangereux utopistes ». A-t-on seulement songé, place Beauvau, à mettre en garde-à-vue le prévenu islandais ?

 
Au-delà de cette coïncidence étrange, les voyageurs bloqués à des milliers de kilomètres de chez eux expérimentent, sans le vouloir ni même le savoir, ce qu’on vécu les migrants de toutes les époques : partir de chez eux sans savoir si, un jour, ils y retourneraient. Aujourd’hui le voyage se considère et se prépare en pensant « aller-retour ». Il aura suffit d’un volcan pour que l’un des deux s’efface provisoirement, mais suffisamment longtemps pour que chacun se sente perdu. Invisible sentiment, qui ne provoque ni insurrection ni révolution, mais de l’impuissance.


Et de la peur, d’un seul coup.

 

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Paris sera toujours Paris (entendu au vol un de ces jours d'avril où il faisait très beau dans la capitale) :

"la seule revue que je lis vraiment avec plaisir, tu vois, c'est So-foot !" (deux vingtenaires dans le métro)

"Ah là là ! Qu'est-ce que j'ai pu venir dans ce quartier du temps de ma belle-mère..." (une quinquagénaire délavée à un autre quinquagénaire crinière poivre et sel au vent, main dans la main dans le quartier de la Madeleine)

"Je vais lui détruire sa vie sur Facebook !" (une fashion pré-ado à un autre, sirotant un coca et suçant des frites au Ma Que Do, porte Maillot)

 

 

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Elles font le printemps

21 Avril 2010 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #montagne

 

reduit Ossau avril 2010 (31)

                                                                      - au col des Moines -  

 

 

A peine avions-nous posé le sac au col des Moines (2168m et vue imprenable sur « Jean-Pierre »), que le soleil nous écrasait dans une semi léthargie propice à la sieste ou la contemplation. A chacun de choisir. Le silence était lourd, à peine troublé par les derniers avions là haut, dans un ciel impeccablement bleu, mais qui se couvrait de cendre là bas, plus au nord… D’un coup, comme surgissant du néant, un bruit d’ailes d’oiseau, sec, rapide, furtif, comme des balles jaillissantes d’un fusil imaginaire. Des hirondelles. Elles franchissaient le col des Moines, venant d’Espagne, là, juste derrière la « frontière ». Filant à toute blinde en France, plein nord, sans papiers ni bagages. On dit qu’elles ne font pas le printemps. C’est faux : le soleil était généreux, et le ciel de gloire, sans un accroc dans sa robe azuréenne. Nous nous sentions comme des dieux en ce lieu à cheval entre deux mondes : Pyrénées, frontière infranchissable ? Pas sûr… A voir la facilité avec laquelle on peut, aujourd’hui, déjeuner en France et faire la sieste en Espagne (ou l’inverse, c’est selon), laissant filer au dessus de nos crânes les hirondelles furtives, le temps suspendait, lui, son vol. L’heure était propice à la rêverie. Ici, autrefois, des gens fuyaient la France, aidés par des « passeurs ». Les hirondelles, de leur vol saccadé et déterminé, nous montraient la route à suivre. Passeurs et passés, marcheurs, pèlerins et libres oiseaux. Un après-midi de printemps, au pied de l’Ossau.


reduit Ossau avril 2010 (38)

                                                          - lac Gentau avec vue sur "Jean-Pierre" -  

 

reduit Ossau avril 2010 (55)

                                                                  - Col de Lurdé -

 

reduit Ossau avril 2010 (34)                                                             - un croc vers le ciel -

 

reduit Ossau avril 2010 (11)                                                               - mort dans l'après midi -

 

 reduit Ossau avril 2010 (17)

                                                               - sans titre -

 

reduit Ossau avril 2010 (5)

                                                                    - à croc -

 

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Bord de mer, dans la mer, sous la mer

6 Avril 2010 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #voyage - voyage...

 

reduit Cotentin avril2010 (73) 

                                                         "j'habite au bord de la mer"

 

 

 

Au bord de la mer, nous sommes d’accord, il y a la mer. Le soleil et le ciel aussi. Un sentier, plus de douaniers depuis belles lurettes, des goélands et des genêts (en fleur). Et puis il y a des galets. Parfois, ils volent : si, si, vers le Cap de la Hague, c’est possible, surtout à partir de 90km/h de vent. Et cette semaine là, les galets volaient.
Ils volaient jusqu’aux volets des villas construites à raz-la-marée. Coefficient 112, c’est pas tous les jours, certes, mais quand même. La mer est une lécheuse… de villa.
Ressurgissent au cours de cette semaine de marche avec la mer à droite et une femme à gauche, les images de la tempête au nom de véhicule Citroën. Ici, on construit solide : toitures en ardoises clouées et murs de plusieurs épaisseurs en granit. Mais on construit aussi comme des sagouins, à raz-la-plage, villas « pieds dans l’eau » en attendant de boire la tasse au menton… Car elle grignote, elle grignote, la garce ! Elle n’est pas manchote !
Et on ira accuser qui, une fois le carnage passé ? Le maire, pour avoir accordé des permis de construire en zones inondables ? Les promoteurs immobiliers véreux ? Les acheteurs sourds aux ricanements des vieux « qui savaient, eux » ? Non, on ira accuser la mer. La salope.

Il y a eu René, ancien employé municipal à Fermanville. Puis ce vieux marcheur au regard bleu de St Germain-des-Vaux, qui vient quotidiennement au cap voir la mer, car c’est gratuit. Delphine, ses cent vaches et autant de veaux, à Auderville. Et « Monsieur Renet » à Biville. Tous des autochtones qu’on croyait pas causant. Mais les barjots qui marchent nez au vent sous une pluie horizontale ne sont pas légions à cette saison !
Tous disent la même chose : « on a une belle côte, hein ? ».
Ben ouais. Avec la mer à côté. Et parfois même dans les godasses.

 


reduit Cotentin avril2010 (83)

 

                                                                     - sans titre -

 

 

reduit Cotentin avril2010 (74)

 

                                                                    "sans interdit"

 

 

reduit Cotentin avril2010 (13)

 

                                                             Phare de Goury 

 

 

reduit Cotentin avril2010 (56)

 

                                                       "l'année des méduses"

 

 

reduit Cotentin avril2010 (23)

 

                                                             "dissuasion"  

 

 

 

reduit Cotentin avril2010 (44)

 

                                                                   Redoutable...

 

 

 

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Les vieux copains

25 Mars 2010 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #émerveillement



reduit La Rochelle mars 10 (42)


C’est comme des mâts de misaine, des pavés dans la mer, des forteresse autour du cœur.
Les vieux copains, ça ramène des copines, qui deviennent des femmes sans jamais être les nôtres, mais qui demeurent belles filles.
Ils vous tiennent par le bras, tout en guidant vos pas, quand le ciel ce fait lourd.
Ça guette une éclaircie, qu’on arrose au bistrot, à grands coups de demis.
Les vieux copains, ça se donne rendez-vous dans un port comme si ils voulaient partir pour ne plus revenir du tout. Ou peut-être parce qu’il y a un bout de quai, et qu’au-delà on ne sait pas.
Mais les vieux copains, ça discute le bout de gras, en contemplant celui qu’ils ont autour de la ceinture, et les rides sur la figure.
Les vieux copains, ça évoque toujours le passé, quelques fois le présent, et peu souvent l’avenir. Sauf quand ils parlent d’une maison, bleue ou d’une autre couleur, où on a envie d’être ensemble, quand la vie nous étrangle.
Les vieux copains, ça bâfre en s’engueulant, pour parler politique, rarement à cause du fric.
Ils refont le match, en tous temps en tous lieux, parce qu’ils sont heureux, au fond.
Au fond d’eux il pousse de la lumière, et des jardins savoureux, ils parlent des jours heureux. Aujourd'hui, peut-être ? 
Les vieux copains font toujours un bout de chemin, et ça fait longtemps qu’ils le font, sans chercher à savoir qui invente l’autre.
Les vieux copains, ont des bosses et des bleus, et ils sont amoureux ou bien ils ne le sont pas.
Mais les vieux copains, ils sont toujours là.




reduit La Rochelle mars 10 (11)
                                                    (sans titre) 


reduit La Rochelle mars 10 (49)
                                            "so far away, from LR... "


reduit La Rochelle mars 10 (45)
                                          "bordez, nom de Dieu !"


reduit La Rochelle mars 10 (2)
                                            "par delà les nuages"


reduit La Rochelle mars 10 (34)
                                        "grattez le fond de la quille"


reduit La Rochelle mars 10 (20)
                                      (sans titre)


reduit La Rochelle mars 10 (50)

                                      "embarquement immédiat"





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les jeux sont faits, rien ne va plus

17 Mars 2010 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #quelle époque !

11032010055


         D’abord il y avait la grève des bus. Nous y sommes donc allé à bicyclette, mais sans Paulette. Un forum de l’emploi, c’est souvent paumé dans une zone où est installé un « parc des expositions ». Aujourd’hui, on y expose recruteurs (200), offres d’emplois (des milliers), et des chômeurs (des millions). Ca méritait le déplacement. 

          A l’entrée, il faut donner son Cv à une hôtesse d’accueil (discrimination : où sont les « hôtes » d’accueil ?). En guise de Cv, je sors ma carte de presse, et me voilà entré dans le ventre chaud et grouillant des « emplois en Seine », car c’est par là que ça se passe. Tout ce qu’une région compte de jeunes de moins de 25 ans s’y est donné rendez-vous : ils sont des centaines, dossiers et Cv sous le bras, engoncés dans leurs costumes trop grands, ou sur des talons trop hauts, à arpenter les allées du forum, discuter avec les recruteurs  - dont certains sont sergents pour de vrai, au stand « armée » il y a du monde, même à la Légion Etrangère. Certains font la queue pour un pré-entretien qui termine le plus souvent par : « inscrivez-vous sur notre site internet et mettez votre profil en ligne ». La décortication minutieuse de cette petite phrase entendue sur place mériterait à elle seule une thèse en trois tomes. Je ne retiendrai que « mettez votre profil en ligne » imaginant ce que, physiquement, ça pourrait donner.
Au stand « parcours atypique », je fais la connaissance du créateur du site internet « parcoursatypique.com ». Le prospectus indique qu’il s’adresse à des « anciens sportifs, ceux qui ont des blancs sur leurs Cv, retour de missions humanitaires, changement de vies » etc. Des cas incasables en somme. Je risque un : « et pour les anciens taulards ? ». La réponse est mitigée. Je pousse le bouchon un peu plus loin, limite vulgarité : « et les anciens religieux, moines, clergé etc ? ». « Tous les parcours valent la peine, précise l’atypique créateur de site, du moment que les gens sont compétents et motivés ». C’est donc ça. Il y en a un plein hall de gens « compétents et motivés ». Certains sont là depuis 8h du matin, pour être sûrs d’être les premiers. Atypiques on vous dit !
Puis je m’attarde sur les slogans que seuls les agences de com’ spécialisées en « quali » savent inventer pour faire gober des couleuvres aussi grosses que des grenouilles ayant avalé un bœuf : « en magasin, en entrepôt ou dans les fonctions supports, nous partageons tous les mêmes valeurs. Esprit d’équipe, autonomie, sens des responsabilités et de l’engagement. Vous avez ces qualités ? Rejoignez-nous ! ». Essayez, ça marche avec tous les boulots. Là, c’était pour être magasinier chez… Ed (l’épicier).
Deux jeunes femmes, beurettes (discrimination ! je vais me faire choper par la Halde ou pire : par Gérard Longuet !), discutent : « la différence ? Il faut te faire licencier, pas démissionner ! Sinon, tu ne toucheras pas le chômage. Tu vois, machine, elle s’est faite licenciée. Elle n’allait plus au taf, à force son patron il l’a li-cen-ciée ».
Une autre jeune femme, près des toilettes, porte sur son visage tout le désarroi qu’une telle journée peut apporter. Peut-être venait-elle de chez Manpower ? « Vus avez le sens de l’écoute, le sens commercial, une bonne élocution, une forte disponibilité (8h – 21h) ? Contactez Manpower tertiaire ». Cette jeune femme, ni trop belle, ni trop laide (on sonne chez moi : merde c’est la Halde !) ne devait sans doute pas être tout à fait dispo de 8h à 21h…

En partant, je passe devant les métiers des casinos. Pas pour remplir les rayons d’un supermarché, non, pour être croupier ! Les casinos recrutent ! Mais là attention, plus question de rigoler – même si on y vient pour jouer. Langage châtié, bonne présentation, à l’aise en calcul mental, forte mobilité (Paris, Lyon, Bordeaux, Namur, Manchester), horaires décalés (16h – 4h du matin), et… salaire au Smic, sans compter les pourboires. Sur le stand, une table de blackjack, avec un croupier en action, et trois joueurs qui perdent, perdent, perdent.
Leur temps.



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