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Le jour. D'après fred sabourin

Articles récents

"en allant à l'école, nous avons rencontré..."

4 Avril 2007 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #étonnement

                               Un héros en pull-over

           

         « En avril, ne te découvre pas d’un fil », qui n’a pas déjà reçu ce conseil avisé de nos grand-mères ? Les petits matins d’avril à Rouen sont très bleus et inondés de soleil, mais aussi très frais : le vent du nord fait de la résistance. Le petit garçon qui attendait que sa maman ouvre la porte de la « Twingo » portait un sac d’école sur le dos. Il devait avoir neuf ans, pas plus. Il était dehors, peu avant huit heures, vêtu d’un simple pull-over rouge à grosses côtes. Sa mère, quadragénaire pressée et préoccupée, lui dit en constatant qu’il n’avait rien d’autre sur lui : « tu ne mets pas de manteau ? Il fait frais pourtant, chéri ». Le gamin répond, moitié assuré, moitié inquiet : «ben  non, je n’ai pas froid », comme si il craignait que l’autorité maternelle ne l’oblige à retourner à la maison chercher de quoi se couvrir. La porte de la « Twingo » s’ouvre et l’enfant monte avec son cartable, et le pull.


      Il part à l’école en pull… Non madame, bien sûr que non il n’a pas froid ! Même si il ressent un peu la fraîcheur que son audace doit lui fait assumer (il ne faisait vraiment pas chaud), votre petit garçon ne veut pas du manteau qui pourtant ne serait pas superflu. Il n’en veut pas, car il veut aller à l’école en pull, c’est tout. D’abord parce qu’on est mercredi et que le mercredi il n’y a qu’une demi journée, alors si il a froid vers midi ce n’est pas grave, il rentrera de toute façon à la maison se réchauffer devant les dessins animés de l’après midi, avec une bonne tartine de chocolat. Et puis surtout, le petit garçon part à l’école en pull-over parce que c’est pour lui le début d’une aventure ! Une liberté qui se conquiert peu à peu, comme si il enfreignait la loi maternelle et hivernale, le diktat de la météo qui nous fait enfiler ces grosses doudounes ou blousons en draps de laine, dans lesquels, c’est bien connu, on est boudinés et mal à l’aise. Le petit garçon part en pull car c’est un petit homme et il veut que ça se sache ! Il sait aussi que ses copains feront pareil, ils l’ont dit hier à cinq heures en quittant la cour : « eh ! machin ! demain, tu viens en pull, hein ?On vient tous en pull, il fait beau ! ». Lui était rentré un peu inquiet, il se demandait si il aurait l’autorisation de le faire, si ça mère n’allait pas lui dire : « ça ne va pas non ? Tu as vu la température ? Tu veux être malade avant les vacances ? ».
Arriver en pull à l’école au début du printemps, c’est l’assurance de commencer tout de suite une partie de foot ou de contrebandiers sans avoir à porter son manteau dans la classe, où il perdrait du temps et où, peut-être, l’instituteur lui demanderait : « tiens Clément bonjour, tu tombes bien, n’enlèves pas ton manteau, va plutôt me chercher des craies chez Mme Dufour pour la classe de tout à l’heure, car il n’y en a plus et j’ai oublié d’en prendre », ce qui le ferait passer pour un fayot aux yeux de ses copains et surtout il raterait la composition des équipes.
Arriver en pull à l’école au début du printemps, même si en effet le temps est frisquet, c’est l’assurance de faire « comme si j’habitais en ville », privilège de ceux qui n’ont que quelques centaines de mètres à faire pour retourner chez eux, si par hasard le temps venait à changer, le privilège honteux des externes qui rentrent manger chez maman et ajustent en toutes circonstances leur tenue aux caprices de la météo : il pleut le matin, manteau ; il fait beau l’après midi, je viens en pull… Le demi pensionnaire doit quant à lui assumer les choix fait depuis la veille en regardant la météo après le journal télévisé et ce jusqu’au lendemain soir, avec le risque d’avoir trop chaud, ou trop froid. Rendez-vous compte le temps que cela représente pour l’enfant de neuf ans : prévoir à 24 heures… ! Un monde.
Aller à l’école en pull au début du printemps même si il fait encore frisquet, c’est surtout l’occasion pour le petit garçon de passer pour un héros : « ça assure », le coup du type qui n’a pas peur d’avoir froid ou de se mouiller, ça épate les copains (ceux qui n’ont pas osé) et surtout les filles, encore emmitouflées dans des duffle-coat Cyrillus, Tex ou Soft Grey, avec un chèche multicolore trop grand enroulé trois ou quatre fois autour de leur cou fragile. Pfff… les poules mouillées.


       Quand on est un petit garçon de neuf ans dans la cour de l’école, en pull-over au début d’un beau printemps mais frisquet, on préfère cacher sa chair de poule en tirant maladroitement sur ses manches plutôt que de montrer qu’on est pas une graine de héros. « Tu ne mets pas de manteau ? Il fait frais pourtant, chéri », disait la maman de ce petit garçon en montant dans la voiture. Non, madame, il ne le met pas car votre fils a changé : en manteau c’est votre petit garçon. En pull-over c’est un homme.

Et en cravates, c'est pas mal non plus... Ces héros-là viennent de Bangalore (Inde), de l'orphelinat Don Bosco. Les demoiselles n'ont qu'à bien se tenir !

 

 

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raconte-moi une histoire...

2 Avril 2007 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #émerveillement

                    Grain de sable et goutte d’écume

          Il était une fois un grain de sable, sur une plage au printemps. Il se lamentait tout le jour de n’être qu’un grain de sable. « Je suis si petit au milieu de tous les autres, personne ne me remarque, nous sommes tellement nombreux ! On me foule du pied, le vent m’arrache du sol où je suis né, les animaux me souillent, et les hommes se plaignent que je leur colle à la peau en envahissant  leurs chaussures… ». Le seul moment où il attirait l’attention, c’était quand il bloquait les rouages d’une mécanique humaine d’ordinaire bien huilée. Le grain de sable qui bloque tout, le petit frère du cailloux dans la godasse. Une serrure, une machine, un cœur, un corps, un roulement à billes : un seul grain de sable et tout s’arrête. Il pensait à ses camarades emprisonnés dans un flacon emporté par des vacanciers, pour caler une bougie sur la table basse d’un appartement triste dans une banlieue quelconque. Il avait encore la chance d’être en liberté.


Au bout de la terre sèche, il y avait une goutte d’écume de mer. Tantôt bleue, grise ou verte, elle était souvent blanche. Recouvrant le varech et les corps bronzés, aux senteurs de monoï. Elle se croyait inutile, et mouillait de ses larmes la plage où rien ne lui faisait envie. « Je ne suis qu’une goutte d’eau dans la mer », disait-elle, « si seulement je voyais une bouteille contenant un message, je pourrais au moins me distraire avec un peu de lecture ! Et me rendre utile en l’acheminant vers son destinataire ». A peine avait-elle finit de penser qu'une nouvelle vague la projetait avec force sur le sable. Flux et reflux sans cesse. Jours. Nuits. Lunes. Soleil. Tempête. Calme. Pétrole aussi, parfois, de nuits noires et gluantes qui durent toute une saison.
Un jour, un rouleau de vagues féroces l’emporta plus loin que la grève, et elle se trouva nez à nez avec le grain de sable qui bloquait la circulation. Elle trouva la situation cocasse, amusante, et pour tout dire, attendrissante. Enfin un peu de changement ! « Qu’est-ce que vous faites là ? Vous ne voyez pas que vous bloquez le passage ? », dit la blanche goutte d’écume. « Je ne m’amuse pas, qu’est-ce que vous croyez ?! Je me fais remarquer mais tout le monde râle encore contre moi ! », lui répondit le grain de sable. « Je peine à trouver ma place au soleil au milieu de tous ces gogos qui viennent s’étendre sur moi en se plaignant que je me glisse partout : sous leurs pieds, dans leurs maillots, dans les pages de leurs livres, dans le numérique de leurs appareils photos ou de leurs téléphones portables». La goutte d’écume lui dit alors : « je peux peut-être vous aider ? Je ne sers pas à grand chose habituellement, hormis participer à l’éternel recommencement des marées. Les grandes et les petites. Voulez-vous que j’essuie  vos larmes de ma blanche mousse ? Vous me sécherez les cheveux, ensuite…», dit-elle en rougissant, un peu. Le grain de sable rosit, beaucoup. Il ne savait plus où se mettre. On ne lui avait jamais parlé comme ça… Trop d’égard d’un seul coup, sans prévenir, il y a de quoi avoir un peu peur. Il regarda la blanche goutte d’écume au fond des yeux. Ils étaient bleus, et cela le surpris. Il compris que c’était la mer elle même, des mers, qui lui envoyaient cette compagnie humide mais douce, aux parfums iodés, pour le soigner, peut-être. « Une thalasso thérapie ? Pourquoi lui faire confiance, à elle plus qu’à une autre » pensa-t-il en lui même. « Et pourquoi pas ? » lui dit-elle de ses yeux…

 


Il la laissa s’approcher, le prendre par la main. Fermant les yeux, aspirant l’air du large, ils n’entendirent plus que le murmure d’une brise légère, le son mécanique des activités humaines leur paraissant de plus en plus lointain. « Je crois que je pourrais vous aimer », dit le grain de sable à la goutte d’écume, qui ne répondit rien. Elle regarda vers le large et vit ses copines les étoiles de mer lui faire des clins d’œil. Dans le ciel, la lune s’était levée, attirant les vagues vers le reflux de la marée. « Moi aussi », murmura-t-elle.
Et alors, tout devint de nouveau possible...  

 



 

 

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Tranches de vie, tronche de cake (tercera pars)

27 Mars 2007 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #émerveillement

                                                           Les yeux d’Hélène

           

          Il existe peut-être un seul avantage pour un chômeur : il peut aller à la FNAC quand les autres n’y vont pas, par exemple un mardi matin entre 10h et 11h… La première fois, il culpabilise, il a des scrupules, il se dit que non, quand même, il ferait mieux de… Et puis il faut avoir le grand courage d’en ressortir sans avoir rien acheté, surtout si il fait partie de la grande classe supérieure des chômeurs, les « non indemnisés ».  Autant dire qu’entre la culture et la nourriture, il faut choisir. Pourtant, il aurait tort de se priver d’une telle bibliothèque – discothèque… Alors il y retourne. Pour voir.
La FNAC de la ville normande où j’habite en ce moment possède des escalators pour y arriver. Je veux dire qu’il faut « descendre » dans cet antre de la culture qui s’échange contre menue monnaie. L’escalator « montant » est en panne, en réparation. Je prends les escaliers, mais ça c’est une habitude, je n’aime pas me « faire porter par le système ». Une dame âgée monte aussi, tenue bras dessus bras dessous par une autre dame, légèrement moins âgée : quelque chose me dit que ça doit être sa fille. Il arrive un moment où 20 ans d’écart ne veut plus rien dire. Comme je suis coincé derrière elles et que je n’ai aucunement l’intention de les bousculer (je ne suis pas un hooligan), je monte à leur rythme. Je devrais dire à son rythme, car c’est la vieille dame qui donne le « la ». J’entends la conversation : elle dit qu’elle est mal chaussée, que ce n’est pas pratique pour monter les marches. L’autre femme lui dit, d’une ton qui n’est ni réprobateur ni trop mielleux, qu’elle a des chaussures neuves chez elle, mais « il faut toujours que tu mettes ces vieilles godasses » (le tutoiement est un signe : elles sont bien de la même famille…). Alors la petite mamie ratatinée par l’effort de ces 25 ou 30 marches qui représentent pour elle un sommet alpin, lâche simplement : « ben oui ».
Ben oui. C’est exactement ce qui me vient à l’esprit en sortant, enfin, du trou de la FNAC. Un livre sous le bras. De poche bien sûr. Sur la couverture, une jeune et jolie femme répondant au nom d’Hélène Grimaud. Le titre Leçons particulières , me laisse deviner un printemps radieux. Je regarde s’éloigner la vielle dame et son soutient. Le ciel est azuréen, les yeux d’Hélène Grimaud sont verts comme l’amour. Les « leçons particulières » commencent par une palette de couleurs. Le vieillesse n’est qu’un état d’esprit, me dis-je, enfourchant ma bécane. Bleue.
Changer de chaussures, acheter un livre, sentir son corps.
Et contempler au dessus de la mer et des toitures, les yeux d’Hélène, les yeux d’Hélène, les yeux d’Hélène…


Pour N........e,  estime et reconnaissance... Pour David aussi, pour cette photo "papillon" qui n’appelle pas d’autre commentaire que la contemplation.



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tranches de vie, tronche de cake (2è partie)

23 Mars 2007 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #émerveillement

             « Ce soir mon petit garçon, mon enfant, mon amour… »
(Serge Reggiani)

        Ma bicyclette bleue (je ne suis pour rien dans le choix de la couleur !) s’arrête au feu au bout d’une petite rue semi piétonne. A côté de moi passe un enfant, environ quatre ans, dont le bras tendu remonte jusqu’à sa maman, bottée de cuir et vêtue d’un trench à la mode. L’enfant me regarde, sans sourire, comme si il portait le poids d’une journée à l’usine sous la férule d’un chef d’équipe tyrannique. Il se tord pourtant le cou vers mon deux roues, nos yeux se croisent et je lui souris en essayant de me faire une tête aimable (ça doit être possible...) sans effrayer le marmot en doudoune rouge bonnet rayé multicolore. Pour montrer que je ne suis pas un ogre sur pneumatiques, je fais retentir le grelot de ma sonnette, un léger ding-ding que je juge sympathique. Toujours pas l’ombre d’un sourire. Peut-être est-il sourd, me dis-je...
L’enfant, sa doudoune, son bonnet et sa mère s’arrêtent devant le passage pour piétons et attendent le petit bonhomme vert. C’est le moment que maman choisi pour se pencher vers l’enfant, lui dire des mots que je devine gentils mais que je n’entends pas, je suis trop loin et il y a trop de bruit. Le geste suivant me met sur la voie : elle lui donne un baiser sur la bouche.
A cet instant, mon instinct de père se demande qui je désirerais le plus être : l’enfant embrassé ou la maman réconfortant son fils, aux apparences si tristes ?
Mon sémaphore passe au vert, leur petit bonhomme aussi : je ne démarre pas tout de suite, pris dans les bras de la rêverie. Je vois le petit garçon faire de grandes enjambées pour ne marcher que sur les bandes blanches, le bitume doit représenter pour lui le vide d’un abîme cruel rempli de monstres…
A cet instant précis, appuyant sur le pédalier de mon vélo bleu, je sais qui je voudrais être : celui qui lui prendrait la main de l’autre côté, car ses jambes trop petites ne tiendront pas jusqu’au bout du passage…

        Après ça je me suis arrêté à la boulangerie, toujours la même (sauf le mercredi parce que la boulangère doit avoir des enfants et elle ferme la boutique ce jour là. C’est une déduction comme une autre !). Comme il y avait du monde et que j’étais bien parti pour rêvasser, les mains dans les poches de mon caban, j’ai regardé le décor au dessus des paniers à pains. Et j’ai lu cette phrase délicieuse, autant que les éclairs au chocolat qui me faisaient de l’oeil : « spécialité de pains spéciaux ». Je suis sorti avec, comme d’habitude, une baguette « ordinaire », parce qu’elles sont moins chères, mais j’avais le sentiment de vivre une fin de journée « très spéciale »…




 

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printemps-été-automne-hiver du cinéma

21 Mars 2007 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #chronique cinéma

                                                     Ensemble, c’est tout

 

de Claude Berri. France 2006. 1h37 mn. Distribution : Pathé. Avec : Audrey Tautou ; Guillaume Canet ; Laurent Stocker ; Françoise Bertin…

Adapté du roman éponyme d’Anna Gavalda, Ensemble, c’est tout ressemble à un remède contre la déprime ambiante qui ne cesse d’envahir les hommes à grand coups de « à quoi bon ? ». Claude Berri, qui en connaît un rayon question épreuves de la vie et dépression, réussi le challenge de tirer le meilleur de la rencontre improbable des quatre protagonistes de Mme Gavalda. Il y a Camille (Audrey Tautou), jeune femme brisée et anorexique, qui craint d’aimer et d’être aimer. Qui surtout ne s’aime pas. Il y a Franck (Guillaume Canet), jeune cuisinier qui trime dur pour subsister et passe le temps qui lui reste à emballer des filles « kleenex » et à s’occuper de sa grand mère Paulette, dont il reste le seul lien familial. Enfin il y a Philibert (impeccable Laurent Stocker, sociétaire de la Comédie Française), vieil aristo tendance fin de race qui loge tout ce beau monde dans son appartement taille double XL. La rencontre de ces quatre là, qui n’aurait jamais du se produire, va déclencher ce qu’elle avait déjà provoquée dans le livre : la vie est meilleur avec l’amour, et ça va mieux en le disant.
Il y a une sorte de vivacité bienfaisante dans ce Ensemble, c’est tout, qui nous fait dire que Claude Berri, à 73 ans et malgré ses déboires familiaux et catastrophe de santé (il a eu un accident cardio-vasculaire juste avant le tournage et avait presque perdu l’usage de la parole), n’est pas encore mort. « C’est la première fois que je menais un casting aussi jeune » confiait-il au JDD récemment. Sans aucun doute ce bain de jouvence l’aura motivé, et Camille l’anorexique ou Franck le mâle en mal d’amour sincère y sont pour beaucoup. Le tandem aurait-il fonctionné aussi bien avec Charlotte Gainsbourg, initialement prévue mais qui a du céder sa place à cause d’une chute de ski ? On ne saura jamais, mais pour l’heure Audrey Tautou forme avec Guillaume Canet un drôle de couple en débat, avant les ébats, proposés de façon crue mais au moins on sait à quoi on a affaire (remarquable Audrey Tautou piégeant Guillaume Canet à son propre jeu d’une réplique aussi crue qu’inattendue : « ben alors, tu me baises pas ? »).
Ne pas oublier non plus Laurent Stocker, aristo bègue qui voudrait faire du théâtre pour enfoncer le clou sur les ruines d’une famille à pedigree dont il hérite des archaïsmes et de la ringardise, mais aussi d’un splendide appartement – musée qui permet de loger tout ce beau monde dans du mobilier empire.
Mais il y a surtout Françoise Bertin, une grand-mère sublime, sans doute le trait d’union entre tous ces portraits esquissés à coups de dialogues. Elle le fait elle avec une rare économie de mots et surtout deux moments clés qu’il serait dommage de rater : le premier dans une maison de repos, larmes versées à cause d’une furieuse colère de son petit-fils (« j’ai une vie de merde, je bosse tous les jours sauf le lundi et ce jour là qu’est-ce que je fais ? Je viens te voir ! ») ; et une pose presque nue (cachez ce sein que je ne saurais voir !) sous le crayon de Camille, qui dessine aussi bien qu’elle sait attendrir ses sentiments pour ne pas faire peur au cuisto qui sortait les couteaux.
Ensemble, c’est tout, et bien oui, c’est tout, mais c’est déjà pas si mal…

 

 

 

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"ero dietro di te"

19 Mars 2007 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #étonnement

                                     J’étais derrière toi

     « C’est dans la trentaine que la vie m’a sauté à la figure. J’ai alors cessé de me prendre pour le roi du monde et je suis devenu un adulte comme les autres, qui fait ce qu’il peut avec ce qu’il est. J’ai attendu la trentaine pour ne plus avoir à me demander à quoi cela pouvait bien ressembler, la souffrance et le souci, la trentaine pour me mettre, comme tout le monde, à la recherche du bonheur. Qu’est-ce qui s’est passé ? Je n’ai pas connu la guerre, ni la perte d’un proche, ni de maladie grave, rien. Rien qu’une banale histoire de séparation et de rencontre ».


       « Et puis, je ne veux pas me la jouer j’y suis pour rien, mais, à chaque fois, ce sont les femmes qui sont venues me chercher. Moi, je te jure, je n’ai jamais dragué personne. Le coup de foudre, ce truc dont on te dit qu’il te scotche sans laisser aucune place à la distance, je crois que je ne sais pas ce que c’est, au fond. Je connais l’état d’attente amoureuse, de manque, je connais l’euphorie amoureuse, je connais la souffrance due à l’absence, je connais tous ces symptômes-là, mais le coup de foudre, peut-être pas. Je sais, par contre, l’avoir éveillé chez pas mal de femmes. C’est peut-être cela, d’ailleurs, qui m’a toujours mis dans une subtile position de force dans le couple : le fait que, dès le début, je n’ai jamais redouté d’être quitté, allant parfois même jusqu’à le souhaiter secrètement pour pouvoir respirer. Je suis un homme libre contrarié, je le répète. Mais pas un salaud. A chaque fois, à chaque femme, je te jure, je me suis toujours montré très poli, très amoureux, et elles n’y ont vu que du feu. D’ailleurs, celles qui ont eu le cran de venir me chercher, elles se comptent sur les doigts d’une main. Et à chacune, j’ai répondu oui à chaque fois, tellement je lui étais reconnaissant d’avoir fait le premier pas. A chacune j’ai dit : « tu es la femme de ma vie. » Et, je le répète, à chaque fois, ce ne sont pas que des mots, c’est pour la vie que je m’engage, à chaque fois je mets le paquet. Je préfère me forcer un peu, mentir, me faire passer pour un être exceptionnellement épris et disponible au risque d’y engager ma vie, sans chercher à tout prix à me protéger, plutôt que de ne laisser dès le départ aucune place à l’illusion, plutôt que de rester sur mes gardes et de ne provoquer aucune passion. Je ne suis pas fait pour l’amour raisonnable, je ne supporte pas la tiédeur, la médiocrité et la prudence. Ou, soyons, franc, je ne supporte pas de ne pas susciter la passion, question d’ego. Je suis fait pour des relations de totale intimité avec les femmes, d’exclusivité mutuelle, sans quant-à-soi. Et, pour cela, il y a un prix à payer. C’est comme ça : à chaque fois, je repars comme en quarante et j’assume, il n’y a rien à faire. Est-ce si mal que ça ? Est-ce qu’on peut appeler ça aussi de l’amour ?
            Et puis non, je suis désolé, à ma façon, je sais aimer, j’aime les femmes. Et, d’un point de vue plus général, j’aime les gens, je te jure. Je ne donnerais pas ma chemise, c’est vrai, je n’accueillerais certainement pas toute la misère du monde dans ma maison, c’est sûr. Mais j’aime faire plaisir, j’aime que les autres soient contents, je n’aime pas décevoir. Je suis disponible, patient, calme, généreux et de bonne humeur, ce sont mes qualités. Je sais mettre mes préférences de côté pour faire passer d’abord celles des autres, je t’assure, j’ai cette capacité-là. Je ne suis pas mesquin, je n’ai jamais emmerdé personne. Seul un être exceptionnellement narcissique peut avoir ces qualités-là, je suis d’accord. Je reste peut-être superficiel dans mes rapports avec les autres, d’accord. Mais je les respecte et je ne leur fais, somme toute, que du bien. L’histoire de personne ne m’est indifférente, même celle des cons et des chiants objectifs. J’ai lu quelque part ces mots à propos de je ne sais plus qui : Indifférent mais fasciné. Voilà, c’est exactement ça : sans illusions sur les choses et les gens, mais fasciné comme un môme par leur existence, ce sont les mots, c’est comme ça que je suis. Je ne donne peut-être pas grand-chose de moi-même, c’est vrai, je me cache, c’est vrai, j’avance masqué, c’est vrai. Mais je ne fais de mal à personne. C’est de l’égoïsme, ça ? Peut-on vraiment, par égoïsme ou narcissisme, donner autant que j’ai pu donner à Alexandrine, que j’ai, disons-le, oui, disons-le, je le dis, que j’ai aimée ? Je suis humain, bordel, et je fais juste ce que je peux avec ce que je suis ! J’ai mon cœur, moi aussi, merde ! ». 
  Nicolas Fargues, J’étais derrière toi, pages 119-122. (ed POL). Merci à ce trentenaire à l'écriture si alerte et révélatrice d'une génération qui ne m'est pas inconnue... Nicolas Fargues, je t'envie et te déteste, ton style est sous ma plume, et ne sort pas toujours comme on voudrait. Question de temps, promis, avant la crise des "quadra"...   Merci aussi à ses Paloises anonymes qui n'ont jamais su qu'elles étaient dans la ligne de mire d'un déjeuner d'été près du Parlement de Navarre. C'est ainsi que vous êtes belles...

 

 

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montagne de verre, langue d'Oc et ville rose

11 Mars 2007 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #montagne

Henri Troyat est mort, pourra-t-on réécrire "la neige en deuil" ? A voir celle qui enveloppe l'Ossau je ne crois pas. Pour une fois que "Jean-Pierre" ne se voile pas à ses intrépides montagnards (coquetterie des grands sommets ?), la vue necessitait certes des lunettes noires, mais pas pour cacher le deuil. En raquettes on peut "racketter" un des plus beaux endroits de la planète, en attendant le texte qui accompagnera ces jeux d'ombres et de lumières (il est arrivé, voir un peu + bas...). Même les avions jouent à cache cache avec les monuments (le dôme de l'Hôtel Dieu dans la ville "rause"). Le linge pend au vent d'Autan qui carresse les terrasses des capitoules. La langue d'Oc résonne et l'ail sort des fenêtres dominicales en effluves salvatrices. Le bonheur est dans le Midi, pas dans le pré !

                      

                           La neige en deuil ressuscite l’homme

         Serait-il possible d’être amoureux d’une montagne ? A voir le ciel océan sur cette neige camouflant la roche de sa blancheur immaculée, entre deux reprises de souffle sur la pente, oui. La montagne est une maîtresse femme qui annonce la couleur dès le départ : elle nous fait entendre qu’on va pouvoir en vivre, mais qu’elle peut aussi faire mourir. Matador fière et fidèle, de ses dents aiguisées elle se dresse, en appelant d’un sourire qui parfois se transforme en scie carnassière. La mangeuse d’hommes découpe le cœur et le corps de ses braves amants. Une pente religieuse... On y découvre alors la plus secrète des confidences. Celle du cœur de l’homme qui laisse entrevoir aussi son âme. Il peut s’y perdre, comme dans les draps d’une femme qui ne sait plus comment retenir le plaisir de celui qui la recouvre de ses vagues de désir. Marcher en montagne est un acte d’amour que seul celui qui sait donner peut recevoir. Ce plaisir est parfois solitaire, onanisme rocheux d’une solitude recherchée et éprouvée. Elle n’est pas une fin en soi. Le plaisir de la montagne ne prend sa véritable signification que partagé avec l’autre. L’ami, le frère, le confident qui éprouve lui aussi le miel de la rencontre, et l'essoufflement. Nul besoin d’être proche pour sentir le cœur battre la chamade. L’énergie seule fait vibrer les cœurs hors d'haleine.
Alors la maîtresse femme, la montagne fière et fidèle peut donner, en des instants très rares, le premier mot d’un vers. Ce premier mot est ‘amour’. Le dernier : ‘reviens’. Entre les deux, ni toujours, ni jamais. Mais un espace où le temps suspend sa course, dans un appel à la reconnaissance mutuelle. L’accord est parfait. L’échange sublime. La redescente se fait caresse, et renaissance.

                                              

                                     « Les deux maisons »

     En ossalois, "Beost" signifie « les deux maisons ». Le château (abbaye laïque du XIIè siècle), et l’église.
J’entre dans la seconde et reste muet. Pas de paroles dans ce récit. Juste l’œil qui se rince du bain salvateur d’une lumière de fin de journée qui lèche la pierre. Le jaune paille et le vert de gris. Les vitraux jouent aussi au carnaval des couleurs sur les piliers froids. Ni Venise ni Dunkerque. Pas plus Rio ou Nice.
Juste « Beost ». Deux maisons pour deux yeux qui n’en croient pas leur vue.
Et la lumière fut… Qu’elle soit, pour toujours.

 

 

 

 

                     

                       Quand j’s’rai grand, je serai un aviateur...

      Airbus va mal. On le sait, on l’entend. Dans la ville « rause », à l’heure du déjeuner dominical, une tour de capitoul accueille un drôle de pique-nique. Le moscatel et le pâté coule dans la gorge et pique un peu. Des fenêtres ouvertes, une odeur d’ail sort en effluves régénératrices. La Navarre n’est pas loin, l’Aragon pousse sa corne. La Garonne parle la langue d’Oc. C’est alors que l’aéroplane approche de sa piste où il déversera ses étonnants voyageurs. Qui sont –ils ? D’ici on ne sait point. Boîte de conserve transportant ses sardines, sont-ils rouges tomates d’un séjour au soleil d’Afrique ? Ou pâles travailleurs revenant au port d’attache ? L’imagination sort son train d’atterrissage…
L’aéroplane croise alors, dans une curieuse perspective, la croix de celui qui dans son Ascension a tout attiré à lui. L’avion est probablement d’Airbus. Le moscatel est d’Espagne. Le pâté est aux cèpes. L’ail du comté tolosan. La croix du pays d’Oc. Le couteau de Nontron, ou de Suisse. La rue, Malcousina (qui signifie « mauvais cousin »). Les draps blancs caressent la brique rose. Le dôme est l’Hôtel Dieu.
Dieu ? Il joue de la guitare espagnole en crachant son haleine qui sent l’ail et le chorizo.
Voir, sentir, entendre, toucher, goûter. Tous les sens sont en alertes. C’est dimanche. Le jour du « seigneur », où les seigneurs aussi se reposent…

 

 

 

 

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sur le fil du temps, la pensée du jour

7 Mars 2007 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #l'évènement

"A force de mourir et de n'en dire rien, vous avez fait jallir, un jour, sans y penser, un grand pommier en fleur au milieur de l'hiver"

Jules Supervielle

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le bruit et l'odeur

27 Février 2007 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #l'évènement

                                                          jouir des mots


Une fois n’est pas coutume, et après le texte de Jeanne Chérhal il y a quelques mois, voici, exhumé d’une petite caisse en bois qui me sert de bibliothèque, un morceau choisi de Gérard Farasse, dans Belles de Cadix, et d’ailleurs ; aux éditions « Le Temps qu’il fait » (sise à Cognac).

« La belle ténébreuse qui demande du feu au passant enveloppe sa main, d’un geste impérieux et tendre, pour rapprocher le briquet de la cigarette. Le reflet de la flamme rend ses yeux plus clairs qu’il n’est naturel ; puis la dame à la cigarette se dissipe en fumée odorante. Cette troublante apparition n’est pourtant pas un fantôme : le passant éprouve encore sur sa peau la pression chaude et autoritaire de sa main. Son émotion  - elle lui a fait sauter le cœur – continue à couver comme une braise tandis qu’il cherche des yeux un point rouge qui s’éloigne ».


(photo David Lerouge)

« La fermière au visage rose se penche, souriante, pour plonger sa pinte dans le lait chaud et crémeux, révélant un gorge gonflée, opulente. L’enfant détourne les yeux vers la fenêtre bleue que voilent quelques nuages. Le lait tombe en cascade avec un bruit qui résonne dans le bidon de fer blanc. Une odeur nauséeuse emplit la pièce. Pour éviter tout contact avec la peau laiteuse de la fermière, l’enfant dépose sa monnaie sur la table et s’enfuit. Il aspire l’air du dehors à pleins poumons. « Alors, tu ne bois pas ton lait ? » lui dit sa mère. Elle ne comprends pas sa répugnance ».

« Au retour de l’école, l’enfant marche dans les monceaux de feuilles mortes pour le plaisir de les entendre craquer et de respirer l’odeur puissante de pourriture végétale, sans savoir que tous ses automnes à venir en seront à jamais imprégnés. Passé maître dans l’art de traîner les pieds, il dirige des concerts de fracas qui ont le pouvoir de faire disparaître le terrible maître à soutane et à férule, le cœur ânonnant des écoliers, les lettres de l’abécédaire mystérieux. Un sous-bois doré de conte s’ouvre en pleine ville. Et, tout au fond de la perspective de l’avenue crépusculaire, une lueur rose en forme de goutte d’eau s’allume ».

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ora et labora, et surtout bla-bla-bla

26 Février 2007 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #émerveillement

                                             tranches de vie, tronche de cake


        Il n’y a pas qu’une candidate aux élections présidentielles pour se livrer à quelques mots fabuleux dont nous avons tous le secret. L’homo ruga, l’homme de la rue, est là pour nous donner quelques tranches de vie qui nous sortent de la « peinartitude » dans laquelle on se vautre, hélas, trop souvent. Récit de choses vues et entendues ces derniers temps, dans différentes villes…


Chez un marchand de tabac dans le 13è arrondissement de Paris (qui vend aussi des tickets RATP) : la dame âgée : donnez-moi un carnet de bus.
Le patron : mais ça fait dix bus ça madame ! comment allez-vous les emporter ?  La dame âgée : c’est pas parce que je suis vieille que tu dois te foutre de ma gueule !  (visiblement ils se connaissent depuis longtemps vu le haut degré d’intimité dans le vocabulaire…).
Moi, derrière, je jubile en silence… Pas pour longtemps.
Le patron : et pour vous, ce sera quoi ? Une demi-douzaine de rames de métro ? 
Moi : euh… non, non… un timbre amende pour un PV de stationnement… (penaud).
Le patron : encore un futur gagnant à l’euro millions !
Moi : je vous dispense de vos commentaires devant tout le monde ! (je n’ai pas le même degré d’intimité que la vieille, et faire un chèque à l’ordre du Trésor Public ne m’a jamais amusé).
La dame âgée (qui n’est pas encore repartie, elle met du temps pour ranger les bus dans son cabas…) : ah non ! Ici, ce n’est pas tout le monde ! Ici, vous êtes rue de Tolbiac monsieur ! 
Je ne dis plus rien, assommé littéralement par les autobus de la RATP, le Trésor Public, et la gouaille rassurante de ces deux acteurs malgré eux.

Dimanche matin, place du Vieux Marché, à Rouen. Une petite fille fait un caprice au bras de sa mère, plutôt bon chic bon genre, mais gênée par le mini scandale de sa mini môme :
La maman : ah non Alice !  Je t’avais dit c’est soit le tour de manège, soit la friandise dans la boulangerie ! (le choix du prénom est un indicateur sociologique précieux pour la remarque sur le bécébégisme de la maman, au demeurant fort jolie et dans la pleine fleur de ses quarante ans).
Alice : mais… puisque j’ai eu le mickey ?! Je peux avoir les deux ! (les enfants sont formidables).
La maman :  ne sois pas bête, ça n’a rien à voir ! Et là, on va à la boulangerie, et on achètera que du pain !
Je souris intérieurement. Du pain, et des jeux ! La petite Alice avait trouvé le vieux ressort, du haut de ses 5 ans… César – maman a rendu son verdict : c’est non…
Ce n’est pas pour rien qu’il y a six siècles on a brûlé Jeanne d’Arc sur cette place !

Un peu plus tard, dans un grand marché de la place St Marc :
Un marchand de pommes très « couleur local », et sentant fort le calva, devise sur la météo, « on a pas eu d’hiver » etc. etc. Benoîtement j’embraye en lui demandant si ça fleurit dans la campagne (histoire de montrer que je m’intéresse malgré mon côté citadin…).
Le marchand de pommes : ah oui ! et plus que ça, les bourgeons même ! Il va falloir qu’on traite comme si on était en mai ! Avec du … ??? (un produit bizarre dont je ne retiens pas le nom).
Moi : ah bon ? (étonnement gênée, j’essaie de ne pas perdre la face) Mais… ce n’est pas trop polluant ?
Le marchand de pommes : nooonnn… ! Ca s’rait pas autorisé ! Mais en revanche les lapins, ils aiment pas !
Moi (étonnement) : ah bon, et comment vous le savez, ils vous l’on dit ? (limite insolent…)
Le marchand de pommes : ben non pardi ! Mais depuis que j’en ai mis, ils ne reviennent plus ! C’est quand même un signe qu’ils doivent trouver ça amère !
Y a plus de saison ! Et les lapins n'aiment pas les produits chimiques ! Tout fout le camp, vivement les élections... Je paie mes pommes. Ce sont des « bénédictins ». Comme pour illustrer le vieux proverbe : "les racines de la littérature sont amères, mais que les fruits sont doux !"
(à suivre…)



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