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Le jour. D'après fred sabourin

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Fragments épars sur le sens de la vie

3 Septembre 2017 , Rédigé par F.S Publié dans #l'évènement

Fragments épars sur le sens de la vie

Chacun de nous sait, d’instinct et d’expérience, que la vie ne tient qu’à un fil. Certains expérimentent parfois la rupture de ce fil, suite à une maladie, un évènement familial, un évènement climatique exceptionnel, un accident. D’un seul coup, la vie semble basculer dans la nuit épaisse d’un corps abimé qui ne retrouvera peut-être jamais son autonomie ni sa vélocité initiale. Parfois cette vie tombe du côté obscur, dans le froid de la mort, et tout est fini.

Un certain nombre d’entre nous ont parfois frôlé ces moments où tout pourrait basculer. Certains en reviennent avec une belle frayeur, quelques contusions, beaucoup d’émotions. D’autres en reviennent en lambeaux, paralysés d’un ou plusieurs membres. D’autres encore n’en reviennent jamais. Ils se sont levés un matin, ont fait les gestes domestiques maintes fois répétés, sont sortis de chez eux comme tous les jours, et ne sont jamais rentrés.

Tous ces évènements-là, quand ils surviennent chez des proches, des amis, de la famille, nous font réfléchir au sens de la vie, à sa brièveté parfois, à sa fragilité toujours. « L’homme n’est que poussière », disait ironiquement Alexandre Vialatte, « d’où l’importance du plumeau ». On se promet, dans ces moments de vie-là, de la mordre à pleines dents une fois la page tournée, la réparation effectuée, le deuil passé. On prend des grandes résolutions, de voir la vie du bon côté plutôt qu’avec un verre à moitié vide. On se dit : « plus rien ne sera jamais comme avant », et de fait elle ne l’est plus. La vie reprend son cours, tout semble rentrer dans l’ordre. Du moins c’est ce que l’on croit.

La chute...

« Le 31 du mois d’août », comme le dit la chanson populaire, un tel évènement est survenu alors que je ne m’y attendais pas. Grand soleil et petit vent frais, tout semblait normal. À la sortie de la gare, j’ai mis exceptionnellement sur mes oreilles des écouteurs pour entendre un peu de musique. Une chose que je ne fais jamais – mais vraiment – car je n’aime pas ne pas entendre les bruits de la rue, les voitures qui surgissent, l’ambiance citadine d’une ville au réveil. Ce jour-là je l’ai fait, j’ignore pourquoi.

J’ai marché au pas, rythmé par les morceaux de The Avener, dont je n’ai que tardivement découvert l’existence… J’ai mis mes lunettes de soleil, j’ai regardé droit devant moi, et j’ai marché, robotisé, jusqu’à l’hôtel de l’agglomération orléanaise où m’attendaient des confrères journalistes autour du maire de la ville, qui tenait une conférence de presse de rentrée. Je ne suis jamais arrivé à cette conférence de presse. Vingt mètres avant d’arriver, au bord du dernier passage pour piéton qui traversait la dernière rue, je suis violemment tombé car une voiture m’a renversé. À partir de ce moment, je ne me souviens de rien. La dernière image que je possède, c’est le rangement dans ma poche dont je zippe la fermeture éclair des écouteurs du téléphone que je venais d'ôter. Je regarde le piéton rouge. Je suis à l’arrêt. Je pose machinalement un pied sur le bitume, prêt à traverser quand il passera au vert. La suite est un trou noir. Je me réveille allongé sur un brancard, dans un camion de pompier dont le moteur est allumé, avec un agent de police qui tient dans ses mains ma carte d’identité et ma carte vitale. J’ai du sang sur ma chemise, je sens qu’il m’en coule aussi sur le visage et j’en ai sur les mains. Je suis sonné comme un boxeur, hébété, hagard, je ne me souviens de rien, j’entends comme dans du coton ce qu’on me dit. J’ai mal à la tête, mais bizarrement nul par ailleurs. Avant que la porte ne se referme, j’aperçois très furtivement une femme debout, visiblement en état de choc. J’apprendrais quelques minutes après par un des pompiers que c’est la conductrice de la petite Citroën C1 qui m’a renversé.

La suite est la somme assez classique d’un transport aux urgences, d’un scanner cérébral pour cause de trauma crânien, de fracture au sinus facial, de perfusions et de points de sutures. Dans le couloir puis dans le box où j’attendais qu’on s’occupe de mon sort, j’ai eu tout le loisir de « récapituler la situation » comme on dit, avec les éléments fragmentaires qui me revenaient en mémoire, à savoir à peu près rien ou pas grand-chose.

- Scène de crime -

- Scène de crime -

... Et après ?

Curieusement, je n’ai pas songé tout de suite que j’aurais pu finir fracturé de partout, voire handicapé à vie à cause d’une mauvaise chute lié au choc avec le véhicule. Ce qui pourtant aurait augmenté la gravité de ce que je venais de vivre, et très sérieusement compliqué ma vie. J’ai songé, dans ce qui me restait de présence d’esprit, que ma vie aurait tout simplement pu s’arrêter là, sur un coin de trottoir d’une avenue orléanaise que je fréquente peu. Je repensais aux crêtes du cirque de Gavarnie où j’étais 15 jours plus tôt, à plus de 3000 mètres d’altitude, au vide à un mètre de mes pieds ; à la grande muraille qui m’écrasait de son regard rocheux sous la cascade. Je songeais au « pas du chat » et à la « dalle Passet » du Pic de la Munia dans le cirque de Troumouse… Le risque de chuter là bas existe, je le sais, je le connais, j’en mesure les conséquences, en restant à distance raisonnable du bord. Mourir en montagne fait partie du risque à prendre quand on la fréquente, bien que ceux qui me connaissent bien savent combien je préfère souvent faire demi-tour plutôt que de « forcer » le passage si je ne le sens pas. Mourir en montagne, en quelque sorte, « ça a de la gueule », je le dis souvent avec une sorte de décontraction badine, bien que je ne le souhaite pas naturellement. Mais finir sur un coin de bitume d’un carrefour sans âme ne fait pas partie de mes « projets », pas plus qu’ailleurs du reste. Cependant, ça aurait pu arriver, , maintenant, et je mesure la « chance » que j’ai eu que la petite C1 n’ait pas été un gros 4x4 tel qu’on en voit tant dans les rues de nos villes désormais.

La deuxième chose à laquelle j’ai songé, et qui m’a fait beaucoup de peine, c’est que j’aurais pu  perdre la mémoire à cet instant-là. Je ne me souviens de rien hormis qu’une petite voiture noire me fonce dessus puis plus rien. Il paraît que j’ai pourtant répondu à un médecin du Samu au téléphone, que j’ai interrogé les gens sur ce que je foutais là, que j’ai parlé aux pompiers lorsqu’ils sont arrivés. Je n’ai absolument aucun souvenir de ces moments-là. Je me souviens juste d’être allongé sur un brancard dans une ambulance, avec deux pompiers qui m’expliquent ce qui vient de se passer. Dans le couloir des urgences, j’ai commencé à me réciter des poèmes que je connais par cœur, pour voir si « tout était encore bien là ». Péguy m’est venu en premier : « Le long du coteau courbe et des nobles vallées, les châteaux sont semés comme des reposoirs, et dans la majesté des matins et des soirs, la Loire et ses vassaux s’en vont par ses allées ». Rimbaud aussi : « C’est un trou de verdure où chante une rivière, accrochant follement aux herbes des haillons d’argent… ». Si la mémoire ancienne me revenait, celle plus proche avait encore du mal à se remettre en place : je ne me souvenais pas de ce que je faisais la veille par exemple, ni de ce que j’avais mangé. Bien que cela soit revenu petit à petit, j’ai songé que l’amnésie était un risque affreux qu’il ne me plairait pas de courir.

J’ai ensuite pensé à ma fille, j’ai fermé les yeux et j’ai pleuré, douloureusement. Il fut une époque où être orphelin à 6 ans était coutumier. Je n’aime pas cette coutume.

"Lève-toi et marche !"

Je ne vais pas en faire des tonnes, j’ai eu de la chance dans ma malchance, point. « C’était pas l’heure », comme on dit, c’est tout. Depuis quelques temps, agacé et pour tout dire un peu humilié par une vie où les choses n’avançaient pas (chômage durable ; boulot précaire ; entretiens ratés ; essais de job avortés pour des raisons étranges ; sommeil en fuite ; précarisation globale voire appauvrissement matériel), j’avais fini par répéter « qu’il fallait qu’il se passe enfin quelque chose ! ». Les quatre jours passés en solitaire à Gavarnie-Gèdre, et auparavant avec deux amis dans le Luchonnais, m’avait aéré le cerveau, lequel aurait pu complètement prendre la file de l’air jeudi dernier dans un caniveau… Comme d’habitude j’étais revenu de ces escapades pyrénéennes gonflé à bloc, relativisant les duretés d’une vie qui – comme à d’autres – ne me fait guère de cadeaux. En effet, j’ai été exhaussé : « il s’est passé quelque chose ». Je ne mesure pas encore exactement quelles seront toutes les conséquences de cet accident et du « miracle » qui s’en est suivi. Le temps viendra de la résilience, par le corps et par l’esprit, de cet évènement. En attendant, la fenêtre est ouverte. J’entends deux enfants jouer au foot en contrebas. Mes chaussures de marche sont dans l’entrée et bientôt j’aurais la faculté de mettre mes pieds dedans. J’irai par les chemins sous les arbres qui dodelineront de la cime, imperturbables ou presque, les pieds sur terre, la tête dans le ciel. Je respirerai un grand coup en songeant à ce que j’ai lu récemment chez Sylvain Tesson, qui, dans Les Chemins noirs, disait dès le début : « Je regretterais longtemps cette chute parce que je disposais jusqu’alors d’une machine physique qui m’autorisait à vivre en surchauffe ». 

J’ai la chance d’avoir pu quitter mon brancard debout sur mes deux jambes et mes deux pieds. « Lève-toi et marche ! », en quelque sorte. Il est temps de se remettre à vivre. Pour de bon cette fois-ci.  

 

Blois, le 3 septembre 2017.

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Pour qui a sonné le glas ?

23 Janvier 2017 , Rédigé par F.S Publié dans #l'évènement

(c) F.S. Janvier 2007.

(c) F.S. Janvier 2007.

Le 22 janvier 2007 mourrait Henri Grouès, alias l'abbé Pierre, infatigable pourfendeur de misère et de pauvreté en ce bas monde. "La route, la parole, le pain" était sa manière d'être, et de faire. Elle était directement inspirée de l'épisode raconté au chapitre 24 de l'évangile selon Luc, la parabole des "pèlerins d'Emmaüs", qui guidé ses pas, toute sa vie. Il en a entrainé pas mal à sa suite, à ses côtés de son vivant, et même au delà. Et encore depuis.

Il s'est trouvé, par hasard, que j'étais à Paris au moment de ses obsèques. J'avais dans tous les sens du terme le derrière entre deux chaises, et la tête dans un désordre indescriptible à cette époque-là. Des paquets de mer submergeaient régulièrement mon bateau, dont le gréement ne ressemblait plus à grand chose. Affalé, j'étais allé sur le parvis de Notre-Dame, avec les autres, ces bonnes trognes de gens cassés par la vie, mais encore debout, malgré le froid et les vents contraires. J'en avait tiré ce "reportage-témoignage" que je vous propose de relire ici. Et là aussi. Ce moment ne m'avait pas seulement ému, il m'avait ragaillardi, aussi.

À ta mémoire, l'abbé ! Toi qui avait dit un jour dans une émission de télé face à Christine Ockrent : "je ne suis pas chargé de convaincre. Je suis chargé de dire".

(c) F.S. Janvier 2007.

(c) F.S. Janvier 2007.

(c) F.S. Janvier 2007.

(c) F.S. Janvier 2007.

(c) F.S. Janvier 2007.

(c) F.S. Janvier 2007.

(c) F.S. Janvier 2007.

(c) F.S. Janvier 2007.

(c) F.S. Janvier 2007.

(c) F.S. Janvier 2007.

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Jour et brouillard, à Chaumont-sur-Loire

19 Décembre 2016 , Rédigé par F.S Publié dans #l'évènement

Jour et brouillard, à Chaumont-sur-Loire
Jour et brouillard, à Chaumont-sur-Loire
Jour et brouillard, à Chaumont-sur-Loire

Expositions "Des arbres en hiver" au Domaine de Chaumont-sur-Loire, jusqu'au 28/02/2017. Notamment Michael Lange avec "Wald".

Jour et brouillard, à Chaumont-sur-Loire
Jour et brouillard, à Chaumont-sur-Loire
Jour et brouillard, à Chaumont-sur-Loire
Jour et brouillard, à Chaumont-sur-Loire
Jour et brouillard, à Chaumont-sur-Loire
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"Homme, montagnes, immensité" (expo photographique)

2 Octobre 2016 , Rédigé par F.S Publié dans #l'évènement

- En marche... -

- En marche... -

Du 1er octobre au 31 décembre 2016, à l'Agence IMM (11 rue Porte-Côté à Blois), une exposition photographique de Frédéric Sabourin. Du lundi au vendredi de 9h à 12h et 14h à 18h. Entrée libre. Photos 60x40 cm sur plaque "Alu-Dimond" en vente, contactez-moi en message privé. Merci.

- Fin du monde -

- Fin du monde -

- Ecce homo -

- Ecce homo -

- Au pied du mur -

- Au pied du mur -

- Chambre avec vue -

- Chambre avec vue -

- Maintenance à l'Aneto -

- Maintenance à l'Aneto -

- Vie pastorale à la cabane d'Aule -

- Vie pastorale à la cabane d'Aule -

- Sous la muraille -

- Sous la muraille -

- Sur le chemin de "Piston" -

- Sur le chemin de "Piston" -

- Etre sur la brèche (ou presque) -

- Etre sur la brèche (ou presque) -

- Seul au monde -

- Seul au monde -

- Surprise -

- Surprise -

- Splendeur d'automne -

- Splendeur d'automne -

- Quelques mots d'amour -

- Quelques mots d'amour -

(c) Fred Sabourin. Octobre 2016. 

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Le 43e FIBD d'Angoulême en images

30 Janvier 2016 , Rédigé par F.S Publié dans #l'évènement, #Presse book

- Trait pour trait -

- Trait pour trait -

- Michel Rabagliati, auteur québecois de "Paul" -

- Michel Rabagliati, auteur québecois de "Paul" -

- Expo Hugo Pratt, rien que pour le goût des voyages -

- Expo Hugo Pratt, rien que pour le goût des voyages -

- Expo Les Mutants -

- Expo Les Mutants -

Le 43e FIBD d'Angoulême en images
- Pauline Aubry, auteure des Mutants -

- Pauline Aubry, auteure des Mutants -

- Criterium des auteurs -

- Criterium des auteurs -

- Prix du dessin sur un vélo (Criterium des auteurs) -

- Prix du dessin sur un vélo (Criterium des auteurs) -

(A suivre... )

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La BD est-elle misogyne ?

6 Janvier 2016 , Rédigé par F.S Publié dans #l'évènement

- Au FIBD 2014 -

- Au FIBD 2014 -

L’auteur Riad Sattouf avait demandé à être retiré de la liste des prétendants au Grand Prix du 43e Festival de Bande dessinée d’Angoulême (FIBD). Il dénonçait l’absence de femmes dans la liste des nominés. Le Festival a plié et va faire machine arrière.

Face à la polémique qui ne cessait d’enfler, le Festival de la Bande dessinée d’Angoulême a fait savoir mercredi 6 janvier dans la soirée par un communiqué de presse qu’il va, « sans enlever aucun autre nom, introduire de nouveau des noms d'auteures dans la liste des sélectionnés du Grand prix 2016 ». Comment en est-on arrivé là ?

Riad Sattouf, auteur de L’Arabe du futur (Fauve d’or au 42e FIBD en 2015) avait lancé un coup de crayon dans la mare mardi 5 janvier. En découvrant la liste des prétendants au Grand Prix, il avait constaté qu’aucune femme dessinatrice ne se trouvait parmi les 35 de la short list. Il a alors demandé le retrait de son nom dans cette liste. Le Grand Prix du FIBD récompense en effet la carrière d’un auteur et son oeuvre (1), et permet d’entrer définitivement dans la postérité du monde de la BD, fortement concurrentiel. En trente ans d’existence, seule Florence Cestac en 2000 a obtenu l’équivalent de ce « César d’honneur » du monde de la BD. Claire Brétecher avait obtenu un prix spécial « 10e anniversaire » en 1983, pour fêter les dix ans du festival. Et c’est tout.

Le collectif des créatrices de bande dessinée n’avait pas tardé à dégainer les fourchettes caudines : aucune femme sur la liste ? Elles se sont pratiquement étranglées : « Nous nous élevons contre cette discrimination évidente, cette négation totale de notre représentativité dans un médium qui compte de plus en plus de femmes. » Un prix aux impacts non négligeables dans une carrière, selon elles : « Ce prix n’est pas seulement honorifique, il a un impact économique évident : les auteur(e)s vont être mis en avant médiatiquement, la distinction aura un impact sur la chaîne du livre dont bénéficieront libraires, éditeurs… et l’auteur(e) primé(e) ». Le collectif appelait au boycott pure et simple du scrutin.

- Bruno Génini (à g.), directeur de BD Boum à Blois -

- Bruno Génini (à g.), directeur de BD Boum à Blois -

Alors pourquoi cette cruelle absence des femmes auteures dans la sélection initiale du Grand Prix 2016 ? Selon le directeur de BD Boum, « On est dans la boulette, je ne vois que ça. Après, chaque année il y a des polémiques autour du festival d’Angoulême, d’autant plus depuis que l’académie du Grand Prix a été évincée il y a quelques années (2). On peut se poser la question de savoir qui prépare cette sélection. A BD Boum, le jury est composé de 3 membres de l’organisation du festival, des journalistes et les anciens Grands Boum ; un fonctionnement plus proche de l’ancienne académie d’Angoulême ». N’y aurait-il pas aussi de fortes pressions des éditeurs sur la manière de sélectionner les albums prétendants au Grand Prix, quand on sait les retombées d’une telle récompense ? « Tous les ans on en parle, certains éditeurs sont très présents dans la short list, Cornelius pour ne pas le nommer l’année dernière. Je ne sais pas si on peut voir de la polémique partout… » ajoute Bruno Génini.

Joann Sfar, Charles Burns, Daniel Clowes, Etienne Davodeau avaient décidé d’emboiter le pas de Riad Sattouf, faisant monter la mayonnaise à grande vitesse. La direction du festival a plié. Il y aura bien des auteures prétendantes à ce prestigieux prix.

En 2015, 6 auteures avaient été sélectionnées parmi les 35 albums en course pour le Grand Prix. 4 sur 32 en 2014. 3 sur 32 en 2013. En 2015, le Grand Prix a couronné le Japonais Katsuhiro Otomo, qui présidera la 43e édition du festival angoumoisin, du 28 au 31 janvier.

F.S

 

  1. André Franquin avait reçu le premier Grand Prix. Ont été inscrits au palmarès des auteurs comme Moebius, Wolinski, Fred, Art Spiegelman ou Bill Watterson. 
  2. Il a été remplacé il y a deux ans par un collège de 3.000 votants, qui représente l’ensemble des auteur(e)s de bande dessinée professionnel(e)s. 

 

PS : le titre auquel vous avez échappé : "A la BD d'Angoulême, Sattouf veut qu'il y ait plus de touffes". Ouf ! 

- Où sont les femmes ? -

- Où sont les femmes ? -

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Michel Delpech, "quand j’étais chanteur"

3 Janvier 2016 , Rédigé par F.S Publié dans #l'évènement

L’artiste est décédé des suites d’un cancer, dont il souffrait depuis 2013. Il était familialement lié au Loir-et-Cher, dont il avait chanté le charme si tendrement désuet en 1977.

Michel Delpech en 2014. (Photo AFP Joël Saget)

Michel Delpech en 2014. (Photo AFP Joël Saget)

Michel Delpech est mort et avec lui le Loir-et-Cher perd, à son corps défendant parfois, son plus bel ambassadeur. Sa chanson titre, sortie en 1977, colle à la peau des Loir-et-Chériens aussi sûrement que le sparadrap du capitaine Haddock. « Ces gens-là ne font pas de manières » comme le dit la chanson n’ont pourtant que très peu goûté ce tube très seventies, époque moustaches et chemises à cols pelle à tarte. En voilà bien des manières au passage ! Etait-ce à cause du refrain, « On dirait qu’ça t’gêne de marcher dans la boue » ? Ou bien est-ce parce que celui qui passait autrefois ses vacances chez ses grands-parents à Dhuizon ou chez un oncle et une tante à la Ferté-Saint-Cyr n’avait « jamais eu grand-chose à leur dire » ? Les Loir-et-Chériens, peut dissertes sur eux-mêmes, timides et réservés, jaloux de leur triptyque Beauce-Loire-Sologne aussi sûrement que d’une Trinité de Roublev, ne l’avoueront jamais. Plutôt mourir, et c’est bien dommage.

Autodérision

C’est à la faveur d’un échange estival lors de cette fichue année 2015 « loin, d’ici » comme le dit une de ses chansons, que nous est venue, in fine, la réponse possible. Michel Drucker venait d’annoncer quelques semaines plus tôt que son ami Michel Delpech allait mal, très mal, et qu’il « ne passerait pas septembre ». On devisait, à l’heure de l’apéro, sur le chanteur emblématique des années 70, dont beaucoup – à commencer par l’auteur de ces lignes – avaient été bercés par ses mélodies entrainantes, entêtantes pour certaines, sonnant toujours juste. « C’était bien, c’était chouette... »

Un ami, par ailleurs chasseur et grand amateur de la chanson éponyme de Michel Delpech, nous dit alors, en évoquant la chanson « mal aimée » du Loir-et-Cher : « c’est parce que tes péquenauds n’ont pas compris qu’avec un peu d’autodérision ils pouvaient justement sortir de leur condition de culs-terreux » (sic). C’était dit sans hargne ni haine ni violence, juste avec ce qu’il faut d’ironie amicale so british, entre deux saucisses sur un barbecue et quelques  verres de rosé du pays d’Oc. Naturellement, n’étant pas Loir-et-Chérien, « la distance qui nous protège de nous même » pour paraphraser Antonin Artaud nous aida à apprécier la fulgurance. Mais cela nous laissait perplexe, quand même…

J’les aime depuis toujours !

Une « chanson de péquenaud sur des péquenauds » donc. Diantre ! Comment allait-on leur dire ça, sans se prendre un coup de pied au cul beauceron ou une volée de plombs solognots dans le jarret ? Mais enfin c’était peut-être ce qu’il avait voulu dire, Michel, avec sa moustache des années 70 qui le faisait ressembler à un petit cadre bancaire, en pantalon de tergal, et cravate lie de vin sur chemise à col pelle à tarte. C’était peut-être une façon de dire, pour celui dont les racines familiales sont enterrées dans la boue et sous le marbre du cimetière de Dhuizon : « avec un peu d’humour, vous pourrez vous en sortir ». Sortir de votre trou quoi. Notez le contraste entre la magnificence des châteaux de Blois, Chambord, Cheverny, Chaumont et Villesavin, Beauregard et Fougères, les rois et reines, princes et hobereaux qui les peuplèrent ; et le peuple d’aujourd’hui, un peu coincé, un peu engoncé sur place par ce maudit complexe d’infériorité et cette réserve maladive qui fait perpétuellement se comparer un habitant de Loir-et-Cher avec ses « rivales » Tours et Orléans, pas beaucoup plus glamour pour autant.

En se considérant un peu plus avec fierté, les habitants du Loir-et-Cher, « ces gens-là qui ne font pas de manières », pourraient peut-être se consoler, non ? Tiens en écoutant Michel Delpech par exemple. « Je n’ai jamais eu grand’chose à leur dire mais j’les aime depuis toujours. » Vous avez entendu ? « J’les aime depuis toujours » !

Ah ! Quand on a que l’amour… 

Michel Delpech, "quand j’étais chanteur"

 

Michel Delpech en quelques dates :

 26 janvier 1946 : naissance à Courbevoie.

1964 : premier 45 tours Anatole sort chez Vogue.

1965 : participe à la comédie musicale Copains Clopant et décolle vraiment avec Chez Laurette.

1966 : mariage avec Chantal Simon (Ils auront deux enfants : Garance et Barthélémy avant de divorcer en 1976). Fait la première partie de Jacques Brel à l’Olympia.

1970 : Pour un flirt.

1973 : Les Divorcés, Que Marianne était jolie. 1974 : Le Chasseur. 1975 : Quand j’étais chanteur.

1977 : Le Loir-et-Cher.

S’en suit une grande période de doutes et de dépression.

Revient sur la scène en 1985 après sa rencontre avec Geneviève Garnier-Fabre, et sort l’album Loin d’ici. Plusieurs albums sortiront régulièrement. De son second mariage naît un fils, Emmanuel, en 1990.

2004 : l’album Comme vous lui permet de se produire aux Francofolies de La Rochelle et aux Festival des Vieilles charrues.

Depuis février 2013 Michel Delpech souffrait d’un cancer. Après une rémission en 2014, il s’est éteint dans la soirée du 2 janvier 2016 à l’hôpital de Puteaux (Hauts-de-Seine). 

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La BD est fâchée !

1 Février 2015 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #l'évènement, #Presse book

 

 

SAB 1985 R

 

 

Pendant le Festival de Bande dessinée d’Angoulême, environ 600 auteurs, scénaristes, coloristes, ont battu le pavé lors d’une marche. A l’origine de cette manifestation inédite, une réforme du régime de retraites qui ne passe pas.

 

C’est la révolte des petits Mickeys ! Imaginez environ 600 auteurs, scénaristes, coloristes de bande dessinée, en train de manifester. " La BD est fâchée, la BD est fauchée ! " pouvait-on entendre dans la manif. En tête de cortège, des têtes connues du monde du 9e art : Lewis Trondheilm, Pénélope Bagieux, André Juillard, Boulet, Fabrice Neaud, Benoît Peeters… Organisée par le SNAC BD (Syndicat national des auteurs de bande dessinée), cette manifestation s’est déroulée dans un esprit bon enfant, samedi 31 janvier à Angoulême, en plein 42e Festival. La veille, déjà, des " états généraux de la BD " avaient réunis 300 personnes dans la salle Nemo de la CIBDI (Cité internationale de la bande dessinée) pour faire le point sur une profession finalement méconnue, et confrontés à de nombreux problèmes. Paupérisation des auteurs de bande dessinée, droits d’auteurs menacés par Bruxelles, diffusion des albums BD (5000 sorties en réforme du 700 il y a 20 ans), et régime des retraites. C’est surtout cette dernière inquiétude qui a fait débordé le vase : une réforme du RAAP (Régime de retraite complémentaire des artistes et auteurs professionnels), proposée par le gouvernement, un peu sortie de nulle part et sans concertation selon Fabien Vehlmann du SNAC BD, propose une augmentation de 8 % ce qui équivaut à un mois de salaire environ pour des auteurs qui vivent déjà très chichement (lire l'encadré statistique). " Il y a 1500 auteurs qui tirent un revenu de leur art. Parmi eux, une cinquantaine de vedettes, 100 à 200 classe moyenne, les autres vivent d’un Smic et encore souvent moins ! " explique Benoît Peeters, qui collabora longtemps avec François Schuiten aux éditions Casterman.

 

Troisième place au PIB

 

Réputé pour son individualisme et son manque d’organisation, le petit monde de la BD a tout de même prouvé le contraire, lors de cette marche pacifique qui s’est conclu devant l’hôtel de ville d’Angoulême, où Fabien Vehlmann, scénariste, a lancé un appel au Président François Hollande, appel qui a du raisonner aux oreilles de sa ministre de la Culture Fleur Pellerin, en viste au FIBD dimanche 1er février. " Dessiner n’est pas anodin, ce qu’on fait a un sens. Les attentats contre Charlie Hebdo sont une violente et aberrante piqure de rappel ", a-t-il lancé en préambule, sous la façade de la mairie où est accrochée une banderole rappelant le nom des victimes de ces attentats. " Monsieur le Président, nous vous demandons de négocier avec les vrais partenaires sociaux : les représentants des auteurs et artistes. Les 8 % demandés, c’est trop ! Monsieur le Président, faut-il vous rappeler que les auteurs et les artistes, outre leur importance symbolique et culturelle sont aussi à l’origine d’une richesse économique qui confère au secteur la 3e place au PIB, devant l’industrie automobile. "

 

Les auteurs de bande dessinée restent mobilisés en attendant, espèrent-ils, un nouveau dialogue, lassés de ne pas être entendus depuis 6 mois. Il serait étonnant que vendredi 6 février à Blois, lors de l’inauguration de la Maison de la Bande dessinée, la révolte des petits Mickeys ne trouve pas un écho de la marche de sa grande sœur angoumoisine.

 

F.S

 

 

La BD en chiffres (2014)

 

• 2 % de baisse de chiffre d’affaires dans l’édition de la BD en 2014 par rapport à 2013.
• 35 millions d’albums vendus.
• 409 millions d’euros de recette, 5.500 albums publiés.
• 232.000 exemplaires : la plus grosse vente (le dernier album de la série Black & Mortimer).
• 349 éditeurs de BD.
• 1 % de la vente en digital (3 à 4 % pour le livre).
• 1500 auteurs tirent un revenu de la BD. 500 en vivent exclusivement. 200 auteurs vivent à Angoulême.

(source : Charente Libre)

 

 

 SAB 1956 R

                                 - Marche des auteurs : "la BD fâchée, la BD, fauchée" -

 

 

 

Le point de vue de Bruno Génini

 

Le directeur du festival BD Boum à Blois réagit à la marche des auteurs du festival d’Angoulême.

 

La Renaissance du Loir-et-Cher : que pensez-vous de ce qui s’est passé ce week-end à Angoulême ?
Bruno Génini : Depuis quelques mois les auteurs se mobilisent. On est solidaires avec eux. Au festival de BD de Saint-Malo (Quai des bulles, 10-12 octobre derniers), il y a déjà eu un débrayage des auteurs. Le président de l’association BD Boum, Jean-Pierre Baron, avait assisté à leur rencontre. Mais le dialogue était encore ouvert avec la ministre Fleur Pellerin, qui venait d’arriver. Du coup à BD Boum ils n’avaient pas fait d’action. On avait cependant laissé la parole au SNAC BD lors de l’inauguration.


LRLC : Où est le problème selon vous ?
B.G : Le secteur de l’édition de bandes dessinées est très concurrentiel, et c’est la loi des plus forts. Delcourt a racheté Soleil. Paquet a racheté Proust. Glénat s’est offert Vents d’Ouest. Dargaud-Dupuis-Lombard forment un seul et même groupe. C’est la course à l’échalote. Il y a trop de sorties, trop d’offre et beaucoup d'albums se retrouvent au pilon sans presque avoir eu le temps de se défendre chez les libraires. Une planche qui se vendait entre 300 et 400 € jusqu’à une période récente se vend désormais 150 €. Or un auteur, pour exister, il faut qu’il soit publié. Les éditeurs fonctionnent par coups. Ils sortent plein d’albums, et voient ce qui marche ou pas. Si ça ne marche pas tant pis, si ça marche, tant mieux. Pour un auteur, dans ce contexte, ça devient difficile de négocier. Après, il faut aussi remarquer que des éditeurs plus petits travaillent de manière plus conventionnel, à l’ancienne si j’ose dire. C’est mieux pour les auteurs.


LRLC : Et maintenant, quelle suite ce mouvement peut-il prendre ?
B.G : Il y a deux choses. La première concerne le régime de retraite, qui a mis le feu aux poudres. C’est une négociation entre les représentants d’une profession et le ministère. La deuxième chose, plus largement, concerne la paupérisation d’une profession. Mais la balle est dans le camp des éditeurs. La logique économique a pris le pas sur la logique artistique. C’est dommage et il faut réfléchir à ce qu’on veut pour l’avenir de cette profession.
 

Propos recueillis par F.S.

 

article paru dans la Renaissance du Loir-et-Cher du 06/02/2015  

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Le 42e FIBD d'Angoulême en images

31 Janvier 2015 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #l'évènement, #Presse book

 

 

SAB 1902 R

                                  - Expo Jiro Taniguchi (Vaisseau Moebius, Cité internationale de la BD) -

 

 

SAB 1898 R

                                              - Expo Calvin & Hobbes (Bill Watterson) -

 

 

SAB 1933 R

                                        - Emmanuel Lepage en pleine séance de dédicace -

 

 

 

SAB 1903 R

 

 

 

SAB 1905 R

                                           - Expo "Nos armes" au Vaisseau Moebius CIBD - 

 

 

SAB 2007 R

                                              - Marche des auteurs, parvis de l'hôtel de ville -

 

 

SAB 2013 R

                                                 - Pas toujours été "tous Charlie" les confrères... -

 

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Tous Charlie, vraiment ?

12 Janvier 2015 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #l'évènement

 

 

SAB 1694 R

                                                  - à Blois dimanche 11 janvier -

 


Pas de doute, la France est bien la patrie de Molière. Si celui-ci ressuscitait maintenant, il aurait matière pour une nouvelle pièce savoureuse. Je me réjouis sincèrement de l’élan d’union dominical autour de la mère patrie, son drapeau, ses symboles, sa Marseillaise, cette énorme foule innombrable descendue dans la rue pour crier qu’elle n’a pas peur et qu’elle est un peuple, aujourd’hui, « le jour d’après » (le bien nommé) il conviendrait je pense de retrouver ses esprits en gardant la tête au frais.


La France entière, suite aux attentats commis sur son sol et au massacre de la rédaction de Charlie Hebdo, se réveille tout d’un coup « tous Charlie ». Et ça doit bien les faire marrer, là haut, ceux qui, justement, passaient leur temps à les caricaturer dans ce qu’ils avaient de plus ridicules parfois !
Un grand nombre de ces résistants de la dernière heure, ces millions d’hommes et de femmes qui descendent dans la rue brandissant leurs crayons et déposant des bougies (dans un rituel pagano-laïc et religieux qu’auraient sûrement conchié les dessinateurs de Charlie), n’ont pour la plupart – l’écrasante majorité – jamais ouvert le dit canard satyrique auparavant. Voire trouvaient habituellement qu’ils en faisaient un peu trop dans l’outrance et l’irrévérence. Pire : ils vont se précipiter comme des morts de  faim mercredi 14 janvier dans les kiosques pour s’arracher le million d’exemplaires en vente ce jour-là, alors qu’ils ne l’ont jamais acheté jusqu’ici.


Où sont-ils donc, tous ces ardents défenseurs de la « liberté d’expression » autant que de la presse, dans le quotidien des jours sombres et des semaines grises, pour faire vivre justement cette presse dont ils semblent d’un coup si épris ? Achètent-ils les quotidiens et hebdomadaires par ailleurs sous perfusions tant la crise qui les traverse ressemble à des soins palliatifs ? Où sont-ils tous ces « Charlie » lorsqu’il s’agit de payer un contenu sur un site Internet d’information ? Où sont-ils encore, lorsqu’il s’agit de reconnaître que le travail d’un journaliste, reporter, enquêteur n’est pas un bénévolat rémunéré par des prunes et qu’il serait donc normal d’en rétribuer à sa juste valeur le contenu ? Tant de néo convertis à la liberté de la presse, franchement ça fait chaud au cœur, sincèrement, merci ! Je bondis de joie sur ma chaise et dans ma rédaction, tout en craignant les lendemains qui déchantent dès que les cendres seront refroidies, c’est-à-dire probablement dans huit ou quinze jours…


Se souviendront-ils alors, tous ces « Charlie » brandissant la liberté d’expression d’une presse libre dans un pays qui l’est tout autant, qu’hormis les journaux satyriques, l’autocensure est souvent de mise dans toutes les rédactions ? Une « liberté de la presse » régulièrement sacrifiée sur l’autel des actionnaires de grands groupes de presse, de la sainte publicité, des annonceurs légaux et des politiques de tous bords. Beaucoup de confrères s’en plaignent d’ailleurs, mais anonymement, à visage couvert et à mots feutrés, c’est dire s’ils se sentent libres... Savent-ils, tous ces nouveaux crayonneux du dimanche que dans les rédactions, il n’est pas rare qu’on invite plus ou moins poliment mais toujours fermement des journalistes à lever le stylo sur tel ou tel sujet, pour éviter de froisser tel ou tel élu, tel ou tel chef d’entreprise, telle ou telle profession règlementée dont le poids pourraient avoir des incidences sur l’avenir du journal, sous perfusion de ce qu’on nomme poliment « les aides indirectes à la presse » ?


Il y a pile un an, l’auteur des lignes de ce blog en a lui-même fais les frais, oh je vous rassure, dans une mesure fort mesurée au regard de ce qui vient de se passer. A cause d’un article (Le fait du prince) il fut durement sanctionné par une hiérarchie sous pression après avoir été exclu de conférences de presse de la part de l’élu froissé (un ancien ministre). On tapa du poing sur les tables de part et d’autres et on n’apprécia guère la liberté d’expression de ce blog, après avoir baissé pavillon sur la liberté de la presse. Pour la seule et unique fois, un article fut donc retiré du blog, dont l’audience ne dépasse guère la trentaine de consultations quotidiennes (40 les meilleurs jours !) c’est dire si la République était menacée ! 


Alors on sourit un peu en voyant des « Charlie » soudainement émus aux larmes pour défendre la presse satyrique alors que les mêmes étaient représentés en bien mauvaises postures dans les caricatures de nos regrettés dessinateurs. Ils doivent se retourner dans leurs tombes.
D’ailleurs, les survivants de cette boucherie ne se gênent pas pour le dire : ils s’étonnent de cet élan soudain d’amour envers eux, et « vomissent » les nouveaux adorateurs (« Nous vomissons sur tous ces gens qui, subitement, disent être nos amis », a déclaré le dessinateur Willem à un quotidien néerlandais). Luz, quant à lui, déclare à nos confrères de FranceTV info « qu’au final, la charge symbolique actuelle est tout ce contre quoi Charlie a toujours travaillé : détruire les symboles, faire tomber les tabous, mettre à plat les fantasmes, déplore-t-il. Le symbolisme au sens large, tout le monde peut en faire n’importe quoi. Même Poutine pourrait être d’accord avec une colombe de la paix. »


Nous verrons bien si cet élan aussi spontané que généreux de défense de la liberté d’expression se traduit dans les faits durables dans les jours, semaines et mois à venir. Je le des sincèrement : je l’espère de toutes mes forces. L’énorme mobilisation de dimanche fait vraiment chaud au cœur, un peuple, une nation debout, c’est beau. Seuls font désordre sur la photo les représentants de pays étrangers pas franchement connus pour leur liberté d’expression, de la presse et de libertés tout court.


Mais nous savons trop bien, dans notre histoire, combien ces élans peuvent retomber comme des soufflets sortant du four et combien nous sommes capables, par lâcheté, fainéantise, couardise, et surtout petits arrangements entre « amis » de rater les rendez-vous que l’histoire nous donne. « Les politiques seront-ils à la hauteur ? » s’interrogeait Régis Debay lundi matin sur France Culture. Un long silence et une profonde inspiration a valu toutes les réponses du monde.
Sinon, la tartufferie continuera son prodigieux spectacle et la mémoire de tous ceux qui ont été exécutés par les terroristes ne sera ni honorée ni respectée. Et de là haut, on les entendra sûrement rugir, eux qui étaient « contre les cons qui gagnent toujours à la fin car ils sont trop. »

 

 

SAB 1742 R

                                                    - à Blois dimanche 11 janvier -

 

 

SAB 1751 R

                                                  - à Blois dimanche 11 janvier -  

 

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