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Le jour. D'après fred sabourin

Les mots à la con

24 Février 2009 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #quelle époque !

Insidieusement, nous nous sommes laissés envahir par des mots étranges, expressions bizarres qui collent à notre vie et nos échanges, de sorte qu’ils font partie intégrante de la vie moderne. Petit florilège de quelques uns d’entre eux. Liste non exhaustive évidemment.

Enorme : se dit d’un événement, action, fête, plat, résultat sportif, ou toute autre élément de la vie quotidienne relevant d’un caractère exceptionnel. Sorte d’obésité de langage.

Manger la consigne : mot valise. Consiste à manger des armoires métalliques contenant les bagages de voyageurs en transit dans une grande ville, après avoir passer le plat sous un rayon X. Indigeste les jours de départs en vacances.

Faut arrêter : signifie l’agacement généralisé après constatation d’un trop grand nombre d’abus, de langage, d’action, d’idioties en tous genres. Peut s’employer dans le cas d’un trafic automobile important, ou d'une situation ubuesque et ridicule. Généralement suivi d’aucun effet sur ce qui est censé s’arrêter…

Ca tabasse sa mère : contrairement à ce que la littéralité de l’expression peut signifier, il ne s’agit en aucun cas de porter des coups à le mère du récipiendaire. S’utilise en cuisine, pour un plat délicieux dont on se ressert au moins trois fois. Variante : « à tuer sa mère ». Idem, point de parricide si ce n’est d’avoir envie de finir sa vie en prison après avoir plaidé coupable sans circonstances atténuantes, à cause d’un truc délicieux.

Ca envoie du bois : ne consiste pas à envoyer par la poste des stères de bois de chauffage à un vieil oncle dans le Cantal pour se chauffer l’hiver, comme le sens premier le laisserait entendre. Se dit d’un morceau de musique qui déménage, à savoir qui donne envie de bouger ses fesses, à défauts des pieds. En radio peut signifier un instrumental qui déchire.

Un truc de malade : là encore, expression à la con qui pourrait signifier pansement, microbe, perfusion, ou toute autre chose émanent d’une chambre d’hôpital. Non, cette expression à la con pourrait se rapprocher du énorme énoncé précédemment, mais nous sommes là en présence de quelque chose d’immatériel, même si l’expression peut s’utiliser pour des objets. Définition à la con pour un mot à la con : vous voyez, ça fonctionne !

Un truc de ouf : variante juvénile de la précédente. Attention cependant dans le maniement du verlan au delà de trente ans : le mot à la con se transforme en vieux con qui veut faire jeune (d’ailleurs il dit d’jeun’s). Et devient ridicule.

à suivre…


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Où vont les enfants qui courent dans les rues ? (nouvelle)

9 Février 2009 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #littérature




Ils ont déboulé d’un seul coup. D’où venaient-ils ? Avaient-ils surgit d’une voiture à l’arrêt ? Ou d’une voiture qui repartait ? Non. Sans doute étaient-ils sortis d’un porche d’une de ces maisons bourgeoises du centre ville. Mais il ne voyait ni n’entendait aucun bruit de porte. Sur le moment, il arrêta ses supputations. Ils avaient seulement décidé de se mettre à courir, comme ça, sans mobile apparent. Des enfants. Trois ou quatre. Ils couraient en riant. Ils couraient en riant avec l’âge de le faire. Celui de l’enfance qui n’en est plus une, et qui hésite encore à basculer dans cette adolescence qui fera d’eux d’abord des agités un peu bêtas, puis des muets ricanants. Et enfin des invincibles sûrs d’eux mêmes, cherchant à tout prix leurs semblables par tous les moyens possibles. Des enfants courraient en riant. Ils ne courraient donc pas pour le sport : ils n’auraient pas ri. Ils couraient d’un seul coup, pour le plaisir de se dépêcher, et ce plaisir les a fait rire. Il aurait dû s’écarter et se plaquer contre le mur pour les laisser passer. L’avaient-ils vu ? Il en doutait ! Pas un mot, pas un regard, pas un geste vers lui : ils couraient, invincibles. Il s’est toujours demandé où courraient les enfants comme ça, dans les rues. C’est vrai, ils n’ont aucune raison de courir comme ça, c’est amusant. L’adulte passe sa vie à essayer de ne plus courir sans raison, mais sans succès. Ces enfants ne savent-ils pas cela ? On a sûrement raison de ne pas leur dire. Les peurs et les angoisses des adultes tomberont bien assez tôt sur ce mystère : laissons les enfants courir. Et imaginons où ils peuvent bien courir comme ça. En riant. Peut-être courent-ils après un autre enfant, dans une poursuite de « gendarmes et de voleurs ». Peut-être courent-ils vers un parc où l’univers boisé va se transformer en châteaux forts, et cabanes de Tom Sawyer, et océans où ils navigueront comme de jeunes mousses assoiffés de terres lointaines, les imaginant à peine. Peut-être courent-ils pour retrouver l’école ? Pas pendant les grandes vacances…

Peut-être que les enfants qui courent dans les rues sont des enfants perdus, orphelins, sans toit ni loi, sans abri, sans amour ? Peut-être que les enfants qui courent dans les rues ne le font pas sans raison : eux seuls savent où et pourquoi ils courent ?
Peut-être que les enfants qui courent dans les rues, l’été, entre les voitures, les trottoirs (qui sont fait pour « trotter », et non pour « galoper ») et les piétons obligés de se plaquer contre le mur frais des maisons, peut-être que ces enfants-là courent pour rattraper le soleil, tout simplement. Rattraper le beau blond qui lui aussi se fraie un passage dans ces rues étroites, et qui déjà cherche à quitter l’une pour en retrouver une autre, après avoir langoureusement léché les tuiles bouillantes et baignées de cette lumière franche et crue de l’été. Peut-être que les enfants qui courent sous le soleil font comme lui : ils se dépêchent de changer de rue, pour voir du nouveau, pour voir du beau. Pour oublier, eux qui ne le savent pas encore, que ce soleil ne brillera pas toujours sur eux. Pour ne pas entrer dans l’ombre.

Les enfants qui courent dans les rues veulent peut-être rester dans la lumière.






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Quatre saisons, douze photos (n°6)

7 Février 2009 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #concept

Voilà, nous y sommes, après le raté de janvier, février reprend la série. Sixième mois consécutif au même endroit, quasiment le même jour et à la même heure. Pour ceux qui ont raté les derniers épisodes, allez faire un tour en décembre ; novembre ; octobre ; septembre. (Il manque janvier répétons-le, nous étions loin d'ici, à savoir la coline de Fourvière à mi-pente). Il fallait s'en douter : un jour il pleuvrait sur ce lieu. Février, mois hivernal, arrosé, triste, mais court. A très bientôt donc, à quelques encâblures du printemps...






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Déesse

5 Février 2009 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #l'évènement



        L’actualité de ces jours-ci dépasse les espérances : Citroën annonce le retour de la « DS », le paquebot France est vendu par petit bout, on ne sait que faire du porte-avions Clémenceau.
La nostalgie du bon vieux temps, tenace, entrave sérieusement les « désirs d’avenir » et autre « France de demain » ardemment souhaitée par tous nos hommes et femmes politiques. Le courant réformateur, dussions-nous en crever la bouche ouverte, s’arrêtera-t-il aux portes d’une France d’antan qui sent bon les taloches et les encriers ?

Arrêtons-nous un instant sur la DS, fleuron de la marque Citroën, adulée par une génération de conducteurs, détestée par ceux que la suspension hydro-pneumatique rendait malade (ajoutée il faut préciser à une bonne dose de tabac gris fumé par des papas peu scrupuleux de la nocivité de la nicotine et du goudron). Elle a sauvée la vie du Général. Pompidou adorait la conduire lui même, la pédale à fond si possible. Fantomas en avait une, Rabbi Jacob aussi. Il n’est pas improbable que ce retour aux sources ait quelque chose de pernicieux : le pouvoir d’achat est encore concentré aux mains d’une génération laborieuse qui, si elle ne profita pas complètement de l’ascenseur social, n’en fut pas moins l’une des utilisatrices. La DS new look, si elle devait voir le jour, ne serait probablement pas conduite par les Smicards actuels, mais plutôt par des retraités heureux d’échapper à la crise grâce aux économies amassées pendant quarante ans. .

Le paquebot France vendu pièce par pièce. Si vous ne possédez pas un appartement avec quatre mètres de plafond avenue de Wagram à Paris, aucune chance d’acquérir la proue, qui toise trois mètres cinquante. En revanche, sur une grande radio du service public (Dieu ait son âme), j’ai entendu un acheteur potentiel dire qu’il souhaitait acquérir un hublot, « parce que j’ai eu la chance de passer la tête dedans un jour ». Heureusement que le fortuné ne passa pas la tête à travers une guillotine, l’expérience aurait pu en être raccourcie…

Enfin, et non des moindres, au moins pour le symbole : il est un objet flottant identifié dont personne ne songe à acheter les pièces détachées : le porte-avions ex-Clémenceau (débaptisé Q-790), bourré d’amiante, vogue vers la perfide Albion, après, on le sait, bien des péripéties. Il fait peine à voir, avec ses larmes de rouilles. Il pourrait couler d’une minute à l’autre si on n’y prenait garde. Georges Clémenceau, « le Tigre », ne pourrait imaginer plus funeste dessein, à l’heure où les Brigades du Tigre ressuscitent, justement. Et dire que Roland Jourdain déclarait il y a trois jours justifiant son abandon dans le Vendée Globe, qu’il s’en voudrait si son « Véolia » coulait à cause de l’absence de quille au large des Açores ! « La mer n’est pas une poubelle » disait-il. Tout le monde ne partage pas cette sagesse, visiblement.
 
Allez, rassurons-nous : comme disait le philosophe du bon sens Philippe Meyer « le progrès fait rage et le futur ne manque pas d’avenir », et une chose est certaine : le passé joue encore les prolongations. La route est longue, quand on ignore où on va, le bon vieux temps c’est rassurant.
Mais, comme à l’arrière d’une DS : ça finira par écœurer.





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Un joyau dans les Sables

3 Février 2009 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #édito


 
(photo AFP)

Autour du monde, en solitaire, sans escale et sans assistance, Michel Desjoyaux a donc remporté le Vendée Globe 2008-2009, après quatre-vingt quatre jours de mer. Elle a rendu son verdict, et le marin a mis en panne, au port. Le personnage est attachant, beaucoup mieux qu’un bigorneau rivé à la coque d’un bateau. Lesquels n’ont d’ailleurs pas pu s’y accrocher, vu l’allure ! Le meilleur a gagné, le plus rusé, le plus apte à faire l’herméneutique des cartes météo, a déjouer les pièges, à dormir avec parcimonie, à livrer ses soucis trois semaines après, et, par dessus le marché, le plus chanceux.


Bien sûr il fait des jaloux : les médiocres et les skippers d’optimistes par beau temps diront que « le professeur » fait parfois preuve d’un peu d’arrogance ou de cynisme, de piquant vis à vis de ses adversaires et néanmoins collègues de fortune (de mer). Le skipper de « Port Laf’ » (Port La Forêt, en Finistère), a pu dire, paraît-il, que les concurrents « avaient l’air en croisière » lorsqu’ils les rattrapa après quarante heures de retard dès le départ. C’était pourtant drôle comme répartie… Une forte gueule est l’apanage des experts, des vrais gens de mer, ceux forgés aux tempêtes et à l’humidité des embruns qui rime si bien avec humilité face aux éléments. Tout en sachant que la victoire ne peut s’annoncer qu’une fois la ligne franchie, tout le monde n’est pas capable – comme lui - d’empanner par trente nœuds ou de border à 19 quand les autres marchent à 16-17 pour ne rien casser à l’orée des mers du sud.
Néanmoins, ses premiers mots de terrien furent pour d’autres que lui : son équipe (l’immobilier va remonter…), et les trente autres marins – et marines – présents au départ,  dont il n’en restait bibliquement que douze dimanche dernier avant seize heures. Pas mal, pour un cynique, non ? Et preuve que nous avons bien un humain en face de nous : il a bu du bordeaux pendant la conférence de presse de débriefing. Un Saint-Estèphe, 2003.
 
Dans l’actualité agité, force huit fraîchissant neuf  voire dix ou douze en fin de nuit : Gaza, grèves, manifs, levée d’excommunication, tempêtes, négationnisme, chômage, mutations sauvages de préfets etc., l’arrivée de ce joyau un dimanche après-midi dans le chenal des Sables d’Olonne après 28300 miles à quatorze nœuds de moyenne a quelque chose de rafraîchissant. On ne se pose d’ailleurs même pas la question du dopage, ni de son salaire : nous sommes loin aussi des interviews dans les vestiaires de foot après le match.
Une joie que nous partageons sans rougir, un peu comme l’enfant qui vient de voir son voiler traverser le bassin du parc où ses parents vont en promenade le dimanche. Une joie simple, teintée de reconnaissance, de respect, d’admiration secrète, d’émotions variées, et d’envies futures. Même Jourdain a attendu pour annoncer qu’il jetait l’ancre aux Açores.

Desjoyaux dans l’écrin des Sables, c’est un bijou offert à ceux qui ont encore des yeux pour admirer l’admirable. Desjoyaux fait notre fortune, et pour une fois, ce n’est pas une fortune de mer…


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