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Le jour. D'après fred sabourin

Un dimanche en pull "Marine"

28 Février 2012 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #l'évènement

 

 

 

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Le dimanche, certains tondent la pelouse ou nettoient leur voiture, se promènent, ou regardent Michel Drucker à la télé. Nous avons passé le nôtre avec des militants loir-et-chériens du Front National, à Châteauroux pour un meeting de Marine Le Pen. Reportage.

 


 

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                                              - Arrêt de bus -

 

 

Un dimanche les pieds dans la terre de France, avec le Front National en campagne. Étrange idée. Direction : Châteauroux, pour un meeting néo-rural avec "Marine", devant un gros millier de militants galvanisés par la grande prêtresse de « La France méprisée, la France oubliée. » À l’heure de la sieste, elle ressert l’évangile de la messe du matin : « Connaissez-vous la parabole biblique des talents ? » lance-t-elle d’entrée de jeu. « Au moment de partir en voyage, un père donne à ses serviteurs de précieuses pièces de monnaie. À son retour, il demande ce qu’ils en ont fait. Le bon serviteur est celui qui a fait fructifier son trésor. Tel est le sens d’une parabole qui a largement fondé notre civilisation. (…) Quel est le principal talent de la France ? Nous l’avons trop oublié : c’est sa terre. » Le ton est donné, il en sera ainsi pendant plus d’une heure.


 

 

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Quelques heures avant, nous avions pris place dans le bus de militants de Loir-et-Cher se rendant au meeting. Vendôme, Blois, Romorantin, trois arrêts pour faire monter un public majoritairement masculin, d’un âge certain, au milieu duquel nagent quelques jeunes trentenaires et de rares femmes. Avec Jean-Pierre, notre voisin de droite (dans tous les sens du terme), la conversation s’engage. « Marine, elle est avocate, elle sait parler. Elle ne s’énerve pas. Moi j’ai voté Sarko au second tour en 2007. Il avait dit qu’il nettoierait la France, et ne l’a pas fait. Déjà, on aurait dû garder les usines en France. Le problème vous savez, ce sont les étrangers : trop, c’est trop. Je crois qu’il faut qu’on refasse les frontières, pour que les kalachnikovs ne passent plus ! À Marseille, vous en trouvez à 400 € !» On l’aura compris, Jean-Pierre, 74 ans en avril prochain, et ouvrier retraité de l’Education nationale, est déçu par ce quinquennat. Surtout dans le domaine de la sécurité, où l’actuel président avait beaucoup promis : « Les gendarmes sur la route : il n’y en a plus ! Des gendarmes il n’y en a pas assez ! » A-t-il le sentiment d’être en insécurité à Vendôme, où il vit ? « Oui, d’ailleurs je ne sortirai plus le soir dans certains quartiers, je ne me sens pas en sécurité. À Tours, où j’ai de la famille, et à Chinon, aussi. » En novembre dernier, Jean-Pierre s’est rendu au Congrès de Tours, où Marine Le Pen a reçu l’adoubement des militants du Front National en vue de sa candidature à la présidentielle. 


 

 

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Au meeting, "Marine" n’a pas trop appuyé sur les thèmes de la sécurité, même si elle promet, en cas de victoire, de « Sanctuariser la gendarmerie. Il est loin le temps où les campagnes étaient à l’abri des violences ! Je ferai que la gendarmerie retourne dans le giron du ministère de la Défense, qu’elle n’aurait jamais dû quitter, à cause de ce mariage forcé avec la police. » Ce meeting en région Centre, c’était surtout pour elle l’occasion de se poser en candidate de la ruralité. À cinq jours de sa visite au Salon de l’agriculture, en plein cœur du Berry, terre agricole s’il en est, devant 1200 militants venus des départements limitrophes, la candidate à la présidentielle a visé juste et fait vibrer le public : « Qui va remettre la France rurale au centre du jeu ? Qui sera la voix de la France que l'on entend pas, que l'on n'écoute pas ? » a-t-elle interrogé. Partisane d’une « PAF » (Politique agricole française), en lieu et place de la PAC, « qui abandonne nos agriculteurs, » elle a passé en revue tout le catalogue d’une France sépia qui sent les encriers, les pivoines de nos Fêtes Dieu, les portraits du Maréchal et les armoires remplies des dentelles de nos grands-mères : chasseurs, « ces grands amoureux des animaux, à commencer par leurs chiens. » L’école : « Tout petit Français a droit à la réussite, pas seulement dans les ZEP, » promettant l’introduction de La Marseillaise et du drapeau bleu, blanc, rouge dans les écoles. « La France rurale souffre, » a-t-elle ajouté. « Je vais vous rendre vos enfants, gens de la ruralité, tous les Français ont droit à la France, les territoires ruraux sont délaissés. » Et elle enchaîne avec le démantèlement des services publics dans les zones rurales (les trains supprimés, les bureaux de poste qui ferment, le prix de l’essence qui flambe etc.), promettant à chaque fois une batterie de mesures « si je suis élue, » dit-elle. On avait compris.


 

 

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Retour dans le bus, avec David. Ce trentenaire blésois est séduit par le discours de Marine, et aussi par le changement d’image du parti. « Elle est combattive, elle est jeune, elle a du talent. Pour moi, un second tour Marine contre Hollande est possible, » espère-t-il. « Il y a eu du ménage de fait au FN, les skinhead, ou Alexandre Gabriac par exemple» (le Conseiller régional Rhône-Alpes exclu du FN après avoir été vu en photo faisant le salut nazi sur Internet, et fondateur depuis des Jeunesses nationalistes dans la région lyonnaise, NDLR).  Pour cet arrière petit-fils de soldat de 14-18, et petit fils de résistant déporté, « Un peuple indigène n’a pas à accepter les désirs d’un peuple extérieur. » Dans le collimateur : les constructions de mosquées pour les musulmans, thème qu’on retrouve chez tous les militants rencontrés. « Mais ne faisons pas d’amalgame : au FN il y a trois ou quatre mille adhérents musulmans, » s’empresse d’ajouter David. « Ce qui n’est pas bon, c’est le communautarisme. » Après avoir exercé divers boulots, dans le social, à l’ONF et diverses missions intérimaires, il est au chômage, « depuis pas trop longtemps, 2010, » précise-t-il.


 

SAB 1723 Rec                                          - Tu me la tiens ? -

 

 

 

Michel Chassier, responsable départemental du Front National, parle d’une « stratégie de l’évitement, » pour les maires des petites communes qui ne veulent pas donner leur signature à Marine Le Pen. « Dans les petites communes de moins de cinq cents habitants par exemple, certains maires, après 2002 et surtout 2007, se sont retrouvés avec des membres de leur conseil municipal contre eux, se faisant reprocher leur choix de signature. Dans les petites communes, tout le monde se connaît, les conseils sont apolitiques, ça créé des tensions. » Est-il inquiet quand à l’obtention de ces fameuses cinq cents signatures ? « Oui, car il y a des promesses de signatures mais rien ne dit qu’elles se concrétiseront. Et il n’y a qu’un seul formulaire par commune, si vous faites une erreur en le remplissant, c’est foutu ! Si vous écrivez Le Pen Marine au lieu de Marine Le Pen, le Conseil constitutionnel rejette le parrainage. » Blanc bonnet n’est pas bonnet bleu-blanc-rouge…
Interrogé sur les sondages et autres intentions de vote, Michel Chassier affirme que « Le mouvement en faveur du FN est plus fort encore qu’en 2002. Localement, on le sent bien. En 2007, Sarkozy a cru enterrer le FN, mais on a vu aux scrutins régionaux ce qui s’est passé. Quand il a lancé le débat sur l’identité nationale, c’était trop tard, on était déjà revenus, on avait repris la main sur cette thématique. Et son débat a fini en jus de boudin. Nous on a participé à tous les débats, on était partout. »


 

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                                          - Alors se leva le soleil noir -  

 

 

Alain, ancien parachutiste appelé en 1959 au Congo, passionné de photographie animalière, a exercé divers métiers, « là où ça rapportait, pour nourrir ma femme et mes deux filles. » Il a eu des soucis de santé : « Deux cancers, et deux prothèses : une à la hanche, l’autre au genou. » La possibilité de se soigner et de pouvoir voir un médecin pas trop loin est une préoccupation pour ce retraité vivant confortablement – c’est lui qui le dit - non loin de Mondoubleau. « La santé, c’est la solidarité où tout se joue, a martelé Marine Le Pen pendant son meeting. Comment peut-on accepter qu’il y ait des sous Français qui seraient moins bien soignés que d’autres, » citant l’exemple de la Picardie, avec « 239 médecins en activité pour 100.000 habitants. 44% de diplômés d’universités étrangères, dont 1/3 du Maghreb et de Roumaine. » En plein cœur du Berry, devant un parterre de militants venus du Limousin et de région Centre, le couplet sur la désertification médicale tombe en plein dans les préoccupations et des sujets de conversations. « La faute à l’UMPS qui ont honteusement resserré le numérus clausus, empêchant les étudiants de devenir médecins alors qu’on savait qu’on en manquerait ! » Et de promettre de relâcher ce numerus clausus, pour « former des médecins français, » et pour inciter ceux-ci à s’installer dans les zones rurales, la candidate FN propose la mise en place, pendant les études de médecine, d’un « Stage territorial pour une découverte concrète de nos territoires. »


 

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Alain reconnaît qu’on peut ne pas être d’accord avec tout (passionné d’animaux solognots et des oiseaux de Loire, il a eu du mal avec le couplet sur la chasse), mais il dit sans fard être partisan du Front depuis toujours, et « ma famille, mes amis le savent. On discute avec ma fille, elle est plutôt partisane de Sarko, elle a plus ou moins trouvé du boulot grâce à sa politique. » On ne mord pas la main de celui qui vous nourrit…
Après une heure quinze de cet inventaire à la Prévert d’une France rurale rêvée par les militants scandant le nom de leur candidate, la scène se couvre de jeunes et d’enfants, tandis que retentit une Marseillaise à réveiller les plus endormis. Jean-Pierre, notre militant de Vendôme, est ravi : "Elle a parlé des vieux, elle a dit : les vieux sont délaissés. Mais vous voyez, dans le temps, à la télé et à la radio, il y avait de l’accordéon : c’est de la musique française ça. Pourquoi il n’y a plus d’accordéon ? » Le politique peut-il y faire quelque chose ? « Oui, » répond-il sans hésiter. En France, tout finit par des chansons, c’est bien connu.


 

 

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Avant de quitter ses hôtes, "Marine" harangue une dernière fois la foule au son de : « Debout Châteauroux, debout Saint-Amand-Longpré avec son beau clocher au soleil couchant, debout Issoudun, debout Argenton-sur-Creuse ! Debout, la France méprisée, la France oubliée ! » Les militants se sont levés d’un bloc à l’appel de la madone rurale d’un dimanche en campagne. Un seul village berrichon manquait à l’appel de cette sorte d’Internationale frontiste, pourtant distant d’une dizaine de kilomètres du lieu du meeting : Vatan.

 

 

 

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(c) Fred Sabourin. 26/02/2012. Châteauroux (Indre). Nikon D300 au 12-24mm. Pentax Kx au 18-200mm

 

 

 

 

 

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La frontière (Zone n°4)

19 Février 2012 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #concept

 

(Un projet photographique, # 4)

 

 

 

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Ça faisait un certain temps qu’en passant sous ce pont, j’avais l’impression de passer une frontière. Un trait d’union entre deux rives, une symbolique forte qui divise la France en deux : le nord et le sud de la Loire. Pourtant, dans le cas présent, on reste du même côté, en l'ocurrence le sud. Néanmoins, le sentiment est tenace d'avoir franchit quelque chose. Comme passer une porte. Aller de l’autre côté. Changer de monde, de décor, de vie, de société.
 

La route départementale 751, qui relie la Ville-aux-Dames à Tours longe Saint-Pierre-des-Corps. Pour beaucoup, Saint-Pierre-des-Corps, c’est juste une gare, à proximité de Tours, et c'est tout. Une ville (?) collée à une autre ville, ni grande, ni petite, ni métropole, ni ville moyenne : Tours, point. Saint-Pierre-des-Corps, c’est une gare de triage, un « techno-centre » de la SNCF, une banlieue rouge, communiste depuis toujours, ou presque. Un bastion. Une forteresse. Saint-Pierre-des-Corps, un lieu à part, coincé entre le rien de l’Indre-et-Loire, route venant de Montlouis-sur-Loire et Amboise, cité plaquée contre la Loire (au nord) et le Cher (au sud). A l’ouest, du nouveau, déjà ancien : l’autoroute A10. Un ruban qui coupe la ville en deux : d’un côté, Tours, la bourgeoise. De l’autre : Saint-Pierre-des-Corps, l’ouvrière, la besogneuse, la cité dortoir. Contre ses flancs coule un fleuve, cette Loire qui détonne dans le paysage, présente depuis les temps immémoriaux et comme incongrue aujourd'hui. Dans l’autre sens, filant vers le nord, une suture : l’autoroute de béton et de goudron, comme une saillie dans la chair humaine plantée-là.
 

Encore un lieu à l’apparence sans âme, comme déjà évoqué ici. Ce n'est pas le cas bien entendu. Plusieurs fois, traversant l’ancien octroi dont ne subsiste que le nom d’un bistrot, j’avais éprouvé le sentiment de ce changement de monde. Et d’une vie, présente là dans ce lieu défiant les règles de l'urbanisme, adossé à la sauvagerie du fleuve qui n'a de sauvage que le nom. Un jour, en voyant la pancarte d’entrée de ville et le jumelage étonnant avec Hébron, en Palestine, j’avais trouvé la chose singulière, et confirmant le sentiment qu’ici, on était dans un entre-deux urbain, rapidement bouffé par la ville et tout aussi absorbé par la campagne environnante, liée à la Loire que la route ne touche jamais, par l’entremise de la digue dont chacun espère, de l’autre côté, qu’elle ne cèdera jamais… Un habitat étrange se niche derrière elle, mais ce sera l’objet d’un prochain épisode.

 

En attendant, voici quelques lignes de fuite de cette frontière à la fois naturelle et artificielle. Un lieu comme aucun autre (encore !). Rectitude d’un pont autoroutier et trait d’union d’un fleuve historique, royal, « sauvage », dessus, dessous, à côté : et toujours avec. Comme une croix.

 

 

 

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                                                                - Pauvre Victor... -

 

 

 

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(c) Fred Sabourin. 19 février 2012. SPDC, Indre-et-Loire (37).

 

 

Les autres épisodes de cette série : Zone ; Zone (2) ; Pantin (Zone, session 3) .

 

 

 

 

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A gla gla (Brrrrr ! tome 2)

13 Février 2012 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #émerveillement

 

 

 

 

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L'embâcle continue...

 

 

 

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                                                     - Photo (c) Bruno Hardy -

 

 

 

 (c) Fred Sabourin. 12 février 2012. Blois, Loir-et-Cher.

 

 

 

 

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Dépendaison de crémaillère

10 Février 2012 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #étonnement

 

 

 

 


L’année dernière, j’ai narré ici même un Un déjeuner sur l'herbe  , à la préfecture du département où je vis et travaille. Cette année, le préfet a réinvité la presse à déjeuner. Il y avait deux raisons valables pour ne pas rater ça : je voulais savoir si les places autour de la table allaient être redistribuées. Et vingt quatre heures avant, nous avons appris – en même temps que l’intéressé lui-même – qu’il était nommé ailleurs très prochainement, dans un placard (le Conseil supérieur de l’administration territoriale, une sorte d’organe de contrôle du ministère de l’Intérieur sur l’action des préfets et sous-préfets, faire du conseil et des audits). Il sera remplacé par l’actuel directeur de cabinet de Madame la ministre de la Santé et de la Cohésion sociale (une certaine Roselyne B.). Le vol des hauts fonctionnaires vers des aires de nidification plus clémentes à l’approche du printemps électoral a commencé, depuis plusieurs mois déjà, et le vol de ces oiseaux migrateurs est loin d’être terminé.
 

J’ajoute en chemin une troisième bonne raison : j’avais envie de voir où je serai placé par rapport à Madame le sous-préfet, dont j’ai déjà vanté ici le charme discret mais efficace des fonctionnaires d’État perdus dans la cambrousse provinciale du Vendômois.

 

 

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En arrivant, par le petit chemin déneigé de la cour de la préfecture recouverte d’un blanc manteau d’hiver (séquence poésie mais ce ne sont hélas pas des alexandrins), nous étions quelques uns à nous demander comment notre hôte allait prendre la chose. Débarrassés de nos oripeaux de la banquise, nous avons vite été rassurés, si l’on peut dire. Il le prend mal. Pour tout dire, assez mal. Mais comme c’est un fidèle serviteur de l’État (loué soit-il), il n’en montre rien, ou si peu. Il sait, car c’est le devoir des soutiers du corps préfectoral, qu’il tient autant du parachutiste pouvant du jour au lendemain faire ses cartons que de l’inamovible bourgeois gentilhomme de province. Personnellement, je ne vois pas pourquoi je pleurerais sur l’affaire. Le serveur me propose un whisky (il commence à me connaître) que j’accepte avec plaisir. Sur ce, je taille une bavette avec le Secrétaire général, précédemment en poste à Oloron-Sainte-Marie dans le Béarn, à une portée de canon de la vallée d’Ossau. D’un coup, on s’éloigne du sujet du jour lui et moi, à grands coups de paysages, de bérets béarnais et basques (pas pareil), de fromage de la vallée (échange d’adresses), de brebis égarées dans les estives, et de « Jean-Pierre », là bas, au loin, du haut de ses 2884 mètres. Le temps passe vite, et je suis à sec de whisky. Ce n’est pas grave, on passe à table, dit la maîtresse de maison, en l’occurrence le préfet lui-même.

 

 

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                                              - Cette année -  

 

 

Sur le petit carton reçu en arrivant, j’avais vu au petit trait rouge matérialisant ma place que j’avais pris du galon depuis l’année dernière : j’allais être à gauche du préfet. Allusion politique ? Je ne pense pas, sa voisine de droite, directrice départementale d’un quotidien local radical-socialiste, l’est sans doute bien plus que moi. En m’asseyant, je repense au mot gauche en italien, qui se dit sinistra, en référence aux malheurs qui arrivent toujours du côté opposé de la droite de Dieu. A ma « sinistra » à moi, il y a la directrice de cabinet du préfet. En face de moi, légèrement sur ma gauche (mais si peu), il y a… Madame le sous-préfet. Elle semble s’ennuyer, déjà. J’en aurai confirmation une heure plus tard, à la fin du repas, lorsque je me rendis compte que je n’avais entendu le son de sa voix que deux fois : lorsqu’elle me dit bonjour, et pour dire « merci » au serveur qui lui proposait une panière de fruits en lieu et place des crêpes au chocolat que nous avions, nous. Était-ce déjà les prémices de sa future nomination – punition ? Ou plus sûrement, vu sa taille fine, une coquetterie de femme habitué à bâfrer sous les ors de la République. Et donc à faire gaffe.  

 

 

 

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Le déjeuner se passe. On parle de tout, de rien, le préfet s’enquiert de la santé de la presse écrite, de celle de la presse radiophonique, de la télévision (absente, comme d’ailleurs du paysage médiatique local, aussi on les casse un peu). Le vieux chouffe à barbe poivre et sel soliloque ses vieilles histoires de correspondant AFP, on évoque qu’à demi-mots la présidentielle future (on ne va pas parler de corde dans la maison d’un pendu !). Un peu plus disserte sur les vœux à la presse de Monsieur le Président de la République, ce qui me donne l’occasion de constater que certains(nes) autour de la table n’y étaient pas, et auraient visiblement aimés en être. On a les satisfactions que l’on peut.
 

 

À un moment, 14 heures approchants, le préfet change brusquement de conversation et parle du redoux qui est annoncé. C’est l’heure du bulletin météo, servi avec le café et les petits chocolats. Après les crêpes, je prends, comme ma convive en face de moi qui se retient de bâiller, une clémentine, que je m’évertue à éplucher avec couteau et fourchette, mais comme c’est chiant j’y mets les doigts (dans le fruit, je précise). Je n’écoute plus rien que sa solitude trop visible pour ne pas être entendue. Elle semble perdue et fatiguée, absente, muette, sur le point de basculer de sa chaise si un texto ne la retenait pas (je la vois pianoter sous la nappe). D’un coup je me rappelle que mon téléphone est dans ma poche, en mode vibreur, et que si jamais il se met à vibrer, peut-être que…
 

 

Je sors de ma torpeur admirative de l’ennui sous-préfectorale lorsque la convive à la droite du représentant de l’État se lance dans séance de flatterie préfectorale fulgurante, et « merci monsieur le préfet pour ces excellentes relations que nous avons eu, et gna gna gna, » repris en seconde main par le directeur d’une radio locale musicale et d’information. Du pur lèche botte mâtiné de lèche vitrine en passant par du lèche au bas du dos sous la chemise… J’en suis baba, sans rhum. Le serveur repasse avec du café. « Oui, s’il vous plaît, merci. »
 

Notre hôte, pas dupe, est content quand même. Tout le monde est content (sauf une). Et moi aussi car je sais que j’ai de la matière pour un petit billet.
En sortant, après nous être chaudement rhabillés, je salue celle dont l’ennuie confine à l’œuvre d’art, d’un bien meilleur goût que les tableaux de batailles épiques d’époque Second Empire qui ornent les murs de la préfecture. Elle décroche un sourire, enfin. Dehors le soleil brille aussi.

 

 

Au café d’à côté, où nous nous retrouvons avec quatre journalistes du cru pour un café débriefing, le vieux chouffe qui connaît tout le monde dans le département me glisse à l’oreille qu’il a demandé au sous-préfet si elle était sur le départ elle aussi. Elle lui aurait répondu (mais quel crédit puis-je accorder à ces propos, tant ils semblent incroyables ?) : « Et bien quoi ? Vous attendez peut-être que je sois tondue ? »
Ah, ça non alors. Ça serait vraiment dommage, Madame, qu’un si beau tempérament finisse de la sorte.
 

Le ciel vous tienne en joie (comme dirait l’autre).

 

 

 

 

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                                                             - L'année dernière -

 

 

 

 

 

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Brrrrr....!

9 Février 2012 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #regarde-la ma ville

 

 

 

 

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Putaing cong ça meule... Demain on traverse ?

 

 

 

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(c) Fred Sabourin. 9 février 2012. Blois, Loir-et-Cher.

 

 

 

 

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Elysez-moi...

1 Février 2012 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #l'évènement

 

 

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Un vieux couple. Je t’aime moi non plus. Ne me quitte pas. Johnny fais-moi mal.

 

Quatre chansons françaises pour résumer le one man show du petit Nicolas face à la presse, le dernier jour du mois de janvier 2012. La question était : y aller ou pas ? Pour l’auteur de ces lignes, comme pour le résident de l’Elysée. Ce dernier, crispé, l’a dit en ouverture de cet inattendu rendez-vous avec la presse enchaînée. Pour ma part, j’avais tranché : si le bonhomme me sort par les yeux, le nez, les oreilles et les pores de la peau, un coquetel à l’Elysée, je ne pouvais pas rater ça. J’y suis allé, j’ai vu, et j’en suis revenu (difficilement, mais ça c’est pour la fin).

 

Le prince a soufflé le chaud et le froid, comparé ses relations avec la presse avec celles d’un vieux couple, envoyé des piques (mais pas de crocs) à ceux qui l’ont d’abord adoré, puis lâché, puis lynché. Il a eu aussi de l’humour – politesse du désespoir ? – notamment : « Quand on met des sentiments dans des rapports professionnels comme nous avons, on se trompe. Quand on y met du professionnalisme, on s’apaise. On découvre que la seule façon de progresser, c’est d’être critiqué. Et là, franchement, merci. » Ben y a pas de quoi coco, sauf que finalement tu restes en dessous des progrès attendus au vu de la critique.

 

Nous sommes en sommes un vieux couple
 

Quelqu’un m’aurait dit ça avant de venir, je n’aurais pas osé le croire. Même avec Carla, je n’aurais pas osé l’imaginer (pas mon genre). « Je ne détecte dans notre couple aucun des stigmates annonciateurs d’un divorce. Vous les connaissez : d’abord la lassitude. Franchement, je ne détecte pas de lassitude. Ensuite votre exigence. Je vous remercie. Avec moi, vous ne renoncez pas. » Même s’il sent que l’herbe commence à être plus verte ailleurs : « Je voix bien vos tentatives pour me remplacer, pour essayer autre chose, pour espérer ailleurs. Jusqu’à présent vous êtes toujours revenus. » Allons-nous recevoir un texto du même type que celui de Cécilia fin 2007 ? « Si tu reviens, j’annule tout. »

 

Humiliation ?
 

Comme les trois cents cartes de presse présentes n’avaient droit ni à la parole, ni aux photos avec leurs outils de travail habituels – signe d’un pays libre où la presse est libre : pour preuve la présence au premier rang de Serge Dassault et Etienne Mougeotte - le monologue ironique a parfois tourné au cynisme. A l’humiliation aigre-douce aussi, du genre : « ne me quittez pas, sans moi vous allez vous emmerder, » et « je vous tiens par les cou… vous qui léchez mes bottes. » Citons l’œuvre du petit écolier : « Je ne le dirai pas car ça a un côté humiliant, (mais le dit quand même) l’Etat a donné « 580 millions d’euros d’aides supplémentaires, » (pour la presse écrite, NDLR). « La France est un pays où la presse est tellement libre qu’elle n’est pas obligée d’être impartiale. Imaginez un monde où la presse ne se tromperait pas, où ses pronostics ne seraient pas déjoués… » On imagine mal, en effet.

 

Tout flatteur…
 

On connaît la suite. Et voici la fin : l’omni président flatte son auditoire. « Vous faites un beau métier, un métier irremplaçable. » « Vous êtes chanceux. » « Vos familles doivent souffrir parfois. Mais à la différence de moi, on n’en parle pas. » « Je crois qu’on est à l’aube d’une nouvelle reconnaissance du métier de journaliste. » Et de président ?
 

En cinq ans, il n’aura donné que quatre conférences de presse, dont une mémorable, en janvier 2008, devant six cents journalistes. La seule réelle, avec des vrais morceaux de questions dedans. Il s’y était lâché : « Carla et moi, c’est du sérieux. » Comme le dit une consœur : « Voilà au moins une promesse tenue. »

 

 

 

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                                              - T'es tout flou ! -

 


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L’ambiance.

 

  

Pour le petit journaliste local et provincial que je suis, ce genre de rendez-vous tient à la fois du calvaire et du rêve de princesse. Le calvaire de sentir, très vite, que le temps serait trop court pour goûter à tous les ors du Palais du monarque, des têtes croisées, et des petits fours à tuer sa mère disposés sur le buffet de vingt-cinq mètres de long, en forme de L. Ce qui, stratégiquement, m’a permis de l’attaquer sur plusieurs angles, sans que cela ne se voit (trop). Et de rapporter une « prise de guerre, » au péril de ma vie.  
 

 

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                                         - Prise de guerre -

 


Quatre coupes de champagne Taittinger plus tard, la griserie du pouvoir – déjà ! – me rendit étourdi au point d’oublier d’aller visiter les gogues de l’Elysée. Dommage, pisser là doit revêtir un plaisir particulier (chacun y mettra ce qu’il veut).
Alzheimer, c’est aussi ce que je me suis dit en voyant les vieux sortis de leurs maisons mais pas de retraite, comme Duhamel ou Elkabbach par exemple.
Aussi peu surprenant que cela puisse paraître, l’adage qui aime bien châtie bien fonctionne encore, puisqu’au sortir des vœux eux-mêmes, une cour se pressa autour du petit Nicolas, pour obtenir un commentaire. Je pensais à ce moment-là à la tirade des « non, merci » de Cyrano.
 

Comme j’essayais de le viser avec mon téléphone à bout de bras, un quidam à côté de moi – et qui essayait de faire de même – me glisse « qu’il faudrait qu’untel se pousse pour qu’on puisse faire une photo. » Je lui dis qu’il faudrait surtout que Chirac revienne, c’était du bonheur pour les photographes vu sa taille.

 

 

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                                            - Mêlée à dix mètres des poteaux -

 

 

Comme Cendrillon, notre carrosse de fer et d’électricité nucléaire nous attendait à la gare d’Austerlitz, il fallu déjà récupérer son manteau au vestiaire, descendre le perron non sans avoir fait une ultime photo souvenir (quitte à passer pour un bouseux, autant boire le calice jusqu’à la lie). Satisfait d’avoir pu dire à Hubert Huertas, de France Cul, tout le bien qu’on pense de lui. Arrivés à la dite gare dans le dit train, nous apprenons qu’à la suite d’une panne de motrice, etc. etc. Les quinze minutes de retard annoncées se sont transformées en cinquante-cinq. Et après ça, on voudrait que les journalistes parlent des trains qui arrivent à l’heure !
 

Dans le wagon où je pris place, un peu sonné par le froid et surtout par l’auto-célébration à laquelle je venais d’assister, trois Africains originaires de Côte d’Ivoire devisaient sur les malheurs de la Esse Haine C’est Effe. Puis – allez savoir pourquoi et comment ? – la discussion dérape sur… Sarkozy ! Après plusieurs costumes taillés sur mesure au sujet de ses mesures prises tout au long de son quinquennat jusqu’à dimanche dernier, l’un d’eux – le plus âgé – a eu cette fulgurance : « Faut vraiment être cons pour avoir voté pour un gars pareil ! »
 

Je laisse à ce vieil Africain, dont on dit qu’ils sont des bibliothèques, le mot de la fin.

 

 

 

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                                                             - My cottage -

 

 

 

 

(c) F.S. 31 janvier 2012. Toute ressemblance avec des personnes existantes ou ayant existés est tout sauf une coïncidence.

 

Un autre regard intéressant sur les coulisses de l'exploit : Sylvain Lapoix   http://owni.fr/2012/02/01/presse-elysee-sarkozy-voeux/ , sur le site www.owni.fr  

 

 

 

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