Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Le jour. D'après fred sabourin

Résultat pour “drôle de guerre”

Angoulême : Herbes folles déconfinées (drôle de guerre, fin)

1 Juin 2020 , Rédigé par F.S Publié dans #l'évènement, #drôle de guerre

Angoulême : Herbes folles déconfinées (drôle de guerre, fin)

Elles nous ont tenues compagnie, les herbes devenues folles, pendant le confinement. On les a vu pousser derrière nos fenêtres, quand le mot d'ordre était « restez chez vous ! », à l'époque où il fallait raser les murs pour aller acheter une baguette de pain. Boulevard de la République à Angoulême, les pentes et le terre-plein central se sont couverts de ces grandes herbes, laissant libre court à leur croissance (verte !). Elles ont même été, courant avril, tachetées ça et là par de gentils coquelicots (mesdames).

Oui mais voilà : la nature, qui avait repris ses droits - comme on disait pendant cette "drôle de guerre" - est désormais sommée de rentrer dans l'ordre. Les jardiniers de la ville, dès potron-minet, ont cette semaine coupé net les instincts sauvages de cette flore sympathique mais un brin envahissante, à force. Comme le dit ma concierge : « quand c'est vert, tout le monde trouve ça beau, mais quand ça grille et que ça devient du foin... ». C'est comme au cinéma, il faut toujours que quelqu'un crie : « coupez ! ».

 

Drôle de guerre, série d'articles improvisés au gré des rencontres et choses vues, vécues pendant le confinement prend fin avec celui-ci. Peut-être une parution un jour prochain qui sait, si un éditeur daigne trouver ça intéressant et publiable. Par les temps qui courent (ou pas d'ailleurs) sait-on jamais...

(à lire aussi dans La Charentaise libérée, blog libre et indépendant d'un ex-journaliste qui ne l'est pas moins, série d'articles qui ne trouvent pas leur place ailleurs).

Angoulême : Herbes folles déconfinées (drôle de guerre, fin)
Lire la suite

Ainsi va la terre, pendant notre absence… (drôle de guerre – la photo du jour)

26 Mars 2020 , Rédigé par F.S Publié dans #l'évènement, #rural road trip, #drôle de guerre

- Comme un arbre dans la vie -

- Comme un arbre dans la vie -

Faut-il que la terre se débarrasse enfin de ses habitants pour revivre et apparaître aussi belle et désirable ? Cette ambiance de fin du monde, traversant des paysages printaniers d’une campagne renaissante, me rappelle le livre de Cormac McCarthy, La Route. Plus personne (ou presque) dans les rues ni sur les routes. Des humains aux abonnés absents. Des automobiles à l’arrêt près des maisons isolées. Des bruits atténués aux ambiances de cimetière. La faune et la flore en grande conversation. Les adeptes du grand effondrement, de la collapsologie et du survivalisme doivent se réjouir, s’ils osent encore mettre un pied dehors et dans les forêts pour tester leurs théories. Même eux on ne les entend plus. D’arbres isolés et champs de colza, de vallons en coteaux grattés par les agriculteurs – seule présence humaine dans la campagne encore davantage désertée que d’ordinaire – il a même fallu faire demi-tour pour saisir l’image du jour. Encore une que le virus n’aura pas…

Drôle de guerre.

Ainsi va la terre, pendant notre absence… (drôle de guerre – la photo du jour)
Lire la suite

Drôle de guerre (chronique de confinement #1)

18 Mars 2020 , Rédigé par F.S Publié dans #l'évènement, #drôle de guerre

Drôle de guerre (chronique de confinement #1)

Bon, chacun (ou presque) l’aura compris : nous sommes partis pour durer un sacré moment dans cette période où chacun est invité à rester chez lui, confiné comme on dit. Et ça n’est pas une mince affaire : d’ordinaire on cherche toujours du temps pour être chez soi à faire toute la liste des trucs qu’on se promet toujours de faire sans jamais pouvoir y parvenir, et maintenant qu’on offre à certains la possibilité de passer à l'acte, ça coince. Évidemment, je pense fortement à ceux qui doivent faire du « télétravail » avec leurs enfants en bas âge dans la maison – voire dans la même pièce – celui ou celle qui a décidé que c’était possible, c’est sûr, il n’a pas d’enfant !

Nous sommes en guerre donc. C’est le Président qui l’a dit. Ça fait bizarre quand même, d’entendre ça. Mes grands-parents, qui l’ont connue eux, la guerre, la vraie, parlait souvent de la « drôle de guerre », pour signifier ce que fut leur vie non seulement dans les mois qui ont précédé juin 1940, mais les quatre années qui s'en suivirent. J’ai toujours trouvé étrange cette expression, je ne savais pas si je devais en sourire ou en pleurer. Ils parlaient de cette période paradoxalement comme plutôt heureuse – ils étaient jeunes mariés – ils faisaient du « cyclotourisme » comme ils disaient, le système D fonctionnait à plein régime… bref, ils s’accommodaient, s’adaptaient. Ça n’empêchait pas la peur – comme celle qui les a saisis un jour de bombardement en 1944 où, me disait ma grand-mère, « on a tellement détalé que j’en ai perdu une chaussure », et à l’époque des tickets de rationnement le détail n’en était pas un…

Bon, dans tout ça, il nous faut essayer de garder le moral – à défaut du sourire, qui s’efface peu à peu des visages croisés à distance règlementaire – alors pour savoir comment faire quand on est « confiné », je suis allé demander à un spécialiste du confinement comment il faisait dans les jours ordinaires, c'est-à-dire sa vie "normale". Et vous savez quoi ? Il est muet comme une carpe ! Si on ne peut même plus compter sur les animaux pour nous sauver la mise alors…

Drôle de guerre !

Lire la suite

Un phare dans la nuit (drôle de guerre)

31 Mars 2020 , Rédigé par F.S Publié dans #l'évènement, #rural road trip, #drôle de guerre

Un phare dans la nuit (drôle de guerre)

Drôle de temps. Hier la neige, aujourd’hui le ciel bleu. Contraste saisissant dans ces paysages du nord-Charente à la beauté séculaire – dont n’aura raison aucune épidémie – qui n’ont de réelle rivalité qu’avec l’effondrement social du territoire. C’est en faisant nos tournées et « ramasses » de produits qui serviront à l’aide alimentaire aux personnes en grandes difficultés dans ce coin de Charente si paisible, au détour d’un virage, d’une minuscule départementale ou d’un chemin, qu'apparaissent parfois les phares dans la nuit. L’épaisse nuit économique et sociale d’un pays rural éprouvé. Lichères est de ceux-là. De ces phares auxquels on s’accroche pour garder l’espoir. Lichères et l’église saint-Denis, construite au XIIe siècle et peut-être - hypothèse de l’écrivain, journaliste et essayiste Jean-Claude Guillebaud - à l’origine réservée aux lépreux, ce qui expliquerait son isolement à l'écart du bourg. Une perle en plein champs, à peine troublée par l'immobile cimetière qui la borde, et des marronniers encore nus d’une fin mars qui n’en finit plus de mourir.

Un phare dans la nuit (drôle de guerre)

Un phare dans la nuit, étincelant de soleil et de colza - après la neige d’hier – tandis que la mort rôde dans les Ehpad, les hôpitaux, les maisons claquemurées où se confinent les habitants, reclus déjà si fortement éprouvés par l’isolement rural dans leur quotidien. Nulle part à l’horizon, rien ni personne. Seul un paysan griffe la terre et sillonne son champ ; son tracteur seul brise le silence. Un viticulteur solitaire attache des bois dans sa vigne, et ne parle à personne. Un jardinier remplit une brouette d’herbe fraîchement coupée. Il ne manque que Jean-François Millet pour immortaliser ces scènes, au pinceau, et l'on ne serait pas surpris que tout ce "monde" se fige à l'heure de l'angélus. Tout à coup au loin, là bas surplombant le colza, une biche esseulée, traversant la route sans même regarder si un danger métallique monté sur quatre roues rappliquerait. Elle s’est déjà habituée à notre absence. Il n’y a plus rien que la terre et les pierres médiévales, le souffle du vent et les éoliennes aux ailes de géants pour brasser l’air glacé de l’horizon. Pour rappeler qu’en cette aube d’avril le printemps est pour le moment comme le temps : suspendu.

Drôle de guerre.

Un phare dans la nuit (drôle de guerre)
Un phare dans la nuit (drôle de guerre)
Un phare dans la nuit (drôle de guerre)
Un phare dans la nuit (drôle de guerre)
Un phare dans la nuit (drôle de guerre)

Lire la suite

À Joinville-le-Pont, Pon ! Pon ! (drôle de guerre)

11 Avril 2020 , Rédigé par F.S Publié dans #l'évènement, #drôle de guerre

À Joinville-le-Pont, Pon ! Pon ! (drôle de guerre)

Pour conjurer le mauvais sort d’être confinés, les températures plus que printanières le permettant, les Français ont ouvert les fenêtres. Pour chercher l’évasion, sans doute. Pour gagner en surface et avoir ainsi l'impression d'être un peu dehors. S’échappent des maisons et appartements des bruits parfaitement distincts, les rues étant désertes, débarrassés du vacarme des moteurs. C’est à peine si l’on entend le pas plus ou moins pressés de quelques évadés provisoires, dument munis de leurs laisser-passer. Des bruits, et des odeurs de cuisine, de vieilles caves par endroit, de lilas et bientôt de muguet. Un long dimanche de 15 août depuis plus de trois semaines. Jusqu’à la fin de notre mort, toute notre vie, qui sait ? 

Elle a surgit au détour d’une rue, quartier Saint-Roch à Angoulême, pendant que nous faisions notre petite promenade quotidienne de taulard. La voix de Bourvil, chantant « À Joinville-le-Pont, Pont ! Pont ! Tous deux nous iront, Ron ! Ron ! Regarder guincher chez chez chez Gégène… ». Une voix et une musique qu'on aurait pu croire sorties d’un vieux phonographe, qui nous ramène pratiquement dans la France post Seconde Guerre mondiale. Cette France qui sentait bon l’encaustique des vieux escaliers de bois, les pivoines de la Fête-Dieu et les dentelles de nos grands-mères. Une France d’avant qui se pensait dans l’après-guerre, un peu comme nous quand on imagine le jour d’après (mais quand ?).

Une tête hirsute poivre et sel est sortie par la fenêtre du rez-de-chaussée – ça n’était donc pas Bourvil lui-même – cravaté et le pantalon de tergal gris tenu par des bretelles carmins. « Un ancien militaire », m’a dit la voisine qui, sur ces entrefaites, est arrivée en voiture et s’est garée devant sa fenêtre. « J’ai planté de l’ail » déclara l’homme à un autre, un peu en retrait dans l’appartement, dont on apercevait aussi le bordel organisé d’une table de cuisine prête à partir, chargée d’un fatras d’objets quotidiens jamais rangés et toujours sous la main.

Et la sono crachait « À Joinville-le-Pont, Pont ! Pont ! Tous deux nous iront, Ron ! Ron ! », nous éloignant le sourire aux coins des lèvres dans cette rue étroite d’une ville moyenne, d’un département moyen, dans la vaste région chère à une certaine Aliénor, en France métropolitaine confinée au milieu d’une Europe fermée dans un monde qui ne l’est pas moins.

Notre vie semble être entrée dans un entonnoir, faisant penser aux pavillons des phonographes qui crachotaient autrefois le répertoire populaire des bals musettes dans les guinguettes des bords de Marne. Une époque où les gens aimaient à se retrouver dans l’insouciance revenue, le temps d’une valse. Autant dire il y a une éternité…

Drôle de guerre.

À Joinville-le-Pont, Pon ! Pon ! (drôle de guerre)
À Joinville-le-Pont, Pon ! Pon ! (drôle de guerre)

Lire la suite

La meilleure amie du jardinier confiné (drôle de guerre)

19 Mars 2020 , Rédigé par F.S Publié dans #l'évènement, #drôle de guerre

La meilleure amie du jardinier confiné (drôle de guerre)

Alors d’abord je demande aux lecteurs qui n’auraient pas de jardin – même minuscule – de bien vouloir m’excuser. Être confiné dans une ville moyenne, avec un jardin (petit ou grand) n’est pas tout à fait la même chose que de s’entasser à quatre dans un 70 m² parisien ou d’une quelconque métropole, ou même seul dans un studio de 20m² avec vue sur l’asphalte en banlieue. Mais pour ceux qui ont encore ce maigre plaisir de pouvoir aller « au jardin », depuis hier ils auront remarqué que les villes et villages ne sont pas si « silencieux » qu’on veut bien le dire…
 

Car ça ronronne à tout va ! Si on entend presque plus les bagnoles, une autre a pris provisoirement le relais. La reine de ces deux premiers jours de confinement, c’est elle, que vous aviez abandonnée depuis l’automne dans un coin de la cave ou du garage ; celle dont il aura fallu des trésors d’ingéniosité et de sueur pour la faire démarrer (dans le cas d’une thermique), ou remettre la main sur l’enrouleur de la rallonge pour les électriques. « Chérie ? Tu l’as mis où l’enrouleur ? - Ben… chais pas, c’est toi qui l’a rangé à la fin des vacances de la Toussaint ! ». Vous l’aurez compris, je veux parler de la tondeuse.
 

Les premiers rayons du soleil printaniers – d’une insolente provocation après les quinze jours de pluie des vacances scolaires – ont fait pousser fissa l’herbe des jardins, qui en avaient déjà mis un coup mi-février lors du passage des grues, une « pelouse » tellement arrosée par endroit qu’elle n’était pas loin de nous chatouiller les aisselles… Il a suffit qu’un des habitants du quartier se saisisse de l’engin et de ses décibels (96 en moyenne), pour que tout le monde suive en chœur, dans une communion de folie jardinière. Certains ne se sont pas arrêtés-là et ce sont les taille-haies ou autres tronçonneuses qui ont joué leur partition, dans un joyeux boucan d’ordinaire un peu irritant il faut bien le reconnaître. Mais, dans le contexte actuel, ce bruit de voisinage nous rappelle avec délice que nous ne sommes pas seuls dans cette galère.
Car ces tondeuses qui déchirent depuis deux après-midi le silence pensant (pour les uns) ou bienfaisant (pour les autres) de la vie en ville, nous rappellent au besoin que si « l’enfer, c’est les autres », le paradis, finalement, aussi…

Drôle de guerre !

F.S.

Lire la suite

Le vent d’hiver souffle en avril (drôle de guerre)

17 Avril 2020 , Rédigé par F.S Publié dans #l'évènement, #drôle de guerre

Le vent d’hiver souffle en avril (drôle de guerre)

À chaque guerre ses morts. Il y a ceux, bien réels, qui s’inscrivent en lettres d’or sur les monuments de nos places. Il y a ceux, moins visibles mais tout aussi réels, des attentats. Il y a ceux, discrets, sur des plaques aux coins de certaines rues : « ici est tombé Pierre, Paul ou Jacques, FFI, en 1944, fusillé par les nazis ». On s’en aperçoit quand parfois fleurissent les chrysanthèmes au bas des murs gris de nos villes. Et il y a ceux du Covid-19. Cette « drôle de guerre » comme on dit, nous fauche en plein élan de renouveau printanier, dont on ignore l’issue et surtout quand. Beaucoup de morts anonymes, seuls ; et ceux, depuis quelques jours, qui donnent des visages connus à la pandémie. Il y a d’abord eu Patrick Devedjian fin mars, puis cette semaine l’écrivain Luis Sepùlveda et Christophe, ce matin au saut du lit. L’auteur du Vieux qui lisait des romans d’amour et celui des Mots bleus. Et merde.

C’est une part de notre jeunesse qui s’en va, tombée au front de l’épidémie. Le roman de Luis Sepùlveda – le premier, celui qui l’a révélé au monde littéraire – fut lu la dernière année lycée, sous les copies de cours qui nous rasaient, et fut une révélation. Le titre était déjà tout un programme. On l’avait dévoré. "Le ciel était une panse d'âne gonflée qui pendait très bas, menaçante, au dessus des têtes. Le vent tiède et poisseux balayait les feuilles éparses et secouait violemment les bananiers rachitiques qui ornaient la façade de la mairie. Les quelques habitants d'El Idilio, auxquels s'étaient joint une poignée d'aventuriers venus des environs, attendaient sur le quai leur tour pour s'asseoir dans le fauteuil mobile du dentiste, le docteur Rubincondo Loachamin, qui pratiquait une étrange anesthésie verbale pour atténuer les douleurs de ses clients".

Christophe, comme tous les artistes populaires, a accompagné notre vie depuis l’enfance, souvenirs mêlés des hit-parades écoutés ad libitum dans les autoradios des 504 familiales sur la route des vacances (toujours trop longues) ; mélodies entêtantes et sirupeuses réécoutées jusqu’à l’usure des 45 tours puis des « K7 » audio sur les premiers « walkman » qu’on appelait pas encore « baladeurs ». Ses chansons se lisent même avant de s’écouter.

« Dandy un peu maudit, un peu vieilli, dans ce luxe qui s'effondre ; te souviens-tu quand je chantais  dans les caves de Londres, un peu noyé dans la fumée, ce rock sophistiqué. Toutes les nuits tu restais là, peut-être un beau jour voudras-tu retrouver avec moi les paradis perdus ».

Ou encore : « J'avais dessiné, sur le sable, son doux visage, qui me souriait. Puis il a plu, sur cette plage, dans cet orage, elle a disparu »

Et encore : « Il est six heures au clocher de l'église, dans le square les fleurs poétisent, une fille va sortir de la mairie. Comme chaque soir je l'attends, elle me sourit. Il faudrait que je lui parle à tout prix. Je lui dirai les mots bleus, les mots qu'on dit avec les yeux, parler me semble ridicule, je m'élance et puis je recule devant une phrase inutile qui briserait l'instant fragile, d'une rencontre, d'une rencontre… »

Que sont ces morts au milieu du champ de bataille mondial qui est en train de se dérouler actuellement ? Pas grand-chose assurément. Mais par leur pouvoir d’évocation, de sensations, d’émotions partagées et retrouvées, en faisant un peu le ménage « des feuilles en vrac dans le bureau de nos mémoires » (sic), les mots de Sepùlveda et de Christophe apportent encore davantage de paradis perdus à nos illusions qui ne le sont pas moins. Et l’on se surprend à frissonner comme dans un vieux pull, dans ce si beau printemps où « le vent d’hiver souffle en avril ».

Drôle de guerre.

Lire la suite

Je t’écris cette lettre… (drôle de guerre)

21 Mars 2020 , Rédigé par F.S Publié dans #l'évènement, #Lettres à ..., #drôle de guerre

À ma fille
 

C’est le week-end. Demain, c’est dimanche. Nous aurions dû, normalement, nous voir et être ensemble. Mais cette maudite crise épidémique du Covid-19 coronavirus nous empêche, cette fois-ci, de nous retrouver. Vendredi soir, j’aurai dû – et j’aurai pu puisque pour l’instant rien ne nous en empêche  - prendre ma voiture et parcourir les 100 km qui me séparent du lieu de rendez-vous, avec ta maman qui elle aussi aurait fait la moitié du chemin. Nous serions rentrés heureux et joyeux de nos retrouvailles, comme à l’accoutumée. En temps normal, tu m’aurais demandé « qu’est-ce qu’on va faire ce week-end ? » et je t’aurais probablement répondu, vu la météo, « nous irons pêcher samedi après-midi ». J’aurais entendu ton exclamation de joie, car tu aimes beaucoup la pêche et moi aussi, ces après-midis au bord de l’eau, près du pont, à « taquiner le goujon ». Nous serions peut-être rentrés bredouilles, mais avec ta chance nous aurions sûrement accroché une ablette à notre hameçon, et vécu sans aucun doute quelques aventures, ou démêlé le fil de ta canne (ou la mienne !) pris dans des branches… J’aurais un peu pesté, mais pas trop : la pêche doit rester une école de patience, de mouvements comptés, et de silence.
 

Nous avons décidé de sursoir à ce week-end. L’inquiétude, face à cette crise sans précédent pour chacun d’entre nous, la peur te gagnent aussi, naturellement. Comme beaucoup d’enfants de ton âge, tu as parfaitement intégré que tu pouvais être porteuse de ce satané virus, ne pas en souffrir toi-même, mais le refiler à quelqu’un. C’est dur, à ton âge, de porter cette enclume au dessus du crâne. Quand j’avais ton âge, au début des années 80, c’était le péril d’une possible 3e guerre mondiale qui nous planait au dessus de la tête, et les images des journaux télévisés me hantaient parfois la nuit, où je voyais des manœuvres de chars soviétiques aux portes de l’Europe, des missiles braqués vers l’ouest – c’est-à-dire vers chez nous – des morts par centaines en Iran-Irak, Afghanistan, des coups de mentons et démonstrations de biceps entre les États-Unis et l’URSS, comme on disait à l’époque. J’avais peur, vraiment, mais finalement celle-ci restait à distance. Désormais elle est non seulement ici, mais son venin mortifère s’insinue dans nos veines, dans nos haleines, dans nos souffles de vie qui peuvent devenir pour les plus fragiles des souffles de mort.
Il conviendra, le moment venu, de réfléchir à tout cela, de « récapituler la situation » comme on dit, de philosopher sur tout ce que cela peut bien vouloir dire, et davantage encore ce que nous devrions changer ensuite dans nos comportements humains. Le moment n’est pas venu, nous vivons d’abord les évènements jour après jour. Demain ? On verra…

 

Aujourd’hui, tu me manques. Je m’inquiète pour toi même si je sais que tes conditions de vie sont bonnes et que maman fait tout ce qu’il faut pour toi. Je regrette d’être si loin pour ne pas pouvoir plus facilement faire l’échange, mais pour l’instant c’est probablement mieux ainsi. Pour éviter de m’effondrer, je songe que je pourrais être à la guerre, loin, au front, ou en opération, comme ces militaires de la caserne d’Infanterie de marine près de chez moi, dont j’entends parfois les chants des escadrons résonner jusqu’à ma rue, quand le vent les porte. Moi qui regrette parfois de ne pas avoir fait carrière chez les « paras », me voilà servi. Mais je suis comme tout le monde : confiné, cloué au sol, et je ne sais pas si je pourrais te voir le prochain week-end, ou s’il faudra attendre encore. Bien sûr d’autres vivent des séparations plus longues à la fois dans le temps et les kilomètres. Mais pour tenir, je me dis que je suis moi aussi au combat – puisqu’on nous parle de guerre - et que nous nous reverrons quand la paix sera revenue. Avec la liberté qui l’accompagne…
 

Hier je t’ai posté, comme chaque semaine, une lettre. J’ai appris le soir même que La Poste ne travaillerait pas samedi, ce qui retarde davantage le moment où tu la recevras. Cela m’attriste mais là aussi il faut faire preuve d’adaptation. J’imagine ta joie quand tu en découvriras son contenu. Si j’avais dû y mettre tout l’amour que j’ai pour toi, un colis de plusieurs centaines de kilos n’aurait pas suffit. Il faudrait un convoi exceptionnel pour te l’acheminer.
Je t’embrasse fort comme je t’aime, mais de loin, car ce satané virus nous attaque là où nous sommes à la fois les plus faibles, et les plus forts : l’amour et l’affection que nous avons les uns pour les autres, malgré tout.

 

Drôle de guerre. Putain de guerre !
A bientôt je l'espère.
Ton papa

Je t’écris cette lettre… (drôle de guerre)

Lire la suite

Printemps pourri, temps superbe (drôle de guerre)

23 Mars 2020 , Rédigé par F.S Publié dans #l'évènement, #rural road trip, #drôle de guerre

Printemps pourri, temps superbe (drôle de guerre)

Temps superbe, silence de mort et concert d’oiseaux. Par-delà les champs et les fossés, de jeunes hérons nous narguent de leurs becs pointus montés sur eschasses. La douceur du printemps fait naître les premières feuilles sur nos arbres : marronniers en bourgeons fraîchement éclos, buissons ardents, frémissement végétaux sortis des prés jaunis par les fleurs de pissenlits. Mon dieu que la campagne charentaise était belle aujourd’hui ! Comme le fleuve, jeune femme printanière déjà lascive qui retrouve peu à peu son lit après les pluies des dernières semaines d’un hiver dégoulinant. Cette veine paresseuse dans laquelle on aimerait tant se coucher, ce lit d’un printemps qui nous fait un bras d’honneur, un bras d’horreur. Nom de dieu que la terre nous fait payer cher nos errements, nos excès, nos erreurs. « Dieu nous assiste jusque dans nos folies. Et quand on lève le poing pour le maudire, c’est encore lui qui nous soutient le bras » écrivait Bernanos dans Sous le soleil de Satan. Mais nom de dieu que ne lui a-t-on fait depuis tant d’années pour mériter ça ? Fallait-il que nous soyons ivres d’accélérations épileptiques dans un monde devenu totalement fou au point que nous n’ayons pas vu venir le coup de frein si brutal ?

La camionnette blanche de l’épicerie solidaire du pays ruffecois fend l’air doux des routes qui serpentent, près de la Charente, entre Mouton et Verteuil, jusqu’à Barro, dans ces lieux où le fleuve, encore juvénile, prend son temps, benaise, serpente entre les champs, les saules, les peupliers, les lavoirs, les hameaux et les bourgs. On aimerait tant se rouler dans l’herbe parsemée de fleurs de pissenlit, de pâquerettes, sentir cette odeur d’herbe fraîchement coupée près des maisons de Barro qui se serrent les unes aux autres, car elles ont encore un peu froid le matin et cherchent à se rassurer entre elles. Tout le monde est frileusement derrière ses murs, ses portes, mais fenêtres ouvertes comme pour fuir ce confinement, cette retraite forcée dont chacun comprends bien qu’il s’agit maintenant d’une question de vie ou de mort. Mais de qui, de quoi, au juste ? Cette privation de liberté orchestrée par ceux-là mêmes qui, dans d’irresponsables décisions tranchèrent dans le vif d’une santé privatisée, nous ordonnent désormais de rester à la maison après nous avoir enjoint de nous mettre en marche.

Fenêtres ouvertes, masques sur le nez, la camionnette avance vers son destin dans une odeur de fleurs des champs et de gel hydroalcoolique : la mission de rejoindre ceux qui n’ont rien, ou si peu. Ils ont vu, à la télévision, le spectacle désolant de ceux qui stockent pâtes et papiers toilette – à croire qu’ils craignent que le virus s’attrape par leur derrière  - mais eux ne peuvent, faute de moyens, se ravitailler aux mêmes étales. Las ! La camionnette va vers eux, à défaut qu’ils aillent vers ceux qui les ont rejetés dans ces recoins sois disant perdus de Charente…

C’était, aujourd’hui, parmi les plus beaux coins de France à parcourir, et les tours du château de Verteuil en témoignent à travers les siècles ; il fallait pour cela prendre le risque de la solidarité. La seule liberté qui nous soit encore permise. Elle seule demeurera. Le reste – tout le reste – est déjà mort.

Drôle de guerre.

Lire la suite

si j'étais né en 17 à Leidenstadt

5 Mai 2008 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #voyage - voyage...

 

  Quand j’étais petit, et une partie de l’adolescence, mes grands-parents m’élevèrent – avec retenue mais efficacité – dans la méfiance de ce qui venait de l’autre côté du Rhin. Le danger venait toujours de l’Est. D’ailleurs, sur l’autoroute Paris – Strasbourg, il y a des péages tous les 50 kilomètres, pour freiner les ardeurs : si ce n'est pas une preuve ça ! On ne disait pas « les boches », non, mais parfois « les fritz », on évoquait bizarrement cette période de la Seconde Guerre, où les tickets de rationnement flirtaient avec topinambours et les rutabagas, la peur des bombardements avec les tranches de rires liées au cyclotourisme. Drôle de guerre.
Ensuite, au collège, lycée puis en faculté d’histoire, l’image de l’outre Rhin ne s’est pas améliorée dans la mémoire vive. Le programme de 3è puis de Terminale revisitait l’envahissement de la Pologne puis de la France, et après il y avait cette guerre étrange qu’on appelait « froide ». Pourtant, ça avait l’air chaud bouillant du côté de Checkpoint Charlie et au delà du rideau de fer…
Quand on voyait arriver un « correspondant » allemand en classe, il faisait mieux que tout le monde : il écrivait et parlait le français presque mieux que nous, nous pilait en sport, était premier en anglais, jouait trois instruments de musiques, nous piquait nos copines, alors que les correspondantes allemandes étaient loin de nos critères de beauté, en outre elles écoutaient des groupes de musiques étranges et se fringuaient comme des lapins à bretelles. Pour finir, le correspondant allemand devenait le chouchou des profs qui faisaient remarquer qu’ils travaillaient, « eux », pour mériter « ça ». J’en avait contracté une haine quasi féroce pour les « premiers de la classes », surtout si ils venaient d’ailleurs et que, par malchance, leurs cheveux étaient blonds. Je me disais que si ils étaient si bon que ça, alors pourquoi leur ancienne capitale était divisée en deux par des barbelés surveillés par des vopos armés, et que « ceux d’en face » (parfois des membres de la même famille) ne pouvaient pas en sortir puisque leurs conversations téléphoniques étaient espionnées à leur insue.
Et puis il y avait le foot, pour ne rien arranger : jeu qui se dispute entre deux équipes de onze joueurs et un ballon, et à la fin, c’est l’Allemagne qui gagne. Dussent-ils y mettre les poings et les genoux, comme à Séville en 82 (le 9 juillet exactement), où le s… de Schumacher avait défoncé Batiston, et où la défaire avait été aussi cuisante et chaude que les chopes de bières des deux Teutons attablés dans un bar du camping étaient fraîches.
Bref, l’Allemagne souffrait pour moi d’une image plutôt étrange, faite de mise à distance et d’admiration, d’agacement et d’envie, devant ceux qui étaient si forts (mais pas autant quand même puisqu’ils avaient laissé un mur séparer une ville durant 26 ans), et qui le sont encore. Soixante ans après une capitulation « sans conditions », vingt ans après la chute du mur de la honte, qui en a profité pour pousser ailleurs - est-ce le même ingénieur en béton armé? -  Berlin faisait tomber en quelques jours le mur des images ridicules et gentiment véhiculées par mes ancêtres. Comme quoi, la transmission des savoirs… Il suffisait, c’était si simple, d’aller voir de l’autre côté du mur.
Garçon ! tant que vous y êtes, remettez-moi une bière blanche berlinoise s’il vous plaît !


 

 





Lire la suite
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 > >>