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Le jour. D'après fred sabourin

Elysez-moi...

1 Février 2012 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #l'évènement

 

 

SAB 1380 R

                                                     

 

 

 

Un vieux couple. Je t’aime moi non plus. Ne me quitte pas. Johnny fais-moi mal.

 

Quatre chansons françaises pour résumer le one man show du petit Nicolas face à la presse, le dernier jour du mois de janvier 2012. La question était : y aller ou pas ? Pour l’auteur de ces lignes, comme pour le résident de l’Elysée. Ce dernier, crispé, l’a dit en ouverture de cet inattendu rendez-vous avec la presse enchaînée. Pour ma part, j’avais tranché : si le bonhomme me sort par les yeux, le nez, les oreilles et les pores de la peau, un coquetel à l’Elysée, je ne pouvais pas rater ça. J’y suis allé, j’ai vu, et j’en suis revenu (difficilement, mais ça c’est pour la fin).

 

Le prince a soufflé le chaud et le froid, comparé ses relations avec la presse avec celles d’un vieux couple, envoyé des piques (mais pas de crocs) à ceux qui l’ont d’abord adoré, puis lâché, puis lynché. Il a eu aussi de l’humour – politesse du désespoir ? – notamment : « Quand on met des sentiments dans des rapports professionnels comme nous avons, on se trompe. Quand on y met du professionnalisme, on s’apaise. On découvre que la seule façon de progresser, c’est d’être critiqué. Et là, franchement, merci. » Ben y a pas de quoi coco, sauf que finalement tu restes en dessous des progrès attendus au vu de la critique.

 

Nous sommes en sommes un vieux couple
 

Quelqu’un m’aurait dit ça avant de venir, je n’aurais pas osé le croire. Même avec Carla, je n’aurais pas osé l’imaginer (pas mon genre). « Je ne détecte dans notre couple aucun des stigmates annonciateurs d’un divorce. Vous les connaissez : d’abord la lassitude. Franchement, je ne détecte pas de lassitude. Ensuite votre exigence. Je vous remercie. Avec moi, vous ne renoncez pas. » Même s’il sent que l’herbe commence à être plus verte ailleurs : « Je voix bien vos tentatives pour me remplacer, pour essayer autre chose, pour espérer ailleurs. Jusqu’à présent vous êtes toujours revenus. » Allons-nous recevoir un texto du même type que celui de Cécilia fin 2007 ? « Si tu reviens, j’annule tout. »

 

Humiliation ?
 

Comme les trois cents cartes de presse présentes n’avaient droit ni à la parole, ni aux photos avec leurs outils de travail habituels – signe d’un pays libre où la presse est libre : pour preuve la présence au premier rang de Serge Dassault et Etienne Mougeotte - le monologue ironique a parfois tourné au cynisme. A l’humiliation aigre-douce aussi, du genre : « ne me quittez pas, sans moi vous allez vous emmerder, » et « je vous tiens par les cou… vous qui léchez mes bottes. » Citons l’œuvre du petit écolier : « Je ne le dirai pas car ça a un côté humiliant, (mais le dit quand même) l’Etat a donné « 580 millions d’euros d’aides supplémentaires, » (pour la presse écrite, NDLR). « La France est un pays où la presse est tellement libre qu’elle n’est pas obligée d’être impartiale. Imaginez un monde où la presse ne se tromperait pas, où ses pronostics ne seraient pas déjoués… » On imagine mal, en effet.

 

Tout flatteur…
 

On connaît la suite. Et voici la fin : l’omni président flatte son auditoire. « Vous faites un beau métier, un métier irremplaçable. » « Vous êtes chanceux. » « Vos familles doivent souffrir parfois. Mais à la différence de moi, on n’en parle pas. » « Je crois qu’on est à l’aube d’une nouvelle reconnaissance du métier de journaliste. » Et de président ?
 

En cinq ans, il n’aura donné que quatre conférences de presse, dont une mémorable, en janvier 2008, devant six cents journalistes. La seule réelle, avec des vrais morceaux de questions dedans. Il s’y était lâché : « Carla et moi, c’est du sérieux. » Comme le dit une consœur : « Voilà au moins une promesse tenue. »

 

 

 

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                                              - T'es tout flou ! -

 


*****************************

 


L’ambiance.

 

  

Pour le petit journaliste local et provincial que je suis, ce genre de rendez-vous tient à la fois du calvaire et du rêve de princesse. Le calvaire de sentir, très vite, que le temps serait trop court pour goûter à tous les ors du Palais du monarque, des têtes croisées, et des petits fours à tuer sa mère disposés sur le buffet de vingt-cinq mètres de long, en forme de L. Ce qui, stratégiquement, m’a permis de l’attaquer sur plusieurs angles, sans que cela ne se voit (trop). Et de rapporter une « prise de guerre, » au péril de ma vie.  
 

 

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                                         - Prise de guerre -

 


Quatre coupes de champagne Taittinger plus tard, la griserie du pouvoir – déjà ! – me rendit étourdi au point d’oublier d’aller visiter les gogues de l’Elysée. Dommage, pisser là doit revêtir un plaisir particulier (chacun y mettra ce qu’il veut).
Alzheimer, c’est aussi ce que je me suis dit en voyant les vieux sortis de leurs maisons mais pas de retraite, comme Duhamel ou Elkabbach par exemple.
Aussi peu surprenant que cela puisse paraître, l’adage qui aime bien châtie bien fonctionne encore, puisqu’au sortir des vœux eux-mêmes, une cour se pressa autour du petit Nicolas, pour obtenir un commentaire. Je pensais à ce moment-là à la tirade des « non, merci » de Cyrano.
 

Comme j’essayais de le viser avec mon téléphone à bout de bras, un quidam à côté de moi – et qui essayait de faire de même – me glisse « qu’il faudrait qu’untel se pousse pour qu’on puisse faire une photo. » Je lui dis qu’il faudrait surtout que Chirac revienne, c’était du bonheur pour les photographes vu sa taille.

 

 

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                                            - Mêlée à dix mètres des poteaux -

 

 

Comme Cendrillon, notre carrosse de fer et d’électricité nucléaire nous attendait à la gare d’Austerlitz, il fallu déjà récupérer son manteau au vestiaire, descendre le perron non sans avoir fait une ultime photo souvenir (quitte à passer pour un bouseux, autant boire le calice jusqu’à la lie). Satisfait d’avoir pu dire à Hubert Huertas, de France Cul, tout le bien qu’on pense de lui. Arrivés à la dite gare dans le dit train, nous apprenons qu’à la suite d’une panne de motrice, etc. etc. Les quinze minutes de retard annoncées se sont transformées en cinquante-cinq. Et après ça, on voudrait que les journalistes parlent des trains qui arrivent à l’heure !
 

Dans le wagon où je pris place, un peu sonné par le froid et surtout par l’auto-célébration à laquelle je venais d’assister, trois Africains originaires de Côte d’Ivoire devisaient sur les malheurs de la Esse Haine C’est Effe. Puis – allez savoir pourquoi et comment ? – la discussion dérape sur… Sarkozy ! Après plusieurs costumes taillés sur mesure au sujet de ses mesures prises tout au long de son quinquennat jusqu’à dimanche dernier, l’un d’eux – le plus âgé – a eu cette fulgurance : « Faut vraiment être cons pour avoir voté pour un gars pareil ! »
 

Je laisse à ce vieil Africain, dont on dit qu’ils sont des bibliothèques, le mot de la fin.

 

 

 

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                                                             - My cottage -

 

 

 

 

(c) F.S. 31 janvier 2012. Toute ressemblance avec des personnes existantes ou ayant existés est tout sauf une coïncidence.

 

Un autre regard intéressant sur les coulisses de l'exploit : Sylvain Lapoix   http://owni.fr/2012/02/01/presse-elysee-sarkozy-voeux/ , sur le site www.owni.fr  

 

 

 

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jean delange 06/02/2012 11:48


je me suis piégé tout seul (un mauvais clic et tout disparait !) je disais que nous nous étions rencontré samedi soir sur une plage d'Omaha... enfin au chaud ! Nous n'avons pas eu le temps de
discuter sur tous ces événements. Dommage car nous étions entourés d'élus locaux. Il aurait été intéressant de les faire s'exprimer sur la misère qui nous entoure et les extêmes qui rappliquent
au galop comme des chiens enragés.


Au plaisir de se rencontrer à nouveau.


jean delange

Culnezgondesupertarte 04/02/2012 11:56


ahahah. En te lisant, je trouve ça un peu pessimiste pour la presse française. Tout le monde y'est allé, pour voir...éventuellement manger un peu...et éventuellement tirer une fourchette. Vous
avez vu, mais vous êtes un peu vaincu. Peut-être aurait-il mieux fallu s'abstenir, non? 


 

David 01/02/2012 18:00


en entendant les parallèles avec la vie de couple, je pensais à un bouquin, une BD "à la folie" qui parlait des relations de couple d'une femme... battue. je t'aime, je le referai plus. reste.
manipulation d'une relation dangereuse que le maltraitant ne veut pas voir disparaitre...


tu veux le numéro de téléphone?