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Le jour, d'après...
Fred Sabourin

Carnets, photos, récits, poèmes, voyages
critiques cinéma, coups de torchons,
éditos, culture, soliloques en tous genres...
"Fais de l'obstacle la matière
même de ton action"
(Marc Aurèle)

Adieu Jean. T’es parti définitivement, à la croisée d’un chemin d’Ardèche, entre deux
châtaigniers, sur la route qui mène de Vals-les-Bains à Antraigues. La montagne sera moins belle sans toi, Aragon restera dans nos cœurs avec Elsa, et il faudrait passer en boucle « la femme
est l’avenir de l’homme » à tous ceux qui, aujourd’hui encore, l’oublient. Partir la veille d’une élection ! Tu donnerais presque envie de voter Front de Gauche, le poing levé vers le
ciel qui t’as enlevé à nous.
Je me souviens de mon cours passage en Ardèche, l’hiver 2007-2008, lors du premier week-end de solitude ardéchoise : en allant aux sources de la Loire, au Gerbier de Jonc, je me suis arrêté
à Antraigues. Il fallait voir ce village au début de l’hiver ! Autour de lui, la montagne – la chanson passait en boucle dans ma tête – et cette petite place, au centre et au sommet
d’Antraigues. La petite auberge dont j’ai poussé la porte, et le silence qui se fit à l’intérieur à ce moment-là : même les cartes ne s’abattaient plus sur le tapis. « Un
étranger ! ». C’est l’impression que tu as du avoir, au début des années 60, lorsque tu débarquais de la région parisienne. L’Ardèche ne se révèle et n’accueille qu’après bien des
années d’apprivoisement. Terre rude, comme tes combats, tes coups de gueule, ton exigence de parolier. Terre dure comme les murettes, les châtaigniers, la burle qui souffle du nord et glace
l’intérieur des os, le soleil brûlant d’été, tout de gorges déployées quand l’Ardèche se fait sud, méandres, chênes verts...
Adieu, Jean, comment peut-on s’imaginer, en voyant un vol d’hirondelle, que l’hiver vient d’arriver ?



