Jeudi 28 février 2008
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à l’école du vent…
Pour se rendre à l’école du vent, à Saint-Clément, à 1100 mètres d’altitude aux limites de l’Ardèche et de la Haute-Loire, il faut d’abord
prendre le chemin de l’école buissonnière. Faire ses lacets, et conduire une heure et demi sur des routes aux tracés sinueux. Traverser des villages, puis des hameaux, abandonner des maisons
isolées. Suivre la route départementale, puis communale, puis un chemin. Tourner encore, et encore, et encore. Stopper la voiture sur le bas-côté, il n’y a pas
de parking.
Là , à Saint-Clément, Monsieur le maire, quatre-vingt printemps, dont trente-quatre de mandature municipale, annonce fièrement qu’il n’a pas encore commencé sa campagne. Il
sera réélu, c’est sûr. Mais il ne le dit pas. Triomphe modeste d’un édile pas comme les autres. A la tête de sa communauté de cent neuf clémentois et clémentoises, il a fondé « l’école du
vent ». Une maison à thème, sur le vent. Dans le vent ! Plateau des montagnes ardéchoises battues par le souffle d’Eole, ici on dit qu’il ne vente pas que deux jours par mois. Pas de
chance, aujourd’hui en était un. Il faisait doux, mais l’herbe grillée sur les flancs des montagnes témoignent de la présence récente de la neige. Ici, on ne plaisante pas avec les
éléments.
A la découverte du vent, de son histoire, de ses légendes, des hommes qui ont beaucoup tenté pour le domestiquer, jusqu’à s’installer face à lui pour décoller. Oiseaux,
ailes, plumes, maquettes, histoire de l’aviation, forces nécessaires pour voler, rose des vents, manche à air… Tout un fourbi sur le thème du vent, préparé de manière à envoûter le visiteur venu
se perdre « au bout du monde ». A l’évocation de cette expression, le maire, et la directrice de « l’école du vent » sourient. C’est en réalité le bout de mon monde.
Celui que je connais. Celui qui me semble loin, là , sur ce bout de terre plus vraiment ardéchoise, pas vraiment auvergnate, et portant l’identité des deux. Toitures de lauzes, doubles
vitres, murs épais, cheminées fumantes : derniers témoignages de la présence des hommes sur cette terre rude.
En rentrant de « l’école du vent », reportage en bandoulière et sons dans la boîte, prendre de nouveau le chemin des écoliers. Mais par l’autre côté, la route
« du Gerbier ». « Elle est si belle », me glisse une bénévole de l’école. Ici, point de mauvais élèves, ni de profs notés, ou poignardés. Rien que du vent. Je
prends donc la route « du Gerbier », qui passe d’abord sous le « Mézenc », plus haut sommet de l’Ardèche (1753 mètres, et quelques roches basaltiques). Témoignages des volcans
défunts : les « sucs » pointent encore droits vers le ciel bas, qui déjà prépare la nuit froide. Routes à lacets. Maisons isolées, cheminées fumantes, hameaux, auberges paumées
mais éclairées : le voyageur qui s’y arrête peut lutter contre la soif avec un kir à la crème de châtaigne… Gare aux virages !
Et puis, enfin, le Gerbier. Le Gerbier de Jonc, 1417 mètres. Vous vous souvenez ? « Le plus beau ruisseau du royaume », selon nostre bon roy
François Ier, prend sa source ici. En 1938, on demandait à un élève du certificat d’études : « où la Loire prend-t-elle sa source ? » - « dans la grange de
mon grand-père », répondit-il fièrement. Il n’avait pas tort. La Loire a plusieurs sources, dont une qui coule doucement dans un abreuvoir à vaches, dans une… grange. Mais le cadastre
en indique une autre, à l’air libre. En plein vent. Entre les buissons. Sous la neige et les entrelacs de roches volcaniques.
Alors j’arrête la voiture, dans laquelle Vivaldi violonnait Nisi dominus. Et je réalise le rêve de l’écolier au seul endroit du monde où cela est encore
possible : enjamber la Loire.
De
l’école du vent, tout doucement, je redescend.
De
l’école buissonnière, ce soir en fermant mes paupières,
Je
repenserai dans le noir, que j’ai enjambé la Loire.
Par Fred Sabourin
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Publié dans : montagne
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