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Le jour. D'après fred sabourin

Oh ! Quelle surprise !

23 Avril 2012 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #édito

 

 

SAB 3151 R

 

 


Posons les données du problème : si, comme le disait le Charles de Gaulle, « les Français sont des veaux, » il est très probable que les élites politiques du pays soient aujourd’hui des bœufs. Feindre la surprise en découvrant le score à près de 20% de Marine Le Pen au premier tour de l’élection présidentielle ne revient pas à faire une faute de goût, mais d’un déni grave d’une réalité qui dérange. Encore une fois, observateurs politiques, sondeurs et élus de tous bords nous rejouent la comédie sur l’air du : « Oh ! Quelle (mauvaise) surprise ! Le Front National est plus haut que prévu ! Diantre ! »
A ce niveau-là de cécité, c’est à se demander si on ne devrait pas confier toutes les analyses pré-électorales, toutes les observations et commentaires à des enfants, qui eux sont généralement plus clairvoyants sur la présence réelle ou supposée du loup embusqué dans la forêt.


Prendre des vessies pour des lanternes


En 2007, l’illusionniste s’appelait Nicolas Sarkozy. Aidé par une équipe de campagne renforcée sur son aile droite (Patrick Buisson, ex directeur du journal Minute), l’épouvantail s’appelait ministère de l’immigration et de l’identité nationale. Et l’outil : le Kärcher. Avec ça, le candidat UMP avait siphonné une grande partie de l’électorat frontiste, qui, s’apercevant rapidement de la supercherie, a de nouveau et très vite préféré l’original à la copie. Retour au bercail. Entre temps, un borgne cédait la place à une blonde pas si blonde que ça, accompagné d’une épuration des éléments du parti les plus gênants, afin de rendre la bru présentable.
En 2012, l’épouvantail a été sorti des placards oubliés d’un PCF qu’on croyait définitivement mort et enterré. Rien de plus simple en réalité que de repeindre en rouge vif des drapeaux devenus avec le temps rouge pâle, voire rose tout court. Pour ce faire, mettre sous la lumière un orateur comme la France les affectionne : sorti quasiment de nulle part (qui se souvenait de Jean-Luc Mélanchon il y a seulement un trimestre ?), brillant et beau parleur, un peu de Jaurès, un peu de Victor Hugo, et la gouaille anti-système bien affûtée avec juste ce qu’il faut de hargne contre « les journalistes ». La botte secrète : des meetings géants à l’heure de l’apéro dans les centres-villes, rassemblant les ex bo-bo désabusés et revenus de tout, surtout de la politique. C’était nouveau, ni Sarko, ni PS, ni écolo, bref, de quoi s’encanailler un peu entre deux gorgées de Tariquet place du Capitole à Toulouse, village martyr.

 

Pendant ce temps-là, à la caserne…
 

 

Jean-Luc Mélanchon, à la campagne passait pour l’inconnu au bataillon. Nous parlons de la vraie campagne, celle des services publics rares, des Postes et des écoles fermées, des médecins à la retraite et pas remplacés, des transports en commun épisodiques, des chômeurs et des familles monoparentales repoussées là car n’ayant plus les moyens de vivre même en périphérie de villes. Dans les zones rurales, comme dans les quartiers dits sensibles et même résidentiels de nos bonnes villes moyennes, il y avait pourtant un portrait qu’on voyait collé ça et là depuis dix-huit mois : celui de « Marine », la candidate anti-système, la rénovatrice du Front. Celle qui a réussi à voir ceux que tous n’ont pas vus alors qu’ils en parlaient tout le temps : « les invisibles ». Une des seules candidates à proposer un projet. Certes un projet de retour en arrière, mais un projet audible pour des millions de personnes laissés pour compte, notamment par ceux qui originellement en faisaient le fond de commerce : le PS et la droite dite sociale. Les thématiques de Marine - retour au franc, méfiance absolue de l’Europe, préférence nationale, réintroduction des services publics dans une France rurale abandonnée - ont trouvé une oreille et un bulletin de vote chez les « invisibles ». Pire : les paysans, originellement plutôt à droite, sont devenus… d’extrême droite. Sans se douter, pour tous ces électeurs frontistes, que l’écart entre le discours dit « social » de Marine Le Pen et la réalité du programme ferait d’eux les premières victimes. C’est toute la pédagogie que les deux candidats qui vont s’affronter dans les jours qui viennent vont devoir faire entendre. Pour certains, il sera sans doute plus facile de faire passer un éléphant par le chat d’une aiguille…

 

 

Alors nous rejouer, une fois encore, le coup de la surprise Front National, non, là, vraiment, ça mérite le piquet et le bonnet d’âne pour tous les observateurs, sondeurs, élus, candidats, tout ce café du commerce qui ne perçoit toujours pas le piétinement sourd des oubliés en masse. Trop occupés qu’ils sont à ruminer en regardant passer les trains. Il se pourrait que ces bovins-là finissent, malgré eux, à l’abattoir.

 

 

 

SAB 3163 R

 

 

(c) Fred Sabourin. 22 avril 2012. Bureau de vote 302, Blois III (Ouest).

 

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