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Le jour. D'après fred sabourin

Grandir, une philosophie

20 Août 2016 , Rédigé par F.S Publié dans #Lettres à ...

Et de deux ! La deuxième dent est tombée en même temps que le pain-beurre-confiture de myrtilles, dimanche matin à quelques encablures de la rentrée des classes. Une souris doit être en train de compter ses sous, pour qu’ils changent de poche…

Tu étais si fière de ta deuxième dent, qui a bougé tout l’été, voilà qu’à quelques mètres de l’automne, alors que les marronniers des cours d’école, de nos villes et de nos places tombent leurs fruits mûrs en attendant les feuilles qui roussissent déjà elles aussi.

Mais le changement de dentition n’empêche pas les questions philosophiques. Après « les oiseaux qui se posent sur les antennes, tu crois qu’ils regardent la télé ? » (pragmatique, la môme) la deuxième dent nous fait entrer dans la pensée profonde des questions existentielles, digne des grecs qui, assis sur du marbre frais, pensaient fort bien dans leur cerveau surchauffé. Alors que je disais, comme ça, un peu benoîtement : « c’est que tu grandis, ma chère… », tu m’as répondu : « oui, mais je ne sais pas bien pourquoi… »

En voilà une bonne remarque ! Pourquoi grandir, pourquoi grandit-on ? Fatalité, diront les uns. Consommation de soupe, dirons les anciens, qui ont tout fait pour nous faire avaler des litres de ce breuvage pas toujours à la hauteur de la préparation. Parce que c’est comme ça, diront les cervelles usées – parfois prématurément – par l’absence de poésie et de lyrisme.

Le poète mystique allemand du XVIIe siècle Angelus Silesius écrivait déjà : « la rose est sans pourquoi, elle fleurit parce qu’elle fleurit. N’a souci d’elle-même, ne cherche pas si on la voit ». Le philosophe, allemand lui aussi (décidément !), Martin Heidegger a commenté ce célèbre vers, précisant que si la rose était « sans pourquoi », elle n’était pas pour autant « sans raison ».

Raison raisonnable et raisonnante : voilà bien un beau début, du haut de tes cinq ans, de philosophe en herbe. J’en connais à qui ça ne plaira pas, mais bien d’autres à qui ça plaira.

Continue de réfléchir, petite apprentie philosophe. Pose-toi les bonnes questions. Pas sûr que tu aies les réponses tout de suite, mais il n’est jamais trop tôt ni trop tard pour essayer.

 

Grandir, une philosophie

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