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Le jour. D'après fred sabourin

Marcel Gauchet, au-delà de la polémique ?

16 Octobre 2014 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #Presse book

 

SAB 1276 R

                                                 - Marcel Gauchet fait sa prière ?  -


La conférence inaugurale du philosophe et historien Marcel Gauchet s’est tenue dans un climat tendu lié à la fondre d’un groupe de jeunes historiens lui reprochant d’être plus réactionnaire que rebelle.
 

 

« Les organisateurs ne se doutait sans doute pas qu’en choisissant le thème des rebelles, ils tapaient dans le mille », a lancé Marcel Gauchet vendredi 10 octobre en soirée, lors de la conférence inaugurale des 17e Rendez-vous de l’Histoire. « Je n’ai aucune prétention sur la marque, et j’ambitionne d’être plus rebelle qu’eux ». Eux ? Deux intellectuels (1) qui, en plein cœur de l’été, apprenant que le philosophe et historien Marcel Gauchet viendrait ouvrir les Rendez-vous, ont lancé contre lui une véritable fronde, créant la polémique, s’indignant que le rédacteur en chef de la revue Le Débat qu’ils qualifient de « militant de la réaction » prenne la parole sur un tel thème. Un groupe d’historiens a remis le couvert dans l’édition du Monde du 10 octobre (2). Au point que les organisateurs avaient prévu un service d’ordre plutôt baraqué pour que la conférence se tienne dans de bonnes conditions.
 

 

« Nous subissons l’histoire »
 

 

« Sommes-nous là pour célébrer la rébellion ou pour mieux la connaître ? » a-t-il lancé en introduction. « Le monde est plein de rebelles depuis longtemps. Qui sont les vrais rebelles ? » s’est-il interrogé. Marcel Gauchet reconnaît que « l’individu contemporain est déterminé à devenir rebelle, la rébellion est en quelque sorte devenue la norme. » Le conformisme fait aujourd’hui horreur à beaucoup de monde : patrons insoumis, intellectuels subversifs, éditorialistes prêcheurs contre la bien-pensance. Or, pour Marcel Gauchet, « quand tout le monde est non-conformiste, le non-conformisme est le conformisme ».
 

 

Depuis l’émergence de la conscience historique, au XVIIIe siècle, et avec la figure de la Révolution qui dessinait une apothéose de l’histoire, il s’est passé beaucoup de temps et aujourd’hui émerge une révolution silencieuse, « une révolution qu’on attendait pas, invisible, sans acteurs pour la porter. Elle nous a fait changer de monde à tous les plans, » explique Marcel Gauchet. Cette révolution est technologique, industrielle et culturelle, elle a « pulvérisé les classes et les masses. Elle a rendu la révolution impensable comme projet. Plus rien sur quoi s’appuyer. Nous subissons l’histoire dans laquelle nous sommes jetés. In ne reste plus qu’un chaos aux interactions obscures dont on ne sait pas quel futur émerge. Il ne reste que le présent. » C’est ce qu’il nomme le « présentisme contemporain »,« le rôle de l’historien se trouve déstabilisé. Il ne reste guère que des gardiens du patrimoine et préposés aux commémorations ». Pour Marcel Gauchet, c’est là que surgit le rebelle.
 

 

La fin de l’histoire, ou sa disparition ?
 

 

« C’est là que surgit l’opposant radical au cours des choses subies. » Mais, selon lui, « aucun projet d’avenir ni collectif. Avec le rebelle, toute ambition transformatrice a disparue. Il ne nous reste que le refus subjectif vis-à-vis d’un ordre et d’une dynamique contre lequel nous sommes impuissants ». Et d’ajouter que le rebelle est passé de la droite (quand le rebelle faisait face à l’émergence d’un peuple de gauche) à la gauche du paysage politique (quand le rebelle s’oppose au effets néfastes d’un capitalisme débridé).
 

 

En conclusion de cette magistrale conférence, Marcel Gauchet ne peut que constater que « le conformisme est devenu impossible à supporter pour beaucoup de rebelles, et pourtant le monde n’est peuplé que de réfractaires à son ordre, et son ordre s’impose sans coups férir ! » Paradoxe schizophrénique du monde d’aujourd’hui. Est-ce pour autant la fin de l’Histoire comme le disent certains ? « Non, il ne s’agit que de la disparition de l’Histoire. Il faut traverser le mur des apparences – il est épais – pour retrouver le sens de l’Histoire. Avec un projet collectif. »

 

 

(1)    L'écrivain Édouard Louis et le philosophe Geoffroy de Lagasnerie.
(2)    Contre le coup de force de Marcel Gauchet. Un collectif de huit historiens, dont Ludivine Bantigny, maître de conférence à l’université de Rouen qui a démissionnée du comité scientifique des Rendez-vous de l’Histoire. Pages Débat du Monde du 10 octobre.

 

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