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Le jour. D'après fred sabourin

tranches de vie, tronche de cake (part five)

18 Juin 2007 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #l'évènement

                                                                 l’air de rien



      Le plaisir des mots sort parfois des simples livres qu’on achète et tient contre soi comme une couvée de poussins, dans la file d’attente d’une librairie. A  « l’Armitière », sorte d’équivalent rouennais du bordelais « Mollat », je commence à lire « Un homme à la mer » d’Olivier Frébourg (né à Dieppe en 1965, ce n’est pas moi qui l’invente mais la quatrième de couverture). Devant moi, deux hommes bavardent, assez fort pour que tout le monde profite du conciliabule. Le plus « vieux » (environ 45 ans) dit à l’autre : « et toi, qu’est-ce que tu deviens ? » (signe évident qu’il avait jusqu’ici beaucoup parlé de lui). L’autre (plus « jeune », environ 35-40 ans, avec un enfant dans les bras qui poussaient jusqu’alors des cris de veau qu’on égorge) : « ben… pas grand chose… On continue… J’attends d’voir… On essaie, quoi ».
Ben, pas grand chose. On continue. On essaie, quoi. On pourrait ajouter : « ben ouais, c’est comme ça, faut pas chercher ». Une sorte de « à quoi bonisme » bien dans l’air du temps désenchanté. C’est sans doute ça, la nouvelle France en soit disant rupture avec l’ancienne : une sorte de résolution à tenir coûte que coûte, résigné, frileux, sans avis. Je sais la futilité du badinage de ces conversations de concierges (pardon pour elles !), nous en avons tous eu, nous en avons encore, et nous en aurons toujours. Mais cet air du temps, air de rien, aire de jeu de « l’homo urbanicius » qui laisse traîner ses yeux et ses oreilles quand d’autres s’enfoncent des écouteurs d’i-pod dans les cages à miel, tout ceci a quelque chose de rafraîchissant dans la vie d’aujourd’hui. La plèbe n’est pas morte, elle ne fait que sommeiller, parfois… L’air de rien.



 

 

(PS : merci aux dynamiques et curieux élèves de 6èB du collège "JB" de la Salle, pour leur participation à l'ébauche de cette petite chronique... Bon vent ! )

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