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Le jour. D'après fred sabourin

O vous tous, mes amis, nous ferons mieux encore...

13 Novembre 2020 , Rédigé par F.S Publié dans #littérature, #l'évènement

- Charente, 11 novembre 2020 -

- Charente, 11 novembre 2020 -

« J’ai retraversé le groupe des soldats, qui continuaient à se pousser pour lire. J’ai regardé, en passant auprès d’eux, ceux qui se trouvaient sur ma route : ils avaient tous des visages terreux, aux joues creuses envahies de barbe ; leurs capotes gardaient les traces de la poussière des routes, de la boue des champs, de l’eau du ciel ; le cuir de leurs chaussures et de leurs guêtres avait pris à la longue une couleur sombre et terne ; des reprises grossières marquaient leurs vêtements aux genoux et aux coudes ; et de leurs manches râpées sortaient leurs mains durcies et sales. La plupart semblaient las infiniment, et misérables.

Pourtant, c’étaient eux qui venaient de se battre avec une énergie plus qu’humaine, eux qui s’étaient montrés plus forts que les balles et les baïonnettes allemandes ; c’étaient eux les vainqueurs ! Et j’aurais voulu dire à chacun l’élan de chaude affection qui me poussait vers tous, soldats qui méritaient maintenant l’admiration et le respect du monde, pour s’être sacrifiés sans crier leur sacrifice, sans comprendre même la grandeur de leur héroïsme.

Demain, peut-être, il faudra reprendre le sac, les lourdes cartouchières qui meurtrissent les épaules, marcher des heures malgré les pieds qui enflent et brûlent, coucher au travers des fossés pleins d’eau, manger au hasard des ravitaillements, avoir faim quelques fois, avoir soif, avoir froid. Ils partiront, et parmi eux ne s’en trouvera pas un pour se plaindre et maudire notre vie. Et quand viendra l’heure de se battre encore, ils auront le même geste vif pour épauler leur fusil, la même souplesse pour bondir entre deux rafales de mitraille, la même ténacité pour briser les assauts de l’ennemi. Car en eux vit une force d’âme qui ne faiblira point, que la certitude de la victoire va grandir au contraire, et qui toujours aura raison de la fatigue des corps. O vous tous, mes amis, nous ferons mieux encore, n’est-ce pas, que ce que nous avons fait ?

Mais des cris s’élèvent à la sortie du village. Des hommes grimpent à toutes jambes vers le sommet du plateau. Il y a là-haut une forte troupe massée, un demi-bataillon peut-être. Les capotes bleues et les pantalons rouges se détachent en teintes vives ; les plats de campement, les bouthéons, les gamelles brillent malgré la lumière pauvre. Tout cela est propre, astiqué, battant neuf. Ce sont les renforts qui viennent d’arriver ».

Maurice Genevoix, Ceux de 14. Sous Verdun.

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