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Le jour. D'après fred sabourin

En MMA, Julien Piednoir assure

9 Juin 2015 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #Presse book

Julien Piednoir, alias "The Machine"

Julien Piednoir, alias "The Machine"

 

Le champion blésois originaire de Vierzon ouvre à Blois une salle de Mixed martial arts, la Top Team Academy. Brutes épaisses, passez votre chemin.

 

Si pour vous " MMA " n'est que l'acronyme d'un géant mutualiste avec " zéro traca ni blabla ", alors vous avez un train de retard. Le MMA, Mixed martial arts, est un sport de combat et de contact venu des États-Unis, dans les années 80-90. On appelait ça le freefight et vous avez peut-être vu Fight club, film de David Fincher avec Brad Pitt, en 1999. Les combats, organisés par son principal promoteur américain UFC (Ultimate Fighting Championship) étaient très spectaculaires et surtout… sans règles ni limites. Tout, mais alors vraiment tout était permis : coups de pieds, coups de tête, coups de poings, frappes au sol, et – châtaignes sur le gâteau si on ose le dire ainsi – des " penaltys à la tête ", comprendre des coups de pieds dans la tête quand l'un des combattants est au sol. Dis de la sorte, ça ne fait pas forcément envie…

Mais ça, c'est terminé, le MMA est passé par là. Depuis le début des années 2000, il s'est grandement règlementé, à défaut de s'être adouci. Julien Piednoir, champion de cette discipline, originaire de Vierzon mais vivant à Blois depuis 3 ans avec sa femme et leur petit garçon de 20 mois, ouvre la " Top Team Academy ", rue Jean-Moulin.


Des entraînements très variés

 

Ce solide gaillard de 27 ans et 87 kg tout en muscles – il descend à 77 kg avant un combat – est un ancien rugbyman, parti à 19 ans pour Montpellier. Là bas, il découvre les sports de combat, dont le MMA. Il s'entraîne dur, très dur, et gravit les catégories : D, C, B, puis A, la catégorie reine, celle des compétitions internationales, avec juste une paire de gants, une coquille protège parties génitales et un protège dents. Depuis qu'il est passé professionnel, Julien compte six victoires et une défaite. Son prochain combat est le 20 juin au Portugal, à Porto. Mais alors pourquoi ouvrir une salle de MMA à Blois, quand on connaît la réputation sulfureuse de ce sport dont les combats officiels sont interdits en France ? (lire par ailleurs) " J'ai envie d'apporter mon expérience à d'autres. J'ai 27 ans, il est temps pour moi de déjà penser à la reconversion. Et puis j'aime bien apprendre. Le MMA marche bien en France car c'est un sport très complet, ludique, il intéresse tout le monde. Les gens y cherchent une forme de challenge, malgré la dureté des entraînements ", dit-il franchement. C'est sans doute pour cette raison-là qu'il éloigne le public qu'on croirait pourtant friand de " baston " et de " coups dans la gueule ". Vous imaginiez les jeunes de banlieues à grandes gueules venir suer sur les tapis du MMA ? Erreur : beaucoup trop dur, beaucoup trop fort, la discipline y est féroce, une hygiène de vie saine est hautement recommandée. Et surtout, plus que tout : le MMA est bardé de règles, pour éviter d'y faire n'importe quoi, et sortir de cette réputation de combats de gladiateurs. " Une centaine ", ajoute Julien. " Les arbitres sont présents et très pros. C'est très encadré, il ne faut pas croire qu'on peut tout se permettre. " Toujours utile de le dire, car les vidéos qui traînent sur Internet montrent une réalité – ancienne visiblement – bien différente. " Les entraînements sont très variés, il n'y en a jamais deux pareil. Il y a une recherche d'adrénaline. Oui, c'est vrai, c'est un sport dur. Mais je souhaite encadrer les choses. Ici, on sera ponctuel, on range ses affaires, je ne veux pas voir de trucs qui traînent, les vestiaires doivent être propres et rangés. " On est prévenu : ce n'est pas l'armée, mais si on veut que tout le monde s'y retrouve dans une bonne ambiance, il faut mettre tous les adhérents au diapason. " L'équipement des combattants sera intégral : plastron, protège-tibias, protège-dents, casque, gants épais, coquille. " C'est lui, avec son œil d'expert (1), qui déterminera qui accèdera à des combats plus ou moins difficiles.
 

Faire émerger des talents

 

Le MMA, un sport de bourrins agressifs ? " Pas du tout, contrairement à ce qu'on croit ", ajoute encore Julien Piednoir. " Ça ne sert strictement à rien. Il faut avoir envie plus que de l'agressivité. Tout se joue dans les enchaînements. Il faut être lucide, cool, souple, et précis. Il y a aussi un grand respect de l'adversaire, comme en boxe par exemple. L'animosité est dans la cage, ou sur le ring. Avant un combat, c'est vrai on ne se parle pas, on ne sourit pas. Ça fait partie du jeu. Mais après, perdant ou gagnant, on est amis. " La cage ? Sans doute ce qui rebute le plus les spectateurs non avertis de ce sport de combat pas vraiment comme les autres. On a l'impression d'y voir des gladiateurs modernes. Elle a pourtant son utilité cette cage : " Elle sert surtout à éviter que les combattants soient projetés en dehors du ring comme cela arrive parfois dans des combats de boxe d'ailleurs ! "

Julien Piednoir ouvre les portes de sa Top Team Academy tout le mois de juin – sauf du 18 au 24 où il sera à Porto – et ne souhaite qu'une chose : faire émerger des talents, ici, dans le Blaisois.

 

(1) Et son BMF, Brevet de moniteur fédéral.

 

F.S

Le MMA se porte comme un charme

 

Le succès planétaire du MMA fait des envieux : en France, la Fédération de Judo a déclaré, dans un communiqué datant de novembre 2014, que "tout judoka classé dans le ranking list (classement mondial des judokas sur le même modèle que l'ATP) n'est pas autorisé à s'engager dans une compétition internationale autre que le judo". Fermez le ban. Il faut savoir que les relations entre le judo et le MMA sont plus que tendues, depuis longtemps. Depuis l'arrivée du MMA en France en fait. Face au succès de ce sport de combat spectaculaire - et pourtant très encadré presque autant aujourd'hui que le judo - la Fédération de judo souhaite se prémunir contre l’hémorragie de ses adhérents vers le MMA, ou que des judokas s'engagent dans plusieurs disciplines.

Jusqu'ici, seuls trois pays au monde et l’État de New York interdisaient sur leur sol les compétitions de MMA : la France, la Norvège et la Thaïlande. Cette dernière vient de plier, estimant que la concurrence avec une discipline locale, le muay-thaï, n'empêchait pas l'organisation de compétitions sur son sol. Aux États-Unis, les combats de MMA atteignent des records d'audience et de spectateurs, mais l’État de New York ne souhaite pas une concurrence aux combats de boxe organisés au Madison Square Garden. Mais dans le reste du pays, le MMA cartonne.

Cent vingt-neuf pays retransmettent les combats à la télévision, touchant environ 880 millions de téléspectateurs. L'UFC (Ultimate Fighting Championship, qui regroupe plus de 500 combattants professionnels de par le monde) empocherait grâce à ces retransmissions environ 2,5 milliards de dollars.

En France, difficile d'estimer très précisément le nombre d'adhérents faute de statistiques officielles. Cependant, Dragon bleu (leader de la vente d'équipements pour le MMA, crée en 2004 et qui génère la coquette somme de 15 M d'€ de CA et 45 salariés) estime à 700 clubs pour environ 30.000 membres dans l'Hexagone. Et les adeptes se comptent en milliers supplémentaires chaque année. À titre de comparaison, la Fédération française de Judo affichait en 2014 593.427 licenciés, en baisse par rapport aux années fastes du début des années 2000, avec 635.000 licenciés. 80 % des judokas ont moins de 12 ans, ce qui fait dire à certains observateurs qu'il sert surtout de garderie (on peut commencer le judo à 4 ans). Mais une chose est sûre : année après année, le MMA grignote des adhérents à d'autres sports de combat - dont le judo - qui cherchent la parade. Le combat risque d'être long et dur. Et là, tous les coups semblent permis.

 

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