Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Le jour. D'après fred sabourin

l'evenement

L’enfance éternelle de Bernadette Després, avec Tom Tom et Nana

23 Janvier 2019 , Rédigé par F.S Publié dans #l'évènement

L’enfance éternelle de Bernadette Després, avec Tom Tom et Nana

En attendant le projet d’une vingtaine d’épisodes de dessin animé en fin d’année 2019 et un jeu de sept familles, c’est toujours sur les planches de BD qu’on peut s’amuser avec Tom Tom et Nana. Une belle exposition est consacrée à sa créatrice au 46e Festival de la Bande Dessinée d’Angoulême, Bernadette Després, qui a conservé toute sa malice dans le regard, le sourire et une belle énergie communicative.

On entre par le fameux restaurant « À la bonne fourchette », et on est très vite happé par l’univers singulier de Bernadette Després, à grandes enjambées, autant que les petites jambes de ses personnages puissent leur permettre... Tom Tom et Nana, bande dessinée « pour enfants » – mais pas que – depuis près de 40 ans n’en finit plus d’amuser. « Ma fille avait 6 ans quand j’ai commencé à raconter mes petites histoires, et elle s’est tout de suite plongée dedans. Elle en a 48 maintenant ! », explique-t-elle lors de la visite guidée de l’exposition qui lui est consacrée, quartier jeunesse aux chais Magélis jusqu’à la fin du festival, et peut-être prolongée après (c’est à souhaiter). Des planches originales, des recréations de l’univers joyeux, tendre, sincère et romanesque de ces scènes de la vie quotidienne des enfants, au milieu de « ce petit théâtre qu’est le restaurant », avec leurs parents et toute une galerie de portraits croisés au fil des aventures et de l’imagination foisonnante de sa créatrice. Elle s’amuse encore à raconter comment a germé telle ou telle histoire, explique pourquoi elle ajouta un ou deux détails dans ses dessins qui suscitent la curiosité et le sens de l’observation de son jeune public, tant sont nombreux les niveaux de lectures.

L’enfance éternelle de Bernadette Després, avec Tom Tom et Nana
L’enfance éternelle de Bernadette Després, avec Tom Tom et Nana

Rémy Lepoivre, Tante Roberte, Mélanie Lano, Adrien Dubouchon, Sophie Moulinet, Mme Kellmer, Mme Biscotte, Virginie Picoret… les amateurs et amatrices aimeront forcément retrouver leurs personnages préférés, « des histoires et des ajouts qui ont eu lieu au fur et à mesure du récit » ajoute-t-elle encore. La raison du succès, même après 40 ans d’existence ? « Une rencontre, le bon moment le support J’aime lire, une époque, les années 70 où la bande dessinée pour enfants n’était pas très développée, le lieu », répond Romain Gallissot le commissaire de l’exposition et… les valeurs véhiculées, surtout ! L’authenticité, la bienveillance et la sincérité que les enfants ont tout de suite décelées et qui ont fait la rançon du succès.

Mise en scène par Élodie Descoubes, cette exposition « Tom Tom et Nana » est à déguster en 6 univers jusqu’au 27 janvier, une salle est aussi consacrée à des jeux pour plus d’interactivité ; des blagues, charades et devinettes parsemées un peu partout pimentent encore davantage cette immersion dans l’univers de Bernadette Després.

F.S.

L’enfance éternelle de Bernadette Després, avec Tom Tom et Nana
L’enfance éternelle de Bernadette Després, avec Tom Tom et Nana
L’enfance éternelle de Bernadette Després, avec Tom Tom et Nana
L’enfance éternelle de Bernadette Després, avec Tom Tom et Nana
- Bernadette Després -

- Bernadette Després -

Lire la suite

Il est encore temps de lire le Carnet de route du sous-lieutenant Robert Porchon

6 Novembre 2018 , Rédigé par F.S Publié dans #l'évènement, #littérature

Reprise d'un article paru ici en novembre 2017 au sujet d'un camarade du 106e  régiment d'Infanterie, dans la même compagnie (la 7e) que Maurice Genevoix dont le Président Macron a annoncé le 6 novembre le transfert des cendres au Panthéon avec "ceux de 14". Robert Porchon est de ceux-là.

Il est encore temps de lire le Carnet de route du sous-lieutenant Robert Porchon

Fraîchement sorti de Saint-Cyr en août 1914, le sous-lieutenant Robert Porchon, originaire de Chevilly (Loiret) rejoint la Meuse avec le 106e Régiment d’infanterie pour effectuer son baptême de feu à la tête d’une section la 7e compagnie où il rencontra un autre Loirétain, Maurice Genevoix, lui aussi chef de section dans la même compagnie. Tous deux se croisèrent auparavant au lycée Pothier d’Orléans. Tué d’un éclat d’obus dans la poitrine le 20 février 1915 au quatrième jour de l’attaque française sur le piton des Éparges un mois après son 21e anniversaire, le sous-lieutenant Porchon avait, comme beaucoup, gratté du papier à ses heures perdues, sous la pluie glacée ou sous le feu brûlant des obus, et envoyé du courrier à sa mère, à Chevilly. En 2008, ces carnets et lettres, ainsi que celles de Maurice Genevoix envoyées à sa famille post-mortem, furent rassemblés dans un livre aux éditions de la Table Ronde qu’il n’est peut-être pas trop tard pour découvrir, en ces jours où l'on commémore le centenaire de l'Armistice du 11 Novembre 1918.

Il est encore temps de lire le Carnet de route du sous-lieutenant Robert Porchon

Si vous avez aimé Ceux de 14 de Maurice Genevoix, vous aimerez probablement Carnet de route du sous-lieutenant Robert Porchon, sorti il y a bientôt dix ans à la Table Ronde. D’abord pour ses propres qualités littéraires : ce jeune saint-cyrien d’à peine 21 ans né à Chevilly (Loiret) en janvier 1894, arrivé au front dans la Meuse fin août 1914, tout frais sorti de Coëtquidan, fait dès sa sortie de l’École spéciale militaire ce que font tous les jeunes gens de son âge : il écrit. Et plutôt bien. À sa mère, essentiellement, mais aussi, comme beaucoup de soldats de sa génération arrivés au front, un « carnet de route ».
 

« Et cette mobilisation, qu’est-ce qu’elle devient. Hier il n’était question que de cela. Tous les officiers disaient que c’était pour aujourd’hui… », écrit-il le 31 juillet au matin, à Saint-Cyr. Le mardi 25 août, c’est le début du Carnet de route : « Départ de Châlons à 7 heures. On apprend à la gare que ce n’est pas pour Troyes mais pour Verdun. À Verdun, on reçoit l’ordre d’aller jusqu’à Charny ». Le carnet s’achève un gros mois plus tard, le 3 octobre : « Encore une fois dans le ravin. Rollin me ramène un détachement. Venue des caporaux en masse. D’ailleurs, on ne moisit pas. Départ pour le bois Loclont. Le Drachen ? Arrivée aux tranchées – sans abattis. Le Lieutenant qui commande la compagnie me donne du papier à cigarettes. Tranchées vaseuses – au sens figuré ». La monotonie et la routine des jours de guerre qui finissent par tous se ressembler s’abat sur lui comme sur ses camarades. Les lettres à sa mère vont alors se succéder, jusqu’au 20 février 1915 où il mourra, dans les combats de la crête des parges, d’un éclat d’obus dans la poitrine, alors qu’il se dirigeait vers l’infirmerie se faire panser le front légèrement touché par un premier éclat d’obus reçu quelques minutes auparavant.

Il est encore temps de lire le Carnet de route du sous-lieutenant Robert Porchon

Maurice Genevoix, l’ex copain du lycée Pothier d’Orléans, camarade de compagnie au 106e RI dont il était lui aussi un des chefs de section, écrira à sa mère, le 7 mars 1915. « À présent, vous savez. À présent, je puis céder enfin au besoin que j’avais de vous écrire à vous, et de vous parler de lui. Nous parlerons de lui simplement, pieusement ; vous me le permettez, puisque vous savez que je l’aimais. Nous nous étions retrouvés dès les premiers jours ; et nous nous étions rapprochés d’abord parce que nous étions du même pays, et cela nous faisait des souvenirs communs. Puis ce fut le départ pour le front. Nous fûmes affectés à la même compagnie, et tout de suite s’établit entre nous cette solide fraternité d’armes qui naît des fatigues et des dangers partagés, des responsabilités communes, et aussi d’affinités profondes de nature. À travers les dures épreuves, je mesurai mieux les qualités précieuses de votre fils. Je l’ai vu, petit à petit, sans même qu’il fît d’effort pour cela, et comme par la seule puissance de sa bonté et de sa loyauté, s’attacher le cœur de tous ses hommes ». Le premier des cinq livres de Ceux de 14, nommé Sous Verdun, lui sera dédié.

Il est encore temps de lire le Carnet de route du sous-lieutenant Robert Porchon

Le style et la plume du sous-lieutenant Robert Porchon s’approchent d’assez près de celui de Maurice Genevoix, et ça n’est pas la moindre des qualités de ce Carnet de route et des lettres qu’il envoya à sa mère, jusqu’au dernier jour ou presque. Ce témoignage est à lire avec les yeux du souvenir de ces jeunes hommes fauchés en pleine ascension vitale, défendant motte de terre après motte de terre le sol de leur mère patrie, au prix de leur sang. On y découvre (ou redécouvre !) des hommes sensibles, derrière l’épaisse carapace formée par les épreuves du feu, le danger permanent, l’odeur de la mort et de la putréfaction des corps, les hurlements et plaintes des blessés dont certains demandent qu’on les achève, les mutilés ; et la carapace de la boue des tranchées…

Il est encore temps de lire le Carnet de route du sous-lieutenant Robert Porchon

Le 17 février 1915 il écrit : « Ma chère maman, je t’écris un petit mot rapidement en attendant la plus longue lettre qui est encore remise, mais qui ne saurait tarder maintenant. J’espère que cette carte t’arrivera à bon port et rapidement. J’ai reçu tout à l’heure tes deux lettres du 10 et du 12. Je ne comprends rien au silence de la poste, car j’ai continué à t’écrire régulièrement. Il n’y a que ces 6 derniers jours que je suis resté sans t’écrire. Enfin, j’espère que ma dernière lettre griffonnée à la hâte te tranquillisera. Par ici toujours autant de boue. Mais heureusement ce soir, il gèle. Le terrain va devenir meilleur. Je t’envoie mille bons baisers ainsi qu’à tous ». De sa main et au bas de la lettre, Marie-Louise Porchon-Delarue écrira : « dernière carte arrivée à Chevilly le dimanche 21. Il n’était plus… ».
 

F.S.
 

Le nom du sous-lieutenant Robert Porchon est gravé sur le monument au mort de Chevilly. Une plaque commémorative est au lycée Pothier d’Orléans. Mais aucune rue, place ou même chemin ne porte son nom dans le Loiret.

(article déjà paru le 11 novembre 2017) 

Il est encore temps de lire le Carnet de route du sous-lieutenant Robert Porchon
Il est encore temps de lire le Carnet de route du sous-lieutenant Robert Porchon
Il est encore temps de lire le Carnet de route du sous-lieutenant Robert Porchon
Lire la suite

François Mitterrand : "On lui aurait arraché les livres, il mourrait"

9 Octobre 2018 , Rédigé par F.S Publié dans #littérature, #l'évènement

François Mitterrand : "On lui aurait arraché les livres, il mourrait"

Extraits de l’interview d’Erik Orsenna dans Le Figaro du 9 octobre par Valérie Sasportas, au sujet de la vente aux enchères de la bibliothèque de François Mitterrand les 29 et 30 octobre prochains chez Piasa (Paris 8e).
 

« Notre bibliothèque est notre vraie maison et l’on peut toujours regretter la destruction de quelque chose qu’on aime. Et pour François Mitterrand, elle l’était plus que pour tout autre. Les livres étaient l’une de ses deux passions avec l’architecture. C’était pour lui son imaginaire, le squelette de sa pensée, son rythme, sa distance – son refuge et sa protection – face à l’actualité. L’emploi du temps d’un homme politique, et à fortiori d’un chef d’État, est haché sans arrêt. Les livres étaient pour Mitterrand son retrait. Je l’ai vu, lors de voyages, s’extraire ainsi du monde, des courtisans. Les livres étaient son recueillement au double sens de recueillir et de se protéger, le repli permettant de réfléchir et d’être soi. Comment peut-on se forger une opinion et organiser les changements dont la société a besoin, si on n’a pas ce repli ? La lecture est une co-création. Mitterrand se co-créait en lisant. En tant qu’écrivain lui-même, il était trop proche de ses livres pour s’en libérer complètement, avoir son style à lui. Mais on lui aurait arraché les livres, il mourrait ! ».
(…)
« Est-ce que dans les temps à venir, le pouvoir se dissociera du livre ? C’est un élément vertigineux pour nos démocraties. Le livre, c’est la réflexion, le temps et, encore une fois, la co-construction. Or, nos démocraties sont remise sen cause de tous ces points de vue : c’est de la consommation, de l’extrême rapidité et de la réaction. Et-ce qu’il peut y avoir une démocratie de l’immédiat ? La réponse est non. Par conséquent, la question posée par vos deux pages, en dehors de François Mitterrand, est absolument centrale : comment un dirigeant se forge-t-il une pensée et comment des citoyens se forgent-ils une opinion ? Voyez les derniers sondages des « vrais présidents ». Deux noms ressortent : De Gaulle et Mitterrand. Je suis frappé de voir que le temps de lecture diminue, qu’on le passe sur les écrans et que c’est du temps de moins avec soi-même. Est-ce une époque qui s’achève ? Remplacée par quoi ? Je suis alerté et passionné par la question de l’immédiateté. Et cette vente permet de se pencher dessus ».

François Mitterrand : "On lui aurait arraché les livres, il mourrait"
Lire la suite

Hier encore…

5 Octobre 2018 , Rédigé par F.S Publié dans #l'évènement

Hier encore…

« Lorsque l’on tient, entre ses mains, cette richesse, d’avoir 20 ans, des lendemains pleins de promesse ; il faut boire, jusqu’à l’ivresse, sa jeunesse. À 18 ans, j’ai quitté ma province, bien décidé, à empoigner la vie, le cœur léger, et le bagage mince, j’étais certain de conquérir Paris. Je vous parle d’un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître, Montmartre en ce temps-là, accrochait ses lilas jusque sous nos fenêtres. Par la peur de te perdre et de ne plus te voir, par ce monde insensé qui grouille dans ma tête, par ces nuits sans sommeil où la folie me guette, quand le doute m'effleure et tend mon cœur de noir, j'en déduis que je t'aime, j'en déduis que je t'aime… Nous nous sommes aimés, nos joies se sont offertes : dans le petit bois de Trousse-Chemise, la mer était grise, on l’était un peu, dans le petit bois de Trousse-Chemise, on fait des bêtises, souviens-toi nous deux… Laisse-moi guider tes pas dans l’existence, laisse-moi la chance de me faire aimer, viens comme une enfant au creux de mon épaule, laisse moi le rôle de te faire oublier… Nous nous sommes mariés par un jour de printemps, sans prêtre sans mairie sans amis ni parents, nous n’avions tout au plus elle et moi que 20 ans, mais un désir d’adulte brûlait nos cœurs d’enfants. J’ai mis mon complet neuf, mes souliers qui me serrent, et je suis prêt déjà depuis pas mal de temps, ce soir est important car c’est l’anniversaire, du jour où le bonheur t’avait vêtue de blanc, mais... viens, découvrons toi et moi les plaisirs démodés. Je sais qu’un jour viendra, car la vie le commande, ce jour que j’appréhende où tu nous quitteras ; je sais qu’un jour viendra où triste et solitaire en soutenant ta mère et en traînant mes pas, je rentrerai chez nous, dans un chez nous désert, je rentrerai chez nous où tu ne seras pas.
 

Un beau matin, je sais que je m’éveillerai, différemment de tous les autres jours, et mon cœur délivré enfin de notre amour, et pourtant, et pourtant… C’est drôle, c’que t’es drôle à r’garder, t’es là, t’attends tu fais la tête, et moi j’ai envie d’rigoler, c’est l’alcool qui monte dans ma tête, tout l'alcool que j'ai pris ce soir afin d'y puiser le courage de t'avouer que j'en ai marre de toi et de tes commérages, de ton corps qui me laisse sage et qui m'enlève tout espoir. Dieu que t'as changé en cinq ans, tu t'laisses aller, tu t'laisses aller.
 

Il faut savoir quitter la table lorsque l’amour est desservi, sans s’accrocher l’air pitoyable, mais partir sans faire de bruit. Que c’est triste Venise, au temps des amours mortes, que c’est triste Venise, quand on ne s’aime plus… Je n’aurais jamais cru qu’on se rencontrerait, le hasard est curieux, il provoque les choses, et le destin pressé un instant prend la pause ; non, je n’ai rien oublié... Je souris malgré moi, rien qu'à te regarder ; si les mois, les années marquent souvent les êtres toi, tu n'as pas changé, la coiffure peut-être… Non je n'ai rien oublié. J'habite seul avec maman, dans un très vieil appartement, rue Sarasate, j'ai pour me tenir compagnie, une tortue deux canaris, et une chatte...

Hier encore, j’avais 20 ans je caressais le temps et jouais de la vie  comme on joue de l’amour et je vivais la nuit  sans compter sur mes jours qui fuyaient dans le temps. Par l'idée que la fin pourrait être un début par mes joies éventrées par ton indifférence ; par tous les mots d'amour qui restent en souffrance, puisque de te les dire est pour moi défendu. J'en déduis que je t'aime, j'en déduis mon amour… »

Charles Aznavour

 

F.S. 5 octobre 2018

Lire la suite

D'une année à l'autre

27 Décembre 2017 , Rédigé par F.S Publié dans #l'évènement

"Nous voulions faire de notre mieux. Mais finalement, nous avons fait comme d'habitude".  (Victor Tchernomyrdine, ex premier ministre russe).

- Ma bohème -

- Ma bohème -

2018... l'année de la fuite.

- Tu marcheras sur l'eau -

- Tu marcheras sur l'eau -

"Dans nos sociétés en mouvement, les retards donnent quelquefois de l'avance" (J-P. Sartre, Les Mots).

- Zone à Bellac -

- Zone à Bellac -

- Zone à Bellac (2) -

- Zone à Bellac (2) -

Lire la suite

Fragments épars sur le sens de la vie

3 Septembre 2017 , Rédigé par F.S Publié dans #l'évènement

Fragments épars sur le sens de la vie

Chacun de nous sait, d’instinct et d’expérience, que la vie ne tient qu’à un fil. Certains expérimentent parfois la rupture de ce fil, suite à une maladie, un évènement familial, un évènement climatique exceptionnel, un accident. D’un seul coup, la vie semble basculer dans la nuit épaisse d’un corps abimé qui ne retrouvera peut-être jamais son autonomie ni sa vélocité initiale. Parfois cette vie tombe du côté obscur, dans le froid de la mort, et tout est fini.

Un certain nombre d’entre nous ont parfois frôlé ces moments où tout pourrait basculer. Certains en reviennent avec une belle frayeur, quelques contusions, beaucoup d’émotions. D’autres en reviennent en lambeaux, paralysés d’un ou plusieurs membres. D’autres encore n’en reviennent jamais. Ils se sont levés un matin, ont fait les gestes domestiques maintes fois répétés, sont sortis de chez eux comme tous les jours, et ne sont jamais rentrés.

Tous ces évènements-là, quand ils surviennent chez des proches, des amis, de la famille, nous font réfléchir au sens de la vie, à sa brièveté parfois, à sa fragilité toujours. « L’homme n’est que poussière », disait ironiquement Alexandre Vialatte, « d’où l’importance du plumeau ». On se promet, dans ces moments de vie-là, de la mordre à pleines dents une fois la page tournée, la réparation effectuée, le deuil passé. On prend des grandes résolutions, de voir la vie du bon côté plutôt qu’avec un verre à moitié vide. On se dit : « plus rien ne sera jamais comme avant », et de fait elle ne l’est plus. La vie reprend son cours, tout semble rentrer dans l’ordre. Du moins c’est ce que l’on croit.

La chute...

« Le 31 du mois d’août », comme le dit la chanson populaire, un tel évènement est survenu alors que je ne m’y attendais pas. Grand soleil et petit vent frais, tout semblait normal. À la sortie de la gare, j’ai mis exceptionnellement sur mes oreilles des écouteurs pour entendre un peu de musique. Une chose que je ne fais jamais – mais vraiment – car je n’aime pas ne pas entendre les bruits de la rue, les voitures qui surgissent, l’ambiance citadine d’une ville au réveil. Ce jour-là je l’ai fait, j’ignore pourquoi.

J’ai marché au pas, rythmé par les morceaux de The Avener, dont je n’ai que tardivement découvert l’existence… J’ai mis mes lunettes de soleil, j’ai regardé droit devant moi, et j’ai marché, robotisé, jusqu’à l’hôtel de l’agglomération orléanaise où m’attendaient des confrères journalistes autour du maire de la ville, qui tenait une conférence de presse de rentrée. Je ne suis jamais arrivé à cette conférence de presse. Vingt mètres avant d’arriver, au bord du dernier passage pour piéton qui traversait la dernière rue, je suis violemment tombé car une voiture m’a renversé. À partir de ce moment, je ne me souviens de rien. La dernière image que je possède, c’est le rangement dans ma poche dont je zippe la fermeture éclair des écouteurs du téléphone que je venais d'ôter. Je regarde le piéton rouge. Je suis à l’arrêt. Je pose machinalement un pied sur le bitume, prêt à traverser quand il passera au vert. La suite est un trou noir. Je me réveille allongé sur un brancard, dans un camion de pompier dont le moteur est allumé, avec un agent de police qui tient dans ses mains ma carte d’identité et ma carte vitale. J’ai du sang sur ma chemise, je sens qu’il m’en coule aussi sur le visage et j’en ai sur les mains. Je suis sonné comme un boxeur, hébété, hagard, je ne me souviens de rien, j’entends comme dans du coton ce qu’on me dit. J’ai mal à la tête, mais bizarrement nul par ailleurs. Avant que la porte ne se referme, j’aperçois très furtivement une femme debout, visiblement en état de choc. J’apprendrais quelques minutes après par un des pompiers que c’est la conductrice de la petite Citroën C1 qui m’a renversé.

La suite est la somme assez classique d’un transport aux urgences, d’un scanner cérébral pour cause de trauma crânien, de fracture d'un sinus maxilaire, de perfusions et de points de sutures. Dans le couloir puis dans le box où j’attendais qu’on s’occupe de mon sort, j’ai eu tout le loisir de « récapituler la situation » comme on dit, avec les éléments fragmentaires qui me revenaient en mémoire, à savoir à peu près rien ou pas grand-chose.

- Scène de crime -

- Scène de crime -

... Et après ?

Curieusement, je n’ai pas songé tout de suite que j’aurais pu finir fracturé de partout, voire handicapé à vie à cause d’une mauvaise chute lié au choc avec le véhicule. Ce qui pourtant aurait augmenté la gravité de ce que je venais de vivre, et très sérieusement compliqué ma vie. J’ai songé, dans ce qui me restait de présence d’esprit, que ma vie aurait tout simplement pu s’arrêter là, sur un coin de trottoir d’une avenue orléanaise que je fréquente peu. Je repensais aux crêtes du cirque de Gavarnie où j’étais 15 jours plus tôt, à plus de 3000 mètres d’altitude, au vide à un mètre de mes pieds ; à la grande muraille qui m’écrasait de son regard rocheux sous la cascade. Je songeais au « pas du chat » et à la « dalle Passet » du Pic de la Munia dans le cirque de Troumouse… Le risque de chuter là bas existe, je le sais, je le connais, j’en mesure les conséquences, en restant à distance raisonnable du bord. Mourir en montagne fait partie du risque à prendre quand on la fréquente, bien que ceux qui me connaissent bien savent combien je préfère souvent faire demi-tour plutôt que de « forcer » le passage si je ne le sens pas. Mourir en montagne, en quelque sorte, « ça a de la gueule », je le dis souvent avec une sorte de décontraction badine, bien que je ne le souhaite pas naturellement. Mais finir sur un coin de bitume d’un carrefour sans âme ne fait pas partie de mes « projets », pas plus qu’ailleurs du reste. Cependant, ça aurait pu arriver, , maintenant, et je mesure la « chance » que j’ai eu que la petite C1 n’ait pas été un gros 4x4 tel qu’on en voit tant dans les rues de nos villes désormais.

La deuxième chose à laquelle j’ai songé, et qui m’a fait beaucoup de peine, c’est que j’aurais pu  perdre la mémoire à cet instant-là. Je ne me souviens de rien hormis qu’une petite voiture noire me fonce dessus puis plus rien. Il paraît que j’ai pourtant répondu à un médecin du Samu au téléphone, que j’ai interrogé les gens sur ce que je foutais là, que j’ai parlé aux pompiers lorsqu’ils sont arrivés. Je n’ai absolument aucun souvenir de ces moments-là. Je me souviens juste d’être allongé sur un brancard dans une ambulance, avec deux pompiers qui m’expliquent ce qui vient de se passer. Dans le couloir des urgences, j’ai commencé à me réciter des poèmes que je connais par cœur, pour voir si « tout était encore bien là ». Péguy m’est venu en premier : « Le long du coteau courbe et des nobles vallées, les châteaux sont semés comme des reposoirs, et dans la majesté des matins et des soirs, la Loire et ses vassaux s’en vont par ses allées ». Rimbaud aussi : « C’est un trou de verdure où chante une rivière, accrochant follement aux herbes des haillons d’argent… ». Si la mémoire ancienne me revenait, celle plus proche avait encore du mal à se remettre en place : je ne me souvenais pas de ce que je faisais la veille par exemple, ni de ce que j’avais mangé. Bien que cela soit revenu petit à petit, j’ai songé que l’amnésie était un risque affreux qu’il ne me plairait pas de courir.

J’ai ensuite pensé à ma fille, j’ai fermé les yeux et j’ai pleuré, douloureusement. Il fut une époque où être orphelin à 6 ans était coutumier. Je n’aime pas cette coutume.

"Lève-toi et marche !"

Je ne vais pas en faire des tonnes, j’ai eu de la chance dans ma malchance, point. « C’était pas l’heure », comme on dit, c’est tout. Depuis quelques temps, agacé et pour tout dire un peu humilié par une vie où les choses n’avançaient pas (chômage durable ; boulot précaire ; entretiens ratés ; essais de job avortés pour des raisons étranges ; sommeil en fuite ; précarisation globale voire appauvrissement matériel), j’avais fini par répéter « qu’il fallait qu’il se passe enfin quelque chose ! ». Les quatre jours passés en solitaire à Gavarnie-Gèdre, et auparavant avec deux amis dans le Luchonnais, m’avait aéré le cerveau, lequel aurait pu complètement prendre la file de l’air jeudi dernier dans un caniveau… Comme d’habitude j’étais revenu de ces escapades pyrénéennes gonflé à bloc, relativisant les duretés d’une vie qui – comme à d’autres – ne me fait guère de cadeaux. En effet, j’ai été exhaussé : « il s’est passé quelque chose ». Je ne mesure pas encore exactement quelles seront toutes les conséquences de cet accident et du « miracle » qui s’en est suivi. Le temps viendra de la résilience, par le corps et par l’esprit, de cet évènement. En attendant, la fenêtre est ouverte. J’entends deux enfants jouer au foot en contrebas. Mes chaussures de marche sont dans l’entrée et bientôt j’aurais la faculté de mettre mes pieds dedans. J’irai par les chemins sous les arbres qui dodelineront de la cime, imperturbables ou presque, les pieds sur terre, la tête dans le ciel. Je respirerai un grand coup en songeant à ce que j’ai lu récemment chez Sylvain Tesson, qui, dans Les Chemins noirs, disait dès le début : « Je regretterais longtemps cette chute parce que je disposais jusqu’alors d’une machine physique qui m’autorisait à vivre en surchauffe ». 

J’ai la chance d’avoir pu quitter mon brancard debout sur mes deux jambes et mes deux pieds. « Lève-toi et marche ! », en quelque sorte. Il est temps de se remettre à vivre. Pour de bon cette fois-ci.  

 

Blois, le 3 septembre 2017.

Lire la suite

Pour qui a sonné le glas ?

23 Janvier 2017 , Rédigé par F.S Publié dans #l'évènement

(c) F.S. Janvier 2007.

(c) F.S. Janvier 2007.

Le 22 janvier 2007 mourrait Henri Grouès, alias l'abbé Pierre, infatigable pourfendeur de misère et de pauvreté en ce bas monde. "La route, la parole, le pain" était sa manière d'être, et de faire. Elle était directement inspirée de l'épisode raconté au chapitre 24 de l'évangile selon Luc, la parabole des "pèlerins d'Emmaüs", qui guidé ses pas, toute sa vie. Il en a entrainé pas mal à sa suite, à ses côtés de son vivant, et même au delà. Et encore depuis.

Il s'est trouvé, par hasard, que j'étais à Paris au moment de ses obsèques. J'avais dans tous les sens du terme le derrière entre deux chaises, et la tête dans un désordre indescriptible à cette époque-là. Des paquets de mer submergeaient régulièrement mon bateau, dont le gréement ne ressemblait plus à grand chose. Affalé, j'étais allé sur le parvis de Notre-Dame, avec les autres, ces bonnes trognes de gens cassés par la vie, mais encore debout, malgré le froid et les vents contraires. J'en avait tiré ce "reportage-témoignage" que je vous propose de relire ici. Et là aussi. Ce moment ne m'avait pas seulement ému, il m'avait ragaillardi, aussi.

À ta mémoire, l'abbé ! Toi qui avait dit un jour dans une émission de télé face à Christine Ockrent : "je ne suis pas chargé de convaincre. Je suis chargé de dire".

(c) F.S. Janvier 2007.

(c) F.S. Janvier 2007.

(c) F.S. Janvier 2007.

(c) F.S. Janvier 2007.

(c) F.S. Janvier 2007.

(c) F.S. Janvier 2007.

(c) F.S. Janvier 2007.

(c) F.S. Janvier 2007.

(c) F.S. Janvier 2007.

(c) F.S. Janvier 2007.

Lire la suite

Jour et brouillard, à Chaumont-sur-Loire

19 Décembre 2016 , Rédigé par F.S Publié dans #l'évènement

Jour et brouillard, à Chaumont-sur-Loire
Jour et brouillard, à Chaumont-sur-Loire
Jour et brouillard, à Chaumont-sur-Loire

Expositions "Des arbres en hiver" au Domaine de Chaumont-sur-Loire, jusqu'au 28/02/2017. Notamment Michael Lange avec "Wald".

Jour et brouillard, à Chaumont-sur-Loire
Jour et brouillard, à Chaumont-sur-Loire
Jour et brouillard, à Chaumont-sur-Loire
Jour et brouillard, à Chaumont-sur-Loire
Jour et brouillard, à Chaumont-sur-Loire
Lire la suite

"Homme, montagnes, immensité" (expo photographique)

2 Octobre 2016 , Rédigé par F.S Publié dans #l'évènement

- En marche... -

- En marche... -

Du 1er octobre au 31 décembre 2016, à l'Agence IMM (11 rue Porte-Côté à Blois), une exposition photographique de Frédéric Sabourin. Du lundi au vendredi de 9h à 12h et 14h à 18h. Entrée libre. Photos 60x40 cm sur plaque "Alu-Dimond" en vente, contactez-moi en message privé. Merci.

- Fin du monde -

- Fin du monde -

- Ecce homo -

- Ecce homo -

- Au pied du mur -

- Au pied du mur -

- Chambre avec vue -

- Chambre avec vue -

- Maintenance à l'Aneto -

- Maintenance à l'Aneto -

- Vie pastorale à la cabane d'Aule -

- Vie pastorale à la cabane d'Aule -

- Sous la muraille -

- Sous la muraille -

- Sur le chemin de "Piston" -

- Sur le chemin de "Piston" -

- Etre sur la brèche (ou presque) -

- Etre sur la brèche (ou presque) -

- Seul au monde -

- Seul au monde -

- Surprise -

- Surprise -

- Splendeur d'automne -

- Splendeur d'automne -

- Quelques mots d'amour -

- Quelques mots d'amour -

(c) Fred Sabourin. Octobre 2016. 

Lire la suite

Le 43e FIBD d'Angoulême en images

30 Janvier 2016 , Rédigé par F.S Publié dans #l'évènement, #Presse book

- Trait pour trait -

- Trait pour trait -

- Michel Rabagliati, auteur québecois de "Paul" -

- Michel Rabagliati, auteur québecois de "Paul" -

- Expo Hugo Pratt, rien que pour le goût des voyages -

- Expo Hugo Pratt, rien que pour le goût des voyages -

- Expo Les Mutants -

- Expo Les Mutants -

Le 43e FIBD d'Angoulême en images
- Pauline Aubry, auteure des Mutants -

- Pauline Aubry, auteure des Mutants -

- Criterium des auteurs -

- Criterium des auteurs -

- Prix du dessin sur un vélo (Criterium des auteurs) -

- Prix du dessin sur un vélo (Criterium des auteurs) -

(A suivre... )

Lire la suite
<< < 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 > >>