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Le jour. D'après fred sabourin

l'evenement

La BD est-elle misogyne ?

6 Janvier 2016 , Rédigé par F.S Publié dans #l'évènement

- Au FIBD 2014 -

- Au FIBD 2014 -

L’auteur Riad Sattouf avait demandé à être retiré de la liste des prétendants au Grand Prix du 43e Festival de Bande dessinée d’Angoulême (FIBD). Il dénonçait l’absence de femmes dans la liste des nominés. Le Festival a plié et va faire machine arrière.

Face à la polémique qui ne cessait d’enfler, le Festival de la Bande dessinée d’Angoulême a fait savoir mercredi 6 janvier dans la soirée par un communiqué de presse qu’il va, « sans enlever aucun autre nom, introduire de nouveau des noms d'auteures dans la liste des sélectionnés du Grand prix 2016 ». Comment en est-on arrivé là ?

Riad Sattouf, auteur de L’Arabe du futur (Fauve d’or au 42e FIBD en 2015) avait lancé un coup de crayon dans la mare mardi 5 janvier. En découvrant la liste des prétendants au Grand Prix, il avait constaté qu’aucune femme dessinatrice ne se trouvait parmi les 35 de la short list. Il a alors demandé le retrait de son nom dans cette liste. Le Grand Prix du FIBD récompense en effet la carrière d’un auteur et son oeuvre (1), et permet d’entrer définitivement dans la postérité du monde de la BD, fortement concurrentiel. En trente ans d’existence, seule Florence Cestac en 2000 a obtenu l’équivalent de ce « César d’honneur » du monde de la BD. Claire Brétecher avait obtenu un prix spécial « 10e anniversaire » en 1983, pour fêter les dix ans du festival. Et c’est tout.

Le collectif des créatrices de bande dessinée n’avait pas tardé à dégainer les fourchettes caudines : aucune femme sur la liste ? Elles se sont pratiquement étranglées : « Nous nous élevons contre cette discrimination évidente, cette négation totale de notre représentativité dans un médium qui compte de plus en plus de femmes. » Un prix aux impacts non négligeables dans une carrière, selon elles : « Ce prix n’est pas seulement honorifique, il a un impact économique évident : les auteur(e)s vont être mis en avant médiatiquement, la distinction aura un impact sur la chaîne du livre dont bénéficieront libraires, éditeurs… et l’auteur(e) primé(e) ». Le collectif appelait au boycott pure et simple du scrutin.

- Bruno Génini (à g.), directeur de BD Boum à Blois -

- Bruno Génini (à g.), directeur de BD Boum à Blois -

Alors pourquoi cette cruelle absence des femmes auteures dans la sélection initiale du Grand Prix 2016 ? Selon le directeur de BD Boum, « On est dans la boulette, je ne vois que ça. Après, chaque année il y a des polémiques autour du festival d’Angoulême, d’autant plus depuis que l’académie du Grand Prix a été évincée il y a quelques années (2). On peut se poser la question de savoir qui prépare cette sélection. A BD Boum, le jury est composé de 3 membres de l’organisation du festival, des journalistes et les anciens Grands Boum ; un fonctionnement plus proche de l’ancienne académie d’Angoulême ». N’y aurait-il pas aussi de fortes pressions des éditeurs sur la manière de sélectionner les albums prétendants au Grand Prix, quand on sait les retombées d’une telle récompense ? « Tous les ans on en parle, certains éditeurs sont très présents dans la short list, Cornelius pour ne pas le nommer l’année dernière. Je ne sais pas si on peut voir de la polémique partout… » ajoute Bruno Génini.

Joann Sfar, Charles Burns, Daniel Clowes, Etienne Davodeau avaient décidé d’emboiter le pas de Riad Sattouf, faisant monter la mayonnaise à grande vitesse. La direction du festival a plié. Il y aura bien des auteures prétendantes à ce prestigieux prix.

En 2015, 6 auteures avaient été sélectionnées parmi les 35 albums en course pour le Grand Prix. 4 sur 32 en 2014. 3 sur 32 en 2013. En 2015, le Grand Prix a couronné le Japonais Katsuhiro Otomo, qui présidera la 43e édition du festival angoumoisin, du 28 au 31 janvier.

F.S

 

  1. André Franquin avait reçu le premier Grand Prix. Ont été inscrits au palmarès des auteurs comme Moebius, Wolinski, Fred, Art Spiegelman ou Bill Watterson. 
  2. Il a été remplacé il y a deux ans par un collège de 3.000 votants, qui représente l’ensemble des auteur(e)s de bande dessinée professionnel(e)s. 

 

PS : le titre auquel vous avez échappé : "A la BD d'Angoulême, Sattouf veut qu'il y ait plus de touffes". Ouf ! 

- Où sont les femmes ? -

- Où sont les femmes ? -

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Michel Delpech, "quand j’étais chanteur"

3 Janvier 2016 , Rédigé par F.S Publié dans #l'évènement

L’artiste est décédé des suites d’un cancer, dont il souffrait depuis 2013. Il était familialement lié au Loir-et-Cher, dont il avait chanté le charme si tendrement désuet en 1977.

Michel Delpech en 2014. (Photo AFP Joël Saget)

Michel Delpech en 2014. (Photo AFP Joël Saget)

Michel Delpech est mort et avec lui le Loir-et-Cher perd, à son corps défendant parfois, son plus bel ambassadeur. Sa chanson titre, sortie en 1977, colle à la peau des Loir-et-Chériens aussi sûrement que le sparadrap du capitaine Haddock. « Ces gens-là ne font pas de manières » comme le dit la chanson n’ont pourtant que très peu goûté ce tube très seventies, époque moustaches et chemises à cols pelle à tarte. En voilà bien des manières au passage ! Etait-ce à cause du refrain, « On dirait qu’ça t’gêne de marcher dans la boue » ? Ou bien est-ce parce que celui qui passait autrefois ses vacances chez ses grands-parents à Dhuizon ou chez un oncle et une tante à la Ferté-Saint-Cyr n’avait « jamais eu grand-chose à leur dire » ? Les Loir-et-Chériens, peut dissertes sur eux-mêmes, timides et réservés, jaloux de leur triptyque Beauce-Loire-Sologne aussi sûrement que d’une Trinité de Roublev, ne l’avoueront jamais. Plutôt mourir, et c’est bien dommage.

Autodérision

C’est à la faveur d’un échange estival lors de cette fichue année 2015 « loin, d’ici » comme le dit une de ses chansons, que nous est venue, in fine, la réponse possible. Michel Drucker venait d’annoncer quelques semaines plus tôt que son ami Michel Delpech allait mal, très mal, et qu’il « ne passerait pas septembre ». On devisait, à l’heure de l’apéro, sur le chanteur emblématique des années 70, dont beaucoup – à commencer par l’auteur de ces lignes – avaient été bercés par ses mélodies entrainantes, entêtantes pour certaines, sonnant toujours juste. « C’était bien, c’était chouette... »

Un ami, par ailleurs chasseur et grand amateur de la chanson éponyme de Michel Delpech, nous dit alors, en évoquant la chanson « mal aimée » du Loir-et-Cher : « c’est parce que tes péquenauds n’ont pas compris qu’avec un peu d’autodérision ils pouvaient justement sortir de leur condition de culs-terreux » (sic). C’était dit sans hargne ni haine ni violence, juste avec ce qu’il faut d’ironie amicale so british, entre deux saucisses sur un barbecue et quelques  verres de rosé du pays d’Oc. Naturellement, n’étant pas Loir-et-Chérien, « la distance qui nous protège de nous même » pour paraphraser Antonin Artaud nous aida à apprécier la fulgurance. Mais cela nous laissait perplexe, quand même…

J’les aime depuis toujours !

Une « chanson de péquenaud sur des péquenauds » donc. Diantre ! Comment allait-on leur dire ça, sans se prendre un coup de pied au cul beauceron ou une volée de plombs solognots dans le jarret ? Mais enfin c’était peut-être ce qu’il avait voulu dire, Michel, avec sa moustache des années 70 qui le faisait ressembler à un petit cadre bancaire, en pantalon de tergal, et cravate lie de vin sur chemise à col pelle à tarte. C’était peut-être une façon de dire, pour celui dont les racines familiales sont enterrées dans la boue et sous le marbre du cimetière de Dhuizon : « avec un peu d’humour, vous pourrez vous en sortir ». Sortir de votre trou quoi. Notez le contraste entre la magnificence des châteaux de Blois, Chambord, Cheverny, Chaumont et Villesavin, Beauregard et Fougères, les rois et reines, princes et hobereaux qui les peuplèrent ; et le peuple d’aujourd’hui, un peu coincé, un peu engoncé sur place par ce maudit complexe d’infériorité et cette réserve maladive qui fait perpétuellement se comparer un habitant de Loir-et-Cher avec ses « rivales » Tours et Orléans, pas beaucoup plus glamour pour autant.

En se considérant un peu plus avec fierté, les habitants du Loir-et-Cher, « ces gens-là qui ne font pas de manières », pourraient peut-être se consoler, non ? Tiens en écoutant Michel Delpech par exemple. « Je n’ai jamais eu grand’chose à leur dire mais j’les aime depuis toujours. » Vous avez entendu ? « J’les aime depuis toujours » !

Ah ! Quand on a que l’amour… 

Michel Delpech, "quand j’étais chanteur"

 

Michel Delpech en quelques dates :

 26 janvier 1946 : naissance à Courbevoie.

1964 : premier 45 tours Anatole sort chez Vogue.

1965 : participe à la comédie musicale Copains Clopant et décolle vraiment avec Chez Laurette.

1966 : mariage avec Chantal Simon (Ils auront deux enfants : Garance et Barthélémy avant de divorcer en 1976). Fait la première partie de Jacques Brel à l’Olympia.

1970 : Pour un flirt.

1973 : Les Divorcés, Que Marianne était jolie. 1974 : Le Chasseur. 1975 : Quand j’étais chanteur.

1977 : Le Loir-et-Cher.

S’en suit une grande période de doutes et de dépression.

Revient sur la scène en 1985 après sa rencontre avec Geneviève Garnier-Fabre, et sort l’album Loin d’ici. Plusieurs albums sortiront régulièrement. De son second mariage naît un fils, Emmanuel, en 1990.

2004 : l’album Comme vous lui permet de se produire aux Francofolies de La Rochelle et aux Festival des Vieilles charrues.

Depuis février 2013 Michel Delpech souffrait d’un cancer. Après une rémission en 2014, il s’est éteint dans la soirée du 2 janvier 2016 à l’hôpital de Puteaux (Hauts-de-Seine). 

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La BD est fâchée !

1 Février 2015 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #l'évènement, #Presse book

 

 

SAB 1985 R

 

 

Pendant le Festival de Bande dessinée d’Angoulême, environ 600 auteurs, scénaristes, coloristes, ont battu le pavé lors d’une marche. A l’origine de cette manifestation inédite, une réforme du régime de retraites qui ne passe pas.

 

C’est la révolte des petits Mickeys ! Imaginez environ 600 auteurs, scénaristes, coloristes de bande dessinée, en train de manifester. " La BD est fâchée, la BD est fauchée ! " pouvait-on entendre dans la manif. En tête de cortège, des têtes connues du monde du 9e art : Lewis Trondheilm, Pénélope Bagieux, André Juillard, Boulet, Fabrice Neaud, Benoît Peeters… Organisée par le SNAC BD (Syndicat national des auteurs de bande dessinée), cette manifestation s’est déroulée dans un esprit bon enfant, samedi 31 janvier à Angoulême, en plein 42e Festival. La veille, déjà, des " états généraux de la BD " avaient réunis 300 personnes dans la salle Nemo de la CIBDI (Cité internationale de la bande dessinée) pour faire le point sur une profession finalement méconnue, et confrontés à de nombreux problèmes. Paupérisation des auteurs de bande dessinée, droits d’auteurs menacés par Bruxelles, diffusion des albums BD (5000 sorties en réforme du 700 il y a 20 ans), et régime des retraites. C’est surtout cette dernière inquiétude qui a fait débordé le vase : une réforme du RAAP (Régime de retraite complémentaire des artistes et auteurs professionnels), proposée par le gouvernement, un peu sortie de nulle part et sans concertation selon Fabien Vehlmann du SNAC BD, propose une augmentation de 8 % ce qui équivaut à un mois de salaire environ pour des auteurs qui vivent déjà très chichement (lire l'encadré statistique). " Il y a 1500 auteurs qui tirent un revenu de leur art. Parmi eux, une cinquantaine de vedettes, 100 à 200 classe moyenne, les autres vivent d’un Smic et encore souvent moins ! " explique Benoît Peeters, qui collabora longtemps avec François Schuiten aux éditions Casterman.

 

Troisième place au PIB

 

Réputé pour son individualisme et son manque d’organisation, le petit monde de la BD a tout de même prouvé le contraire, lors de cette marche pacifique qui s’est conclu devant l’hôtel de ville d’Angoulême, où Fabien Vehlmann, scénariste, a lancé un appel au Président François Hollande, appel qui a du raisonner aux oreilles de sa ministre de la Culture Fleur Pellerin, en viste au FIBD dimanche 1er février. " Dessiner n’est pas anodin, ce qu’on fait a un sens. Les attentats contre Charlie Hebdo sont une violente et aberrante piqure de rappel ", a-t-il lancé en préambule, sous la façade de la mairie où est accrochée une banderole rappelant le nom des victimes de ces attentats. " Monsieur le Président, nous vous demandons de négocier avec les vrais partenaires sociaux : les représentants des auteurs et artistes. Les 8 % demandés, c’est trop ! Monsieur le Président, faut-il vous rappeler que les auteurs et les artistes, outre leur importance symbolique et culturelle sont aussi à l’origine d’une richesse économique qui confère au secteur la 3e place au PIB, devant l’industrie automobile. "

 

Les auteurs de bande dessinée restent mobilisés en attendant, espèrent-ils, un nouveau dialogue, lassés de ne pas être entendus depuis 6 mois. Il serait étonnant que vendredi 6 février à Blois, lors de l’inauguration de la Maison de la Bande dessinée, la révolte des petits Mickeys ne trouve pas un écho de la marche de sa grande sœur angoumoisine.

 

F.S

 

 

La BD en chiffres (2014)

 

• 2 % de baisse de chiffre d’affaires dans l’édition de la BD en 2014 par rapport à 2013.
• 35 millions d’albums vendus.
• 409 millions d’euros de recette, 5.500 albums publiés.
• 232.000 exemplaires : la plus grosse vente (le dernier album de la série Black & Mortimer).
• 349 éditeurs de BD.
• 1 % de la vente en digital (3 à 4 % pour le livre).
• 1500 auteurs tirent un revenu de la BD. 500 en vivent exclusivement. 200 auteurs vivent à Angoulême.

(source : Charente Libre)

 

 

 SAB 1956 R

                                 - Marche des auteurs : "la BD fâchée, la BD, fauchée" -

 

 

 

Le point de vue de Bruno Génini

 

Le directeur du festival BD Boum à Blois réagit à la marche des auteurs du festival d’Angoulême.

 

La Renaissance du Loir-et-Cher : que pensez-vous de ce qui s’est passé ce week-end à Angoulême ?
Bruno Génini : Depuis quelques mois les auteurs se mobilisent. On est solidaires avec eux. Au festival de BD de Saint-Malo (Quai des bulles, 10-12 octobre derniers), il y a déjà eu un débrayage des auteurs. Le président de l’association BD Boum, Jean-Pierre Baron, avait assisté à leur rencontre. Mais le dialogue était encore ouvert avec la ministre Fleur Pellerin, qui venait d’arriver. Du coup à BD Boum ils n’avaient pas fait d’action. On avait cependant laissé la parole au SNAC BD lors de l’inauguration.


LRLC : Où est le problème selon vous ?
B.G : Le secteur de l’édition de bandes dessinées est très concurrentiel, et c’est la loi des plus forts. Delcourt a racheté Soleil. Paquet a racheté Proust. Glénat s’est offert Vents d’Ouest. Dargaud-Dupuis-Lombard forment un seul et même groupe. C’est la course à l’échalote. Il y a trop de sorties, trop d’offre et beaucoup d'albums se retrouvent au pilon sans presque avoir eu le temps de se défendre chez les libraires. Une planche qui se vendait entre 300 et 400 € jusqu’à une période récente se vend désormais 150 €. Or un auteur, pour exister, il faut qu’il soit publié. Les éditeurs fonctionnent par coups. Ils sortent plein d’albums, et voient ce qui marche ou pas. Si ça ne marche pas tant pis, si ça marche, tant mieux. Pour un auteur, dans ce contexte, ça devient difficile de négocier. Après, il faut aussi remarquer que des éditeurs plus petits travaillent de manière plus conventionnel, à l’ancienne si j’ose dire. C’est mieux pour les auteurs.


LRLC : Et maintenant, quelle suite ce mouvement peut-il prendre ?
B.G : Il y a deux choses. La première concerne le régime de retraite, qui a mis le feu aux poudres. C’est une négociation entre les représentants d’une profession et le ministère. La deuxième chose, plus largement, concerne la paupérisation d’une profession. Mais la balle est dans le camp des éditeurs. La logique économique a pris le pas sur la logique artistique. C’est dommage et il faut réfléchir à ce qu’on veut pour l’avenir de cette profession.
 

Propos recueillis par F.S.

 

article paru dans la Renaissance du Loir-et-Cher du 06/02/2015  

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Le 42e FIBD d'Angoulême en images

31 Janvier 2015 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #l'évènement, #Presse book

 

 

SAB 1902 R

                                  - Expo Jiro Taniguchi (Vaisseau Moebius, Cité internationale de la BD) -

 

 

SAB 1898 R

                                              - Expo Calvin & Hobbes (Bill Watterson) -

 

 

SAB 1933 R

                                        - Emmanuel Lepage en pleine séance de dédicace -

 

 

 

SAB 1903 R

 

 

 

SAB 1905 R

                                           - Expo "Nos armes" au Vaisseau Moebius CIBD - 

 

 

SAB 2007 R

                                              - Marche des auteurs, parvis de l'hôtel de ville -

 

 

SAB 2013 R

                                                 - Pas toujours été "tous Charlie" les confrères... -

 

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Tous Charlie, vraiment ?

12 Janvier 2015 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #l'évènement

 

 

SAB 1694 R

                                                  - à Blois dimanche 11 janvier -

 


Pas de doute, la France est bien la patrie de Molière. Si celui-ci ressuscitait maintenant, il aurait matière pour une nouvelle pièce savoureuse. Je me réjouis sincèrement de l’élan d’union dominical autour de la mère patrie, son drapeau, ses symboles, sa Marseillaise, cette énorme foule innombrable descendue dans la rue pour crier qu’elle n’a pas peur et qu’elle est un peuple, aujourd’hui, « le jour d’après » (le bien nommé) il conviendrait je pense de retrouver ses esprits en gardant la tête au frais.


La France entière, suite aux attentats commis sur son sol et au massacre de la rédaction de Charlie Hebdo, se réveille tout d’un coup « tous Charlie ». Et ça doit bien les faire marrer, là haut, ceux qui, justement, passaient leur temps à les caricaturer dans ce qu’ils avaient de plus ridicules parfois !
Un grand nombre de ces résistants de la dernière heure, ces millions d’hommes et de femmes qui descendent dans la rue brandissant leurs crayons et déposant des bougies (dans un rituel pagano-laïc et religieux qu’auraient sûrement conchié les dessinateurs de Charlie), n’ont pour la plupart – l’écrasante majorité – jamais ouvert le dit canard satyrique auparavant. Voire trouvaient habituellement qu’ils en faisaient un peu trop dans l’outrance et l’irrévérence. Pire : ils vont se précipiter comme des morts de  faim mercredi 14 janvier dans les kiosques pour s’arracher le million d’exemplaires en vente ce jour-là, alors qu’ils ne l’ont jamais acheté jusqu’ici.


Où sont-ils donc, tous ces ardents défenseurs de la « liberté d’expression » autant que de la presse, dans le quotidien des jours sombres et des semaines grises, pour faire vivre justement cette presse dont ils semblent d’un coup si épris ? Achètent-ils les quotidiens et hebdomadaires par ailleurs sous perfusions tant la crise qui les traverse ressemble à des soins palliatifs ? Où sont-ils tous ces « Charlie » lorsqu’il s’agit de payer un contenu sur un site Internet d’information ? Où sont-ils encore, lorsqu’il s’agit de reconnaître que le travail d’un journaliste, reporter, enquêteur n’est pas un bénévolat rémunéré par des prunes et qu’il serait donc normal d’en rétribuer à sa juste valeur le contenu ? Tant de néo convertis à la liberté de la presse, franchement ça fait chaud au cœur, sincèrement, merci ! Je bondis de joie sur ma chaise et dans ma rédaction, tout en craignant les lendemains qui déchantent dès que les cendres seront refroidies, c’est-à-dire probablement dans huit ou quinze jours…


Se souviendront-ils alors, tous ces « Charlie » brandissant la liberté d’expression d’une presse libre dans un pays qui l’est tout autant, qu’hormis les journaux satyriques, l’autocensure est souvent de mise dans toutes les rédactions ? Une « liberté de la presse » régulièrement sacrifiée sur l’autel des actionnaires de grands groupes de presse, de la sainte publicité, des annonceurs légaux et des politiques de tous bords. Beaucoup de confrères s’en plaignent d’ailleurs, mais anonymement, à visage couvert et à mots feutrés, c’est dire s’ils se sentent libres... Savent-ils, tous ces nouveaux crayonneux du dimanche que dans les rédactions, il n’est pas rare qu’on invite plus ou moins poliment mais toujours fermement des journalistes à lever le stylo sur tel ou tel sujet, pour éviter de froisser tel ou tel élu, tel ou tel chef d’entreprise, telle ou telle profession règlementée dont le poids pourraient avoir des incidences sur l’avenir du journal, sous perfusion de ce qu’on nomme poliment « les aides indirectes à la presse » ?


Il y a pile un an, l’auteur des lignes de ce blog en a lui-même fais les frais, oh je vous rassure, dans une mesure fort mesurée au regard de ce qui vient de se passer. A cause d’un article (Le fait du prince) il fut durement sanctionné par une hiérarchie sous pression après avoir été exclu de conférences de presse de la part de l’élu froissé (un ancien ministre). On tapa du poing sur les tables de part et d’autres et on n’apprécia guère la liberté d’expression de ce blog, après avoir baissé pavillon sur la liberté de la presse. Pour la seule et unique fois, un article fut donc retiré du blog, dont l’audience ne dépasse guère la trentaine de consultations quotidiennes (40 les meilleurs jours !) c’est dire si la République était menacée ! 


Alors on sourit un peu en voyant des « Charlie » soudainement émus aux larmes pour défendre la presse satyrique alors que les mêmes étaient représentés en bien mauvaises postures dans les caricatures de nos regrettés dessinateurs. Ils doivent se retourner dans leurs tombes.
D’ailleurs, les survivants de cette boucherie ne se gênent pas pour le dire : ils s’étonnent de cet élan soudain d’amour envers eux, et « vomissent » les nouveaux adorateurs (« Nous vomissons sur tous ces gens qui, subitement, disent être nos amis », a déclaré le dessinateur Willem à un quotidien néerlandais). Luz, quant à lui, déclare à nos confrères de FranceTV info « qu’au final, la charge symbolique actuelle est tout ce contre quoi Charlie a toujours travaillé : détruire les symboles, faire tomber les tabous, mettre à plat les fantasmes, déplore-t-il. Le symbolisme au sens large, tout le monde peut en faire n’importe quoi. Même Poutine pourrait être d’accord avec une colombe de la paix. »


Nous verrons bien si cet élan aussi spontané que généreux de défense de la liberté d’expression se traduit dans les faits durables dans les jours, semaines et mois à venir. Je le des sincèrement : je l’espère de toutes mes forces. L’énorme mobilisation de dimanche fait vraiment chaud au cœur, un peuple, une nation debout, c’est beau. Seuls font désordre sur la photo les représentants de pays étrangers pas franchement connus pour leur liberté d’expression, de la presse et de libertés tout court.


Mais nous savons trop bien, dans notre histoire, combien ces élans peuvent retomber comme des soufflets sortant du four et combien nous sommes capables, par lâcheté, fainéantise, couardise, et surtout petits arrangements entre « amis » de rater les rendez-vous que l’histoire nous donne. « Les politiques seront-ils à la hauteur ? » s’interrogeait Régis Debay lundi matin sur France Culture. Un long silence et une profonde inspiration a valu toutes les réponses du monde.
Sinon, la tartufferie continuera son prodigieux spectacle et la mémoire de tous ceux qui ont été exécutés par les terroristes ne sera ni honorée ni respectée. Et de là haut, on les entendra sûrement rugir, eux qui étaient « contre les cons qui gagnent toujours à la fin car ils sont trop. »

 

 

SAB 1742 R

                                                    - à Blois dimanche 11 janvier -

 

 

SAB 1751 R

                                                  - à Blois dimanche 11 janvier -  

 

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« Mourir ? Plutôt crever ! » *

9 Janvier 2015 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #l'évènement

 

 

Charlie Romo 5

 

 

C’était au tout début des années 90. Avec quelques copains du lycée, nous avions ressuscité un des nombreux journaux dits scolaires qui avaient tenté, à leur manière, de croquer la vie pas toujours mouvementée du bahut. Le Cupidon Times succédait à Holidays, qui succédait lui-même à Graffiti.


À Angoulême, chaque mois de janvier a lieu le Festival de la Bande dessinée, une grand messe incontournable dont nous ne manquions jamais une édition. Cette année-là, un peu bravache, nous avons écrit au service presse du Festival, pour demander des accréditations en vue d’un numéro spécial BD du Cupidon Times, journal du très chic lycée Saint-Paul. Et nous les avons obtenues !


Imaginez la joie de ces quatre ou cinq ados encore bien boutonneux, avec leurs accréditations presse autour du cou, carnets à spirales sous le bras et plusieurs stylos dans la poche, « au cas où il y en ait un qui tombe en panne ! »
Sommet du Festival, la remise des Alph’arts au théâtre de la ville (les prix, équivalent des palmes cannoises). Nous y étions. J’y étais. La cérémonie était assez chiante à cette époque-là, depuis ça s’est un peu amélioré, mais il y régnait une incomparable ambiance loufoque, totalement foutraque, mélange savoureux de professionnalisme et d’esprit BD.

Ça sentait la clope, la bière tiède, la crotte de nez, le vieux cuir, la sueur et l’amitié. Il y avait des dessinateurs (et dessinatrices !) partout, dans un joyeux bordel que je ne suis pas prêt d’oublier. Un autre monde. Mais quel monde !


En me frayant un chemin dans les couloirs de ce joyeux merdier, j’avise Cabu. A moins d’avoir passé toute sa vie dans une grotte au fond des bois sans électricité ni télévision, impossible de le rater. Sa coupe au bol de Playmobil, ses petits yeux malicieux derrière des binocles : le grand Duduche, devant moi, là, seul. Timidement, je me lance : « euh… Cabu ? Euh… Une dédicace pour le Cupidon Times ? » Il se marre : « le quoi ? » « Le Cupidon Times », dis-je. « Un journal de lycée, l’ancien lycée de Mitterrand ici à Angoulême. » Et d’expliquer l’esprit du canard, son irrévérence, bien surveillée par les gardes chiourmes et censeurs du bahut.


Je sors le calepin de ma poche ; il sort son arme : un stylo. Il griffonne quelque chose, à l’envers je ne vois pas bien ce que c’est. Je lui explique qu’à cause de mes insolences, les profs me sortent de cours parfois. Il sourit, sans s’arrêter de dessiner. Puis il légende le tout et me tend le calepin. Je le remercie, et il s’en va, doucement, comme sur la pointe des pieds. Je regarde le crobard : il a dessiné un type avec une crosse et une mitre, légendé : « Moebius est devenu évêque ! » À l’époque, je ne connaissais pas bien cet auteur, je me suis rattrapé depuis. Et je me demande bien pourquoi il m’a dessiné ça, mais je me garde bien de courir après lui pour le lui demander. Mes semelles ne toucheront pas le sol pendant 8 jours. J’ai croisé Cabu. Il a été d’une gentillesse extrême. Il m’a fait un dessin pour le Cupidon Times.


Ça se passait comme ça, à la BD d’Angoulême : Cabu, Wolinski, Siné, Cavana, Vuillemin, Edika et consorts se baladaient dans les rues, dédicaçaient dans la chaleur moite des chapiteaux chez leurs éditeurs, faisaient la fête dans les bistrots. Nos bistrots, de notre ville. On était en famille, eux ressemblaient à des oncles ou des cousins un peu en marge, mais tellement drôles, attachants et surtout gentils. Ils se baladaient avec leurs armes de dérision massive : un sourire, des crayons, du papier et de l’encre.

 

Aujourd’hui que le sang – d’encre – a coulé dans une rédaction à Paris dans le 11e, le Cupidon Times ressurgit du fond de ma mémoire et me tire une flèche en plein cœur, et un coup de pied dans la gueule. Merde. Fais chier. Sa mère la pute. Allez vous faire foutre.


« Être tué par balles pour un antimilitariste, quelle ironie. » (Anne Jouan, Le Figaro du 8 janvier).


« On n’a pas peur des trous d’balles. » (Wolinsky). 

 

 

* Siné.


bites

 

F.S

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Je suis Charlie (aussi)

8 Janvier 2015 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #l'évènement

 

 

Putain, j'arrive pas à m'y faire. Dites-moi que je vais me réveiller, que tout cela n'est qu'un très mauvais cauchemar...

 

 

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Lettre à ma grand-mère qui n’y connaissait pas grand-chose au foot

4 Juillet 2014 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #l'évènement

 

 

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Chère mamie. Si je prends la plume (le clavier) aujourd’hui, c’est pour te dire, bien des années plus tard, que si tu étais la plus chouette des grands-mères, tu étais une bille en commentaires de foot. Je te parle d’un temps que les moins de quarante ans ne peuvent pas connaître. C’était le 8 juillet 1982, vers 23 heures. Nous étions, avec Arnould, ton mari, mon papi, dans un camping de Vaux-sur-Mer, près de Royan. Il faisait beau, il faisait chaud. J’avais d’ailleurs attrapé un sérieux coup de soleil sur mon torse glabre de jeune garçon d’à peine 9 ans. Un voisin du camping m’avait conseillé de badigeonner ce coup de soleil avec une tomate coupée en deux. Depuis, je recherche activement ce con afin de le poursuivre pour homicide volontaire sur mineur de moins de quinze ans. 

 

Ce soir-là, la France de Platini, Giresse, Tigana, Trésor, Rocheteau etc. jouait la demi-finale de Coupe du monde, à Séville au stade Sanchez Pizjuan. Quelques 70.000 spectateurs ont assisté ce soir là à une véritable tragédie grecque. L’Allemagne s’appelait encore la RFA, car, comme disait Mauriac : « J’aime tellement l’Allemagne que je préfère qu’il y en ait deux. » On ne va pas refaire le match. « L’attentat » d’Harald Schumacher sur Patrick Battiston (traumatisme crânien, deux dents cassées, mâchoire fracturée et aucun carton même pas un petit jaune pour ce boucher teuton). Le match nul à la fin du temps règlementaire. Les prolongations. La France qui mène 3-1. La joie indescriptible d’Alain Giresse après son but (il doit courir encore !). L’entrée en jeu d’un quasi inconnu – pas pour longtemps – Rummenigge, qui va semer la panique dans le camp français. La RFA qui égalise 3-3. La séance de tirs au but homérique. La RFA qui se qualifie in fine pour la finale (qu’elle perdra d’ailleurs 3-0 contre l’Italie). 

 

Chère mamie, j’ai vu ce match dans son intégralité assis sur une table de bar ronde, dans le café-restaurant-épicerie-jeux du camping. L’ambiance y était incroyable, et 32 ans après, je m’en souviens très précisément. Derrière moi, assis, deux énormes prussiens buvaient en silence des chopes de bière à la mesure de leur carrure et de leur tour de taille. Quand la France marquait des buts, j’osais à peine bouger, et pas seulement par crainte de renverser de la bière. C’était ma première expérience de joie toute intérieure. Régulièrement, papi venait voir si j’étais toujours vivant… Et puis il y a eu la fin du match. La défaite injuste, cruelle, le truc de dingue que personne n’aurait pu imaginer avant le coup d’envoi. Alors, comme des milliers (peut-être des millions ?) de gens : j’ai pleuré. Des larmes d’une tristesse infinie, que je n’avais jamais ressentie auparavant à mon âge. Les deux Allemands se sont levés, leur joie était discrète et je leur en suis reconnaissant. L’un d’eux m’a tapé doucement sur l’épaule en signe de compassion, et aussi probablement pour signifier que le sort aurait pu en être autrement. Ou peut-être pour se foutre de ma gueule, qui sait ? 

 

Je suis rentré à l’emplacement où nous avions notre caravane. Je pleurais toujours. Alors tu as eu cette phrase assassine qui a fini de me tuer ce soir-là. Tu m’as dit : « Ah ! Mais tu ne vas quand même pas pleurer pour un match ! » 

 

Si, mamie, si. Justement. Et le pire c’est que ces saligots-là ont remis ça quatre ans plus tard, en 1986 au Mexique, au cours d’un non-match (perdu 2-0) après une autre épique rencontre contre les Brésiliens. Je me souviens d’ailleurs de ta joie – car l’ironie de l’histoire a fait que nous avons vu ce fameux match ensemble, le 21 juin 1986, papi étant décédé quelques mois plus tôt – comme si la leçon du bourbier de Séville avait finalement porté ses fruits. 

Mais pour le 8 juillet 1982 à 23 heures, non, décidément, mamie, je n’arrive pas à te pardonner… 

 

Je t’embrasse du plus loin que tu te trouves désormais. 

Ton petit fils. 

 

 Giresse - Six

 

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Un homme d’honneur

30 Août 2013 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #l'évènement

 

  PUTSCH-ALGER-AVRIL-1961

 



C’est à l’heure où nous écrivons ces lignes qu’on porte en terre, après un passage à la primatiale Saint-Jean de Lyon, Hélie Denoix de Saint Marc.
 

 

Cet officier de la Légion étrangère, né en 1922 à Bordeaux, aura, selon ses propres mots, « vécu pas mal d’épreuves. » Stupéfié par la débâcle de 1940, il entre naturellement en Résistance comme agent de liaison du réseau Jade-Amicol. Arrêté en juillet 1943, il est déporté à Buchenwald, puis à Langenstein. Il survit par miracle, et les Américains le ramassent dans un mouroir inconscient lorsqu’ils libèrent le camp en avril 1945.
Il entre à Saint-Cyr, et choisi en décembre 1947, la Légion étrangère. Il est envoyé en Indochine avec le 3e Régiment étranger d’infanterie. Un lien fort se tisse avec le pays et les Indochinois. Comme beaucoup d’autres, il reçoit l’ordre d’abandonner son poste, créant chez lui une fracture qui ne guérira jamais. Il l’appellera « sa blessure jaune. » Il n’oubliera jamais que la France avait « promis de ne jamais abandonner ce peuple. »
Il embarque ensuite pour l’Algérie, recruté par la général Challe. Fin 1954, il débarque à Oran, puis dans les Aurès, et il sera au service du général Massu, au plus fort du conflit. Il participe à la bataille d’Alger entre janvier et septembre 1957. « La plus amère des épreuves, » dira-t-il ensuite. En avril 1961, à la tête du 1er Régiment étranger de parachutistes, il prend partie pour le général Challe et participe au putsch des généraux. L’affaire échoue et plutôt que d’entrer dans la clandestinité, il se constitue prisonnier. Au procès qu’il subit en juin 1961 devant le haut tribunal militaire, il assume et prend la défense des harkis, menacés du même sort que les Indochinois abandonnés 8 ans plus tôt.
Il est condamné à 10 ans de réclusion criminelle. Il sera libéré fin 1965, gracié en 1966, amnistié en 1968. Il sera réhabilité dans ses droits civils et militaires en 1978. Il demeurera silencieux et s’effacera de la vie publique, jusqu’à ce que son petit neveu Laurent Beccaria ne l’interroge pour son mémoire de Sciences-po. Une biographie paraîtra en 1989, puis ses mémoires en 1995. Il est fait grand-croix de la Légion d’honneur en novembre 2011. Il avait dit à ce sujet : « La Légion d’honneur, on me l’a donnée, on me l’a reprise, on me l’a rendue… »
Un homme blessé mais à la très grande dignité, pour lui « tout se tient, il n’y a pas d’actes isolés. »
Un homme d’honneur surtout, qui devait souffrir en silence de vivre à une époque où ses valeurs, ses engagements, ses combats étant la plupart du temps perçus comme décalés, réactionnaires, risibles, naïfs. Pas seulement par une sous-culture de gauche d’ailleurs, comme on le dit de manière un peu légère. Mais aussi par une sous-culture mercantile, financière, de la distraction et de l’amusement généralisés.

 

 

J’ai la chance – car c’en est une – d’avoir provisoirement en ma possession un carnet de notes d’un officier de marine. Un homme décédé il y a bientôt 5 ans, pour lequel je voue une admiration sans borne. Ce vice-amiral avait un parcours semblable à celui de Saint Marc. En particulier l’attachement sans limite à la parole donnée, à l’honneur, la fidélité à ses idéaux, à la France, à la mission reçue et exécutée avec loyauté. Dans ce carnet, cet officier qui participa aussi à la Guerre d’Algérie (avec la demi-brigade de fusiliers marins) avait recopié de sa main un extrait du procès d’Hélie de Saint Marc devant le haut tribunal militaire. Le voici.
Je n’ai personnellement aucun commentaire à y ajouter. Tout est dit. On n’est pas obligé d’apprécier le style, si on n’aime pas on ferme le blog et on s’en va. Mais je crois qu’il y a de grandes leçons contenues dans cette déclaration qui pourraient encore servir à beaucoup aujourd’hui…

 

 

 

La déclaration devant ses juges du Chef de Bataillon de Saint-Marc. 
 

 

« Ce que j’ai à dire est simple et sera court. Depuis mon âge d’homme, Monsieur le Président, j’ai vécu pas mal d’épreuves : la Résistance, la Gestapo, Buchenwald, trois séjours en Indochine, la guerre d’Algérie, Suez, encore la guerre d’Algérie.
En Algérie, après bien des équivoques, après bien des tâtonnements, nous avons reçu une mission simple, une mission claire : vaincre l’adversaire, maintenir l’intégrité du patrimoine national, y promouvoir la justice sociale, l’égalité politique.
On nous a fait faire tous les métiers parce que personne ne pouvait ou ne voulait les faire. Nous avons mis dans l’accomplissement de notre mission, souvent ingrate, parfois amère, toute notre foi, toute notre jeunesse, tout notre enthousiasme. Nous y avons laissé le meilleur de nous-mêmes. Nous y avons gagné l’indifférence, l’incompréhension de beaucoup, les injures de certains.
Des milliers de nos camarades sont morts en accomplissant cette mission.
Des dizaines de milliers de musulmans se sont joints à nous comme camarades de combat, partageant nos peines, nos souffrances, nos espoirs, nos craintes.
Nombreux sont ceux qui sont tombés à nos côtés. Le lien sacré du sang versé nous lie à eux pour toujours.
 

 

Et puis un jour, on nous a expliqué que notre mission était changée. Je ne parlerai pas de cette évolution incompréhensible pour nous. Tout le monde la connait.
Et, un soir pas tellement lointain, on nous a dit qu’il fallait apprendre à envisager l’abandon possible de l’Algérie, de cette terre si passionnément aimée, et cela d’un cœur léger.
 

 

Alors nous avons pleuré.
 

 

L’angoisse a fait place dans nos cœurs au désespoir. Nous nous souvenions de quinze années de sacrifices inutiles, de quinze années d’abus de confiance et de reniement. Nous nous souvenions de l’évacuation de la haute région, des villageois accrochés à nos camions qui, à bout de force, tombaient en pleurant dans la poussière de la route.
 

 

Nous nous souvenions de Dien-Bien-Phu, de l’entrée du Viet-Minh à Hanoï. Nous nous souvenions de la stupeur et du mépris de nos camarades de combat vietnamiens, en apprenant notre départ du Tonkin. Nous nous souvenions des villages abandonnés par nous et dont les habitants ont été massacrés. Nous nous souvenions des milliers de Tonkinois se jetant à la mer pour rejoindre des bateaux français. Nous pensions à toutes ces promesses solennelles faites à cette terre d’Afrique.
Nous pensions à tous ces hommes, à toutes ces femmes, à tous ces jeunes qui avaient choisi la France à cause de nous, et qui, à cause de nous, risquaient chaque jour, à chaque instant, une mort affreuse.
Nous pensions à ces inscriptions qui recouvrent les murs de tous les villages et les mechtas d’Algérie : « l’Armée nous protège. L’Armée restera. »
Nous pensions à notre honneur perdu.
 

 

Alors le général Challe est arrivé. Le grand chef que nous aimons et admirons et qui, comme le maréchal de Lattre en Indochine, avait su nous donner l’espoir et la victoire. Le général Challe m’a vu. Il m’a rappelé la situation militaire. Il m’a dit qu’il fallait terminer une victoire presqu’entièrement acquise, qu’il était venu pour cela.
Il m’a dit que nous devions rester fidèles à nos promesses, que nous devions rester fidèles aux combattants, aux populations européennes et musulmanes qui s’étaient engagées à nos côtés. Que nous devions sauver notre honneur.
 

 

Alors j’ai suivi le général Challe.
 

 

Et aujourd’hui je suis devant vous pour répondre de mes actes et ceux des officiers du 1er REP, car ils ont agi sur mes ordres.
Monsieur le Président, on peut demander beaucoup à un soldat, en particulier de mourir, c’est son métier.
On ne peut lui demander de tricher, de se dédire, de se contredire, de mentir, de se renier, de se parjurer.
Oh ! Je sais, Monsieur le Président, il y a l’obéissance, il y a la discipline.
Ce drame de la discipline militaire a été douloureusement vrai pour la génération d’officiers qui nous a précédés, par nos aînés. Nous-mêmes l’avons connu, à notre petit échelon jadis comme élèves officiers, ou comme jeunes garçons préparant Saint-Cyr.
Croyez bien que ce drame de la discipline a pesé de nouveau lourdement et douloureusement sur nos épaules devant le destin de l’Algérie, terre ardente et courageuse à laquelle nous sommes attachés aussi passionnément qu’au sol de nos provinces natales.
 

 

Monsieur le Président, j’ai sacrifié vingt années de ma vie à la France. Depuis quinze ans, je suis officier de Légion. Depuis quinze ans je me bats. Depuis quinze ans j’ai vu mourir pour la France des Légionnaires étrangers peut-être par le sang reçu, mais français par le sang versé.
C’est en pensant à mes camarades, à mes sous-officiers, à mes Légionnaires tombés au champ d’honneur, que le 21 avril à 13h30 devant le général Challe, j’ai fait mon libre choix.
 

 

Terminé, Monsieur le Président. »

                                                              *************

La citation qui suit cette prise de notes est de Charles de Gaulle, « Ceux qui accomplissent quelque chose de grand doivent souvent passer outre aux apparences d’une fausse disciplines. »

Juste après dans le cahier, une citation d’Alfred de Vigny : « La parole qui, trop souvent, n’est qu’un mot pour l’homme de haute politique, devient un fait terrible pour l’homme d’armes ; ce que l’un dit légèrement ou avec perfidie, l’autre l’écrit sur la poussière avec son sang, et c’est pour cela que beaucoup doivent baisser les yeux devant lui. »

 

 

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  Photos : D.R

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Tiens, à propos des fachos...

9 Juin 2013 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #l'évènement

 

 

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                                               - Parvis de la primatiale St-Jean à Lyon, 14 janvier 2012 -

 

 

Lundi 16 janvier 2012, je publiais sur ce blog cet article  L'ordre noir , revenant d'un week-end lyonnais où j'étais tombé par hasard sur une manif des "Jeunesses nationalistes."

C'est étrange comme les propos gueulés lors de cette manif n'ont, hélas, pas pris une ride, s'il est permis de s'exprimer ainsi.

Le gouvernement parle de dissoudre un de ces mouvements. Ce qui, à écouter les chercheurs s'intéressant au sujet, sera contre-productif. Car une fois tombés dans la clandestinité, ces groupuscules sont plus difficiles à suivre. Certains renaissent de leurs cendres quelques mois après, sous un autre nom, plus énervés que jamais.

 

Le Président Hollande, pendant sa campagne électorale l'année dernière voulait "une France appaisée," après les cinq ans de crispation, d'énervement, de coups de menton, de démonstration de biceps, de "vous allez voir ce que vous allez voir." 

Le moins que l'on puisse dire, c'est que jusqu'à présent c'est raté, bien au contraire.

 

A force de jouer avec le feu, les apprentis sorciers... etc. etc.

 

 

  F.S

 

 

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