Alors comme ça ?
Ben Laden est mort. On a retrouvé une boîte noire (en réalité orange). Le foot français instaurerait des quottas raciaux (mais quelle idée saugrenue !). La famille de Kadhafi s’est fait bomber la gueule. Marine L.P. savoure son printemps. Yvan Colonna retourne en appel.
Le télescopage de ces informations rend la radio et les télévisions folles. D’un seul coup, tout s’emballe. Comme d’habitude des speaker glosent avec peu d’éléments, des sources proches de l’enquête qui n’en savent guère plus, des envoyés spéciaux sans sommeil interviennent 24h/24. Beaucoup de bruit pour pas grand-chose, en attendant les analyses plus poussées à la fumée des cierges.
Pendant ce temps-là, il y en a un à qui profite le crime : Xavier (Dupont de Ligonnès). Il court toujours, ou ne court plus allez savoir. La traque continue, mais en silence, et c’est tant mieux, peut-être.
Peut-être était-il à Rome, dimanche, pour la béatification du pape polonais ?
Ça fait froid dans le dos…
British kiss
- They did it ! -
Quelques grammes de douceur et de rêve dans ce monde de brutes...
Va chez ton libraire !
et demande-lui ce livre...
Tout à commencé par une interview, dans un petit studio de radio, à l’occasion d’émissions estivales. Un auteur, Philippe Lemmonier, venait de faire paraître La Traversée des Alpes par le GR5, du Lac Léman à la Méditerranée. Dix minutes de rush, une heure de conversation en off. Et cette idée : la traversée des Pyrénées dans le sens Atlantique – Méditerranée ou l’inverse, c’est couru, si on peut dire ainsi. Mais dans le sens nord – sud, sud – nord, il n’y a rien de fait, mettant en parallèle les images d’archives et les randonnées actuelles. C’était fin juin 2009, à Lyon, le début d’une grande aventure. Rentré chez moi, je me jette sur internet, pour étudier de près la question. En tapant : "traversée de la frontière par les Républicains espagnols", je tombe sur l’épisode de la Bolsa de Bielsa, entre la vallée aragonaise et la vallée d’Aure. Puis, de fil en aiguille, j’enrichis la recherche dénichant la thèse de la toulousaine Emilienne Eychenne, Pyrénées de la liberté, les évasions par l’Espagne, 1939-1945. Une vraie mine d’or.
Premiers pas de marche sur les traces de…, fin septembre 2009, entre Bielsa et la Vallée d’Aure. Premières photos, premiers textes. Ici
L’éditeur répondra favorablement et oralement fin décembre, alors que je m’apprêtais à explorer raquettes aux pieds la jolie vallée d’Eyne, en Cerdagne, près de Font-Romeu.
Signature du contrat auteur / illustrateur le 22 avril à Rennes, chez Ouest-France. Cette fois-ci c’était sérieux, et il y avait une date limite de péremption : 1er décembre, remise du manuscrit et des photos.
En mai, fais ce qu’il te plaît : Toulouse la rose et sa bibliothèque d’histoire et de patrimoine m’ont accueillis pour approfondir le sujet, et commencer à tracer des traits de couleurs sur les cartes IGN série bleue au 25.000e. Une manière, déjà, de franchir la frontière.
Les photographes Pascal Maguesyan et Thierry Chassepoux entrent en scène, me prêtant du matériel dont je prendrai soin comme un trésor. Le Nikon D200 et son objectif Sigma 24x70 (agrémenté d’un 85mm focale fixe de chez Nikon) vont m’accompagner tout l’été, même dans mon sommeil, jusqu’à l’acquisition d’un D300 à la rentrée de septembre.
20 juin 2010 : en avant pour le début des randos historiques, sur les traces des Républicains espagnols et des Évadés de France. Là et encore là Des paysages, des cols frontaliers, des cailloux, des levés aux aurores, des pâtes, une tourista coupe-pattes à Gavarnie à cause d'une eau bue sous la brèche de Roland, des visages et de belles rencontres humaines (Herminia Muñoz, Josette Devin, Olivier Nadouce, l’équipe du musée de la déportation et de la résistance de Tarbes…). Fin des épisodes photos : 25 octobre, sur la trace de Piston, passeur de liberté près de l’étang Garbet (Ariège). Piston
Puis vint le temps de la rédaction, de la mise en forme, de la relecture et de la dure sélection des photos : 230 sur 5000 rapportées. Des nuits courtes, des matins d’automne levé à l'aube, des inquiétudes (livrer à temps), une certitude : le but était proche.
1er décembre : tout fut livré à Ouest-France éditions. Relecture, re-re-lecture, pré-maquettage (17 décembre), corrections, re-corrections, ajouts, finitions. 21 mars, « BAT », bon à tirer. Et, ce matin, au courrier, une enveloppe alourdie par le travail d’un an et demi.
Il est parfois des rêves qui deviennent réalité.
PS : merci à ceux et celles qui ont soutenu ce projet.
Comme un arbre dans la ville
- putain de fil électrique -
... Je suis né dans le béton, coincé entre deux maisons, sans abri, sans domicile, comme un arbre dans la ville.
(Max Le Forestier)
- Une île -
Madame promène son cul sur les rempart de… *
Ça se passe de commentaires. Et ça se passe à la boulangerie. Trois personnes devant l’homme qui a besoin de pain. Une vendeuse, et en l’occurrence pas n’importe quelle vendeuse : la patronne de la boulangerie. Les clients avancent, puis partent une fois servis.
Vient le tour de la dame devant l’homme, vêtue d’un jean moulant des fesses molles et basses, semblant donner la direction de chaussures genre demi-santiags à bouts pointus, et rayées marine et gris. « Ça donne un genre, » comme dirait ta mère. A ce moment-là, la patronne-vendeuse-boulangère s’exclame suffisamment fort pour que l’homme qui est derrière entende : « Bonjour, Madame Machin ! » (le nom d’un élu local très connu et très en vue). L’homme ne savait pas que c’était Madame Machin, l’épouse de l’adjoint au maire et président de l’agglo. Madame Machin, dont il ne voit pas le visage puisqu’il est derrière son dos, semble néanmoins flattée par cette marque de reconnaissance sociale des petites villes bourgeoises de province. Elle demande une ficelle provençale, une baguette à l’ancienne et un autre truc. Elle paie et s’en va, saupoudrée de « Merci Madame Machin, au revoir. »
Arrive le tour de l’homme qui était derrière. Illustre inconnu – juste client régulier de la boulangerie qui a pignon sur rue – il a droit à un : « Et pour vous, ce sera ? »
Ben… un pain, avant de te le mettre dans la figure.
* Jacques Brel, Les remparts de Varsovie.
La vie de château (ou presque)
Avec le retour des beaux jours, comme disent les anciens, c’est le retour de la vie dehors. Les pigeons roucoulent, les adolescents roucoulent, les amours adultérins adultérinnent, les joggeurs et joggeuses courent, les fenêtres sont ouvertes. Et les terrasses des cafés offrent aux promeneurs fatigués de quoi éponger une soif. Si la première gorgée de bière est un plaisir minuscule aux effets grandissants, les premiers mots d’un livre ressemblent souvent à des premiers mots d’amour. Avant d’en recueillir les maux, parfois. Comme disait je ne sais plus qui : « Les racines de la littérature sont amères, mais que les fruits sont doux. »
Chaque matin, celui-ci, sous le château royal, est attablé devant un café-verre d’eau. Immuable. Imperturbable. Un livre à la main, il lit. Peut-être fait-il partie du décor de ce bistrot comme il en existe d’autres dans le coin. D’ailleurs il en existe un autre, sur le même trottoir, mais de l’autre côté d’une ruelle adjacente. C’est là qu’il était, au début des beaux jours. Désormais, il a pris place à la brasserie du château. On le dirait sorti comme la pancarte des menus. Un café littéraire peut-être ? Heureux présage… Ou bisbille avec l’aubergiste d’à côté ? Ou bien le café était meilleur ? L’ensoleillement, peut-être ? Que sais-je ?
Ce que je sais, c’est que ce lecteur matinal amateur de café me réjouit chaque jour, à la même heure, à cet endroit-là. Quand tout s’agite autour de lui, voitures, bus, adolescents braillards scolarisés dans le quartier, camions de livraison, balayeurs, journaliste se rendant à l’usine, lui, il lit. Consciencieusement. Méthodiquement. Amoureusement. Il est là, et c’est très bien comme ça. J’appréhende le jour prochain – qui finira par arriver – où la pluie le fera rentrer. Ou un petit coup de froid d’avril, ou des saints de glace du mois de mai…
« Et avec ça ? Un café, et l’addition. »
Sauvagerie à l'état naturelle
- Envole-moi -
- Terre inconnue -
- Partir -
- Au commencement -
Et j'en avais envie aussi
Moi, mon souvenir le plus sincère
Se trouve au fond d'une mélodie
Que jouait un type un peu solitaire
Et qui s'en est allé depuis
Je vois l'image encore entière
De quand nous étions réunis,
Tu voulais voir d'autres lumières,
Et j'en avais envie aussi
Et tous les gens regardaient vers la mer,
On s'en ira, ce n'est qu'un geste à faire
Pour toute la vie
Ou pour un peu d'imaginaire
Juste le temps d'un peu d'oubli
C'était dans l'ombre, c'était dans l'air
Par les chemins qu'on a suivis
De la nuit sombre jusqu'au matin clair
Et j'en avais envie aussi
Et tous les gens regardaient vers la mer,
On s'en ira, ce n'est qu'un geste à faire
Pour toute la vie
Ou pour un peu d'imaginaire
Juste le temps d'un peu d'oubli
Et puis, la vie qui fait ses affaires
Ami du jour, au ciel de lit,
Il te fallait ton univers
Et j'en avais besoin aussi
Maintenant et toujours, comme hier,
Quand on se croise, on se sourit
C'est sans regrets, c'est sans mystères
J'en avais envie aussi
(William Sheller)
Photos : FS.
Ariège. Col de Puymorens ; Puig de la Coma d'Or (2826m) ; Etang Lanoux ; Ref des Bésines ; l'Hospitalet-près-l'Andorre ; Ussat-les-Bains.
La distance et la posture
Pour un peu, on ressusciterait la fameuse fracture sociale du trio Chirac-Séguin-Guaino. Mais nous n’en sommes plus là, hélas serait-on tenté de dire.
Le résultat du second tour des élections cantonales – certes scrutin qui ne concernait que la moitié des électeurs français – donne une fois encore un seul et unique vainqueur : l’abstention. La question n’est plus : « Pour qui voulez-vous voter ? » mais : « Pourquoi aller voter ? » La réponse des Français et des Loir-et-Chériens est nette : c’est non (52,35% d’abstention).
Les élites politiques semblaient déjà avoir perdu le contact avec la base. Mais il y a désormais plus inquiétant : les politiques de la base semblent aussi avoir perdu le contact avec leur propre territoire. Ceux dont on disait qu’ils sont près du peuple peinent à rassembler dans les urnes. Cela ressemble à une ambiance fin de règne – celle du conseiller général qui fusionnera avec le conseiller régional en 2014 pour ne faire qu’un – mais celui-ci n’offre pour l’instant aucune garantie d’une levée en masse des électeurs dans trois ans.
L’Union pour le Loir-et-Cher, et Maurice Leroy en tête, ont beau fêter la victoire (le canton de Montoire-sur-le-Loir leur permet de consolider leur majorité) en insistant sur l’union, c’est l’abstention qui réclamerait la plus grande attention des élus locaux. Celle-ci a augmenté son score de vingt points depuis la dernière élection cantonale de 2004. Si elle avait un visage, on l’inviterait sur les plateaux médiatiques.
Les élus ont un problème de crédibilité : ils semblent empêtrés entre l’urgence et l’efficacité.
Or qu’elle soit nationale ou locale, la politique n’apparaît plus comme quelque chose qui puisse améliorer le quotidien des Français. Pire : nous semblons entrés dans l’air du « à quoi-bonisme » qui consiste à dire que voter ne changera rien. Face à l’impuissance, les Français sont terriblement déçus, n’y croient plus, et se replient, lentement mais sûrement, dans un individualisme ronchon et cloisonné, hermétique à toutes valeurs collectives qui permettraient, selon l’observation du médiateur de la République Jean-Paul Delevoye, de sortir par le haut avec un réel projet commun où le souci éthique collectif l’emporterait sur l’individuel et le dernier pré carré à défendre. L’utopie n’est plus très loin…
Une des explications possibles de ce désenchantement réside sans doute dans la posture adoptée par les hommes et femmes politiques. Pas seulement la posture éthique. C’est aussi une question de posture externe, comme une musculature venant se greffer sur la colonne vertébrale précédemment citée. Il est regrettable, vraiment, que des élus locaux pâtissent des frasques et errements des élites politiques nationales, totalement déconnectées des réalités. Ces élus de terrain – et l’expression est parfois condescendante - qui ne comptent ni leurs heures, ni leur énergie, font les frais de la posture politique déplacée mise en permanence sous les projecteurs. Les médias nationaux ont leur part de responsabilité, mais pas seulement. Les élites politiques sont grandement responsables de la désaffection des urnes, et du tort causé aux élus locaux. Dire, ce n’est pas faire, et les éléments de langage répétés à l’envie ne suffisent pas à donner de la crédibilité à l’action. Ni à résoudre les problèmes. La méthode de gouvernance au sondage ressemble de très près à de la navigation à vue, et personne n’a découvert de nouveaux continents en faisant du cabotage. Enfin, il semblerait que pour les électeurs français, le compteur soit bloqué sur le bling-bling des débuts du quinquennat, cette droite décomplexée qui s’est engluée dans une crise d’ado jetant le discrédit et la suspicion sur tout le monde. Une grande distance entre le quotidien des électeurs censés se rendre aux urnes pour élire ceux qui gèrent finalement leur quotidien (routes, collèges, développement économique, RSA, aide à l’autonomie, compensation du handicap etc.) semble creusée sans que l’on sache pour combien de temps, laissant la place aux simagrées des extrêmes et populistes jouant sur les peurs et les humiliations.
Les prochains scrutins locaux seront proposés à l’horizon 2014 : élections municipales et le nouveau conseiller territorial. Entre les deux : une présidentielle et des législatives. Où seront les abstentionnistes ? A la pêche ? Ou au Front National ?
La réponse est, peut-être, dans la posture.
Raconte-moi la mer
"Mais... chanter,
Rêver, rire, passer, être seul, être libre,
Avoir l'œil qui regarde bien, la voix qui vibre,
Mettre, quand il vous plaît, son feutre de travers,
Pour un oui, pour un non, se battre, - ou faire un vers !
Travailler sans souci de gloire ou de fortune,
À tel voyage, auquel on pense, dans la lune !
N'écrire jamais rien qui de soi ne sortît,
Et modeste d'ailleurs, se dire : mon petit,
Sois satisfait des fleurs, des fruits, même des feuilles,
Si c'est dans ton jardin à toi que tu les cueilles !
Puis, s'il advient d'un peu triompher, par hasard,
Ne pas être obligé d'en rien rendre à César,
Vis-à-vis de soi-même en garder le mérite,
Bref, dédaignant d'être le lierre parasite,
Lors même qu'on n'est pas le chêne ou le tilleul,
Ne pas monter bien haut, peut-être, mais tout seul !"
- Cyrano de Bergerac -
/image%2F1527809%2F20151022%2Fob_c73004_sab-9651-r.jpg)