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Le jour. D'après fred sabourin
Articles récents

Vicdessos, Goulier, Mounicou, Bassiès, Soulcem

11 Avril 2012 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #montagne

 

 

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Pâques à Vicdessos c’était le programme de cette année, rien à voir avec la fête du même nom, simplement c’est pratique de disposer de trois jours pour aller frotter ses semelles de vent aux Pyrénées ariégeoises, les plus proches de chez moi (si l’on peut dire…).
À Tarascon-sur-Ariège, il faut s’engouffrer au sud-ouest direction Niaux et ses célèbres grottes, dans une vallée encaissée qui se dirige vers Vicdessos. Premier arrêt près d’antiques pompes à essence des cars « Pujol », entreprise de transport qui existent visiblement toujours mais qui ont considérablement raccourcis la taille de leurs bus. L’un d’entre eux pourri au fond d’un terrain vague, en face des pompes qui indiquent le prix en « francs ». Sait-on jamais…
 

 

 

SAB 2879 R

 

 

 

Après Vicdessos et les Etangs de Bassiès, plus le refuge du même nom (alt. 1700m) par un samedi finalement plus clément qu’annoncé, il faut se mettre en quête d’un logement si possible abordable, le plan toile de tente au camping semblant compromis pour cause de pluie et relative fraîcheur. Dommage, l’année dernière à pareil époque, c’est à Albiès au camping municipal que j’avais planté ma guitoune dans la nuit du 1er au 2 avril (sans poisson). 4° au petit matin, pas de quoi effrayer un ours…
 

 

 

 

SAB 2867 R

                                              - Un homme et son chien -

 

 

Sur la devanture de l’Office de tourisme de Tarascon, une affiche avec des numéros de téléphone et adresses des hôtels, campings, chambres d’hôtes, gîtes de randonneurs du coin. J’opte pour cette dernière catégorie, généralement la moins coûteuse, et prend au hasard un nom et numéro. Ce hasard fait bien les choses puisque moins d’une heure après, pour douze euros la nuit c’est à Mounicou que je mets sac à terre, dans un gîte d’étape rustique à souhait, comme je les affectionne. Le confort est sommaire (dix sept bannettes de couchage superposées) et cuisine tout de même bien équipée, le chauffage étant assuré par une large cheminée dans laquelle ne tarde pas à flamber deux bûches de châtaigner.
 

 

 

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                                               - Mounicou, le bout de la route -

 

 

Quelques courts instants de repos avant le petit déjeuner, et me voilà parti à la découverte de l’Etang d’Izourt, à partir de Goulier, charmant petit village niché au dessus (comme on dit) de Vicdessos. Goulier, ses ruelles étroites et impeccables, son église et son cimetière, sa cabine téléphonique en vrais parpaings, et ses petites affiches plastifiées un peu partout, des arrêtés municipaux principalement, rappelant aux villageois le bon sens civique et quelques règles de savoir vivre (ramasser les crottes des cabots, ne pas voler les sacs poubelles pour les utiliser ailleurs, ne pas garer de voitures n’importe où dans les ruelles etc.). Sur chaque porte, un petit avis scotché : l’eau est impropre à la consommation, des distributions d’eau potable seront indiquées prochainement. Sur les panneaux municipaux, une date : les habitants de Goulier ne peuvent plus boire l’eau du robinet depuis le 3 mars. Ça doit commencer à faire long… On encourage la consommation de vin de pays peut-être.
 

 

 

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                                                   - Ceci n'est pas une affiche de campagne pour F. Bayrou -

 

 

 

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                                                - Allo ? Goulier ? -

 

 

 

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Quelques troupeaux d’isards plus tard, retour au bercail pour flamber quelques bûches, et nous voilà repartis le lendemain matin pour l’Etang du Soulcem, dont un panneau apprend aux marcheurs de passages qu’il date de 1983-84, après avoir noyé six orris pastoraux et une plaine idoine. EDF a construit un magnifique trop-plein en forme d’entonnoir géant, qui doit servir aussi à lancer des cailloux l’été me dis-je, quand des hordes de touristes montent en bagnoles jusqu’à l’endroit en question (puisqu’une route carrossable le permet). Je chouffe la carte et me promet de revenir : une belle boucle doit être agréablement faisable entre les trois étangs du Soulcem, Fourcat et Izourt, en partant du petit hameau de Marc ou de Mounicou.
 

 

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                                                  - Hey ! -

 


Je remercie ma logeuse dont le gîte n’était « normalement pas encore ouvert, mais puisque vous êtes seul, » m’avait-elle indiqué en arrivant. Comme quoi, on dira ce qu’on voudra sur les habitants des montagnes profondes - Mounicou, c’est quasiment le bout de la route possible, après, il n’y a plus ni hameau ni âme qui crèche - la solidarité ariégeoise n’est pas un mythe.
À bientôt, charmante vallée…

 

 

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                                              - Plouf -

 

 

 

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A Llo (?)

5 Avril 2012 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #émerveillement

 

 

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"Déférence gardée envers Paul Valéry, moi l'humble troubadour, sur lui je renchéris, le bon maître me le pardonne (...)"

 

A quelques encablures du village d' Eyne, celui de Llo, en Cerdagne catalane, offre aux morts de son cimetière une vue imprenable.

C'est bien vivant que je photographie celui-ci, après avoir visité la chapelle dédiée à la Vierge sur la hauteur, dominant le torrent du Sègre et délaissant les bains chauds et sulfureux qui font sa réputation, me disant une fois plus qu'ici, six pieds sous terre, Monsieur, on serait pas mal. Une sorte de chambre éternelle avec vue.

Plus sérieusement (encore que), ce petit coin de nature recouvert de pierres tombales a bien du charme, et continue d'irriguer l'idée d'un livre sur le sujet, à l'image de celui sur le franchissement des Pyrénées sorti voici un an...

Vagabondage au pays des morts vivants, de petits cimetières charmants en petits cimetières charmants, loin de l'image négtive des obsédés occulaires qui ne voient pas, là sous leurs pieds, les beautés de nos villages.

 

 

 

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 (c) Fred Sabourin. Llo (Pyrénées-Orientales, 66), mars 2012. Puygmal (2910m) mars 2012.

 

 

 

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Cayenne, chien policier

29 Mars 2012 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #l'évènement

 

 

 

SAB 2137 R

                                                        - Attention, il va flinguer -  

 

 

En février 2010, j’avais déjà eu l’occasion de narrer         ici même       une visite présidentielle du petit Nicolas en Loir-et-Cher, où je pigeais pour une radio locale. J’ignorais alors qu’un jour il reviendrait, et que je serais in solidum les pieds dans la glaise ligérienne.
C’est à Saint-Laurent-Nouan, à la Centrale EDF nommée Saint-Laurent-des-Eaux que le président candidat nous a donné rendez-vous lundi 26 mars dernier, par un bel après-midi très ensoleillé et printaniers. Un temps à taquiner le goujon dans les eaux de la Loire en fait. Fort différent du rendez-vous de Morée deux ans plus tôt, où il gelait à pierre fendre. Saint-Laurent-des-Eaux, parce que cette centrale nucléaire a les pieds dans le fleuve. Risque d’inondation donc. En fait non, nous assène-t-on du côté de la communication bien bordée de la centrale, « tout est prévu pour résister aux pires crues et encore pire puisque les calculs ont été surélevés jusqu’à l’inimaginable. » On imagine. Bref, ici comme ailleurs : « aucun risque. » 
 

 

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                                             - C'est un coin de verdure où chante une rivière -

 

 

C’est la raison pour laquelle le président – candidat vient rassurer les électriciens en bleu de chauffe et casques idoines, du moins pour ceux qui toisent moins de 1,70m au casting organisé par EDF. Manquerait plus que les ouvriers soient plus grands que le président ! Visite au pas de charge mon pote, 20 minutes chrono dont le passage par la salle de turbine où les 900 MW qui tournent à plein régime, donnent une ambiance équatoriale à la visite. Il fait environ 33°, l’âge du Christ, et le président grimace, semblant souffrir un chemin de croix. Il n’est pas le seul.

 

 

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Equatorial, c’est aussi le thème du chien renifleur qui passe en revue le matos des journalistes une heure et demi plus tôt, près de l’entrée secondaire de la centrale. Cayenne, c’est le nom de ce chien policier qui sniff nos appareils photos et caméras posés à nos pieds alors que nous sommes pratiquement au garde-à-vous derrière, apportant une touche d’humour noir à une séance trop connue. Le service de presse aboie, les gendarmes aboient, on se fait quasiment engueuler parce que ça ne va pas assez vite etc. Toutes ces précautions sont-elles nécessaires ? A priori non. La plupart des journalistes qui sont là, issus de la presse nationale (et dont je reconnais quelques visages vus il y a deux ans, ce sont donc les mêmes qui font ça depuis le début du quinquennat, ils vont finir à l’asile les pauvres gens !), sont largement identifiés. Le peigne-cul qui gère le service de presse (dont je vais reparler plus loin) les appelle même par leurs prénoms, c’est dire s’ils se connaissent… Les autres, je veux parler des bouseux de la presse locale, regardés avec toute la déférence d’un jacobinisme parisiano-centré, ont dû montrer pattes blanches, décliner tout leur état civil la veille, et carte d’identité, de presse etc. pour pouvoir être accrédités. A quoi bon vérifier qu’on n’aurait une bombe dans les Nikon, Canon ou autres caméras de JRI ? Tout simplement parce qu’on va rentrer dans une centrale nucléaire les amis, et que si par hasard on ne prenait pas toutes ces précautions (chien renifleur, portillon d’aéroport), on pourrait écrire qu’on rentre dans une centrale comme dans un moulin, ce qui serait contre productif par rapport au discours ultra sécuritaire distillé par ailleurs. CQFD.

 

 

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Arrive le moment où la tension est à son comble : la distribution des tickets « pool ». Pour qui n’a jamais fait une visite présidentielle dans une France forte, il faut expliquer ce grand moment d’humiliation collective.
Il y a plusieurs endroits stratégiques où les photographes et caméramans peuvent faire des images. Chaque endroit est marqué par une lettre : pool A, B, C, D, sur des tickets de couleurs différentes. Le blanc-bec du service presse distribue d’abord « à ceux qui comptent » : AFP, Reuteurs, AP, TF1, France 2. Plus quelques têtes amies qu’il appelle par leurs prénoms, comme des vaches. Après, vient la presse locale, la volaille. Nouvelle République et République du Centre sont servies. France 3 aussi, mais uniquement après avoir quémandé. France 3, souvenez-vous, est dans le collimateur du président depuis les désormais fameuses images « off » sur un plateau télé en 2007…). Et puis… c’est tout. Les autres, du balais, vous prendrez des photos pendant « l’adresse informelle du président aux salariés EDF. » Etonnement et indignation des bouseux (j’en suis). « Je n’y peux rien, c’est comme ça, contentez-vous de ça, tout le monde ne peut pas aller partout, et ce n’est pas en me parlant comme ça que vous obtiendrez quelque chose, » siffle le connard à tronche de premier de la classe, un peu comme un pion style école communale, distribuant sucres d’orge et coups de férule à la récré. Je pense très fort : « et si je te fais une turlute, tu me laisses faire mon job ? »
 

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Ca doit se sentir, car quelques minutes après, il revient vers moi et me distribue un précieux ticket, de couleur saumon, estampillé « pool C ». Celui-ci me permettra d’aller quasiment partout. Dans la panique et les bousculades de la visite, un photographe qui se démerde bien peut profiter des moments de flous pour s’introduire là où il ne devrait pas être. J’en serai. Sous la surveillance toujours efficace du SPHP (les gorilles), mais loin des petits dictateurs de poche du service presse. On a les petites victoires qu’on peut.

La visite se déroule comme d’habitude oserai-je dire si je l’avais, mais je me souviens trop bien de celle de Morée il y a deux ans : une foire d’empoigne, une bousculade de tous les instants, et plusieurs obsessions : être bien placé, pas coincé derrière dans un couloir, éviter les gorilles du SPHP (difficile), ne pas faire trop de photos floues, dans le doute, mitrailler tous azimuts en espérant sauver quelques clichés exploitables. Bref, faire le boulot, en plaignant les confrères qui font ça tous les jours.
 

 

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                                           - Mêlée à 5 mètres de la ligne des 22 -

 

 

Juste avant « l’adresse informelle » du président – candidat aux casques bleus EDF, le trou du fion revient vers moi et me prend par le bras en me disant : « venez, vous pouvez aller faire des photos là-bas lorsqu’il va arriver. » Il croit me donner un énorme privilège. Et il ne croit pas si bien dire. Le passage plein de courants d’air par lequel le petit Nicolas va arriver, sous des tuyaux, porte ironiquement le nom de rue sans joie.  J’ai le temps de faire la photo. Faut savoir être opportuniste.
 

 

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                                       - Prêt à shooter ? -

 

 

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                                          - Feu ! -

 

 

 

Après avoir improvisé devant les ouvriers triés sur le volet (de taille pas trop grande donc), à qui il sera difficile ensuite de tirer quelques mots, « car on a reçu des consignes de ne pas faire trop de commentaires, » le président – candidat s’apprête à remonter dans la Peugeot 508 noire blindée (il y a deux ans c’était une Citroën C6). Un journaliste de France 24 tente un coup : « Un mot sur le Sénégal Monsieur le Président ? » (il y avait l’élection présidentielle la veille). « Merci ! » lui adresse-t-il avant de s’engouffrer dans son carrosse.
Merci qui ? Merci quoi ? Merci le Sénégal ? Là où « l’homme africain n’est pas entré dans l’histoire » ? On ne saura pas.
 

J’ai ma petite idée : le journaliste de France 24 mesure à vue d’œil environ 1,90 m. C’est trop grand.

 

 

 

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                                                       - Merci le Sénégal -

 

 

 

 

 

 

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Là haut

25 Mars 2012 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #montagne

 

 

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Pendant ce temps-là, à 200 km plus au sud de Toulouse & Montauban (des petits villages dont on parle, je ne sais pas si vous connaissez ?), point d'encombrements ni de tirs à feu nourri, ni de balles perdues ni d'horreurs sanglantes.

Juste de la glace, un peu de roche et beaucoup, beaucoup de silence...

 

 

La suite, c'est assez vite ici j'espère.

 

 

(Puygmal d'Err, 2910m, 23 mars 2012, 12h25 GMT. Pyrénées-Orientales).

 

 

 

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On the road again

14 Mars 2012 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #voyage - voyage...

 

 

 

 

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Retour ici bientôt...

 

 

 

 

 

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Cinq Oscars dans le jardin

2 Mars 2012 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #chronique cinéma

 

 

The Artist : photo Bérénice Bejo, Jean Dujardin, Michel Hazanavicius

 

 

 

Jean Dujardin et les Oscars


 

5 Oscars, du jamais vu pour un film français à Hollywood. Avant eux, 6 Césars, dont les très prestigieux du : meilleur film, meilleur réalisateur, meilleure actrice dans un second rôle, meilleure musique, meilleure photo…
En remportant à peu de choses près la même chose outre-atlantique, l’équipe du film de The Artist entre dans la cour des grands, des très très grands. Des trops grands ?
Mais Michel Hazanavicius, Bérénice Béjo et Jean Dujardin sont-ils taillés pour la démesure qui s’offre désormais à eux ? Flanqués d’agents plus puissants que n’importe quel exécutif dans le monde, dont un seul d’entre eux pourrait quasiment racheter la dette grecque avec un seul film, les « frenchies » vont devoir changer de vie. S’adapter, ou mourir. Interrogé sur ces récompenses et les conséquences qui en découlent, Régis Warnier, oscarisé en 1993 avec Indochine,  a reconnu qu’il avait un temps travaillé avec les américains, puis décidé de rentrer en France. Trop de pression, trop de projets pharaoniques, pas assez de marges de manœuvre, des contraintes finalement trop lourdes.
 

C’est que, voyez-vous, le cinéma français est comme les Français eux-mêmes : cabotin, insoumis, une « exception culturelle » à lui seul. D’ailleurs Michel Hazanavicius, réalisateur de The Artist et son producteur Thomas Langman (fils de Claude Berri), l’ont reconnu eux-mêmes : jamais un tel film n’aurait vu le jour aux Etats-Unis. En récompensant The Artist des Oscars les plus prestigieux, l’Académie du cinéma américain semble d’ailleurs sonner définitivement le glas d’un cinéma qu’on ne reverra sans doute jamais : c’est la fin de la pellicule, adieu 35 mm en cinémascope, adieu films muets où seul le physique et sa capacité à capter la lumière comptait, adieu amateurisme et petits budgets permettant à des « OCNI » (Objets cinématographiques non identifiés) de percer. La fin d’une ère, le début d’une autre : le tout numérique. Pour notre plus grand bien, dit-on.
 

Marion Cotillard, très justement récompensée pour La Môme en 2008, a disparue de nos écrans radars. En sera-t-il de même pour Jean Dujardin, né dans les Hauts-de-Seine et élevé à Plaisir dans les Yvelines (ça ne s’invente pas), et dont les parents ne savaient pas très bien quoi faire de lui. Lui, pourtant, vivant au milieu de ses rêves – on l’appelait « Jean de la Lune -  ne pensait qu’à faire des sketches et jouer la comédie. Jean Dujardin qui mit tant d’années à ciseler le portrait de cet ado attardé qui explosa dans Brice de Nice. Jean Dujardin, qui s’invita chaque soir de 1999 à 2003 à l’heure de la soupe dans les foyers, avec Un gars, une fille, où beaucoup se reconnaissaient dans cette caricature parce qu’il (ou elle) avait le (ou la) même à la maison. Jean Dujardin, qu’on n’avait pas vu venir, sauf peut-être à travers Hubert Bonisseur de la Bath, alias OSS 117, espion macho, bête, raciste, lourd, lâche, mais tellement drôle. Nicole Garcia, avec Un Balcon sur la mer, (2010) fut la première à le faire arrêter de rire.
 

Jean Dujardin, qu’on retrouve – comme par hasard ? – à l’affiche d’Infidèles cette semaine, avec Gilles Lellouche, film à sketches lourd, lourd, si lourd qu’il pourrait faire oublier les deux petits kilos de l’Oscar que Dujardin serrait dans sa main dimanche soir.
Dernière facétie avant d’attaquer les choses sérieuses avec nos cousins américains ?
 

T’en vas pas Jean, t’es pas des leurs…

 

 

 

 

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Un dimanche en pull "Marine"

28 Février 2012 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #l'évènement

 

 

 

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Le dimanche, certains tondent la pelouse ou nettoient leur voiture, se promènent, ou regardent Michel Drucker à la télé. Nous avons passé le nôtre avec des militants loir-et-chériens du Front National, à Châteauroux pour un meeting de Marine Le Pen. Reportage.

 


 

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                                              - Arrêt de bus -

 

 

Un dimanche les pieds dans la terre de France, avec le Front National en campagne. Étrange idée. Direction : Châteauroux, pour un meeting néo-rural avec "Marine", devant un gros millier de militants galvanisés par la grande prêtresse de « La France méprisée, la France oubliée. » À l’heure de la sieste, elle ressert l’évangile de la messe du matin : « Connaissez-vous la parabole biblique des talents ? » lance-t-elle d’entrée de jeu. « Au moment de partir en voyage, un père donne à ses serviteurs de précieuses pièces de monnaie. À son retour, il demande ce qu’ils en ont fait. Le bon serviteur est celui qui a fait fructifier son trésor. Tel est le sens d’une parabole qui a largement fondé notre civilisation. (…) Quel est le principal talent de la France ? Nous l’avons trop oublié : c’est sa terre. » Le ton est donné, il en sera ainsi pendant plus d’une heure.


 

 

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Quelques heures avant, nous avions pris place dans le bus de militants de Loir-et-Cher se rendant au meeting. Vendôme, Blois, Romorantin, trois arrêts pour faire monter un public majoritairement masculin, d’un âge certain, au milieu duquel nagent quelques jeunes trentenaires et de rares femmes. Avec Jean-Pierre, notre voisin de droite (dans tous les sens du terme), la conversation s’engage. « Marine, elle est avocate, elle sait parler. Elle ne s’énerve pas. Moi j’ai voté Sarko au second tour en 2007. Il avait dit qu’il nettoierait la France, et ne l’a pas fait. Déjà, on aurait dû garder les usines en France. Le problème vous savez, ce sont les étrangers : trop, c’est trop. Je crois qu’il faut qu’on refasse les frontières, pour que les kalachnikovs ne passent plus ! À Marseille, vous en trouvez à 400 € !» On l’aura compris, Jean-Pierre, 74 ans en avril prochain, et ouvrier retraité de l’Education nationale, est déçu par ce quinquennat. Surtout dans le domaine de la sécurité, où l’actuel président avait beaucoup promis : « Les gendarmes sur la route : il n’y en a plus ! Des gendarmes il n’y en a pas assez ! » A-t-il le sentiment d’être en insécurité à Vendôme, où il vit ? « Oui, d’ailleurs je ne sortirai plus le soir dans certains quartiers, je ne me sens pas en sécurité. À Tours, où j’ai de la famille, et à Chinon, aussi. » En novembre dernier, Jean-Pierre s’est rendu au Congrès de Tours, où Marine Le Pen a reçu l’adoubement des militants du Front National en vue de sa candidature à la présidentielle. 


 

 

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Au meeting, "Marine" n’a pas trop appuyé sur les thèmes de la sécurité, même si elle promet, en cas de victoire, de « Sanctuariser la gendarmerie. Il est loin le temps où les campagnes étaient à l’abri des violences ! Je ferai que la gendarmerie retourne dans le giron du ministère de la Défense, qu’elle n’aurait jamais dû quitter, à cause de ce mariage forcé avec la police. » Ce meeting en région Centre, c’était surtout pour elle l’occasion de se poser en candidate de la ruralité. À cinq jours de sa visite au Salon de l’agriculture, en plein cœur du Berry, terre agricole s’il en est, devant 1200 militants venus des départements limitrophes, la candidate à la présidentielle a visé juste et fait vibrer le public : « Qui va remettre la France rurale au centre du jeu ? Qui sera la voix de la France que l'on entend pas, que l'on n'écoute pas ? » a-t-elle interrogé. Partisane d’une « PAF » (Politique agricole française), en lieu et place de la PAC, « qui abandonne nos agriculteurs, » elle a passé en revue tout le catalogue d’une France sépia qui sent les encriers, les pivoines de nos Fêtes Dieu, les portraits du Maréchal et les armoires remplies des dentelles de nos grands-mères : chasseurs, « ces grands amoureux des animaux, à commencer par leurs chiens. » L’école : « Tout petit Français a droit à la réussite, pas seulement dans les ZEP, » promettant l’introduction de La Marseillaise et du drapeau bleu, blanc, rouge dans les écoles. « La France rurale souffre, » a-t-elle ajouté. « Je vais vous rendre vos enfants, gens de la ruralité, tous les Français ont droit à la France, les territoires ruraux sont délaissés. » Et elle enchaîne avec le démantèlement des services publics dans les zones rurales (les trains supprimés, les bureaux de poste qui ferment, le prix de l’essence qui flambe etc.), promettant à chaque fois une batterie de mesures « si je suis élue, » dit-elle. On avait compris.


 

 

SAB 1668 R

 

 

Retour dans le bus, avec David. Ce trentenaire blésois est séduit par le discours de Marine, et aussi par le changement d’image du parti. « Elle est combattive, elle est jeune, elle a du talent. Pour moi, un second tour Marine contre Hollande est possible, » espère-t-il. « Il y a eu du ménage de fait au FN, les skinhead, ou Alexandre Gabriac par exemple» (le Conseiller régional Rhône-Alpes exclu du FN après avoir été vu en photo faisant le salut nazi sur Internet, et fondateur depuis des Jeunesses nationalistes dans la région lyonnaise, NDLR).  Pour cet arrière petit-fils de soldat de 14-18, et petit fils de résistant déporté, « Un peuple indigène n’a pas à accepter les désirs d’un peuple extérieur. » Dans le collimateur : les constructions de mosquées pour les musulmans, thème qu’on retrouve chez tous les militants rencontrés. « Mais ne faisons pas d’amalgame : au FN il y a trois ou quatre mille adhérents musulmans, » s’empresse d’ajouter David. « Ce qui n’est pas bon, c’est le communautarisme. » Après avoir exercé divers boulots, dans le social, à l’ONF et diverses missions intérimaires, il est au chômage, « depuis pas trop longtemps, 2010, » précise-t-il.


 

SAB 1723 Rec                                          - Tu me la tiens ? -

 

 

 

Michel Chassier, responsable départemental du Front National, parle d’une « stratégie de l’évitement, » pour les maires des petites communes qui ne veulent pas donner leur signature à Marine Le Pen. « Dans les petites communes de moins de cinq cents habitants par exemple, certains maires, après 2002 et surtout 2007, se sont retrouvés avec des membres de leur conseil municipal contre eux, se faisant reprocher leur choix de signature. Dans les petites communes, tout le monde se connaît, les conseils sont apolitiques, ça créé des tensions. » Est-il inquiet quand à l’obtention de ces fameuses cinq cents signatures ? « Oui, car il y a des promesses de signatures mais rien ne dit qu’elles se concrétiseront. Et il n’y a qu’un seul formulaire par commune, si vous faites une erreur en le remplissant, c’est foutu ! Si vous écrivez Le Pen Marine au lieu de Marine Le Pen, le Conseil constitutionnel rejette le parrainage. » Blanc bonnet n’est pas bonnet bleu-blanc-rouge…
Interrogé sur les sondages et autres intentions de vote, Michel Chassier affirme que « Le mouvement en faveur du FN est plus fort encore qu’en 2002. Localement, on le sent bien. En 2007, Sarkozy a cru enterrer le FN, mais on a vu aux scrutins régionaux ce qui s’est passé. Quand il a lancé le débat sur l’identité nationale, c’était trop tard, on était déjà revenus, on avait repris la main sur cette thématique. Et son débat a fini en jus de boudin. Nous on a participé à tous les débats, on était partout. »


 

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                                          - Alors se leva le soleil noir -  

 

 

Alain, ancien parachutiste appelé en 1959 au Congo, passionné de photographie animalière, a exercé divers métiers, « là où ça rapportait, pour nourrir ma femme et mes deux filles. » Il a eu des soucis de santé : « Deux cancers, et deux prothèses : une à la hanche, l’autre au genou. » La possibilité de se soigner et de pouvoir voir un médecin pas trop loin est une préoccupation pour ce retraité vivant confortablement – c’est lui qui le dit - non loin de Mondoubleau. « La santé, c’est la solidarité où tout se joue, a martelé Marine Le Pen pendant son meeting. Comment peut-on accepter qu’il y ait des sous Français qui seraient moins bien soignés que d’autres, » citant l’exemple de la Picardie, avec « 239 médecins en activité pour 100.000 habitants. 44% de diplômés d’universités étrangères, dont 1/3 du Maghreb et de Roumaine. » En plein cœur du Berry, devant un parterre de militants venus du Limousin et de région Centre, le couplet sur la désertification médicale tombe en plein dans les préoccupations et des sujets de conversations. « La faute à l’UMPS qui ont honteusement resserré le numérus clausus, empêchant les étudiants de devenir médecins alors qu’on savait qu’on en manquerait ! » Et de promettre de relâcher ce numerus clausus, pour « former des médecins français, » et pour inciter ceux-ci à s’installer dans les zones rurales, la candidate FN propose la mise en place, pendant les études de médecine, d’un « Stage territorial pour une découverte concrète de nos territoires. »


 

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Alain reconnaît qu’on peut ne pas être d’accord avec tout (passionné d’animaux solognots et des oiseaux de Loire, il a eu du mal avec le couplet sur la chasse), mais il dit sans fard être partisan du Front depuis toujours, et « ma famille, mes amis le savent. On discute avec ma fille, elle est plutôt partisane de Sarko, elle a plus ou moins trouvé du boulot grâce à sa politique. » On ne mord pas la main de celui qui vous nourrit…
Après une heure quinze de cet inventaire à la Prévert d’une France rurale rêvée par les militants scandant le nom de leur candidate, la scène se couvre de jeunes et d’enfants, tandis que retentit une Marseillaise à réveiller les plus endormis. Jean-Pierre, notre militant de Vendôme, est ravi : "Elle a parlé des vieux, elle a dit : les vieux sont délaissés. Mais vous voyez, dans le temps, à la télé et à la radio, il y avait de l’accordéon : c’est de la musique française ça. Pourquoi il n’y a plus d’accordéon ? » Le politique peut-il y faire quelque chose ? « Oui, » répond-il sans hésiter. En France, tout finit par des chansons, c’est bien connu.


 

 

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Avant de quitter ses hôtes, "Marine" harangue une dernière fois la foule au son de : « Debout Châteauroux, debout Saint-Amand-Longpré avec son beau clocher au soleil couchant, debout Issoudun, debout Argenton-sur-Creuse ! Debout, la France méprisée, la France oubliée ! » Les militants se sont levés d’un bloc à l’appel de la madone rurale d’un dimanche en campagne. Un seul village berrichon manquait à l’appel de cette sorte d’Internationale frontiste, pourtant distant d’une dizaine de kilomètres du lieu du meeting : Vatan.

 

 

 

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(c) Fred Sabourin. 26/02/2012. Châteauroux (Indre). Nikon D300 au 12-24mm. Pentax Kx au 18-200mm

 

 

 

 

 

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La frontière (Zone n°4)

19 Février 2012 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #concept

 

(Un projet photographique, # 4)

 

 

 

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Ça faisait un certain temps qu’en passant sous ce pont, j’avais l’impression de passer une frontière. Un trait d’union entre deux rives, une symbolique forte qui divise la France en deux : le nord et le sud de la Loire. Pourtant, dans le cas présent, on reste du même côté, en l'ocurrence le sud. Néanmoins, le sentiment est tenace d'avoir franchit quelque chose. Comme passer une porte. Aller de l’autre côté. Changer de monde, de décor, de vie, de société.
 

La route départementale 751, qui relie la Ville-aux-Dames à Tours longe Saint-Pierre-des-Corps. Pour beaucoup, Saint-Pierre-des-Corps, c’est juste une gare, à proximité de Tours, et c'est tout. Une ville (?) collée à une autre ville, ni grande, ni petite, ni métropole, ni ville moyenne : Tours, point. Saint-Pierre-des-Corps, c’est une gare de triage, un « techno-centre » de la SNCF, une banlieue rouge, communiste depuis toujours, ou presque. Un bastion. Une forteresse. Saint-Pierre-des-Corps, un lieu à part, coincé entre le rien de l’Indre-et-Loire, route venant de Montlouis-sur-Loire et Amboise, cité plaquée contre la Loire (au nord) et le Cher (au sud). A l’ouest, du nouveau, déjà ancien : l’autoroute A10. Un ruban qui coupe la ville en deux : d’un côté, Tours, la bourgeoise. De l’autre : Saint-Pierre-des-Corps, l’ouvrière, la besogneuse, la cité dortoir. Contre ses flancs coule un fleuve, cette Loire qui détonne dans le paysage, présente depuis les temps immémoriaux et comme incongrue aujourd'hui. Dans l’autre sens, filant vers le nord, une suture : l’autoroute de béton et de goudron, comme une saillie dans la chair humaine plantée-là.
 

Encore un lieu à l’apparence sans âme, comme déjà évoqué ici. Ce n'est pas le cas bien entendu. Plusieurs fois, traversant l’ancien octroi dont ne subsiste que le nom d’un bistrot, j’avais éprouvé le sentiment de ce changement de monde. Et d’une vie, présente là dans ce lieu défiant les règles de l'urbanisme, adossé à la sauvagerie du fleuve qui n'a de sauvage que le nom. Un jour, en voyant la pancarte d’entrée de ville et le jumelage étonnant avec Hébron, en Palestine, j’avais trouvé la chose singulière, et confirmant le sentiment qu’ici, on était dans un entre-deux urbain, rapidement bouffé par la ville et tout aussi absorbé par la campagne environnante, liée à la Loire que la route ne touche jamais, par l’entremise de la digue dont chacun espère, de l’autre côté, qu’elle ne cèdera jamais… Un habitat étrange se niche derrière elle, mais ce sera l’objet d’un prochain épisode.

 

En attendant, voici quelques lignes de fuite de cette frontière à la fois naturelle et artificielle. Un lieu comme aucun autre (encore !). Rectitude d’un pont autoroutier et trait d’union d’un fleuve historique, royal, « sauvage », dessus, dessous, à côté : et toujours avec. Comme une croix.

 

 

 

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                                                                - Pauvre Victor... -

 

 

 

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(c) Fred Sabourin. 19 février 2012. SPDC, Indre-et-Loire (37).

 

 

Les autres épisodes de cette série : Zone ; Zone (2) ; Pantin (Zone, session 3) .

 

 

 

 

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A gla gla (Brrrrr ! tome 2)

13 Février 2012 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #émerveillement

 

 

 

 

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L'embâcle continue...

 

 

 

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                                                     - Photo (c) Bruno Hardy -

 

 

 

 (c) Fred Sabourin. 12 février 2012. Blois, Loir-et-Cher.

 

 

 

 

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Dépendaison de crémaillère

10 Février 2012 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #étonnement

 

 

 

 


L’année dernière, j’ai narré ici même un Un déjeuner sur l'herbe  , à la préfecture du département où je vis et travaille. Cette année, le préfet a réinvité la presse à déjeuner. Il y avait deux raisons valables pour ne pas rater ça : je voulais savoir si les places autour de la table allaient être redistribuées. Et vingt quatre heures avant, nous avons appris – en même temps que l’intéressé lui-même – qu’il était nommé ailleurs très prochainement, dans un placard (le Conseil supérieur de l’administration territoriale, une sorte d’organe de contrôle du ministère de l’Intérieur sur l’action des préfets et sous-préfets, faire du conseil et des audits). Il sera remplacé par l’actuel directeur de cabinet de Madame la ministre de la Santé et de la Cohésion sociale (une certaine Roselyne B.). Le vol des hauts fonctionnaires vers des aires de nidification plus clémentes à l’approche du printemps électoral a commencé, depuis plusieurs mois déjà, et le vol de ces oiseaux migrateurs est loin d’être terminé.
 

J’ajoute en chemin une troisième bonne raison : j’avais envie de voir où je serai placé par rapport à Madame le sous-préfet, dont j’ai déjà vanté ici le charme discret mais efficace des fonctionnaires d’État perdus dans la cambrousse provinciale du Vendômois.

 

 

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En arrivant, par le petit chemin déneigé de la cour de la préfecture recouverte d’un blanc manteau d’hiver (séquence poésie mais ce ne sont hélas pas des alexandrins), nous étions quelques uns à nous demander comment notre hôte allait prendre la chose. Débarrassés de nos oripeaux de la banquise, nous avons vite été rassurés, si l’on peut dire. Il le prend mal. Pour tout dire, assez mal. Mais comme c’est un fidèle serviteur de l’État (loué soit-il), il n’en montre rien, ou si peu. Il sait, car c’est le devoir des soutiers du corps préfectoral, qu’il tient autant du parachutiste pouvant du jour au lendemain faire ses cartons que de l’inamovible bourgeois gentilhomme de province. Personnellement, je ne vois pas pourquoi je pleurerais sur l’affaire. Le serveur me propose un whisky (il commence à me connaître) que j’accepte avec plaisir. Sur ce, je taille une bavette avec le Secrétaire général, précédemment en poste à Oloron-Sainte-Marie dans le Béarn, à une portée de canon de la vallée d’Ossau. D’un coup, on s’éloigne du sujet du jour lui et moi, à grands coups de paysages, de bérets béarnais et basques (pas pareil), de fromage de la vallée (échange d’adresses), de brebis égarées dans les estives, et de « Jean-Pierre », là bas, au loin, du haut de ses 2884 mètres. Le temps passe vite, et je suis à sec de whisky. Ce n’est pas grave, on passe à table, dit la maîtresse de maison, en l’occurrence le préfet lui-même.

 

 

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                                              - Cette année -  

 

 

Sur le petit carton reçu en arrivant, j’avais vu au petit trait rouge matérialisant ma place que j’avais pris du galon depuis l’année dernière : j’allais être à gauche du préfet. Allusion politique ? Je ne pense pas, sa voisine de droite, directrice départementale d’un quotidien local radical-socialiste, l’est sans doute bien plus que moi. En m’asseyant, je repense au mot gauche en italien, qui se dit sinistra, en référence aux malheurs qui arrivent toujours du côté opposé de la droite de Dieu. A ma « sinistra » à moi, il y a la directrice de cabinet du préfet. En face de moi, légèrement sur ma gauche (mais si peu), il y a… Madame le sous-préfet. Elle semble s’ennuyer, déjà. J’en aurai confirmation une heure plus tard, à la fin du repas, lorsque je me rendis compte que je n’avais entendu le son de sa voix que deux fois : lorsqu’elle me dit bonjour, et pour dire « merci » au serveur qui lui proposait une panière de fruits en lieu et place des crêpes au chocolat que nous avions, nous. Était-ce déjà les prémices de sa future nomination – punition ? Ou plus sûrement, vu sa taille fine, une coquetterie de femme habitué à bâfrer sous les ors de la République. Et donc à faire gaffe.  

 

 

 

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Le déjeuner se passe. On parle de tout, de rien, le préfet s’enquiert de la santé de la presse écrite, de celle de la presse radiophonique, de la télévision (absente, comme d’ailleurs du paysage médiatique local, aussi on les casse un peu). Le vieux chouffe à barbe poivre et sel soliloque ses vieilles histoires de correspondant AFP, on évoque qu’à demi-mots la présidentielle future (on ne va pas parler de corde dans la maison d’un pendu !). Un peu plus disserte sur les vœux à la presse de Monsieur le Président de la République, ce qui me donne l’occasion de constater que certains(nes) autour de la table n’y étaient pas, et auraient visiblement aimés en être. On a les satisfactions que l’on peut.
 

 

À un moment, 14 heures approchants, le préfet change brusquement de conversation et parle du redoux qui est annoncé. C’est l’heure du bulletin météo, servi avec le café et les petits chocolats. Après les crêpes, je prends, comme ma convive en face de moi qui se retient de bâiller, une clémentine, que je m’évertue à éplucher avec couteau et fourchette, mais comme c’est chiant j’y mets les doigts (dans le fruit, je précise). Je n’écoute plus rien que sa solitude trop visible pour ne pas être entendue. Elle semble perdue et fatiguée, absente, muette, sur le point de basculer de sa chaise si un texto ne la retenait pas (je la vois pianoter sous la nappe). D’un coup je me rappelle que mon téléphone est dans ma poche, en mode vibreur, et que si jamais il se met à vibrer, peut-être que…
 

 

Je sors de ma torpeur admirative de l’ennui sous-préfectorale lorsque la convive à la droite du représentant de l’État se lance dans séance de flatterie préfectorale fulgurante, et « merci monsieur le préfet pour ces excellentes relations que nous avons eu, et gna gna gna, » repris en seconde main par le directeur d’une radio locale musicale et d’information. Du pur lèche botte mâtiné de lèche vitrine en passant par du lèche au bas du dos sous la chemise… J’en suis baba, sans rhum. Le serveur repasse avec du café. « Oui, s’il vous plaît, merci. »
 

Notre hôte, pas dupe, est content quand même. Tout le monde est content (sauf une). Et moi aussi car je sais que j’ai de la matière pour un petit billet.
En sortant, après nous être chaudement rhabillés, je salue celle dont l’ennuie confine à l’œuvre d’art, d’un bien meilleur goût que les tableaux de batailles épiques d’époque Second Empire qui ornent les murs de la préfecture. Elle décroche un sourire, enfin. Dehors le soleil brille aussi.

 

 

Au café d’à côté, où nous nous retrouvons avec quatre journalistes du cru pour un café débriefing, le vieux chouffe qui connaît tout le monde dans le département me glisse à l’oreille qu’il a demandé au sous-préfet si elle était sur le départ elle aussi. Elle lui aurait répondu (mais quel crédit puis-je accorder à ces propos, tant ils semblent incroyables ?) : « Et bien quoi ? Vous attendez peut-être que je sois tondue ? »
Ah, ça non alors. Ça serait vraiment dommage, Madame, qu’un si beau tempérament finisse de la sorte.
 

Le ciel vous tienne en joie (comme dirait l’autre).

 

 

 

 

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                                                             - L'année dernière -

 

 

 

 

 

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