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Le jour. D'après fred sabourin
Articles récents

Journaliste, c’est un métier

6 Novembre 2013 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #édito, #Presse book

 

 

 

L’enlèvement et l’exécution quelques dizaines de minutes plus tard de Ghislaine Dupont et Claude Verlon, reporter de RFI, à Kidal dans le nord Mali, a semé le trouble parmi la profession. Ces deux reporters chevronnés, passionnés par l’Afrique, n’ont certes pas été spécialement encouragés par les militaires de l’opération Serval de se rendre à cet endroit-là, et j’en entends déjà qui ricannent dans la barbe de leur médiocrité « qu’ils n’avaient donc pas à y aller. » Mais leur métier est d’informer, sans relâche, avec professionnalisme et la liberté nécessaire à la propagation de ces informations, fut-ce-t-elles pêchées dans des zones de non droit, justement.

La dureté et la lâcheté avec laquelle ils ont été abattus de sang froid, sauvagement, comme des bêtes, est ignoble et interroge tous les journalistes. J’ai bien dit tous les journalistes, y compris ceux qui, au quotidien – et j’en suis – ne prennent pas les mêmes risques pour rapporter des informations aux auditeurs, lecteurs, téléspectateurs, internautes etc. Je vois mal, personnellement, un président de Conseil général, ou un maire d’une commune quelconque de Loir-et-Cher, pas plus qu’un responsable associatif ou un chargé de communication lambda, énervé par une question posée, me prendre à part et me conduire dans une arrière salle où je prendrai deux ou trois balles dans la peau. Les risques que nous prenons, si on peut parler ainsi, sont essentiellement… routiers : il y a par ici beaucoup de gibier qui traverse les routes départementales... 

 Puisqu’il m’arrive dans ce blog de dire « je, » alors permettez-moi de dire que si sur la forme, je ne fais pas le même métier que les reporters de RFI (ou d’autres médias du même tonneau) qui vont mettre les pieds et le reste du corps là où j’hésiterai à y glisser une phalange, sur le fond, nous faisons le même boulot : informer, poser des questions, rendre compte. Et cela librement, parce qu’informer, oui monsieur, c’est une liberté, n’en déplaise aux pisses vinaigres, pour rester poli.


Journaliste, vous l’aurez compris, c’est un métier. Que ce soit à Kidal au nord du Mali, à Alep en Syrie, dans un bled paumé d’Argentine ou un trou de Loir-et-Cher (et Dieu sait qu’il peut y en avoir !), « c’est un sale boulot qu’on peut faire proprement, » comme disait dans son bouquin sur l’affaire de Tarnac David Dufresne*. C’est un boulot tout court. Un truc qui prend du temps. Parfois beaucoup. Qui rémunère peu et souvent au lance pierre. Que pas mal d'entre nous accomplissent avec des contrats merdiques et sans trop se plaindre svp parce que sinon, « il y en a d’autres qui poussent derrière. » C’est un métier que beaucoup – j’en fais partie – accomplissent avec un réel plaisir évident même si les perspectives d’avenir sont floues.

Alors quand on vient nous bassiner avec le journalisme dit « participatif, » les citoyens-journalistes qui sortent leur smartphone pour faire des images, se prendre pour Tintin reporter, téléphoner aux grandes radios pour passer en direct dans les « talk » ou poster n’importe quoi sur des blogs à la con en se prétendant journalistes, excusez-moi, mais ça me fait rire. Jaune. Et c’est souvent bête, à pleurer.

 

Ghislaine Dupont et Claude Verlon, lorsque dimanche matin dans la douceur de mon lit le journal de 8 heures de France Culture m’a appris votre mort, je le dis, je le clame haut et fort : ça m’a secoué, sincèrement. Et j’ai eu du mal à convaincre ceux que j’ai croisé ce jour-là que c’était quelque chose de terriblement important, ce qui venait de se passer.

Le corporatisme et la solidarité de notre métier n’est pas toujours compris à sa juste valeur, je crois. Comme dans tous les corps de métiers, il y a aussi parmi nous pas mal de couillons qui déshonorent la profession. Souvent, les gens nous disent d’un ton badin, « ah, vous, les journalistes… ! » avec cette pointe d’ironie et de dégoût, comme s’ils vomissaient leur cassoulet de la veille.


Ghislaine Dupont et Claude Verlon, sans faire de vous des saints ou des martyrs que vous n’étiez pas et que vous ne vouliez sûrement pas être, j’ai mal à mon stylo de vous savoir exécutés de la sorte, en faisant votre boulot, tout simplement.

Faire son boulot…

Juste ça.

 

* Tarnac, magasin général, chez Clamann-Levy.

 

F.S

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Avant l’hiver

5 Novembre 2013 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #montagne

 

 

SAB 9193 R

                                 - Entre Cujalat et Laiterine - 


Pourquoi diable l’automne est-elle la saison préférée de beaucoup de promeneurs, nez en l’air, nez au vent, quand viennent à nous les premiers frimas matinaux et les jours courts ? J’en ai une vague idée : si nous aimons l’automne, c’est paradoxalement pour la chaleur qu’elle dégage. Chaleur presque humaine d’une nature en plein endormissement, en lente mais sûre préparation de son hibernation. Tout y concourt : couleurs chatoyantes de tout ce qui porte branches et feuilles. Lumières changeantes qui, lorsqu’elles se font rasantes à partir du milieu de l’après midi, habillent de rêves et de nostalgie toute forme terrestre. Promesse d’une boisson chaude au coin d’un bon feu de cheminée, le retour venu. L’odeur des marrons grillés, des soupes à la citrouille ou au potimarron. L’odeur de champignons et de moisissures des sous-bois aussi. Le silence revenu dans une montagne vide – ou presque – désormais. Quelle ne fut pas notre surprise de constater que quelques bovins ruminaient encore à 1300 mètres près de la cabane de la Cujalat, en Ossau, sise au dessus des gorges du Bitet. Et encore au dessus, près de la cabane de la Laiterine (1640 m), des chevaux (qui n’ont rien de sauvage…) se chauffant le cuir au soleil d’une journée automnale peu banale. A quelques mètres de leurs sabots, la neige tombée la veille saupoudrait encore de son fin manteau les roches environnantes, comme une poussière d’ange jetée là négligemment, et scintillant sous le beau blond. Le col d’Iseye (1840 mètres), entre Aspe et Ossau, avait invité un petit vent frais qui se chargea de nous rappeler la saison, et la date : 31 octobre. Un temps pas trop de « Toussaint » donc, bien moins qu’au printemps en tout cas, avant que le surlendemain, « le jour des morts » recouvre le plateau d’Anouilhas d’un gris perle triste mais dégageant une atmosphère particulière à ce grand plateau désert. Esprit, étais-tu là ?

J’aime ce moment où la montagne semble s’endormir mais laisse encore la possibilité à ceux qui la fréquentent d’arpenter ses flancs avant que le morne blanc ne recouvre tout pour environ six mois. Rien d’un « adieu » dans ces flâneries d’automne. Plutôt un « au revoir. » Mieux, une promesse : à bientôt.

 

 

 

SAB 9194 R

                                        - Près de la Laiterine -

 

 

 

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                                            - Déjeuner sur l'herbe au col d'Iseye -

 

 

 

SAB 9177 R

                                               - "Arrivat a una cujalat" -

 

 

 

SAB 9213 R

 

 

 

 

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                                                - Jean-Pierre montre ses dents -

 

 

 

SAB 9234 R

                                             - Plateau d'Anouilhas : Esprit, es-tu là ? -

 

 

 

SAB 9217 R

                                                     - Adichas ! -

 

 

 

(c) Fred Sabourin, 31 octobre - 2 novembre 2013. Vallée d'Ossau, France (64).

 

 


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La Vie d’Adèle

15 Octobre 2013 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #chronique cinéma

 

  La Vie d'Adele

 

 

Film français d’Abdellatif Kechiche. 2h55. Avec : Léa Seydoux ; Adèle Exarchopoulos…Palme d'or Festival de Cannes 2013.

 

Adèle, dans sa vie, marche sans cesse au bord de ses propres failles, de ses fêlures, elle semble perpétuellement sur une ligne de crête et au fond du gouffre. A la fin de La Vie d’Adèle, ce qui demeure ressemble à l’absence, alors que la présence d’Adèle Exarchopoulos crève les yeux et l’écran pendant près de trois heures. Pas un plan où elle ne soit pas, Adèle. On ne fait pas seulement que la suivre : on est avec elle. Et pourtant… elle semble si souvent ailleurs, hors d’elle, sans aile oserait-on dire parfois.

 

La Vie d’Adèle, d’Abdellatif Kechiche, méritait-elle la Palme d’or à Cannes en mai dernier ? Peut-être, nous n’en sommes pas intimement persuadés. Evacuons d’emblée les sujets qui fâchent ceux qui ne verront ce film qu’au premier niveau de lecture, et ils seront probablement nombreux ! Le sujet – la naissance, vie, et mort d’un amour entre deux femmes – filmé dans tous les recoins des possibilités, avait tout pour coller à une actualité brûlante d’un hiver aussi froid qu’il fut agité et chiant, opposant les questions de sauvegarde de la civilisation pour des uns, de revendications de droits et d’égalité des autres. Le film est long – trop à notre goût – et il serait temps d’offrir une paire de ciseaux à Abdellatif Kechiche, qui n’en est pas à son premier essai. Comme il serait bien aussi que ce talentueux réalisateur filme de temps en temps autrement qu’en gros plans (très) serrés, tout en le remerciant d’avoir dans un court moment filmé les feuilles d’un platane baignées d’un automnal soleil, nous laissant respirer, un peu. Tu nous étouffes, Abdel, mais c’est sans doute pour mieux nous montrer le grain des peaux jusqu’à nous faire sentir leurs odeurs. Ainsi, le spectateur, qu’il soit consentant ou non, devient un des protagonistes du film.

 

Deux femmes, l'amour


La Vie d’Adèle est en deux chapitres. Le premier montre la naissance et la consommation d’un amour lesbien, à travers le regard d’une jeune adolescente en 1ère littéraire d’un lycée du nord de la France. Adèle – c’est donc son prénom – semble déjà hésiter, alors qu’elle ne devrait pas. Vie banale d’une lycéenne normale – presque trop – dans des cours de lettres où on lit La Vie de Marianne, de Marivaux (une lubie chez Kéchiche, rappelez-vous L’Esquive où les jeunes jouaient Le Jeux de l’amour et du hasard) avec une attention et un silence que beaucoup de profs – ils iront voir le film car ils lisent Télérama et écoutent France Inter – jalouseront certainement. Elle se sent différente, Adèle, sans vraiment savoir pourquoi, et pousse le bouchon jusqu’à essayer garçon et fille, pour voir si ce qu’elle ressent est bien ce qu’elle craint. Oui, Adèle, tu aimes les filles, ou plutôt la fille, cette Emma aux cheveux bleus, étudiante aux Beaux-Arts, au visage et au sourire déjà adulte, tout le contraire de toi. Au bord de la caricature, on verra par la suite l’environnement de l’une et de l’autre, une famille recomposée « moderne » pour Emma ; une famille à la pensée étroite du côté d’Adèle. Ses parents n’envisagent visiblement pas une seconde que leur fille puisse embrasser celle-là même qu’elle a invitée à dîner chez ses eux ce soir-là. Embrasser, et le reste… On l’a dit et répété : les scènes sexuelles, non simulées ni doublées, sont très très sensuelles et pour tout dire magnifiques, bien qu’elles posent au spectateur la première question à l’issue de cette première partie : Kéchiche aurait-il fait le même film avec des hommes qui se sodomisent ou se fellationnent une dizaine de minutes durant avec des han ! et des ha !  de jouissance ? Aurait-il eu la Palme d’or ? Se presserait-on aux portes des cinémas pour le voir ? Il est à craindre que non.

 

L'amour mate, à mort


C’est bien le second chapitre qui est le plus intéressant, le plus fort, le plus vif tout en étant le plus atroce. Emma, découvre qu’Adèle la trompe occasionnellement avec un homme (comble de l’ignominie) et lui ment. A ce moment crucial, une scène très belle en même temps que désespérée, on sent que le couple pourrait être n’importe qui d’autre : hétéro, homo, peut importe. Le résultat est le même : la blessure est profonde, irrémédiable, consommée, impardonnable. La confiance est brisée. La suite n’est qu’une lente descente vers l’abîme de la solitude subie, des regrets, du deuil, du cri du corps en manque de l’autre, et de l’absence, toujours l’absence, encore l’absence. En plus de celle d’Emma, Adèle doit supporter la sienne. Et nous avec.

Dans un ultime sursaut, une dernière tentative de sauver le navire du naufrage des sentiments, vient le moment couperet – qu’on ne dévoilera pas – que Kéchiche situe lors d’un vernissage des œuvres d’Emma. Adèle quitte la galerie, bientôt poursuivie par un garçon mais qui se trompe de côté de rue en voulant la rattraper (la symbolique est grossière mais ça marche quand même), et elle quitte la scène en disparaissant dans la rue, dans sa jolie robe bleue. 


Elle nous laisse seuls aussi, Adèle, avec cette cruelle question : que devient-on, quand l’amour est mort ?

 

 

F.S

 


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La vie sans toi

27 Septembre 2013 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #Lettres à ...

 

 

 

Ma fille, mon enfant, j’ai longtemps vécu sans toi et je me demande aujourd’hui ce que serait ma vie si on t’enlevait à moi. Je serais perdu si tu n’étais plus là, avec tes grands yeux bleus qui me scrutent, tour à tour m’interrogent, m’interpellent, m’implorent, me demandent ce que je ne sais pas toujours t’apporter. Parfois, le mystère insondable des silences qui se partagent entre ton regard et le mien me transperce : mais que peux-tu donc bien penser, du haut de tes deux ans ? Je m’émerveille chaque jour de tes progrès, de cette autonomie que tu gagnes quotidiennement, à travers laquelle j’aperçois l’indépendance qui sera la tienne le jour où tu nous quitteras pour tailler ta route. Je la redoute autant que je la souhaite.


J’ai si longtemps vécu sans toi, que je n’aurais même pas pu t’inventer, et pourtant secrètement je t’ai toujours attendue, espérée. J’avais pris d’autres chemins, tu semblais impossible, et puis il y a deux ans par une belle journée d’automne semblable à celle d’aujourd’hui tu es arrivée. Au début tu as été dure. Tes cris brisaient mon sommeil à m’en rendre fou. D’ailleurs ça m’a rendu fou. Descendu au plus bas, imaginant parfois l’impensable, nous avons fini par nouer le contact. Et d’âge en âge celui-ci se consolide, s’affirme, se construit petit à petit comme on chemine pas à pas dans la montagne, ces montagnes pyrénéennes auxquelles je suis si fière de te présenter, et que tu reconnais déjà à travers les photos. Je guette le jour où, devenu vieux et les genoux grinçant de douleurs, tu seras devant et tu me diras : « alors, t’arrives ? »
 

 

J’ai vécu si longtemps sans toi. Et tu es là, je regarde ton sommeil à la fois si lourd et si léger. Où es-tu à cette heure-ci ? Dans quel pays de solitude ou peuplé de monstres imaginaires ? Refais-tu le film de ta journée à la crèche, avec ces autres enfants dont tu ne dis pour l’instant rien, ton langage se mettant doucement en place. D’histoires sans parole tu passes peu à peu au cinéma parlant, mais le mime demeure encore le meilleur moyen de communication entre nous. Il n’est pas besoin de mots pour dire ce qui nous relie. J’entends ta respiration, paisible ou saccadée. Tu es si loin et je suis si proche à ce moment-là. Sens-tu ma présence dans le silence de cette petite chambre où tu te reposes ? J’en deviendrais chamane pour protéger ton sommeil des cauchemars qui parfois te réveillent en sursaut, ton cri déchirant alors la nuit, et ma main posée sur ton front pour te dire que je suis là, que tu n’as rien à craindre, que le loup n’est pas forcément celui auquel on pense et qu’ils peuvent même parfois être gentils…
 

 

Hier tu as eu deux ans. Deux ans déjà, et deux ans enfin, devrai-je dire. Deux ans seulement diront d’autres. Il y a quelques semaines, entrant dans un magasin de jouets d’une rue commerçante de la ville où nous vivons, et devant lequel nous passons si souvent, je suis tombé sur une boîte à musique. Un truc kitch comme on dit à mon âge, un truc avec une danseuse à tutu qui jaillit sur ressort en même temps que la musique quand on ouvre la boîte. C’est rose et il y a un cœur sur le petit tiroir qui s’ouvre en dessous. Ça dégouline de guimauve, tout ce que je déteste. En voyant cette boîte dans le magasin, en l’essayant avec l’autorisation de la commerçante, j’ai pensé à ton regard le jour où tu découvrirais cet objet inconnu. Je t’imaginais, curieuse, en entendant le « clic, clic, clic, » de la clé remontant le ressort qui permettrait à la musique métallique de s’extraire de la boîte magique. J’ai acheté la boîte à musique, et, assis sur le lit, je l’ai ouverte devant toi. Je n’ai pas été déçu. Ton émerveillement devant cet objet nouveau, la prunelle de tes yeux et ton sourire d’enfant surpris et heureux me transpercera longtemps. Aussi longtemps que ma mémoire voudra bien me laisser ce tableau, cette image, ce sourire de toi.


Toi que j’ai attendue si longtemps, ma fille, mon enfant.

 

 

F.S

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« On n’est pas chez les Rothschild »

20 Septembre 2013 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #émerveillement

 

 


C’était le cri du cœur de ma chère grand-mère, une sorte d’équivalent du « on n’est pas les cousins du roi. » Pour autant, parfois, on s’y croirait. La transgression étant, de notre point de vue, source de jouissance terrestre immense et aux recoins cachés, ne nous privons pas.

 

 

En 2008-2009, j’ai suivi, avec un confrère et néanmoins ami (il se reconnaîtra) un atelier œnologique à Lyon. Un truc très bien, pas élitiste façon « presqu’île, » ni un rendez-vous d’étudiants poivrots d’école de commerce pour fils-à-papa. Un truc où on a appris beaucoup de choses, à commencer par se faire simplement plaisir avec du vin, selon le vieux précepte qui consiste à acheter un tire-bouchon, et s’en servir… A l’issue de ces rendez-vous mensuels de découvertes, mon pote et moi, on rêvait sur des vieux flacons dont certains ont pris le chemin de nos caves respectives, achetés aux enchères sur un site Internet bien connu. Pour 25 ou 30 boules, on a pu ouvrir des bouteilles qui avaient à peu près notre âge. Evidemment, le résultat n’a pas toujours été à la hauteur de nos espérances, mais on ne se ruinait pas pour autant.
Quand j’ai quitté, à regrets, la colline de Fourvière et la radio où je causais le matin très tôt, ce copain, je devrais dire ami, m’a offert la bouteille que vous voyez en photo là, ici, sur ce blog.
J’étais très heureux de ce présent, sincèrement je n’en avais jamais eu dans les mains et la perspective d’ouvrir ça un jour me réjouissait. Il fallait juste être patient, et trouver une occasion. Comme la fameuse quarantaine approchait à grand pas, je me suis dit que c’était ça, l’occasion. Et ce jour est arrivé. C’était hier.

 

 

Un autre copain (pas vu depuis longtemps mais retrouvé par la magie du réseau FB !) m’a rappelé que cette bouteille de Mouton-Rothschild 1973 était historique, et paradoxale. Historique, car 1973 est l’année où cette propriété a accédé au très sélect et précieux classement des 1ers grands crus de Médoc, classement datant d’avril 1855, deuxième fois seulement où il fut modifié (avec Château Cantemerle en septembre 1855).  Il passait de 2e cru à 1er cru. Un must, et quand on connaît le poids de la tradition et de la réputation dans cette région viticole, sorte de Vatican du vin dans le monde, on imagine aisément ce que cela représente. Un peu comme de déplacer les menhirs de Carnac avec une pince à sucre.
Historique ai-je dit, mais aussi… paradoxal. 1973 est en effet une année très, très moyenne en bordelais. Mouton-Rothschild accédait cette année-là à l’Olympe, mais avec les pieds mouillés. C’est dire si j’avançais à petits pas. Une bouteille de secours était même prévu, « au cas où, » comme on dit. Côté solide, j’avais prévu quelque chose de simple, qui ne bouleverse pas trop le palais. En la matière, je considère (mais c’est très personnel) que seul le canard accompagné de pommes de terre poêlées et quelques haricots verts permet d’apprécier à peu près tous les bordeaux, et particulièrement les Médoc. L’intérêt de ces vins-là – et là-dessus je pense faire la quasi-unanimité – est de sentir les tanins. Donc il ne faut pas quelque chose de trop typé. Un magret ferait parfaitement l’affaire.
J’ai ouvert religieusement cette bouteille. Comme souvent avec les très vieux vins, le bouchon n’a pas tenu la route : trop vieux, trop imbibé, il cassa en son milieu. L’opération devenait délicate mais par chance, peu de morceaux tombèrent dans la bouteille. Voici le résultat de ce que je pense de cette dégustation.

 

La robe était légèrement fanée, mais la lumière n’était déjà plus celle du jour, donc… Je pense néanmoins qu’il commençait à décliner. Le rubis dominait quand même, mais il était peu profond. Au nez, j’ai été agréablement surpris : il dégageait encore un beau fruit confit, pruneaux, avec des remontées de sous bois moisis agréables. Feuilles mortes, humus, petits matins d’automne : c’était bien un Médoc (ouf !). En bouche, une longueur encore acceptable, même si on sentait qu’il avait bien perdu de sa superbe, qu’il n’a d’ailleurs peut-être jamais eu vraiment à cause de cette médiocre récolte de 1973 (cette année-là, on ne pouvait visiblement pas tout faire !). Comme souvent – et c’est tout l’intérêt de la dégustation – il s’est « ouvert » au fur et à mesure de la soirée. La longueur en bouche n’a cependant jamais excédé les 8-10 secondes (hélas) mais le nez est resté constant.
La nature ayant horreur du vide, pas une mais deux bouteilles de vins de garde iront désormais rejoindre ma cave, dans un lieu tenu secret et fermé à clé, dont je ne dévoilerai même pas l’emplacement sous la torture… Un Saint-Emilion grand cru 2009 et un Saint-Estèphe 2010. Deux belles années ma foi, « qui pourront attendre 10 ans sans problème, » au dire du caviste qui les a vendu à la personne qui me les a offerte. Je le crois sur parole. Surtout pour 2009, année remarquable quoi que surévaluée et aux spéculations outrancières.
Rendez-vous donc dans 10 ans, pour la cinquantaine. D’ici là, rassurez-vous, pas mal d’autre plaisir de dégustation sont au programme… (pas plus tard que dimanche avec un Pomerol 73, et oui, c’est l’année ou jamais !).

 

 

F.S

 

Grâce soit rendue à Michel P., qui n’est pas cousin du roi, mais c’est tout comme…

 

 

  SAB 9104 R

 

 

 

 

SAB 9103 R

                                          - "On s'était dit rendez-vous, dans 10 ans..."

 

 

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Un homme d’honneur

30 Août 2013 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #l'évènement

 

  PUTSCH-ALGER-AVRIL-1961

 



C’est à l’heure où nous écrivons ces lignes qu’on porte en terre, après un passage à la primatiale Saint-Jean de Lyon, Hélie Denoix de Saint Marc.
 

 

Cet officier de la Légion étrangère, né en 1922 à Bordeaux, aura, selon ses propres mots, « vécu pas mal d’épreuves. » Stupéfié par la débâcle de 1940, il entre naturellement en Résistance comme agent de liaison du réseau Jade-Amicol. Arrêté en juillet 1943, il est déporté à Buchenwald, puis à Langenstein. Il survit par miracle, et les Américains le ramassent dans un mouroir inconscient lorsqu’ils libèrent le camp en avril 1945.
Il entre à Saint-Cyr, et choisi en décembre 1947, la Légion étrangère. Il est envoyé en Indochine avec le 3e Régiment étranger d’infanterie. Un lien fort se tisse avec le pays et les Indochinois. Comme beaucoup d’autres, il reçoit l’ordre d’abandonner son poste, créant chez lui une fracture qui ne guérira jamais. Il l’appellera « sa blessure jaune. » Il n’oubliera jamais que la France avait « promis de ne jamais abandonner ce peuple. »
Il embarque ensuite pour l’Algérie, recruté par la général Challe. Fin 1954, il débarque à Oran, puis dans les Aurès, et il sera au service du général Massu, au plus fort du conflit. Il participe à la bataille d’Alger entre janvier et septembre 1957. « La plus amère des épreuves, » dira-t-il ensuite. En avril 1961, à la tête du 1er Régiment étranger de parachutistes, il prend partie pour le général Challe et participe au putsch des généraux. L’affaire échoue et plutôt que d’entrer dans la clandestinité, il se constitue prisonnier. Au procès qu’il subit en juin 1961 devant le haut tribunal militaire, il assume et prend la défense des harkis, menacés du même sort que les Indochinois abandonnés 8 ans plus tôt.
Il est condamné à 10 ans de réclusion criminelle. Il sera libéré fin 1965, gracié en 1966, amnistié en 1968. Il sera réhabilité dans ses droits civils et militaires en 1978. Il demeurera silencieux et s’effacera de la vie publique, jusqu’à ce que son petit neveu Laurent Beccaria ne l’interroge pour son mémoire de Sciences-po. Une biographie paraîtra en 1989, puis ses mémoires en 1995. Il est fait grand-croix de la Légion d’honneur en novembre 2011. Il avait dit à ce sujet : « La Légion d’honneur, on me l’a donnée, on me l’a reprise, on me l’a rendue… »
Un homme blessé mais à la très grande dignité, pour lui « tout se tient, il n’y a pas d’actes isolés. »
Un homme d’honneur surtout, qui devait souffrir en silence de vivre à une époque où ses valeurs, ses engagements, ses combats étant la plupart du temps perçus comme décalés, réactionnaires, risibles, naïfs. Pas seulement par une sous-culture de gauche d’ailleurs, comme on le dit de manière un peu légère. Mais aussi par une sous-culture mercantile, financière, de la distraction et de l’amusement généralisés.

 

 

J’ai la chance – car c’en est une – d’avoir provisoirement en ma possession un carnet de notes d’un officier de marine. Un homme décédé il y a bientôt 5 ans, pour lequel je voue une admiration sans borne. Ce vice-amiral avait un parcours semblable à celui de Saint Marc. En particulier l’attachement sans limite à la parole donnée, à l’honneur, la fidélité à ses idéaux, à la France, à la mission reçue et exécutée avec loyauté. Dans ce carnet, cet officier qui participa aussi à la Guerre d’Algérie (avec la demi-brigade de fusiliers marins) avait recopié de sa main un extrait du procès d’Hélie de Saint Marc devant le haut tribunal militaire. Le voici.
Je n’ai personnellement aucun commentaire à y ajouter. Tout est dit. On n’est pas obligé d’apprécier le style, si on n’aime pas on ferme le blog et on s’en va. Mais je crois qu’il y a de grandes leçons contenues dans cette déclaration qui pourraient encore servir à beaucoup aujourd’hui…

 

 

 

La déclaration devant ses juges du Chef de Bataillon de Saint-Marc. 
 

 

« Ce que j’ai à dire est simple et sera court. Depuis mon âge d’homme, Monsieur le Président, j’ai vécu pas mal d’épreuves : la Résistance, la Gestapo, Buchenwald, trois séjours en Indochine, la guerre d’Algérie, Suez, encore la guerre d’Algérie.
En Algérie, après bien des équivoques, après bien des tâtonnements, nous avons reçu une mission simple, une mission claire : vaincre l’adversaire, maintenir l’intégrité du patrimoine national, y promouvoir la justice sociale, l’égalité politique.
On nous a fait faire tous les métiers parce que personne ne pouvait ou ne voulait les faire. Nous avons mis dans l’accomplissement de notre mission, souvent ingrate, parfois amère, toute notre foi, toute notre jeunesse, tout notre enthousiasme. Nous y avons laissé le meilleur de nous-mêmes. Nous y avons gagné l’indifférence, l’incompréhension de beaucoup, les injures de certains.
Des milliers de nos camarades sont morts en accomplissant cette mission.
Des dizaines de milliers de musulmans se sont joints à nous comme camarades de combat, partageant nos peines, nos souffrances, nos espoirs, nos craintes.
Nombreux sont ceux qui sont tombés à nos côtés. Le lien sacré du sang versé nous lie à eux pour toujours.
 

 

Et puis un jour, on nous a expliqué que notre mission était changée. Je ne parlerai pas de cette évolution incompréhensible pour nous. Tout le monde la connait.
Et, un soir pas tellement lointain, on nous a dit qu’il fallait apprendre à envisager l’abandon possible de l’Algérie, de cette terre si passionnément aimée, et cela d’un cœur léger.
 

 

Alors nous avons pleuré.
 

 

L’angoisse a fait place dans nos cœurs au désespoir. Nous nous souvenions de quinze années de sacrifices inutiles, de quinze années d’abus de confiance et de reniement. Nous nous souvenions de l’évacuation de la haute région, des villageois accrochés à nos camions qui, à bout de force, tombaient en pleurant dans la poussière de la route.
 

 

Nous nous souvenions de Dien-Bien-Phu, de l’entrée du Viet-Minh à Hanoï. Nous nous souvenions de la stupeur et du mépris de nos camarades de combat vietnamiens, en apprenant notre départ du Tonkin. Nous nous souvenions des villages abandonnés par nous et dont les habitants ont été massacrés. Nous nous souvenions des milliers de Tonkinois se jetant à la mer pour rejoindre des bateaux français. Nous pensions à toutes ces promesses solennelles faites à cette terre d’Afrique.
Nous pensions à tous ces hommes, à toutes ces femmes, à tous ces jeunes qui avaient choisi la France à cause de nous, et qui, à cause de nous, risquaient chaque jour, à chaque instant, une mort affreuse.
Nous pensions à ces inscriptions qui recouvrent les murs de tous les villages et les mechtas d’Algérie : « l’Armée nous protège. L’Armée restera. »
Nous pensions à notre honneur perdu.
 

 

Alors le général Challe est arrivé. Le grand chef que nous aimons et admirons et qui, comme le maréchal de Lattre en Indochine, avait su nous donner l’espoir et la victoire. Le général Challe m’a vu. Il m’a rappelé la situation militaire. Il m’a dit qu’il fallait terminer une victoire presqu’entièrement acquise, qu’il était venu pour cela.
Il m’a dit que nous devions rester fidèles à nos promesses, que nous devions rester fidèles aux combattants, aux populations européennes et musulmanes qui s’étaient engagées à nos côtés. Que nous devions sauver notre honneur.
 

 

Alors j’ai suivi le général Challe.
 

 

Et aujourd’hui je suis devant vous pour répondre de mes actes et ceux des officiers du 1er REP, car ils ont agi sur mes ordres.
Monsieur le Président, on peut demander beaucoup à un soldat, en particulier de mourir, c’est son métier.
On ne peut lui demander de tricher, de se dédire, de se contredire, de mentir, de se renier, de se parjurer.
Oh ! Je sais, Monsieur le Président, il y a l’obéissance, il y a la discipline.
Ce drame de la discipline militaire a été douloureusement vrai pour la génération d’officiers qui nous a précédés, par nos aînés. Nous-mêmes l’avons connu, à notre petit échelon jadis comme élèves officiers, ou comme jeunes garçons préparant Saint-Cyr.
Croyez bien que ce drame de la discipline a pesé de nouveau lourdement et douloureusement sur nos épaules devant le destin de l’Algérie, terre ardente et courageuse à laquelle nous sommes attachés aussi passionnément qu’au sol de nos provinces natales.
 

 

Monsieur le Président, j’ai sacrifié vingt années de ma vie à la France. Depuis quinze ans, je suis officier de Légion. Depuis quinze ans je me bats. Depuis quinze ans j’ai vu mourir pour la France des Légionnaires étrangers peut-être par le sang reçu, mais français par le sang versé.
C’est en pensant à mes camarades, à mes sous-officiers, à mes Légionnaires tombés au champ d’honneur, que le 21 avril à 13h30 devant le général Challe, j’ai fait mon libre choix.
 

 

Terminé, Monsieur le Président. »

                                                              *************

La citation qui suit cette prise de notes est de Charles de Gaulle, « Ceux qui accomplissent quelque chose de grand doivent souvent passer outre aux apparences d’une fausse disciplines. »

Juste après dans le cahier, une citation d’Alfred de Vigny : « La parole qui, trop souvent, n’est qu’un mot pour l’homme de haute politique, devient un fait terrible pour l’homme d’armes ; ce que l’un dit légèrement ou avec perfidie, l’autre l’écrit sur la poussière avec son sang, et c’est pour cela que beaucoup doivent baisser les yeux devant lui. »

 

 

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  Photos : D.R

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Emergence de la verticalité

29 Août 2013 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #montagne

 

 

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                                                  - Naître -

 

 

Gavarnie. Gavarnie. Gavarnie. A l’évocation de ce nom notre cœur se serre, notre ventre se noue, nos guibolles se contractent imperceptiblement. Au fond de la prunelle de nos yeux et remontant de la mémoire reviennent des images, vives encore des souvenirs récents mais toujours trop éloignés dans le temps à notre goût. Et une légère douleur dans la nuque : Gavarnie s’admire le cou tordu pour apprécier les vastes murailles de son célèbre cirque.

 

 

Parlons-en de ce cirque : quel cirque ! Il est des Pyrénéistes pour dire – et peut-être ont-ils un peu raison – qu’il en existe d’autres, bien plus beaux, aussi majestueux et plus secrets. Le cirque de Lescun, en Aspe. Et Troumouse, voisin de Gavarnie. Ce dernier est si vaste qu’une rumeur dit qu’un million de personnes pourrait y tenir. Pourvu que jamais l’expérience ne soit tentée !
Mais… Gavarnie. Ici serait né le Pyrénéisme, comme d’autres situent à Chamonix la naissance de l’Alpinisme. Au XIXe siècle, l’aventure commence réellement. Les grands noms des premiers fous de ces montagnes, Ramond de Carbonière, puis les fameux guides Henri et Célestin Passet, François Bernat-Salles, Pierre Pujo, Pierre Brioul, Mathieu Haurine conduisaient vers les sommets des clients non moins fameux comme le comte Russel, Charles Pack, Swan. Plus tard, Louis Robach, qui semblait avoir voué sa vie au Mont Perdu (3365 m), qu’il ascensionna septante-dix fois. Franz Schrader se guidait seul. Il établira une carte (la première) du panorama des Pyrénées et notamment le Cirque de Gavarnie, depuis le formidable belvédère offert par le Piméné, sorte de balcon suffisamment en retrait pour avoir une vue d’ensemble sur le massif Mont-Perdu – Ordessa – Gavarnie. Par beau temps, la vue embrasse le panorama depuis la grande muraille de Baroude (ou Barossa) à l’est, jusqu’au Vignemale à l’ouest. Ici, les dieux ont leur siège numéroté et placé.

 

 

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Gavarnie a donné lieu à une littérature abondante, des essais romantiques les plus lyriques (dont Victor Hugo qui en écrivit les plus belles pages)  aux sommes scientifiques les plus poussées. Mais je ne crois pas cependant qu’on ait tout dit ni tout écrit sur ce bout du monde au fin fond de la France et de l’Espagne. Si le regard bute sur le mur que représente cette formation géologique glaciaire, il n’en demeure pas moins obnubilé par une chaude question : comment franchir ? Gavarnie ne serait rien sans le coup du sort qui fait sa célébrité autant que son cirque : il existe un passage naturel, un trou dans le mur. La Brèche de Roland. Cette entaille, d’une centaine de mètres de large pour moins de 150 mètres de haut, attire à elle seule des milliers de gens. Pas tous très montagnards d’ailleurs (la proximité du col des Tentes le rendant finalement assez accessible en saison estivale). Mais qu’importe, finalement. Si, pour les amoureux des Pyrénées, et les montagnards au sens large, c’est toujours une émotion particulière de passer par cette brèche, il est sans doute un peu heureux que pour beaucoup de vulgum pecus, cette expérience soit la plus engagée qu’ils feront dans leur vie de marcheurs. Après tout, quand on se trouve entre ces deux pans de roche, sur la brèche (l’expression est alors à prendre au sens propre), on est quand même à plus de 2800 mètres, certes en étant la plupart du temps partis de 2208 mètres (col des Tentes), mais quand même... Certains préfèrent partir du village même de Gavarnie 1500 mètres plus bas. Ceux-là connaissent l’incomparable prix des fameuses « Echelles de Sarradets » ou du vallon de Pouey-Aspé…

 

 

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                                                                  - Etre sur la brèche -

 

 

Une de nos premières visites de ce lieu venté et souvent froid même en plein été fut le 11 août 1999. Le hasard a voulu ce jour-là qu’il y fasse presque nuit… C’était le fameux jour de l’éclipse totale du soleil. Nous perdîmes environ 7° en moins d’un quart d’heure, et comme la température n’était déjà pas très estivale, on vit les badauds – dont nous étions – enfiler rapidement des effets chauds. Un môme malchanceux se prit sur le crâne un caillou tombé du sommet de la brèche, occasionnant un stationnaire d’hélicoptère de la gendarmerie au dessus de la brèche pour l’évacuer. Gavarnie, sa brèche, ses touristes, son cinéma permanent.

 

 

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Sauf à dormir dans l’abri sous roche creusé à main d’homme en 1883 (d’après H. Russel dans ses Souvenirs d’un montagnard)*, il est difficile d’y être seul. Le courant d’air permanent n’incite pas trop non plus à y faire bronzette. Pourtant c’est un endroit que nous affectionnons particulièrement, et qu’il nous fut heureux de revoir cette année, après seulement (si j’ose dire !) trois ans d’absence. Que c’est long, trois ans… Cette brèche est la promesse de courses fascinantes, une fois passé ce trou béant dans la muraille s’offre la possibilité de côtoyer les géants à 3000 et plus. Taillon, Casques, Tour, Pics de la Cascades, Marboré, Cylindre, Mont Perdu, Astazou… Le tout sur une quinzaine de kilomètres de long, environ 25.000 hectares de montagne pure.

 

 

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                                        - Dans les nuages, le Mont Perdu (qui porte si bien son nom) -  

 

 

Laissons les mots. Place aux images. Elles restent pour toujours présentes à notre esprit, quand hélas nous sommes redescendus dans la plaine. Et, lorsque la main serre un de ces cailloux rapporté des cimes, c’est toute une histoire qui se diffuse en nous. Et une promesse : revenir.

* projet pour 2014, nous en reparlerons donc…

 

 

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                                                  - Banane casquée -

 

 

 

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                                                 - Stygmates -  

 

 

 

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                                                       - Au loin, la Tour -  

 

 

 

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                                                             - Stygmates (2) -  

 

 

 

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                                                 - Vivre -  

 

 

 

(c) F. Sabourin. Gavarnie, août 2013. Nikon D300 et objectif 10-24 mm.

 

 

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On n'es pas sérieux quand on a 17 ans

22 Août 2013 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #chronique cinéma

 

Jeune & jolie

 Jeune & jolie 2

 

 

Film français de François Ozon. 1h34. Avec : Marine Vacth ; Géraldine Pailhas ; Frédéric Pierrot… 

 

 

Le film s’ouvre sur la côte méditerranéenne, l’été, sous un soleil radieux. Isabelle est à la plage, elle sort de l’eau, se pose sur sa serviette, regarde à gauche, à droite, puis se croyant seule, elle enlève le haut. Elle est jeune (17 ans). Elle est jolie (très jolie). Elle est en vacances avec sa mère, son beau-père et son jeune frère. Un jeune Allemand lui tourne autour. Il ne servira qu’à lui ôter une vertu devenue trop encombrante à son âge. Fin de l’été.
Le film se poursuit à l’automne, où Isabelle a repris sa vie de petite Parisienne. Lycée, copines, devoirs. Mais Isabelle a une double vie. Dans celle-ci, elle s’appelle Léa, et se prostitue avec des hommes jeunes ou vieux, dans des hôtels, contre de l’argent. Des doux, des sadiques, des riches. Pourquoi fait-elle ça ? On ne le saura jamais. Mais un jour, l’un d’entre eux – plus tout jeune – meurt sous elle en pleine action. Paniquée, elle s’enfuit de l’hôtel, et arrête tout. Quelques mois plus tard – c’est l’hiver – la police débarque au travail de sa mère et lui dévoile tout. Celle-ci, sûre de son éducation permissive et hédoniste, tombe de très haut. Son enfant qu’elle croyait connaître n’est plus ce qu’il était, elle ne la reconnaît plus.
Au printemps on voit Isabelle reprendre une vie « normale », essayer une relation avec un garçon de son âge d’ailleurs physiquement très banale. La tentation est néanmoins forte de reprendre son petit jeu de séduction. Le film s’achève sans qu’on en sache davantage sur les motivations réelles d’Isabelle / Léa à passer à l’acte.
 

 

François Ozon est un cinéaste de la transgression. Et ça tombe bien, car l’adolescence est la période de prédilection, pour essayer, tenter, transgresser. C’est ce que fait Ozon avec ce petit chef d’œuvre sec, tranchant, dérageant autant que séduisant. Si l’on s’en tient à ce qu’on voit à l’écran, rien ne permet d’expliquer les raisons qui poussent son héroïne à se prostituer. Elle-même n’arrive pas à dire vraiment pourquoi face à la police. Transparente et d’une beauté diaphane, Marine Vacth – une belle révélation – se révèle tout autant opaque. François Ozon pose les questions de manière froide : comment vivre une sexualité quand celle-ci est découverte à travers la mise en scène codée de la pornographie ? Comment un enfant devient-il un étranger aux yeux de ses parents ? Facilité par Internet, la prostitution est une tentation pour bon nombre de jeunes filles, de l’argent rapidement gagné, sans risque, croient-elles.
Pour Isabelle, c’est surtout un formidable moyen de connaître les hommes, mais là encore impossible de savoir réellement ce qu’elle en apprend, car elle n’en dit rien. François Ozon avait quant à lui déclaré à Cannes que la prostitution était un fantasme pour beaucoup de femmes, suscitant les réactions indignées qu’on imagine.
 

 

C’est probablement la puissance de cet âge scandaleux et transgressif qui est célébré dans Jeune & jolie. « On est pas sérieux quand on a 17 ans, » disait Arthur Rimbaud, poème récité au cœur du film par une série d’adolescents idoines. Jeune & jolie nous fait penser à un autre poème du sulfureux bohémien des Ardennes. Chanson de la plus haute tour, dans lequel il est écrit :

« Oisive jeunesse,

A tout asservie,

par délicatesse,

J’ai perdu ma vie.

Ah ! Que le temps vienne

Où les cœurs s’éprennent. »
 

 

 

FS

 

 

Jeune & jolie

 

 

Jeune & jolie 3

 

 

 

Sur les écrans le 21 août.
 

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La montagne tue

20 Août 2013 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #montagne

 

 

On ne vous le répètera jamais assez : la montagne tue. C'est dangereux, n'y allez pas, ou alors connaissez-en les risques et périls, nom de Zeus !(et ça fera moins de monde sur ses flancs...)


Si on achève bien les chevaux, ceux-ci ont dû prendre un sacré coup de foudre, l'un d'entre eux probablement plutôt l'année dernière. Les deux autres sont plus récents, les vautours ont laissé le crin, les sabots et pour le dernier, le cuir.

Tout cela dans un périmètre d'une petite centaine de mètres d'altitude, pas plus d'un km² de surface... Je déconseille fortement de boire l'eau du torrent qui s'y écoule, et pour plusieurs années, à moins de vouloir tester la liste des gastro-antérologues du Béarn et même au-delà. 


Enfin, à ceux qui souhaiteraient éviter ce coin de mortelles randonnées, cela se situe au dessus du Lac d'Aule, près de Bious-Artigues, en Vallée d'Ossau, non loin de Gabas (halte jacquaire dans le col du Portalet).


Dommage cependant de ne pas y aller, c'est un endroit superbe où l'on peu même se faire le Pic Gaziès, 2457m, histoire d'admirer un peu le paysage. Mais pas le jour où nous avons fait ces images, parce que justement ce jour-là, on y voyait queue d'chi (ou presque). 

 

 

 

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                                          - De cheval -

 

 

 

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                                    - Dites-le avec des fleurs -

 

 

(c) Fred Sabourin. 8 août 2013. Béarn. Vallée d'Ossau.

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Bourlinguer...

27 Juillet 2013 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #montagne

 

Et c'est parti pour trois semaines de bourlingue...

 

 

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