Love Chambord
- "Viens chérie, on rentre, il commence à faire frais..." -
Il y a un truc bien avec Chambord, c’est que ce visage de France évite au promeneur le sentiment d’être blasé. Refusant vraiment de le devenir, chaque invitation qu’il reçoit pour participer à quoique ce soit s’y déroulant se transforme en aventure visuelle et sensorielle, comme disent les professionnels de la communication et du marketing. Chambord est, comme le slogan de ce soir-là, un créateur d’émotions.
Les ingrédients sont pourtant on ne peut plus classiques : un château (et quel château !), une météo favorable voire très favorable, un happening marketing et commercial, gratiné de communication véritable, des happy few au ventre vide, du vin, des petits fours avec de vrais morceaux de foie gras dedans, une présentation soignée et tape à l'oeil qui dépasse l’imagination. Et le tour et joué. La magie opère. Elle opéra d’autant mieux quand on ne sait quel maître des lieux eu la riche idée d’ouvrir une porte donnant sur un espace d’ordinaire fermé au public, offrant aux photographes des plans superbes léchés par une lumière rasante à couper le souffle. Chambord, dans tout son prestige. Le reste n’est qu'accessoire, et les oreilles s’emplissaient autant que les gosiers de propos incroyables, tantôt convenus, tantôt insignifiants, parfois drôlatiques, toujours de circonstance.
En sortant, légèrement enivré de vin doux de la Loire et d’agneau fondant sur son lit de morilles (un truc de dingue, à tuer sa mère), on entendit, dans la forêt lointaine, pour de vrai, le coucou. Etait-il en haut de son grand chêne ? Répondait-il au hibou ? Nul ne saura. Une seule certitude : cet oiseau d’avril, annonciateur du printemps cette année fort pertinent, niche dans le nid des autres oiseaux, sans leur demander leur avis. Pourquoi se gêner ? Un peu comme le feraient ceux qui, voulant profiter à fond du système, viendraient piquer dans les assiettes un peu de d’auto satisfaction contenue.
Puis, royal et gratuit, le soleil se coucha, laissant apparaître une lune pleine jusqu’aux yeux comme une femme enceinte sur le point d’accoucher. Même les poissons, au fond du Cosson, se pâmaient d’aise. Tendez bien l’oreille. Eux aussi fredonnent : « coucou, coucou, coucou… »
- Solitude -
Mort de rire
"Ceux qui pensaient que la guerre finirait bientôt étaient tous morts depuis longtemps. De la guerre, justement. Aussi, en octobre, Albert reçu-t-il avec pas mal de scepticisme les rumeurs annonçant un armistice. Il ne leur prêta pas plus de crédit qu'à la propagande du début qui soutenait, par exemple, que les balles boches étaient tellement molles qu'elles s'écrasaient comme des poires blettes sur les uniformes, faisant hurler de rire les régiments français. En quatre ans, Albert en avait vu un paquet, de types morts de rire en recevant une balle allemande. "
Pierre Lemaitre, Au revoir là-haut. (1er §).
Citation
"Il faut être économe de son mépris, il y a tellement de nécessiteux."
François-René de Châteaubriand
- Ici, bientôt... -
Ô captain, my captain ! (fiction)
La porte de l’armoire métallique a claqué une dernière fois, sans la fermer avec le cadenas. A ses pieds, les deux sacs paquetages kakis contenant tous ses effets. Antoine jeta une dernière fois un regard vers les deux rangées de six lits, de cette chambre 212, au second étage du bâtiment central de la caserne. Au fond, près du mur et entre les deux fenêtres, la télé dont ils avaient bricolé une antenne avec une fourchette. Puis il descendit réintégrer les affaires, selon un circuit qui reproduisait l’exact inverse qu’il avait fait à peine un an plus tôt. Il signa les papiers, en reçu d’autres. L’ambiance générale était à l’euphorie – certains parlaient de libération - mais lui gardait ses distances, conscient que quelque chose se refermait pour toujours. Puis il alla dire au revoir au capitaine de sa compagnie, un homme droit et franc, au physique sec, avec lequel il avait eu d’excellents échanges sur toute sorte de sujets, bien au-delà des aspects militaires dus à leurs rangs. Un homme d’une humanité rare. Ô captain, my captain ! Il avait claqué un dernier garde-à-vous même habillé en civil. Puis il avait franchi la grille du régiment une dernière fois pour se rendre à la gare et rentrer chez lui. Le service militaire était terminé.
Antoine et le capitaine avaient échangé quelques nouvelles les cinq – six premières années. Quelques courriers au moment des vœux, bonjour-bonsoir, que devenez-vous, où êtes-vous, que faites-vous ? La vie avait suivi son cours. L’un gravissait les échelons de la hiérarchie militaire en roulant sa bosse autour du monde, l’autre apprenait à manier le goupillon en vue de son installation dans une cure du fin fond de la France. Le rouge et le noir. Le sabre, et le goupillon. Un monde – et quel monde ! - semblait les séparer, mais l’engagement les rapprochait. Au fond de lui Antoine n’avait jamais oublié cet homme dont la manière de commander était si différente de ceux rencontrés jusqu’alors. Un homme d’une grande écoute et d’une très forte compréhension humaine, des situations alambiquées, des conflits… Un homme rigoureux mais pour lequel il avait mis toute son énergie à servir loyalement. Et puis le temps avait fait son œuvre, les vicissitudes de la vie avaient tari la correspondance. Martinique, Vannes, et puis… Les épisodes s’arrêtaient brusquement, mais peut-on rester en contact avec tout le monde, tout le temps se disait-il ? Cependant, il n’avait pas oublié. Dans un coin de son bureau, coiffant une mappemonde, un béret rouge à l’insigne colonial trônait, ultime souvenir de ces quelques mois passés sous les drapeaux. Antoine se souvenait, parfois, avec un camarade du même contingent dont il avait conservé l’amitié, de cet officier qui était à la fois si fort et si droit, mais dont le charisme semblait aussi cacher d’anciennes fêlures sur lesquelles il s’était bien gardé de s’épancher. Ils évoquaient ensemble ces souvenirs contrastés, mais dont les points saillants revenaient toujours vers les quelques figures hors du commun qu’ils avaient connu. Tel sous-officier, tel officier. Et le capitaine, toujours.
La magie d’Internet lui a fait écrire son nom dans un moteur de recherche récemment, mais comment savoir combien de barrettes il avait désormais ? Probablement cinq. Il avait fini par retrouver sa trace, dans un cabinet dit de ressources humaines, spécialisé dans la gestion de conflits, de problématiques de leadership, d’esprit d’équipe etc. Ses trente et quelques années passées dans les forces spéciales et les régiments les plus actifs et les plus prestigieux, dans les endroits du monde les plus chauds lui avaient donné une sacrée expérience et une expertise hors du commun. Il s’en servait autrement, maintenant. Sans aucun doute avec ses mêmes qualités de meneur d’hommes.
Après un bref échange de mail, ils se téléphonèrent. Ô captain, my captain ! était devenu colonel de réserve, en « retraite » depuis 5 ans. La voix était la même, 17 ans après. Rien ne semblait véritablement changé chez cet homme loyal, franc, direct, courtois, à la parole qui claque mais vise juste. Dans le grand concert de fausses notes des médiocres auxquels Antoine, ex-subordonné de cet officier de grande valeur, avait eu affaire depuis quelques temps, et dont certains avaient voulu sa peau, l’échange inattendu avec cet homme rare et la promesse de se revoir « avant 18 ans, » l’avait conforté sur un point : il vaut mieux jeûner avec les aigles que de picorer avec la volaille.
Ô captain, my captain ! Et le reste : du menu fretin.
cher Cher, quand Chenonceau t'enjambe...
- Depuis le cabinet de travail de Catherine de Médicis, l'île de Diane -
(c) Fred Sabourin. Mars 2014. Chenonceau. Indre-et-Loire. Nikon D300 et 18-105 mm (tout simplement).
PS : espions du Sabourin : encore raté !
Patrick Buisson cet inconnu (par Frédéric Métézeau)
Le billet politique de Frédéric Métézeau, France Culture mardi 11 mars à 7h16. Où il est question d'un certain Guillaume Peltier, candidat à la mairie de Neung-sur-Beuvron (Loir-et-Cher), étrangement discret à l'heure actuelle...
Et si l'éloignement avec patrick buisson devenait un marqueur à l'UMP ? Hier soir sur France 2 Jean-François Copé martèle "Patrick Buisson n'a jamais été mon conseiller ni mon collaborateur". C'est vrai mais le président de l'UMP a quand même beaucoup écouté ses conseils lors de la campagne interne de l'UMP.
Leur relation se noue en 2009 comme le rappellent Ludovic Vigogne et Eric Mandonnet dans leur livre Ça m'emmerde ce truc qui prêtent à Jean-François Copé ces mots à destination de Patrick Buisson : "pour notre intérêt commun, il vaut mieux que notre relation, qui est aussi forte que celle avec Nicolas Sarkozy, ne se sache pas". Aujourd'hui donc, le président de l'UMP passe aux actes. Buisson connais pas...
Pour François Fillon, c'est moins difficile, jeudi dernier à science Po bordeaux il confesse une maladresse d'expression par rapport au Front National et au candidat "le moins sectaire", il tente de se repositionner au centre sur une ligne plus "humaniste" et rappelle qu'il a toujours refusé de serrer la main de Patrick Buisson. Buisson jamais vu…
Idem pour Alain Juppé, samedi il est allé soutenir François Bayrou à Pau, confirmant qu'il préférait frayer avec les centristes qu'avec la droite dure. Buisson, pas mon truc…
Sur ce point, Juppé et Fillon sont constants, ils n'ont jamais été "buissonnisés" à l'inverse de Guillaume Peltier, le cofondateur de la Droite Forte qui fraie avec Patrick Buisson à partir de 2004 dans le sillage de Philippe de Villiers. Leur mimétisme est flagrant : passé d'extrème-droite, exaltation maurrasienne des racines et de la France éternelle, passion des sondages et des études d'opinions sauf que début 2013 déjà, dans Droite forte année zéro de Marika Mathieu, Guillaume Peltier avait bien du mal à assumer "je n'ai aucune relation avec lui" avance-t-il avant de confesser : "c'est vrai qu'il n'est pas rien pour moi". Aujourd'hui, Guillaume Peltier est étrangement discret dans les médias et sur les réseaux sociaux.
Buisson connais-pas… Buisson jamais-vu… Buisson pas mon truc... A ce propos, l'entourage de Nicolas Sarkozy fait savoir qu'il a très peu vu Patrick Buisson depuis mai 2012 et que son retour se ferait "par la gauche" sur des thématiques plus rassembleuses style "fracture sociale". D'ailleurs hier à Nice, Nicolas Sarkozy a salué publiquement un homme honni par Patrick Buisson, symbole selon lui et ses affidés de la droite molle et de la fausse-droite. Lors de l'inauguration d'un centre Alzheimer en présence de Bernadette Chirac, en direct sur les chaînes d'information continue, Nicolas Sarkozy a fait applaudir Jacques Chirac.
Frédéric Métézeau
Billet politique de Frédéric Métézeau
Un avocat sans effets de manches
Dans Porter leur voix, un avocat sans effets de manches, Laure Heinich évoque le métier d’avocat, et, en creux, celui de magistrat. Décapant.
Il n’est pas étonnant de croiser, dans Porter leur voix, un avocat sans effets de manches de maître Laure Heinich, un autre grand avocat, très grand même : Jean-Marc Varaut. Dans L’art de plaider, en 2002, trois ans avant sa mort, il disait : « Le temps ne fait rien à l’affaire. Une plaidoirie n’est pas un passe temps, un contre temps ou un temps mort mais doit être un temps fort dans la recherche dialogique du juste. On peut plaider le temps d’un sonnet et même d’un quatrain. Celui qui dit le plus est souvent celui qui dit le moins. Dans convaincre, il y a vaincre. »
Auteur d’un blog chez Rue89, Derrière le barreau, Laure Heinich, ex-élève du lycée Henri IV, université Panthéon-Sorbonne et DEA de droit médical, est avocate depuis 1999. Mais ce n’est pas une avocate comme les autres. Ancienne première Secrétaire de la Conférence du Barreau de Paris, au terme d’un concours d’éloquence de haute volée, elle peut exercer dans des dossiers d’une grande gravité, que ce soit auprès des accusés ou des victimes. Ce qui fut notamment le cas dans le procès du « gang des barbares » avec Youssouf Fofana, en 2009, où elle défendit Myriam, celle qui avait reconnu sa copine dans le portrait-robot diffusé dans les médias et risquait une peine d’emprisonnement pour complicité présumée.
Entre son cabinet et le palais de justice de Paris, Laure Heinich est sans cesse confrontée aux cas les plus extravagants. Une jeune fille violée qui demande à son agresseur de recommencer ; un homme transformé en Cendrillon par la femme dont il est éperdument amoureux et qui finit par la poignarder ; un adolescent en apparence très calme et qui veut infiltrer un réseau homosexuel pour « casser du pédé, » avec ses copains, etc.
Il y a aussi et même surtout, dans Porter leur voix, un brûlot contre l’arrogance des magistrats, les nombreuses incohérences de la justice, l’indescriptible crasse du dépôt (où patientent les prévenus avant de comparaître devant le juge), l’insalubrité de la prison de Fresnes, et l'attente, l'attente, "il faut attendre, maître"… Révolte, compassion, détresse des victimes et remords des coupables, tout y passe, sans effets de manche, d’une plume ciselée, tantôt désabusée, parfois ironique et grinçante, voire cynique. Mais comment ne le serait-on pas, face à ce théâtre des tragédies humaines où les trois singes de la justice semblent faire face au lecteur en permanence : « je ne vois rien, je n’entends rien, je ne dis rien » ?
Laissons à maître Varaut le soin de terminer à la fois cette chronique et ce que nous avons ressenti à la lecture de Porter leur voix : « Plaider est l’art de donner un corps à une cause, non des mots à un discours. Un art ou plutôt une technique toute d’exécution et de circonstances. L’art de plaider c’est alors de rendre invisible la technique. Un art ou une technique surchargés d’exigence morale aussi. Bien parler renvoie au bien. »
Si maître Laure Heinich parle comme elle écrit, alors le bien n’est peut-être pas loin…
Laure Heinich, Porter leur voix, un avocat sans effets de manches. Fayard.
Le monde ne suffit pas

Mettre la polaire, le manteau, l’écharpe, la cagoule. Attacher les lacets. Franchir la porte, fermer à clé. Descendre les escaliers, un étage dans les bras, les deux autres à pied en comptant les marches. Faire une grimace face au grand miroir de l’entrée. Sortir dehors. Guetter le « camion poubelles. » Cueillir un tout petit brin de lavande, le sentir (« ça sent bon hein ? »). Ramasser trois cailloux dans l’allée de l’entrée, « deux pour les poches, un pour toi. » Passer à côté de l’échafaudage du chantier. Regarder le clocher de l’église, entendre une cloche, parfois. Passer devant la boulangerie où « y a pas Mélanie, » parce qu’on n’y va pas, dans celle-là. Dire bonjour à la petite souris grise en peluche dans la vitrine de la coiffeuse qui fume. Passer devant le fish spa, où des « petits poissons mangent les pieds" des clients. Tourner à gauche, dans la rue sous le château où on entend la tourterelle. Imiter le chant de la tourterelle. Dialoguer avec la tourterelle. Marcher sur les bandes blanches de la piste à vélo. S’arrêter sur le dessin du vélo, chacun sur sa roue. Arriver près du carrefour et « appuyer sur le bouton. » Attendre que le petit bonhomme rouge devienne vert. Traverser sans s’arrêter avant qu’il ne redevienne rouge. Entrer dans le petit parc, courir après les pigeons, regarder pleurer le saule pleureur. Passer à côté du toboggan, sentir ton cœur se serrer. Prendre ta main en longeant la rue où les voitures sont nombreuses et roulent vite. Pointer son doigt vers la façade un peu désuète de l’hôtel de F. et de G. Regarder passer un bus noir et jaune, puis un autre bleu et blanc. Passer devant La Poste, traverser, appuyer sur le bouton. S’engager quand le bonhomme est vert. Râler contre les autos qui passent au rouge. Appuyer une dernière fois sur le bouton. Traverser, embouquer les escaliers. Compter les marches. Passer le badge pour que la porte s’ouvre. Faire coucou aux enfants déjà arrivé par la fenêtre en face de l’entrée. Poser les cailloux sur la pelouse, en promettant de les reprendre le soir. Entrer. Monter trois marches, "tout seul.". Oter les chaussures, le manteau, la polaire, la cagoule, l’écharpe. Mettre les chaussons, sortir doudou. Moucher le nez. Réajuster les chouchous des couettes. Serrer doudou contre toi. Etre dans les bras de papa. Faire bip-bip avec la carte à code barre. Dire bonjour. Consulter le menu. Se serrer très fort dans les bras. Dire comment s’est passé la soirée, la nuit, le matin. Se résoudre à descendre. Etre triste. Etre seule. Et puis partir, sans trop se retourner. Tu es arrivée à la crèche, je pars travailler. Le rituel est immuable mais c’est chaque fois différent.
Le monde – ton monde – ne suffit pas. Il faut encore que je sente, plus tard dans la journée, le caillou dans ma poche. Je sais à cet instant-là que tu m’espères.

- Maintenant, ou jamais -
On n'est pas là pour se faire engueuler
On trouve beaucoup d’articles ces jours ci sur la sortie récente de Nathalie Kosciusko-Morizet, accusant la journaliste du Monde qui la suit de faire campagne pour Anne Hidalgo. Beaucoup d'articles aussi sur les insultes proférées par Nicolas Dupont-Aignan à l’égard de Frédéric Haziza. La presse en ligne en profite pour faire des medleys, en vidéo, où on voit à peu près tout ce que ce pays compte de politiques, daubant, à un moment ou un autre, sur la caste infâme des journalistes... Qui de leur côté s'en émeuvent.
Comme si on n'avait jamais appris à distinguer le vrai du faux, le bluff de l'info. Comme si se mettait à accorder du crédit à tout ce que disent les politiques. Par exemple, je peux affirmer, après recoupements, vérifications, et croisements de plusieurs sources, que Béatrice Gurrey, du Monde, qui suit NKM, n'est pas la 21e tête de liste du PS à Paris. Et que Frédéric Haziza n’est pas “une merde intégrale” (c’était ça l’insulte)...
Ce que tout ça révèle, c’est finalement, uniquement un coin de la personnalité de Nicolas Dupont-Aignan. Et la fébrilité actuelle de Nathalie Kosciusko-Morizet, pas plus ! Faut-il s’en émouvoir outre mesure ? Faut-il y voir des attaques contre la liberté de la presse ? A quoi s'attend-on quand on fait ce métier ? A recevoir les félicitations des politiques ? Non.
Quand Marine Le Pen passe son temps à essayer de faire croire que tous les journalistes sont coulés dans le moule du même système. Quand Jean-Luc Mélenchon, sur son blog encore avant-hier, appelle ses fidèles à créer une “ambiance qui soit partout contraire et méprisante” pour la “caste", c’est franchement plus pathétique qu’inquiétant. En plus d’être terriblement banal.
Nul besoin de rappeler ici ce qu’était la liberté de la presse en France il y a encore quelques décennies. Il faut plutôt affirmer que si les journalistes doivent être contrôlés, c’est par tout le monde sauf par les politiques. Jamais, nulle part, et en aucune circonstance.
Je me permets donc pour ma part de prendre ces petites attaques pour des guignolades, sans aucune importance, et de demander en retour aux responsables politiques (c’est le moment, on est en campagne, et puis c'est mon métier), de leur demander ce qu’ils comptent faire sur les vrais sujets concernant la presse. Il y a eu la baisse de la TVA sur les pure players, c’est bien, mais ça ne suffit pas.
Que faire pour protéger le pluralisme ? La diversité ? Quelle aide pour le papier ? Qu’est-ce qu’on peut faire pour Libération ? Pour préserver l’indépendance des journalistes ? Comment renforcer la protection et le secret des sources ?
Il y a mille autres questions, mais j’arrête là, je vais me faire engueuler.
Benoît Bouscarel, France Culture, 7h16, le billet politique (link)
Blogitum ergo sum
Un jour, Jésus dit à Ponce Pilate : « Tu vois, mon vieux Ponce, ce blog fête ses 8 ans, l’âge de raison comme dit ma mère. Il a été créé à une époque où le ‘cloud’ n’existait que dans le vrai ciel et non dans une quelconque stratosphère informatique. A une époque où c’était encore un phénomène de mode, les réseaux sociaux n’ayant pas encore envahit chaque secteur de Bethléem et nos téléphones, qui servaient encore essentiellement à téléphoner d’ailleurs. Sa vertu première était de publier des textes et des photos personnels à usage d’amis et quelques membres de ma famille, et quelques visiteurs arrivant ici au hasard de recherches sur les moteurs du même nom. » Ponce Pilate répondit : « En effet, et curieusement la liberté d’expression de son auteur était pourtant peu surveillée par les pharisiens et les lévites, historiquement rompus à l’auto-censure et aux excommunications. » Jésus lui dit : « Oui, tu as raison. Mais je te rappelle que pendant longtemps, j'étais à peu près inconnu, et mon blog ne posait de problèmes à personne. » « Les temps ont visiblement changé, » dit Pilate. « Comme dit mon père à l’atelier de charpente : si on continue comme ça, on va droit au mur, » lui souffla Jésus.
Lui prenant le bras, tout en marchant à l’ombre des sycomores, en contrebas de la promenade des Anglais à Jérusalem, Ponce Pilate ajouta : « Cela dit, un blog est comme les vitrines, qui, les femmes te le diront, sont faites pour être léchées lors de leurs pérégrinations sabbatiques. Une vitrine, disent-elles encore, donne envie d’entrer ou non dans le magasin, mais elle n’est en aucun cas une obligation d’achat. Si je pouvais comparer ton blog à un magasin, je dirais qu’il ressemble à une agence de voyage, essentiellement montagnarde puisque c’est un endroit que tu affectionnes particulièrement, du moins chaque fois que les servitudes du travail et l’éloignement géographique forcé te permettent des escapades dans cette contrée bienfaisante, avec tes disciples, ou le plus souvent seul. » Jésus était pensif… Il rêvait à son prochain bivouac sur les hauteurs, loin des emmerdements du monde.
Reprenant son Esprit, il dit à Pilate : « On y trouve aussi d’autres voyages, ceux d’un imaginaire fécond, des paraboles et des fictions en tous genres. Tu peux y lire parfois du cinéma – de moins en moins hélas à mesure que ma fréquentation autrefois très assidue des salles obscures diminue – ce qu’on appelle dans le jargon des midrash, des critiques en sorte, qui ne sont en fait qu’une envie de partager ma Passion pour les films, leurs réalisateurs, les acteurs, et – comme un Président de la République – les actrices. »
S’assombrissant, et arrivant près du lieu dit ‘Golgotha’, Pilate lui dit : « Mais tu n’es pas sans savoir qu’un blog peut devenir un paratonnerre, nous l’avons vu récemment. Il attire à lui la foudre quand celle-ci a été trop longtemps contenue dans le ciel couvert de gros nuages lourds. Cette foudre ne tombe d’ailleurs pas toujours directement au sol, ce serait trop simple, tu le sais bien. Elle passe souvent par l’intermédiaire de grands sycomores entourés de lierre grimpant qui, comme chacun sait, sont conducteurs d’électricité, à leurs dépens d’ailleurs. » Haussant les épaules, dans un geste de dépit, Jésus lui dit : « Ainsi est-il. Des pamphlétaires en exil, l’histoire en regorge mon vieux Ponce, et ils ne peuvent que s’enorgueillir d’avoir acquis – même involontairement parfois - les galons des bannis. »
Puis, levant les yeux vers le ciel, ouvrant les bras, Jésus lui dit : « En vérité, en vérité je te le dis : les visiteurs du soir de ce blog en seront pour leurs frais : plus rien à se mettre sous la dent autre que de rares chroniques cinéma, quelques fictions, ou des photos de vacances, principalement à la montagne donc et tant pis s’ils préfèrent la mer… J’y suis déjà allé, et les vagues m’empêchent de dormir, enfin, surtout mes disciples car à chaque fois ils paniquent et ce sont de piètres marins. Mais laissons ce détail. Au moins, ils pourront continuer de s’y nourrir des vertus touristiques du grand air après s’être éventuellement enfermé dans une salle aussi obscure qu'une âme en peine, et préparer leur futur sabbat, peut-être même durant leurs heures de magasin, qui sait ? »
Ponce Pilate sourit à l’évocation de ce que lui disait son vieil ami Jésus. Il lui dit : « Quand même, passer le deuxième jour de l’année en compagnie des vautours était un bien mauvais présage. Ces oiseaux, friands de cadavres, passent pourtant l’essentiel de leur vie à essayer de s’élever au dessus du bétail en attendant que l’un d’entre eux ne tombe. Les vaches, brebis ou chevaux qui se croient debout ne perdent jamais une occasion de le faire à un moment donné de leur vie, l’âge ou la mauvaise fortune aidant. »
Jésus murmura : « C’est toi qui le dit. » Puis ils allèrent se jeter une petite bière derrière la tunique.
"Once more into the breach my friends, once more !"
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