On n'est pas là pour se faire engueuler
On trouve beaucoup d’articles ces jours ci sur la sortie récente de Nathalie Kosciusko-Morizet, accusant la journaliste du Monde qui la suit de faire campagne pour Anne Hidalgo. Beaucoup d'articles aussi sur les insultes proférées par Nicolas Dupont-Aignan à l’égard de Frédéric Haziza. La presse en ligne en profite pour faire des medleys, en vidéo, où on voit à peu près tout ce que ce pays compte de politiques, daubant, à un moment ou un autre, sur la caste infâme des journalistes... Qui de leur côté s'en émeuvent.
Comme si on n'avait jamais appris à distinguer le vrai du faux, le bluff de l'info. Comme si se mettait à accorder du crédit à tout ce que disent les politiques. Par exemple, je peux affirmer, après recoupements, vérifications, et croisements de plusieurs sources, que Béatrice Gurrey, du Monde, qui suit NKM, n'est pas la 21e tête de liste du PS à Paris. Et que Frédéric Haziza n’est pas “une merde intégrale” (c’était ça l’insulte)...
Ce que tout ça révèle, c’est finalement, uniquement un coin de la personnalité de Nicolas Dupont-Aignan. Et la fébrilité actuelle de Nathalie Kosciusko-Morizet, pas plus ! Faut-il s’en émouvoir outre mesure ? Faut-il y voir des attaques contre la liberté de la presse ? A quoi s'attend-on quand on fait ce métier ? A recevoir les félicitations des politiques ? Non.
Quand Marine Le Pen passe son temps à essayer de faire croire que tous les journalistes sont coulés dans le moule du même système. Quand Jean-Luc Mélenchon, sur son blog encore avant-hier, appelle ses fidèles à créer une “ambiance qui soit partout contraire et méprisante” pour la “caste", c’est franchement plus pathétique qu’inquiétant. En plus d’être terriblement banal.
Nul besoin de rappeler ici ce qu’était la liberté de la presse en France il y a encore quelques décennies. Il faut plutôt affirmer que si les journalistes doivent être contrôlés, c’est par tout le monde sauf par les politiques. Jamais, nulle part, et en aucune circonstance.
Je me permets donc pour ma part de prendre ces petites attaques pour des guignolades, sans aucune importance, et de demander en retour aux responsables politiques (c’est le moment, on est en campagne, et puis c'est mon métier), de leur demander ce qu’ils comptent faire sur les vrais sujets concernant la presse. Il y a eu la baisse de la TVA sur les pure players, c’est bien, mais ça ne suffit pas.
Que faire pour protéger le pluralisme ? La diversité ? Quelle aide pour le papier ? Qu’est-ce qu’on peut faire pour Libération ? Pour préserver l’indépendance des journalistes ? Comment renforcer la protection et le secret des sources ?
Il y a mille autres questions, mais j’arrête là, je vais me faire engueuler.
Benoît Bouscarel, France Culture, 7h16, le billet politique (link)
Blogitum ergo sum
Un jour, Jésus dit à Ponce Pilate : « Tu vois, mon vieux Ponce, ce blog fête ses 8 ans, l’âge de raison comme dit ma mère. Il a été créé à une époque où le ‘cloud’ n’existait que dans le vrai ciel et non dans une quelconque stratosphère informatique. A une époque où c’était encore un phénomène de mode, les réseaux sociaux n’ayant pas encore envahit chaque secteur de Bethléem et nos téléphones, qui servaient encore essentiellement à téléphoner d’ailleurs. Sa vertu première était de publier des textes et des photos personnels à usage d’amis et quelques membres de ma famille, et quelques visiteurs arrivant ici au hasard de recherches sur les moteurs du même nom. » Ponce Pilate répondit : « En effet, et curieusement la liberté d’expression de son auteur était pourtant peu surveillée par les pharisiens et les lévites, historiquement rompus à l’auto-censure et aux excommunications. » Jésus lui dit : « Oui, tu as raison. Mais je te rappelle que pendant longtemps, j'étais à peu près inconnu, et mon blog ne posait de problèmes à personne. » « Les temps ont visiblement changé, » dit Pilate. « Comme dit mon père à l’atelier de charpente : si on continue comme ça, on va droit au mur, » lui souffla Jésus.
Lui prenant le bras, tout en marchant à l’ombre des sycomores, en contrebas de la promenade des Anglais à Jérusalem, Ponce Pilate ajouta : « Cela dit, un blog est comme les vitrines, qui, les femmes te le diront, sont faites pour être léchées lors de leurs pérégrinations sabbatiques. Une vitrine, disent-elles encore, donne envie d’entrer ou non dans le magasin, mais elle n’est en aucun cas une obligation d’achat. Si je pouvais comparer ton blog à un magasin, je dirais qu’il ressemble à une agence de voyage, essentiellement montagnarde puisque c’est un endroit que tu affectionnes particulièrement, du moins chaque fois que les servitudes du travail et l’éloignement géographique forcé te permettent des escapades dans cette contrée bienfaisante, avec tes disciples, ou le plus souvent seul. » Jésus était pensif… Il rêvait à son prochain bivouac sur les hauteurs, loin des emmerdements du monde.
Reprenant son Esprit, il dit à Pilate : « On y trouve aussi d’autres voyages, ceux d’un imaginaire fécond, des paraboles et des fictions en tous genres. Tu peux y lire parfois du cinéma – de moins en moins hélas à mesure que ma fréquentation autrefois très assidue des salles obscures diminue – ce qu’on appelle dans le jargon des midrash, des critiques en sorte, qui ne sont en fait qu’une envie de partager ma Passion pour les films, leurs réalisateurs, les acteurs, et – comme un Président de la République – les actrices. »
S’assombrissant, et arrivant près du lieu dit ‘Golgotha’, Pilate lui dit : « Mais tu n’es pas sans savoir qu’un blog peut devenir un paratonnerre, nous l’avons vu récemment. Il attire à lui la foudre quand celle-ci a été trop longtemps contenue dans le ciel couvert de gros nuages lourds. Cette foudre ne tombe d’ailleurs pas toujours directement au sol, ce serait trop simple, tu le sais bien. Elle passe souvent par l’intermédiaire de grands sycomores entourés de lierre grimpant qui, comme chacun sait, sont conducteurs d’électricité, à leurs dépens d’ailleurs. » Haussant les épaules, dans un geste de dépit, Jésus lui dit : « Ainsi est-il. Des pamphlétaires en exil, l’histoire en regorge mon vieux Ponce, et ils ne peuvent que s’enorgueillir d’avoir acquis – même involontairement parfois - les galons des bannis. »
Puis, levant les yeux vers le ciel, ouvrant les bras, Jésus lui dit : « En vérité, en vérité je te le dis : les visiteurs du soir de ce blog en seront pour leurs frais : plus rien à se mettre sous la dent autre que de rares chroniques cinéma, quelques fictions, ou des photos de vacances, principalement à la montagne donc et tant pis s’ils préfèrent la mer… J’y suis déjà allé, et les vagues m’empêchent de dormir, enfin, surtout mes disciples car à chaque fois ils paniquent et ce sont de piètres marins. Mais laissons ce détail. Au moins, ils pourront continuer de s’y nourrir des vertus touristiques du grand air après s’être éventuellement enfermé dans une salle aussi obscure qu'une âme en peine, et préparer leur futur sabbat, peut-être même durant leurs heures de magasin, qui sait ? »
Ponce Pilate sourit à l’évocation de ce que lui disait son vieil ami Jésus. Il lui dit : « Quand même, passer le deuxième jour de l’année en compagnie des vautours était un bien mauvais présage. Ces oiseaux, friands de cadavres, passent pourtant l’essentiel de leur vie à essayer de s’élever au dessus du bétail en attendant que l’un d’entre eux ne tombe. Les vaches, brebis ou chevaux qui se croient debout ne perdent jamais une occasion de le faire à un moment donné de leur vie, l’âge ou la mauvaise fortune aidant. »
Jésus murmura : « C’est toi qui le dit. » Puis ils allèrent se jeter une petite bière derrière la tunique.
"Once more into the breach my friends, once more !"
Casser l’image
par Guillaume Fraissard, supplément radio-télévision du Monde, 9-10 février 2014.
Scène surréaliste à la permanence de campagne de Patrick Balkany, candidat aux élections municipales à Levallois-Perret (Hauts-de-Seine). A une équipe de la chaîne tout info BFM-TV, venue tourner sur les lieux dimanche 26 janvier, le maire UMP et député, en lice pour un cinquième mandat, s’est violemment emporté après des questions insistantes des journalistes sur ses ennuis judiciaires. «Cassez-vous! Et je garde la caméra, parce que vous faites chier !» Avant d’entreprendre de vouloir «retirer la bande» de cette même caméra… qui continuait bien sûr à tourner. Au-delà de leur signification politique, ces images qui ont fait le tour de la Toile et alimenté nombre de commentaires soulignent combien les rapports de certains responsables politiques avec la télévision semblent rester figés dans des temps révolus. Un temps où la «BFMisation» de la vie publique n’avait pas accéléré la cadence des réactions et des polémiques, un temps où les caméras restaient sagement sur les trottoirs et ne s’immisçaient pas dans le moindre espace, un temps où l’on pensait pouvoir contrôler son image en «retirant la bande», un temps enfin où les réseaux sociaux ne propageaient pas à la vitesse de la lumière les moindres dérapages. Cette époque-là n’existe plus, et vouloir casser l’image, comme souhaitait le faire M. Balkany, relève désormais de l’anachronisme. On peut déplorer cette dictature de l’instantané et du direct, cette boulimie d’actualité qui ne produit parfois que du vide. Mais les règles ont radicalement changé, et si les personnalités politiques savent parfaitement se servir de cette nouvelle donne pour faire passer leur communication et leurs messages, certains oublient que l’information en continu n’est pas une tribune de meeting. Qu’elle peut au contraire exposer au grand jour, avec une puissance démultipliée, leurs traits de caractère les moins avouables et leur conception dépassée des relations avec l’information.
(Ah tiens donc... Comme c'est curieux...)
En Seine-Maritime, on prononce "Bo"... Essayez, pour voir...
Des rebelles très conventionnels…
Les 17e RDV de l’Histoire qui se dérouleront à Blois en octobre 2014 auront pour thème « les rebelles. » Une aubaine en cette année de commémoration du centenaire de 1914 et 70e anniversaire de 1944.
Après la guerre, les rebelles. En annonçant le thème des prochains Rendez-vous de l'Histoire, Jean-Noël Jeanneney, président de la « plus grande manifestation d'intellectuels en France » (sic) a créé une surprise chez les spectateurs qui ne l'est pas vraiment, au fond.
Il vaudrait mieux s'y préparer : en 2014, nous allons manger du poilu de la Première guerre mondiale, et du résistant de la Seconde. Qu'on le veuille ou non, 2014 sera une année de commémoration. Une Mission du centenaire a même été créée pour ça, qui a fortement marqué de sa présence l'édition 2013 des Rendez-vous de l'Histoire : stand majestueux au salon du livre, conférences et communications diverses assurées par des historiens et chercheurs de renom, dont Antoine Prost, professeur émérite à l'Université de Paris I, Panthéon – Sorbonne.
Un (e) rebelle au Panthéon ?
Et alors, direz-vous ? Quoi de plus normal d'honorer ces poilus présentés aujourd'hui plus comme des victimes de l'idiotie d'une guerre manipulée par des officiers généraux que d'aucuns qualifient de « criminels de guerre, » que comme des combattants ? Ou encore, d'honorer la mémoire de ces résistants de 1944, dont ils semblent aujourd'hui avoir été si nombreux qu'on se demande comment la France n'a pas été libérée du joug nazi plus tôt ? La collision des deux commémorations fait d'ailleurs débat parmi les historiens, mais aussi les politiques, et particulièrement des régions concernées, la Picardie, l'Alsace, la Lorraine et les Vosges, qui comptent sur ce tourisme mémoriel pour palier une activité économique décroissante. Si le Général de Gaulle voyait dans la période 1914 – 1944 une sorte de « guerre de trente ans, » décidant en 1964 de commémorer les deux guerres en même temps, les anciens combattants signalent que c'est une tradition qui « dépasse de Gaulle. » En 1954 et 1984 en effet, les deux évènements ont déjà été commémorés ensemble.
Plus fort encore : l'enjeu est, on l'aura compris, politique. Car il y a un courant d'air du côté du Panthéon – dont on ignore encore qui pourrait y entrer à cette occasion mais le sujet fait déjà l'objet d'âpres débats - et un dossier sensible, jamais refermé, qui nécessitera beaucoup de doigté : la mémoire des 620 soldats condamnés à mort et fusillés « pour l'exemple, » pendant la Grande Guerre. Qui entrera au Panthéon ? Un Poilu de 14 ? Un résistant de 44 ? Un homme ? Une femme ? Un rebelle ? Là est la clivante question.
Poilus, résistants, rebelles et quoi encore ?
Pierre Nora et Jean-Noël Jeanneney, dans un entretien au journal Le Monde du 11 octobre dernier semblent se défendre de privilégier les uns ou les autres dans cet aspect commémoratif* « Je déplorerais une commémoration qui se concentrerait uniquement sur les fusillés et les mutins ; ce serait une injustice » (J. N Jeanneney). Pierre Nora paraît appeler à la synthèse qui dépasserait le simple aspect mémoriel de la commémoration, en insistant sur le problème de la dette que les générations passées ont contracté envers leurs pères, ces héros. « À titre personnel, dit-il, je pense que si on mettait au Panthéon tout à la fois Michelet et Marc Bloch, on exprimerait un message sur la Révolution française, sur la République et sur la Résistance. Et on saluerait le rôle civique de l'histoire. »
À l'énoncé du thème retenu pour les Rendez-vous de l'Histoire 2014, on peut s’interroger. Premièrement parce qu'il s'agit bien d'une suite à la guerre, thème de 2013 : les grandes manœuvres continuent, sur le terrain politique cette-fois, dans une année commémorative et électorale qui sera très difficile. Deuxièmement parce qu'on ne peut qu'apprécier le tour de passe-passe des deux figures d'historiens que sont Pierre Nora et J-N Jeanneney : soit tout est ficelé d'avance et ils jouent parfaitement bien la comédie. Soit le thème des rebelles est imposé d'en haut, et alors ils jouent parfaitement bien les « cocus magnifiques. »
L'ingérence du politique dans les affaires de l'historien, le phénomène n'est - hélas ! - pas nouveau. Les vrais rebelles, eux, on sait en revanche comment ils terminent.
*comprendre : les mutins et fusillés d’un côté, et les résistants de l’autre, leur point commun étant cette accession au statue de héros, même posthume.
F.S
(recyclage d'un article publié le 25 octobre dernier. L'expo Tardi au 41e FIBD d'Angoulême permet de savoir ce qu'il en pense, lui, de ce centenaire commémoratif.)
Tu as parlé, et je me suis tu
Un jour, sans que je m’en aperçoive, tu as parlé. Ah ! bien sûr, ça n’est pas arrivé du jour au lendemain, comme si on appuyait sur le bouton du son pour le faire jaillir. Assez vite après ta naissance, tu as marmonné quelques sons informes, des trucs indéfinissables aux sonorités en « a » et « euh ». Ces premiers borborygmes ont fait la joie béate des néo parents que nous étions. Ces « mots » étaient comme jetés en l’air et j’avais l’impression qu’ils ne retomberaient jamais. Tu n’étais donc pas sourde, puisque des sons sortaient de ta bouche. Enfin, la communication pouvait s’établir, et ça changeait des cris stridents qui nous avaient pratiquement rendus sourds, justement.
Puis vinrent les premiers mots construits, dont la thématique tournait essentiellement autour de l’alimentation : pain, beurre, confiture, ratatouille (c’était l’été), patate, etc. Ou bien ce qui faisait ton quotidien : le lit, les couches, le doudou, les livres, les jouets, le bain. Ensuite, tu as aboyé. Chaque fois que nous croisions un chien dans la rue, tu t’exclamais : « ouah ! ouah ! » si bien que les passants se retournaient, un peu interloqués, et je leur disais pour plaisanter : « oui, elle ne parle pas, elle aboie ! » Et puis vint l’inépuisable liste des termes corporels, dont la fameuse chanson Alouette, gentille alouette nous permettait une facile revue de détails. Ce fut parfois comme si la nuit permettait une mise à jour de ce que nous appelons aujourd’hui le disque dur interne : hier, tu ne disais pas ce que tu parviens à exprimer aujourd’hui. L’émerveillement de tes progrès est sans limite.
Et puis, un jour, une première phrase, ou plutôt une sorte de première phrase. Tu t’es mise à ajouter, dès que quelqu’un quittait la pièce : « papa est parti, » ou « maman est partie. » Comme des adultes maladroits, nous te disions « mais non, il (elle) est juste dans la pièce d’à côté. » Mais tu insistais en répétant la phrase, de sorte que je te croyais malheureuse de voir disparaître les gens de ton champ de vision. Ce qui était vrai dans les premiers temps d’ailleurs, jusqu’à ce que tu intègres que quelqu’un disparaissant de la pièce n’était pas parti à tout jamais. C’était juste ta première phrase, que tu répétais ad libitum, ravie de savoir la dire.
Une première phrase en creux donc, pour exprimer, déjà, l’absence. La vie est cruelle : quand elle vous donne les moyens de la décrire, c’est pour dire que quelqu’un vous manque ou qu’il disparaît de votre propre champ de vision. La parole est enfin libérée, pour peindre le vide et le silence. Pour éviter l’oubli. Pour se souvenir des belles choses. Pour faire revivre un visage. Pour dire qu’on aime.
Tu as parlé. Alors j’ai commencé à me taire pour t’écouter.
La mise à l’épreuve du système (sous les Julio-Claudiens)
« A l’intérieur, tout était tranquille, les noms des magistratures étaient les mêmes ; les plus jeunes hommes étaient nés après la victoire d’Actium, même le plus grand nombre des hommes âgés étaient au milieu des guerres civiles ; combien restait-il de gens qui avait vu la République ? » s’interroge Tacite (Annales, 1, 3, 7). Autrement dit : personne ne discute le nouveau régime. On l’expérimente, on le modifie, on l’adapte, mais nul ne propose le rétablissement de la République, même ceux qui y font souvent référence. Le gouvernement d’un seul est reconnu comme nécessaire. Malgré quelques difficultés intérieures, malgré de nouvelles annexions et de nouvelles conquêtes, la vie politique dominée par le souvenir d’Auguste est la question prédominante sous les Julio-Claudiens. Entrent en jeu des éléments variables : la personnalité du Prince, le poids de ses proches (famille, conseillers, affranchis), ses rapports avec le Sénat qui bien souvent détermine l’image qui nous est parvenue d’un règne (les « bons » et les « mauvais » empereurs), ses relations avec les armées, sa façon d’être accepté par la plèbe, son intérêt pour l’administration et les provinces.
M. Le Glay, J-L. Voisin, Yann Le Bohec, Histoire romaine, PUF, 1991.
Quatre empereurs Julio-Claudiens ont régné sur Rome au début de notre ère : Tibère (14-37). Caligula (37-41). Claude (41-54). Et Néron (54-68).
Tout ressemblance avec des personnes existantes ou ayant existées ne serait qu’une pure coïncidence.
Hic ceciderunt.
Trompettes de la renommée
Je vivais à l'écart de la place publique,
Serein, contemplatif, ténébreux, bucolique...
Refusant d'acquitter la rançon de la gloire,
Sur mon brin de laurier je dormais comme un loir.
Les gens de bon conseil ont su me faire comprendre
Qu'à l'homme de la rue j'avais des comptes à rendre
Et que, sous peine de choir dans un oubli complet,
Je devais mettre au grand jour tous mes petits secrets.
Trompettes de la renommée, vous êtes bien mal embouchées !
Manquant à la pudeur la plus élémentaire,
Dois-je, pour les besoins de la cause publicitaire,
Divulguer avec qui, et dans quelle position
Je plonge dans le stupre et la fornication ?
Si je publie des noms, combien de Pénélopes
Passeront illico pour de fieffées salopes,
Combien de bons amis me regarderont de travers,
Combien je recevrai de coups de revolver !
Trompettes de la renommée, vous êtes bien mal embouchées !
A toute exhibition, ma nature est rétive,
Souffrant d'une modestie quasiment maladive,
Je ne fais voir mes organes procréateurs
A personne, excepté mes femmes et mes docteurs.
Dois-je, pour défrayer la chronique des scandales,
Battre le tambour avec mes parties génitales,
Dois-je les arborer plus ostensiblement,
Comme un enfant de chœur porte un saint sacrement ?
Trompettes de la renommée, vous êtes bien mal embouchées !
Une femme du monde, et qui souvent me laisse
Faire mes quatre voluptés dans ses quartiers d' noblesse,
M'a sournoisement passé, sur son divan de soie,
Des parasites du plus bas étage qui soit...
Sous prétexte de bruit, sous couleur de réclame,
Ai-je le droit de ternir l'honneur de cette dame
En criant sur les toits, et sur l'air des lampions :
" Madame la marquise m'a foutu des morpions ! " ?
Trompettes de la renommée, vous êtes bien mal embouchées !
Le ciel en soit loué, je vis en bonne entente
Avec le Père Duval, la calotte chantante,
Lui, le catéchumène, et moi, l'énergumène,
Il me laisse dire merde, je lui laisse dire amen,
En accord avec lui, dois-je écrire dans la presse
Qu'un soir je l'ai surpris aux genoux d' ma maîtresse,
Chantant la mélopée d'une voix qui susurre,
Tandis qu'elle lui cherchait des poux dans la tonsure ?
Trompettes de la renommée, vous êtes bien mal embouchées !
Avec qui, ventrebleu ! faut-il que je couche
Pour faire parler un peu la déesse aux cent bouches ?
Faut-il qu'une femme célèbre, une étoile, une star,
Vienne prendre entre mes bras la place de ma guitare ?
Pour exciter le peuple et les folliculaires,
Qui est-ce qui veut me prêter sa croupe populaire,
Qui est-ce qui veut me laisser faire, in naturalibus,
Un p'tit peu d'alpinisme sur son mont de Vénus ?
Trompettes de la renommée, vous êtes bien mal embouchées !
Sonneraient-elles plus fort, ces divines trompettes,
Si, comme tout un chacun, j'étais un peu tapette,
Si je me déhanchais comme une demoiselle
Et prenais tout à coup des allures de gazelle ?
Mais je ne sache pas qu'ça profite à ces drôles
De jouer le jeu d' l'amour en inversant les rôles,
Qu'ça confère à ma gloire une once de plus-value,
Le crime pédérastique, aujourd'hui, ne paie plus.
Trompettes de la renommée, vous êtes bien mal embouchées !
Après ce tour d'horizon des mille et une recettes
Qui vous valent à coup sûr les honneurs des gazettes,
J'aime mieux m'en tenir à ma première façon
Et me gratter le ventre en chantant des chansons.
Si le public en veut, je les sors dare-dare,
S'il n'en veut pas je les remets dans ma guitare.
Refusant d'acquitter la rançon de la gloire,
Sur mon brin de laurier je m'endors comme un loir.
Trompettes de la renommée, vous êtes bien mal embouchées !
Georges Brassens
(chanson d'actualité)
Mieux vautour que jamais
Passer le deuxième jour de l’année avec des charognards, je vous l’accorde, c’est pas banal. En même temps, ça augure ce qui, réalistement, marquera sans doute encore l’actualité de cette nouvelle année, celle du changement (une de plus !). Et non, il ne s’agissait pas de passer du temps avec des politiques ni des journalistes en manque d’actualité à se mettre sous la dent – en l’occurrence sous le bec.
En attendant, nous voici sur le Pene de Béon. Je n’ai pas fait exprès d’appeler ce rocher, cette falaise, ainsi : c’est son nom. Ici nichent une centaine de couples de vautours fauves. On y accède par deux sortes de cols quasiment symétriques qui portent le nom de « Port, » celui d’Aste et celui de Béon. En débouchant de celui d’Aste, au sud de la falaise, et après avoir croisé la présence d’un jeune vautour perché sur un arbre au dessus du chemin, il faut longer les granges retapées par les habitants de la vallée d’Ossau, et grimper sec plein nord dans la rocaille et les genévriers. Poussé par le vent de sud, nous atteignons rapidement une sorte de crête sommitale sur laquelle le moindre faux pas serait fatal : une centaine de mètres d’à-pic (voir deux fois plus par endroit) attendrait le malchanceux ou l’imprudent. De là, la vue est pourtant imprenable : toute la vallée s’offre au visiteur d’un jour, de Gan (sortie sud de Pau), en passant par Arudy, jusqu’au Pic du Midi d’Ossau émergeant plus au sud, dernière sentinelle avant l’Espagne. Le Gourzy, le Pic de Ger, le Montagnon d’Iseye, le Lauriolle, Ibech…
Mais rapidement, nous sentons que nous ne serons pas venus que pour ça. A la faveur de ce vent de sud, vent venu d’Espagne, vent chaud donc, cet effet de Foehn permet aux vautours fauves de profiter de courants thermiques ascendants. Probablement aussi dérangés par ma présence solitaire – même une cinquantaine de mètre en contrebas – les charognards ont entamé un spectaculaire ballet dans le ciel gris – blanc de ce deuxième jour de l’année, alors que je voyais s’écraser plus loin les averses sur le crâne de « Jean-Pierre. » Rasant la crête sommitale où je me trouvais, j’entendais le souffle d’air provoqué par leurs ailes déployées au maximum (jusqu’à deux mètres d’envergures) percevant même leurs petits cris sourds. Avec un 18-105 mm, je n’ai pu faire qu’une maigre récolte, mais là n’était pas, finalement, le plus important. Le plus important fut de partager ce moment inouïe où ces fauves – qui ne mangent que de la viande morte faut-il le rappeler, y compris si c’est du cheval ! – perturbés probablement dans leur habituelle quiétude, cherchait à filer ailleurs. La ronde qu’ils effectuaient dans le ciel des Pyrénées ossaloises cet après-midi là me fit frissonner et pas de froid. Cette invincible armada, dans le tournoiement d’escadrilles dont la couleur se confondait avec le sol, invitait le spectateur d’un jour à communier avec eux.
Et voler, planer, libre, enfin…
(c) F.S. Janvier 2014.
Casse tête chinois

Film français de Cédric Klapisch. 1h50. Avec : Romain Duris ; Audrey Tautou ; Cécile de France, Kelly Reilly...
C’est l’histoire de Xavier (Romain Duris), un homme qui court dans sa vie depuis 20 ans. Tout a commencé à Paris puis Barcelone, dans L’Auberge espagnole. Puis le temps s’est accéléré tout en ralentissant sa capacité de décision, dans la vie du trentenaire Xavier, dans Les Poupées russes, à Paris et Saint-Petersbourg. Enfin, on retrouve le même Xavier, jeune quadra aux prises avec ses amis, ses amours, ses emmerdes, enfin bref quoi la vie d’un homme en instance de séparation et soumis à l’ambigüe question de « qui va garder les enfants ? » Qui, et surtout où ? Car c’est à New-York que Cédric Klapisch emmène toute sa bande, Wendy (Kelly Reilly), l’ex mère de leurs deux enfants ayant la bonne idée de vouloir refaire sa vie avec un américain, chez lui, dans un somptueux appartement dominant Central Park. Là bas, comme rien n’est simple avec Xavier (le film s’appelle Casse tête chinois rappelons-le), il retrouvera Isabelle (Cécile de France) sa copine lesbienne cool qu’il connaît depuis son année Erasmus à Barcelone, fera un enfant avec elle par insémination artificielle, devra retrouver du travail, obtenir la nationalité américaine en épousant une chinoise, et, accessoirement, accueillir sa première ex, Martine (Audrey Tautou) venue passer les vacances de Pâques dans la grande pomme avec ses deux enfants (elle est aussi séparé de leur père). Enfin, last but not least, Xavier doit rendre le manuscrit d’un roman qui ressemble étrangement à sa vie de jeune quadra qui aurait, sur le papier, raté sa vie, à la recherche perpétuelle du bonheur, un sujet « chiant, » au dire de son éditeur avec qui il communique via Skype, un Dominique Besnehard au mieux de sa forme. Si vous avez suivi jusqu’ici ce Casse tête chinois alors restez encore un peu, ça vaut le coup.
Étudiant à la recherche du joyeux bordel qui était bien rangé dans sa vie de jeune adulte ; trentenaire indécis quant à l’idée de s’engager avec une fille ; jeune quadragénaire affrontant les affres du sens donné à sa vie depuis 20 ans, Xavier ressemble à beaucoup de jeunes gens de sa génération, cette fameuse génération née au début des années 70 et qui a 40 ans, justement. Cela étant, en transposant son sujet et toute sa bande à New-York, gravitant dans des milieux socioprofessionnels visiblement favorisés (romancier pour Xavier, Wall Street pour Isabelle, le lobbying des filières bio pour Martine), Cédric Klapisch évite d’avoir traité le même sujet en France. Casse tête chinois aurait été en effet très différent, et on aurait assisté au pathétique naufrage d’un quadra bedonnant, probablement au chômage ou en contrats précaires, empêtré dans un divorce coûteux et obligé de monter dans une grue pour infléchir la décision d’un juge aux affaires familiales sur la garde alternée des enfants, lesquels seraient d’affreux et tyranniques geek accros au téléphone mobile et réseaux sociaux, et il serait endetté à cause d’emprunts à rembourser, bref, pas très glamour. En cela, il faut reconnaître que malgré la crise existentielle de Xavier, Casse tête chinois de Cédric Klapisch parvient quand même à nous faire sourire, un peu.
Malgré une sacré baisse de rythme passée l’heure de film – le départ puis l’arrivée à New York sont bien menés, mais Klapisch et ses personnages peinent à trouver le tempo dans une ville pourtant surexcitée – malgré cette baisse de rythme donc, Casse tête chinois demeure un (assez) bon moment de cinéma. Essentiellement parce que les comédiens semblent encore s’amuser à jouer la destinée d’une génération qui se reconnaîtra forcément à un moment ou un autre du film. New York y contribue d’ailleurs grandement, Klapisch ayant la capacité de donner un rôle à part entière à la ville, comme il l’avait très bien fait avec Barcelone dans L’Auberge espagnole.
Les meilleures choses ont-elles une fin ? Klapisch jure que oui, et qu’il n’y aura pas dans dix ans de Xavier à 50 ans aux prises non plus avec ses ex mais ses enfants devenus à leur tour de jeunes adultes. Cela étant, à voir Romain Duris (Xavier) jouer avec autant de plaisir le papa assumé et assumant (malgré tout le merdier dans lequel il se fourre avec une sorte de délectation pathologique), on aimerait le voir confronté avec le début de la vieillesse, ses problèmes de prostate, la mort de proches peut-être aussi, l’envol de ses enfants hors du nid. Bref, la vie quoi. Celle qui continue, vaille que vaille, comme un Casse tête chinois.
F.S

- "les ex, c'est sexe, c'est sexy" -

photos (c) Ce qui me meut.
Encore une "minute," Monsieur le bourreau !
Le journal Minute fait sa pub (il doit en avoir bien besoin), le pays est à feu et à sang, les commentateurs commentent, les éditorialistes éditorialisent, les députés s’insurgent à droite comme à gauche, et même au centre – qui sait ? Le racisme est de retour, la parole s’est libérée, au secours ! Les tabous ont sautés, les complexes sont décomplexés. Et voilà que les préfets envoient des notes confidentielles au ministère de l’Intérieur, notes tellement confidentielles en effet qu’elles se retrouvent dans le Figaro grâce à des fuites savamment orchestrées. Les mêmes notes traduisaient - mais qui s’en souvient désormais ? – une « situation insurrectionnelle » lors du précédent quinquennat de qui vous savez, notamment au moment très énervé de la réforme de la carte judiciaire, où les magistrats étaient vent debout mais têtes nues (je veux dire sans bonnet d’une quelconque couleur) et la France, déjà au bord du gouffre. « Ça va mal finir, » pronostiquait même François Léotard dans un petit livre paru chez Grasset et tombé dans l’oubli, lui aussi.
Tout aussi abjectes soient les sorties minables à l’encontre de Mme Christiane Taubira, les professionnels de la politique – entendez par là ceux que vous et moi élisons, peut-être – ont beau jeu de pousser des cris d’orfraies de vierges effarouchées qui se demandent comment tout cela va rentrer. Et Jean-Marc Ayrault de s’émouvoir : « c’est une attaque au cœur de la République. » Les députés lui emboîtent le pas, tous autant qu’ils sont. C’est oublier un peu vite que ces derniers n’ont pas les cuisses propres pour venir donner des leçons de morale et de bon goût à la presse, qui, dans le cas de Minute, n’en n’a probablement pas. Un petit florilège des dernières paroles de bon goût des derniers mois :
Le 9 octobre, c’est le caquetage de poule du député Philippe Le Ray (Morbihan) lors de l’intervention à l’Assemblée de Véronique Massonneau (député écologiste de la Vienne). Condamnation unanime, honte à lui, hystérie collective, sexisme etc. Il en a pris pour son grade pour cette sortie pas drôle et en dessous de la ceinture, au niveau des fesses dont il porte si bien le nom.
En juillet, c’était le marmonnage de Gilles Boudouleix, député maire de Cholet, qui avait dit tout bas face à des gens du voyage qui lui faisaient le salut nazi (ce qui est déjà d’un goût douteux, n’est-ce pas ?) « qu’Hitler n’en avait peut-être pas tué assez pendant la guerre. » Tollé général, condamnation unanime, députés et ministres vent debout, hystérie collective et médiatique. Les vacances d’été et le soleil d'août sont venu effacer tout cela, on est passé à autre chose, comme d'habitude.
Loin de nous l’idée de relativiser la gravité de tous ces propos, nuls, archi nuls et entraînant encore un peu plus le pays dans une spirale mortifère dont on ne voit toujours pas l’issue. Mais il suffit pourtant d’assister à une seule séance du Palais Bourbon pour s’apercevoir du niveau très bas des coups et mots échangés par ceux qui nous représentent. Certes, « c’était encore pire avant, » et citons une nouvelle fois les échanges nauséabonds d’insultes en tous genres de la fameuse IIIe République, allant même jusqu’aux duels ! Nous n’oublierons pas quant à nous, une séance à laquelle nous avons assisté en décembre 2010, où, quand Roselyne Bachelot prit la parole, un député (mais lequel, vu le bordel ambiant digne d’une classe de 4e c’était impossible de la savoir ?) avait gueulé : « ah ! voilà Lady Gaga ! » Nous ne sommes certes pas au niveau des bananes et des guenons, mais les femmes – elles ne sont que 52 pour 497 députés hommes ! – peuvent témoigner de leur calvaire quotidien. On se souvient des sifflets lorsque Cécile Duflot était apparu en robe à fleur, c’était au début du quinquennat « irréprochable » de Monsieur Hollande, « Moi, Président de la République. » D’ailleurs ces députés et ministres qui fustigent le « retour du racisme en France » peuvent-ils regarder la « couleur » de cette Assemblée dite nationale ? Où sont les blacks ? Ou sont les beurs ? Les « minorités visibles, » comme ils disent, sont… invisibles justement. Manuel Valls lui-même n’avait-il pas dit lors d’une visite d’Evry (la ville dont il était le maire) : «Tu me mets quelques Blancs, quelques white, quelques blancos.» Nous étions en juin 2009 il est vrai. Une éternité. Il y a donc bien longtemps que les complexes ont sautés chez ces hommes blancs aux costumes sombres et cheveux gris : les députés.
Allez, plus que 48 heures et le cirque médiatico-hystérique sera passé à autre chose. Ça tombe bien, vendredi soir, il y a du foot. L’équipe de France joue sa qualification pour le Brésil contre l’Ukraine. L’équipe de France dites-vous ? Non mais vous avez vu la couleur de ces bleus ? Diantre ! C’est un coup à glisser sur une peau de banane en enfilant son bonnet rouge… Et pourtant ce sont à peu près les mêmes qui ont mis toute une France (ou presque) dans les rues un certain soir de juillet 1998. Comment disait-on alors ? Ah oui, c’est ça : « Black, blanc, beur. »
La route est encore longue…
PS : Et sinon, pour les Unes dégueulasses, insultantes et dégradantes de Charlie Hebdo, on fait quoi ?
FS
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