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Le jour. D'après fred sabourin
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Démission de Nicolas Hulot : et pendant ce temps-là...

29 Août 2018 , Rédigé par F.S Publié dans #montagne, #édito

Le ministre de la Transition écologique et solidaire Nicolas Hulot a démissionné mardi 28 août, au cours d'une émission matinale sur France Inter, sans préméditation semble-t-il (sauf pour lui et encore !). Dénonçant la forte présence des lobbys au plus haut niveau de l'État, Nicolas Hulot estime même de ce fait la démocratie en danger. Illustration des inepties écologiques avec l'agrandissement du refuge des Sarradets, sous la Brèche de Roland, à Gavarnie dans les Hautes-Pyrénées.

- le refuge des Sarradets, en août 2018 -

- le refuge des Sarradets, en août 2018 -

Les randonneurs et férus des Pyrénées ne peuvent pas le manquer : au nord ouest sous la brèche de Roland, à 2587 mètres d'altitude, le refuge des Sarradets, en travaux depuis 2016, fait peau neuve. Inauguré en 1956 par Maurice Herzog, d'une capacité de 57 places, ce refuge emblématique se voit doté d'une extension qui portera sa capacité à 70 couchages. L'ancien refuge, en pierres et en béton, ne sera pas détruit. Il est actuellement rénové. Les travaux ont pris du retard : il était prévu de le rouvrir pour l'été 2018, il le sera plus probablement pour celui de 2019. De grandes terrasses y sont aménagées, le point de vue sera aussi exceptionnel que le panorama qu'on peut y admirer. Cependant, on s'interroge sur l'opportunité, il y a 70 ans, d'avoir choisi d'implanter à cet endroit-là ce refuge, défigurant à jamais l'un des sites pyrénéens les plus exceptionnels. Un randonneur qui se rendait au Taillon (3144 m) le 1er août, que je crois avoir reconnu comme étant très probablement de Patrice de Bellefon, auteur pyrénéiste fameux, disait à ses deux compagnons de cordée du jour : "c'est quand même étonnant d'avoir choisi, à l'époque, d'implanter là ce refuge... Il aurait été plus logique de le placer en amont du col de Sarradets, près de la cascade". Et il s'étonnait aussi des travaux pharaoniques d'agrandissement de ce refuge, par "le très écologique CAF" (Club alpin français, Ndlr). Le coût global des travaux avoisine les 3,1 millions d’euros financés par le FEDER (fonds européens), le FNADT (aménagement et développement du territoire), la Région Occitanie, le Département des Hautes-Pyrénées, l’ADEME (Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie), l’Agence de l’Eau, le Parc National des Pyrénées et la FFCAM (Fédération française des clubs alpins et de montagne).

- Le cirque de Gavarnie et le refuge des Sarradets en août 2016 - (photo M. Lucas)

- Le cirque de Gavarnie et le refuge des Sarradets en août 2016 - (photo M. Lucas)

Bien entendu, la construction de l'extension du refuge de Sarradets respecte scrupuleusement un cahier des charges draconiens en matière de "protection de l'environnement", dans l’utilisation des matériaux, de recyclage, de basse consommation etc., tout l'arsenal habituel désormais connu. Y travaillent des entreprises locales, ce sont des "emplois non délocalisables" comme le dit la formule consacrée, réjouissons-nous.

Cependant on s'interroge sur l'opportunité, dans le contexte que nous connaissons actuellement (réchauffement climatique, surfréquentation touristique des grands sites protégés, fonte du permafrost entrainant des éboulements dans les Alpes, fonte des glaciers dans les Pyrénées et pas plus loin que celui d'Ossoue, au Vignemale voisin, etc.), d'une telle construction. Il en a été de même il y a quelques années chez nos voisins espagnols, au refuge de Goritz sous le Mont Perdu, dans le canyon d'Ordesa (72 couchages). À quelle logique et quels lobbys obéissent cette construction ? Peut-on se plaindre d'un côté de la destruction progressive et accélérée de la biodiversité, du réchauffement climatique qui transforme petit à petit la terre en étuve, des conséquences des gaz à effet de serre, bref, de tout ce qui vient de pousser Nicolas Hulot, dans un sanglot réprimé de justesse à l'antenne, à la démission, et continuer comme si de rien n'était de coloniser les sites dits protégés en y favorisant le tourisme de masse ?
Même si ici il y a un « trou dans le mur », on ne va plus « droit au mur ». On est dedans.

 

F.S.

- la brèche de Roland, août 2013 -

- la brèche de Roland, août 2013 -

- refuge des Sarradets, août 2016 - (photo M. Lucas)

- refuge des Sarradets, août 2016 - (photo M. Lucas)

- Cirque de Gavarnie et refuge des Sarradets, août 2016 - (photo M. Lucas)

- Cirque de Gavarnie et refuge des Sarradets, août 2016 - (photo M. Lucas)

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T’as vu la vierge ? Oui, j’ai même dormi à ses pieds…

5 Août 2018 , Rédigé par F.S Publié dans #montagne

- Il y eut un soir -

- Il y eut un soir -

Elle ne doit pas aimer le cirque, Marie : elle lui tourne le dos. Elle ne voit pas le fabuleux spectacle de l’amphithéâtre de Troumouse et ses 11 kilomètres de circonférence. Ceinturée de bleu, un voile lui couvrant les cheveux, les mains croisées sur sa poitrine comme pour fendre le vent du nord qui doit la gifler 300 jours par an : elle trône, sur son piédestal de pierre, fixant la vallée et là bas au loin, sa sœur jumelle bien à l’abri dans sa grotte au bord du gave, à Lourdes. La vierge de Troumouse a les pieds froids dans le petit matin frais des étés chauds mais semble se moquer comme d’une guigne des éléments et des grimpeurs qui caressent les flancs de la Munia, 1.200 mètres au dessus de sa tête, culminant à 3.155 m au dessus du niveau de l’océan. Pour être sûrs de ne rien rater du spectacle du couchant et du levant, c’est à ses pieds justement que nous avons déplié le duvet, lui tournant le dos en espérant qu’elle ne nous en tienne pas rigueur. Puisqu’elle semble vénérer l’humanité là bas tout en bas, nous vénèrerons le mur de son appartement, là bas tout au sud…

- Il y eut un matin -

- Il y eut un matin -

Dormir à ses pieds, drapé comme elle dans les étoiles ; s'éveiller dans l’haleine froide et humide des roches et des névés, cette « sueur froide » du cirque, sensation olfactive à nul autre pareil… Dormir à ses pieds, enveloppé dans ce cirque majestueux, le mur du fond d’une chambre à coucher pas comme les autres. La tête bien calée sur l’oreiller gonflable, le dos à l’aise autant qu’il est possible sur le tapis de sol adéquat pour ce genre de nuit sobre et spartiate à la fois ; pas besoin d’éteindre la lumière : le variateur naturel fait le job. Petit à petit, les cinquante nuances de gris des parois quasiment verticales du cirque de Troumouse se teintent d’oranger, puis de rose, puis de gris foncé puis de noir. Une première étoile apparaît. C’est la nuit. Il faut dormir, demain, dès l’aube, à l’heure où ne blanchira pas la campagne (et c’est heureux car nous dormons dehors), il faudra ouvrir les yeux de bonne heure pour profiter du spectacle inverse. Cette nuit n’est pas une nuit : c’est un drive-in grandeur nature. Un time lapse comme on dit aujourd’hui (un « accéléré »), mais sans le filtre d’un écran de smartphone et surtout : en temps réel, sans autre connexion que celle du corps avec le sol. Hormis le bruit des cloches d’un troupeau de vache qui imperturbablement ruminent quelle que soit l’heure, et hormis la statue de la vierge deux mètres au dessus de nous, nous sommes absolument seuls dans le cirque. Nuit sauvage. Sylvain Tesson le dit dans une récente interview au Monde : « Éteignez tout et le monde s’allume ».

T’as vu la vierge ? Oui, j’ai même dormi à ses pieds…

Comme souvent ces nuits-là, on ne dort pas très bien. Pas seulement à cause de l’inconfort relatif lié à la situation du « sommier », cette couche sédimentaire de plusieurs millions d’années que l’on a pourtant tenté par tous les moyens de rendre la moins dure possible. Non, en réalité on ne dort pas bien car, manquant d’habitude, le moindre bruit maintien en éveil, le moindre souffle fait ouvrir l’œil, tout devient suspect malgré le désert du lieu. On ne se sent pas « seul », ce coin de terre et de cailloux semble habité par des centaines de petits farfadets, d’animaux sauvages qu’on devine au loin (isards, marmottes, bien que celles-ci doivent dormir à poings fermés selon leur réputation…), insectes persistants à cette altitude et se gavant des restes de pique-niques des promeneurs diurnes, bétail placide indifférent à la nuit. Mais il y a mieux : ce cirque semble habité par l’esprit, l’esprit du lieu, l’esprit de Pyrène, l’esprit de ce massif de Gavarnie-Mont Perdu-Ordessa, et de ses 35 millions d’années qui semblent vouloir à tout prix nous écraser. Un avantage de taille cependant : à 2.100 mètres, les moustiques volent bas, beaucoup plus bas même, et l’absence de cette dérangeante compagnie ne nous manquera pas un instant.

T’as vu la vierge ? Oui, j’ai même dormi à ses pieds…

La vraie raison pour laquelle on dort « mal », c’est qu’à chaque fois qu’on entrouvre les paupières, le plafond nous happe, littéralement. Il est à chaque heure différent, couvert de constellations qui font leur cinéma permanent côté cour et côté jardin ; le spectacle de la voie lactée est saisissant. Comme le disait l’autre jour un camarade de jeu de ces randonnées et souvent lui aussi voisin de chambre à coucher sous tente, d’abris sous roche ou sous la voûte étoilée : « la montagne est grande, et tu es bien petit ». C’est sur cette banale philosophie que je sommeille à moitié, « mangé » par l’immensité de l’univers, le cirque à mes pieds. En tendant les orteils, je pourrais le toucher… 

T’as vu la vierge ? Oui, j’ai même dormi à ses pieds…

« Rien ne s’oppose à la nuit » chantait Baschung, sauf quand elle accouche du jour. Impossible de le manquer, ce point où tout bascule : le froid se fait plus vif, d’abord insidieusement, puis de manière plus franche. Il faut remonter le duvet par-dessus les épaules, puis clore complètement la fermeture éclaire. Il est cinq heures, Paris s’éveille mais la ville et son grouillement frénétique sont si loin. À six heures certaines étoiles disparaissent, la voie lactée n’est plus qu’un fantôme évanouie. C’est le moment qu’il ne faut pas rater, cet entre loup et chien où il est impossible de savoir avec exactitude si c’est le jour qui vient où la nuit qui revient… Là bas, au loin et pourtant toute proche, la paroi commence à sortir du noir. Des nuances de gris réapparaissent. On se lève péniblement, mais mue quand même par le désir de jouir du spectacle qui s’offre désormais à nous. À l’ouest, les crêtes les plus éloignées du levant se teintent de rose, puis d’oranger : c’est le mouvement inverse de la nuit commencée quelques heures plus tôt seulement. Seul le souffle gazéifié du réchaud fend le silence et le café brûlant est le bienvenu. Il faut boire le matin, et partir. Quelques minutes plus tard, « équipés-bottés » nous attaquerons l’ascension de la Munia par son couloir nord, la dalle Passet, le « pas du chat » et la crête qui n’en finit plus.
 

Pour cela, nous quittons la compagnie de la vierge – qui l’était toujours après la nuit, notez bien – et c’est désormais aux « deux sœurs » qu’il faut orienter notre boussole, ces deux canines inversées à mi pente qui signalent le couloir caché au nord, prenant directement vers le sud-ouest en épingle à cheveux, où il est hautement probable que la neige nous attend…

- Couloir - (au fond : "les deux soeurs")

- Couloir - (au fond : "les deux soeurs")

- Autoportrait de l'auteur en béret -

- Autoportrait de l'auteur en béret -

- Perspective -

- Perspective -

- Le battement d'aile d'un papillon -

- Le battement d'aile d'un papillon -

T’as vu la vierge ? Oui, j’ai même dormi à ses pieds…
T’as vu la vierge ? Oui, j’ai même dormi à ses pieds…
T’as vu la vierge ? Oui, j’ai même dormi à ses pieds…

(c) FS 6 août 2018. Nikon D300. 10-24 mm.

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« Ben quand même, on a gagné la coupe du monde ! »

15 Juillet 2018 , Rédigé par F.S Publié dans #Lettres à ...

« Ben quand même, on a gagné la coupe du monde ! »

Ma chère enfant,
 

Ce soir nous avons regardé et fêté la victoire de l’équipe de France de football lors de la finale de la coupe du monde, en Russie. Nous avons, durant tout ce mois foot de fou, fait un peu de géographie. Tu as découvert où se situaient sur le globe terrestre offert pour tes 5 ans la Russie, Moscou, Saint-Pétersbourg, l’Argentine, l’Uruguay, la Belgique, et la Croatie. L’Angleterre aussi, mais ça tu sais déjà où ça se situe sur une carte, depuis longtemps ; depuis qu’un certain Edouard III petit fils de Philippe IV le Bel revendiqua la couronne de France, et que chaque printemps on rejoue sur un terrain de rugby cette guerre de Cent ans. Bref, la coupe du monde, c’est avant tout une géographie.
 

Mais la coupe du monde, c’est aussi une histoire. Celle de ton père démarre au début des années 80, par un coup franc brossé d’un certain Michel Platini qui, le soir du 18 novembre 1981 face aux Pays-Bas nous propulsa en Espagne en juin suivant.  Mes connaissances historiques du football débutent à ce moment précis, héritières pourtant d’une culture de la défaite héroïque distillée par mon paternel, notamment celle de Glasgow en mai 1976 en finale de coupe d’Europe qui vit le Bayern de Munich l’emporter sur l’AS Saint-Étienne lors d’un match épique où les poteaux ne sont toujours pas sortis du purgatoire avec leurs têtes au carré.
 

Quelques mois après ce coup franc brossé magnifique de « Platoche », l’homérique demi-finale France-RFA perdue le 8 juillet 1982 au stade Ramon Sanchez Pizjuan me fit verser des rivières de larmes – à en faire déborder le Rhin et la Garonne réunis. Puis, quatre ans plus tard, c’était de nouveau l’Allemagne qui crucifiait les espoirs d’atteindre une finale de la coupe du monde, pourtant après un autre match homérique contre le Brésil le 21 juin au terme d’une séance de tirs au but à faire péter tous les pacemakers du pays. Entre ces deux défaites germaniques, alimentées par celle de Glasgow elle aussi d’outre-Rhin, il y eu l’éclaircie de juin 1984 contre l’Espagne en championnat d’Europe. Mais que représentait cette victoire face aux terribles défaites de matchs « qu’on ne devait pas perdre » ?
 

Ce soir, nous avons regardé ce match ensemble, sur le petit écran de l’ordinateur dans la pénombre de l’appartement aux volets presque clos pour nous protéger de la chaleur. La première mi-temps nous a crispés. La seconde j’ai commencé à chercher où je pouvais bien avoir rangé le défibrillateur, au cas où… Avec ton petit drapeau tricolore, tu as regardé avec intensité ce match et les buts qui s’égrenaient, les retournements de situation ajoutant encore un peu de suspens à l’après-midi. Quelques minutes auparavant tu sortais trois perches et un gardon de l’étang où nous sommes allés tué le temps en attendant le coup d’envoi. Trois plus un ça fait quatre, comme les buts de ce jour. Au coup de sifflet final, toute à ta joie tu as dit ce mot que je n’aurais jamais au grand jamais pu prononcer à ton âge : « on a gagné notre 2e coupe du monde ! ». Je n’imaginais pas d’ailleurs que je pourrais voir ça une deuxième fois dans ma vie…
 

Après le "sacre" sous une pluie battante (comme si F. Hollande s’était malicieusement glissé parmi la foule…), c’est au soleil rasant d’Austerlitz que nous sommes allés voir un peu l’ambiance « en ville ». Concert de klaxon et euphorie euphorisante, voitures aux drapeaux tournant dans les rues puis, sur une place du centre, la fête. Nous avons regardé ça du haut du rempart près du château, prudemment, puis nous sommes rentrés tenaillés par la faim et la soif. C’est là que tu as eu cette « philosophique » pensée : « ben quand même, on a gagné la coupe du monde ! ». Je t’ai regardé marchant dans la rue agitant ton drapeau au passage des voitures qui faisaient de même. Je me suis dit que j’avais de la chance de vivre ça – malgré tout ce qu’on peut dire par ailleurs sur le sport-fric-système – et qu’il est hautement probable que j’eusse aimé le vivre aussi il y a plus de trente ans, avec mon propre père, à l’époque où nous célébrions plutôt des héros perdants magnifiques. En grignotant la pizza sortie du four, nous avons écouté « DD » Deschamps parler avec modestie de la victoire « qui n’appartenait qu’aux joueurs ». Tu m’as posé des questions sur cet homme qui il y a 20 ans avait lui aussi gagné la coupe du monde, la première pour la France.
 

Ce fut l’occasion de t’expliquer ce que le mot « humilité » veut dire. Et j’ai trouvé qu’avec la géographie, ça commençait à être finalement pas si mal pour un petit jeu de ballon…

« Ben quand même, on a gagné la coupe du monde ! »

FS 15/07/2018

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Volontaire

7 Juin 2018 , Rédigé par F.S Publié dans #chronique cinéma

Volontaire

Le film initiatique d’Hélène Fillières Volontaire offre une plongée dans l’univers des fusiliers marins et de l’École navale. Si les écoutilles de la marine lui ont été grandement ouvertes, il est cependant  regrettable que la réalisatrice soit passée à côté de sa jeune actrice Diane Rouxel, au regard bleu marine à faire traverser à la nage la rade de Brest. Inquiétant, ce regard se mariait bien avec la mâchoire serrée de Lambert Wilson, en commandant de marine crédible.

- Diane Rouxel -

- Diane Rouxel -

Russophone, hypokhâgne, khâgne, sciences-po et institut de traduction. Que demander de mieux pour Laure Baer (Diane Rouxel), fille d’actrice à la conscience de gauche chevillée aux planches (Josiane Balasko, improbable) ? Et bien ce n’est pas encore assez, et « la miss » - comme elle sera surnommée dans l’univers salé aux 50 nuances bleues-grises de la base des fusiliers marins de Lorient - s’engage sans trop savoir où elle met ses charmants petits pieds. Cornaquée à son arrivée par le lieutenant Dumont (Corentin Fila, vu dans Quand on a 17 ans d’André Téchiné), elle est affectée en tant qu’officier tradition auprès du directeur des études, le commandant Rivière (Lambert Wilson). Ce dernier, mur de silence, de glace, aux mâchoires qui ne se décollent que pour grignoter les clémentines qui trônent sur son bureau (sa seule concession au désordre), commande cette jeune recrue qui la fixe d’un regard à cheval entre volonté farouche, et défiance. « La miss » ne veut pas se contenter d’être un gratte-papier, seulement chargée de faire les comptes rendus agrémentés de photos des activités de la base navale. Elle se met en tête de réussir une habilitation commando des fusiliers marins, pour être coiffée du fameux béret vert. Le premier maître Albertini (Alex Descas) sera chargé de ce stage où l’aspirant Baer se « sort les doigts » comme on dit dans l’armée, mais pas dans la marine car on est poli. À force d’opiniâtreté, elle finit par sauter le mur du parcours du combattant, faute de mieux…
 

- Lambert Wilson -

- Lambert Wilson -

Il faut reconnaître à Hélène Fillières un mérite : celui d’avoir pris soin de s’entourer de spécialistes de la chose militaire, et particulièrement navale. Car on ne plaisante pas avec le protocole chez les cols bleus, et on ne badine pas avec la devise Valeur et discipline. Sur la forme, Volontaire est crédible : tout ce qui bouge, on le salut ; tout ce qui ne bouge pas, on le repeint. La réalisatrice a eu portes ouvertes, et les écoutilles aussi si on en juge par les lieux de tournage eux-mêmes : l’École Navale de Brest et la base des fusiliers marins de Lorient, d’ordinaire peu enclin à ouvrir ses portes…
 

L’aspirant Baer aspire à la carrière d’officier, mais pas seulement. La façon dont elle plante le tranchant vif de son regard bleu outre-mer dans celui du commandant le trouble, et pas seulement lui. Cherche-t-elle un père ? Un amant plus âgé qu’elle, par goût du risque, de l’aventure ou de l’exotisme ? Au début, on hésite, mais pas longtemps. Flanquée de l’ambigu lieutenant Dumont (Corentin Fila, qui joue là encore un rôle de garçon qui aime les garçons), « la miss » aurait mérité meilleur traitement de la part de sa réalisatrice. On se prend à songer au même film piloté par André Téchiné, maître en matière de valses hésitations des sentiments post-adolescents, jeunes adultes… Il en eut été tout autrement, à n’en pas douter.
 

N’atteignant pas non plus les sommets d’un film de Schoendoerffer (on songe souvent, devant le mutisme de Lambert Wilson, à celui de Jean Rochefort et ses douloureux secrets dans Le Crabe Tambour), Volontaire demeure un film tendu comme un arc, mais trop prévisible quant à son issue. Un peu comme le conseil que finit par lâcher entre ses dents le commandant Rivière/Lambert Wilson à l’aspirant Baer qui s’échine à essayer de franchir le mur du parcours du combattant : « sans élan, sinon rien ». Bien pris ?
 

F.S.

Volontaire
Volontaire
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Villandry, the constant garden

27 Mai 2018 , Rédigé par F.S Publié dans #émerveillement, #voyage - voyage...

Villandry, the constant garden

Villandry. Il y a ici quelque chose d'une permanence, d'une invariabilité de l'histoire sous perfusion de la géographie. Une confluence entre un fleuve "royal" (la Loire) et une rivière qui l'est tout autant (le Cher) ; une plaine alluvionnaire; un bourg médiéval ; une église qui regarde un château, qui regarde une église ; des jardins potagers; des canaux ; des arbres (il y en avait moins à l'époque)...

"La nature féconde le regard, le regard nourrit l'inspiration, l'inspiration engendre l’œuvre" (S. Tesson).

Villandry, the constant garden
Villandry, the constant garden
Villandry, the constant garden
Villandry, the constant garden
Villandry, the constant garden
Villandry, the constant garden
Villandry, the constant garden
Villandry, the constant garden
Villandry, the constant garden
Villandry, the constant garden
Villandry, the constant garden
Villandry, the constant garden
Villandry, the constant garden
Villandry, the constant garden
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À la mémoire des libraires

24 Mai 2018 , Rédigé par F.S Publié dans #édito, #littérature

À la mémoire des libraires

Alors voilà. Ce livre est épuisé, en tout cas très difficile à trouver dans cette édition à seulement 13 €. Bien sûr il y a un marché de l'occaze, mais à quel prix ! Il y a aussi « ma zone », dont un exemplaire à 13 € et... 33 € de frais de port (gasp ! Ils n'attachent pas leur chien avec des saucisses en Amazonie !). Hier je suis entré dans une librairie orléanaise - Chantelivre, pour ne pas la nommer - en demandant si par hasard... Non, la libraire ne l'avait pas, elle m’expliqua qu’il était ré-imprimable « à la demande » auprès de la BNF. C'est long (plusieurs semaines/mois) et plus coûteux. Mais, constatant mon léger désarroi facial, elle me dit : « si vous allez à Paris de temps en temps, j'ai un réseau de libraires là bas, peut-être l'ont-ils… Tenez par exemple, la librairie Polonaise boulevard Saint-Germain… ». Ça tombe bien, dis-je, j’y vais demain pour du boulot, je peux y passer. « Téléphonez quand même avant pour savoir s’ils l’ont », me conseilla-t-elle. Ce que je fis. Et tenez-vous bien : la librairie Polonaise du 123 boulevard Saint-Germain l’avait. « On vous le met de côté » me dit la libraire à l’accent de Cracovie au téléphone. 24 heures après, les 375 pages des Mémoires du Sergent Bourgogne aux éditions Arléa sont entre mes mains. Croyez vous que l’Amazonie m’aurait offert la même qualité de service avec le sourire ? Assurément non. Ce devrait être un non évènement. On s’en pourlèche d'une joie simple, pourtant.
Ceci est un plaidoyer pour les libraires, les vrais, les seuls, les uniques, les indépendants. Ceux qui aiment les livres et leurs lecteurs, et nous feraient presque pleurer de joie quand ils en dégottent un réputé « introuvable »
 

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Avec le roi d'Amboise

20 Mai 2018 , Rédigé par F.S Publié dans #poésie, #émerveillement

Avec le roi d'Amboise

Le Temps a laissé son manteau
De vent, de froidure et de pluie,
Et s’est vêtu de broderie
De soleil luisant, clair et beau.

Il n’y a ni bête ni oiseau
Qu’en son jargon ne chante ou crie :
« le Temps a laissé son manteau
De vent, de froidure et de pluie ».

Rivière, fontaine et ruisseau
Portent en livrée jolie
Gouttes d’argent et d’orfèvrerie.
Chacun s’habille de nouveau :
Me Temps a laissé son manteau.

Charles d’Orléans (1394-1465). Rondeaux. XXXI

Avec le roi d'Amboise
Avec le roi d'Amboise
Avec le roi d'Amboise
Avec le roi d'Amboise
Avec le roi d'Amboise
Avec le roi d'Amboise
Avec le roi d'Amboise
Avec le roi d'Amboise
Avec le roi d'Amboise
- "La Mort de Léonard de Vinci", 1781, François-Guillaume Ménageot. (Collection Musée-Hôtel Morin, Amboise) -

- "La Mort de Léonard de Vinci", 1781, François-Guillaume Ménageot. (Collection Musée-Hôtel Morin, Amboise) -

Avec le roi d'Amboise
Avec le roi d'Amboise
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120.000 tulipes. Un château. Et des arbres...

18 Avril 2018 , Rédigé par F.S Publié dans #émerveillement

120.000 tulipes. Un château. Et des arbres...

Château de Cheverny : ouvert de 9h15 à 18h30. 11,5 € adultes ; 8,2 € pour les 7-14 ans ; gratuits pour les moins de 7 ans. 02 54 79 96 29. www.chateau-cheverny.com

Lire ici aussi.

120.000 tulipes. Un château. Et des arbres...
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- Moulinsart ? Non, presque : Cheverny -

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- Beaucarnéas (ou "arbres à pieds d'éléphant") Origine : Louisiane -

- Beaucarnéas (ou "arbres à pieds d'éléphant") Origine : Louisiane -

120.000 tulipes. Un château. Et des arbres...
120.000 tulipes. Un château. Et des arbres...
120.000 tulipes. Un château. Et des arbres...

(c) F.S. Avril 2018.

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Encore une minute, s’il-vous-plaît

29 Mars 2018 , Rédigé par F.S Publié dans #édito

Les premières fois que j’ai assisté aux minutes de silence, c’était enfant, à la fin des années 70 début 80, en préambule à des matchs de football retransmis sur la télévision noir et blanc du salon familial. L’arbitre – à l’époque exclusivement habillé en noir – regardait sa montre et maintenait son bras plié durant toute la minute. À la fin, il donnait un coup de sifflet, et la minute était terminée. J’interrogeais mes parents en leur demandant ce que cela signifiait. Ils me disaiet : « c’est en hommage à telle personne décédée » ou encore « pour les victimes de l’accident x ou y ». Il régnait un silence de mort – c’est le cas de dire – dans les stades où se déroulaient ces minutes de silence.

Encore une minute, s’il-vous-plaît

Puis un jour glacial de début janvier 1997, dans la cour de la caserne Bosquet du 6e RPIMa de Mont-de-Marsan, passé en revu par le ministre de la Défense de l’époque Charles Million et le Chef d’état-major, un millier d’appelés du contingent – dont j’étais - accompagnés des officiers et sous-officiers du régiment, ont respecté une minute de silence, pleine et entière, à la mémoire d’un adjudant et d’un capitaine morts à Bangui en République Centrafricaine, abattus froidement dans une embuscade alors qu’ils étaient en opération. Leurs cercueils, drapés de tricolore, étaient devant nous, dans la cour d’une caserne battue par le vent d’hiver. Nous étions en place depuis des heures, le froid nous congelait sur pied, mais étonnamment cette minute-là nous parut d’une chaleur humaine inégalée. Nous faisions corps, et chacun se sentait concerné.  
 

Vous allez dire que ces anecdotes sont écrasantes de banalité. Elles ne le sont pas, pour une bonne raison : ces minutes de silence duraient vraiment une minute. Aujourd’hui, dans les préfectures ou les collectivités territoriales (mairies, conseils d’agglomération ou métropoles, conseils départementaux, régionaux etc.) pardon de le dire, mais les minutes de silence ne durent au mieux que 35 secondes, 40 à tout casser. Vous allez peut-être trouver que je chipote pour pas grand-chose. Certes. Alors dites-moi à combien vous évaluez les vies de ceux et celles dont on honore la mémoire dans ces moments-là ? Combien de minutes valent-elles ? Le prix de ces vies brisées pour de multiples raisons ne vaut-il pas au moins une minute de silence, dans laquelle chacun peut y mettre ce qu’il souhaite en fonction de ses convictions ? Sommes-nous si pressés de passer à autre chose et de reprendre le cours normal de nos activités, en consultant au passage les notifications de nos téléphones portables ?
 

Les beaux discours, les grandes théories, le verbe haut et les formules ciselées n’auront de sens que si ces minutes durent vraiment une minute. Un temps suffisamment long et en même temps pas trop court pour que chacun la mette en veilleuse. Respectueux. Silencieux. En hommage aux morts, et aux morts pour la France parfois, qui le valent bien, et qui nous regardent.
 

Fermez le ban. Aux morts !

F.S.

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D’arbre et d’eau

25 Mars 2018 , Rédigé par F.S Publié dans #émerveillement

D’arbre et d’eau

Je l’ai découvert à l’automne, visité tout l’hiver. Je le contemple au printemps. J’ai hâte de le voir en été, dans son habit vert. Il a les pieds dans l’eau et moi droit dans mes bottes. Le voici au bord du fleuve, face à l’horizon regardant vers le sud, le dos tourné vers le nord. De la rive droite d’où je suis, son reflet dans l’eau lui donne l’air d’un géant. Mais il est nu, pour l’instant, entre ciel et eau, entre nuages lourds et onde profonde. Le fleuve a charrié ses eaux boueuses tout l’hiver, un hiver dégoulinant d’averses. Impassible, il a regardé la barque, sur l’autre rive, s’enfoncer progressivement dans l’eau. Seule une chaîne la retient encore, et il faudra un fort des halles pour la tirer de là. Cela l’indiffère, il trône sur sa berge, contemplant les nuits et les jours et le courant qui emporte le temps, tout le temps.
 

Je ne peins pas, aussi je le photographie. Je l’aime cet arbre, son reflet, même à l’envers il parle encore et me renverse. Assombri par le ciel menaçant, il me plaît encore davantage. Auprès de lui, je sens cette terre revivre enfin après ces longs mois humides, gris, tristes et froids mais vaincus, bientôt. Quand il vente, je pense à lui, au loin. « Tiendra-t-il ? » me dis-je, bien à l’abri entre mes quatre murs. En arrivant je l’aperçois de loin, arpentant l’autre rive. Entre nous, un monde nous sépare. Chacun sur sa rive, chacun sur son bord. Entre les deux, le fleuve, où il est impossible pour le moment de s’imaginer plonger. Le temps viendra pourtant où je nagerai vers lui, dans cette eau d’été devenue verte. Sous son ombrage, je regarderai d’où je viens. Je m’appuierai contre son tronc. Il ne suffira que d’une traversée. Un monde, tout un monde nous sépare et pourtant nous sommes si proches. Mon sombre héros. Mon arbre. Ma vie.

D’arbre et d’eau
D’arbre et d’eau
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