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Le jour. D'après fred sabourin
Articles récents

une image et des mots

20 Mars 2008 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #chronique cinéma

                            Elle s’appelle Sabine... 


       ... nous dit Sandrine Bonnaire dans ce documentaire qui vaut à lui seul tous les films du moment. Sabine crève l’écran, de son visage bouffi par les calmants, le surpoids, les cheveux courts, les lèvres entrouvertes d’où s’échappe un filet de bave. Sabine fut autrefois une belle jeune fille, l’équivalent brune de l’actrice révélée dans « A nos amours » de Maurice Pialat en 1983 et « Sans toit ni loi » d’Agnès Varda en 1985. Deux Césars : meilleur espoir et meilleure actrice. Sabine, une jeune fille différente, mais rieuse, malicieuse, musicienne, passionnée de géographie et d’anglais, de voyages… Aimée par sa sœur, surtout. 

En 1996, Sabine est internée pour cinq ans, en hôpital psychiatrique. Son état se dégrade, elle grossit, devient agressive, subit la camisole et les calmants à endormir un cheval. Il faudra à Sandrine user de sa notoriété (elle le précise) et de patience (surtout), pour obtenir une place dans un institut médico-professionnel, en Charente, afin que Sabine soit – enfin – diagnostiquée. Psychoses enfantines et léger autisme.
Elle s’appelle Sabine ne s’insurge ni se révolte contre le système psy en bout de course. Sandrine ne fait que poser des questions. Quand ma sœur ira-t-elle mieux ? Quand pourra-t-elle sortir de l’IMP ? Quand repartirons-nous en voyage ensemble ?
Sans émotions superflues, Sabine imprime son visage plein cadre. Au départ on est gêné. On hésite à rire quand pourtant les situations sont risibles. Parce qu’on croit que le rire est au dépend de la maladie. Sandrine pose des questions, comme un écho à celle, lancinante et répétitive, que Sabine répète inlassablement. « Est-ce que tu viendras me voir demain ? Tu me viendras me voir demain, Sandrine ? ». – « Oui, tu le sais bien », répond-elle, sans jamais s’en agacer. Pour ceux qui s’en souviendraient, ces répliques peuvent rappeler l’épisode johannique du « Pierre, m’aimes-tu ? – Oui, tu sais bien que je t’aime ».

Fol amour que celui de ces deux sœurs que tout semblerait opposer : notoriété, beauté, richesse pour l’une. Maladie, pauvreté et quasi disgrâce pour l’autre. Et pourtant il émane de ce film quelque chose de si puissant et si évident qu’à la fin, on ne verse ni larme, ni soupir, ni regrets, ni emphase. Juste le sentiment d’avoir, grâce à Sandrine Bonnaire, mis un nom sur la folie d’une maladie transfigurée par l’amour et le don gratuit : elle s’appelle Sabine.

http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=18795917&cfilm=128514.html

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On ira tous au paradis

18 Mars 2008 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #voyage - voyage...

                                                Merci Pépy ! 

« Parce que vous comptez parmi nos meilleurs clients… nous vous avons réservé un cadeau exclusif : vos étiquettes à bagage personnalisables. Apportez une touche personnelle à vos étiquettes en choisissant une image de paysage paradisiaque parmi notre sélection ou en téléchargeant une de vos photos personnelles ! (…) Pour créer gratuitement vos étiquettes à bagages, notez votre code VIP… »
. 

Le progrès fait rage, c’est un courriel « Privilèges Voyages SNCF », pour un client  du train - VIP donc - qui engloutit des sommes conséquentes chaque mois dans la Esse ène cé Effe.
Génial ! on peut donc désormais faire péter une bombe dans le train avec un bagage abandonné, mais (et c’est là la nouveauté) étiqueté avec une image paradisiaque… Chouette alors !
On savait que la SNCF avait de grandes vertus commerciales, au point d’ailleurs de verser 100 millions d’€ à l’Etat son seul et unique actionnaire. Ceci dit, on constate – hélas -  de plus en plus un certain dilettantisme dans la communication à bord ainsi que dans le soin apporté aux voyageurs (clients). Sans entrer dans le célèbre « je paie, donc j’ai droit », il convient néanmoins de souhaiter un meilleur traitement que celui-ci, qui ressemble peu ou prou à ce qu’on nomme parfois « du foutage de gu… ». 

Songez un peu : une étiquette à son nom avec un paysage paradisiaque, quel privilège ! Je me demande si il ne va pas falloir une nouvelle nuit du 4 août pour abolir les avantages en question, tant ils semblent outrageusement énormes.

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le caporal casse bonbons

15 Mars 2008 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #coup de gueule

                                           Cherchez la femme


L’Ardèche fait figure d’exception culturelle à la française : elle ne compte pour l’instant aucune femme au conseil général, très peu de maires, et encore moins de députés.
Qu’à cela ne tienne : il y en aura au moins une dimanche soir, le président de la collectivité territoriale s’y est employé. Mais il pourrait y en avoir plus, si les stratèges locaux n’avaient pas placé une autre candidate en situation périlleuse, obligeant un retrait au second tour, au profit d’un homme, évidemment. Coïtus interrompus. Ca va salir les draps.
Le président, dont le débit de paroles et l’accent méridional se rapproche de celui de Bernard Laporte (du temps où on essayait de le comprendre à la fin des matchs de ‘rrrubi’ sur ‘Frangceu deux’), a franchi le mur du çon récemment dans les colonnes du « Monde ». «Je peux vous assurer qu’il n’y a aucune misogynie de la part des Ardéchois. Ca commence à me casser les burnes cette histoire de machisme. Les Ardéchois ne sont pas des machos, la preuve : Ségolène Royal, lors des primaires internes du PS, avait été majoritaire». Prononcez cette phrase avé l’accent c’est encore plus délicieux, surtout l’expression casse bonbons.
En effet, voilà un argument de choix et de choc pour appuyer sur le bouton rouge. Mais le meilleur est pour la fin, lorsque le grand patron du département, au demeurant fort sympathique, ajoute : « Ici, une campagne, c’est du porte à porte chez les gens, dans les bistrots. Il faut passer dans chaque commune, avaler les kilomètres. Les gens veulent de la proximité. C’est peu compatible avec une vie de famille ».
Moralité : bobonne ne pourra pas aller récupérer les mioches à l’école, les emmener au sport ou au piano, faire les courses, surveiller les devoirs, la lessive, le ménage et préparer la bouffe pour ce soir.
Car la « vie de famille », c’est bien connu, c’est ça, et ce sont uniquement les femmes qui peuvent le faire. Pour la parité et les responsabilités tu repasseras. Le linge.
Vivement qu’une d’entre elle prenne un siège en effet, puis deux, puis trois etc. Ne serait-ce que pour donner des coups de pieds bien placés dans les b.. de ces caporaux casse bonbons, et les envoyer chez carrouf un vendredi soir avec un plein caddie et les enfants énervés.
Pendant ce temps-là, Mesdames les élues, vous pourrez aller discuter bagnoles, tricot, et politique locale au bistrot du coin.
Devant un « petit porto » bien sûr. Car c’est un apéritif pour dame…
 

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vocabulaire

12 Mars 2008 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #étonnement

                                                                          Déséchouement

(David Vincent / AP)
                                                                                           (David Vincent - AP)

      
Un vilain mot pour une vilaine image. Le déséchouement du cargo Artémis a échoué sur la plage des Sables d’Olonne.
Définition : « arrêt brutal d’un navire en marche qui touche le fond ». En pleine période électorale et d’inquiétude économique, l’idée ne manque pas de piquant…
Le mot aurait plus à Raymond Devos. On lirait dans la presse : « déséchoué le cargo chu : la tentative a échoué. Il eu fallu qu’il échoie moins près du bord. On n’a plus le choix (dans la date), il faut attendre que la mer se démonte à nouveau pour qu’elle monte jusqu’à lui ».
Et alors le déséchouement cherra.
Tra-de-ri dera et tralala !

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faire-part de décès

12 Mars 2008 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #l'évènement

                                                     Lazare est mort !

     Il était venu à pied du nord de l’Italie à l’âge de neuf ans et demi, pour gagner la France qu’il considérait comme « un paradis ». A dix-sept, à l’automne 1914, il triche sur son âge pour pouvoir s’engager au 4è Régiment de Marche de la Légion Etrangère. Ca use les souliers. Il voulait défendre la France, « parce qu’elle m’avait donné à manger ». Il fut envoyé sur le front de l’Argonne, à bouffer des pommes de terre et des fayots pourris, sous la mitraille. « Vous tirez sur des pères de famille, c’est complètement idiot la guerre », dira-t-il plus tard. Encore un homme personnifiant le bon sens qui vient de s’éteindre.
Lazare Ponticelli, ancien poilu de 110 ans, est mort aujourd’hui, et la République toute entière se penche sur le lit du défunt, religieusement. Il y a des funérailles nationales en perspectives, et il y aura du beau monde au premier rang dans l’église St Louis des Invalides.
Du beau linge, qui est dans de salles draps. Cette même République des Préfets, nommés par qui on sait, pour faire appliquer les lois de la République, comme celle-ci par exemple : au Cheylard, un bled paumé de l’Ardèche, une jeune Sénégalaise de trente ans vient d’échapper de peu au charter pour Dakar. Le médecin du centre de rétention de Lyon a jugé son état « préoccupant », et en tout cas incompatible avec un vol normal. Elle est invalide à 80% suite à une chute d’échelle mal soignée il y a six ans, chez sa belle-mère qui la traitait comme une servante. Marietou (c’est son prénom) est… petite fille de Tirailleur sénégalais tombé pour la France.
Rompez les rangs !
Comme un certain Galiléen il y deux milles ans en Palestine, on a parfois envie de crier : « Lazare ! Viens dehors ! »
 
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Printemps des Poètes

8 Mars 2008 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #poésie

Je suis allé me poser le cul sur une chaise, contre la vitre du bar… 
(Blaise Cendrars) 

      Chose promise, chose due : voici un petit florilège de quelques rimes & proses pour respirer un peu l’air des poètes, qui, comme le disait Baudelaire, sont « exilés sur le sol au milieu des hués ; leurs ailes de géant les empêchent de marcher ».

Que ton poème soit dans les lieux sans amour,
Où on trime, où on saigne, où on crève de froid.
Comme un air murmuré qui rend les pieds moins lourds
Un café noir au point du jour
Un ami rencontré sur le chemin de croix

Aragon, Ce que dit Elsa

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                                         Complet blanc



Je me promène sur le pont dans mon complet blanc acheté à Dakar.
Aux pieds j’ai mes espadrilles achetées à Villa Garcia.
Je tiens à la main mon bonnet basque rapporté de Biarritz.
Mes poches sont pleines de Caporal Ordinaire.
De temps en temps je flaire mon étui en bois de Russie.
Je fais sonner des sous dans ma poche et une livre sterling en or.
J’ai mon gros mouchoir calabrais et des allumettes de cire, de ces grosses que l’on ne trouve qu’à Londres.
Je suis propre, lavé, frotté  plus que le pont.
Heureux comme un roi
Riche comme un milliardaire
Libre comme un homme. 

Blaise Cendrars, Feuilles de route, I : le Formose. 1924. 



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                                            L’albatros

Souvent, pour s’amuser, les hommes d’équipage
Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers,
Qui suivent, indolents compagnons de voyage
Le navire glissant sur des gouffres amers.

A peine les ont-ils déposés sur les planches,
Que ces rois de l’azur maladroits et honteux,
Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches
Comme des avirons traîner à côté d’eux.

Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule !
Lui naguère si beau, qu’il est comique et laid !
L’un agace son bec avec un brûle gueule,
L’autre mime en boitant l’infirme qui volait !

Le poète est semblable au prince des nuées
Qui hante la tempête et se rit de l’archer ;
Exilé sur le sol au milieu des huées,
Ses ailes de géant l’empêchent de marcher.

Charles Baudelaire




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Chronique ardéchoise d'un journaliste localier (n°17)

7 Mars 2008 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #l'évènement

                                                                              Brèves de comptoir


          Ah ! La politique locale à la veille des élections municipales et cantonales ! Comme un marron glacé, on s’en pourlèche les babines de plaisir… 

Michel Barnier, après avoir nettoyé ses souliers crottés au salon de l’Agriculture, est venu les traîner dans la boue ardéchoise, mais il a de la chance : il a tant venté ici depuis trois jours que tout est sec comme la langue d’un pendu. Et puis le jeune candidat Uèmepé à la mairie de Privas lui a réservé la visite du fleuron de la châtaigne en Ardèche et même dans le monde : l’usine Clément Faugier, propre comme un sou neuf. 

La presse était prévenue : il ne fallait prévenir personne, de peur que des manifestants anti-OGM viennent troubler l’ordre public d’une visite amicale au benjamin des candidats en Ardèche (29 ans), qui tient à prouver ainsi que malgré son jeune âge, « il a le bras long, et des relations ». Qu’il en profite, le sus dit Barnier est donné partant en cas de remaniement ministériel, qui aura très sûrement lieu malgré les « promesses » du Très Haut de la République (qui n’en sera pas à un revirement de veste près). 

On ne prévient personne donc, inutile, le canard local « Dauphiné Libéré » s’en était chargé deux jours auparavant. Arrivé à l’usine Faugier à l’heure dite pour le point presse avec le ministre, sortant de ma voiture, une C3 blanche avec trois hommes à bord m’intercepte rapidement. Où allez-vous comme ça ? – Stupéfaction et surprise. Je reprends mes esprits, flairant un mauvais coup : 
Mais vous êtes qui, d’abord ?  - La Police, Monsieur. – La Police ?? Et bien, je vais faire mon métier de journaliste, je vais à la conférence de presse du ministre qui visite actuellement l’usine. Et j’ajoute, non sans malice : - je ne suis pas un militant anti-OGM si c’est ce que vous craignez…
Il est vrai que coiffé de mon bonnet marine, en caban révolutionnaire, écharpe rouge, on aurait pu le croire.
Les flics, amis du jeune candidat à la mairie de Privas donc, ont ajouté de me mêler de ce qui me regarde, ce que je me suis empressé de faire, puisque j’étais là pour ça, et non pour taper la causette avec les cow-boys fringants. 

On a en plus mangé des fondants au marron (un petit plaisir gustatif à tuer sa mère), et des toasts à la tapenade (à tuer son père). J’ai une fois de plus sacrifié ma famille sur l’autel des produits culinaires qui rendent ces happening sympathiques, au fond. 

Vive la République ! Vive la France ! 

Restez en ligne : le printemps des poètes débute ce ouikende. On ne va pas s’en priver non plus…

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chronique d'un journaliste localier n° seize

28 Février 2008 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #montagne

                                                      à l’école du vent… 

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      Pour se rendre à l’école du vent, à Saint-Clément, à 1100 mètres d’altitude aux limites de l’Ardèche et de la Haute-Loire, il faut d’abord prendre le chemin de l’école buissonnière. Faire ses lacets, et conduire une heure et demi sur des routes aux tracés sinueux. Traverser des villages, puis des hameaux, abandonner des maisons isolées. Suivre la route départementale, puis communale, puis un chemin. Tourner encore, et encore, et encore. Stopper la voiture sur le bas-côté, il n’y a pas de parking. 

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Là, à Saint-Clément, Monsieur le maire, quatre-vingt printemps, dont trente-quatre de mandature municipale, annonce fièrement qu’il n’a pas encore commencé sa campagne. Il sera réélu, c’est sûr. Mais il ne le dit pas. Triomphe modeste d’un édile pas comme les autres. A la tête de sa communauté de cent neuf clémentois et clémentoises, il a fondé « l’école du vent ». Une maison à thème, sur le vent. Dans le vent ! Plateau des montagnes ardéchoises battues par le souffle d’Eole, ici on dit qu’il ne vente pas que deux jours par mois. Pas de chance, aujourd’hui en était un. Il faisait doux, mais l’herbe grillée sur les flancs des montagnes témoignent de la présence récente de la neige. Ici, on ne plaisante pas avec les éléments. 

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A la découverte du vent, de son histoire, de ses légendes, des hommes qui ont beaucoup tenté pour le domestiquer, jusqu’à s’installer face à lui pour décoller. Oiseaux, ailes, plumes, maquettes, histoire de l’aviation, forces nécessaires pour voler, rose des vents, manche à air… Tout un fourbi sur le thème du vent, préparé de manière à envoûter le visiteur venu se perdre « au bout du monde ». A l’évocation de cette expression, le maire, et la directrice de « l’école du vent » sourient. C’est en réalité le bout de mon monde. Celui que je connais. Celui qui me semble loin, là, sur ce bout de terre plus vraiment ardéchoise, pas vraiment auvergnate, et portant l’identité des deux. Toitures de lauzes, doubles vitres, murs épais, cheminées fumantes : derniers témoignages de la présence des hommes sur cette terre rude. 

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En rentrant de « l’école du vent », reportage en bandoulière et sons dans la boîte, prendre de nouveau le chemin des écoliers. Mais par l’autre côté, la route « du Gerbier ». « Elle est si belle », me glisse une bénévole de l’école. Ici, point de mauvais élèves, ni de profs notés, ou poignardés. Rien que du vent. Je prends donc la route « du Gerbier », qui passe d’abord sous le « Mézenc », plus haut sommet de l’Ardèche (1753 mètres, et quelques roches basaltiques). Témoignages des volcans défunts : les « sucs » pointent encore droits vers le ciel bas, qui déjà prépare la nuit froide. Routes à lacets. Maisons isolées, cheminées fumantes, hameaux, auberges paumées mais éclairées : le voyageur qui s’y arrête peut lutter contre la soif avec un kir à la crème de châtaigne… Gare aux virages ! 

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Et puis, enfin, le Gerbier. Le Gerbier de Jonc, 1417 mètres. Vous vous souvenez ? « Le plus beau ruisseau du royaume », selon nostre bon roy François Ier, prend sa source ici. En 1938, on demandait à un élève du certificat d’études : « où la Loire prend-t-elle sa source ? » - « dans la grange de mon grand-père », répondit-il fièrement. Il n’avait pas tort. La Loire a plusieurs sources, dont une qui coule doucement dans un abreuvoir à vaches, dans une… grange. Mais le cadastre en indique une autre, à l’air libre. En plein vent. Entre les buissons. Sous la neige et les entrelacs de roches volcaniques. 

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Alors j’arrête la voiture, dans laquelle Vivaldi violonnait Nisi dominus. Et je réalise le rêve de l’écolier au seul endroit du monde où cela est encore possible : enjamber la Loire. 

                                De l’école du vent, tout doucement, je redescend.
                                De l’école buissonnière, ce soir en fermant mes paupières,
                                Je repenserai dans le noir, que j’ai enjambé la Loire. 


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les grossiers trouveront ça vulgaire

25 Février 2008 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #coup de gueule

                                                      la môme et le président

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        Marion Cotillard a donc reçu quatre récompenses pour son interprétation d’Edith Piaf dans La Môme, dont le César et l’Oscar de la meilleure actrice. Toute considération désobligeante sur le show business du cinéma mises à part (les strass & paillettes), son émotion faisait plaisir à voir, autant d’ailleurs que dans le film lui-même.
Au même moment, ou presque, un homme qui devait garder son sang-froid l’a perdu, une fois encore, faisant voler en éclat ce qui restait de dignité humaine face à un con - citoyen mal inspiré et traité justement comme tel, mais il ne fallait pas le dire aussi vertement. « Viril » a même dit un ancien premier ministre originaire du Poitou-Charentes, où on s’y connaît en matière de baudets velus au caractère caprin.
La comparaison, bien sûr, ne souffre même pas d’être envisagée, entre le « pauv’con » d’un côté et la môme de l’autre. L’image renvoyée de part et d’autre reste finalement assez décevante : la France, pour les Américains, c’est Edith Piaf, les rues pavées, les photos sépias et les radios à lampes qui crachotent des chansons où les paroliers sont inspirés par des voix qui ont vécues de drôle de combats, cassées par l’alcool et les excès dus aux déceptions amoureuses.
Mais la France, c’est aussi l’insulte qui fuse tous les jours aux carrefours de nos villes, villages, collèges, famille et désormais salon de l’agriculture. On savait le paysan adepte du bon sens. On ignorait que le petit Nicolas avait de gros sabots tout crottés. D’ici à ce que trois capitaines l’appellent ‘vilain’, il n’y a qu’un pas. Ou des coups de pieds au c… qui se perdent ! 

Finalement, la morale de cette piètre histoire vient dans le film lui-même. Dans une dernière scène, un long plan séquence où la môme Piaf, Marion Cotillard donc, livre une interview de fin de vie à une journaliste américaine. Cette dernière lui demande si « elle a peur de la mort ». « J’ai plus peur de la solitude que de la mort », répond-elle.
Et le silence se fait.
La solitude de l’homme d’Etat dans tous ses états est malgré elle éloquente (si on peut me permettre cette comparaison « à la con »). Il a peut-être peur des deux, tout simplement. 

On devrait peut-être l’inviter à dîner…
 
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Chronique ardéchoise d'un journaliste localier (n°15)

19 Février 2008 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #édito

                                 Des hommes dans tous leurs états

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       Bruno Le Maire fut conseiller puis directeur de Cabinet de Dominique de Villepin de 2005 à 2007. Durant ces années d’exercice du pouvoir qu’il qualifie lui-même de « jungle des sentiments confus, parfois sincères, parfois troubles  des hommes de pouvoir», il a consigné soigneusement dans des cahiers ses réflexions, remarques quotidiennes sur son travail de collaborateur de cabinet. Mais il émaille aussi Des hommes d’Etat de passages très personnels, sur sa vie familiale, ses enfants qu’il ne voit pas assez, des week-end annulés en dernière minute pour raison d’Etat : « Le temps perdu loin de ses enfants ne se retrouve pas : ils grandissent, ils oublient, ils se détachent et nous avec, par la force des choses ». Ce parti pris peut lui être reproché par certains lecteurs qui ne chercheraient dans ce livre que le compte-rendu distancié des deux années Dominique de Villepin comme Premier Ministre de Jacques Chirac. Les mêmes lecteurs, n’en doutons pas un seul instant, se sont délectés de ces anecdotes personnelles de Bruno Le Maire. Le voyeurisme va rarement de paire avec une certaine loyauté dans les propos. 

Néanmoins, il s’agit sans doute des meilleurs passages de cet ouvrage, et probablement ce que l’auteur a souhaité montrer, au fond : la vie publique et politique exige beaucoup de sacrifices, y compris les plus grands, lorsqu’il s’agit de ses propres enfants et sa femme. Sans pathos exagéré, mais avec une vraie sincérité dans la plume de cet Enarque qui n’a visiblement pas oublié qu’il est aussi Normalien, il nous livre avec style, un témoignage cru et parfois cruel, sans commentaires, sur ces petits épisodes de la « vraie vie ».
Le propos des quelques 450 pages Des hommes d’Etat reste cependant centré sur les relations ambiguës entre le locataire de l’Elysée (Jacques Chirac), de plus en plus en bout de course (particulièrement après son accident cardio-vasculaire de septembre 2005). Dominique de Villepin, « qui fait de la politique en corsaire, prenant ce qui vient, évitant soigneusement les attaches, ombrageux, terriblement attachant, solitaire, jaloux et prisonnier de son immense liberté ». Et Nicolas Sarkozy, décrit avec cette impatience et cette arrogance gamine qu’on lui connaît sur la route de l’Elysée, et bien au-delà, triturant sans cesse son portable, jouant des alliances et mésalliances, résumé à lui seul dans cette phrase : « de toute façon, il faudra bien qu’on arrête un jour de se chamailler comme deux gosses » (au téléphone avec de Villepin). 

Bien sûr se pose la question de la véracité des propos relatés par Bruno Le Maire : en tant que directeur de Cabinet, il a assisté à beaucoup de réunions, d’entrevues, répondu à des milliers d’appels téléphoniques, de Chirac, Villepin, Sarkozy et tant d’autres. Mais comment a-t-il fait pour entendre ce que seuls les trois sus cités se disaient au téléphone, les antichambres ou dans le secret des véhicules de fonction ? Se pose également la question de la distance que le nouveau député de la circonscription d’Evreux a mis (ou pas) avec son ancien mentor ? Il l’admire, c’est certain, et en bon chiraquien, se méfie de Nicolas Sarkozy, qui ne semble pas avoir pour lui d’autres sentiments que ceux qu’on accorde à un fusible de cabinet.
Quant aux relations entre l’ancien Premier Ministre et le futur Président de la République, elles sont contrastées, teintées à la fois de respect, de haine (de plus en plus souvent), et sans doute d’admiration mutuelle pour la part de l’autre que chacun ne possède pas : l’énergie farouche et l’ambition impatiente pour Nicolas Sarkozy. La liberté d’un hussard en politique, qui n’a jamais été au feu du suffrage électoral et qui a réussi le tour de force d’être en moins de dix ans la plume de J. Chirac, ministre de l’Intérieur et Premier Ministre.
Lorsque Nicolas Sarkozy évoque une visite de campagne à Charleville-Mézières, il parle fonderie, industrie : « les gens accrochent, je vous garantis qu’ils accrochent, Dominique ! ». Villepin répond : « Il y a Rimbaud, aussi. – Rimbaud ? – A Charleville-Mézières. – Oui, après, évidemment, Dominique, il faut savoir si on fait de la poésie ou de la politique ».

Des hommes d’Etat, de Bruno Le Maire, pourquoi pas un essai politique à lire car c’est également un essai d’un homme de lettres et de sentiments, humainement perdu et pourtant techniquement à sa place dans ce cirque machiavélique. Lorsque, à de rares instants, il parvient à s’échapper de cette vie publique pour retrouver les siens (à une terrasse de café, en famille), il a alors sans doute les réflexions les plus belles, qui prouvent que tout ce fatras reste profondément humain : « On rêve au pouvoir de stratégie et de grandeur, et tant mieux, pourtant la pratique se joue dans le détail, l’infiniment petit, le microscope, le mot juste, le tempo exact, la virgule correctement placée et la cravate de la bonne couleur. Quand on sort pour un instant de la politique, on prend en pleine poitrine le vide, le silence, l’air : on respire, tout est grand ». 

Des hommes d'Etat. Bruno Le Maire. Grasset.
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