de roche et de glace

Il fallait d’abord passer la frontière, la frontera comme on dit dans ces contrées aragonaises, puis contourner le massif par une envolée de routes à lacets, de tunnels creusés dans la roche granitique, traverser des pueblo, villages espagnoles où règne une quiétude de fin de siècle, sans que l’on sache vraiment duquel il s’agit.
Puis, enfin, stopper la voiture, sur un parking de cailloux et d’herbe, où nous avons bivouaqué un peu « à l’arrache », car la nuit était déjà noire et le vent bien frais. Enveloppés dans les étoiles, drapés de nuit, nous avons fait des rêves. Des rêves de rochers, d’abord dans le froid du matin puis dans la fournaise de l’après midi. Des rêves de crampons et de piolets. Des rêves de silence où seul le crissement des crampons sur la glace vient troubler l’ordre établi. Ici, la montagne te fait comprendre que tu n’es là que parce qu’elle le veut bien. Elle t’accorde quelques heures de répits sur l’immensité de ses flancs. Elle te fait savoir que tu ne seras jamais complètement chez toi ici. Le paradis pouvant se transformer en enfer en quelques minutes.

Le soleil se lève enfin, et nous avec. Ou plus exactement avant. Le « point du jour » a ceci de fascinant qu’il n’appartient qu’à une poignée d’irréductibles qui ont compris que ces ciels du matin sont bien plus beaux que ceux du soir. L’Occident oxydé par la nostalgie des soleils couchants a oublié la minéralité des petits matins. Se couchant trop tard, l’Homme moderne ne contemple que rarement ce spectacle d’une nature qui s’offre aux lève-tôt.
Café chaud, préparation du sac, ne rien oublier sans trop en prendre : la suite se passe très vite, et à 7h à peine notre marche commence.
Une rapide ascension nous amène à pied d’œuvre, nous dépassons le refuge de la Renclusa, dernière trace de civilisation avant le désert de roche et de glace. Au col du Portillon supérieur, petite brèche ouverte sur la ligne de crête, la bête apparaît dans toute sa splendeur. Le sommet semble proche, mais il faudra encore quelques efforts.
Deux heures au moins de chaos granitiques, de glacier aux reflets bleutés, puis le « pas de Mahomet », passage aérien à quelques mètres du sommet : le plus haut sommet des Pyrénées se mérite, jusqu’au bout.

L’Aneto est désormais sous nos pieds, 3404m de plaisir et de rêve qui deviennent, enfin, réalité.
On ne peut pas aller plus haut au pays de Pyrène.

Photos Marc L & Fred S
Il était une fois...
http://letiroir.canalblog.com/
allez-y voir pour voir, c'est un peu comme un échange linguistique. D'ailleurs Monsieur B sera très prochainement l'invité de ce blog. Il parle très bien Anglais, mais ça n'a rien à voir.

Cargo de nuit

Trente-cinq jours sans voir la terre
Pull rayé, mal rasé
On vient de débarquer (cargo de suie)
Trente-cinq jours de galère
Et deux nuits pour se vider
(la nuit, te suis, change de port, cargo de nuit)
J'avance sur ce quai humide
La sueur brûle comme l'acide
L'enfer va commencer (cargo de nuit)
Bière chaude et narguilé
Chez Mario, tout oublier (la nuit te nuit, change de port)

Mais cette machine dans ma tête
Machine sourde et tempête
Mais cette machine dans ma tête
Leitmotiv, nuit secrète
Tatoue mon âme à mon dégoût
(Cargo de nuit)
Lanterne rouge : je guette l'entrée
L'alcool est mon allié
L'amour, il faut payer (cargo d'ennui)
Virée grasse, elle m'entraîne
Vers l'angoisse et la rengaine
(la nuit, d'ennui, change de port)

Mais cette machine dans ma tête
Machine sourde et tempête
Mais cette machine dans ma tête
Leitmotiv, nuit secrète
Tatoue mon âme à mon dégoût
J'ai voulu tout chaviré
Mon espoir s'est échoué
J'en ai marre de ramer
La détresse polluée
L'océan de mes pensées
Et cette machine dans ma tête
Machine sourde et tempête
Et cette machine dans ma tête
Leitmotiv, nuit secrète
Tatoue mon âme à mon dégoût
(cargo de nuit, la nuit, cargo de nuit...)
Axel Bauer
l'invité de la semaine (4)

qui n'est pas forcément celui auquel on pense.
Se méfier des apparences, elles sont trompeuses.
Dévoilement : dimanche.
l'invité de la semaine (3)
l'invité de la semaine (2)

à demain.
l'invité de la semaine

Revenez demain, à suivre...
Urbain (2)
Près d’ici il y a une « friche culturelle ». Des anciens entrepôts qui ont eu du pot : pas de promotion immobilière, point de supermarché marchand de moquette ou bricolage pour quadra aux 35 heures.
Une friche, une vraie, avec des artistes, des vrais. Certains vivent même dans des camionnettes / camions aménagés. En plein cagnard, c’est dire si la fibre artistique est dure à cuire.
Des grafs, tags, dessins, sculptures ornent les murs et chaque parcelle de béton de ces anciens ateliers. Une usine à gaz, si on considère comme tel celui qui sort des bombes de peintures agitées frénétiquement par les dessinateurs. Certains ont du talent. D’autres moins. Une affaire de goût, c’est sûr.
Pour ne pas piller la propriété intellectuelle de ces artistes en béton (il n’y a que peu d’herbe, et dans la plupart des cas déjà fumée), je ne prend aucun cliché des grafs & tags en question.
Pas grave, mon capitaine : il suffit juste de lever les yeux, pour voir d’autres formes qui, elles aussi, méritent le détour.
A chacun son jouet. Un appareil photo fait très bien l’affaire.




Urbain (1)
Les Gitans

Il fait beau au soleil sur le pont. Je regarde les gitans de l’autre côté du port. Ils sont beaux. D’ici je ne vois pas leurs têtes, ils sont justes beaux d’être, tous ensemble devant leurs caravanes à s’agiter autour de leur conversation. Ils doivent parler très fort, j’en entend des bribes par dessus le bruit des voitures. Leur présence rayonne sur le port, on sent qu’ils existent très fort. C’est pas comme l’autre, qui vient avec sa Porsche surveiller son petit voilier ; ni même comme les clodos du pont qui eux rayonnent la résignation. D’ailleurs ils sont partis c’est peut-être à cause des gitans.
Une petite boule rouge s’active autour du groupe, elle tient un balais qui fait deux fois sa taille, elle fait des pas immenses et secs, et le manche virevolte au dessus de sa tête. Elle paraît chargée d’électricité. D’ici sa robe lui tombant jusqu’au pieds m’apparaît comme un cerf volant frétillant dans le soleil de printemps.
Je t’avais peint ce tableau avec des mots, mais j’ai gardé pour moi cette lettre, cette journée qui m’ouvrait sa fenêtre.
(Mano Solo)


(à suivre...)
lignes de fuite

"On avait mis en panne, et c’était grande fête :
Chaque homme sur son mât tenait le verre en main ;
Chacun à son signal se découvrit la tête,
Et répondit d’en haut par un hourra soudain.
Le soleil souriant dorait les voiles blanches ;
L’air ému répétait ces voix mâles et franches,
Ce noble appel de l’homme à son pays lointain".
Alfred de Vigny, "la Bouteille à la mer"





(à suivre...)
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