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Le jour. D'après fred sabourin
Articles récents

Casse-toi, pauv'...

20 Septembre 2008 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #édito

Dans le métro lyonnais. Quatre jeunes sont assis. Adolescents pleine fleur. A vue d’œil, ils peuvent être en 3è. Pas plus. Ils chahutent gentiment, comme on le fait à cet âge. Ils se cherchent, font semblant de se battre, essaie d’agacer l’autre avec des petits coups portés par le plat de la main. L’un d’eux dit soudainement : « je vais te taseriser ». Du nom du fameux pistolet à décharge électrique censé neutraliser les ennemis de la République.
Je me dis que l’objet est rapidement tombé dans leur vocabulaire, dans le domaine public. Ils sont forts ces ados !
Mais il y a mieux – ou pire, c’est selon – quelques secondes après. L’autre jeune répond :
« touche-moi pas, tu me salis ». Puis jaillit sans répit : « alors casse-toi, pauv’con ! »
. Et ils partent dans un grand éclat de rire.
Voici donc la génération Sarko. Il y a eu la génération Mitterrand (j’en suis) ; la génération Jean-Paul Deux.
Désormais, l’exemple venant d’en haut, il y a la génération du franc-parler.
Merci, Monsieur le Président. Merci.

Bon heureusement il y a le regard bleu hypnotisant de cette jeune fille, détail d’un tableau étonnant qui sera dévoilé… prochainement.



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Seize + Vingt-Trois = Trente neuf (chronique non papabile)

17 Septembre 2008 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #édito



Benoît Seize est donc venu, et il est reparti. Entre temps, trois jours aussi denses que différents par leurs discours, les discours sur les discours, les pour, les contre, les positives attitudes laïques, les négatives ; puisqu’il y a du ‘plus’ quelque part, c’est qu’il doit y avoir du ‘moins’ aussi. Des messes en veux-tu en voilà, des évêques aux anges, des pèlerins aussi, un déluge de flotte à Lourdes – c’est une ville d’eau, rappelez-vous – du soleil sur les petits parisiens bc-bg samedi matin aux Invalides (ils habitent « à deux pas » comme on dit dans l’Ouest parisien). Un couvent des Bernardins transformé en étuve pour 650 – ou 700 c’est selon les sources – « intellectuels et personnalités du monde de la culture », dont Anne Roumanov, Didier Barbelivien, Nicoletta  (qui n’a pas sorti de nouvel album, ouf !) ou encore Alain Chamfort. Au premier rang, Chirac et Giscard, l’histoire continue, une pile neuve dans le sonotone pour ne rien rater des racines de la culture européenne.

Que n’aura-t-on dit, ou pas dit, sur ce pape allemand, ancien préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi dont l’intitulé lui-même suffit à comprendre qu’il y a peu de chance de rire en lisant ses oeuvres. Un homme réservé, ne goûtant que parcimonieusement aux joies des foules en délire et encore galvanisées par son illustre prédécesseur, doux et humble de cœur, tradi dans ses liturgies, et même ailleurs mais ça on le savait déjà.



Il y a donc eu deux voyages dans la visite : Paris et Lourdes. Le même homme, mais pas les mêmes objectifs, ni les mêmes rencontres.
Une visite diplomatique à Paris, Sarko en enfant de chœur faisant tourner l’encensoir fumant des braises de la laïcité version « plus ». Carla B. en princesse qu’on ne sort plus, ignorée des médias et du pape par la même occasion : il doit y avoir un problème de divorce-remariage, au moins du côté de Nico. Le discours sur le travail des moines aux racines de la culture européenne : les acteurs de la culture contemporaine ont dû apprécier. Et puis les Invalides, splendeur virginale sous un soleil digne d’Austerlitz, à une portée de canons du musée de l’Armée, où se pressait donc une foule très catho bon teint : beaucoup de poussettes et de mères de familles (très) nombreuses, de pères idoines, de fils et filles en vareuses achetées à Quiberon l’été dernier. L’Eglise métissée, celle des nations, celle de St Paul quoi, n’y était que fort peu visible. La quête a dû en être meilleure.



Et puis Lourdes, surtout, et enfin dirai-je. Lex orandi, lex credendi. L’Eglise célèbre ce qu’elle croit. Là bas, hormis le discours aux évêques où Seize fut « fidèle à lui même » (sic l’un des leurs, académicien), le miracle opéra, une fois encore. Les laïcs qui se crèvent la peau pour palier l’hémorragie du clergé dans les ¾ du pays, c’est-à-dire ailleurs que dans les trois ou quatre grandes métropoles, ont dû cependant se demander si on l’avait prévenu qu’ils existaient. Yves-Marie Congar et ses Jalons pour une théologie du laïcat doit soupirer, là haut. Quant aux divorcés remariés, ils continueront de changer l’eau des fleurs au pied de l’autel, ou coller des affiches sur les panneaux au fond de l’église. C’est une façon d’être proche d’eux.



Mais Lourdes, surtout, ce sont les milliers de sans jambes, ni bras, ni yeux, ni oreilles, ni parole, parfois il manque aussi des choses à l’intérieur, peut-être même sans papiers qui sait ? Ces boiteux, handicapés, malades, pauvres, ignorant jusqu’à la théologie de Thomas d’Aquin ou Augustin ; ces milliers de personnes qui sont tout sauf dans le culte de la performance, du fric facile et de l’outrageuse culture du manager, ces milliers de personnes ont là bas, si loin, dans cette ville si ombrageuse, ténébreuse jusqu’en son ciel capricieux (il peut y neiger le 15 août et sécher par 35° en avril), trouvé comme à chaque fois un réconfort, une écoute, une empathie réelle, une aide physique autant que morale. A la suite de cette bergère qui ne le fut d’ailleurs pas – et tant pis si le culte marial qui s’ouvrit alors était une aubaine pour l’Eglise de la seconde moitié du XIXè siècle mise à mal par la sécularisation et l’anticléricalisme qui régnaient alors – des millions de pauvres et de laissés pour compte, parce que différents jusque dans leurs corps, et donc exclus du grand bal des puissants, trouvent près de cette grotte sombre et humide une existence, une validité, une compréhension, une compassion, en un mot : une dignité. Bernadette, Marie, le Christ : le chemin est tracé.



A Lourdes, B. Seize a réellement rencontré cette Eglise bigarrée, métissée, faite de riches et de pauvres, de malades et de bien portants. Nous n’oserons écrire : « d’en bas », car, comme la laïcité positive (mot malheureux, car elle est par essence positive puisque émancipation), elle pourrait alimenter la thèse d’une Eglise « d’en haut ». Alors que le « Très Haut » n’est visible que dans le « Très Bas », selon le très bel ouvrage de Christian Bobin, qui cite ses sources.

A Lourdes, pour reprendre une expression pour le moins managériale, l’homme est réellement au centre de l’entreprise.
Puissions-nous, quelques heures au moins, nous en rappeler, positivement. En République, tant qu’à faire.

 pendant ce temps-là, il neigeait à quasi 2000m d'altitude en Béarn, et l'Ossau en blanchit de joie, revêtant ses habits sacerdotaux pour l'automne précoce. Faut quand même reconnaître qu'il y avait moins de monde qu'aux Invalides et à Lourdes...

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Un père avait trois fils

15 Septembre 2008 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #voyage - voyage...



Le plus jeune dit à son père : « achète-moi un polo rayé ». Le second, jumeau du premier, en demanda un aussi. Puis l’aîné poursuivi la mode, avec capuche (genre racaille de la banlieue ouest de Paris).
Vint le tour des frocs. L’été, il se font courts – même en Bretagne – à carreaux ou à fleurs, peu importe, il faut que la nippe plaise, et laisse apparaître le galbe du mollet, et les espadrilles portées en savates. Ce qui, chez les Basques, est une faute de goût inconcevable : l’espadrille doit être enfilée entière, sinon rien. A bien y regarder, ils ont une bonne trogne de Breton. Du coup, on pardonne l’hérésie basque…
Le père, quant à lui, trône fièrement dans son costume de plage bc-bg des vacances, mocassins souples en plus. C’est l’homme, le géniteur, le chef de famille au brushing impeccable. Dans sa poche, il fait tourner fièrement la clé du monospace.
Tout ce beau monde était tellement absorbé par un spectacle niais donné près de la terrasse  d’un embarcadère, qu’il aurait pu rater le bateau.

Une chose est certaine : le facteur n’a rien à voir là dedans.


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l'invité du blog

11 Septembre 2008 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #concept

Mister B, grand reporter en petites choses, est l’invité du « Jour d’après ». Authentique poète saltimbanque, le plus journaliste des dessinateurs de crobars nous avait fait l’honneur d’être un jour l’invité du « tiroir » (ici : http://letiroir.canalblog.com/). A visiter sans modération. C’est avec un immense plaisir que je lui laisse pour quelques jours la primeur de la ‘une’.


C'est un peu embêtant de se retrouver invité sur un blog photo. Je ne sais pas attraper de bonnes images. Déjà en école de journalisme, mes professeurs regardaient mes reportages photos ou vidéo d'un oeil désespéré. Je ne sais pas cadrer. Je ne sais pas voir dans une machine.
Pourtant, comme beaucoup d'ados, j'ai eu ma période photo. Je m'y suis un peu intéressé. J'ai lu quelques livres, j'ai appris des mots comme ' focale', ' reflex'. Mais, très vite ces bouquins ont pris la poussière. Ca ressemblait trop à des maths pour moi. Je n'aime pas trop quand la technique ' mécanique' se mêle d'art.
Alors bien sur, en bon français moyen, je possède un petit appareil numérique. Et puis j'ai aussi mon Polaroid 600. Je dois l'avouer, je le considère plus comme un objet de décoration délicieusement rétro, que comme un véritable appareil photo.
Pour résumer, je suis un garçon flou, mon petit coeur bat trop fort et mes images sont ratées.
Mais je trouve que le flou a un certain charme. Il ressemble à la radio, il ne montre pas, il donne à voir.
Mes photos flous sont mon impressionnisme.  

Festival "Châlon dans la rue"

Et puis parfois avec le flou, il y a quelques divines surprises. Le sujet se transforme en tout autre chose.
Un jour en secouant la lune, j'en ai fait sortir un ange.

Lune floue sur les quais de Saône, Lyon 2006

 
Mais je ne suis pas à l'aise avec un appareil photo à la main. Même si elle belle, l'image ne parvient jamais à décrire ce que je pense vraiment. Heureusement, j'arrive aussi à écrire flou. Pour cela, j'ai déposé un crayon au pied de mon lit. La nuit, on gribouille parfois quelques phrases dans un demi-sommeil. Le lendemain, on a oublié s'être levé la nuit. Mais un carnet, un post-it ou une enveloppe, laissent un trace de vos pensée floues.
Ce matin au pied de mon lit il y avait ça :  


"Merci de me rendre mon coeur dans l'état où tu aurais souhaité le trouver". Mâcon, septembre 2008. 
 

B.


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sale temps pour les mouches

9 Septembre 2008 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #montagne


L’amanite tue-mouche possède au moins deux avantages : elle est photogénique ; elle indique la présence d’autres champignons, comestibles ceux-là.
Il y avait donc, ce ouikende :

des cèpes, en petite quantité, suffisamment pour une omelette
des marmottes surprises en plein déjeuner
de la pluie, forte et longtemps
une cascade qui doubla de volume
un département inondé (l’Isère)
des myrtilles, groseilles et des framboises
peu de marcheurs et c’est tant mieux
un jeu sur la France avec des rivières & des fleuves
une terrine de Bretagne à l’eau de vie de cidre
un Monbazillac qui défendait son match
du soleil après la pluie
une cabane dans un arbre
des clôtures électriques
le Mont Blanc en point de mire le dimanche
des bergeries abandonnées
un glacier recouvert de neige fraîche (on aurait dit du sucre glace)
un chemin de descente bucolique sous les arbres
une vache légèrement agressive

et voilà


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on est bien Loti...

6 Septembre 2008 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #littérature

J’aime bien les vacances – même si elles ne m’aiment pas beaucoup vu le peu que je puisse en prendre – parce qu’elles permettent, entre autre choses, de lire encore plus que d’habitude.
J’aime lire les journaux de la première à la dernière ligne. Tout y passe, même le carnet du jour et les programmes télés. Parfois aussi les annonces.
Dans « La Croix », cet été, comme tous les ans, un florilège de belles feuilles, écrites par des journalistes de talent.
En août, une série « Pèlerinage d’un incroyant en Terre sainte ». Faut oser ça non ? Les imbéciles heureux (et encore !) diront que c’est un journal de culs bénis. Bref.
Le 19 août, place à Pierre Loti. Ecrivain voyageur, qui mit sac à terre à Rochefort, dans l’estuaire de la Charente, parcourut le monde de ses extravagances et de sa plume alerte. De janvier à mai 1894, il chemine d’Egypte au Liban, passant d’un lieu saint à un autre. Il est à la recherche de la foi perdue, et qu’il pense retrouver. Son récit sera publié sous la forme de trois volumes, Le Désert, Jérusalem, la Galilée.

Loti restera trois semaines dans la ville sainte. A Jérusalem, chaque matin, il exigera de la cité qu’elle se livre à lui, chaque matin, elle se refusera. Il aura alors cette phrase énigmatique et superbe :

« La clameur des chiens de Jérusalem, qui la nuit est incessante comme dans toutes les villes turques ; s’entendait à peine d’en bas, du fond de la vallée ; mais ici elle arrive, lointaine, sonore et légère ; des échos sans doute la déplacent, car elle semble partir du haut, tomber du ciel. Et de temps à autre s’y mêle le cri le plus rapproché, l’appel en sourdine d’un oiseau nocturne. Contre l’olivier mon front lassé s’appuie et se frappe. J’attends je ne sais quoi d’infini que je n’espère pas, et rien ne vient à moi, et je reste le cœur fermé, sans même un instant de détente un peu douce, comme au Saint-Sépulcre, le jour de l’arrivée ».

Que celui ou celle qui trouve ce fragment mélancolique et stérile se jette la première pierre. Il n’a rien compris à la créativité d’une plume en pleine re-création.

j'en ai eu un ! mais p... qu'est-ce que c'est pénible à attraper avec un "bridge"...

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et le ciel t'aidera !

3 Septembre 2008 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #étonnement

Dans une rue à Palais (Belle-île en mer).



Cinquante mètres plus loin...



Simple, non ?

Mais en réalité, j'ai remontée la rue dans ce sens-là :


du coup, tout est possible, mais cela change la donne...

 

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quatre saisons, douze photos

2 Septembre 2008 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #concept

D’accord c’est un concept. D’accord aussi, ce n’est pas nouveau, et les impressionnistes les premiers ont inauguré le genre, il y a plus d'un siècle. Qu’à cela ne tienne. Ici, chaque mois, une photo du même endroit, à peu près à la même heure. Quatre saisons. Douze photos. Le temps passe, les paysages restent. Honneur à l’automne de commencer. Voici septembre.





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Cézanne peint

29 Août 2008 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #émerveillement



Les cyprès, lorsqu’ils sont si près de nous, ont cette touche extravagante de ressembler à des pinceaux rangés sur un quelconque râtelier après peinture.
C’est entêtant, parfois, ces images de pinceaux. Le ciel de gloire, d’un bleu si profond qu’on le croirait d’altitude ; ces oliviers et vignes mélangés ; ce paysage qui n’attend plus qu’un chevalet pour entrer dans l’histoire.
C’est entêtant combien un nom ressort parmi tant d’autres à cet instant précis, puis à celui-là. Voici qu’un autre personnage vient s’inviter.



De la fenêtre où j’observe longuement ce paysage provençal, à une portée de canon de Cassis, mais derrière la colline, je n’entends plus que le frottement du pinceau sur la toile. Le Mistral souffle moins fort qu’hier, et on peut enfin respirer les odeurs de lauriers, de pins, de genévriers, de romarin, de vignes et de roches chauffée à blanc par le soleil qui tombe comme s’il en pleuvait. Le potager exhale des senteurs de tomates, de haricots verts, de courges et de potirons. Le figuier, malgré sa stérilité passagère, respire de ses feuilles âpres l’impatience de rejoindre de ses fruits murs le confiturier aperçu tout à l’heure dans la cuisine fraîche et sombre. Le tilleul, aux feuilles jaunissantes (« c’est déjà septembre » me dit notre logeuse), se rapprochent des tasses aux eaux chaudes d’une fin d’après midi où le soleil ne ménagera pas sa peine.



Reposer les pinceaux et ranger les crayons.
Cézanne peint, Pagnol pagnolise et Giono gionise. Blaise fait du Cendrars. Frédéric souffle Mistral. La vieille joue du flûtiau. Le tout dans une désuétude attendrissante que le citadin néglige, passant pressé de rejoindre le bruit des villes et la fumée des usines.
Ainsi va la vie, à l’ombre de la Sainte-Baume.




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retrouvailles

25 Août 2008 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #voyage - voyage...

Phare des Poulains. Belle-Ile en mer.

C’est un peu comme retrouver un visage aperçu trop brièvement au cours d’une vie. On se souvenait de la voix, mais les détails s’étaient effacés, seuls demeuraient les mots essentiels. Mieux : l’idée. « C’était dans un autre livre, il y avait des photos, je ne sais plus… Ca parlait de Doisneau et Cendrars, une rencontre entre ces deux personnalités, il y avait de belles photos en noir et blanc et des extraits de l’écrivain… »
Rouge de confusion devant le libraire, la scène a été répétée puis finalement on s’est tu. Gardé pour soi la honte de ne pas avoir écrit sur le moment la citation perdue.
Presque oublié, le voilà qui surgit tel un rocher inattendu, une saillie littéraire revenue du diable vauvert. Page 105. Cette fois-ci c’est certain : même le numéro de la page restera dans le souvenir. Pourtant, il s’en est fallu de peu. Pas de rendez-vous fixé avec ce livre, juste la découverte d’une librairie – pardon : un « lieu littéraire »  - aux dires de la libraire elle-même, fière d’en rajouter devant ce qu’elle a sans doute pris pour un bo-bo. Erreur. Je tenais L’Homme foudroyé de Blaise Cendrars en édition poche daté 1965, pour une ridicule pincée d’euros. Les livres de poche des années soixante sentent bon le vieux livre, la tranche est rouge (souvent), et il n’y a pas de quatrième de couverture, stratégie commerciale pour faire acheter (ou rejeter) un livre. Le nom de l’auteur et le titre doit suffire.
Puis vint la lecture, avide. Une histoire de légionnaires d’abord, puis Marseille, les calanques, un lieu pour écrire. Cendrars n’en couchera que trois lignes, dit-il. Et voici pourquoi :

« Un écrivain ne doit jamais s’installer devant un panorama, aussi grandiose soit-il. J’avais oublié cette règle. Comme Saint Jérôme, un écrivain doit travailler dans sa cellule. Tourner le dos. On a une page blanche à noircir. Ecrire est une vue de l’esprit. C’est un travail ingrat qui mène à la solitude. On apprend cela à ses dépens et  aujourd’hui je le remarque. Aujourd’hui je n’ai que faire d’un paysage, j’en ai trop vu !  « Le monde est ma représentation ». L’humanité vit dans la fiction. C’est pourquoi un conquérant veut toujours transformer le monde à son image ».

Voici donc, comme le temps, l’extrait retrouvé. Il ne sera désormais plus perdu. Et il accompagnera, digne, les paysages auxquels il serait pourtant dommage de tourner le dos.
Avant d’écrire, cela s’entend.





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