Tous Charlie, vraiment ?
- à Blois dimanche 11 janvier -
Pas de doute, la France est bien la patrie de Molière. Si celui-ci ressuscitait maintenant, il aurait matière pour une nouvelle pièce savoureuse. Je me réjouis sincèrement de l’élan d’union dominical autour de la mère patrie, son drapeau, ses symboles, sa Marseillaise, cette énorme foule innombrable descendue dans la rue pour crier qu’elle n’a pas peur et qu’elle est un peuple, aujourd’hui, « le jour d’après » (le bien nommé) il conviendrait je pense de retrouver ses esprits en gardant la tête au frais.
La France entière, suite aux attentats commis sur son sol et au massacre de la rédaction de Charlie Hebdo, se réveille tout d’un coup « tous Charlie ». Et ça doit bien les faire marrer, là haut, ceux qui, justement, passaient leur temps à les caricaturer dans ce qu’ils avaient de plus ridicules parfois !
Un grand nombre de ces résistants de la dernière heure, ces millions d’hommes et de femmes qui descendent dans la rue brandissant leurs crayons et déposant des bougies (dans un rituel pagano-laïc et religieux qu’auraient sûrement conchié les dessinateurs de Charlie), n’ont pour la plupart – l’écrasante majorité – jamais ouvert le dit canard satyrique auparavant. Voire trouvaient habituellement qu’ils en faisaient un peu trop dans l’outrance et l’irrévérence. Pire : ils vont se précipiter comme des morts de faim mercredi 14 janvier dans les kiosques pour s’arracher le million d’exemplaires en vente ce jour-là, alors qu’ils ne l’ont jamais acheté jusqu’ici.
Où sont-ils donc, tous ces ardents défenseurs de la « liberté d’expression » autant que de la presse, dans le quotidien des jours sombres et des semaines grises, pour faire vivre justement cette presse dont ils semblent d’un coup si épris ? Achètent-ils les quotidiens et hebdomadaires par ailleurs sous perfusions tant la crise qui les traverse ressemble à des soins palliatifs ? Où sont-ils tous ces « Charlie » lorsqu’il s’agit de payer un contenu sur un site Internet d’information ? Où sont-ils encore, lorsqu’il s’agit de reconnaître que le travail d’un journaliste, reporter, enquêteur n’est pas un bénévolat rémunéré par des prunes et qu’il serait donc normal d’en rétribuer à sa juste valeur le contenu ? Tant de néo convertis à la liberté de la presse, franchement ça fait chaud au cœur, sincèrement, merci ! Je bondis de joie sur ma chaise et dans ma rédaction, tout en craignant les lendemains qui déchantent dès que les cendres seront refroidies, c’est-à-dire probablement dans huit ou quinze jours…
Se souviendront-ils alors, tous ces « Charlie » brandissant la liberté d’expression d’une presse libre dans un pays qui l’est tout autant, qu’hormis les journaux satyriques, l’autocensure est souvent de mise dans toutes les rédactions ? Une « liberté de la presse » régulièrement sacrifiée sur l’autel des actionnaires de grands groupes de presse, de la sainte publicité, des annonceurs légaux et des politiques de tous bords. Beaucoup de confrères s’en plaignent d’ailleurs, mais anonymement, à visage couvert et à mots feutrés, c’est dire s’ils se sentent libres... Savent-ils, tous ces nouveaux crayonneux du dimanche que dans les rédactions, il n’est pas rare qu’on invite plus ou moins poliment mais toujours fermement des journalistes à lever le stylo sur tel ou tel sujet, pour éviter de froisser tel ou tel élu, tel ou tel chef d’entreprise, telle ou telle profession règlementée dont le poids pourraient avoir des incidences sur l’avenir du journal, sous perfusion de ce qu’on nomme poliment « les aides indirectes à la presse » ?
Il y a pile un an, l’auteur des lignes de ce blog en a lui-même fais les frais, oh je vous rassure, dans une mesure fort mesurée au regard de ce qui vient de se passer. A cause d’un article (Le fait du prince) il fut durement sanctionné par une hiérarchie sous pression après avoir été exclu de conférences de presse de la part de l’élu froissé (un ancien ministre). On tapa du poing sur les tables de part et d’autres et on n’apprécia guère la liberté d’expression de ce blog, après avoir baissé pavillon sur la liberté de la presse. Pour la seule et unique fois, un article fut donc retiré du blog, dont l’audience ne dépasse guère la trentaine de consultations quotidiennes (40 les meilleurs jours !) c’est dire si la République était menacée !
Alors on sourit un peu en voyant des « Charlie » soudainement émus aux larmes pour défendre la presse satyrique alors que les mêmes étaient représentés en bien mauvaises postures dans les caricatures de nos regrettés dessinateurs. Ils doivent se retourner dans leurs tombes.
D’ailleurs, les survivants de cette boucherie ne se gênent pas pour le dire : ils s’étonnent de cet élan soudain d’amour envers eux, et « vomissent » les nouveaux adorateurs (« Nous vomissons sur tous ces gens qui, subitement, disent être nos amis », a déclaré le dessinateur Willem à un quotidien néerlandais). Luz, quant à lui, déclare à nos confrères de FranceTV info « qu’au final, la charge symbolique actuelle est tout ce contre quoi Charlie a toujours travaillé : détruire les symboles, faire tomber les tabous, mettre à plat les fantasmes, déplore-t-il. Le symbolisme au sens large, tout le monde peut en faire n’importe quoi. Même Poutine pourrait être d’accord avec une colombe de la paix. »
Nous verrons bien si cet élan aussi spontané que généreux de défense de la liberté d’expression se traduit dans les faits durables dans les jours, semaines et mois à venir. Je le des sincèrement : je l’espère de toutes mes forces. L’énorme mobilisation de dimanche fait vraiment chaud au cœur, un peuple, une nation debout, c’est beau. Seuls font désordre sur la photo les représentants de pays étrangers pas franchement connus pour leur liberté d’expression, de la presse et de libertés tout court.
Mais nous savons trop bien, dans notre histoire, combien ces élans peuvent retomber comme des soufflets sortant du four et combien nous sommes capables, par lâcheté, fainéantise, couardise, et surtout petits arrangements entre « amis » de rater les rendez-vous que l’histoire nous donne. « Les politiques seront-ils à la hauteur ? » s’interrogeait Régis Debay lundi matin sur France Culture. Un long silence et une profonde inspiration a valu toutes les réponses du monde.
Sinon, la tartufferie continuera son prodigieux spectacle et la mémoire de tous ceux qui ont été exécutés par les terroristes ne sera ni honorée ni respectée. Et de là haut, on les entendra sûrement rugir, eux qui étaient « contre les cons qui gagnent toujours à la fin car ils sont trop. »
- à Blois dimanche 11 janvier -
- à Blois dimanche 11 janvier -
« Mourir ? Plutôt crever ! » *
C’était au tout début des années 90. Avec quelques copains du lycée, nous avions ressuscité un des nombreux journaux dits scolaires qui avaient tenté, à leur manière, de croquer la vie pas toujours mouvementée du bahut. Le Cupidon Times succédait à Holidays, qui succédait lui-même à Graffiti.
À Angoulême, chaque mois de janvier a lieu le Festival de la Bande dessinée, une grand messe incontournable dont nous ne manquions jamais une édition. Cette année-là, un peu bravache, nous avons écrit au service presse du Festival, pour demander des accréditations en vue d’un numéro spécial BD du Cupidon Times, journal du très chic lycée Saint-Paul. Et nous les avons obtenues !
Imaginez la joie de ces quatre ou cinq ados encore bien boutonneux, avec leurs accréditations presse autour du cou, carnets à spirales sous le bras et plusieurs stylos dans la poche, « au cas où il y en ait un qui tombe en panne ! »
Sommet du Festival, la remise des Alph’arts au théâtre de la ville (les prix, équivalent des palmes cannoises). Nous y étions. J’y étais. La cérémonie était assez chiante à cette époque-là, depuis ça s’est un peu amélioré, mais il y régnait une incomparable ambiance loufoque, totalement foutraque, mélange savoureux de professionnalisme et d’esprit BD.
Ça sentait la clope, la bière tiède, la crotte de nez, le vieux cuir, la sueur et l’amitié. Il y avait des dessinateurs (et dessinatrices !) partout, dans un joyeux bordel que je ne suis pas prêt d’oublier. Un autre monde. Mais quel monde !
En me frayant un chemin dans les couloirs de ce joyeux merdier, j’avise Cabu. A moins d’avoir passé toute sa vie dans une grotte au fond des bois sans électricité ni télévision, impossible de le rater. Sa coupe au bol de Playmobil, ses petits yeux malicieux derrière des binocles : le grand Duduche, devant moi, là, seul. Timidement, je me lance : « euh… Cabu ? Euh… Une dédicace pour le Cupidon Times ? » Il se marre : « le quoi ? » « Le Cupidon Times », dis-je. « Un journal de lycée, l’ancien lycée de Mitterrand ici à Angoulême. » Et d’expliquer l’esprit du canard, son irrévérence, bien surveillée par les gardes chiourmes et censeurs du bahut.
Je sors le calepin de ma poche ; il sort son arme : un stylo. Il griffonne quelque chose, à l’envers je ne vois pas bien ce que c’est. Je lui explique qu’à cause de mes insolences, les profs me sortent de cours parfois. Il sourit, sans s’arrêter de dessiner. Puis il légende le tout et me tend le calepin. Je le remercie, et il s’en va, doucement, comme sur la pointe des pieds. Je regarde le crobard : il a dessiné un type avec une crosse et une mitre, légendé : « Moebius est devenu évêque ! » À l’époque, je ne connaissais pas bien cet auteur, je me suis rattrapé depuis. Et je me demande bien pourquoi il m’a dessiné ça, mais je me garde bien de courir après lui pour le lui demander. Mes semelles ne toucheront pas le sol pendant 8 jours. J’ai croisé Cabu. Il a été d’une gentillesse extrême. Il m’a fait un dessin pour le Cupidon Times.
Ça se passait comme ça, à la BD d’Angoulême : Cabu, Wolinski, Siné, Cavana, Vuillemin, Edika et consorts se baladaient dans les rues, dédicaçaient dans la chaleur moite des chapiteaux chez leurs éditeurs, faisaient la fête dans les bistrots. Nos bistrots, de notre ville. On était en famille, eux ressemblaient à des oncles ou des cousins un peu en marge, mais tellement drôles, attachants et surtout gentils. Ils se baladaient avec leurs armes de dérision massive : un sourire, des crayons, du papier et de l’encre.
Aujourd’hui que le sang – d’encre – a coulé dans une rédaction à Paris dans le 11e, le Cupidon Times ressurgit du fond de ma mémoire et me tire une flèche en plein cœur, et un coup de pied dans la gueule. Merde. Fais chier. Sa mère la pute. Allez vous faire foutre.
« Être tué par balles pour un antimilitariste, quelle ironie. » (Anne Jouan, Le Figaro du 8 janvier).
« On n’a pas peur des trous d’balles. » (Wolinsky).
* Siné.
F.S
Je suis Charlie (aussi)
Putain, j'arrive pas à m'y faire. Dites-moi que je vais me réveiller, que tout cela n'est qu'un très mauvais cauchemar...
J’ai noyé le sapin
Ma fille, je te demande pardon, mais ce matin, j’ai noyé le sapin. Celui que nous avions choisi et acheté ensemble il y a un mois, sur le parking de l’hypermarché. Puis chargé dans le coffre de la voiture. Puis monté dans le salon, et décoré ensemble avec les guirlandes et boules de circonstances. Je revois ta joie et tes sautillements devant l’arbre de Noël. L’attente du jour J – sans excitation particulière – et celle de tes grands yeux bleus perçants lorsque tu as découvert les papiers cadeaux à son pied. Ce sapin, qui sentait bon, je l’ai jeté ce matin, après l’avoir mis à nu hier soir, rangé boules et guirlandes dans le carton qui va redescendre dans le silence noir et frais de la cave pour sa gestation annuelle de onze mois.
Comme il perdait beaucoup d’aiguilles et que je ne voulais pas salir tout l’appartement, je l’ai passé par la fenêtre. Il est allé s’écraser, trois étages en dessous, sur le trottoir de la rue. J’ai eu l’impression de défenestrer un ami. Pourtant sa chute a été légère, presqu’aérienne, ça m’a surpris. En touchant le sol, le tronc a fait un petit « ploc ! » et tout le reste de ses aiguilles est tombé. Là, il fut vraiment à poil, dans le petit matin froid de janvier. Vite, vite, j’ai descendu quatre à quatre les escaliers pour aller le récupérer, et l’emmener, comme chaque année, vers la Loire, où l’attendait son funèbre bain mortel. Je sais, ce n’est pas bien de jeter son sapin dans la Loire, les habituels donneurs de leçon et ayatollahs de l’écologie et du développement durable vont me tomber dessus, aussi emmerdants en 2015 qu’ils ne l’étaient en 2014. Je m’en fous, je n’irai pas à Paris en décembre prochain écouter le Président parler de sa nouvelle danseuse, avec son danseur étoile préféré un ex-animateur télé adepte du kytesurf à Saint-Lunaire, dans une énorme baraque face à la mer achetée avec les royalties de gels douche merdiques qui collent à la peau et coûtent celle des fesses.
J’ai descendu le petit chemin qui mène au fleuve. Dans la semi-obscurité du jour naissant, entre chien et loup, j’ai entendu des canards s’envoler. Prudemment je me suis approché du bord – la Loire c’est dangereux disent les gens d’ici qui ne s’y baignent pas – j’ai empoigné solidement le haut et la base du tronc et hop ! à la baille. Il a fait un petit « plouf » et a à peine coulé. Il est resté près du bord, le courant l’emportera – ou pas – quand il le décidera. Et je suis resté là, comme un con, à regarder mon sapin nu flotter comme un bouchon au bout d’une ligne de pêche. Une tristesse m’a soudainement envahit, la mélancolie des lendemains de Noël, celle, sombre, tranchante, grise et froide comme l’acier des débuts janvier. La mélancolie des vœux, la tristesse des jours qui ne rallongent pas encore vraiment. J’ai surtout pensé à toi, petite fille, à ta joie sans retenue durant de cette période où l’imagination de l’innocence est si forte, pour encore quelques fugaces années. Après, il sera bien temps que tu te rendes comptes que Noël et le gros bonhomme rouge à barbe blanche ça n’existe pas, et c’est peut-être tant mieux car on dit que c’est une sacré ordure. Ça ne m’étonne pas d’ailleurs : un type aussi gros et moche capable de rentrer sans frapper chez les gens pendant leur sommeil en ramonant la cheminée avec sa hotte à la con, pour déposer des trucs sous un sapin dans un salon et filer à l’anglaise : c’est louche, quand même.
Toi tu t’en fiche. Mais je te demande pardon, ma fille : ce matin, j’ai noyé le sapin. Je me console en revoyant l’image de ta joie à découvrir tes deux cadeaux préférés : le livre des trois petits cochons en relief et animé ; et un camion de pompiers avec une grande échelle et des boutons pour faire du bruit. Ah oui parce que j’ai oublié de vous dire : cette fille n’est peut-être pas une fille. Tu aimes les camions de pompiers et les voitures. Mais le rose est quand même ta couleur préférée. Les intégristes de la lutte contre les stéréotypes sexistes vont sûrement avoir eux aussi des choses à dire. S’ils en ont le courage, avec les ayatollahs de l’écologie, ils peuvent aller prendre un bain dans la Loire : il y a un sapin qui flotte comme un petit bouchon au bas d’un raidillon ligérien.
Et ce soir, une petite fille demandera : « il est où, le sapin ? » Je n’aurai pas la force de répondre…
celui-ci a eu moins de chance, finalement :
L'étoile filante
Dimanche 4 janvier, 6h45 du matin. Extérieur nuit, route nationale 20, La Tour de Carol. 2° dehors. 21° à l'intérieur de la voiture. Les ombres blanches des sommets s'abattaient sur nous ; et la grande gueule d'une lune enceinte quasiment jusqu'aux yeux éclairait faiblement la route. Soudain, en direction du col de Puymorens, une étoile filante stria le ciel constellé d'étoiles.
Quel présage apportait-elle, cette enfant unique mort-née de l'atmosphère glacé ?
Je préfère amplement faire un voeux à celle-ci que tous les autres des débuts d'années, l'haleine chargée de relents de boudins blancs truffés, de chocolats fourrés et de champagnes tièdes.
Car ceux faits aux étoiles filantes ont probablement plus de chances de se réaliser...
- Plouf ! -
La cage aux folles médiatique
L’épisode hautement médiatisé – trop selon certains commentateurs et observateurs – des grilles anti-marginaux alcoolisés sur neuf bancs publics du Champs-de-Mars d’Angoulême aura au moins le mérite de faire réfléchir sur plusieurs maux que notre société dite moderne et débridée génère régulièrement.
Le premier – et non des moindres – concerne une nouvelle fois l’extraordinaire réactivité de la courroie de transmission des réseaux sociaux. Si le phénomène a pris une telle ampleur, c’est qu’il a été très largement amplifié par Facebook et Twitter, en un temps minimum. Certes, l’information de base provenait d’un quotidien local (dont les fenêtres donnent sur les bancs incriminés), mais la caisse de résonnance est venue des réseaux, pour le meilleur comme pour le pire. Un creux dans l’actualité – un éditorialiste de la Charente-Libre parle très justement de « marée basse » - a fait le reste. A 48 heures près, en amont comme en aval, l’information serait tombée en plein dans un autre fait divers : les conducteurs fous fonçant sur les foules à Joué-les-Tours, Dijon et Nantes. En aval, l’information c'était sous les kilomètres de bouchons enneigés des « naufragés de la route » (sic) sur la route des cols vers les stations de ski en Savoie. Les bancs grillagés auraient sûrement fait le buzz localement. Probablement pas nationalement.
La force de frappe des réseaux sociaux a de quoi interpeller les journalistes que nous sommes. Récemment, Le Monde en a fait douloureusement l’expérience, suite à la publication le 9 décembre dernier d’un article sur Saint-Etienne, « centre-ville miné par la pauvreté ». Déluge de tweets et de messages Facebook acides, d’invectives, de mails au chef du service France, etc. Le médiateur du quotidien a même dû intervenir (édition du 20 décembre). De mémoire du Monde - qui fêtait en décembre ses 70 ans - « on n’avait jamais vu ça. » Jusqu’au déploiement d’une banderole dans les tribunes du stade Geoffroy-Guichard : « Descend dans le taudis, on va t’apprendre à refaire Le Monde. » Diantre ! Et le journaliste envoyé spécial sur place pour éteindre l’incendie de s’interroger à la fois sur la manœuvre politique autant que technologique du nouveau maire de Saint-Etienne Gaël Perdriau (UMP). Fin utilisateur très réactif des réseaux sociaux, il a appelé les Stéphanois à poster sur Twitter les plus belles photos de la ville. Et ça a marché !
Cependant, la fronde, la bronca, la levée de boucliers n’a pas atteint celle à l’encontre de la municipalité angoumoisine et de son jeune maire, UMP lui aussi, Xavier Bonnefont. Pour les raisons déjà évoqué d’actualité molle, mais aussi parce que l’objet même du délit avait de quoi heurter : quiconque a vu les grilles posées – en catimini – sur les bancs ne peut que déplorer le style chenil qu’il représente. Le savoureux mélange avait donc tout pour mettre le feu aux poudres : les réseaux sociaux, la proximité de Noël (les grilles ont été posées le 24 décembre, et démontées le lendemain…), l’absence du maire lui-même laissant à son adjoint à la sécurité le soin d’affronter, pas toujours très adroitement, les médias nationaux accourus par l’odeur du bon sujet de société au milieu du chocolat, à la barbe du père Noël.
L’autre leçon est une leçon de communication. Ça n’est pas la première fois que le mobilier urbain choisi par une municipalité cherche à évincer un peu plus loin le problème des marginaux, punks à chiens et autres clochards des centres-villes. La RATP s’est même illustrée il y a quelques années en changeant les bancs pour des sièges individuels ou des barres pour éviter aux personnes de s’allonger. Que le maire d’Angoulême ait des problèmes de fréquentations et de relations entre un quartier commerçants et des marginaux, personne ne le conteste. Le sujet est ancien, il existe ailleurs, et personne ne semble pouvoir proposer une solution aussi efficace que satisfaisante pour tout le monde.
Mais que personne, dans son entourage, à commencer par lui-même, n’ait eu la présence d’esprit de le prendre par le bras et de lui glisser à l’oreille que « c’est peut-être une bonne idée ton truc coco, mais là, tu vois, la veille de Noël, c’est probablement pas le bon moment pour lancer cette opération », ça confine à l’étrangeté. On sait que les maires – même de villes moyennes – sont accaparés par de multiples tâches et qu’ils ne peuvent pas tout voir ni gérer. Du moins c’est ce qu’ils disent pour se défendre. Mais on sait aussi qu’ils savent très bien s’entourer de spécialistes de la communication dans des services idoines, et de chefs de cabinets dont on pourrait espérer qu’ils aient, eux, la tête suffisamment froide pour stopper un projet dont on pouvait aisément pressentir qu’il allait choquer et déclencher un buzz de tous les diables. Surtout sous les fenêtres du quotidien local ! (« si tu ne vas pas à l’information, c’est l’information qui viendra à toi »). Il y a là un dysfonctionnement dont l’équipe du maire d’Angoulême saura, c’est à espérer, tirer toutes les conséquences.
Cette cage aux folles servira-t-elle enfin de réflexion aux dirigeants de presse et de groupes médiatiques, très occupés on le sait à pencher leurs têtes et leurs « stratégies » au dessus de tableurs excels pour sortir du marasme dans lequel leurs journaux son plongés ? Aujourd’hui, n’en déplaise, les réseaux sociaux vont plus vite que le plus rapide des quotidiens. Ne parlons pas des hebdos : sans équipe web, ils sont à la ramasse. Après qui faut-il donc courir ? Mais il y a pire : la sous-estimation du web, des applications tablettes et smartphones, la méfiance vis-à-vis des réseaux sociaux s’apparentent à une faute professionnelle. Ils devront en rendre compte à l’heure des fermetures. Cette cage aux folles pose aussi la question non seulement de la déontologie, de la hiérarchie de l’information, de sa qualité. Mais plus encore de ce que disait le regretté Jacques Chancel, décédé la veille de tout ce barnum médiatique : « Faut-il donner au public ce qu’il a envie de voir, ou ce qu’il pourrait aimer ? »
C’est exigeant, c’est vrai. Peut-être pas très vendeur à court terme. Mais si nous, journalistes, ne voulons pas perdre notre âme, c’est là qu’il faut aller.
Sinon : dans la cage, les folles ! (et à poil, tant qu’à faire).
Bourlinguer
"Alors chus r'parti sur Québec-Air
Transworld Northeast Eastern Western
Pis Pan-American
Mais j'sais pu ou chus rendu"
(Robert Charlebois)
- Dans la brume électrique -
D'autres boulangeries-pâtisseries sont possibles...
(Parfois on me demande "Pourquoi es-tu journaliste ?" Pour ce genre de rencontre/portrait/reportage-là...)
Grégory Guyon, pâtissier-boulanger, est installé depuis mai 2012 rue des Trois Marchands (Blois) à la place de Feuillette. Pas toujours facile de succéder à un mastodonte de la boulangerie.
Sauvé par le sucre ! Grégory Guyon, formé chez les meilleurs pâtissiers orléanais, l'avoue lui-même : "Sans ce concours, c’était le redressement. On fermait" Lauréat en 2013 du concours Talents gourmands organisé par le magazine Le Bottin gourmand, Grégory Guyon, 29 ans, a vu sa notoriété exploser, et son chiffre d’affaires se redresser. Premier prix du concours, presse et radio locale, et, cerise sur ses gâteaux, TF1 le journal de Jean-Pierre Pernaut. " Le jour où ils sont venus, un samedi, on a fait cinq heures de tournage, pour deux minutes et demie de diffusion. J’ai augmenté mes ventes dès le passage au JT. Les gens venaient en disant : on vous a vu sur TF1 ! " Après ce bond lié à la diffusion du reportage chez Pernaut, la cadence est revenue plus régulière. Si son chiffre d’affaires en boulangerie n’était pas folichon, celui de la pâtisserie a doublé. " Une libération ", répète-t-il.
Pain chaud
Mais avant d’en arriver là, Grégory et Héloïse Guyon ont passé de mauvaises nuits dans le pétrin. C’est en mai 2012 qu’ils reprennent cette boulangerie appartenant à l’origine au couple Pain (ça ne s’invente pas) puis au fameux Jean-François Feuillette, qui ouvrit sa première boulangerie en 2005 rue des Trois Marchands, Le Théâtre du pain. La succession va s’avérer difficile, malgré la présence de Mickaël, l'ex boulanger de Feuillette, qui préféra alors rester sur place que de suivre son patron à Vendôme, où il ouvrait un nouveau magasin. À Blois comme ailleurs, quand un commerce change de propriétaire tout en gardant le même produit, c’est plus fort que tout : le consommateur compare. Mais pire encore : il devient de plus en plus exigeant. " Ce que les gens veulent, explique Grégory Guyon, c’est du pain chaud l’après-midi, et même toute la journée. " Difficile, pour ce jeune couple originaire d’Orléans, dont c'est la première affaire, de faire face. Un four à gaz est coûteux. Pas de pains chauds l’après-midi. La clientèle s'en va, vers d’autres boulangeries – dont Feuillette pourtant installé en périphérie de la ville. Sans imaginer que certains boulangers, pour avoir les fameux pains chauds jusqu'en soirée, réchauffent dans un four spécial les pains fabriqués… le matin.
Gâteau en apesanteur
Mais le talent fini toujours par payer. Au bord du gouffre, Grégory Guyon tente le tout pour le tout. Habitué des podiums de concours de pâtisserie – il travailla chez les meilleurs pâtissiers d’Orléans, et au restaurant de la Ferté-Saint-Aubin la Ferme de La Lande – il n’a cependant jamais atteint la première place. Il connaît, pourtant, le concours organisé chaque année par Le Bottin gourmand : Les Talents gourmands. Mais la constitution du dossier le freine. " Je n’avais pas le temps. Ce sont eux qui m’ont appelés. Ils m’ont dit : vous avez trente minutes ? Et ils ont rempli le dossier eux-mêmes en me posant les questions. " Voilà Grégory Guyon à Chartres au Grand Monarque, en présence du parrain Alain Souchon, et de quatre autres candidats. Il doit passer en dernier. Tout est prêt depuis la veille, mais il choisit de garder les deux heures dont il dispose pour fabriquer ce qui va devenir sa botte secrète : des pièces en sucre, sur lesquelles il posera son Cœur des bois, recette originale à base de produits locaux : croustillant de noisette et céréales ; marmelade de fraises des bois déglacées au vinaigre d’Orléans ; crémeux au miel ; mousse à la noisette. Miracle : le gâteau semble tenir en apesanteur à quinze centimètres de l’assiette. Souchon est séduit. Le jury est emballé. Il gagne le premier prix. La suite, vous la connaissez.
Un métier difficile
" J’ai mis mon expérience dans ce gâteau ", explique, modestement, le pâtissier d’à peine 30 ans, dont la vocation remonte à l’enfance. " Ma mère était aide familiale. Elle confectionnait beaucoup de pâtisseries avec les enfants, pour leur apprendre à manipuler des choses fines. J’ai aimé ça. " La pâtisserie vous semble complexe ? " C’est de la chimie ! Tout est pesé, la qualité de la farine est moins importante que pour le pain. En boulangerie, la fabrication du pain est beaucoup plus complexe : tout va dépendre de l’hydrométrie, de la température journalière, combien de temps et avec quelle force vous avez pétri etc. Il faut vivre le produit. " Manière de dire qu’un boulanger, quoi qu’on en dise, ne fait jamais deux jours de suite les mêmes baguettes, quand le consommateur – de plus en plus exigeant donc – souhaite lui un produit uniforme et constant, jour après jour.
Pour autant, le métier reste difficile : le régime des indépendants est intraitable, les lourdeurs administratives pesantes, difficile de se dégager un salaire mensuel, horaires très élastiques (il commence à 5 heures du matin, jusqu’à 18 heures et souvent plus), le quartier un peu excentré et peu fourni en places de stationnement. La litanie est celle entendue par ailleurs chez les artisans et commerçants. " Qu’on nous laisse bosser normalement avant de nous assommer avec des normes et des tracas administratifs ", souffle-t-il. Refrain connu. Demeurent la foi chevillée au corps, et l’envie d’en découdre, quitte un jour à s’expatrier – il y songe, parfois.
Ce serait dommage : face aux boulangers-pâtissiers de moins en moins artisans et de plus en plus industriels, Grégory Guyon fait figure d’orfèvre. Et ça, ça vaut de l’or.
F.S
article paru dans La Renaissance du Loir-et-Cher le 19/12/2014
Je te crèche à la face
150.000. C’est le nombre – selon l’Insee - de personnes qui vivent aujourd’hui dans la rue en France, pour 100.000 places d’accueil, au chaud, avec un lit et des draps propres. Face à la saturation nationale du 115, la Fédération nationale des associations d’accueil et de réinsertion sociale (Fnars) demande à l’Etat d’ouvrir sans attendre toutes les places d’accueil disponibles. Les listes d’attente s’allongent. Dans certaines villes, les gens appellent le 115 sans qu’on puisse leur proposer de solutions. « 40 % de plus qu’il y a 10 ans », selon Florent Gueguen, directeur général de la Fnars. 1,3 milliards d’euros sont pourtant engagés chaque année pour l’hébergement d’urgence… (Alors que le droit à l’hébergement est un droit reconnu par le Conseil d’État).
Et pourtant… Ces jours-ci, la polémique tournait autour des crèches dans les lieux publics : mairie, Conseil généraux, etc. Cachez ce sein (pourtant chaste) de la Vierge que je ne saurais voir ! Dehors le Jésus faisant pipi et caca dans ses langes, sous le regard attendri des bergers, et plus tard, de ces immigrés qui se font passer pour des rois mages ! Nom de Zeus bazardez-moi tout ce folklore à la con au nom du dieu laïc, merde !
Tiens mais au fait, la crèche… C’est quoi encore cette histoire ? Qu’est-ce que c’est que ce truc de gueux exposé à la face des riches et des puissants ? Et ce mioche ne pouvait-il pas naître ailleurs ? Dans une maternité chauffée avec la télé et 19 chaînes en chambre individuelle comment tout le monde non ? C’est bien la peine d’avoir un père adoptif artisan-commerçant, une mère femme au foyer et un géniteur qui se fait passer pour Dieu le père si c’est pour finir sur la paille ! Non mais c’est vrai quoi, merde.
Hein ? Comment ? Il n’avait pas de place dans la salle commune ? Ses parents s’étaient fait virer de partout et c’est pour ça qu’il est allé respirer l’air frais du dehors, en poussant son premier cri dehors justement ? Dans une mangeoire ou un creux de roche ? C’est pas vrai… Putain si c’est pas malheureux quand même…
Alors cachez-moi cette crèche que je ne veux pas voir. Elles rappellent trop aux psycho-rigides de la laïcité qu’ils sont eux-mêmes les premiers figurants du folklore : un âne et un bœuf. Elles rappellent surtout aux riches gavés de tout et surtout d’eux-mêmes ce qu’ils ne veulent pas voir : que cette crèche symbolise les 150.000 sans abris d’aujourd’hui. Pour lesquels « il n’y a pas de solution » autre que de les faire crécher dehors.
En leur créchant à la face.
http://www.franceinfo.fr/actu/societe/article/accueil-des-sans-abris-la-situation-est-catastrophique-en-france-614239
Ma cabane (mais pas au Canada) # 2
- Ma cabane -
Une cabane au Canada ? Non, ma cabane d’Ossalois, dans le petit matin de novembre froid. Encore un pas puis deux puis trois, voici l’éclatante chaleur visuelle et olfactive de l’automne. Ô tonne chéri ! Comme tu me caresses dans le sens du poil de tes senteurs, de tes couleurs ! Ils entrent par tous les pores de ma peau, et je vibre à te sentir m’envelopper, alors qu’un pas puis deux puis trois, j’arrive près de celle du Long d’Ayous, où je dormis tant de fois, enveloppé d’un drap d’étoiles et de rêves d’ascensions, contemplant avant que le marchand de sable ne passe la cime de « Jean-Pierre ».
Alors que je n’aperçois pas encore la faîtière du refuge d’Ayous, la neige crisse déjà sous nos pas, premiers flocons tombés la veille alors qu’en bas une pluie grise et froide enveloppait toute chose. Arrivés au bord du Lac Gentau, il y avait juste assez de brise pour empêcher le reflet de « Jean-Pierre » dans le lac, souvenir d’une belle photo ici même à l’automne dernier.
- Etat de siège -
Qu’à cela ne tienne, et c’est vers Berseau que nous allons, où la bordée de nuages – inoffensifs – donnent à penser… Au bord du lac Castéreau la vue était à la hauteur de la journée. Le cul sur une pierre froide, le pâté à l’ail ne nous a pas empêché de contempler ce qu’il y avait à voir, risquant juste une fracture de l’œil (ça fait pas mal).
- Just have a lunch -
En descendant près d’autres cabanes – toujours pas au Canada – deux cadavres de vaches dévorées récemment par les vautours qui ont dû s’en donner à cœur joie… Chers vautours, désormais repus… Qu’ils se régalent les braves, des blondes d’Aquitaine aux bourbonnaises en passant par celles du Perche, qu’ils se repaissent de ces restes royaux, avant que l’hiver n’arrive et ne les mette à la diète forcée ! Les encorneuses cornues finiront cocues, avec de belles cornes… Je « contemple » ce qui reste de ces bovins, et songe à d’autres, en criant : « mort aux vaches ! »
- Death valley -
- Death valley # 2 -
Mais déjà le jour baisse et la fraîcheur se fait sentir : nous ne sommes plus en été malgré la douceur de vivre de cette journée extraordinaire. Il faut, encore une fois, se résoudre à redescendre et retrouver la vallée, non sans avoir fumé la cigarette de la liberté au cul de la bagnole en contemplant une dernière fois, cabanes, arbres en feu automnal, et sommet mythique sur lequel nous étions il y a à peine deux mois. Montagnes Pyrénées, décidément, vous êtes mes amours.
- Après l'effort -
F.S. 8-11 novembre 2014. Vallée d'Ossau, Béarn, France.
suite de Ma cabane, mais pas au Canada (teasing de ouf !)
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