montagne
Le grand saut
Ici, très bientôt, nous vous raconterons comment le ciel est le plus bel endroit de la terre.
Et nous ferons le grand saut...
(teasing de dingue !)
- Chiche ? -
Seul(e) au monde
C’est l’histoire d’une photo prise sans s’en apercevoir. Une photo de sommet, celui-ci se situe dans les Pyrénées-Orientales, près de Font Romeu. Le Pic du Puigmal d’Err, 2910 mètres. Ce pic n’est pas un foudre de guerre, loin de là, je le qualifierai même de très facile. Les 1000 mètres de dénivelés une fois la porte de la voiture claquée derrière soit sont une partie de plaisir, on ne les sent pas passer. Mais ce sommet est mythique pour les Catalans : frontalier entre la France et l’Espagne – pardon, entre la Cerdagne et la Catalogne – c’est un sommet fétiche des habitants du cru. Montagne pelée – j’oserai même écrire qu’il est moche sous son crâne chauve – son panorama offre des vues hétérogènes. Au sud, l’Espagne, au nord, Font Romeu et le massif du Carlit (beaucoup plus intéressant à se mettre sous la dent), à l’est, la crête filant vers le col de Nuria. Enfin, à l’ouest… d’horribles pylônes d’une station de ski, les flancs balafrés par les bulldozers pour en faire des pistes.
Ce sommet possède à mon sens un énorme défaut : il grouille constamment de monde, pratiquement toute l’année. Catalans venus de Nuria (environ le même dénivelé que par le côté français et absence totale de difficultés), et habitants de Cerdagne viennent là comme en pélerinage. Difficile d’y être seul, malgré un vent constant à écorner tous les cocus de la vallée (et Dieu sait qu’ils doivent être nombreux les bougres !). Ce jour-là ne dérogeait pas à la règle, lors d’une fugace et étonnante apparition du soleil dans l’épaisse couche de nuages qui semble s’être définitivement installée sur le pays. A 10h50 du matin, heure de notre arrivée, une bonne trentaine de personnes dont 95 % de Catalans à la voix rauque et parlant fort, se partageaient le sommet. La lumière était moche, du moins pas celle qu’on pouvait attendre malgré le contraste offert par les nuages qui montaient, déjà. C’est avec un certain scepticisme que nous avons donc sorti l’appareil photo. Quitte à avoir monté ses 2,5 kg, autant qu’il serve. Parmi les images, j’ai fait celle-ci. Unique, sans conviction, des trois repères ornant le crâne du Puigmal. Un poteau en ciment. Une sorte de hampe sur laquelle flottent des drapeaux (dont les insupportables autant qu’incongrus drapeaux de prière tibétains). Et une croix métallique ornée d’une cloche. Ça va paraître étrange, mais je n’ai pas tout de suite vu la femme assise, seule, au milieu de cette brocante montagnarde. Je ne me suis pas aperçu non plus que les autres Catalans avaient fichu le camp quelques mètres plus bas, essayant désespérément de s’abriter du vent qui soufflait dru et surtout bien frais. Le sommet se trouvait donc, par le plus grand des hasards, vide. Sauf cette femme-là.
J’ai pris d’autres photos, de l’horizon, de moi aussi avec le retardateur, mais je ne me suis pas trop attardé. C’est seulement une fois rangé dans la sacoche que j’ai vu la femme, qui semblait en méditation, absorbée par je ne sais quel Dieu de la montagne, esquissant même un sourire béat qui m’interpella. Assistait-elle à une apparition ? Après tout, c’était légitime : nous étions sur une montagne, face à la croix, il y avait grand vent et elle était seule : toutes les conditions étaient réunies pour que rapplique la Vierge Marie ! (et ne parle qu’à cette personne-là sans que je ne vois ni n’entende rien). Je l’ai observé un moment, aussi discrètement que je pouvais le faire. Elle ne bougeait pas et ne disait mot, jusqu’à ce qu’un homme flanqué de deux ados arrivent et lui parlent. A défaut de révélation mariale, c’était ce qui avait tout lieu d’être son mari et ses enfants qui parvenaient au sommet. Elle avait du arriver la première, et s’offrir ces quelques minutes de contemplation solitaire.
Elle avait bien raison, finalement. Débarrassé quelques courtes minutes de ses insupportables et bruyants « randonneurs » dont je n’évoquerai plus la nationalité de crainte de déclencher une guerre linguistique transpyrénéenne, la méditation est bien le seul luxe qu’on peut s’offrir ici, en plein vent, à 2910 mètres, seul(e) au monde, ou presque.
Et c’est en arrivant chez moi, plusieurs jours après, en regardant la photo sur l’écran de l’ordinateur que je me suis souvenu l’avoir prise, sans réfléchir, sans regarder le résultat sur le petit écran du Nikon, sans penser, sans arrière pensée, sans rien d’autre que le fait d’être là, et nulle part ailleurs. La journée ne faisait finalement que commencer. Elle était déjà bien remplie, mais je l’ignorais.
Planès, N & B ou couleur ?
En partant j'avais écrit ici : "mort aux vaches". Mais pas celles-là... (ça plane pour elles).
(Planès, Cerdagne, Pyrénées-Orientales, août 2014)
Des nouvelles de Roland (white & black session)
Couleur ou noir et blanc ?
A vous de juger...
- Brèche de Roland. Vue vers l'Ouest -
- Pas des Isards : unchain my heart -
Pour les puristes : la magie d'un ultra grand angle 10x24 mm...
Voilà l'été !
Affaires à suivre...
Le concept des cabanes (dans les Pyrénées)
- Au milieu, sur la droite, Lacarret -
Elles sont semées ça et là, on dirait qu’elles le sont par hasard mais non, leur emplacement semble étudié par on ne sait quel génie humain de l’abri d’urgence, ou du charme bucolique de la chambre avec vue. Elles se situent toujours où on en a le plus besoin finalement, même quand c’est par surprise. Avouons cependant que le plus souvent nous prévoyons leur rencontre, puisque nous emportons une carte avec nous où elles sont inscrites, et sur laquelle nous nous sommes penchés avant de partir. Petits rectangles noirs ou dessiné en rouge comme des figurines de Monopoly, leur présence rassure avant le commencement de la marche : si ça tourne mal, il y aura « la cabane ».
Malgré cela, elles arrivent à nous surprendre, c’est selon la saison. Certaines sont à moitié enfouies sous la neige, et nous sentons qu’elles le furent pendant les longues semaines d’hiver. Il faut alors « descendre » à l’intérieur une fois la porte ouverte : le niveau du sol neigeux provisoire nous met « au dessus » du linteau de l’entrée. Plus que la pénombre, c’est la fraîcheur humide qui nous saisit en premier : en béton ou plus rarement en pierres sèches, elles conservent l’humidité de l’hiver bien après le dernier glaçon fondu, et même si le printemps se donne des airs d’été en plein midi. On en a connu en plein soleil sans ombre, d’autres nichées contre un rocher, d’autres encore dans une clairière au fond d’un bois.
- Chérue, sous la neige -
Leur aménagement est souvent similaire obéissant à un point commun : il est rude, rustique et spartiate. Un ou plusieurs bas flancs en planches, ou une sorte de mezzanine servent de chambre à coucher, munie d’une échelle en fer. Dans un coin, une cheminée, avec un petit tas de bois qu’on est prié de réalimenter si on en a brûlé. Souvent, une table faite de grossiers madriers, un recyclage de formica ou d’anciennes tables d’école montées de la vallée à dos de mulets. Des bancs. Une chaise hors d’âge où on hésite à s’asseoir. Un sommier à ressort style caserne (on n’imagine pas tout ce que l’armée fournit comme matériel de récupération dans la montagne !). Des bouteilles de vin vides, dont la plupart ornées d’ordinaires étiquettes et surtout locales – on boit rarement des grands crus à cette altitude-là – mais il nous est arrivé de croiser les vestiges d’un Saint-Emilion grand cru justement, coiffé d’une bougie dont la cire dégoulinait sur le corps de la bouteille. Une boîte d’allumettes. Du papier "Q". Des vieux journaux dont on mesure à la date le passage des derniers occupants. Parfois, un livre d’or, dans lequel les randonneurs laissent libre court à leur imagination, pour le meilleur ou pour le pire. Chaque ballade peut alors se transformer en légende vivante, tel ou tel aura trouvé la cabane en plein orage, d’autres s’y seront mis à l’abris d’un soleil trop chaud, d’autres encore y vivront un réveillon montés là à ski ou raquettes. Certains y dessinent, d’autres y laissent des vers. Des enfants joyeux découvrent les joies de la montagne. Un instantané de vie volé à la plaine, ses emmerdeurs et leurs emmerdements, un halo de bonheur là, au creux de la montagne, seul ou à plusieurs. Parfois, cette abri jouxte la partie, plus spacieuse et confortable, d’un berger qui passe là les mois d’estive. Cette cabane-là sera alors fermée à clé alors que l’autre reste en accès libre, même l’hiver, à charge du locataire d’un soir de la laisser en bon état, « comme vous voudriez la trouver en arrivant ». Où l’on constate une fois encore que le curseur de la propreté n’est vraiment pas le même chez tout le monde, et que se vérifie l’adage : « ce qui est possédé en commun et négligé communément. »
- Un petit point blanc sous un triangle de neige : Cambeilh -
Leurs toits de tôles semblent onduler sous le vent, et le vacarme peut même recouvrir la conversation (s’il y en a !) lorsque s’abat l’orage. Le martèlement de la pluie sur le toit, l’écrasement du vent transforme alors les cabanes en navires bringuebalés sur les flots, et si ce n’était leur excellente assise au sol, on s’y croirait ! C’est à ces heures-là que nous songeons à ce que nous serions, sans elles, perdu au milieu de nulle part ou sous le frêle esquif d’une tente igloo… Les cabanes sont un peu les mères protectrices d’une montagne qui ne fait que tolérer le passant, l’invitant, chaque fois qu’il semble l’oublier, à se rappeler sa condition de fétu de paille ici, et que s’il profite des sommets, ce n’est que quelques minutes par an.
Mais à peine les a-t-on apprivoisées que déjà il faut les quitter - métaphore des relations humaines ? On ferme alors la porte derrière soi, à l’aide d’un verrou en fer qui s’actionne aussi bien de l’extérieur que de l’intérieur ou d’un sommaire bout de ficelle agricole qui maintient le tout fermé à l’aide d’un clou et d’une grosse pierre. On a presque des remords à les laisser là, seules. En descendant (ou en montant, c’est selon) on se retournera plusieurs fois pour leur adresser un dernier salut, les rendant à leur solitude montagnarde, leur promettant du regard « de revenir ».
Revenir…
Revenir…
- Quel est cet orage qui gronde ?"
- Au Gourzy -
- Cirque de Besse -
- La Cujalat -
- Vantardise, ou inconscience -
Mieux vautour que jamais
Passer le deuxième jour de l’année avec des charognards, je vous l’accorde, c’est pas banal. En même temps, ça augure ce qui, réalistement, marquera sans doute encore l’actualité de cette nouvelle année, celle du changement (une de plus !). Et non, il ne s’agissait pas de passer du temps avec des politiques ni des journalistes en manque d’actualité à se mettre sous la dent – en l’occurrence sous le bec.
En attendant, nous voici sur le Pene de Béon. Je n’ai pas fait exprès d’appeler ce rocher, cette falaise, ainsi : c’est son nom. Ici nichent une centaine de couples de vautours fauves. On y accède par deux sortes de cols quasiment symétriques qui portent le nom de « Port, » celui d’Aste et celui de Béon. En débouchant de celui d’Aste, au sud de la falaise, et après avoir croisé la présence d’un jeune vautour perché sur un arbre au dessus du chemin, il faut longer les granges retapées par les habitants de la vallée d’Ossau, et grimper sec plein nord dans la rocaille et les genévriers. Poussé par le vent de sud, nous atteignons rapidement une sorte de crête sommitale sur laquelle le moindre faux pas serait fatal : une centaine de mètres d’à-pic (voir deux fois plus par endroit) attendrait le malchanceux ou l’imprudent. De là, la vue est pourtant imprenable : toute la vallée s’offre au visiteur d’un jour, de Gan (sortie sud de Pau), en passant par Arudy, jusqu’au Pic du Midi d’Ossau émergeant plus au sud, dernière sentinelle avant l’Espagne. Le Gourzy, le Pic de Ger, le Montagnon d’Iseye, le Lauriolle, Ibech…
Mais rapidement, nous sentons que nous ne serons pas venus que pour ça. A la faveur de ce vent de sud, vent venu d’Espagne, vent chaud donc, cet effet de Foehn permet aux vautours fauves de profiter de courants thermiques ascendants. Probablement aussi dérangés par ma présence solitaire – même une cinquantaine de mètre en contrebas – les charognards ont entamé un spectaculaire ballet dans le ciel gris – blanc de ce deuxième jour de l’année, alors que je voyais s’écraser plus loin les averses sur le crâne de « Jean-Pierre. » Rasant la crête sommitale où je me trouvais, j’entendais le souffle d’air provoqué par leurs ailes déployées au maximum (jusqu’à deux mètres d’envergures) percevant même leurs petits cris sourds. Avec un 18-105 mm, je n’ai pu faire qu’une maigre récolte, mais là n’était pas, finalement, le plus important. Le plus important fut de partager ce moment inouïe où ces fauves – qui ne mangent que de la viande morte faut-il le rappeler, y compris si c’est du cheval ! – perturbés probablement dans leur habituelle quiétude, cherchait à filer ailleurs. La ronde qu’ils effectuaient dans le ciel des Pyrénées ossaloises cet après-midi là me fit frissonner et pas de froid. Cette invincible armada, dans le tournoiement d’escadrilles dont la couleur se confondait avec le sol, invitait le spectateur d’un jour à communier avec eux.
Et voler, planer, libre, enfin…
(c) F.S. Janvier 2014.
Avant l’hiver
- Entre Cujalat et Laiterine -
Pourquoi diable l’automne est-elle la saison préférée de beaucoup de promeneurs, nez en l’air, nez au vent, quand viennent à nous les premiers frimas matinaux et les jours courts ? J’en ai une vague idée : si nous aimons l’automne, c’est paradoxalement pour la chaleur qu’elle dégage. Chaleur presque humaine d’une nature en plein endormissement, en lente mais sûre préparation de son hibernation. Tout y concourt : couleurs chatoyantes de tout ce qui porte branches et feuilles. Lumières changeantes qui, lorsqu’elles se font rasantes à partir du milieu de l’après midi, habillent de rêves et de nostalgie toute forme terrestre. Promesse d’une boisson chaude au coin d’un bon feu de cheminée, le retour venu. L’odeur des marrons grillés, des soupes à la citrouille ou au potimarron. L’odeur de champignons et de moisissures des sous-bois aussi. Le silence revenu dans une montagne vide – ou presque – désormais. Quelle ne fut pas notre surprise de constater que quelques bovins ruminaient encore à 1300 mètres près de la cabane de la Cujalat, en Ossau, sise au dessus des gorges du Bitet. Et encore au dessus, près de la cabane de la Laiterine (1640 m), des chevaux (qui n’ont rien de sauvage…) se chauffant le cuir au soleil d’une journée automnale peu banale. A quelques mètres de leurs sabots, la neige tombée la veille saupoudrait encore de son fin manteau les roches environnantes, comme une poussière d’ange jetée là négligemment, et scintillant sous le beau blond. Le col d’Iseye (1840 mètres), entre Aspe et Ossau, avait invité un petit vent frais qui se chargea de nous rappeler la saison, et la date : 31 octobre. Un temps pas trop de « Toussaint » donc, bien moins qu’au printemps en tout cas, avant que le surlendemain, « le jour des morts » recouvre le plateau d’Anouilhas d’un gris perle triste mais dégageant une atmosphère particulière à ce grand plateau désert. Esprit, étais-tu là ?
J’aime ce moment où la montagne semble s’endormir mais laisse encore la possibilité à ceux qui la fréquentent d’arpenter ses flancs avant que le morne blanc ne recouvre tout pour environ six mois. Rien d’un « adieu » dans ces flâneries d’automne. Plutôt un « au revoir. » Mieux, une promesse : à bientôt.
- Près de la Laiterine -
- Déjeuner sur l'herbe au col d'Iseye -
- "Arrivat a una cujalat" -
- Jean-Pierre montre ses dents -
- Plateau d'Anouilhas : Esprit, es-tu là ? -
- Adichas ! -
(c) Fred Sabourin, 31 octobre - 2 novembre 2013. Vallée d'Ossau, France (64).
Emergence de la verticalité
- Naître -
Gavarnie. Gavarnie. Gavarnie. A l’évocation de ce nom notre cœur se serre, notre ventre se noue, nos guibolles se contractent imperceptiblement. Au fond de la prunelle de nos yeux et remontant de la mémoire reviennent des images, vives encore des souvenirs récents mais toujours trop éloignés dans le temps à notre goût. Et une légère douleur dans la nuque : Gavarnie s’admire le cou tordu pour apprécier les vastes murailles de son célèbre cirque.
Parlons-en de ce cirque : quel cirque ! Il est des Pyrénéistes pour dire – et peut-être ont-ils un peu raison – qu’il en existe d’autres, bien plus beaux, aussi majestueux et plus secrets. Le cirque de Lescun, en Aspe. Et Troumouse, voisin de Gavarnie. Ce dernier est si vaste qu’une rumeur dit qu’un million de personnes pourrait y tenir. Pourvu que jamais l’expérience ne soit tentée !
Mais… Gavarnie. Ici serait né le Pyrénéisme, comme d’autres situent à Chamonix la naissance de l’Alpinisme. Au XIXe siècle, l’aventure commence réellement. Les grands noms des premiers fous de ces montagnes, Ramond de Carbonière, puis les fameux guides Henri et Célestin Passet, François Bernat-Salles, Pierre Pujo, Pierre Brioul, Mathieu Haurine conduisaient vers les sommets des clients non moins fameux comme le comte Russel, Charles Pack, Swan. Plus tard, Louis Robach, qui semblait avoir voué sa vie au Mont Perdu (3365 m), qu’il ascensionna septante-dix fois. Franz Schrader se guidait seul. Il établira une carte (la première) du panorama des Pyrénées et notamment le Cirque de Gavarnie, depuis le formidable belvédère offert par le Piméné, sorte de balcon suffisamment en retrait pour avoir une vue d’ensemble sur le massif Mont-Perdu – Ordessa – Gavarnie. Par beau temps, la vue embrasse le panorama depuis la grande muraille de Baroude (ou Barossa) à l’est, jusqu’au Vignemale à l’ouest. Ici, les dieux ont leur siège numéroté et placé.
- depuis le Piméné -
Gavarnie a donné lieu à une littérature abondante, des essais romantiques les plus lyriques (dont Victor Hugo qui en écrivit les plus belles pages) aux sommes scientifiques les plus poussées. Mais je ne crois pas cependant qu’on ait tout dit ni tout écrit sur ce bout du monde au fin fond de la France et de l’Espagne. Si le regard bute sur le mur que représente cette formation géologique glaciaire, il n’en demeure pas moins obnubilé par une chaude question : comment franchir ? Gavarnie ne serait rien sans le coup du sort qui fait sa célébrité autant que son cirque : il existe un passage naturel, un trou dans le mur. La Brèche de Roland. Cette entaille, d’une centaine de mètres de large pour moins de 150 mètres de haut, attire à elle seule des milliers de gens. Pas tous très montagnards d’ailleurs (la proximité du col des Tentes le rendant finalement assez accessible en saison estivale). Mais qu’importe, finalement. Si, pour les amoureux des Pyrénées, et les montagnards au sens large, c’est toujours une émotion particulière de passer par cette brèche, il est sans doute un peu heureux que pour beaucoup de vulgum pecus, cette expérience soit la plus engagée qu’ils feront dans leur vie de marcheurs. Après tout, quand on se trouve entre ces deux pans de roche, sur la brèche (l’expression est alors à prendre au sens propre), on est quand même à plus de 2800 mètres, certes en étant la plupart du temps partis de 2208 mètres (col des Tentes), mais quand même... Certains préfèrent partir du village même de Gavarnie 1500 mètres plus bas. Ceux-là connaissent l’incomparable prix des fameuses « Echelles de Sarradets » ou du vallon de Pouey-Aspé…
- Etre sur la brèche -
Une de nos premières visites de ce lieu venté et souvent froid même en plein été fut le 11 août 1999. Le hasard a voulu ce jour-là qu’il y fasse presque nuit… C’était le fameux jour de l’éclipse totale du soleil. Nous perdîmes environ 7° en moins d’un quart d’heure, et comme la température n’était déjà pas très estivale, on vit les badauds – dont nous étions – enfiler rapidement des effets chauds. Un môme malchanceux se prit sur le crâne un caillou tombé du sommet de la brèche, occasionnant un stationnaire d’hélicoptère de la gendarmerie au dessus de la brèche pour l’évacuer. Gavarnie, sa brèche, ses touristes, son cinéma permanent.
Sauf à dormir dans l’abri sous roche creusé à main d’homme en 1883 (d’après H. Russel dans ses Souvenirs d’un montagnard)*, il est difficile d’y être seul. Le courant d’air permanent n’incite pas trop non plus à y faire bronzette. Pourtant c’est un endroit que nous affectionnons particulièrement, et qu’il nous fut heureux de revoir cette année, après seulement (si j’ose dire !) trois ans d’absence. Que c’est long, trois ans… Cette brèche est la promesse de courses fascinantes, une fois passé ce trou béant dans la muraille s’offre la possibilité de côtoyer les géants à 3000 et plus. Taillon, Casques, Tour, Pics de la Cascades, Marboré, Cylindre, Mont Perdu, Astazou… Le tout sur une quinzaine de kilomètres de long, environ 25.000 hectares de montagne pure.
- Dans les nuages, le Mont Perdu (qui porte si bien son nom) -
Laissons les mots. Place aux images. Elles restent pour toujours présentes à notre esprit, quand hélas nous sommes redescendus dans la plaine. Et, lorsque la main serre un de ces cailloux rapporté des cimes, c’est toute une histoire qui se diffuse en nous. Et une promesse : revenir.
* projet pour 2014, nous en reparlerons donc…
- Banane casquée -
- Stygmates -
- Au loin, la Tour -
- Stygmates (2) -
- Vivre -
(c) F. Sabourin. Gavarnie, août 2013. Nikon D300 et objectif 10-24 mm.
La montagne tue
On ne vous le répètera jamais assez : la montagne tue. C'est dangereux, n'y allez pas, ou alors connaissez-en les risques et périls, nom de Zeus !(et ça fera moins de monde sur ses flancs...)
Si on achève bien les chevaux, ceux-ci ont dû prendre un sacré coup de foudre, l'un d'entre eux probablement plutôt l'année dernière. Les deux autres sont plus récents, les vautours ont laissé le crin, les sabots et pour le dernier, le cuir.
Tout cela dans un périmètre d'une petite centaine de mètres d'altitude, pas plus d'un km² de surface... Je déconseille fortement de boire l'eau du torrent qui s'y écoule, et pour plusieurs années, à moins de vouloir tester la liste des gastro-antérologues du Béarn et même au-delà.
Enfin, à ceux qui souhaiteraient éviter ce coin de mortelles randonnées, cela se situe au dessus du Lac d'Aule, près de Bious-Artigues, en Vallée d'Ossau, non loin de Gabas (halte jacquaire dans le col du Portalet).
Dommage cependant de ne pas y aller, c'est un endroit superbe où l'on peu même se faire le Pic Gaziès, 2457m, histoire d'admirer un peu le paysage. Mais pas le jour où nous avons fait ces images, parce que justement ce jour-là, on y voyait queue d'chi (ou presque).
- De cheval -
- Dites-le avec des fleurs -
(c) Fred Sabourin. 8 août 2013. Béarn. Vallée d'Ossau.
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