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Le jour. D'après fred sabourin

montagne

Passeur de liberté...

26 Octobre 2010 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #montagne

 

 

reduit SAB 5830

 en route vers l'Etang Garbet (non loin de Vicdessos, Auzat et Massat, en Ariège)

 

 

 

Piston, passeur de liberté

       Le passage de Jean Bénazet dit « Piston » est singulier, même s’il chemine aujourd’hui vers un site connu et prisé des randonneurs : l’Etang Garbet et le Lac bleu qui le domine de quelques centaines de mètres. Ensuite, il s’enfonce dans un cirque qui paraît – à juste titre – infranchissable. Jean Bénazet connaissait ce passage, qui conduit ensuite jusqu’au Port de Montescourbas, mais il est très ardu et accidenté, si bien qu’il ne peut aujourd’hui être décrit dans ce livre pour des raisons évidentes de sécurité des marcheurs. Ce n’est pas une litote : le chemin de Piston est un chemin escarpé, alternant d’un bord à l’autre du massif dominant l’Etang du Garbet, passant sous le Pic des Trois Comtes, le Pic de Bentefarine, la Pointe des Trois Comtes jusqu’au Port de Montescourbas. Jean Bénazet alternait sur les flancs de ces montagnes qu’il connaissait bien tout simplement pour ne pas se faire repérer par la Gestapo et les soldats allemands stationnés dans les vallées proches, et surtout les patrouilles qui grimpaient régulièrement sur la frontière par la vallée du Vicdessos, au dessus d’Auzat et du village de Marc.
En 1928, Jean Bénazet dit « Piston » s’installe à Varilhes comme mécanicien. Il est élu conseiller municipal sous le Front Populaire, pendant la mandature de Louis Siret (qui sera ensuite déporté). Piston est lié dès 1939 avec le célèbre guérilléro Francisco Ponzan Vidal, membre de la Confédération nationale du travail espagnol, laquelle organise un réseau de passeurs d’hommes pour faire franchir la frontière aux militants en danger. Varilhes deviendra, par leur entremise, le quartier général de F. Ponzan.


En mars 1940, l’officier britannique Marshall du service action, entre en contact avec Jean Bénazet et Francisco Ponzan, leur demandant de coopérer avec l’Intelligence service pour faire passer des hommes et des documents en Espagne. Ils acceptent. Piston commence alors ses passages via l’Andorre, par le village traversant de l’Hospitalet-près-l’Andorre, la remontée du ruisseau Saint-Joseph et le Port Dret (2587m), atteignable en quatre heures environ depuis la route menant vers le Pas de la Case. Il y effectue son dernier passage en septembre 1942.
Le 11 novembre 1942, la zone libre est occupée. La Haute vallée de l’Ariège est classée zone interdite, et une ligne de démarcation est installée entre Foix et Tarascon. Pour Piston, il faut trouver un autre passage, et il va diriger ses candidats à l’exil vers l’Etang du Garbet et le Port de Montescourbas. C’est beaucoup plus long et surtout plus difficile que le Port Dret, mais plus à l’abri des regards ennemis. En 1943, il effectue les passages les plus durs. Il partait généralement de la gare de Foix, prenant ensuite la départementale 17, via Saint-Pierre de Rivière, La Mouline, Burret, le Col des Marrous (990m), puis le Col de Péguère (1375m), pour descendre ensuite sur Massat. Il prenait ensuite la direction de l’Etang de Lers, et stoppait sa voiture près du village du Port, où un sentier muletier le conduisait jusqu’à l’Etang de Lers. Tout le long du chemin en voiture, trois relais de sécurité devaient indiquer que la route était « libre », en accrochant divers vêtements sur les cordes à linge par exemple. Si les vêtements n’étaient pas mis à sécher, la voie n’était pas libre. A l’Etang de Lers, Piston s’arrêtait au quatrième relais de sécurité, à la cabane du pâtre Jacques Caux, au bas du Col de Saleix. Il repartait au levé du jour avec ses candidats au passage, en direction de l’Etang Garbet, par un chemin en balcon passant légèrement au dessus de la forêt du Garbettou. Puis c’était la montée vers l’Etang Bleu, par le cirque du Garbet. Ensuite le chemin devient plus escarpé et difficile, jusqu’au Port de Montecourbas, où les gens étaient libres et descendaient dans la vallée vers Tavascan. Sur un carnet, Piston notait le nombre de « truites » qu’il avait prises au cours de ses parties de pêche si particulière. Soixante et une au total, au cours de huit passages réussis. Parmi les nationalités, des Américains, Russes, Anglais et Français bien sûr. Au total, en additionnant les passages par le Port Dret frontalier avec l’Andorre, ce sont quatre vingt-cinq missions qu’il aura effectué entre 1939 et 1943.


Le 13 juin 1943, sa vie de passeur va basculer. Alors qu’il conduit une importante colonne de dix-huit personnes, en franchissant une zone à découvert, il pressent un danger. Il a raison : des voix allemandes s’élèvent dans la montagne. Un jeune qui comprenait la langue traduit :  « il faut lever les bras ! » Ils sont pris, et très vite encadré par deux soldats frontaliers de l’armée allemande. Mais en descendant, alors qu’ils traversent une cheminée pentue, Piston se rend compte que le garde qui est devant lui ne peut pas le voir, et que celui qui est derrière ne le voit plus. C’est le moment où jamais : il saute dans un ravin, et dévale, très vite suivi par André Joucla. Le soldat qui était derrière lui les voit s’enfuir, et ouvre le feu. Ils en réchappent de peu, une balle traversant le pantalon de Piston, sans le toucher. Mais pour Piston, les passages c’est terminé. Il continue cela dit à s’occuper du ravitaillement du maquis du Col du Port, près de Massat. Le 9 juin 1943, il est absent de chez lui le jour où les soldats allemands, suite à une dénonciation, encerclent le village. Il doit entrer dans la clandestinité, car il a été identifié par la Gestapo qui le recherche activement. Il reste en planque à Massat quinze jours environ. Puis retourne à Varilhes, mais a la grande prudence de ne pas dormir chez lui. Le 1er octobre 1943, la Gestapo de Foix vint pour l’y cueillir justement, mais ne le trouve pas. En planque dans une boulangerie, il se cache ensuite dans une cave, jusqu’à ce que son frère organise sa fuite à Toulouse via le réseau des cheminots résistants. Il se fait oublier quelques temps, mais l’inaction lui pèse. Grâce à des faux papiers, il devient Joseph Lebrun, et participe à la résistance avec les cheminots toulousains, jusqu’à la libération de Toulouse le 20 août 1944. Trois jours avant, Francisco Ponzan avait été assassiné. Le 26 août, il rentre à Varilhes, découvrant sa maison que la Gestapo a entièrement vidée de tout, « y compris une suspension électrique, c’est dire s’ils ne m’avaient rien laissé, je n’avais plus rien, » confiera-t-il plus tard. Il reprend son métier de mécanicien, et s’engage au Parti communiste français qu’il a connu par ses amis cheminots de Toulouse.


Jean Bénazet meurt à Varilhes le 23 mai 1991 à l’âge de 87 ans.

 

reduit SAB 5837

 


Passage par l’Etang Garbet

A partir de 1943, les passages ne sont plus possibles par le Port Dret : la haute vallée de l’Ariège est classée zone interdite, et le chemin est beaucoup trop visible de la route qui mène en Andorre passé l’Hospitalet-près-l’Andorre. Jean Bénazet décide de passer la frontière par un chemin beaucoup plus long et moins accessible : le Port de Montecourbas.
Aujourd’hui, cette randonnée empruntant le chemin de Piston est possible jusqu’à l’Etang Bleu, à environ 2000m d’altitude. La suite du passage est très escarpé et n’est ni balisée, ni clairement repérable, sauf à l’avoir fait avec Piston lui-même quand sa condition physique lui permettait encore.
Le départ s’effectue légèrement en contrebas du Col d’Agnes, au croisement du bois de Plagnolles et du plat de Coumebière. Le GR 10 croise le départ en direction du Port de Saleix. Monter sud, sud-est et passer l’Etang de Labant (1597m). S’élever au sud-ouest à travers un petit bois (marques jaunes), et au sortir de ce bois, laisser les marques jaunes sur la gauche pour continuer plein sud en direction du cirque de l’Etang Garbet (visible de cet endroit, point de vue magnifique). Le sentier n’est pas à proprement parlé très bien tracé, suivre autant que possible, à flanc de montagne les marques rouges. Le sentier suit, en balcon, jusqu’à l’Etang Garbet (1683m). Il est possible de monter jusqu’à l’Etang Bleu (1989m), en contournant le Garbet par la droite puis en s’élevant franchement au sud jusqu’à lui. Compter une heure entre le Garbet et l’Etang Bleu.
Le retour peut s’effectuer soit par le même chemin, soit par le chemin normal de l’Etang Garbet, qui rejoint, à travers la plaine puis la forêt du Garbettou, la route D8f qu’il faudra remonter sur 4 km pour retrouver son point de départ.


Carte IGN n° 2148 Ouest.

 

reduit SAB 5843

 

                      - Lac Bleu ; Pic des Trois Comtes - 

 

 

 

 

reduit SAB 5854

 

 

 

  Un aperçu du futur livre "les hauts lieux de l'histoir dans les Pyrénées" (titre provisoire) à paraître chez Ouest-France Edilarge au printemps 2011.

 

 

 

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Eloge de la petitesse

27 Août 2010 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #montagne

reduit SAB 9778

 

                                                                - Seul -

 

 

Tu es petit, homme, qui confronte ta maigre carcasse aux pentes hospitalières et infernales. Tu es petit comme ce mérens aux flancs duquel la montagne s'accroche, ou l'inverse ?

Tu es petit, homme, pour oser défier Pyrène et chercher le sommeil dans ces cabanons de fortune.

Tu es petit, homme, et la pacha mama t'offre cette eau qui te lave et te nourrit.

Fortune de mer, fortune d'altitude : certains n'ont pas eu la chance de voir le jour suivant se lever, et ont raté le petit déjeuner. Les charognards, en revanche...

 

 

reduit SAB 9779 

                                                  - cabane le Hounta (Port d'Orle) -  

 

 

reduit SAB 9770 

                                                 - à cheval sur les principes -

 

 

reduit SAB 9780

 

                                                    - j'ai bu l'eau vive -

 

 

reduit SAB 9785 

                                                           - suivez le guide -

 

 

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de retour (hélas...)

26 Août 2010 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #montagne

 

reduit SAB 9637

 

 

 

Pourquoi les aimer ? Pourquoi les quitter ? Ne jamais renoncer à les retrouver. Rêver d'un nouveau départ. Sentir sous ses pieds la chaleur de leurs roches, la douceur de l'herbe, la senteur de leurs fleurs, le frisson du matin. Mais nom de Dieu que les Pyrénées sont belles !

 

(à suivre, évidemment)

 

 

 

reduit SAB 9655

 

 

 

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Fallait le trouver !

27 Juillet 2010 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #montagne

 

 

reduit SAB 9118

 

 

Le 5 décembre 1944 un avion Dakota DC3 (ou C47) qui était piloté par 3 membres de la RAF britannique s'est écrasé près de la commune de Mijanès (Ariège). Il a accroché le pic de la Camisette (2426m) et s'est écrasé un peu plus bas près des lacs du même nom. 7 pilotes survécurent, 11 corps ont été retrouvés. il s'agissait de pilotes de planeurs présents à bord. Deux pilotes suivirent le le ruisseau de la Barbouillères afin de chercher des secours. Les villageois de Mijanès leur portèrent assistance, dans des conditions météo très défavorables.

On peut encore voir des restes de l'épave, en partant de Mijanès suivre le GR n°7 en direction du pic du Roc Blanc. Les étangs se situent au nord-ouest du pic. (merci à Olivier Nadouce pour le tuyau de cette splendide balade).

 

 

reduit SAB 9112

 

 

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reduit SAB 9168 

 

 

 

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Reprise des négociations

20 Juillet 2010 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #montagne

 

reduit SAB 8804

 

                                            - vers la brèche de Tuquerouye -

 

 

Parfois, ça se durcit un peu ce guide des hauts lieux historiques des Pyrénées... Accrochés au piolet et campé sur les crampons, le couloir nord de Tuquerouye se transforme en voie quasi verticale. Ce qui n'est pas pour nous déplaire.

Le plus vieux refuge des Pyrénées (1890), se mérite, quoiqu'on en dise.

Puis, ensuite, vient la Cerdagne dont les chevaux placides observent sans s'en soucier les passants du chemin Eyne - Nuria sur les traces des pèlerins (sens nord-sud) et exilés espagnols de la Retirada (sud-nord).

Hasta la proxima amigos ! Le chemin continue.

 

 

reduit SAB 8796

 

                                                                        - couloir nord -

 

 

 

reduit SAB 8721

 

                                                                   - sacré Roland -

 

 

 

reduit SAB 9039

 

                                                            - vers le col de Nuria -

 

 

 

reduit SAB 9004 

                                                                           - sans chevaux -

 

 

 

reduit SAB 9043 

                                                                          - rodos l'après midi -

 

 

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Pèlerin d'un jour

29 Juin 2010 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #montagne

 

 

reduit SAB 8458

 

 Au sud du lac de Bious-Artigues, les estives autour du Pic du Midi d'Ossau sont investies, chaque année, fin juin - début juillet, par les troupeaux du Haut-Ossau : c'est la "sauda", l'ouverture des pâturages aux troupeaux, le passage d'une pâture basse à une pâture haute.

 

 

 

reduit SAB 8480

 

                                        - sur des prés d'herbe fraîche il me fait reposer -

 

 

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Extension du domaine de la marche (lutte)

27 Juin 2010 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #montagne

 

 

reduit SAB 8281

                                  - vers l'Espagne : la liberté ! -

 

 

En octobre, nous vous parlions d'un projet ici : Extension du domaine de la lutte .

Ce projet a trouvé, auprès des Editions Ouest-France Edilarge, un écho positif. Il a, depuis une semaine, pris une tournure très "pragmatique" : les 150 000 signes, 200 photos et 144 pages demandés au total ne vont pas se faire tout seul. Voici donc quelques images, en attendant mieux, parce que je ne peux pas être au four et au moulin, à savoir en train de marcher avec un Nikon de 2,5 kg autour du cou (et 12 kg sur le dos) et être très prolifique sur ce blog. Mais revenez-y de temps en temps quand même : parfois, les images parlent bien mieux que de longs discours...

 

Hasta la victoria siempre !

 

 

reduit SAB 8359

 

Pla du Géla (Aragnouet - Vallée d'Aure). Ici environ 6000 réfugiés républicains espagnols passèrent en avril et juin 1938, fuyant le bombardement de Bielsa.

 

 

reduit SAB 8261                                          - la grande muraille de Barroude, lac et refuge -

 

 

 

reduit SAB 8257

                  - midi, roi des étés, épandu sur la plaine -

 

 

 

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Elles font le printemps

21 Avril 2010 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #montagne

 

reduit Ossau avril 2010 (31)

                                                                      - au col des Moines -  

 

 

A peine avions-nous posé le sac au col des Moines (2168m et vue imprenable sur « Jean-Pierre »), que le soleil nous écrasait dans une semi léthargie propice à la sieste ou la contemplation. A chacun de choisir. Le silence était lourd, à peine troublé par les derniers avions là haut, dans un ciel impeccablement bleu, mais qui se couvrait de cendre là bas, plus au nord… D’un coup, comme surgissant du néant, un bruit d’ailes d’oiseau, sec, rapide, furtif, comme des balles jaillissantes d’un fusil imaginaire. Des hirondelles. Elles franchissaient le col des Moines, venant d’Espagne, là, juste derrière la « frontière ». Filant à toute blinde en France, plein nord, sans papiers ni bagages. On dit qu’elles ne font pas le printemps. C’est faux : le soleil était généreux, et le ciel de gloire, sans un accroc dans sa robe azuréenne. Nous nous sentions comme des dieux en ce lieu à cheval entre deux mondes : Pyrénées, frontière infranchissable ? Pas sûr… A voir la facilité avec laquelle on peut, aujourd’hui, déjeuner en France et faire la sieste en Espagne (ou l’inverse, c’est selon), laissant filer au dessus de nos crânes les hirondelles furtives, le temps suspendait, lui, son vol. L’heure était propice à la rêverie. Ici, autrefois, des gens fuyaient la France, aidés par des « passeurs ». Les hirondelles, de leur vol saccadé et déterminé, nous montraient la route à suivre. Passeurs et passés, marcheurs, pèlerins et libres oiseaux. Un après-midi de printemps, au pied de l’Ossau.


reduit Ossau avril 2010 (38)

                                                          - lac Gentau avec vue sur "Jean-Pierre" -  

 

reduit Ossau avril 2010 (55)

                                                                  - Col de Lurdé -

 

reduit Ossau avril 2010 (34)                                                             - un croc vers le ciel -

 

reduit Ossau avril 2010 (11)                                                               - mort dans l'après midi -

 

 reduit Ossau avril 2010 (17)

                                                               - sans titre -

 

reduit Ossau avril 2010 (5)

                                                                    - à croc -

 

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Extension du domaine de la lutte

8 Octobre 2009 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #montagne

Port de Barrosa (ou de Barroude) 2534m


Lorsqu’en mars et avril 1938, les troupes nationalistes, prenant Barbastro, investissent par le sud la partie est de l’Aragon et le nord-ouest de la Catalogne, l’armée républicaine espagnole se replie vers le nord. Adossée à la frontière, elle va, dans la « bolsa » de Bielsa (« la poche de Bielsa ») opposer une résistance héroïque, acharnée, ingénieuse pendant près de trois mois, jusqu’en juin. Dès le mois d’avril est organisé l’exode des civils : en une petite dizaine de jours, plus de 4000 républicains, habitants des vallées proches laissant tout derrière eux, vont former une colonne ininterrompue à travers « la frontera », la frontière franco-espagnole, matérialisée par l’imposante et apparemment infranchissable muraille des Pyrénées. Ils vont pourtant escalader ce mur par plusieurs cols devenus célèbres pour les randonnées pyrénéennes transfrontalières : Port d’Ourdissetou, Port de Bielsa, Port Vieux et Port de Barroude (ou de Barrosa). 8000 combattants militaires et miliciens, vont résister à une armée franquiste de 15000 hommes, appuyés par l’aviation allemande et italienne. Il semblerait, selon une source de la Vallée d’Aure, que ces derniers aient, dans un geste offert aux civils, attendus le dernier passage de la frontière d’un soldat républicain, dans la nuit du 15 au 16 juin 1938 vers 4h du matin, pour bombarder davantage la « bolsa de Bielsa ».

Port de Bielsa (2425m)

en descendant sur le Port Vieux (2300m)


C’est sur ces chemins qu’est née l’idée d’un guide de randonnées thématiques, alliant le plaisir de la marche, l’admiration des grands et beaux espaces pyrénéens et l’histoire. Car si le promeneur, marcheur, randonneur emprunte aujourd’hui ces chemins bien balisés, cairnés, où il est finalement difficile de se perdre et où la sécurité est assez simple à assurer, il n’en a pas toujours été de même. Aujourd’hui, dans les Pyrénées, lors d’une randonnée, il est extrêmement facile de franchir la frontière, voire de la suivre une journée entière par la ligne des crêtes, tantôt en France, tantôt en Espagne.
En 1938, puis ensuite pendant la seconde guerre mondiale, beaucoup de réfugiés espagnols d’une part, et d’évadés de France d’autre part, y ont parfois laissé la vie, en voulant gagner la liberté.
C’est tout l’objet de ce projet dont voici aujourd’hui, bien modestement, le premier épisode. Peut-être un jour prochain, si le bébé grandit et trouve un œil et une oreille intéressée auprès d’un éditeur, pourrons-nous randonner « utile », ou du moins en gardant à l’esprit ces témoignages d’histoire et de vie (rassemblés dans de nombreux livres, dont celui d’Emilienne Eychenne : « Les Pyrénées de la Liberté ; les évasions par l’Espagne, 1939-1945 », Privat 1998), et la beauté des paysages face auxquels l’homme se sent petit et qu’il doit approcher avec tout le respect et l’humilité due aux espaces de montagne, qui ne lui sont que rarement favorables.
En cheminant sur ces sentiers, au départ de l’Hospital de Parzan, et par la suite sur les chemins frontaliers empruntés pendant une semaine, je pensais à tous ceux-là : hommes, femmes, vieillards, enfants, malades, blessés, soldats réguliers, miliciens, réfractaires au STO, Juifs, pilotes tombés en zone occupée, futur résistant... Avec des moyens rudimentaires, et sans avoir le nez en l’air comme le fait le randonneur d’aujourd’hui équipé en quechua, ils ont franchis la frontière, attendue depuis longtemps, espérée autant que crainte. Certains y sont parvenus, d’autres non. J’ai la chance d’y être arrivé à chaque fois. Et si nous pouvons le faire aujourd’hui librement, c’est grâce à eux.
Hasta la victoria siempre !
(A suivre… )



Hourquette de Cap de Long (2900m)



Port de Campbieil (2596m)


du Port de Bielsa au Port Vieux (crête frontalière ; au fond : la crête du Cirque de Troumouse)


Lacs de Barroude, 2355m


Lacs de Barroude, 2355m


Port d'Urdiceto, 2403m

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Ombres & lumière

20 Août 2009 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #montagne

Grotte de Casteret (2800m), massif Gavarnie - Mont Perdu


Le corps encore ensommeillé et endolori des affres du sac à dos hissé la veille peine à se mettre en route. Pour l’instant il ne s’agit que de sortir du duvet froissé, cocon protecteur sous la toile de tente posée là, façon bivouac, sans nulle autre assistance que l’appréciation du lieu et le coup d’œil inquiet à l’horizon de la météo nocturne. Quand enfin l’horizontal rejoint la position verticale, pour cette alliance journalière qui doit nous conduire ailleurs, toujours plus loin et – si possible – plus haut, alors l’œil se met lui aussi à reprendre vie. Et l’esprit !


Vignemale sortant des nuages, depuis le Balaïtous (3144m)

Des ombres et de la lumière jaillissent alors, ou parfois se montrent plus discrètes et inattendues comme au sortir de cette grotte de Casteret derrière la brèche de Roland, dans ce décor fantasmagorique et de science-fiction du côté espagnol. Il nous vient alors d’autres images, lunaires celles-ci. Et ce n’est pas le trépied du Balaïtous qui nous contredira, camarade.


Balaïtous (3144m)

Le soleil a rendez-vous avec la lune, et surtout avec les montagnes et les nuages, haleine d’Hercule sur l’olympe frontalière – nous ne quitterons jamais cette ligne du partage des terres – tantôt épaisse comme l’humide fraîcheur et moiteur qu’elle apporte ; tantôt légère comme une « mousse de rayons » (salut Arthur ! ). Sortir de l’ombre pour entrer dans la lumière, et y rentrer de nouveau. A l’image de l’aube fraîche à quelques mètres maintenant des premières roches de l’Ossau, dans ce fameux virage du col de Suzon, avant d’attaquer l’ultime pente qui fait basculer vers un autre univers…


Col de Suzon (2145m)

Nous ne savons plus si le jour recommence ou si le jour finit, si le crépuscule approche ou si l’aurore va déchirer le ciel, peindre et caresser la roche de sa chaleur nourricière, comme pour un acte charnel d’une matrice régénérante.


Lac d'Aule (2042m)

Nous ne savons plus quelle heure il est, ni quel jour nous sommes. Nous avons l’unique certitude d’être vivant et d’être là, tout juste toléré, comme des mendiants de passages, l’enfer succédant toujours au paradis sur ces pentes (in)hospitalières.

Glacier d'Ossoue, massif du Vignemale (3298m)


Massif Gavarnie - Mont Perdu depuis le refuge de Baysselance


depuis l'abri Michaud, dernière halte avant le Balaïtous


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