montagne
Eloge de la petitesse
- Seul -
Tu es petit, homme, qui confronte ta maigre carcasse aux pentes hospitalières et infernales. Tu es petit comme ce mérens aux flancs duquel la montagne s'accroche, ou l'inverse ?
Tu es petit, homme, pour oser défier Pyrène et chercher le sommeil dans ces cabanons de fortune.
Tu es petit, homme, et la pacha mama t'offre cette eau qui te lave et te nourrit.
Fortune de mer, fortune d'altitude : certains n'ont pas eu la chance de voir le jour suivant se lever, et ont raté le petit déjeuner. Les charognards, en revanche...
- cabane le Hounta (Port d'Orle) -
- à cheval sur les principes -
- j'ai bu l'eau vive -
- suivez le guide -
de retour (hélas...)
Pourquoi les aimer ? Pourquoi les quitter ? Ne jamais renoncer à les retrouver. Rêver d'un nouveau départ. Sentir sous ses pieds la chaleur de leurs roches, la douceur de l'herbe, la senteur de leurs fleurs, le frisson du matin. Mais nom de Dieu que les Pyrénées sont belles !
(à suivre, évidemment)
Fallait le trouver !
Le 5 décembre 1944 un avion Dakota DC3 (ou C47) qui était piloté par 3 membres de la RAF britannique s'est écrasé près de la commune de Mijanès (Ariège). Il a accroché le pic de la Camisette (2426m) et s'est écrasé un peu plus bas près des lacs du même nom. 7 pilotes survécurent, 11 corps ont été retrouvés. il s'agissait de pilotes de planeurs présents à bord. Deux pilotes suivirent le le ruisseau de la Barbouillères afin de chercher des secours. Les villageois de Mijanès leur portèrent assistance, dans des conditions météo très défavorables.
On peut encore voir des restes de l'épave, en partant de Mijanès suivre le GR n°7 en direction du pic du Roc Blanc. Les étangs se situent au nord-ouest du pic. (merci à Olivier Nadouce pour le tuyau de cette splendide balade).
Reprise des négociations
- vers la brèche de Tuquerouye -
Parfois, ça se durcit un peu ce guide des hauts lieux historiques des Pyrénées... Accrochés au piolet et campé sur les crampons, le couloir nord de Tuquerouye se transforme en voie quasi verticale. Ce qui n'est pas pour nous déplaire.
Le plus vieux refuge des Pyrénées (1890), se mérite, quoiqu'on en dise.
Puis, ensuite, vient la Cerdagne dont les chevaux placides observent sans s'en soucier les passants du chemin Eyne - Nuria sur les traces des pèlerins (sens nord-sud) et exilés espagnols de la Retirada (sud-nord).
Hasta la proxima amigos ! Le chemin continue.
- couloir nord -
- sacré Roland -
- vers le col de Nuria -
- sans chevaux -
- rodos l'après midi -
Pèlerin d'un jour
Au sud du lac de Bious-Artigues, les estives autour du Pic du Midi d'Ossau sont investies, chaque année, fin juin - début juillet, par les troupeaux du Haut-Ossau : c'est la "sauda", l'ouverture des pâturages aux troupeaux, le passage d'une pâture basse à une pâture haute.
- sur des prés d'herbe fraîche il me fait reposer -
Extension du domaine de la marche (lutte)
- vers l'Espagne : la liberté ! -
En octobre, nous vous parlions d'un projet ici : Extension du domaine de la lutte .
Ce projet a trouvé, auprès des Editions Ouest-France Edilarge, un écho positif. Il a, depuis une semaine, pris une tournure très "pragmatique" : les 150 000 signes, 200 photos et 144 pages demandés au total ne vont pas se faire tout seul. Voici donc quelques images, en attendant mieux, parce que je ne peux pas être au four et au moulin, à savoir en train de marcher avec un Nikon de 2,5 kg autour du cou (et 12 kg sur le dos) et être très prolifique sur ce blog. Mais revenez-y de temps en temps quand même : parfois, les images parlent bien mieux que de longs discours...
Hasta la victoria siempre !
Pla du Géla (Aragnouet - Vallée d'Aure). Ici environ 6000 réfugiés républicains espagnols passèrent en avril et juin 1938, fuyant le bombardement de Bielsa.
- la grande muraille de Barroude, lac et refuge -
- midi, roi des étés, épandu sur la plaine -
Elles font le printemps
- au col des Moines -
A peine avions-nous posé le sac au col des Moines (2168m et vue imprenable sur « Jean-Pierre »), que le soleil nous écrasait dans une semi léthargie propice à la sieste ou la contemplation. A chacun de choisir. Le silence était lourd, à peine troublé par les derniers avions là haut, dans un ciel impeccablement bleu, mais qui se couvrait de cendre là bas, plus au nord… D’un coup, comme surgissant du néant, un bruit d’ailes d’oiseau, sec, rapide, furtif, comme des balles jaillissantes d’un fusil imaginaire. Des hirondelles. Elles franchissaient le col des Moines, venant d’Espagne, là, juste derrière la « frontière ». Filant à toute blinde en France, plein nord, sans papiers ni bagages. On dit qu’elles ne font pas le printemps. C’est faux : le soleil était généreux, et le ciel de gloire, sans un accroc dans sa robe azuréenne. Nous nous sentions comme des dieux en ce lieu à cheval entre deux mondes : Pyrénées, frontière infranchissable ? Pas sûr… A voir la facilité avec laquelle on peut, aujourd’hui, déjeuner en France et faire la sieste en Espagne (ou l’inverse, c’est selon), laissant filer au dessus de nos crânes les hirondelles furtives, le temps suspendait, lui, son vol. L’heure était propice à la rêverie. Ici, autrefois, des gens fuyaient la France, aidés par des « passeurs ». Les hirondelles, de leur vol saccadé et déterminé, nous montraient la route à suivre. Passeurs et passés, marcheurs, pèlerins et libres oiseaux. Un après-midi de printemps, au pied de l’Ossau.
- lac Gentau avec vue sur "Jean-Pierre" -
- Col de Lurdé -
- un croc vers le ciel -
- mort dans l'après midi -
- sans titre -
- à croc -
Extension du domaine de la lutte
Port de Barrosa (ou de Barroude) 2534m Lorsqu’en mars et avril 1938, les troupes nationalistes, prenant Barbastro, investissent par le sud la partie est de l’Aragon et le nord-ouest de la Catalogne, l’armée républicaine espagnole se replie vers le nord. Adossée à la frontière, elle va, dans la « bolsa » de Bielsa (« la poche de Bielsa ») opposer une résistance héroïque, acharnée, ingénieuse pendant près de trois mois, jusqu’en juin. Dès le mois d’avril est organisé l’exode des civils : en une petite dizaine de jours, plus de 4000 républicains, habitants des vallées proches laissant tout derrière eux, vont former une colonne ininterrompue à travers « la frontera », la frontière franco-espagnole, matérialisée par l’imposante et apparemment infranchissable muraille des Pyrénées. Ils vont pourtant escalader ce mur par plusieurs cols devenus célèbres pour les randonnées pyrénéennes transfrontalières : Port d’Ourdissetou, Port de Bielsa, Port Vieux et Port de Barroude (ou de Barrosa). 8000 combattants militaires et miliciens, vont résister à une armée franquiste de 15000 hommes, appuyés par l’aviation allemande et italienne. Il semblerait, selon une source de la Vallée d’Aure, que ces derniers aient, dans un geste offert aux civils, attendus le dernier passage de la frontière d’un soldat républicain, dans la nuit du 15 au 16 juin 1938 vers 4h du matin, pour bombarder davantage la « bolsa de Bielsa ».
Port de Bielsa (2425m)
en descendant sur le Port Vieux (2300m)
C’est sur ces chemins qu’est née l’idée d’un guide de randonnées thématiques, alliant le plaisir de la marche, l’admiration des grands et beaux espaces pyrénéens et l’histoire. Car si le promeneur, marcheur, randonneur emprunte aujourd’hui ces chemins bien balisés, cairnés, où il est finalement difficile de se perdre et où la sécurité est assez simple à assurer, il n’en a pas toujours été de même. Aujourd’hui, dans les Pyrénées, lors d’une randonnée, il est extrêmement facile de franchir la frontière, voire de la suivre une journée entière par la ligne des crêtes, tantôt en France, tantôt en Espagne.
En 1938, puis ensuite pendant la seconde guerre mondiale, beaucoup de réfugiés espagnols d’une part, et d’évadés de France d’autre part, y ont parfois laissé la vie, en voulant gagner la liberté.
C’est tout l’objet de ce projet dont voici aujourd’hui, bien modestement, le premier épisode. Peut-être un jour prochain, si le bébé grandit et trouve un œil et une oreille intéressée auprès d’un éditeur, pourrons-nous randonner « utile », ou du moins en gardant à l’esprit ces témoignages d’histoire et de vie (rassemblés dans de nombreux livres, dont celui d’Emilienne Eychenne : « Les Pyrénées de la Liberté ; les évasions par l’Espagne, 1939-1945 », Privat 1998), et la beauté des paysages face auxquels l’homme se sent petit et qu’il doit approcher avec tout le respect et l’humilité due aux espaces de montagne, qui ne lui sont que rarement favorables.
En cheminant sur ces sentiers, au départ de l’Hospital de Parzan, et par la suite sur les chemins frontaliers empruntés pendant une semaine, je pensais à tous ceux-là : hommes, femmes, vieillards, enfants, malades, blessés, soldats réguliers, miliciens, réfractaires au STO, Juifs, pilotes tombés en zone occupée, futur résistant... Avec des moyens rudimentaires, et sans avoir le nez en l’air comme le fait le randonneur d’aujourd’hui équipé en quechua, ils ont franchis la frontière, attendue depuis longtemps, espérée autant que crainte. Certains y sont parvenus, d’autres non. J’ai la chance d’y être arrivé à chaque fois. Et si nous pouvons le faire aujourd’hui librement, c’est grâce à eux.
Hasta la victoria siempre !
(A suivre… )
Hourquette de Cap de Long (2900m)
Port de Campbieil (2596m)
du Port de Bielsa au Port Vieux (crête frontalière ; au fond : la crête du Cirque de Troumouse)
Lacs de Barroude, 2355m
Lacs de Barroude, 2355m
Port d'Urdiceto, 2403mOmbres & lumière
Grotte de Casteret (2800m), massif Gavarnie - Mont Perdu Le corps encore ensommeillé et endolori des affres du sac à dos hissé la veille peine à se mettre en route. Pour l’instant il ne s’agit que de sortir du duvet froissé, cocon protecteur sous la toile de tente posée là, façon bivouac, sans nulle autre assistance que l’appréciation du lieu et le coup d’œil inquiet à l’horizon de la météo nocturne. Quand enfin l’horizontal rejoint la position verticale, pour cette alliance journalière qui doit nous conduire ailleurs, toujours plus loin et – si possible – plus haut, alors l’œil se met lui aussi à reprendre vie. Et l’esprit !
Vignemale sortant des nuages, depuis le Balaïtous (3144m)
Des ombres et de la lumière jaillissent alors, ou parfois se montrent plus discrètes et inattendues comme au sortir de cette grotte de Casteret derrière la brèche de Roland, dans ce décor fantasmagorique et de science-fiction du côté espagnol. Il nous vient alors d’autres images, lunaires celles-ci. Et ce n’est pas le trépied du Balaïtous qui nous contredira, camarade.
Balaïtous (3144m)
Le soleil a rendez-vous avec la lune, et surtout avec les montagnes et les nuages, haleine d’Hercule sur l’olympe frontalière – nous ne quitterons jamais cette ligne du partage des terres – tantôt épaisse comme l’humide fraîcheur et moiteur qu’elle apporte ; tantôt légère comme une « mousse de rayons » (salut Arthur ! ). Sortir de l’ombre pour entrer dans la lumière, et y rentrer de nouveau. A l’image de l’aube fraîche à quelques mètres maintenant des premières roches de l’Ossau, dans ce fameux virage du col de Suzon, avant d’attaquer l’ultime pente qui fait basculer vers un autre univers…
Col de Suzon (2145m)
Nous ne savons plus si le jour recommence ou si le jour finit, si le crépuscule approche ou si l’aurore va déchirer le ciel, peindre et caresser la roche de sa chaleur nourricière, comme pour un acte charnel d’une matrice régénérante.
Lac d'Aule (2042m)
Nous ne savons plus quelle heure il est, ni quel jour nous sommes. Nous avons l’unique certitude d’être vivant et d’être là, tout juste toléré, comme des mendiants de passages, l’enfer succédant toujours au paradis sur ces pentes (in)hospitalières.
Glacier d'Ossoue, massif du Vignemale (3298m)
Massif Gavarnie - Mont Perdu depuis le refuge de Baysselance
Eté

Cette fois, ça y est, l'été darde ses rayons d'argent et cogne dur sur une nature ouverte et néanmoins verdoyante...
Souvenez-vous, ici et là comme ce pan de montagne aux allures anodines change de texture ! D'ailleurs, nous allons vérifier quelques jours si l'herbe est bien coupée, les cailloux bien rangés, les sommets bien ordonnés. Quelques nuits avec comme seul toit le ciel pur, se moucher dans les étoiles, goûter la fraîcheur des lacs et torrents tumultueux ou plus calmes, et tout ce que la nature nous réservera de bon, beau et surprenant à la fois...
A bientôt.
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