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Le jour. D'après fred sabourin
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le jour d'après Fred...

28 Juillet 2006 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #voyage - voyage...

                                   « Je suis un soir d’été »

C’est une rue calme du vieil Angoulême. On y entends, par les fenêtres ouvertes, la vie des gens du dedans. Téléviseur, discussions, rires et jeux d’enfants. Assiettes et verres qui s’entrechoquent dans le bruit du repas qui se termine. Chansons à la radio. Jacques Brel racontait dans « Je suis un soir d’été… » que « les nappes tombent en miettes par dessus les balcons ».
Au centre de la rue, la petite place bruisse du cliquetis d’une eau rafraîchissante, dans la fontaine où des enfants jouent à l’arroseur arrosé. Tout le reste se tait, enveloppé de chaleur et du cri strident des étourneaux qui filent entre les pierres des façades.
Errant moi aussi, d’une sorte de langueur toute estivale, et nonchalant sans scrupules, je regarde la perspective de la rue qui forme un entonnoir, et laisse s’échapper un rectangle de ciel bleu presque nuit. Seuls les fils électriques coupent la quiétude visuelle de ce spectacle singulier. Je ne serai pas surpris d’y croiser un funambule, agité fébrilement par l’équilibre instable de sa position. Dans certaines villes côtières, derrière une rue étroite, après avoir un petit peu monté, il y a la mer. D’ailleurs ici on dirait la mer. On la sens. On l’entend presque. D’où je suis l’illusion est parfaite. Pas besoin de coller mon oreille à un coquillage, lever les yeux suffit.
Solitude sensorielle et voyageuse du promeneur dans sa propre ville, quand « Minage » veut rimer avec « plage ». Dans tous les cas, c’est une invitation au voyage. Pour un simple soir d’été.

 

(en hommage à Jacques Brel)

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the day after...

10 Juillet 2006 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #édito

                                           La tête et les jambes
Zidane, ange et démon
      L’étrange défaite. Etrange défaite que celle d’une équipe de France pourtant techniquement et physiquement plus dominante contre l’Italie en finale de la coupe du monde à Berlin. Elle revenait de loin cette équipe, ce groupe d’intrépides joueurs de football emmenée par son sélectionneur, lui qui n’a jamais douté. Pas comme nous. D’abord conspuée et traînée dans la boue médiatique et familiale de « ceux qui ne comprennent pas », cette équipe de France est parvenue à l’incroyable. Il faut admettre qu’à mesure où le niveau de jeu s’est élevé depuis quelques années, dans les championnats nationaux, européens et les grandes compétitions internationales, notre niveau d’exigence c’est lui aussi élevé. Jusqu’à devenir trop exigeant peut-être vis à vis de ce qui reste… un sport. Un sport avec des gagnants, et des perdants. Un sport où la chance fait aussi partie du jeu, le sort, être au « bon endroit au bon moment » : d’une tête, d’un pied ou d’une main. Les sponsors, les salaires des joueurs, les enjeux boursiers, la FIFA, les tricheries, le dopage, et même chacun des (télé) spectateur, ont fait dangereusement pencher la balance, de sorte qu’aujourd’hui la défaite est de moins en moins acceptée. On cherche des coupables. Le bouc émissaire. Rien de nouveau sous le soleil de l’humain, dira le sage… 
A ce petit jeu de l’homme fort et de son côté obscure, Zinédine Zidane, notre « Zizou » national, a payé cher la note d’un chapeau trop petit ou trop lourd à porter, c’est selon. On va beaucoup, beaucoup argumenter sur ce carton rouge pour ce «pétage de plomb », ce coup de boule qui nous plongea, rouges de honte et de confusion, dans la noirceur de ce qui fait les plus mauvais moments du sport, si c’en est encore un. Etrange geste, très probablement la dernière et ultime réponse à ce qui a du être une agression verbale, une insulte de trop, de plus, ou tout simplement trop bien ajustée et guidée par le mépris, sport mondial. La coupe était pleine donc, et « Zizou » a perdu la tête… Après l’avoir si bien utilisée, cette belle tête de vainqueur, ce regard si calme dans les moments les plus importants (et ce jusqu’à quelques minutes auparavant !). Cette tête de Zidane qui nous envoya au « paradis » des vainqueurs en juillet 1998 par deux fois dans les buts brésiliens. Cette tête qui faillit bien « crucifier » le gardien transalpin Buffon, qui du coup avait l’occasion de le faire en arborant un rictus vengeur au moment de changer de terrain. Six ans plus tôt, l’Italie rebouchait le champagne à 17 secondes de la fin du match, assommée par un but qui ne valait pas encore de l’or, mais c’était tout comme.
En perdant la tête, Zidane nous prouve que le foot reste un jeu d’êtres humains, capables du meilleur comme du pire, on le sait bien au fond. Il nous prouve aussi, que la vie d’un homme n’est peut-être pas uniquement la somme de ses actes, et Dieu merci. Le magicien Zizou nous a bien fait rêver, vibrer, oublier un temps nos soucis, grâce à sa tête, mais aussi grâce à ses jambes. On ne t’en veut pas Zinédine, vraiment t’étais le meilleur et on est bien content de t’avoir eu à notre table le soir à l’heure du dîner depuis plus de dix ans. Tu auras toujours une assiette et un verre. Toi qui a fait tant de gestes de génie, et pris tant de cartons rouges. Tu étais un magicien du football, un magicien du sport. Tu redeviens désormais un homme, que tu as toujours été, un mari, un père, un fils, un frère, pour nous tous : un bon copain. Et pour tout ça, et tout le reste, tu peux coiffer fièrement le chapeau que nous te tirons bien bas, sans rancune ni tristesse.
Chapeau l’artiste !
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chronique du temps qui passe... vite !

5 Juillet 2006 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #l'évènement

                                  attends, deux secondes !

Avis Décathlon Quechua Toile de tente 2 secondes
         On ne se rend pas compte à quel point on a gagné du temps depuis quelques temps. Gain de temps, dans tous les domaines : des transports aux communications en passant par le temps de travail, grignoté pour qu’il laisse plus de place aux loisirs, jusqu’au camping ! Oui j’ai bien dit « camping ». Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais une grande firme de vêtements et matériel de sport (logo bleu sur fond blanc…) a créé la tente « deux secondes ». Deux secondes ! On prend la tente, on la jette en l’air, et elle retombe… montée, prête à servir ! C’est dingue ! Vous en aviez rêvé, ils l’ont fait ! Il n’y a plus qu’à enfoncer les traditionnelles sardines, soit environ 15 secondes en fonction de la nature du sol. Et ces petites merveilles font fureur ! Pour 45 euros environ, et sans doute moins pendant la période des soldes, vous pouvez acquérir une « deux secondes ». Fini l’énervement des tentes montées à la va-vite sous le vent ou l’averse. Fini les ficelles qui s’emmêlent. Fini ce qui faisait peut-être aussi le charme du camping : le choix de l’emplacement, l’orientation, les discussions et surtout… l’entraide. Car il fallait être deux pour monter une tente, on faisait connaissance, des histoires sentimentales sont nées de cette « étroite » collaboration. D’autres aussi se sont brisées sous l’orage d’une tente mal montée ou d’un sol truffé de racines… Aujourd’hui, il faut toujours être deux pour monter la tente. Mais ce sont simplement des secondes dont on a besoin. Deux pour être plus précis. Et pour le thé, il faut être combien ?
Ce progrès technique libère du « précieux » temps pour le reste. Mais quel reste ? On gagne un temps fou, mais on se plaint toujours d’en manquer…
Alors je pose LA question : une fois la tente montée en si peu de temps, qu’est-ce qu’on fait ?
Réponse : « attends, deux secondes ! »

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le péril jeune

4 Juillet 2006 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #étonnement

                                                passe ton bac d’abord…


          Les jeunes sont de retour dans la rue ! Hier matin, ils battaient de la semelle sur le pavé de ma vieille rue, devant le lycée Ste Marthe. Mais cette fois, il y avait comme de l’électricité dans l’air, et quelque chose était différent : des parents étaient là aussi, anxieux, le regard nul part et partout à la fois. Des téléphones triturés dans tous les sens, des mouchoirs chiffonnés au creux de la main, les cigarettes grillées nerveusement. Plus rien à voir avec les sorties de classe du mercredi ou du vendredi, insouciantes et éprises de l’excitation propre à l’arrivée du temps libre. D’un seul coup, des cris, de la joie, des embrassades, des accolades, des bras levés en l’air, le point serré et rageur. Les mains formant un cône se saisissent du visage, enveloppant le nez et la bouche : quel est se signe tribal qui prend les jeunes et leurs parents, là, ici, dans cette vieille ruelle du vieil Angoulême ? Le directeur de l’établissement est là lui aussi, deux jeunes filles, enthousiasmées par leurs résultas, semblent presque tomber à la renverse et il les retient de justesse. Il y a aussi, là bas, dans le coin d’une austère porte cochère une jeune fille en larmes, le portable greffé à l’oreille. On devine la teneur de la conversation, avec un père ou une mère, cherchant le réconfort après cette lourde déception. Derrière moi, une sympathique jeune lauréate s’écrie : « allo, maman ? Ca y est je l’ai !! ».
Oui mais de quoi s’agit-il donc ? Du bac, ce précieux sésame qui ouvre les portes d’un avenir qui reste encore à dessiner. Le bac, qui ouvre aussi la porte des vacances, celles qui auront été désirée par ceux qui ont entendu pendant un an : « passe ton bac d’abord».

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la chronique sur la vie d'aujourd'hui...

24 Juin 2006 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #étonnement

                                  attention, travaux…

    Dans ma rue il y a des travaux. Et moi j’aime regarder les travaux. C’est l’ancienne clinique Ste Marthe qui est en démolition. Le puissant tractopelle saisit de ses mâchoires d’acier le calcaire d’une pierre bien charentaise, mais devenue grise, patinée par le temps. Une maison qui s’écroule, c’est toujours un peu de l’humain qui s’en va. On imagine la vie qu’il y avait à l’intérieur. Par la façade éventrée, on aperçoit encore les restes des chambres. La peinture jaunie, les câbles pendent en triste pantins désarticulés. C’est plus fort que moi, je pense à ces vies sauvées dans ces espaces désormais à ciel ouvert. Les malades qui étaient ici. Leurs angoisses, leurs souffrances, les longues nuits de veille, quand le sommeil ne peut venir. Les rires des enfants qui visitent les malades, et font fi de l’ambiance, apportant une note joyeuse à la vie blessée. Je pense aussi aux soignants, qui ont arpentés les couloirs de cette clinique, qui ont pansés, rassurés, accompagnés malades et mourants. Au premier étage, on voit encore une tablette accrochée en hauteur : sans doute pour une télévision, précieuse fenêtre sur un monde dont on ne fait plus partie lorsqu’on est allongé sur un lit médical. Des débris de plancher pendent en drôle de langues. On voit désormais tout un espace qui auparavant nous était interdit. La perspective prend de la profondeur. C’est toute une rue qui en est changée.
Au fond de ce qui reste encore de cour, le tractopelle trône, chaud encore de sa ripaille gargantuesque. On l’entend presque digérer ce qu’il a mis au sol et ingurgité, dans un cliquetis de tôles en refroidissement, baignées d’huile chaude. Nous sommes dans ce laps de temps où l’homme hésite entre son ancienne humanité blessée et la machine surpuissante, qui vient faire du neuf. Qui des deux l’emportera ?
Je presse le pas : l’inquiétante dévoreuse de façades me regarde fixement… Je ne fais pas partie des meubles !

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surf mamie, surf...

20 Juin 2006 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #l'évènement

                                    Brice… de Parisss ! 

         On imagine pas à quel point la mer monte… Jusque dans le bus n° 95 qui passe à la gare Montparnasse. En sortant du TGV, le voyageur prend de nouveau conscience de la chaleur, et de la nécessité d’y remédier. A l’arrêt de bus sur le parvis, un homme passe, portant sous le bras… un surf ! C’est encombrant, un surf, quand on n’est plus allongé dessus du côté de Lacanau ou Hossegor… Le mieux c’est qu’il passe presque inaperçu… Encore provincial aux sens en alerte un instant auparavant, l’usager des transports urbain redevient parisien blasé dès le premier mètre de pavé.
Mon œil s’amuse de ce surfeur de bitume, qui doit faire de nombreux efforts pour faire entrer sa planche dans le bus qui vient d’arriver.
A l’intérieur, il trône fièrement à ses côtés, le teint hâlé de la tribu des glisseur, et la chemise grande ouverte. Ca y est, j’ai deviné : c’est Brice de Parisss, le roi de la glisse !
Je suis « cassé »…

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le nombril du monde

19 Juin 2006 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #l'évènement

                                     Moi, et mon nombril…

            « Le nouvel annuaire. Moi. Ma vie. Mes voisins. Mon quartier ». Slogan actuellement sur tous les murs du métro de Paris. Le visuel est explicite : une photo d’un ventre (homme ou femme) sur lequel est tatoué un plan de ville, avec le nombril au milieu. Le communiqué de presse précise : « l’objectif est de montrer que l’individu est au centre du nouvel annuaire. Celui-ci devient un outil qui l’aide à construire son propre monde dont il est le centre. Le nombril comme centre du plan de quartier symbolise la proximité, l’intimité et le lien (…)  aider les gens à mieux s’intégrer et s’approprier le lieu dans lequel ils vivent»
Drôle d’époque ! Moi, moi, moi et… mon nombril ! L’individu triomphant, tatoué sur le ventre plat des publicités qui frisent l’obésité, quatre mètres sur trois. L’individu au centre de la vie du quartier, par définition épicentre de la collectivité, du lien social, de l’entraide. Pour quiconque a déjà vécu à Paris ces derniers temps, rien d’étonnant à cette allégorie des temps qui courent. La vie de quartier est en réalité souvent une vie de solitudes, faussement collective lors de « repas de quartiers » où on sort les petits plats, les nappes à carreaux, les chaises et les bouteilles, en oubliant l’hiver. L’été caniculaire de 2003 a rappelé à beaucoup que dans « mon quartier », parmi « mes voisins », certains étaient bien âgés, et surtout bien seuls.
Le nouvel annuaire peut-il devenir un trait d’union ? Ou bien ne restera-t-il qu’une danse du ventre, trop rempli pour les uns, et trop vide pour les autres…
Le nouvel annuaire peut-il être le nombril du monde ? De mon monde…
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mais où passe le temps ??

13 Juin 2006 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #l'évènement

                                  à la bonne heure !

    Le clocher de la Cathédrale s’est tu. Et pourtant nous ne sommes pas dans cet espace – temps entre le soir de la Cène et le tombeau ouvert : les cloches ne sont pas à Rome ! Elles sont bien là, mais se taisent.
Les cloches sont des personnes, on leur attribue un prénom (féminin, sauf le bourdon…), et il faut parfois les soigner. Leur support de bois, madriers forts et résistants, plient sous l’action du balancement de la fonte sacrée. Au bout d’un siècle, il faut les changer. Aussi, les ouvriers les ont bâillonnées.
Leur fierté est à l’arrêt. Plus de sons, plus de ritournelles, trois coups au quart d’heure, quatre fois trois à l’heure pile. Marteau frappée sur « Marie » la cloche des heures (1,5 tonnes…) en sourdine. Comme un silence sur la partition de la ville.
Et on ne sait plus quelle heure il est ! Dans le paysage sonore de l’urbain plateau, plus de marque du temps. Plus d’appel à la prière des anges, ni à 8 heures, ni à midi, ni à sept heures du soir, clin d’oreille au soleil qui s’en va. De mon bureau sous les arcades du clocher nord, plus de résonances. Je ne sais plus l’heure, et je me perds. Suis-je en retard ? Suis-je en avance ? Où est passé le temps ? « On ne voit plus le temps passer » disent certains. « Le temps fait beaucoup" disent d'autres. Sagesses populaires ressassées pour exprimer notre dégoût et angoisse de la vie déjà partie et dont on ne sait si elle reviendra. « Vienne la nuit, sonne l’heure, ni le temps passé, ni les amours reviennent… ». Sous le clocher de la Cathédrale coule l’heure. Revenez, cloches qui rythmez la vie, la prière et le temps : Pierre et Paul, Marie, Henriette, Caroline et Marguerite. Ainsi les cloches nous disent : à la bonne heure !

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il fait dimanche...

6 Juin 2006 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #l'évènement

                                      Esprit, es-tu là ?

Dimanche matin. Fête de « Pentecôte ». Dimanche de juin surtout,  le premier qui décide de prendre ses quartiers d’été. Raison suffisante pour pousser un peu plus ma bicyclette où le pain et le journal frais sautent sur le porte bagages, en revenant des halles. Je pousse donc jusqu’aux remparts, ce « balcon du sud-ouest », selon le poète. La place Beaulieu est vide… Vraiment vide ! Pas une voiture, pas un piéton, pas un chien qui ne promène son maître : rien ! Pour l’étranger à la ville, ce spectacle n’aurait rien d’un événement. Et pourtant, je vous dit qu’il est très rare de voir cette place vidée de tout artifice de la vie moderne. Je regarde l’ordonnancement des platanes. La rectitude austère des grilles du lycée Guez de Balzac. La verticalité du clocher de St Ausone, qui dépasse comme un iceberg des murs protecteurs de la ville. Le ruban gris de bitume qui s’en va à perte de vue, comme une piste de décollage. Des lignes, graves, dures, fortes, mais aussi la chaleur des arbres qui invitent à la folie. La lumière du matin rend ce lieu encore plus cru. On cherche en vain le « premier homme ». Il se cache. Il se tait. A-t-il peur ?
Par dessus les arbres, juste sous le ciel bleu du peintre, les feuilles bruissent doucement. Le vide n’est pas total : il y a un peu de vent. Alors je me souviens de la fête du jour, et j’interroge : Esprit, es-tu là ?

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le jour d'après... (une chronique sur la vie d'aujourd'hui)

31 Mai 2006 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #édito

                                  Abondance…

Vertement vêtue, elle est là, miroir d’un rêve, après avoir pleurée de pluie et le froid tout l’hiver. Le mois de mars l’a copieusement abreuvée. Avril a hésité, il l’a tellement désirée ! Mai la rend accessible.
Elle, dont le poète Pierre Boujut disait qu’elle n’est ni « civilisée, ni sauvage, mais heureuse ». Puis il ajoutait : « ceux qui s’y baignent le savent bien ».
La Charente, il faut la nommer, est abondante. Elle ne ressemble pas encore à la mélancolie ni au spleen de ses méandres paresseux du cœur de l’été, lorsqu’elle nous manquera, par trop forte chaleur. Elle ressemble pour l’instant à ces bohémiennes aux corsages entrouverts, aux seins lourds des femmes qui ont enfanté. Saintes-Maries du fleuve, dansez pour nous ! Actuellement, son débit n’est pas nomade. Elle va, d’un pas décidé. En la regardant, on voit bien qu’elle appelle. On hésite un peu, le pied d’abord, puis le mollet. Elle a la fraîcheur des premiers jours. Mais derrière les arbres, le soleil finit de nous persuader : on aura chaud en sortant !
Alors je plonge en entier dans l’onde de cette matrice où tout recommence. Charente. Une fille pour un fleuve. Féminin – masculin. Promesse d’une fécondité. Je promets quant à moi de profiter au mieux de cette généreuse personne, qui, de ses cheveux humides rend encore plus belle la sensualité de ses eaux abondantes.

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