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Le jour. D'après fred sabourin
Articles récents

A Single Man

25 Février 2010 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #chronique cinéma



De Tom Ford. Etats-Unis 2009. 1h40. Distributeur : Mars Distribution. Avec : Colin Firth ; Julianne Moore…


A Single Man


A Single Man n’est-il qu’un film pour homo ? Sur le papier (glacé des magasines glamour) ça y ressemble : esthétique esthétisante, beaux mecs cintrés dans des chemises immaculées, coiffures impeccables et joues imberbes, californian way of life où on se baigne nu (vraiment ?), whisky et Lucky Strike à gogo, femmes blondes et parfumées juste pour le décor et un petit plus de sensualité – mais toujours pour souligner celle des mâles. Ajoutez de la musique chic, mélange de classique et de jazz vocal avec même un petit soupçon de Gainsbourg, des bagnoles années 50 et de splendides villas. Tout y est. On en crève d’envie.
En réalité, A Single Man est un film sur la vieillesse, l’âge, la fuite du temps, retournez le thème dans tous les sens, c’est celui-là qui compte.
Lorsque cette jeune fille blonde à tresses impeccables sur une robe azur non moins impeccable, plante son regard bleu et innocent dans celui de George (Colin Firth, impérial), c’est à nous, spectateur jusqu’ici séduit par le désir de suivre à la trace cet homme singulier, qu’elle murmure : « tu as beau faire le beau, ta jeunesse fout le camp, mec ». C’est là toute l'ambigüité quand on aime les garçons : combien de temps sera-t-on désirable, beau, jeune, riche et sans matière grasse ajoutée ? Combien de temps dure cette insouciante jeunesse ? Combien de fois peut-on en jouir ? Qui la rompt comme un vieux crouton de pain et nous laisse sur le carreau d’une vie d’un coup devenue fade et sans saveur ? Est-ce la mort, comme celle de Jim, après seize ans de fidélité ? Seize ans… comme l’âge d’un bon whisky, que George se sert par rasade, pour oublier qu’il ne fume plus depuis qu’il l’avait rencontré. Outrage du temps qui semble avoir une prise sur la blonde Charley (Juliane Moore), une vraie blonde précise-t-elle à George lors d’un dîner d’adieu où il n’y a pas que le gin qui soit « tonic ». Confidences sur un oreiller, et premier constat amère pour les hétéros de la salle : si la mort ne les avaient pas séparés, Jim & George seraient encore ensemble. Alors que Charley, elle…
« Nous sommes invisibles » : magistral cours du professeur George / Colin Firth, qui se verra rendre l’ascenseur par le jeune Kenny, avant d’aller à l’échafaud ? A Single Man est sans doute trop beau pour être vrai : les couleurs y sont changeantes, comme le ciel de nos âmes, comme la teinture de nos costumes. Flamboyante jeunesse, grisaille de la quarantaine, sépia pour la fin de vie, et les regrets qui l’accompagnent. Traveling avant dans cette fac où George, qui ne se remet pas de la mort de son compagnon huit mois après, et décide que cette journée sera la dernière, à contre-courant des étudiants dont l’insolente jeunesse croise l’homme mort, déjà.
Une scène, une seule, pour terminer : un enfant de cette « american way of life », jaillissant devant George avec une mitraillette factice entre les mains. Son visage couvert d’urine comme un chien pisserait sans vergogne sur ce qui lui est indifférent. Et cette réplique de Colin Firth : « arrête de tuer des gens ». La jeunesse tue.
C’est tout cela et bien plus encore, A Single Man, un film qui a singulièrement des c…





A Single Man



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A Single Man




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A Single Man



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Putain de crise !

24 Février 2010 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #quelle époque !



Les conséquences de la crise que nous vivons sont nombreuses. Mais certaines sont inattendues. Le chômage – ou la crainte d’y tomber – est tel que d’anciens ministres de la mitterrandie acceptent n’importe quel poste proposé par le Prince Tout Puissant de la République. Comme les Auvergnats : « quand il n’y en a qu’un, ça va, c’est quand il y en a plusieurs que ça pose problème ».
Il y a pire : certains anciens ministres ont du mal à savourer le quotidien de leurs mandats électifs retrouvés. On connaissait une ancienne garde des sceaux devenue avocate par « validation des acquis d’expérience » (ainsi elle sera peut-être la première victime de sa fameuse carte judiciaire). Le meilleur nous avait échappé. Que devenait Santini, après avoir brillé comme secrétaire d’Etat à la fonction publique ?
Et bien il allait voir Madame Irma, pour y lire dans sa boule de cristal et dans les astres les résultats des prochaines régionales. Avant le désastre ?



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Certains l'aiment chaud

17 Février 2010 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #concept




Der Spiegel


Etrange sentiment devant la couverture de l’influent hebdomadaire allemand Der Spiegel (traduction : « la glace »). Les buralistes français ne s’y sont d’ailleurs pas trompés : ordinairement planquée ou recalée dans les coins, cette presse étrangère trouve une bonne place dans les présentoirs depuis une semaine.
C’est très racoleur, je vous l’accorde. Le titre est sans équivoque : Die scheinheiligen, que l’on peut traduire par : « les hypocrites ». En sous titre : « l’Eglise catholique et le sexe ». A l’heure même où Benoît Seize reçoit les évêques irlandais au sujet des années de scandales pédophiles qui secouent la terre des O’Conneil et O’Kallaghan, cette couverture fait figure de bombe (sexuelle ?). L’Eglise allemande serait-elle demandeuse d’une opération « vérité – épuration » des brebis galleuses au sein de ses rangs ? C’est en tout cas ce que laisse entrevoir la série d’articles dans l’un des plus influent hebdomadaire d’information d’outre Rhin.
On s’interroge, de ce côté-ci de la ligne bleue des Vosges : une telle couverture ne déclenche-t-elle ni foudres ni interpellations publiques pour le moment ? On ose à peine imaginer ce qu’il en serait si, à la place de ce splendide cardinal à la main baladeuse, on y voyait d’autres prélats d’autres religions monothéistes, affublés du même titre. Une affaire d’Etat assurément ! Provocation, cris d’orfraies, condamnations unanimes, ouverture du 20h…
A moins que tout cela n’illustre la vertu évangélique de l’aumône, dont le carême approchant fera lire publiquement le récit de Matthieu ou de Luc :
« Quand tu fais l’aumône, que ta main gauche ignore ce que donne ta main droite ».

Si tel était le cas, on en aurait der spiegel dans le dos !





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Morée haute et Morée basse

11 Février 2010 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #l'évènement




« C’est un buffet pour la presse là ! Ne vous servez pas svp ! C’est pour la presse ! ». La chargée de communication de la sous-préfecture de Vendôme a beau faire de la résistance, les gorilles ont déjà englouti deux viennoiseries humidifiées dans un petit noir. Noire, c’est aussi la couleur de leurs parkas et costumes. « Les hommes du Président » viennent d’investir la salle de presse de Morée, petit bourg de 1000 âmes dans le Perche vendômois, aux limites du Loir-et-Cher. Comme un vol de gerfauts hors du charnier natal, fatigués de porter leurs misères hautaines, de leur œil bleu acier ils ont chouffé dans tous les coins, ouverts toutes les portes, et jeté un œil suspicieux aux « journaleux » qui tentaient – en vain – de se connecter à internet. Ca tombait bien, Il venait parler de ruralité et de « fracture numérique », flanqué de plusieurs ministres et porte-serviettes, dont NKM, secrétaire d’Etat chargé des nouvelles technologies. Il est 8h45, le Président n’arrivera que dans une heure trois quart, mais déjà les tasses sont pleines, et la tension palpable.
Palpés, nous l’avons été en arrivant dans la salle des fêtes (mal nommée pour une fois) de Morée. Portillon, vide poche, fouille au corps. Mon caban a sonné évidemment, les boutons d’officiers de marine étant plus compatibles avec les embruns du large qu’avec la sécurité intérieure. Puis on nous a badgé. Et offert un café donc.
A 9h, une horde de journalistes parisiens chaudement vêtus et croulant sous les besaces remplies de matériel technologique, franchit la porte. Comme en terrain conquis, ils prennent d’assaut les prises de courant et s’étonnent, aussi, qu’internet « ne marche pas ». Déjà les persifleurs persiflent sur la « ruralité » du lieu. Même les "Ail faune" sont intermittents, c'est dire si on doit être dans un trou.
A 9h30, branle bas de combat, tout le monde dans le car affrété spécialement pour la presse, direction Cormenon pour la visite d’une usine de traitement de surface. Classée « sévéso » (ça veut dire que ça peut brûler d’ailleurs ça a déjà brûlé trois fois), on nous précise bien de ne pas cloper trop près de la porte. Le hangar dans lequel nous attentons Monsieur le Président est glacial. Il commence à neiger. Justement on s’en grillerait bien une. L’équipe cynophile passe avec un jeune berger allemand qui renifle partout, au cas où une bombe… Alors que la bombe est à l’intérieur, produits chimiques inflammables à tous les étages.
Enfin, Il arrive. Les employées sont aux avants postes, appareils numériques en main (alors qu’on vient d’engueuler les photographes qui n’avaient pas le bon badge en précisant « pas de photos sans le badge ! Seules l’AFP et l’AP sont accréditées ! »). La com’ élyséenne va encore en prendre un coup. L’ambiance est électrique. Je serre mon micro dans la main droite, autour de nous, les gorilles en costards sombres sont comme des corbeaux : partout.
Visite au pas de charge, mais Il prend le temps de toucher des pièces mécaniques exposées pour l’occasion. Des petits ateliers sont disposés avec un employé derrière : ne manque que la vitrine ou les barreaux pour faire musée vivant. Rapidement, les « petits médias » locaux sont distancés par speedy-président (qui ressemble de plus en plus à De Funès !). Je me trouve largué au-delà de la ligne des 22 et je remarque à ma gauche une femme très maquillée avec un grand châle jaune - orange : Roselyne ! C’est Bachelot qui se promène dans l’usine en devisant avec un gars de France Bleue. Je m’approche pour profiter de la conversation et une minute après, le concurrent fout le camp, elle se retrouve seule. J’en profite pour tendre le micro et c’est quasiment bras dessus, bras dessous que durant 3 mn 24s (c’est inscrit sur mon petit enregistreur numérique) je l’interroge sur « les maisons de santé pluridisciplinaires ». A la fin, j’hésite à lui dire que ma mère l’adore, surtout depuis le coups des Crocks roses (des sandales à chier qu’elle avait un jour aux pieds) et que personnellement, quand Cantelou l’imite sur Europe 1 je me bidonne. Un éclair de bon sens fulgurant m’empêche de sortir cette idiotie.
Puis Il discute avec les employés, de tout, de rien (le PSG notamment !). Je vise NKM, mais elle ne le quitte pas d’une semelle. Les appareils photos numériques des ouvrières crépitent. Je repense à la régisseuse de l’Elysée et son coup de sang contre les journalistes non accrédités photos de tout à l’heure… Du coup, je sors mon téléphone portable, et je fais aussi des photos. Oui, elles sont floues, mais je m’en fous, j’ai enfreins la loi en sa présence !! Je savoure ma petite victoire.
Et puis hop ! Tout s’enchaîne ! La C6 blindée attend dehors, il neige de plus en plus. Au loin, on aperçoit les contribuables de Cormenon congelés qui applaudissent avec leurs moufles, mais c’est à peine si on les entend. Nous remontons dans le bus direction Morée où la situation a changé : la population du village a doublé, ce qui n’a jamais dû arriver dans l’histoire. Une foule fouillée au corps a pris place dans la salle des fêtes. Discours, applaudissements. Tout est en ordre.

La presse, dans la salle ad-hoc, est assise à des tables, comme à l’école. On nous a distribué le discours des « conclusions des Assises de la ruralité », qui était sous embargo jusqu’à midi.
Et là, croyez-moi si vous voulez, mais tous les journalistes – des médias les plus nationaux au plus locaux – se prennent la tête entre les mains, penchés avec application au dessus du texte. Il en est même un qui mâchouille son stylo, comme le jour du bac de français.
Et chacun de se demander, au terme de cette demi journée pas comme les autres et pour certains, routinière : « mais qu’est-ce que je vais bien pouvoir raconter ? ».



Sarkozy Loir&Cher (10)


Sarkozy Loir&Cher (3)Tendance floue, c'est un concept...



reduit RCF, TF1 & Mercier(1)
"ce qui ne passe pas sur TF1 n'existe pas", disait Robert Namias.



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Le ciel lui est tombé sur la tête

9 Février 2010 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #édito



Recalé par le site www.sacristains.fr , le site « qui sonne les cloches » (mais pas trop fort donc…), vous aurez cet article sur ce blog.
Dommage que le comité de rédaction du blog sus cité ne soit pas à la hauteur du carillon fait autour du concept.
Comme dit le dicton : « beaucoup de bruit pour …  » (much ado about nothing).




Pourquoi aucun évêque français ne s’est rendu aux obsèques de l’archevêque d’Haïti ?

Le 23 janvier dernier, Mgr Serge Miot, archevêque de Port-au-Prince était inhumé à Haïti en présence du nonce apostolique, de l’archevêque de New-York Mgr Timothy Dolan, et l’archevêque métropolitain de Cap Haïtien. Mais aucun évêque français. L’Eglise de France et de nombreux mouvements et associations appellent aujourd’hui à la solidarité avec le peuple haïtien, rappelant les liens étroits qui unissent les deux Eglises.
Pourquoi la Conférence des Evêques de France n’a dépêché aucun de ses membres pour assister à ces obsèques ?
L’archevêque aurait-il pris une deuxième fois le ciel sur la tête ?

Mgr Marc Steinger, évêque de Troyes, président du mouvement Pax Christi France et évêque accompagnateur du CEFAL (le pôle Amérique Latine de la Conférence des Evêques de France) se rendra en Haïti du 12 au 19 février prochain. Si son entourage indique que cet évènement est majeur dans le soutien moral et physique aux Haïtiens, on aurait pu imaginer plus prompte réponse à la catastrophe qui a frappé l’île le… 12 janvier dernier. Un mois, déjà.

« Mgr Serge Miot est mort, on a retrouvé son corps dans les ruines de l’archevêché »
indiquait dans un court message le Père André le Barzic, prêtre français membre des Pères de St-Jacques. Une grande partie de la famille de Mgr Miot vit en France. Parmi les nombreux bâtiments d’Eglise touchés par le séisme, le séminaire de Turgeau s’est écroulé, la cathédrale est fortement endommagée.
Le directeur de Radio Soleil, radio chrétienne de Port-au-Prince et détruite elle aussi, interrogé sur RCF, regrette poliment l’absence de représentant de l’Eglise de France aux obsèques : « c’est vrai que la présence d’Eglises sœurs aux obsèques de Mgr Miot nous aurait sûrement encouragés. Mais peut-être qu’il y avait des problèmes de transport. Toujours est-il que nous comptons sur la solidarité et la prière de nos Eglises sœurs. Caritas a peu de moyen sur place. Nous comptons sur l’appui et le soutien de l’Eglise de France ». On ne saurait être plus diplomate sur la question.

Difficile de mener l’enquête, la question étant visiblement incongrue pour les principaux interlocuteurs que nous avons contacté, tant au secrétariat de la CEF qu’à l’archevêché de Paris, puisque nous pouvions imaginer un déplacement de Mgr André Vingt-Trois lui-même (pdt de la CEF). Le seul réponse véritablement officielle est celle des difficultés de transport aérien entre la France et Haïti. Pour quiconque a visionné le journal télévisé sur n’importe quelle chaîne, il aura pu constater que les journalistes français ont réussi à atterrir, eux, et ils n’ont sans doute pas été parachutés d'un Transall.
On songe aussi à un vol Paris – Haïti via New-York, puisque son archevêque Mgr Timothy Dolan a visiblement trouvé un vol et un endroit pour atterrir.

Pour le Père Philippe Klokner, du CEFAL, « c’est étonnant en effet d’autant plus qu’on connaît les liens qui unissent la France et Haïti d’une part, et des deux Eglises d’autre part », rappelant lui aussi la visite prochaine de Mgr Marc Stenger. « Peut-être a-t-il été prévenu trop tard ? » indique-t-il du bout des lèvres.

Il semble évident qu’on ne saura jamais vraiment pourquoi sur ce coup-là les évêques français ont brillé… par leur absence. Il est heureux de constater que cet acte manqué n’empêche pas le déploiement d’un zèle particulier affiché par les mouvements et associations d’Eglises dans le but de lever des fonds d’aide aux sinistrés d’Haïti, et d’organiser des liturgies thématiques. Ceci dit, lorsqu'une personne est en deuil, un soutien moral par la présence affectueuse est souvent apprécié. Chacun en aura fait, un jour, l'heureuse expérience...


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On va "fluncher" !

28 Janvier 2010 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #Presse book

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De son petit sac marin minuscule, Jean-Louis en extrait une photo écornée mais où on distingue très bien un régiment de parachutistes défilant sur les Champs-Elysées un 14 juillet. Au dos, une indication et une date : « 3è RPIMa, 14 juillet 1975 ». Jean-Louis, 55 ans, bénéficiaire du RSA et sans domicile, a le regard brillant : « et ouais ! j’ai défilé sur les Champs-Elysées moi ! ». Que reste-t-il de cette fierté d’un parachutiste du 3è RPIMa de Carcassonne ? Un bonnet rouge en polaire, des ongles en deuil, un petit sac cabas où tient toute sa fortune. Assis en face de lui, Dominique, à la moustache fournie, 54 ans, est employé de la ville au ramassage des ordures. Tous les deux se sont connus au foyer Boulingrin,  et déjeunent pratiquement tous les jours au « Flunch ». Pourquoi le « Flunch » ? « Parce que c’est pas cher – 4 euros le plat du jour – qu’on a les légumes à volonté et qu’il y fait chaud, alors on traîne ici deux heures avant de retourner dehors ». Et il ajoute immédiatement : « et ici personne ne nous fait ch… ».

Jean-Louis et Dominique ne sont pas les seuls à avoir choisi cette « cantine » ouverte sept jours sur sept, même les jours fériés. Dans la salle de restaurant self service, une clientèle d’habitués, salariés des grands magasins du quartier, personnes âgées isolées, ouvriers travaillant sur des chantiers voisins, jeunes échoués ici faute de mieux… « C’est vrai, ici, c’est pas plus mal qu’ailleurs, et on peut s’en tirer pour pas cher. Et on voit du monde... un peu » précise Arlette, retraitée depuis vingt ans, veuve et touchant une maigre retraite, qui n’en dira pas plus. Après, Jean-Louis et Dominique vont tuer le temps en attendant que le foyer ouvre (entre 18 et 19h). Ils iront sans doute à la gare, même si c’est « mal fréquenté » indique Dominique, qui travail quotidiennement au ramassage des ordures à partir de 4 heures du matin. « Il y a des Roumains, beaucoup, et les flics interviennent souvent. Ca trafique pas mal aussi, la drogue et tout ça. Au foyer, la nuit, quand il y a une descente de police, c’est toujours pour la drogue ». La nuit au foyer : Jean-Louis coupe net : « c’est le bordel là bas, ça gueule toutes les nuits, on est par chambrée de dix, on se fait piquer son lit et surtout il faut surveiller ses affaires en permanence, à cause des Roumains qui volent tout. Moi je dors avec ma veste, jamais je ne la quitte, il y a mes papiers dedans si on me les volait ce serait la fin ».
Il explique les galères, la dégringolade, son deuxième mariage échoué : il vivait à l’île Maurice. « Là bas, c’est métissé, mélangé, comme en France aujourd’hui finalement. Mais à Maurice, les gens se parlent, s’entraident, c’est pas comme ici ». Il a enchaîné les petits boulots agricoles, chez son frère, à la campagne. Puis il est arrivé dans la grande ville il y a un mois et demi. « Mais la ville, c’est pas mon truc. Je vais repartir ». Où ? Comment savoir…
Dominique n’a pas de logement – alors qu’il travaille et perçoit donc un salaire – il vivait dans un tout petit appartement, mais face à des difficultés de loyers, le propriétaire l’a expulsé. Lui aussi possède sa vie dans un sac, qu’il laisse la journée dans un casier fermé à clé.
Comme eux, des brisés de la vie viennent poser leurs misères sur les chaises du « Flunch », où, comme partout ailleurs, le conseil « mangez au moins cinq fruits et légumes par jour » est affiché en grand au dessous de l’affiche « baisse de la TVA ».
Nous parlons des autres errants qui peuplent la ville, il y a notamment « le gars avec un gros chien blanc » qui dormait sous un pont jusqu’aux frimas de l’hiver. Bien sûr ils le connaissent : « il est à la gare, il dort dans le parking, mais il va se faire virer, c’est plein de caméras là dedans ! » indique Dominique. Jean-Louis rajoute : « la SPA, ils vont venir lui prendre son chien, ils le piqueront pour l’endormir puis ils vont lui embarquer. Alors qu’il est mieux nourri que lui, il s’en occupe très bien ! ». Une sorte de fatalisme effleure leurs visages. « C’est comme ça ».
Le fléau, on l’aura compris, ce sont les Roumains, disent-ils : « ils volent tout, partout, même dans les grands magasins ». La drogue ? « Surtout du cannabis, une saloperie, pas envie de se tuer avec ça » dit Dominique. « Nous, c’est vrai, on boit un coup, moi je fume ma clope, Dominique lui il ne fume pas. Mais c’est tout » indique Jean-Louis, comme pour s’excuser de n’avoir que ce seul plaisir. Il est intarissable sur son service militaire chez les paras. Dominique écoute, le récit est passionné. Tout y passe, les chants, les sergents qui avaient « fait l’Indo », les marches de 80 km, largués à Castres pour rentrer à Carcassonne à pied, le stage commando à Montlouis, les sauts en parachute de nuit.

Et puis les Champs-Elysées. Avec des chaussures brillantes et un fusil impeccable. Passage devant la tribune officielle. Le Président. La nation et la république, en grande pompe, reconnaissantes. Trente-cinq ans plus tard, il ne reste qu’un petit sac marin avec deux ou trois vêtements, des papiers, une photo.

Et les légumes à volonté du « Flunch ».



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Gainsbarre par Sfar, moi non plus...

20 Janvier 2010 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #chronique cinéma


                                     Gainsbourg (vie héroïque)

De Joann Sfar. France, 2009. 2h09. 500 copies. Distributeur : Universal Pictures. Avec : Eric Elmosnino (Serge Gainsbourg) ; Lucy Gordon (Jane Birkin) ; Laetitia Casta (Brigitte Bardot) ; Anna Mouglalis (Juliette Gréco)…


Gainsbourg - (vie héroïque)


Joann Sfar aime la philosophie. Avant de faire de la bédé, il étudiait sagement les auteurs nobles sur les bancs de la fac, et il en a gardé le goût de la réflexion. Aimerait-il celle-ci : peut-on passer avec le même talent du 9è au 7è art, et inversement ? Autrement dit : un auteur de bédé prolifique et talentueux peut-il, impunément, faire parler les chats à la fois sur des planches à dessins et sur la pellicule 35mm ?
C’est ce qu’il tente de faire avec Gainsbourg, une vie héroïque. Qu’on ne s’y méprenne pas : le genre biopic (« biographical picture » en argot hollywoodien) ne supporte pas la médiocrité dans le registre usurpation d’identité. Certains s’y sont récemment brûlé les ailes (Xavier Demaison dans Coluche, l’histoire d’un mec). D’autres ont désormais leur statue au panthéon du cinéma (Marion Cotillard, La Môme). Qui se souvient de Mesrine avec Vincent Cassel ?
Eric Elmosnino rejoint le registre employé par Cotillard en Piaf. Hanté par le personnage Serge Gainsbourg, il fait de ce Gainsbarre un alter ego époustouflant. Tout y est, rien ne manque : mimiques et gimmicks du visage, même façon de tenir son clope, de parler (« écoute, petite » ; « eh p’tit gars » ; « tu veux que j’t’écrive une chanson cochonne ? »), même gestuelle des mains et sourire insolent. Rien que pour lui, ça vaut le détour. Vaut le détour également la marionnette aux grandes oreilles et mains en griffes, sorte de double obligé d’un Gainsbourg barré et terrorisé par ses apparitions.
Mais faire tenir un film à propos d’un génie du XXè siècle uniquement sur un acteur et quelques décors kitchs particulièrement soignés est-il entreprise possible quand le personnage lui-même existe si peu en profondeur ? On est séduit au départ par un sentiment de déjà vu qui fait la fortune du biopic : Lucien Ginsburg enfant, déjà si insolent, « il fera quelque chose dans la vie celui-là » se dit-on. Puis vient une galerie de portrait – et d’acteurs – semblant ne faire que passer dans la vie de Serge, et donnant lieu à une série de sketches qui sont toujours meilleurs lorsqu’ils sont courts : Philippe Katerine en Boris Vian, Anna Mouglalis en Juliette Gréco (pas mal), Sara Forestier en France Gall (rigolote), Yolande Moreau en Fréhel, Lucy Gordon en Jane Birkin (bof) et Laetitia Casta en… Brigitte Bardot. C’est sans doute cette dernière qui est la plus crédible et franchement réussie, jusqu’au timbre de voix. Troublant. Sans caricature.

C’est esthétique, la photo est belle, mais en dehors de ce défilé de mode, le huis-clos filmé par Sfar peine à convaincre, ou alors l’angle de narration (un conte, insiste-t-il) n’est pas poussé jusqu’au bout pour rendre toute la complexité de Gainsbarre. On flirt avec, souvent – comme ce passage trop bref en Jamaïque où Gainsbourg s’en alla enregistrer la sulfureuse « Marseillaise » reggae – mais on entre pas vraiment dans le vif. Du coup, deux heures dix c’est long, plus long que les quarante pages d’un album de bédé, et nous sommes précipités vers la sortie à coup de Bambou. Heureusement il y a la musique de l’artiste, et les interprétations d’Elmosnino laissent rêveuses ce qui n’est pas un défaut.
Gainsbourg (vie héroïque) n’est pas à proprement parler un bon ou un mauvais film. Il se situe au-delà. Sfar, en dévoilant par moment de véritables trouvailles de cinéastes, pèche par omission : la fantaisie débridée et le romanesque de Gainsbourg – son héros absolu – lui font cruellement défaut.

Shebam, pow, blop, wiiiizzzzzz !!!!!!!!


Gainsbourg - (vie héroïque)




Gainsbourg - (vie héroïque)



Gainsbourg - (vie héroïque)


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Ail faune

15 Janvier 2010 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #quelle époque !




Le désenchantement du monde, dont on pense souvent qu’il a atteint sa limite, avance un peu plus loin à chaque coup de boutoir consumériste que la technologie moderne nous offre sans que nous en ayons à priori besoin. Le succès planétaire (nous dit-on) de l’ail faune en est une preuve flagrante. Chez l’opérateur « Orange », huit téléphones sur dix vendus au moment de noël sont un de ces nouveaux jouets dont il est difficile de ne pas céder à la tentation, ou à ses ersatz. Le blogueur s’est lui-même laissé prendre par la sirène de la facilité : au creux de la main, avec un appareil d’une marque similaire, tout internet et plus encore si on veut. Il a d’ailleurs lu cette information sur le dit smartphone en furetant sur le site ouaib du « Monde ».
L’ail faune, c’est le couteau suisse de la téléphonie actuelle. Autrefois, le chic du chic, c’était d’avoir dans la poche de quoi visser, scier, couper, gratter, limer, décapsuler, coudre même parfois, bref bricoler, démonter un pneu, allumer un feu, amputer une jambe de bois, ouvrir une porte en toute circonstance. Aujourd’hui – sans craindre d’emprunter les transports en commun de l’histoire qui se fabrique sous nos yeux – le fin du fin c’est d’être connecté en permanence. Et nous ne nous rendons pas compte à quel point ceci modifie considérablement nos modes de vie. A la mesure du vertigineux passage de la lampe à huile à l’ampoule électrique fin XIXè siècle. Comme le dit l’homme de la rue à la voix populaire : « je ne sais pas si le boum des technologies modernes de communication va de paire avec les choses intéressantes à dire ».
Heureusement, il reste les bonnes vieilles valeurs pour nous raccrocher à la terre « ferme » : les séismes de magnitude 7 (qui frappent plus souvent chez les pauvres aux régimes politiques dictatoriaux que dans les contre-allées de l’avenue Foch ou la presque-île lyonnaise), les engueulades entre politiques et dromadaires à heure de grande écoute, le principe de précaution dont on prend de plus en plus précaution, et la liste est longue. Il y a même ce retraité d’un âge respectable assénant à la (jeune) boulangère du quartier un tonitruant « j’ai bossé quarante ans de 6 heures du matin à 9 heures du soir, et je n’en suis pas mort ! ». Non, en effet, mais question progrès social, il y a encore des claques qui se perdent…



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tu nous laisses solo, Mano...

11 Janvier 2010 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #poésie

Physique ascétique, visage taillé à la serpe et textes tout aussi tranchants : Mano Solo, auteur - compositeur inclassable, qui avait fait ses preuves dans les bistrots, les petites scènes de rien du tout (comme celle du Tourtour, impossible d'oublier ce moment...), immortel ou presque. T'es parti Mano, et avec toi un cortège de séropo en rémission qui nous rappelle qu'on ne meurt pas seulement de la gripette hache hein nain nain.
Le blogueur se souvient de concerts où on se faisait engueuler (sans trop savoir pourquoi), d'une voix cassée qui nous fendait le coeur pour y laisser entrer des textes d'une poésie infinie.
Mano, t'es parti de l'autre côté du pont, et sur ce blog un jour, il y a eu une p'tite chanson : 
les gitans  (cliquez dessus bande de nazes)
Ciao pantin.


Je n'y peux rien

"Le soleil couche ses rayons sur le corps d'une ville, il apaise les raisons et pour demain prépare ses p'tites folies. Je sais que le monde n'est pas une machine, je sais qu'il gronde, qu'il saigne et fulmine.
Et je n'y peux rien. J'aime tant la vie que chaque jour, elle recommence. Je n'ai cherché qu'une voix pour adoucir les violences. Je n'ai chanté que des vérités d'amour, je n'ai menti que pour tracer des routes de velours.
C'est une chance que de vivre de mots, une éternelle enfance à naviguer dans le beau ondulant, dans l'ondée musicale. C'est une aubade dans laquelle je me trimbale, c'est un voyage dans un espace nouveau, c'est une page qui se lit de bas en haut, une tour de Babel de rimes cruelles déroulant les coeurs en ribambelles. 
Je n'y peux rien, j'aime tant la vie que chaque jour elle recommence. Je n'ai cherché qu'une voix pour adoucir les violences. Je n'ai chanté que des vérités d'amour, je n'ai menti que pour tracer des routes de velours".

Mano Solo (album "Les Animals")

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White session in Lyon

8 Janvier 2010 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #regarde-la ma ville



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